Forum du plan C : pour une Constitution écrite par et pour les Citoyens

Ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.
Les membres de l'Assemblée constituante doivent être tirés au sort
et, bien sûr, inéligibles aux fonctions qu'ils instituent eux-mêmes.

Vous n'êtes pas identifié.

Bienvenue :o)

Bonjour :o)
Ici, depuis le 1er janvier 2006, nous parlons d'un sujet que les politiciens de métier voudraient bien garder pour eux : nous parlons de la Constitution, de ce texte absolument fondamental pour tous les citoyens (et pourtant complètement négligé par eux), de ce texte qui pourrait nous protéger tous contre les abus de pouvoir si nous le faisions nôtre au lieu d'en abandonner la maîtrise à ceux-là mêmes qu'il est censé contrôler.
Nous discutons principe par principe, méthodiquement. Nous avons d'abord suivi le plan de mon document "Les grands principes d'une bonne Constitution", mais nous avons ensuite élargi nos thèmes à partir de vos réflexions, critiques et suggestions. C'est simplement passionnant. Ce que nous avons mis au clair sur la monnaie, sur le vote blanc, sur les vertus méconnues du tirage au sort et sur le référendum d’initiative populaire, par exemple, est enthousiasmant.
Le prolongement de cette réflexion constituante, c’est d’écrire enfin nous-mêmes un exemple de constitution, article par article. C’est ce qui se passe sur la partie wiki-constitution de ce site. Je vous invite à venir y participer également, ne serait-ce que sur un article ou deux. Vous verrez, c’est passionnant ; on sent vite qu’on est là sur l’essentiel, sur la seule vraie cause (et aussi la solution !) de nos impuissances politiques.
C’est un projet pédagogique en quelque sorte, un objet concret, réel, qui montre que 1) c'est possible : des hommes dont ce n'est pas le métier peuvent écrire une Constitution, et 2) c'est beaucoup mieux : quand ils n'écrivent pas des règles pour eux-mêmes, quand ils n'ont pas un intérêt personnel à l'impuissance des citoyens, les délégués constituants écrivent les règles d'une authentique démocratie. Merci à tous pour ce travail formidable.
Amitiés. Étienne.
[19 août 2012 : ATTENTION : pour cause de spam ultra-actif mi 2012, je FERME la possibilité aux nouveaux venus de créer un compte sans moi : il faut m'écrire à etienne.chouard@free.fr (EN ME DONNANT LE PSEUDO QUE VOUS VOULEZ) et je créerai votre compte à votre place. Il faudra ensuite venir ici pour définir un nouveau mot de passe. Désolé, mais les spammeurs deviennent infects et je n'ai pas le temps de gérer les spams (je préfère vous aider un à un à nous rejoindre). Au plaisir de vous lire. ÉC]

#601 20-01-2009 21:52:09

NingúnOtro
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Message n°6194
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

C'est peut-être pour cela que vous ne trouvez pas assez d'écho par ici, Instit... Votre solution exclusive pour la France... n'en est pas une, tout aussi parfaite que vous la croyez... si le reste de la planète coule. La France n'a pas les capacités, à elle toute seule, pour devenir tout d'un coups une autarcie.

Alors cessez de penser trop étroitement... cette argumentation sert d'autres maitres.

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#602 21-01-2009 15:32:06

Instit
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Message n°6202
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Le jeudi 7 février 2008, le MEDEF a tenu son Conseil Exécutif dans les locaux de la Commission européenne ! Le MEDEF a pu ainsi discuter tranquillement avec 9 des 27 membres de la Commission européenne !

Le vendredi 8 février 2008, le MEDEF a tenu sa convention dans l’hémicycle du Parlement européen ! Je vous jure que c’est vrai ! Voici le début du discours de Laurence Parisot :

« Chers amis entrepreneurs, chers amis amoureux de l’entreprise et de l’esprit d’entreprise, bonjour ! Quel plaisir, quelle fierté de vous accueillir dans le temple même de la démocratie européenne, le Parlement européen ! Hier le Conseil Exécutif de notre mouvement s’est tenu dans les locaux du pouvoir exécutif de l’Union, dans les locaux de la Commission : au Berlaymont. Nous avons pu librement et utilement échanger avec neuf des vingt-sept commissaires euro¬péens, et ce pendant près de deux heures. Aujourd’hui, nous nous réunissons ensemble dans l’hémicycle du Parlement, à Bruxelles. D’emblée, je remercie très chaleureusement Hans-Gert Pöterring qui a accepté que nous organisions ici-même notre grand rassemblement annuel, notre Convention. Et merci, merci beaucoup à Ernest-Antoine Seillière, le Président de Business Europe sans le soutien duquel cet événement n’aurait pas été possible ! »

http://www.benchmarkercestlasante.eu/fi … _bxl08.pdf

Laurence Parisot s’est félicitée de la ratification du traité de Lisbonne par les députés français et les sénateurs français.

