Forum du plan C : pour une Constitution écrite par et pour les Citoyens

Ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.
Les membres de l'Assemblée constituante doivent être tirés au sort
et, bien sûr, inéligibles aux fonctions qu'ils instituent eux-mêmes.

Vous n'êtes pas identifié.

Bienvenue :o)

Bonjour :o)
Ici, depuis le 1er janvier 2006, nous parlons d'un sujet que les politiciens de métier voudraient bien garder pour eux : nous parlons de la Constitution, de ce texte absolument fondamental pour tous les citoyens (et pourtant complètement négligé par eux), de ce texte qui pourrait nous protéger tous contre les abus de pouvoir si nous le faisions nôtre au lieu d'en abandonner la maîtrise à ceux-là mêmes qu'il est censé contrôler.
Nous discutons principe par principe, méthodiquement. Nous avons d'abord suivi le plan de mon document "Les grands principes d'une bonne Constitution", mais nous avons ensuite élargi nos thèmes à partir de vos réflexions, critiques et suggestions. C'est simplement passionnant. Ce que nous avons mis au clair sur la monnaie, sur le vote blanc, sur les vertus méconnues du tirage au sort et sur le référendum d’initiative populaire, par exemple, est enthousiasmant.
Le prolongement de cette réflexion constituante, c’est d’écrire enfin nous-mêmes un exemple de constitution, article par article. C’est ce qui se passe sur la partie wiki-constitution de ce site. Je vous invite à venir y participer également, ne serait-ce que sur un article ou deux. Vous verrez, c’est passionnant ; on sent vite qu’on est là sur l’essentiel, sur la seule vraie cause (et aussi la solution !) de nos impuissances politiques.
C’est un projet pédagogique en quelque sorte, un objet concret, réel, qui montre que 1) c'est possible : des hommes dont ce n'est pas le métier peuvent écrire une Constitution, et 2) c'est beaucoup mieux : quand ils n'écrivent pas des règles pour eux-mêmes, quand ils n'ont pas un intérêt personnel à l'impuissance des citoyens, les délégués constituants écrivent les règles d'une authentique démocratie. Merci à tous pour ce travail formidable.
Amitiés. Étienne.
[19 août 2012 : ATTENTION : pour cause de spam ultra-actif mi 2012, je FERME la possibilité aux nouveaux venus de créer un compte sans moi : il faut m'écrire à etienne.chouard@free.fr (EN ME DONNANT LE PSEUDO QUE VOUS VOULEZ) et je créerai votre compte à votre place. Il faudra ensuite venir ici pour définir un nouveau mot de passe. Désolé, mais les spammeurs deviennent infects et je n'ai pas le temps de gérer les spams (je préfère vous aider un à un à nous rejoindre). Au plaisir de vous lire. ÉC]

#1001 03-12-2009 11:28:52

AJH
Membre
Message n°8025
Lieu: Aix en Provence
Date d'inscription: 18-08-2006
Messages: 1559
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@Zolko
http://www.banque-france.fr/fr/poli_mon … page1c.htm

"En application de l’article 19.1 des statuts du SEBC, les établissements de crédit établis en France sont assujettis à la constitution de réserves obligatoires sur des comptes ouverts sur les livres de la Banque de France. "

MMM " Currency held in bank vaults may be counted as legal reserves as well" : tout à fait d'accord "may be counted"

WP : d'accord :  " une fraction de leur dépôts ... mais ils auraient du être plus précis : " une fraction du montant des dépôts de leurs clients"


Pour les intérêts.
Je ne connais pas la religion musulmane, je connais seulement les banques musulmanes ... qui se fichent semble t-il de la religion... d'accord ...
Mais bien évidemment les banques ne feraient pas de création monétaire si elles ne pouvaient prendre un intérêt dessus ... mais ce n'est pas le cas, donc elles font de la création monétaire.
Les justifications des différentes formes d'intérêt (intéret sur la création monétaire ou intérêt sur l'épargne préalable) sont multiples ... Lordon les justifie pour la création monétaire aussi dans http://blog.mondediplo.net/2009-01-05-P … -du-credit

" L’intérêt coût du crédit… et régulateur de l’émission monétaire

L’erreur, cependant, des « critiques de l’intérêt » consiste à ne le regarder que comme un simple prix, dont la légitimité reposerait en dernière analyse sur la réalité des coûts effectivement consentis par les offreurs de crédit. C’est oublier que, via les taux directeurs de la banque centrale, l’intérêt est aussi, et en fait surtout, non pas le seul terme de l’échange entre un offreur et un demandeur privés, mais l’instrument général du contrôle de l’offre et de la demande de monnaie. Il faudrait d’ailleurs dire les choses dans un registre moins « technique » et plus anthropologique : l’intérêt est l’instrument de la contention externe de l’insatiable désir d’argent. Quand bien même par un miracle institutionnel et technologique, les banques seraient en mesure de fournir du crédit à prix rigoureusement nul, il faudrait conserver la possibilité – artificielle – de le facturer aux clients à titre onéreux et pour la raison suivante : la simple contrainte de remboursement du principal peut ne pas suffire à réguler d’elle-même la demande de moyens de paiements « excédentaires » – « excédentaires » par rapport à quoi ? par rapport à ceux qui sont fournis par le revenu courant, car tel est bien l’effet, et même la finalité du crédit : détendre momentanément la contrainte budgétaire des agents et leur permettre de dépenser plus qu’ils ne gagnent. C’est bien parce qu’il permet ainsi de « franchir les limites » que le crédit est un objet de désir explosif. Ne pas se donner les moyens de le contrôler, c’est s’exposer en quelque sorte à « l’excès des moyens de paiement excédentaires » : excès macroéconomique de la demande ainsi solvabilisée par rapport aux capacités de production, ou excès microéconomiques, éventuellement généralisés, d’emprunteurs surchargés de dette et dont la solvabilité est vulnérable à un retournement conjoncturel. C’est pourquoi la politique monétaire doit impérativement conserver les instruments lui permettant le cas échéant de décourager des demandes de crédit qui ne le seraient pas suffisamment du seul fait de la contrainte de remboursement du principal ; et ceci ne peut être fait qu’en y ajoutant, fût-ce artificiellement, la surcharge réglable de l’intérêt. Ne voir l’intérêt qu’au prisme du « juste (ou de l’injuste) prix », c’est donc passer à côté de l’essentiel en matière monétaire, et notamment ignorer combien la monnaie n’est pas une marchandise comme les autres [8], dont le prix n’aurait qu’à refléter la réalité des structures de coûts. Et c’est méconnaître la nature profonde de la monnaie qui est d’être un concentré de désir – et partant de violence."

Pour ma part je défends:

-  le refus de l'intérêt sur la création monétaire privée,
-  l'acceptation de l'intérêt qui revient à la collectivité dans le cas d'une création monétaire publique (intérêt variable suivant les projets et dans le but de régulation)
-  l'acceptation de l'intérêt sur l'épargne préalable (cest un contrat privé entre prêteur et emprunteur)

Dernière modification par AJH (03-12-2009 11:57:29)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

Hors ligne

 

#1002 03-12-2009 13:00:06

Zolko
Membre
Message n°8026
Date d'inscription: 17-07-2008
Messages: 545
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

AJH a écrit:

Pour les intérêts.
Je ne connais pas la religion musulmane, je connais seulement les banques musulmanes ... qui se fichent semble t-il de la religion... d'accord ...
Mais bien évidemment les banques ne feraient pas de création monétaire si elles ne pouvaient prendre un intérêt dessus ... mais ce n'est pas le cas, donc elles font de la création monétaire.
Les justifications des différentes formes d'intérêt (intéret sur la création monétaire ou intérêt sur l'épargne préalable) sont multiples ... Lordon les justifie pour la création monétaire aussi dans L’intérêt coût du crédit… et régulateur de l’émission monétaire:

"L’erreur, cependant, des « critiques de l’intérêt » consiste à ne le regarder que comme un simple prix, dont la légitimité reposerait en dernière analyse sur la réalité des coûts effectivement consentis par les offreurs de crédit.(...) l’intérêt est l’instrument de la contention externe de l’insatiable désir d’argent. (...) Ne voir l’intérêt qu’au prisme du « juste (ou de l’injuste) prix », c’est donc passer à côté de l’essentiel en matière monétaire, et notamment ignorer combien la monnaie n’est pas une marchandise comme les autres [8], dont le prix n’aurait qu’à refléter la réalité des structures de coûts. Et c’est méconnaître la nature profonde de la monnaie qui est d’être un concentré de désir – et partant de violence."

Hum, beaucoup de choses. Je ne suis pas un fan de Frédéric Lordon, mais bon. Passons déjà sur les effets de manche (juste-désir-violence).

Il dit un truc de juste (seulement 1 de mon point de vue): il faut un moyen de limiter la création monétaire. Selon lui, l'intérêt sur la monnaie créé est le seul moyen, eh bien, pas selon moi. Le premier problème, même avec des intérêts perçus par l'État, est le problème que la monnaie correspondante à l'intérêt n'est pas créé avec le principal, et amène donc directement à une construction pyramidale (il faut reprendre un autre crédit pour rembourser les intérêts du premier). Mais rien ne dit qu'on soit obligé de créer la monnaie par un système de réserve fractionnaire, et si on s'en passe, plus d'intérêt. Mais même si on garde la création monétaire par réserve fractionnaire, on peut quand-même limiter la création monétaire, et ceci sans interets:

1) si on met la fraction de réserve élevée (>50% voire 90%), on ne pourra de toutes façons pas créer beaucoup de monnaie, et la quantité de monnaie créée sera presque directement fixée par la quantité de monnaie créée publiquement. La "réserve fractionnaire" sert alors de buffer si il faut augmenter temporairement la quantité d'argent en circulation, mais l'essentiel sera fait pas les banques centrales.

2) au lieu d'intérêts perçus par l'État, l'État peut taxer la création monétaire: la taxe, dont le montant serait connu depuis le début du crédit, est crée en même temps que le principal. La taxe va dans la poche de l'État tandis que le principal va dans la poche de l'emprunteur. Bon, ça pose le problème inverse que la monnaie créée pour la taxe n'est pas détruite. Cette partie de la destruction pourrait revenir à la banque centrale. La différence entre "taxe" et "intérêt" est que la taxe est à payer à la réception du crédit, pas "plus tard". Cela limitera grandement les crédits de confort, car contrairement à l'intérêt où l'on reçoit le fruit tout de suite et on paye la douloureuse plus tard, on paye la taxe en même temps qu'on reçoit le fruit du crédit. Payer la totalité de la taxe dés le début aurait pour conséquence directe de savoir ce que coute le crédit au final, et aurait un effet psychologique limitant très fort, même avec des taux faibles.

3) cette taxe ressemblerait fort à une taxe Tobin, et en fait pourrait en faire partie, puisqu'il s'agit d'une transaction financière. La taxe Tobin est une taxe qu'on paye à l'achat, et donc on pourrait très bien imaginer qu'elle s'applique aux crédits.

AJH a écrit:

Pour ma part je défends:

-  le refus de l'intérêt sur la création monétaire privée,
-  l'acceptation de l'intérêt qui revient à la collectivité dans le cas d'une création monétaire publique (intérêt variable suivant les projets et dans le but de régulation)
-  l'acceptation de l'intérêt sur l'épargne préalable (cest un contrat privé entre prêteur et emprunteur)

Selon moi, n'importe quelle forme d'intérêt sur de l'argent créé temporairement est mathématiquement impossible (à long terme).

Du coup, je défends:

-  le refus de l'intérêt sur la création monétaire, privée ou public
-  une taxe publique à payer lors de toute transaction financière, y compris à la contraction d'un crédit
-  l'acceptation de l'intérêt sur l'épargne préalable (c'est un contrat privé entre prêteur et emprunteur)

Hors ligne

 

#1003 03-12-2009 14:04:37

Sandy
Membre
Message n°8027
Date d'inscription: 28-11-2006
Messages: 2421

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

J'ai un sacré problème avec le raisonnement tenu par Frédéric Lordon.