Ernest-Antoine Seillière est l’ancien président du MEDEF. Il est aujourd’hui le président de Businesseurope, le patronat européen. Businesseurope regroupe 39 syndicats de patrons venant de 33 pays. Ernest-Antoine Seillière s’est lui-aussi félicité de la ratification du traité de Lisbonne par les députés français et les sénateurs français :

“ BUSINESSEUROPE's President Ernest-Antoine Seillière addressed the MEDEF Convention which gathered more than 1,000 company representatives in the European Parliament in Brussels on 8 February. Speaking in the opening session on “the New Europe”, he highlighted why Europe matters for companies, now more than ever considering the major changes which will be introduced by the Lisbon Treaty. He also welcomed the ratification of the Lisbon Treaty by the French Parliament on 7 February. France joins Hungary, Malta, Slovenia and Romania as the fifth country ratifying the Treaty since its endorsement by the Heads of State and Government at the EU Council on 13 December 2007. “

http://www.businesseurope.eu/Content/De … PageID=520

Récapitulons.

- Laurence Parisot s’est félicitée de la ratification du traité de Lisbonne.

- Ernest-Antoine Seillière s’est félicité de la ratification du traité de Lisbonne.

- Le patronat français est pour le OUI au traité de Rome en 1957, pour le OUI à l'Acte Unique en 1986, pour le OUI au traité de Maastricht en 1992, pour le OUI à la Constitution européenne en 2005, pour le OUI au traité de Lisbonne en 2007.

Et vous voudriez encore rester dans LEUR union européenne ? Vous n'avez pas encore compris que l'union européenne était faite D'ABORD pour le patronat, par le patronat ?

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#603 21-01-2009 16:47:24

Zolko
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Message n°6203
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Instit a écrit:

Et vous voudriez encore rester dans LEUR union européenne ?

Cher Instit,

vous avez de la chance car il y a une solution très simple et rapide pour vous: vous prenez un billet d'avion et vous allez en Australie. Et hop, vous cessez d'être dans leur/cette Union Européenne.

Mais ce que vous voulez en fait, je le soupçonne, est autre-chose. Vous voulez probablement que la France sorte de l'Union Européenne... mais vous êtes-vous assuré que c'est ce que les français veulent aussi ? Vous parlez de démocratie, alors il serait important de savoir ce que le demos veut, non ? Ou voudraient-ils plutôt des changements radicaux dans cette Europe, jusqu'au point, éventuellement, que cela en devienne une autre Europe ? Je pencherait plutôt vers cette hypothèse: qu'une grande majorité des français veulent 1) rester dans une organisation européenne 2) mais une autre que celle de cette Union Européenne.

Et c'est pour cette bataille qu'une constituante tirée au sort est une arme adaptée.

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#604 22-01-2009 06:42:05

Instit
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Message n°6207
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

D'accord à 100 %.

Comme Charles de Gaulle, je souhaite une Europe des Etats. Je souhaite une Europe des Etats indépendants.

« La France peut et elle doit aider par tous moyens en son pouvoir au redressement de l’Europe. J’entends d’une Europe formée d’hommes libres et d’Etats indépendants, organisée en un tout susceptible de contenir toute prétention éventuelle à l’hégémonie et d’établir entre les deux masses rivales l’élément d’équilibre dont la paix ne se passera pas. C’est à la France qu’il appartient de prendre, dans ce domaine essentiel, les initiatives nécessaires. Il va de soi enfin qu’elle doit concourir à toutes les formes : politique, économique, sociale, intellectuelle, de la coopération internationale, par quoi notre pauvre univers déchiré tend à bâtir sa future unité. »

(Charles de Gaulle, Discours et Messages, tome 2, Plon, p.87)

« Mais il est vrai que la patrie est un élément humain, sentimental, alors que c’est sur des éléments d’action, d’autorité, de responsabilité, qu’on peut construire l’Europe. Quels éléments ? Eh bien, les Etats ! Car il n’y a que les Etats qui soient à cet égard valables, légitimes et capables de réaliser. J’ai déjà dit et je répète qu’à l’heure qu’il est, il ne peut pas y avoir d’autre Europe que celle des Etats, en dehors naturellement des mythes, des fictions, des parades. »

(Charles de Gaulle, Discours et messages, tome 3, Plon, p.407)

Une Europe différente de l'actuelle, d'accord. Une Europe des Etats indépendants.

Une Europe dans laquelle chaque Etat contrôle ses frontières, sa monnaie, ses lois.

Une Europe dans laquelle, pour chaque nouveau projet, certains Etats acceptent de participer, mais dans laquelle d'autres Etats refusent de participer, et ne participent pas.

Une Europe à la carte, dans laquelle les 27 Etats ne sont pas forcés de prendre le même menu.

Hypothèse : cher Zolko, l'Europe que tu essaies SINCEREMENT de construire à l'aide d'un tirage au sort et d'une Constituante, c'est l'Europe des mythes, c'est l'Europe des fictions, c'est l'Europe des parades.

En juin 2009, il faudra regarder de près :
1- le taux d'abstention (qui ne cesse de monter depuis que les élections européennes existent) ;
2- le score des partis anti-Union Européenne.

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#605 22-01-2009 12:39:23

Zolko
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Message n°6217
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Instit a écrit:

Je souhaite une Europe des Etats indépendants. (...) Une Europe dans laquelle chaque Etat contrôle ses frontières, sa monnaie, ses lois.

Ca s'appelle une Confédération. Moi aussi je suis pour une Confédération Européenne (je l'ai même explicitement mentionné dans la série de questions à voter).

Il me semble, mais je n'en suis pas 100% sûr, qu'avec l'Europe on nous avait promis l'ouverture des frontières; en tant que Hongrois, des frontières fermées me sont extrêmement désagréables. Mais au lieu d'ouvrir les frontières, on les a supprimés. Ce qui n'a rien à voir. Et moi aussi, tout en étant "pro-européen", je souhait que les frontières nationales soient rétablies, mais ouvertes, avec un contrôle par prélèvement (on contrôle 1 passage sur 100 par ex).

Mais ce sera à la constituante tire au sort de proposer ce genre de choses. Si une constituante tirée au sort est mise en place, elle s'inspirera des sites et discussions et sondages et initiatives populaires pour écrire les nouvelles institutions: vous pourrez beaucoup plus facilement faire passer vos idées qu'aujourd'hui.

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#606 22-01-2009 14:50:34

Instit
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Message n°6226
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Zolko, nous n'avons pas le temps de convaincre les 26 autres Etats, les 26 autres peuples. Je souhaite que la France reprenne le contrôle de ses frontières, le contrôle de sa monnaie, le contrôle de ses lois. Après, mais seulement après, la France pourra proposer aux autres Etats une nouvelle expérience :

la Confédération Européenne.

Mais après.

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#607 23-01-2009 13:32:50

Zolko
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Message n°6237
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Instit a écrit:

Je souhaite que la France reprenne le contrôle de ses frontières, le contrôle de sa monnaie, le contrôle de ses lois.

Moi aussi. Et je suis convaincu que cela se fera plus vite avec une constituante européenne tirée au sort qu'en attendant 2012 et Sarkozy ou Strauss-Kahn comme président. Ou que la "crise" devienne tellement grave que les gens commencent à avoir faim.

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#608 23-01-2009 21:41:44

Instit
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Message n°6240
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Bon, Zolko, je veux te poser trois questions. Nous sommes au début, seulement au début, de la pire crise financière, économique, sociale depuis 1929.

1- Tu crois vraiment que c'est le moment de parler aux Français d'une Constituante Européenne ?

2- Tu crois vraiment que c'est le moment de parler aux Français du tirage au sort ?

3- Tu n'as pas peur de n'intéresser que quelques intellectuels et quelques juristes ?

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#609 24-01-2009 03:10:43

Jacques Roman
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Message n°6242
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Tout à fait d'accord avec vous, Instit (6240), si vous pensez aux élections européennes de juin.  JR

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#610 24-01-2009 12:35:21

Zolko
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Message n°6245
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Instit a écrit:

Bon, Zolko, je veux te poser trois questions.

Bon, Instit, avoue que t'as les boules pour pleins de raisons, et tu te défoules sur l'"Europe". Ce sera plus vite fait. Les choses qui te foutent les boules sont franco-françaises et n'ont aucun rapport avec l'Europe. Mis à part que l'Europe n'a pas réparé les erreurs françaises.

Nous sommes au début, seulement au début, de la pire crise financière, économique, sociale depuis 1929.

Oui, et je pense, je suis même sûr, que ce que les français et les européens veulent c'est se débarasser des responsables de ces débacles. Et tout ce qui peut contribuer dans ce sens sera accueilli favorablement. Et le tirage au sort va dans ce sens. Donc, si on est capables d'atteindre les français et de leur expliquer, oui, ils souhaitent une proposition concrète qui mettra d'autres que les éternels élus professionnels dans une situation de décision/proposition.

Ce que les français ne veulent ABSOLUMENT plus est le language habituel qu'ils ont déjà entendu 1000 fois et dont ils sont sûrs qu'il ne mêne nulle-part.