Il nous explique que le crédit consiste à détendre momentanément la contrainte budgétaire des agents et leur permettre de dépenser plus qu’ils ne gagnent.

Je trouve cela faux.

Il oublie de prendre en compte l'épargne. Le crédit ne permet pas de dépenser plus qu'on ne gagne, mais plus précisément plus que ce que l'on possède à un moment précis, ce qui est quand même différent. Car quoi qu'il arrive, ce que l'on gagne reste une contrainte constante qu'il n'est pas possible de détendre, vu qu'il faudra ensuite le rembourser ce crédit. Finalement, il reste donc bien une contrainte qui fait que ce n'est pas si explosif que cela.

Il dit ensuite : "C’est bien parce qu’il permet ainsi de « franchir les limites » que le crédit est un objet de désir explosif.  ( ... ) C’est pourquoi la politique monétaire doit impérativement conserver les instruments lui permettant le cas échéant de décourager des demandes de crédit qui ne le seraient pas suffisamment du seul fait de la contrainte de remboursement du principal."

Malheureusement, ces outils n'ont ils pas prouvé leur innefficacité ?

Dernière modification par Sandy (03-12-2009 14:11:42)

Hors ligne

 

#1004 03-12-2009 15:52:29

AJH
Membre
Message n°8028
Lieu: Aix en Provence
Date d'inscription: 18-08-2006
Messages: 1559
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@Zolko

Bonsoir

Sur le 1 ; Je suis tout à fait d'accord, mais quitte à faire des RO à 90% autant interdire aux banques de faire crédit et, comme le propose Allais, de laisser à la banque Centrale TOUTE l'émission monétaire et considérer que toute création monétaire privée n'est que "faux monnayage": ca sera beaucoup plus simple et les banques ne joueront plus que des rôles d'intermédiaires (voir : http://monnaie.wikispaces.com/Proposition+M.+Allais )

Sur le 2 : Pourquoi pas ... mais un "intérêt", si la création monétaire est "centrale", correspond à une taxe. La question est de savoir si la taxe doit être payée à la réception des fonds, en cours, ou au moment de solder l'emprunt. Pour moi, je considère ce débat comme un débat de détail qu'il faudra poser lorsque la décision de transférer à la BC toute la création monétaire sera prise

Dernière modification par AJH (03-12-2009 17:25:41)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

Hors ligne

 

#1005 03-12-2009 16:44:01

Zolko
Membre
Message n°8029
Date d'inscription: 17-07-2008
Messages: 545
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

AJH a écrit:

Sur le 1 ; Je suis tout à fait d'accord, mais quitte à faire des RO à 90% autant interdire aux banques de faire crédit et, comme le propose Allais, de laisser à la banque Centrale TOUTE l'émission monétaire et considérer que toute création monétaire privée n'est que "faux monnayage": ca sera beaucoup plus simple et les banques ne joueront plus que des rôles d'intermédiaires (voir : http://monnaie.wikispaces.com/Proposition+M.+Allais )

Ayant l'expérience (un peu) du système soviétique où tout était sous contrôle de l'État, je ne suis pas nécessairement partisan d'une monnaie contrôlée à 100% par un État tout-puissant. D'autant moins qu'une bonne partie des échanges de monnaie se font entre partenaires privés et là, l'État n'a pas à mettre son regard. Je suis plus partisan d'une réserve à 50%, ce qui fait que la moitié de la monnaie serait créée par la puissance publique, l'autre moitié par les acteurs privés. pouvoirs-et-contre-pouvoirs !

Et donc il faut trouver un moyen pour freiner les ardeurs de crédits extravagants. Cela s'appliquerait aux acteurs privés, mais doit aussi s'appliquer d'une certaine façon aux acteurs publics pour que l'argent facile ne cache pas une gestion dispendieuse (voir le gouvernement français actuel)

Hors ligne

 

#1006 03-12-2009 17:12:31

Sandy
Membre
Message n°8030
Date d'inscription: 28-11-2006
Messages: 2421

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

contrôlée à 100% par un État tout-puissant

Pourquoi rajoutes-tu tout-puissant. Tu penses que le totalitarisme Stalinien dépendait uniquement d'un contrôle sur la monnaie ?

Je ne crois pas.
Totalitariste veut-justement dire un contrôle sur TOUT et c'est ce contrôle sur TOUT qui fait la particularité liberticide d'un tel régime, ce n'est pas juste le contrôle à 100% de qqchose de spécifique. Il y a des secteurs qui doivent être 100% publiques parce qu'ils doivent fonctionner selon une logique différente de celle du profit ou alors parcequ'ils relèvent tout simplement d'un intéret général.

Le contrôle de la création de monnaie en fait partie. Soit la création monétaire est 100% publique de manière à l'utiliser dans l'intérêt général, soit on la privatise et mêm si ce n'est que partiellement, dans ce cas au lieu de servir à l'intérêt général, elle sert à la spéculation ...

Le totalitarisme Stalinien n'est pas la seule dictature néfaste qui puisse exister. La dictature de la finance est aussi qqchose de néfaste.

Tu dis que l'état n'a pas à mettre son regard dans les échanges privés, as-tu conscience que dans ce cas cela autorise le secret bancaire et ainsi l'évasion fiscale, le blanchiment d'argent, l"escroquerie financière et le financement du crime organisé ?

Dernière modification par Sandy (03-12-2009 17:13:28)

Hors ligne

 

#1007 03-12-2009 18:10:04

Zolko
Membre
Message n°8031
Date d'inscription: 17-07-2008
Messages: 545
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sandy a écrit:

Tu dis que l'état n'a pas à mettre son regard dans les échanges privés, as-tu conscience que dans ce cas cela autorise le secret bancaire et ainsi l'évasion fiscale, le blanchiment d'argent, l"escroquerie financière et le financement du crime organisé ?

Le secret bancaire et l'évasion fiscale, c'est pas à la monnaie de traiter ce problème. Et je n'ai aucune envie que l'État puisse mettre son nez dans mes comptes bancaires. Pour les autres choses, une taxe Tobin - qui par définition contrôle toutes les entrées et toutes les sorties d'argent en les taxant au passage - s'en occupera parfaitement. Et supprimera en même temps les avantages des paradis fiscaux (la provenance d'argent de paradis fiscaux sera simplement taxé plus fort)

Hors ligne

 

#1008 04-12-2009 00:11:09

Sandy
Membre
Message n°8032
Date d'inscription: 28-11-2006
Messages: 2421

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Et bien, pour lutter contre l'évasion fiscale ou tout problème fiscal, il faut que les services des impôts et la justice puissent aller regarder dans tes comptes s'il le faut.

Pour tout ce qui est criminel pareil, il faut que la police et la justice puissent aller regarder dans tes comptes s'il le faut.

L'intérêt général l'emporte sur tes "je n'ai pas envie".

Sans cela on n'a aucun moyen de lutter contre la criminalité financiaire ou contre la fraude fiscale ou l'evasion fiscale.

Quand tu parles de la taxe tobin, tu parles d'une taxe mondiale ?

Hors ligne

 

#1009 04-12-2009 03:11:55

Jacques Roman
Membre
Message n°8034
Date d'inscription: 06-02-2006
Messages: 4259

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

"Faux monnayage"

Je relève avec intérêt ce passage du 8028 d'AJH :

... Quitte à faire des RO à 90% autant interdire aux banques de faire crédit et, comme le propose Allais, de laisser à la banque Centrale TOUTE l'émission monétaire et considérer que toute création monétaire privée n'est que "faux monnayage": ca sera beaucoup plus simple et les banques ne joueront plus que des rôles d'intermédiaires (voir : http://monnaie.wikispaces.com/Proposition+M.+Allais )

Quel plaisir de se trouver d'accord avec Allais !  JR

Dernière modification par Jacques Roman (04-12-2009 03:12:32)

Hors ligne

 

#1010 04-12-2009 09:14:18

AJH
Membre
Message n°8035
Lieu: Aix en Provence
Date d'inscription: 18-08-2006
Messages: 1559
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Jacques Roman a écrit:

Quel plaisir de se trouver d'accord avec Allais !  JR

Je suis content de vous l'entendre dire. J'espère que vous tiendrez compte des ses propositions dans votre projet constitutionnel smile

Dernière modification par AJH (04-12-2009 09:14:58)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

Hors ligne

 

#1011 04-12-2009 10:56:15

Zolko
Membre
Message n°8036
Date d'inscription: 17-07-2008
Messages: 545
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sandy a écrit:

il faut que les services des impots et la justice puissent aller regarder dans tes comptes s'il le faut. (...) il faut que la police et la justice puissent aller regarder dans tes comptes s'il le faut. L'intérêt général l'emporte sur tes "je n'ai pas envie".

Hou-là-là, tu n'as pas *vraiment* réfléchi à ce que tu as écrit là, n'est-ce pas ? Tu étais bourré, ou t'avais trop mangé, c'est ça ? Tu décris la Stasi et la Gestapo, tu le sais bien, tu connais ton histoire.

Sans cela on n'a aucun moyen de lutter contre la criminalité financiaire ou contre la fraude fiscale ou l'evasion fiscale. Quand tu parles de la taxe tobin, tu parles d'une taxe mondiale ?

On peut appliquer la taxe Tobin à l'intérieur de n'importe quelle entité financière autonome, la Suisse pourrait le faire si elle le voulait. Mais je pense que l'Euroland pourrait être une région qui applique la taxe Tobin, à la fois sur des flux qui entrent (dans l'Euroland) et sur ceux à l'intérieur. La taxe serait super basse à l'intérieur de l'Euroland, et un peu plus élevée sur les flux entrants. entrants ! La taxe Tobin est une taxe payable comptant à l'achat ! En tout cas, c'est comme-ça que je pense que cette taxe est la plus efficace et juste.

Et si le flux entrants vient d'une région reconnue comme étant un paradis fiscal, on lui applique une taxe Tobin de malheur. Les paradis fiscaux continueront de fonctionner mais plus avec les sous de l'Euroland. Ou de la France si elle sort de l'Euroland. Et du coup, les multinationales qui ont leur siège au îles Comores et leurs usines en France et en Chine, perdent de l'argent en France et en Chine et elles payent donc peu d'impôts aux gouvernements qui y financent des infrastructures de qualité, MAIS elles gagnent des sommes colossales sur des iles perdues et qui ne font qu'héberger une boite aux lettres. ZAP. a-pu.

Hors ligne

 

#1012 04-12-2009 11:20:16

AJH
Membre
Message n°8037
Lieu: Aix en Provence
Date d'inscription: 18-08-2006
Messages: 1559
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Zolko

Je crois que cette idée (taxe Tobin) serait valable si toute la monnaie était scripturale (électronique), sans aucune autre monnaie manuelle anonyme (les billets de banque)
Malheureusement ce n'est pas le cas

la meilleure solution reste la nationalisation de la monnaie (de l'émission monétaire)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

Hors ligne

 

#1013 04-12-2009 11:47:11

Zolko
Membre
Message n°8038
Date d'inscription: 17-07-2008
Messages: 545
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

AJH a écrit:

Je cris que cette idée (taxe Tobin) serait valable si toute la monnaie était scripturale (électronique), sans aucune autre monnaie manuelle anonyme (les billets de banque)

Ahhh, je suis content que vous disiez ça, j'ai failli le rajouter après. Ben non, justement, l'existence de l'argent monnaie manuelle anonyme renforce l'argument en faveur d'une taxe Tobin. J'estime - et c'est contestable - que les "pouvoirs publics" ont un droit de regard sur le flux de monnaie, mais pas le contenu d'un coffre (un compte en banque est supposé être un coffre en premier, non ?). Et si quelqu'un souhaite avoir en plus l'anonymat dans le flux aussi, il y a les billets de banque (centrale).