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#611 24-01-2009 16:39:30

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sortir d’urgence de l’Union européenne
et apprivoiser le tirage au sort comme émancipation radicale des factions et des factieux.


S'il vous plaît, chers amis, ce fil est consacré à la monnaie : mettons fin à cette parenthèse hors sujet, s'il vous plaît : concentrons-nous ici sur la monnaie. On peut continuer sur le fil consacré à l'UE. Étienne

Zolko,

Je voudrais défendre Instit parce que pense, comme lui, que LE MYTHE de la construction européenne SERT À (a été imaginé , voulu et défendu pour) déconstruire les Républiques.

Notre impuissance croissante — impuissance politique et impuissance économique — est UN FAIT indéniable.

Tout se passe COMME SI l’Union européenne était voulue et animée par une puissance ennemie des nations européennes. Pour ouvrir les frontières et libérer les flux de capitaux (en ayant déjà vécu et analysé la catastrophe de 1929), il faut être plus bête que la moyenne ou particulièrement mal intentionné.

Je continue à lire Annie Lacroix-Riz (ne ratez pas la vidéo de sa conférence sur son dernier livre : "De Munich à Vichy, l'assassinat de la IIIe République") et je crois que l’Union européenne est la dernière trouvaille des privilégiés (la précédente était le fascisme en Italie et en Allemagne) pour de débarrasser de l’idée démocratique en la vidant, cette fois, de son sens par le mensonge quotidien à tous les étages, en poussant bien entendu des hauts cris d’amour de la démocratie à chaque accusation de dérive totalitaire, cris d’indignation doublés d’accusations d’antisémitisme et de xénophobie, au passage.

Souvenez-vous de cette profonde observation de Jean Grenier : ça fonctionne parce que « les gens ont peur des mots ».

Les gens n’ont pas besoin de savoir, ils ont besoin de croire (Castoriadis), et n’importe quel mensonge leur suffira, c’est à pleurer. 

Donc, l’Union européenne n’est pas la cause de nos malheurs, effectivement, elle en est L’OUTIL.

La vraie cause profonde du malheur des hommes, c’est l’inventivité des privilégiés pour préserver leurs privilèges, inventivité décuplée par une motivation exceptionnelle et une culture en proportion : mieux vaut savoir lire pour être un bon accapareur : en connaissant parfaitement les diverses formes des abus de pouvoir et des résistances passées, le profiteur tyrannique se donne des armes quasiment invincibles pour organiser ses propres abus et vaincre les prochaines résistances.

Et l’inculture des citoyens est le verrou de l’injustice, avec leur consentement.

Comme Instit, je crois qu’il faut sortir du piège de l’Empire (de l’UE), en toute première priorité, et reconstruire d’abord un cadre démocratique véritable, à UNE ÉCHELLE ÉPROUVÉE et connue, la NATION, voire même à une échelle plus proche des hommes, une fédération de COMMUNES, un peu comme en Suisse, avec, de toutes façons, la clef de voûte du Référendum d’initiative citoyenne.

Ensuite, et ensuite seulement, entre nations économiquement comparables (les premiers pays fondateurs ?), on pourra reconstruire une entité politique plus vaste, mais seulement à travers un processus constituant honnête, c’est-à-dire dont les auteurs seront désintéressés et dans lequel le peuple sera obligatoirement consulté et respecté.
_____________________

Quant à la haine d’Instit pour le tirage au sort, je dirais : « bien fait pour vous ».

Si vous ne voyez pas que toute cette nasse de politique simulée, toute cette supercherie antidémocratique, tous ces mensonges de riches et toutes ces arnaques de rentiers, toute cette escroquerie de politicards qui empilent les mythes les plus incroyables, si vous ne voyez pas que toutes ces tromperies sont rendues possibles par L’ÉLECTION QUI PERMET AUX RICHES D’ACHETER LES ÉLUS en payant leurs campagnes électorales et leurs soutiens médiatiques, si vous croyez vraiment à cette illusion du « suffrage universel qui fait de chaque citoyen LE SOUVERAIN », alors oui, vraiment : bien fait pour vous.

Pour ma part, je n’attends rigoureusement rien de la classe politique professionnelle qui a, par définition, par construction, par le mécanisme même de l’élection, inéluctablement, UN INTÉRÊT PERSONNEL CONTRAIRE À L’INTÉRÊT GÉNÉRAL, et quand on a dit ça, on a tout dit : le reste coule de source.

Donc, moi, je n’ai aucun pouvoir, mais j’ai encore la liberté de dire :

Bien fait pour vous.