Donc, avec une taxe Tobin, des billets de banque et le secret bancaire , les "pouvoirs publics" auraient le droit de regard sur les flux de monnaie scripturale, émise par les banques centrales et les banques privées, en y appliquant une taxe Tobin dessus, mais pas sur les flux de monnaie manuelle, émise par les banques centrales auparavant. Mais pas de droit de regard à l'intérieur des coffres. En gros, il faut choper les tricheurs quand ils sortent de leur trou et tentent un coup, mais pas fouiller tout le monde tout le temps. Comme dans la vraie vie, quoi. Sauf demande de justice, éventuellement, mais d'une justice indépendante du gouvernement alors. Mais pas par le ministère des assédics ou un avocat quelconque.

Cela va augmenter l'usage des billets de banque. Par les riches. Qui pourront se faire détrousser par les pauvres. Pris ainsi, le système actuel permet aux riches d'êtres riches, très très riches pour certains, légalement, et sans crainte d'être détroussé par les pauvres qui ne sauraient utiliser la monnaie scripturale. Mais qui sauraient parfaitement utiliser la monnaie manuelle.

Et avec un ratio de 50% de réserves fractionnaire en prime, les banques centrales peuvent assez facilement contrôler la quantité d'argent en circulation, en créant ou détruisant de sa propre monnaie, ce à quoi que les banques commerciales devront ajuster leur propre quantité d'argent scriptural émis en augmentant ou diminuant les crédits accordés.

Hors ligne

 

#1014 04-12-2009 12:00:07

Zolko
Membre
Message n°8039
Date d'inscription: 17-07-2008
Messages: 545
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Vous pouvez les voir autrement aussi: le flux de monnaie scripturale a besoin d'infrastructures pour exister, et cette infrastructure étant fournie par la société - réseaux informatiques, universités - le flux de monnaie scripturale doit payer une dime de passage en remboursement.

La monnaie manuelle n'ayant besoin d'aucune infrastructure pour passer d'une main à l'autre, pas besoin de taxe.

Les coffres de banques, contenant de la monnaie scripturale ou manuelle, ont besoin d'infrastructures qui peuvent être fournies par des personnes privés et c'est alors la vie privée et personne n'a à y mettre le nez. A charge de faire payer le service d'hébergement dans le coffre.

Hors ligne

 

#1015 04-12-2009 12:32:29

AJH
Membre
Message n°8040
Lieu: Aix en Provence
Date d'inscription: 18-08-2006
Messages: 1559
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Zolko
Estimant pour ma part que la monnaie est un bien collectif, je ne puis être d'accord avec l'idée que les pouvoirs publics (la justice par exemple) ne puisse pas connaitre  " le contenu d'un coffre" puisqu'il peut s'agir d'un "vol" de ce bien collectif.
Décidément non, à mon sens il n'y a aucun intérêt à laisser aux banques le moindre pouvoir de création monétaire ..
Peut être avez vous raison, mais je ne le pense pas.
Restons en donc là.


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

Hors ligne

 

#1016 04-12-2009 13:53:41

Sandy
Membre
Message n°8041
Date d'inscription: 28-11-2006
Messages: 2421

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Zolko a écrit:

Hou-là-là, tu n'as pas *vraiment* réfléchi à ce que tu as écrit là, n'est-ce pas ? Tu étais bourré, ou t'avais trop mangé, c'est ça ? Tu décris la Stasi et la Gestapo, tu le sais bien, tu connais ton histoire.

Zolko, personne ne t'a appris la cordialité ? Ne crois pas que j'accepte qu'on me parle sur ce ton, si j'ai rien dit jusqu'à présent c'est parce que j'ai fais preuve de patience avec toi, mais là on commence à arriver à une limite. Alors tu déscends de ton grand cheval tu reviens sur terre auprès des mortels histoire d'arrêter de prendre les gens de haut et tu me fais le plaisir de te calmer un peu stp.

Tes histoires de Gestapo ou de Stasi tu me fais le plaisir de te les garder aussi. J'suis pas spécialement enclin à me faire traiter de nazi ou de stalinien par un gars qui se cache derrière un pseudo.
Ton expérience personnelle je m'en contrefous aussi, elle n'a aucune signification pour moi, je ne te connais pas je n'ai aucun moyen de vérifier si ce que tu dis est vrai et l'exagération et le mépris dont tu fais preuve jouent pas vraiment en faveur de ta crédibilité, et des gens qui ont vécu sous ces régimes y'en a plein et ils sont pas tjrs ressortis avec les mêmes idées politiques que toi.

Je veux bien comprendre que des idées contraires aux tiennes puissent t'énerver, mais là justement on est sur un forum, on peut prendre le temps de répondre et on peut même modifier ses messages, donc t'as tout le loisir de dépasser ton énervement et de répondre cordialement aux gens que tu interpelles. Merci.

Maintenant j'veux bien oublier tout ça si tu veux bien désormais discuter cordialement et gentiment.

Dans ce cas là, j'aimerais que tu me dises comment tu luttes contre la criminalité financière, l'évasion ou la fraude fiscale, si tu permets le secret bancaire et la création de monnaie privée ?

Si par contre par manque de maturité tu projetterais de me répondre sur le même ton que dans le message précédent ou même encore pire n'acceptant pas ce que je te dis ici, dans ce cas là abstiens toi tout simplement de me répondre à l'avenir.

PS. Si les modérateurs veulent bouger ces messages pour qu'ils ne pourrissent pas ce fil interessant merci d'avance, j'suis oki.

Hors ligne

 

#1017 04-12-2009 14:36:21

Zolko
Membre
Message n°8042
Date d'inscription: 17-07-2008
Messages: 545
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Zolko a écrit:

Sauf demande de justice, éventuellement, mais d'une justice indépendante du gouvernement alors. Mais pas par le ministère des assédics ou un avocat quelconque.

Hors ligne

 

#1018 04-12-2009 17:55:35

Étienne
Message n°8043
Lieu: Trets (France, 13)
Date d'inscription: 28-01-2006
Messages: 1647
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Et bien voilà : c'est donc un malentendu.

Je suis sûr que, pour Sandy aussi, c'est la JUSTICE, indépendante des autres pouvoirs ET responsable de ses propres fautes* qui, mandatée par un plaignant, doit pouvoir aller contrôler les comptes privés de quiconque. Sandy n'avait sans doute pas imaginé une seconde qu'une simple administration puisse aller, seule, farfouiller dans les affaires privées des gens. Donc, pas de quoi s'empailler smile

Soyez gentils de ne pas être aussi agressifs dans nos rapports interpersonnels que nous pouvons l'être dans nos interpellations à la cantonade (contre "les banquiers", par exemple).

Sandy a raison (une fois de plus smile ) : garantir le secret inviolable à des zones d'accumulation de l'argent, c'est cautionner une des sources majeures de la détresse des hommes par manque d'argent, précisément, du fait d'accapareurs (vieille plaie) qui peuvent ainsi siphonner discrètement toute la monnaie.

Conseil : allez voir le dernier film de Michael Moore ("Capitalism, a love story"), c'est un bon film. Moore devient autogestionnaire, vrai de vrai, c'est épatant, et il montre des exemples qui marchent pas mal, aux États-unis ! Vous avez bien lu : il existe des ouvriers américains (dont les médias ne parlent que très peu, bien sûr) qui prennent de force le contrôle de l'entreprise qui veut les virer et qui la gèrent, avec succès. Très intéressant.

Étienne.


_____________

* juges qui devraient être eux-mêmes responsables devant d'AUTRES acteurs que des juges professionnels, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, malheureusement : aujourd'hui, les juges sont des professionnels et sont jugés par d'autres juges professionnels... Autant dire qu'ils sont quasiment irresponsables. Dernière preuve en date : l'affaire du juge Burgaud, blanchi par ses pairs de ses graves méfaits.

Hors ligne

 

#1019 09-12-2009 11:37:10

Étienne
Message n°8049
Lieu: Trets (France, 13)
Date d'inscription: 28-01-2006
Messages: 1647
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Chers amis,

Un des derniers journaux libres en France, Marianne, vient de publier (n°659, 5 décembre 2009) un très bon article de Maurice Allais.

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/2 … rianne.pdf

Remarque importante : le courage des journalistes de Marianne, chaque semaine, mérite que nous les aidions en nous abonnant.

Voici l'appel au peuple de Maurice Allais :

Lettre aux Français
le cri d’alarme du seul prix Nobel d’économie français :

CONTRE LES TABOUS INDISCUTÉS
par Maurice allais
Marianne n°659, 5 décembre 2009.

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/MauriceAllaisMarianne2009.jpg

Le point de vue que j'exprime est celui d'un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m'apparaît fausse, artificielle. L'idéal socialiste consiste à s'intéresser à l'équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l'efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d'une même doctrine. Et c'est précisément à ce titre de libéral que je m'autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d'un libre-échangisme appliqué aveuglément.


Le fondement de la crise : l'organisation du commerce mondial

La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme » , dénonciation absurde à chaque fois qu'elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d'être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j'ai par le passé nommé "des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années » (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l'actuelle crise : l'organisation du commerce mondial, qu'il faut réformer profondément, et prioritairement à l'autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.

Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l'économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d'autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n'est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C'est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d'avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c'est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l'Europe. Il suffit au lecteur de s'interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres - si ce n'est des écarts plus importants encore - pour constater que la concurrence n'est pas viable dans la grande majorité des cas. Particulièrement face à des concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d'œuvre, sont extrêmement compétents et entreprenants.


Il faut délocaliser Pascal Lamy !

Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m'apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d'aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d'un contresens incroyable. Tout comme le fait d'attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l'ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l'arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. Comme je l'ai précédemment indiqué, nous faisons face à une ignorance criminelle. Que le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, ait déclaré : « Aujourd'hui, les leaders du G20 ont clairement indiqué ce qu'ils attendent du cycle de Doha : une conclusion en 2010 » et qu'il ait demandé une accélération de ce processus de libéralisation m'apparaît une méprise monumentale, je la qualifierais même de monstrueuse. Les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu'un moyen. Cet homme, qui était en poste à Bruxelles auparavant, commissaire européen au Commerce, ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante : il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage !

Plus concrètement, les règles à dégager sont d'une simplicité folle : du chômage résultent des délocalisations elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires... À partir de ce constat, ce qu'il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. Depuis plus de dix ans, j'ai proposé de recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales » serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus a certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d'une saine et réelle concurrence entre ses membres associés.


Un protectionnisme raisonné et raisonnable

Ma position et le système que je préconise ne constitueraient pas une atteinte aux pays en développement. Actuellement, les grandes entreprises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt à adopter mon principe et à s'unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour développer à leur tour ensemble un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs pays de l'est de l'Union européenne, qui ont été intégrés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais aussi ceux d'Afrique ou d'Amérique latine.

L'absence d'une telle protection apportera la destruction de toute l'activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c'est-à-dire de toutes les industries de l'Europe de l'Ouest et celles des pays développés. Car il est évident qu'avec le point de vue doctrinaire du G20, toute l'industrie française finira par partir à l'extérieur. Il m'apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu'elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneumatiques pour automobiles, avec les annonces faites depuis le printemps par Continental et par Michelin. Si aucune limite n'est posée, ce qui va arriver peut d'ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d'emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l'industrie, mais tout autant dans l'agriculture et les services.

De ce point de vue, il est vrai que je ne fais pas partie des économistes qui emploient le mot « bulle ». Qu'il y ait des mouvements qui se généralisent, j'en suis d'accord, mais ce terme de « bulle » me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. L'essentiel du chômage que nous subissons —tout au moins du chômage tel qu'il s'est présenté jusqu'en 2008 — résulte précisément de cette libération inconsidérée du commerce à l'échelle mondiale sans se préoccuper des niveaux de vie. Ce qui se produit est donc autre chose qu'une bulle, mais un phénomène de fond, tout comme l'est la libéralisation des échanges, et la position de Pascal Lamy constitue bien une position sur le fond.


Crise et mondialisation sont liées

Les grands dirigeants mondiaux préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu'une partie des causes du problème. Crise et mondialisation : les deux sont liées. Régler seulement le problème monétaire ne suffirait pas, ne réglerait pas le point essentiel qu'est la libéralisation nocive des échanges internationaux, Le gouvernement attribue les conséquences sociales des délocalisations à des causes monétaires, c'est une erreur folle.

Pour ma part, j'ai combattu les délocalisations dans mes dernières publications (2). On connaît donc un peu mon message. Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l'Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s'en défendre devenait illusoire. Certains de nos dirigeants, après cela, viennent s'étonner des conséquences !

Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décennies, il constaterait que les événements que nous vivons y ont été non seulement annoncés mais décrits en détail. Pourtant, ils n'ont bénéficié que d'un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s'interroger.


Un prix Nobel... téléspectateur

Les commentateurs économiques que je vois s'exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l'actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n'avaient pas annoncé l'arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d'entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n'étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j'annonçais, et j'écrivais, il y a plus de dix ans, qu'une crise majeure accompagnée d'un chômage incontrôlé allait bientôt se produire, je fais partie de ceux qui n'ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu'ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j'ai fait transmettre à certaines émissions économiques auxquelles j'assistais en téléspectateur le message que j'étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n'est venue d'aucune chaîne de télévision et ce durant des années.

Cette attitude répétée soulève un problème concernant les grands médias en France : certains experts y sont autorisés et d'autres, interdits. Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante : je suis un téléspectateur. Un prix Nobel... téléspectateur, Je me retrouve face à ce qu'affirment les spécialistes régulièrement invités, quant à eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains universitaires ou des analystes financiers qui garantissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu'il faut faire. Alors qu'en réalité ils ne comprennent rien. Leur situation rejoint celle que j'avais constatée lorsque je m'étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l'objectif d'étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri : il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. Aujourd'hui également, ces experts se trompent dans leurs explications. Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d'autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français.

Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l'intelligence, par le fait d'intérêts particuliers souvent liés à l'argent. Des intérêts qui souhaitent que l'ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu'il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d'un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu'il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale.

Question clé : quelle est la liberté véritable des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu'aux sphères de la politique.

Deuxième question : qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu'un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ?

Dernière question : pourquoi les causes de la crise telles qu'elles sont présentées aux Français par ces personnalités invitées sont-elles souvent le signe d'une profonde incompréhension de la réalité économique ? S'agit-il seulement de leur part d'ignorance ? C'est possible pour un certain nombre d'entre eux, mais pas pour tous. Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs.


Maurice Allais.

_________________

(1) l'Europe en crise. Que faire ?, éditions Clément Juglar. Paris, 2005.

(2) Notamment La crise mondiale aujourd'hui, éditions Clément Juglar, 1999, et la Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l'évidence empirique, éditions Clément Juglar, 1999.



* * * * *



Le Prix Nobel
iconoclaste et bâillonné


La « Lettre aux Français » que le seul et unique prix Nobel d'économie français a rédigée pour Marianne aura-t-elle plus d'écho que ses précédentes interventions ? Il annonce que le chômage va continuer à croître en Europe, aux États-Unis et dans le monde développé. Il dénonce la myopie de la plupart des responsables économiques et politiques sur la crise financière et bancaire qui n'est, selon lui, que le symptôme spectaculaire d'une crise économique plus profonde : la déréglementation de la concurrence sur le marché mondial de la main-d'œuvre. Depuis deux décennies, cet économiste libéral n'a cessé d'alerter les décideurs, et la grande crise, il l'avait clairement annoncée il y a plus de dix ans.

Éternel casse-pieds

Mais qui connaît Maurice Allais, à part ceux qui ont tout fait pour le faire taire ? On savait que la pensée unique n'avait jamais été aussi hégémonique qu'en économie, la gauche elle-même ayant fini par céder à la vulgate néolibérale. On savait le sort qu'elle réserve à ceux qui ne pensent pas en troupeau. Mais, avec le cas Allais, on mesure la capacité d'étouffement d'une élite habitée par cette idéologie, au point d'ostraciser un prix Nobel devenu maudit parce qu'il a toujours été plus soucieux des faits que des cases où il faut savoir se blottir.

« La réalité que l'on peut constater a toujours primé pour moi. Mon existence a été dominée par le désir de comprendre ce qui se passe, en économie comme en physique ». Car Maurice Allais est un physicien venu à l'économie à la vue des effets inouïs de la crise de 1929. Dès sa sortie de Polytechnique, en 1933, il part aux États-Unis. « C’était la misère sociale, mais aussi intellectuelle : personne ne comprenait ce qui était arrivé. » Misère à laquelle est sensible le jeune Allais, qui avait réussi à en sortir grâce à une institutrice qui le poussa aux études : fils d'une vendeuse veuve de guerre, il a, toute sa jeunesse, installé chaque soir un lit pliant pour dormir dans un couloir. Ce voyage américain le décide à se consacrer à l'économie, sans jamais abandonner une carrière parallèle de physicien reconnu pour ses travaux sur la gravitation. Il devient le chef de file de la recherche française en économétrie, spécialiste de l'analyse des marchés, de la dynamique monétaire et du risque financier. Il rédige, pendant la guerre, une théorie de l'économie pure qu'il ne publiera que quarante ans plus lard et qui lui vaudra le prix Nobel d'économie en 1988. Mais les journalistes japonais sont plus nombreux que leurs homologues français à la remise du prix : il est déjà considéré comme un vieux libéral ringardisé par la mode néolibérale.

Car, s'il croit à l'efficacité du marché, c'est à condition de le « corriger par une redistribution sociale des revenus illégitimes ». Il a refusé de faire partie du club des libéraux fondé par Friedrich von Hayek et Milton Friedman : ils accordaient, selon lui, trop d'importance au droit de propriété... « Toute ma vie d'économiste, j'ai vérifié la justesse de Lacordaire : entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime et la règle qui libère", précise Maurice Allais, dont Raymond Aron avait bien résumé la position : « Convaincre des socialistes que le vrai libéral ne désire pas moins qu'eux la justice sociale, et des libéraux que l'efficacité de l'économie de marché ne suffit plus à garantir une répartition acceptable des revenus. »  Il ne convaincra ni les uns ni les autres, se disant « libéral et socialiste ».

Éternel casse-pieds inclassable. Il aura démontré la faillite économique soviétique en décryptant le trucage de ses statistiques. Favorable à l'indépendance de l'Algérie, il se mobilise en faveur des harkis au point de risquer l'internement administratif. Privé de la chaire d'économie de Polytechnique car trop dirigiste, « je n'ai jamais été invité à l'ENA, j'ai affronté des haines incroyables ! » Après son Nobel, il continue en dénonçant « la chienlit laisser-fairiste » du néolibéralisme triomphant. Seul moyen d'expression : ses chroniques touffues publiées dans le Figaro, où le protège Alain Peyrefitte. À la mort de ce dernier, en 1999, il est congédié comme un malpropre.

Il vient de publier une tribune alarmiste dénonçant une finance de « casino» : « L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre  fragile, jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s'était constatée. Jamais, sans doute, il est devenu plus difficile d'y faire face, jamais, sans doute, une telle instabilité potentielle n'était apparue avec une telle menace d'un effondrement général. » Propos développés l'année suivante dans un petit ouvrage très lisible* qui annonce l'effondrement financier dix ans à l'avance. Ses recommandations en faveur d'un protectionnisme européen, reprises par Chevènement et Le Pen, lui valurent d'être assimilé au diable par les gazettes bien-pensantes. En 2005, lors de la campagne sur le référendum européen, le prix Nobel veut publier une tribune expliquant comment Bruxelles, reniant le marché commun en abandonnant la préférence communautaire, a brisé sa croissance économique et détruit ses emplois, livrant l'Europe au dépeçage industriel : elle est refusée partout, seule l'Humanité accepte de la publier...

Aujourd'hui, à 98 ans, le vieux savant pensait que sa clairvoyance serait au moins reconnue. Non, silence total, à la notable exception du bel hommage que lui a rendu Pierre-Antoine Delhommais dans le Monde. Les autres continuent de tourner en rond, enfermés dans leur « cercle de la raison » •
Éric Conan

* La Crise mondiale aujourd'hui, éditions Clément Juglar, 1999.

Amicalement.

Étienne.

Hors ligne

 

#1020 09-12-2009 14:40:51

AJH
Membre
Message n°8050
Lieu: Aix en Provence
Date d'inscription: 18-08-2006
Messages: 1559
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Le seul politique qui défende nos idées, c'est Nicolas Dupont Aignan (non inscrit... c'est un gaulliste qui me semble souvent "classé" à droite; je n'en suis pas sur)
Relisez ce qu'il dit dans son livre mauve au sujet de l'euro

E comme euro
Il y a en effet deux problèmes fondamentaux qui sont niés par les partisans de l'euro mais qui n'en perdurent pas moins :
-l'euro cher qu'il faut changer, sinon la zone euro explosera dans un retour anarchique et pénalisant pour tout le monde aux monnaies nationales.
-Le développement concomitant de divergences structurelles à l'intérieur de la zone euro auxquelles, si l'on n'arrive pas à les corriger par une autre gestion de la monnaie, il faudra bien se résoudre à remédier par une refonte complète de la zone, par l'adjonction d'une monnaie commune.

La gestion de l'euro est exagérément restrictive, au point de menacer l'économie européenne d'asphyxie :
-Des taux d'intérêts réels trop élevés, ce qui a pour effet une tendance déflationniste structurelle (on bride l'investissement et les salaires, donc la croissance). Ainsi, Henri Guaino, alors Commissaire général au Plan, a pu évaluer à un million d'emplois sacrifiés en France la marche à l'euro fort entre 1993 et 1998.
-Une inertie volontaire dans la fixation du taux de change, tant et si bien que l'euro est en permanence surévalué face à toutes les autres monnaies, ce qui handicape la compétitivité des économies européennes à l'export (le cas allemand est à part), l'augmentation du taux de change de l'euro face au dollar faisant perdre jusqu'à 1% de croissance à la zone euro.
-L'interdiction faite à la BCE de prêter de l'argent aux Etats membres et à leurs organes publics, du fait du stupide article 104 du traité de Maastricht.

Ainsi, contrairement aux Etats-Unis qui ne s'en privent pas, la BCE ne crée pas d'argent nouveau qui aurait pu, par exemple, financer des plans de relance beaucoup plus ambitieux à travers toute l'Europe.
-Le Pacte de stabilité, qui à la fois fixe des contraintes de gestion publique malthusiennes et, pour cette raison même comme du fait de l'absence de mécanisme de discipline efficace, pousse les Etats à de mauvaises pratiques en matière de déficit budgétaire et d'endettement.

Ce type de gestion de la monnaie ne convient (et encore) qu'à un seul pays, l'Allemagne. Or, il n'est pas sérieux de prétendre que les autres pays « n'ont qu'à l'imiter », comme on nous y invite à tout bout de champ depuis 1993. Ce n'est pas possible : les Allemands sont des Allemands qui ne sont pas des Français, ni des Grecs, ni des Italiens, et vice-versa. Comme le disait de Gaulle, on n'intègre pas des peuples comme des marrons à une purée.
I
l faut donc changer tout cela, si c'est possible :
-Réformer les statuts de la BCE pour rééquilibrer ses objectifs monétaristes par des objectifs de croissance et d'emploi et pour la subordonner dans la définition de ses priorités stratégiques au Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement.
-Abroger l'article 104 des traités et permettre de manière équitable à chaque pays-membre de bénéficier d'emprunt de la BCE pour relancer la croissance et financer des projets d'avenir.
-Assouplir singulièrement le Pacte de Stabilité.
-S'entendre sur des mécanismes de fixation des taux d'intérêt et de change favorables à la croissance, en fonction de la santé des pays de la zone euro.