Et que tout continue comme avant, tant que les causes fondamentales perdureront.

neutral

Étienne.
__________________

“L’Europe ne dit pas ce qu’elle fait ; elle ne fait pas ce qu’elle dit. Elle dit ce qu’elle ne fait pas ; elle fait ce qu’elle ne dit pas. Cette Europe qu’on nous construit, c’est une Europe en trompe l’oeil“. Pierre Bourdieu.

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#612 24-01-2009 18:19:52

Étienne
Message n°6253
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Des nouvelles de mes participations récentes sur le blog de Paul Jorion (fin décembre) : ne ratez pas Jean Grenier

Chers amis,

Il reste un travail utile du mois de décembre (sur le blog de Paul Jorion), à propos de monnaie, mais aussi à propos des orthodoxies excluantes et de l’accusation de paranoïa qui traîne autour de toute dénonciation de complot, un travail dont je ne vous ai pas encore parlé.

Ne ratez pas l'extrait de Jean Grenier sur l'esprit d'orthodoxie que j'ai recopié-là, il est formidable.

C’était dans un billet intéressant, mais troublant, intitulé « Le scandale des sélénites qui prennent les banques pour des soucoupes volantes…, par Daniel Dresse », daté du 25 décembre 2008.

J’y ai répondu :

Étienne Chouard dit :
27 décembre 2008 à 01:13

Cher Paul, cher Daniel (Lynda), chers vous tous,

Ce message me laisse un peu perplexe, à plusieurs titres,
mais d’un autre côté, et c'est le plus important, il semble confirmer ce que je sens depuis quelques jours : les points de vue apparemment franchement opposés semblent ici prêts à se rapprocher parce qu’un malentendu est en train de se dissiper (voir mon post de cette nuit).

Je décris d’abord ma perplexité (et je garde le meilleur pour la fin) :

________________

Le titre d’abord, qui semble assimiler la réflexion de ceux qui parlent de « scandale de l’abandon de la création monétaire aux banques privées » à cette autre réflexion de ceux qui croient dur comme fer aux soucoupes volantes, c’est-à-dire des farfelus (éventuellement un peu paranoïaques), crédules au point de croire de telles sornettes : ce titre semble fait pour moquer une thèse, et pourrait d’ailleurs revenir tranquillement à son auteur comme un boomerang (car, si la création de monnaie par les banques commerciales était finalement bel et bien démontrée, ceux qui la niaient en moquant les autres risquent un peu d’être moqués à leur tour).

Je fais dire à ce titre peut-être davantage que ce que vous avez pensé vous-même en le rédigeant, mais on commence à s’accoutumer, ces temps-ci, à se voir moquer, dès qu’une intrigue (forcément secrète) est analysée et dénoncée ; on se fait moquer et discréditer à bon compte, sans effort, avec cette incantation rituelle (et trop facile) qui dispense apparemment son auteur de justifier autrement toute affirmation péremptoire : « [début de la "pensée critique] Ah ! Encore un adepte de la théorie du complot (un paranoïaque, quoi)… [fin de la "pensée critique] ».

Je dis au passage (même si, sans doute, ni Paul ni Daniel ne sont concernés en l’occurrence) que cette façon de se débarrasser commodément de toute opinion dissidente (qui se permet d’accuser un pouvoir de sinistres manigances) en amalgamant cette critique argumentée avec une pensée exagérée et donc ridicule, sans même faire l’effort de réunir soi-même un fait ou un argument en renfort, est à la fois une insulte à l’intelligence et une malhonnêteté intellectuelle ; j’appelle ces (faux) naïfs qui font ainsi mine de croire qu’il n’y a jamais eu aucun complot nulle part, je les appelle les adeptes de « la théorie de la théorie du complot », et je leur reproche de voisiner, le plus souvent, le degré zéro de l’argumentation : on traite ainsi l’autre de « paranoïaque », on laisse penser insidieusement que lui et (surtout) ceux qui s’aviseraient de l’écouter sont au comble du « ridicule », exactement comme dans une cour de récréation, c’est de ce niveau, et on passe ensuite à autre chose après un procès expéditif.

___________________________

Daniel (ou Linda ?) dit : « leurs démonstrations s’appuient généralement sur l’empilement COMPLEXE ET DÉROUTANT de notions redondantes comme monnaie, moyen de paiement, dépôt, crédit, jeux d’écriture etc. »

Je trouve que la complexité n’est — précisément — pas du côté de ceux qui dénoncent l’abandon de la création monétaire aux banques privées :

Comptabilité et cours d’économie monétaire à l’appui, ils soutiennent simplement que tout DAV (dépôt à vue) dans une banque commerciale est, PAR DÉFINITION, une des formes de monnaie (la plus courante, même, qui nous sert quotidiennement  pour régler TOUS nos échanges), et que LA COMPTABILITÉ DES BANQUES (qui laisse assez peu de place à la fantaisie) montre sans ambiguïté que ces sommes en DAV gonflent (de nouveaux ‘chiffres transmissibles’ sont créés) à l’occasion des prêts, et dégonflent à l’occasion des remboursements (les ‘chiffres transmissibles’ disparaissent progressivement) , ce qui conduit ces observateurs, toujours très simplement, à parler de création monétaire et de destruction monétaire.