Cela implique une négociation serrée avec l'Allemagne, qui reste mordicus attachée au système actuel. Mais si Berlin refuse, alors la France devra quitter l'euro pour rejoindre une monnaie commune amarrée à l'euro, que d'autres pays seront de toute façon fatalement obligés de rejoindre.

La zone euro forme une zone monétaire tellement hétérogène que ses tensions internes, brusquement avivées par la crise, risquent de la faire exploser. Il faut donc arrimer à une zone euro restreinte une zone de monnaie commune.
La convergence spontanée des économies européennes enchâssées dans une monnaie unique est un mythe qui a été définitivement démenti par l'épreuve des faits, en l'espace d'une quinzaine d'années (1992 - 2009). L'autre mythe, tout aussi chimérique, de l'unification politique spontanée de l'Europe sous l'effet d'une unification monétaire et économique, a sombré corps et bien en même temps (montée à des niveaux élevés et durables du rejet de l'Europe actuelle, référendum français, hollandais et irlandais...).

Il n'y a donc aucun intérêt, si ce n'est la préservation d'un consensus diplomatique erroné ou du maintien au pouvoir de ceux qui ont promu ce système, à conserver l'euro tel qu'il existe.
Pire, si rien n'est fait, celui-ci a toutes les chances de mourir dans la douleur pour donner lieu à un retour désordonné aux monnaies nationales, avec dévaluations compétitives anarchiques, etc.

Dès son introduction en 1999, les économies européennes qui avaient un peu convergé jusque là, se sont mises à diverger fortement entre elles (taux d'inflation, commerce extérieur, déficit et dette, etc.), preuve que la mayonnaise ne prenait pas, tout au contraire. Mais avec le surgissement de la crise, ces écarts se sont creusés très dangereusement : certains pays membres sont au bord du défaut de paiement (Irlande, Grèce), d'autres sont des puits sans fond d'endettement à cause de la faiblesse de leurs exportations (Espagne), d'autres enfin restent gravement handicapés par cette armure trop lourde à porter (France et Italie). Or, avec la crise, les taux de refinancement des Etats membres de l'euro (les « spreads ») n'ont cessé de s'écarter dangereusement les uns des autres, mettant à mal l'homogénéité déjà toute relative de la zone : concrètement, la Grèce et l'Espagne empruntent sur les marchés internationaux des capitaux à des taux bien supérieurs à ceux consentis à la France ou à l'Allemagne, ce qui risque d'ici à quelques mois d'entraîner l'éclatement de la zone.

Le seul moyen d'en sortir en bon ordre sans voir se désagréger l'Europe est de créer une monnaie commune adjointe à la monnaie unique et ancrée dans cette dernière. Pratiquement, les pays membres de la monnaie commune récupéreraient leur monnaie nationale qui ne serait convertible qu'en euro. Leur taux de change par rapport à l'euro serait variable, en fonction de la situation économique de ces pays, mais il serait fixé de manière concertée et sans à-coup. Ce serait par ce moyen, par exemple, que l'Espagne pourrait dévaluer, une nécessité vitale aujourd'hui pour elle.

De même la France, si l'euro continuait à être géré à l'allemande, rejoindrait la monnaie commune. Si rien n'est fait sur la gestion de l'euro comme sur la création d'une monnaie commune, on risque tout bonnement d'assister à l'explosion de la zone et revenir dans l'anarchie aux monnaies nationales, ce qui constituerait le pire des scénarios.

Dernière modification par AJH (09-12-2009 14:42:04)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

Hors ligne

 

#1021 09-12-2009 14:54:58

Zolko
Membre
Message n°8051
Date d'inscription: 17-07-2008
Messages: 545
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

E comme euro

Le seul moyen d'en sortir en bon ordre sans voir se désagréger l'Europe est de créer une monnaie commune adjointe à la monnaie unique et ancrée dans cette dernière. Pratiquement, les pays membres de la monnaie commune récupèreraient leur monnaie nationale qui ne serait convertible qu'en euro. Leur taux de change par rapport à l'euro serait variable

Il me semble que l'ECU (European Count Unit) fonctionnait comme-ça, non ? Et ça marchait tellement bien, qu'on a voulu aller plus loin at créer l'Euro: exemple classique du "le mieux est l'ennemi du bien".

Hors ligne

 

#1022 09-12-2009 17:11:22

NingúnOtro
Membre
Message n°8052
Lieu: Motril - Espagne
Date d'inscription: 18-05-2008
Messages: 579
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

"Le point de vue que j'exprime est celui d'un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m'apparaît fausse, artificielle. L'idéal socialiste consiste à s'intéresser à l'équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l'efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d'une même doctrine. Et c'est précisément à ce titre de libéral que je m'autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d'un libre-échangisme appliqué aveuglément."

Voyons... un libéral qui est à la fois socialiste. Pourquoi tant de mots pour ne pas dire carrément anarchiste?


"Toute ma vie d'économiste, j'ai vérifié la justesse de Lacordaire : entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime et la règle qui libère"

C'est la aussi, que je suis d'accord avec lui et que les anarchistes doctrinaires et purissimes perdent leur clairvoyance pour se comporter comme une secte hors de la réalité qui freinent toute avance possible. "De chacun selon ces moyens, à chacun selon ces besoins, en toute égalité fraternelle" (la synthèse est mienne, je crois wink )... mais cela n'est possible que si l'on ne doit pas dévier desénormes quantités de ressources pour se défendre contre ceux qui prospèrent par le pillage. L'humanité ne peut se passer d'un protectionnisme éclairé en faveur des plus démunis tant qu'elle n'aura pas établi des mécanismes pour égaler au moins en puissance les pouvoirs de défense de chacun de ces membres à ceux qui peuvent être mis en œuvre contre lui par un autre membre ou même une corporation toute entière. Tant que la raison peut être accordé à celui qui à le plus de fric pour l'imposer... un anarchisme universel ne peut pas être possible.

Cela doit être triste, pour un socialiste éclairé comme Allais... de se voir proche de la mort, et de voir que les humains n'arrivent pas à apprendre de leurs erreurs.

Nous ne lui laissons même pas une petite lueur d'espoir...

Hors ligne

 

#1023 09-12-2009 17:24:41

NingúnOtro
Membre
Message n°8053
Lieu: Motril - Espagne
Date d'inscription: 18-05-2008
Messages: 579
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Le seul moyen d'en sortir en bon ordre sans voir se désagréger l'Europe est de créer une monnaie commune adjointe à la monnaie unique et ancrée dans cette dernière. Pratiquement, les pays membres de la monnaie commune récupéreraient leur monnaie nationale qui ne serait convertible qu'en euro. Leur taux de change par rapport à l'euro serait variable, en fonction de la situation économique de ces pays, mais il serait fixé de manière concertée et sans à-coup. Ce serait par ce moyen, par exemple, que l'Espagne pourrait dévaluer, une nécessité vitale aujourd'hui pour elle.

Cela à l'air d'égoïsme... de tourner le dos à la solidarité.

Des plus faibles... on veut bien l'avantage de l'exploitation de leurs ressources et leurs marchés, même si cela fait détériorer leurs circonstances propres, mais quand il s'agit d'apporter des ressources... la, il n'y à subitement rien à partager... ce serait incompatible au maintien de la compétitivité que nous avons acquis grâce à eux.

Hors ligne

 

#1024 09-12-2009 18:02:49

Étienne
Message n°8054
Lieu: Trets (France, 13)
Date d'inscription: 28-01-2006
Messages: 1647
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Cauchemar des banquiers : Glass Steagall s’invite au Congrès US
9 décembre 2009
http://www.solidariteetprogres.org/article6093.html

Cinq députés démocrates, Maurice Hinchey de New York, John Conyers du Michigan, Peter DeFazio de l’Oregon, Jay Inslee de Washington et John Tierney du Massachussetts viennent d’introduire un amendement au projet de loi de « régulation bancaire » déposé par Barney Frank, HR 4173. Cet amendement introduit par des congressistes connus pour leur sérieux et leur ancienneté, dans une loi de régulation qui avait été jusqu’ici adoubée par Wall Street, vient renforcer de façon tout à fait inattendue son contenu !

Rappelons que la Loi Glass-Steagall de 1933 avait été l’une des pièces maîtresses de Franklin Roosevelt dans sa lutte contre la dépression et pour détourner les banques des activités spéculatives, et les amener à jouer un rôle positif au service du développement de la nation. Pour protéger le public et les activités économiques ordinaires des risques de la spéculation financière, elle organise la séparation complète des activités des banques de dépôt, de celles des banques d’affaires et des assurances. La Loi Glass Steagall a été abrogée par Lawrence Summers, à l’époque Secrétaire au Trésor du Président Clinton, et aujourd’hui à la tête du Comité national d’économie de Barack Obama.

Dans une déclaration du 7 décembre, le député Maurice Hinchey notait que l’abrogation de Glass Steagall avait été « une recette pour le désastre parce qu’on a donné pouvoir aux banques de faire des paris importants avec l’argent des déposants, de l’argent qu’ils n’avaient pas en réalité. Quand beaucoup de ces paris, notamment dans le secteur du logement, n’ont pas tenu leurs promesses, c’est tout le château de cartes qui s’est effondré et les contribuables ont dû venir à la rescousse. (…) L’absence de loi Glass/Steagall a essentiellement transformé ces géants financiers en entités quasi-gouvernementales, incapables de survivre à l’effondrement récent sans l’assistance du gouvernement. »

L’amendement en question rétablit certains articles de la loi de 1933 qui avaient été abrogés et donne une année à toutes les banques pour se régulariser. Si l’amendement est adopté, il sera rajouté à l’article 12 du Code des Etats-Unis, sous le titre de « National Banking » [activité bancaire nationale), qui rassemble aujourd’hui ce qui reste de Glass Steagall. Le texte ajouté dit que « A l’issue d’une année… aucune banque adhérente ne devrait être affiliée, suivant les modalités décrites par la section 2 (b) avec aucune corporation, association, trust d’affaires, ou autres organisations similaires, impliquées principalement dans l’émission, le flottement, la souscription, la vente publique, ou la distribution en gros ou en détail, ou au travers d’une participation syndiquée, d’actions, obligations, notes ou autres titres. » Elle déclare « qu’aucun responsable, directeur ou employé de corporation ou d’association non incorporée, aucun partenaire ou employé de partenariat, aucun individu, principalement engagé dans l’émission, le flottement, la souscription, la vente publique, ou la distribution en gros ou en détail, ou au travers d’une participation syndiquée, d’actions, obligations, notes ou autres titres, n’occupera, en même temps, les fonctions de responsable, directeur ou employé d’aucune banque adhérente ». Enfin, elle spécifie que « nonobstant tout autre provision de loi, en aucun cas une institution dépositaire ne peut s’engager dans des activités liées aux activités d’assurance ». Si adopté, l’amendement proposé invaliderait non seulement la « Loi de modernisation » des Titres de 1999 établie par la loi Gramm-Leach-Bliley, mais aussi les réformes de 1987, 1989 et 1996, initiées par la Réserve Fédérale qui avaient déjà éliminé des parties entières de Glass Steagall, avant son abrogation finale en 1999.

http://www.solidariteetprogres.org/article6093.html

Hors ligne

 

#1025 09-12-2009 20:15:29

Étienne
Message n°8055
Lieu: Trets (France, 13)
Date d'inscription: 28-01-2006
Messages: 1647
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Quel système monétaire international pour un monde multipolaire ?