Le scandale vient d’abord des CONDITIONS DE LA CRÉATION monétaire en soi : d’abord, cette monnaie, qui a fini par prendre toute la place, est TEMPORAIRE et elle est donc, par nature, « asphyxiante » si on n’en a pas d’autre, puisqu’il faudra toujours la rendre et donc en perdre les avantages.  Par ailleurs, elle peut facilement devenir surabondante (on le voit bien ces temps-ci) car les limites en sont fort peu contraignantes pour les acteurs privilégiés qui ont confisqué à leur profit ce droit régalien.

Mais le scandale vient surtout de l’abandon par la collectivité du REVENU de l’intérêt, abandon qui constitue UN MANQUE À GAGNER considérable POUR LA PUISSANCE PUBLIQUE (faut-il croire Maurice Allais qui l’estime à 5% du revenu national, l’équivalent en privations de l’impôt sur le revenu ?  Enlisés dans une controverse, nous n’avons pas encore pu débattre de ce calcul).  Quel qu’en soit le montant exact, ce manque à gagner est assurément payé par chacun d’entre nous sous forme d’IMPÔTS, impôts  qui ne seraient pas nécessaires si nos représentants d’une époque n’avaient pas ainsi sabordé, saboté, notre souveraineté monétaire.

Tout ça est assez simple, il me semble.

Je ne vais pas décrire la complexité qu’il a fallu développer au contraire, de l’autre côté de ce blog, pour arriver à montrer que « les banques commerciales ne créent PAS la monnaie qu’elles prêtent à partir de rien d’autre que leur culot et la confiance qu’on leur fait », tant cette complexité est foisonnante (c'est l'image des ballons qui m'a le plus surpris) ; ce serait trop long et je le suis déjà naturellement (trop long) ;-)

À mon avis, ces arguments-là deviennent complexes simplement parce qu’ils ne correspondent pas à la réalité qu’ils veulent expliciter. C'est mon avis, pas plus.

___________________


Analyser la CRÉATION monétaire observée à l’occasion d’un crédit bancaire comme s’il s’agissait de CIRCULATION monétaire, c’est, pour moi, un signe de CONFUSION manifeste, un Nième signe de la "complexité" évoquée plus haut. (Mais je me trompe peut-être, bien sûr.)

Il serait d’ailleurs intéressant de savoir comment les uns et les autres, ici, calculent la vitesse de ROTATION de la monnaie. Pour moi, j’en suis resté (pour l’instant) à un calcul assez simple : en divisant le PIB par la masse monétaire, on obtient une vitesse de rotation assez facile à appréhender : si le pays a échangé 8 000 G€ de richesses cette année alors que la masse monétaire n’était que de 4 000 G€, les acteurs, en moyenne, ont dû utiliser chaque signe monétaire deux fois pour pratiquer tous leurs échanges (PIB 8000/ M3 4000= Vitesse 2). On n’obtient évidemment pas le même résultat selon qu’on prenne M1, M2 ou M3 comme masse monétaire de référence. Il me semble que l’agrégat utilisé par la BDF pour observer cette vitesse proche de 1 est M3 (dont l’ordre de grandeur est un peu moins de 8000 G€ pour la zone euro en 2006).

Le principe des monnaies « fondantes » (qui perdent constamment et rapidement un peu de leur valeur) vise justement à dissuader la thésaurisation pour favoriser la circulation de la monnaie. Une inflation modérée pourrait (devrait normalement) produire simplement un effet comparable. Logiquement, la stabilité des prix, au contraire, devrait ne pas stimuler la circulation puisqu’on ne perd alors pas grand-chose à thésauriser.

_______________________________


Daniel (ou Linda ?)  dit ensuite : « On rejoint ici l’opinion souvent émise notamment après des MOUVEMENTS D’EXTRÊME-GAUCHE, pour lesquels, il coule de source que l’on peut en créer de l’argent À PROFUSION selon les besoins. »

Cette façon de coller des étiquettes globales et globalisantes (honorifiques ou infamantes, selon le cas, invitation à lire attentivement si l’étiquette est reluisante, ou invitation à se détourner prestement, sans même prendre connaissance de l’idée étiquetée, si l’étiquette est humiliante, l’adjectif « extrême » servant par ailleurs de repoussoir pavlovien commode pour intimider ceux qui craignent par-dessus tout le ridicule) sur le front des interlocuteurs, alors que, selon moi, les idées devraient être détachées de leur auteur pour être appréciées justement, sans procès d’intention, cette manie étiqueteuse me désole : je l’attribue à l’emprise des partis, des factions, des orthodoxies et de leurs prêtres, sur la pensée politique du moment.

Non pas que Daniel soit lui-même un de ces factieux, bien sûr (il n’en a pas l’air du tout !), mais c’est dans l’air du temps, dans les habitudes locales. Et je trouve ça bien regrettable.

Sur la thèse importante de la très nécessaire séparation des idées pour réunir les hommes, sur cette lutte contre les orthodoxies et contre l’esprit de faction, contre l’esprit de parti, de clan, de discorde imposée, je voudrais vous signaler ce texte, à la fois fort et utile, de Jean Grenier, professeur de philosophie de Camus (que Camus admirait), extrait de son petit livre formidable « Essai sur l’esprit d’orthodoxie » (dont j’ai parlé récemment à Paul en privé) ; c’est une merveille, ne ratez pas cette pensée-là :

« Les essais qui suivent sont une longue protestation contre les orthodoxies.

Il me faut m'expliquer sur ce mot. Je laisse de côté la définition admise par Littré : « Conformité aux doctrines de l'Église. On appelle auteur orthodoxe celui qui n'enseigne rien que de conforme à l'autorité de l'Église, etc. » Ce qui m'intéresse plutôt c'est le sens du mot par extension : « Quiconque ne produisait pas des certificats ou des gages suffisants d'orthodoxie païenne était exclu non seulement des écoles entretenues par les cités, mais de toute espèce d'enseignement public (sous l'empereur Julien). » Cette citation donne un sens encore trop restreint au mot orthodoxie. Je l'ai pris plutôt au sens qu'a employé Émile Burnouf dans la Science des religions quand, revenant à l'étymologie du mot, il écrit : « Quand une opinion se déclare droite et vraie, cela signifie que toute opinion différente n'est ni l'un ni l'autre. » « Chaque orthodoxie a pour opinion qu'elle est la seule bonne et la seule vraie. » Une orthodoxie est donc avant tout une doctrine d'exclusion.

L'orthodoxie succède à la croyance. Un croyant en appelle à tous les hommes pour qu'ils partagent sa foi ; un orthodoxe récuse tous les hommes qui ne partagent pas sa foi. C'est que la foi du premier est surtout un sentiment et la foi du second surtout un système. Le premier dit : « Laissez venir à moi... » et le second : « Qu'il soit anathème... »

C'est une loi presque fatale que ceci succède à cela.

Pourquoi ce durcissement, ce passage de l'appel au refus ? C'est que toute croyance contient en germe un élément négatif : la même idée qui est un moyen de ralliement sert aussi un moyen d'exclusion : « Qui n'est pas avec moi est contre moi. »

C'est surtout qu'une croyance en s'implantant dans une société s'organise et se défend comme une plante qui étend ses racines jusqu'à ce qu'elle trouve de l'eau, recouvre sa tige d'écorce, tourne ses feuilles vers le soleil, enfin use de tous les moyens pour se développer et repousse avec intransigeance tout ce qui ne peut pas l'y aider. L'orthodoxie est donc une suite fatale de toute croyance qui réussit ; ou, en tout cas, elle est une tentation à laquelle peu de croyances résistent.

(…) [Les orthodoxies] rapprochent des hommes très différents qu'elles rendent semblables ;   elles éloignent des hommes très semblables qu'elles rendent différents et même hostiles, témoins les luttes interminables, à l'époque des Croisades, entre les Latins et les Grecs.

Ces grandes forces sociales que constituent les orthodoxies risquent de faire perdre complètement le contact avec la croyance primitive.

Toute orthodoxie repose en effet sur des conventions, et la première de toutes est qu'il faut se ranger à l'avis soit d'une majorité, soit d'un chef, et, une fois que cette majorité ou ce chef se sont prononcés, se ranger à leur avis sous peine d'être bannis de la société. Une hérésie se distingue d'une orthodoxie par le fait qu'elle ne groupe qu'une minorité. Tel est au moins le caractère de l'hérésie pour celui qui voit les choses du dehors. Pour celui qui les voit du dedans, la majorité et le chef se décident d'après la tradition, ils sont animés d'un esprit qui dicte leurs décisions ; l'arbitraire du nombre ou de la dictature ne serait ainsi qu'apparent.

En tout cas, le résultat est que l'orthodoxie devient de plus en plus une convention et s'appuie de plus en plus sur des formulaires, de même qu'elle cherche un soutien dans un État ou dans une classe sociale.