Un colloque très intéressant, organisé par la fondation Respublica (Chevènement) :
http://www.fondation-res-publica.org/Qu … e_r62.html

Je vous recommande particulièrement cette intéressante explication de Patrick Artus :

Peut-on sortir de l'excès de création monétaire mondiale ?

Intervention de Patrick Artus, Directeur des études à Natixis, professeur à l’Ecole polytechnique,
au colloque du 19 octobre 2009, Quel système monétaire international pour un monde multipolaire ?
http://www.fondation-res-publica.org/Pe … _a445.html

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/PatrickArtus

Merci, Monsieur le ministre, Bonsoir à tous.

Je tenterai de tracer quelques pistes en posant trois questions :

• Quelle est réellement la perversité profonde du système dans lequel nous vivons aujourd’hui ? Ceci vient déjà d’être abordé.

• Quelles sont les évolutions les plus récentes ? Il est intéressant de les observer parce qu’elles modifient le modèle par rapport à celui qui fonctionnait avant la crise. Je crains toutefois qu’elles ne le fassent dans un sens plus inquiétant que rassurant.

• Quelles pistes, avec leurs avantages et leurs inconvénients, peut-on tracer ?


Pourquoi le système actuel est-il pervers ?

Nous sortions d’une longue période où les pays dont les monnaies s’affaiblissaient devaient faire l’effort de correction. Un tel système génère un biais restrictif pour la politique monétaire. En effet, les pays qui vont mal, ou dont les monnaies s’affaiblissent, doivent passer à des politiques monétaires, budgétaires ou, plus globalement, d’épargne, plus restrictives. On peut parler d’un système restrictif puisque c’est un ajustement dans le sens de la restriction dans le groupe des pays dont les monnaies ont tendance à s’affaiblir.

On est passé progressivement à ce qu’on a décidé d’appeler le « Bretton Woods inversé » où, comme son nom l’indique, l’ajustement doit être réalisé par les pays à monnaie forte qui mettent donc en place des politiques monétaires plus expansionnistes.

Dans le système actuel, les pays dont les monnaies naturellement seraient trop fortes (pays producteurs de pétrole, Chine, autres pays d’Asie etc.) pratiquent donc des politiques monétaires extrêmement expansionnistes qui prennent des formes complémentaires et équivalentes : L’accumulation de réserves de change, majoritairement par l’achat de titres en dollars pour éviter la dépréciation du dollar.

Il en résulte donc une création monétaire très forte dans les pays qui accumulent des réserves (quand la Banque centrale de Chine achète des actifs en dollars, elle crée sa monnaie).

Tous ces pays ont des taux d’intérêts extraordinairement faibles par rapport à leur croissance, c’est-à-dire des politiques monétaires avec des biais expansionnistes majeurs (ce qui est lié au fait qu’ils créent de la monnaie en accumulant des réserves).

Le système monétaire international actuel consiste donc à faire passer les pays à monnaie forte à des politiques monétaires plus expansionnistes, générant un biais expansionniste monétaire.

Ce biais expansionniste monétaire est très présent depuis le milieu des années 1990, avec l’affaiblissement potentiellement plus grand du dollar et le soutien du dollar par tous ces pays qui accumulent les réserves.

Il en résulte une très forte croissance de la liquidité mondiale Dans la période récente on arrive à des chiffres extravagants : la base monétaire mondiale (c’est-à-dire la taille du bilan de toutes les banques centrales mises ensemble, la quantité d’actifs que toutes les banques achètent pour créer de la monnaie) dépasse aujourd’hui 11 000 milliards de dollars, soit plus de 20% du PIB mondial. Il y a vingt ans, le bilan des banques centrales atteignait environ 5% du PIB mondial … ce qui permettrait de dire qu’il y a quatre fois plus de monnaie qu’il y a vingt ans !

Contrairement à ce que croient les Allemands, ceci n’a pas fabriqué d’inflation économique mais une situation chronique d’inflation des prix des actifs : en période de chômage, de capacités excédentaires, ce ne sont pas les prix des biens qui montent. Depuis une vingtaine d’années les bulles de prix d’actifs circulants se sont succédé, se posant tantôt sur les actions, tantôt sur les actifs des émergents, sur l’immobilier ou sur les matières premières. Quand une bulle a épuisé un actif, elle ne peut que passer à la case d’actif suivante. L’excès de liquidités entraîne une hausse du prix des actifs.

Nous fabriquons donc des crises financières à répétition sur un modèle identique : au moment où la bulle change d’actif, les prix de l’actif qui montait chutent, entraînant une crise financière, bancaire. Puis on recommence sur l’actif suivant.

C’est, sommairement, de cette façon qu’on peut analyser le système actuel.

Autrement dit, en raison de ce biais expansionniste chronique, le système de « Bretton Woods inversé » ne permet pas de contrôler la quantité de monnaie mondiale, mesurée par la taille du bilan de la banque centrale mondiale (composée en agrégeant toutes les banques centrales nationales). En cas de déséquilibre, on passe à une politique monétaire plus expansionniste.

Mais le système antérieur générait plutôt une restriction monétaire chronique qui finissait par le rendre inacceptable. C’est aussi le cas des systèmes inspirés de l’étalon-or, les systèmes de currency board où les pays (comme Hong-Kong et certains pays d’Europe centrale, telle la Bulgarie) ont des règles monétaires très strictes liées au montant des réserves.

Donc, le retour au système ancien n’est pas souhaitable non plus.

Il faudrait trouver un système de Bretton-Woods "intermédiaire" où la charge de l'ajustement serait partagée entre le pays à monnaie qui s'apprécie et le pays à monnaie qui se déprécie.


Quelles sont les évolutions récentes inquiétantes ?

La crise c’est l’éclatement de la bulle immobilière dans cet environnement. Or, depuis le mois de mars de cette année, comme cela vient d’être mentionné, la même mécanique s’est remise en place mais avec des modifications très importantes si on veut donner des pistes d’explication.

Avant la crise, le problème était le déficit extérieur des États-Unis. Le taux d’épargne des Américains était tombé à zéro, le déficit extérieur était devenu colossal : environ 900 milliards de dollars par an à la veille de la crise. Mais ceci s’est beaucoup corrigé : les Américains ne s’endettent plus, recommencent à épargner, leur déficit extérieur a été divisé par deux.

S’il ne s’était rien passé d’autre, le problème serait pratiquement réglé et ce colloque n’aurait pas lieu ce soir. Avec un déficit extérieur réduit de moitié, les dollars que fournissent les États-Unis au reste du monde évoluent à peu près comme le PIB mondial. La crise immobilière est venue à bout de l’endettement américain que, depuis vingt ans, on déplorait en vain. Les Américains vont épargner de plus en plus. Selon les chiffres récents, le crédit aux États-Unis est en chute libre. On observe un vrai besoin de désendettement des Américains.

Le problème des déséquilibres globaux serait donc résolu par la méthode espérée : davantage d’épargne aux États-Unis et des plans de relance de la demande intérieure en Chine et dans les autres pays d’Asie.

Or — c’est important pour comprendre le problème actuel — la réduction des déficits extérieurs des États-Unis a été compensée, et bien au-delà, par d’énormes flux de capitaux qui partent des États-Unis vers les pays émergents. Avant la crise, les États-Unis enregistraient chaque mois un déficit extérieur de 80 milliards de dollars. Aujourd’hui, il est tombé en dessous de 40 milliards mais 150 milliards de dollars partent chaque mois des États-Unis vers les marchés de matières premières des pays émergents. Le problème d’instabilité a donc changé de nature. Il n’est plus lié à l’insuffisance d’épargne aux États-Unis mais à l’exode des capitaux des États-Unis vers les pays émergents où les perspectives de croissance sont plus fortes et les taux d’intérêts plus élevés. Les Américains épargnent davantage mais ça ne suffit pas en raison de ces énormes sorties de capitaux.

Ceci pose un problème profond : ce système, qui attire naturellement les capitaux des États-Unis vers les pays émergents aux perspectives de croissance plus forte, devrait entraîner automatiquement une chute du dollar. De ce fait, les pays émergents doivent recommencer à accumuler des réserves, pour compenser, non plus l’insuffisance d’épargne aux États-Unis, mais ce flux de capitaux américains vers les pays émergents producteurs de matières premières. C’est une configuration nouvelle qui nous place dans la problématique de transfert des capitaux.

Les Chinois ont un dilemme :

• S’ils stabilisent leur devise par rapport au dollar, ce qu’ils font depuis juin 2008, ils améliorent leur compétitivité. Mais ils le font plus vis-à-vis des autres pays asiatiques qu’à l’égard des États-Unis et de l’Europe. En ce moment la Chine regagne des parts de marché sur tous les pays d’Asie dont la monnaie se réapprécie : la Corée, la Thaïlande, les Philippines, l’Indonésie et le Japon. C’est donc un problème intra-asiatique. L’idée d’une coordination monétaire en Asie fait sourire car ce n’est pas nous qui sommes menacés par le renminbi faible mais les autres pays d’Asie, dont le Japon.

• Mais, ce faisant, ils ne peuvent pas contrôler leur politique monétaire domestique (une politique monétaire ne peut pas servir à tout). En ce moment, la masse monétaire augmente en Chine de près de 30% par an, contrepartie de l’énorme accumulation de réserves de change.

Les Chinois doivent choisir entre le contrôle de la liquidité domestique (en reflexibilisant leur taux de change) et les changes fixes, donc la création monétaire.


Quelles pistes permettraient de contrôler l’offre de monnaie (M0) créée par les banques centrales qui achètent des actifs ?

• La première piste consisterait à changer de monnaie de réserve. Mais le choix d’une autre monnaie nationale n’élimine pas le risque structurel que l’offre de cette monnaie ne soit pas contrôlée (si, par exemple, le pays émetteur accumule la dette extérieure).

D’aucuns préconisent le passage à un panier de monnaies. Le choix d’un panier de monnaies de type privé ne réglerait pas le problème de fond, celui du contrôle de l’offre de monnaie. Il n’y a pas de raison de penser que les Européens seraient plus vertueux que les Américains s’ils participaient à une monnaie de réserve.

Le renminbi serait le pire des choix, non seulement parce que les marchés financiers chinois ne sont pas assez développés mais surtout parce que la Chine a des excédents extérieurs et des excédents d’épargne qui provoqueraient une épouvantable contraction monétaire mondiale.

• La deuxième piste est celle des monnaies artificielles (le DTS version FMI ou l’or). Cette solution permettrait de contrôler l’offre par une institution indépendante qui émettrait la monnaie de réserve du monde. Mais la monnaie du commerce mondial est le dollar. L’utilisation d’une autre monnaie de réserve financière entraînerait d’énormes coûts de conversion. Le gouverneur de la banque centrale de Chine, par exemple, préfère avoir des réserves en dollars qui permettent les importations. S’il a des dollars, il est sûr de pouvoir acheter du pétrole ; s’il a des DTS, il devra trouver une autre banque centrale qui acceptera d’échanger ses DTS contre les dollars qui lui permettront d’acheter du pétrole.

Au-delà du problème des coûts de conversion se pose celui de la taille : 17 000 milliards de dollars circulent en dehors des États-Unis. Certains suggèrent de multiplier par vingt le prix de l’or pour absorber ces dollars en circulation ! La piste des monnaies artificielles ne me semble donc pas très sérieuse.

• La troisième piste serait un changement dans la composition des réserves de change, non en termes de devises mais en termes de nature des actifs achetés par les banquiers centraux. Or 40% des réserves de change des banques centrales consistent en dépôts bancaires, le reste en titres publics.

Que se passerait-il si les réserves comportaient de plus en plus de titres privés, d’actions ?

La banque centrale de Chine envisage de créer un fonds de 200 milliards de dollars pour aider les entreprises chinoises à faire des acquisitions à l’étranger.

Cette piste, peu évoquée, serait peut-être un élément de stabilité. Actuellement, on finance des déficits publics colossaux à des taux d’intérêts à peine supérieurs à 3%, si la banque centrale achetait Microsoft, ce serait peut-être un peu plus disciplinant.

La hausse inexorable de la part des actifs privés dans les réserves pourrait imposer aux États une certaine discipline.

• Autre piste, peut-être la meilleure : garder le dollar comme monnaie de réserve et discipliner les États-Unis.

Cette piste est-elle aussi déraisonnable qu’il y paraît ?

Timothy Geithner, secrétaire d’Etat au Trésor, a exprimé à de nombreuses reprises ce qui n’est encore que du wishfull thinking : un autre modèle de croissance américaine, basé sur l’épargne et les exportations. Les États-Unis ont un souci de court terme : ils n’ont rien à exporter. Ce détail mis à part, cela témoigne d’une volonté de l’administration américaine de modifier le modèle de croissance des États-Unis. Mais je répète que le problème essentiel est aujourd’hui la fuite des capitaux, devant la perspective d’un rendement beaucoup plus faible aux États-Unis, vers les émergents.

Tant que le problème résidait dans l’absence d’épargne des Américains, on pouvait mener des politiques budgétaires restrictives et augmenter les taux d’intérêt pour inciter les Américains à épargner. Mais si les Américains jugent que le rendement de leur épargne est plus intéressant dans les pays émergents ; il devient difficile de limiter cette perte de capitaux.

• D’où l’ultime piste : est-ce qu’on échappe au contrôle des capitaux internationaux ?

Si les autres pistes évoquées sont trop compliquées, la bonne solution ne serait-elle pas de réduire la taille des capitaux internationaux pour réduire l’accumulation de réserves de change nécessaire pour stabiliser les devises ?

Selon moi, la vraie réforme du système monétaire international consisterait à mettre en place des mesures qui réduiraient la taille des flux de capitaux. Quand on voit que l’Indonésie, qui n’est quand même pas une cible centrale pour les capitaux, est obligée d’acheter trois milliards de dollars certains jours pour empêcher sa monnaie de s’apprécier (des investisseurs acquièrent des actions indonésiennes pour trois milliards de dollars), on se dit que la piste de réforme du FMI la plus raisonnable serait de casser à la source ce qui est redevenu la cause de nos problèmes : les flux de capitaux spéculatifs vers les pays émergents (et non plus les déficits commerciaux).

Source : Fondation Respublica, http://www.fondation-res-publica.org/Pe … _a445.html

Merci Sam, pour le beau tuyau wink

Étienne.

Hors ligne

 

#1026 09-12-2009 21:53:29

Bertrand
Nouveau membre
Message n°8056
Date d'inscription: 09-12-2009
Messages: 5

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Salut à tous.

Etienne, il semble que tu aies manqué cette brève sur le site de solidarité et progrès:

Le professeur Maurice Allais s’associe à la démarche de Lyndon LaRouche

http://www.solidariteetprogres.org/article6075.html

5 décembre 2009 (Nouvelle Solidarité) – La France n’a remporté qu’une seule fois le prix Nobel d’économie, avec le professeur Maurice Allais, en 1988.

Maurice Allais aime affirmer qu’il n’a eu qu’un seul élève, Gérard Debreu. Cependant, de nombreux dirigeants et responsables français, comme Dominique Strauss-Kahn, Marcel Boiteux, Thierry de Montbrial ou encore Jean-Louis Bianco ont également suivi ses cours.

En réponse à l’appel de l’Institut Schiller en vue de sauver l’économie mondiale, le professeur Allais a fait parvenir à Jacques Cheminade la lettre suivante, datée du 27 novembre 2009.

Monsieur,

Vous avez bien voulu me transmettre l’appel de l’Institut Schiller et de M. Lyndon LaRouche en vue du sauvetage de l’économie mondiale, en me demandant de m’associer à cet appel, et je vous en remercie.

Ma réponse est la suivante :

M. Lyndon LaRouche et ses organisations ont souvent soutenu des idées proches de mes propres propositions de réformes fondamentales du système financier et monétaire international, que je n’ai cessé de mon côté de soutenir publiquement depuis plusieurs décennies.

Ayant en particulier pour ma part expliqué, démontré et annoncé depuis plus d’une décennie dans mes ouvrages la catastrophe financière mondiale survenue au cours de l’été 2008, je ne puis que m’associer pleinement à toute initiative visant à instaurer un large débat public en vue de refonder radicalement le système de crédit et le système monétaire international.

Je vous autorise à faire part publiquement de ma position selon les termes ainsi exprimés ci-dessus.

Croyez, Cher Monsieur, à l’expression de mes sentiments distingués.

Maurice Allais

Hors ligne

 

#1027 09-12-2009 22:43:44

Étienne
Message n°8057
Lieu: Trets (France, 13)
Date d'inscription: 28-01-2006
Messages: 1647
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Bonjour Bertrand, et bienvenue smile

Merci pour l'info.

L'accord affiché entre Maurice Allais et Larouche/Cheminade/S&P n'est guère surprenant pour ceux qui connaissent les thèses de part et d'autre : ça fait un moment que l'on sait que leurs analyses (contre la financiarisation et le libre échange prétendument libéraux) se ressemblent (sans être exactement les mêmes). Mais c'est bien que ce soit dit clairement.

Étienne.

Hors ligne

 

#1028 10-12-2009 14:30:50

gilles
Membre
Message n°8059
Date d'inscription: 16-07-2008
Messages: 1057

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Je suis d'accord avec Dupont-Aignan, AJH et Zolko

Dès son introduction en 1999, les économies européennes qui avaient un peu convergé jusque là, se sont mises à diverger fortement entre elles (taux d'inflation, commerce extérieur, déficit et dette, etc.), preuve que la mayonnaise ne prenait pas, tout au contraire. Mais avec le surgissement de la crise, ces écarts se sont creusés très dangereusement : certains pays membres sont au bord du défaut de paiement (Irlande, Grèce), d'autres sont des puits sans fond d'endettement à cause de la faiblesse de leurs exportations (Espagne), d'autres enfin restent gravement handicapés par cette armure trop lourde à porter (France et Italie). Or, avec la crise, les taux de refinancement des Etats membres de l'euro (les « spreads ») n'ont cessé de s'écarter dangereusement les uns des autres, mettant à mal l'homogénéité déjà toute relative de la zone : concrètement, la Grèce et l'Espagne empruntent sur les marchés internationaux des capitaux à des taux bien supérieurs à ceux consentis à la France ou à l'Allemagne, ce qui risque d'ici à quelques mois d'entraîner l'éclatement de la zone.

Le seul moyen d'en sortir en bon ordre sans voir se désagréger l'Europe est de créer une monnaie commune adjointe à la monnaie unique et ancrée dans cette dernière. Pratiquement, les pays membres de la monnaie commune récupéreraient leur monnaie nationale qui ne serait convertible qu'en euro. Leur taux de change par rapport à l'euro serait variable, en fonction de la situation économique de ces pays, mais il serait fixé de manière concertée et sans à-coup. Ce serait par ce moyen, par exemple, que l'Espagne pourrait dévaluer, une nécessité vitale aujourd'hui pour elle.

Mon avis :

La division ( à l'intérieur de chaque nation du sous-continent européen ) du travail et des activités productives se mue en division à l'intérieur de l'UE, notamment à cause de la monnaie unique. Avec ce système de libre-échange et d'union monétaire, à l'Allemagne, les emplois industriels, à l'Espagne les emplois dans le bâtiment et les travaux publics, le tourisme. Ceci, en temps de non-crise, masque les effets négatifs de la désindustrialisation de l'Espagne grâce au taux élevé de l'euro et donc au pouvoir d'achat des Espagnols vers les pays à monnaie sous-évaluée. En cas de crise, l'Espagne est plus sinistrée qu'ailleurs en raison de sa spécialisation dans le tourisme. Le système d'union monétaire de l'euro a rendu dépendante et faible l'économie de l'Espagne vis à vis des autres pays du sous-continent membres du système. La solution pragmatique préconisée par Nicolas Dupont-Aignan me paraît être un moindre mal que le dogmatisme rigide de la monnaie unique tout le temps et partout quelque soit les circonstances. Couplée à une volonté de réindustrialisation, cette politique permettrait de revitaliser par des dévaluations, mais en concertation avec ses voisins, les économies qui en ont besoin.

Natixis publie une note expliquant que si les États-Unis avaient la même politique économique (imbécile) que l'Union européenne, ils n'auraient pas -2,5% de croissance cette année mais -6,5% .(télécharger la note en anglais)

Convertis en chômeurs pour l'Espagne, la France, l'Italie et tous les pays de la zone euro, ça fait quoi ça 4% de croissance en moins à cause d'une politique idiote ?



Dernière modification par gilles (11-12-2009 08:58:19)

Hors ligne

 

#1029 11-12-2009 11:27:55

Étienne
Message n°8060
Lieu: Trets (France, 13)
Date d'inscription: 28-01-2006
Messages: 1647
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

La nouvelle couleur de l’argent

Une très intéressante émission radio (40 min) :

http://sites.radiofrance.fr/franceinter … p?id=85726
         

La nouvelle couleur de l’argent

Rue des entrepreneurs
par Didier Adès et Dominique Dambert    le samedi de 9h10 à 10h
samedi 28 novembre 2009

À Charlotte en Caroline du Nord, deuxième centre financier des États-Unis siège des deux plus grandes banques américaines Bank of America et Wachovia, le troc est de retour. Un troc à grande échelle.
Des sociétés spécialisées qui ressemblent à des banques se sont créées. Elles servent d’intermédiaires entre, par exemple, des traders désargentés et des restaurateurs en mal de clientèle pour échanger compétences informatiques des uns et bons repas des autres. Et tout cela sans que le moindre dollar ne circule.

Partout dans le monde, le troc refait surface mais pas seulement le troc.

De nouvelles monnaies se développent ou apparaissent, au Brésil, au Japon, en Suisse, en Allemagne, partout. On les appelle monnaies régionales, locales, complémentaires, alternatives ou libres. La crise financière leur redonne des couleurs. Ils sont de plus en plus nombreux à utiliser leur propre monnaie en marge des monnaies officielles, à l’échelle, d’une ville, d’un quartier, d’une communauté, et même d’un État pour continuer à vivre normalement.
________________________________________
invités

Gilles Besnard
Chargé de mission à la direction des déplacements au Conseil général de l’Essonne
Conseil général de l'Essonne
________________________________________

Jérôme Blanc
Maître de conférences en économie
Université Lumière Lyon 2 (Faculté de sciences économiques et de gestion)
site officiel de Jérôme Blanc
________________________________________

Bernard Lietaer
Économiste
Spécialiste des monnaies
Ancien directeur de la Banque Centrale de Belgique
site officiel de Bernard Lietaer
________________________________________

Jean-François Noubel
Président- fondateur de TheTransitioner.org
Chercheur en intelligence, sagesse et conscience collectives (ISCC)
Association TheTransitioner
site officiel de Jean-François Noubel
________________________________________

André Orléan
Directeur de recherche au CNRS
site officiel d'André Orléan
________________________________________

Livres :

Jérôme Blanc (ouvrage coll.)
Exclusion et liens financiers : Monnaies sociales
Rapport 2005-2006


éditeur : Economica
parution : mars 2006
________________________________________
Jérôme Blanc
Les monnaies parallèles : unité et diversité du fait monétaire


Analyse les diverses pratiques (titres restaurant, fausse monnaie...), ainsi que leurs enjeux théoriques et empiriques.
éditeur : L’Harmattan
parution : décembre 2000
________________________________________
Bernard Lietaer et Margrit Kennedy
Les monnaies régionales : de nouvelles voies vers une prospérité durable


Cet essai analyse le rôle du système monétaire européen dans les dysfonctionnements des politiques sociales. Selon les auteurs, ces politiques de portée européenne doivent être soutenues par des initiatives locales. Ils proposent l'introduction de monnaies régionales grâce auxquelles les régions seraient en mesure de soutenir les missions sociales sans peser sur le contribuable.
éditeur : Charles Léopold Mayer
parution : novembre 2008
________________________________________
André Orléan
De l’euphorie à la panique financière : penser la crise financière


La place décisive qu'occupe la liquidité de marché, à travers la titrisation, dans le système financier actuel peut être interprétée comme l'utopie d'une finance qui se passerait de l'État en créant sa propre liquidité. L'assèchement brutal de cette forme de liquidité est au cœur de la crise des subprimes : le marché du capital étant internationalisé, son ampleur défie l'intervention publique.
éditeur : Rue d’Ulm (Collection du Cepremap)
parution : mai 2009
________________________________________
André Orléan
L’aveuglement au désastre suivi de Le pouvoir de la finance


éditeur : Odile Jacob
parution : à paraître
________________________________________
Charles-Henri Filippi
L'argent sans maître


Essai présentant la crise actuelle comme une mutation politique majeure. Elle sonne en effet la fin de l'argent contrôlé, pensé comme un instrument d'ouverture aux autres par l'échange plus que d'emprise par l'accumulation. L'argent est passé du projet de bien-être pour tous à celui du pouvoir pour quelques-uns. Cette dérive affaiblit la démocratie au profit d'une oligarchie de marché.
éditeur : Descartes & Cie
parution : mai 2009
________________________________________
Christian Saint Etienne
La fin de l’Euro


éditeur : Bourdin Éditeur
parution : avril 2009

http://sites.radiofrance.fr/franceinter … p?id=85726

Étienne.

Hors ligne

 

#1030 12-12-2009 16:19:23

Zolko
Membre
Message n°8061
Date d'inscription: 17-07-2008
Messages: 545
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

gilles a écrit:

Convertis en chômeurs pour l'Espagne, la France, l'Italie et tous les pays de la zone euro, ça fait quoi ça 4% de croissance en moins à cause d'une politique idiote ?

Cette relation entre "croissance" et "chômage" est toujours citée, comme une évidence. Mais jamais démontré. En d'autres mots, je ne crois pas qu'il y ait le moindre relation entre croissance et emploi. Pas la moindre.

La croissance (du PIB) ne montre qu'une chose: l'augmentation du flux financier (si je te vends mon stylo BIC 1 Euro, et que je te le rachète 1 Euro, on a augmenté le PIB de 2 Euros. Mais on n'a créé aucune richesse, et aucun emploi). D'ailleurs, en ce moment, le chômage augmente et le PIB aussi (faiblement).

Je pense qu'on peut parfaitement avoir des emplois ET un PIB qui baisse. Je ne suis pas avocat de la décroissance, je dis simplement que regarder le PIB comme mesure économique unique n'est pas bon. Mais je ne nie pas que si "on" mettait en oeuvre mes idées, le PIB baisserait probablement, mais en tant que dommage collatéral et pas comme objectif premier.

Exemple ? Si on mettait une *vraie* taxe carbone, qui taxerait les produits en fonction de la dépense carbone de leur fabrication (donc y compris transport), les importations Chinoises baisseraient énormément, remplacés par des productions locales, plus chères mais moins nombreuses. Résultat: plus de chômage, mais qui saurait dire si le PIB augmenterait avec une telle mesure ? Pareil pour l'agriculture: si on imposait une agriculture Bio, sans pesticides et fertilisants massifs, il faudrait plus de main d'oeuvre, les produits seraient plus chers, on en achèterait moins (mais de meilleure qualité), et le PIB là dedans ? Il augmenterait ou pas ?

Hors ligne

 

#1031 12-12-2009 16:38:44

AJH
Membre
Message n°8062
Lieu: Aix en Provence
Date d'inscription: 18-08-2006
Messages: 1559
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Le «coefficient d'Okun» ou la relation PIB/chômage...

http://www.unites.uqam.ca/forum/4Couts.html

Mais ce coefficient n'est pas "l'évangile"...


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

Hors ligne

 

#1032 12-12-2009 19:26:18

Sandy
Membre
Message n°8064
Date d'inscription: 28-11-2006
Messages: 2421

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Ya plein de raisons différentes au chomage. L'importance de l'activité économique, que l'on assimile souvent à tort au PIB a évidemment un lien très fort avec le chomage, si bien que les grandes évolutions ( croissance ou décroissance de l'activité économique ) correspondent assez souvent à une évolution inversement identique du chômage. Mais cela dépend de tellement de choses que l'on peut difficilement les relier par une simple relation mathématique.

La productivité joue elle aussi un grand rôle.

On l'a vu ici, la monnaie et son accaparement par une minorité joue un rôle important aussi.

Le chômage a aussi des causes structurelles, comme par exemple quand il y a un surplus de main d'oeuvre dans un secteur dans une certaine région, et qu'il y a un défaut de main d'oeuvre dans une autre, du fait qu'il est difficile pour les gens de se déplacer.

L'inadéquation de la formation.

Et il y a les comportements irrationels des différents acteurs économiques aussi.

La balance commerciale ...

L'innovation et notre capacité à la financer.

Etc ... etc ...

Alors effectivement je pense qu'on peut très bien avoir une augmentation du PIB sans à la clé avoir de création d'emplois. Et je pense d'une manière générale que de traiter de problèmes politiques à coup d'indicateurs économiques est tout ce qu'il y a de plus stupide et néfaste.

Pour les histoires de "taxe" il faut faire attention aux inégalités qui existent dans la population. Et les différentes taxes carbonnes proposées jusqu'à présent sont injustes socialement.

Hors ligne

 

#1033 13-12-2009 10:37:56

Jacques Roman
Membre
Message n°8068
Date d'inscription: 06-02-2006
Messages: 4259

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sous-euros (proposition de Dupont-Aignan)

Gilles (8059).

Autrement dit, il s'agirait de retourner au système du flottement des monnaies nationales des pays de l'UE, la seule différence étant que ces monnaies seraient inconvertibles sauf en euros et ne flotteraient que par rapport à l'euro.

Cela signifierait qu'on renonce au principe de base de l'union européenne (créer une union de plus en plus étroite, y compris sociale et économique, entre les États membres) : si c'est le but recherché, alors il faut le dire.

La situation de l'Espagne dans le cadre de l'UE n'a rien de plus inhabituel que celle du Michigan dans le cadre des États-Unis : or, les ÉUA ne recourent pas à des sous-monnaies régionales pour traiter leurs problèmes économiques (ce serait le début de la désagrégation de la fédération).

Il y a peut-être quelque chose de bon (en pratique : comme moyen de gérer automatiquement les disparités économiques entre États membres) dans la proposition de Dupont-Aignan, mais ça mériterait plus amples explications, surtout si cela devait signifier qu'on renonce à réduire les disparités nationales dans le cadre de l'UE.  JR

Hors ligne

 

#1034 13-12-2009 10:55:10

AJH
Membre
Message n°8070
Lieu: Aix en Provence
Date d'inscription: 18-08-2006
Messages: 1559
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@Jacques Roman
La proposition de NDA n'aurait pas de sens si l'UE avait commencé par imposer les même règles fiscales et sociales aux pays de la zone  euro
Mais ce n'est pas le cas ...
Alors entre choisir je suis d'abord français ou je suis d'abord européen, moi aussi je choisis la première alternative.
Il faut d'ABORD réduire les disparités et la question ne se posera plus...


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

Hors ligne

 

#1035 13-12-2009 12:09:47

Étienne
Message n°8071
Lieu: Trets (France, 13)
Date d'inscription: 28-01-2006
Messages: 1647
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Le pouvoir financier au cœur de la crise de 2008
Les analyses prophétiques de Maurice Allais


Bonjour.

J’ai passé un bonne partie de la nuit à mettre en forme une synthèse particulièrement intéressante que m’a envoyée Philippe Boursier de Carbon.

C’est là :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/f … utes#c3669

On y retrouve de larges extraits du livre formidable que j’ai reproduit il y a quelques années (avec l’accord et même les encouragements de Maurice). Il est là : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/m … s_1998.pdf

Amicalement.

Étienne.

Hors ligne

 

#1036 15-12-2009 15:29:14

AJH
Membre
Message n°8072
Lieu: Aix en Provence
Date d'inscription: 18-08-2006
Messages: 1559
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Rejoignez le groupe facebook "Soutiens aux propositions de Maurice Allais"

http://tinyurl.com/yafcovl

Dernière modification par AJH (15-12-2009 15:29:39)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

Hors ligne

 

#1037 15-12-2009 15:44:24

Sandy
Membre
Message n°8073
Date d'inscription: 28-11-2006
Messages: 2421

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Maurice Allais se trompe sur l'idéal socialiste, enfin, si on ne doit considérer que sa composante économique comme il le fait : il ne s'agit pas de l'équité de la REdistribution des richesses mais de la distribution des richesses tout court. Cette nuance est extrêmement importante car elle vise à lutter contre les inégalités en amont, contre ce qui les produit et non pas uniquement en aval, après que ces inégalités soient produites.

Alors, cela ne change pas grand chose à ce qu'il dit ici, mais néanmoins, cela ôte toute compatibilité entre libéralisme et socialisme, contrairement à ce qu'il pense.

Hors ligne

 

#1038 15-12-2009 23:53:53

Étienne
Message n°8078
Lieu: Trets (France, 13)
Date d'inscription: 28-01-2006
Messages: 1647
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/LeMystereDeLaNulliteDesPatronsDeBanquesResolu-r.jpg

Source : Petit dictionnaire des mots de la crise, Philippe Frémeaux et Gérard Mathieu, Alternatives économiques.

smile

Étienne.

Hors ligne

 

#1039 22-12-2009 02:53:04

Jacques Roman
Membre
Message n°8097
Date d'inscription: 06-02-2006
Messages: 4259

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

"Re"-distribution  des richesses

Je trouve judicieuse la remarque de Sandy dans son 8073, en ce sens qu'il doit s'agir de distribuer équitablement les richesses dès le départ, mais il me semble que "redistribuer" est depuis longtemps employé au sens de "distribuer". Mieux vaudrait dire "répartir", pour éviter toute ambigüité.  JR

Hors ligne

 

#1040 22-12-2009 07:33:22

AJH
Membre
Message n°8099
Lieu: Aix en Provence
Date d'inscription: 18-08-2006
Messages: 1559
Site web

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sandy a écrit:

Maurice Allais se trompe sur l'idéal socialiste, enfin, si on ne doit considérer que sa composante économique comme il le fait : il ne s'agit pas de l'équité de la REdistribution des richesses mais de la distribution des richesses tout court. Cette nuance est extrêmement importante car elle vise à lutter contre les inégalités en amont, contre ce qui les produit et non pas uniquement en aval, après que ces inégalités soient produites.

Alors, cela ne change pas grand chose à ce qu'il dit ici, mais néanmoins, cela ôte toute compatibilité entre libéralisme et socialisme, contrairement à ce qu'il pense.

Je ne comprends pas ...
Expliquez moi ce que proposent les socialistes en terme de distribution "en amont" des richesses, et que ne proposerait pas Allais (avez vous lu http://osonsallais.wordpress.com/2009/1 … fiscalite/ ?).

EDIT: on ne peut distribuer (ou redistribuer) une richesse si elle n'a pas été produite, extraite ou "cueillie" , les 3 par le travail.
Bien sur certains considèrent que c'est aux autres de travailler pour pouvoir profiter des fruits du travail de ceux là: ce n'est pas mon point de vue, hormis un pourcentage de répartition (impôts, revenu citoyen, quotas)

Dernière modification par AJH (23-12-2009 11:47:46)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

Hors ligne

 

Pied de page des forums

Propulsé par PunBB 1.2.12
© Copyright 2002–2005 Rickard Andersson
Traduction par punbb.fr