Cette cristallisation et ce raidissement sont des nécessités pour l'orthodoxie. Elle ne peut se maintenir qu'en restant immobile, car la moindre fissure pourrait entraîner l'écroulement de tout l'édifice : si on laisse critiquer un point, pourquoi pas un autre point et ainsi de suite ? L'orthodoxie est donc parfaitement intransigeante.

Et le croyant se sent rassuré : dans un univers changeant il s'attache à quelque chose qui ne bouge pas, et se sent d'accord avec un grand nombre d'hommes. Or les deux causes les plus aiguës de souffrance sont incontestablement la solitude dans la Nature et la solitude dans la société. ÉCHAPPER À L'ISOLEMENT EST LE PREMIER BESOIN DE L'HOMME. ON S'EXPLIQUE, QUAND ON PENSE À CELA, L'ADHÉSION À UNE ORTHODOXIE DE NOMBREUX INTELLECTUELS, exigeants pour leur propre pensée, mais PRÊTS À ACCEPTER N'IMPORTE QUEL SYSTÈME AFIN DE N'ÊTRE PLUS SEULS, et aussi parfois afin de rejoindre la communion humaine.

De telles conversions quand elles sont désintéressées sont très respectables. Elles n'en sont pas moins suspectes du point de vue de l'intégrité intellectuelle, car on ne doit admettre aucune idée, même bienfaisante, que l'on ne croie vraie. Le « pieux mensonge » est chose haïssable. C'est l'honneur de l'homme de se soumettre à des choses qui le dépassent.

(…)

À peine née, la foi agit ; à peine agit-elle qu'elle cherche à se nommer. Elle rassemble autour d'elle un nombre d'hommes qu'elle sépare des autres : ce partage forme les partis. Déjà l'idéal se trouble et s'obscurcit en passant dans la pratique. Il existait pour unifier ; voici qu'il divise. Le croyant s'étonne qu'on ne participe pas à sa croyance. Mais il ne nie que parce qu'il affirme ; il ne déteste que parce qu'il aime. Un moment vient où il finit par oublier le but pour ne plus voir que le moyen.

(Commentaire [de Jean Grenier]) : Nous n'examinons ni le fascisme ni le social-nationalisme. La Nation et la Race peuvent être efficaces mais c'est, nous semble-t-il, plutôt comme mythes que  comme  idéaux.  Un mythe divise dès le début ; un idéal peut se dégrader en mythe, mais commence toujours par unir. Nous sommes contre les mythes.


Du parti.

Il peut être intéressant de voir maintenant comment se fait l'adhésion à un parti une fois que nous avons circonscrit le champ dans lequel peut se faire cette adhésion. Nous laissons le cas de ceux qui ont souffert et n'ont pas eu à choisir, pour nous tourner du côté de ceux qui n'ont pas souffert et dont le choix doit être déterminé par l'intelligence. Nous ne parlons plus ici des mêmes hommes ; et nous allons signaler quelques difficultés qui se présentent aux intellectuels.

3° Un intellectuel qui s'est montré dilettante et n'a envisagé dans la vie que sa part de rêve et de jeu, dès qu'il est converti à l'action sociale, se précipite vers la conception la plus rigide de l'art populaire : il ne veut plus écrire une ligne qui ne serve à la société ; et surtout il ne verra aucune difficulté à adhérer au Credo le plus catégorique. Plus on a pris de libertés autrefois, plus on doit se montrer sévère envers soi-même — et aussi envers les autres. La psychologie de saint Augustin est celle de tous les convertis.

4° Comme l'intellectuel a d'habitude (et rien n'est plus malheureux) peu de contact avec les autres hommes, en tout cas en a moins que l'ouvrier, le technicien ou l'homme politique, comme par suite il ne peut agir directement autour de lui, il se croit obligé d'adopter des   opinions   extrêmes   afin   de   compenser   le  peu d'étendue de son action. Il sera d'autant plus tenté de le faire, s'il a le sentiment de la justice, que sa situation sociale paraîtra aux autres plus avantageuse.

5° Quand on doit traiter une affaire qui vous concerne personnellement on réfléchit avant de s'y engager, car si l'affaire tourne mal vous en supportez les conséquences. Un pilote, un chirurgien, un mécanicien, n'ont pas le droit de se tromper. Si vous adoptez une théorie politique vous n'aurez pas ces scrupules... Et même... Laissons parler Descartes :

« II me semblait que je pourrais rencontrer plus de vérité dans les raisonnements que chacun fait touchant les affaires qui lui importent, et dont l'événement le doit punir bientôt après s'il a mal jugé, que dans ceux que fait un homme de lettres dans son cabinet touchant des spéculations qui ne produisent aucun effet, et qui ne lui sont d'autre conséquence sinon que peut-être il en tirera d'autant plus de vanité qu'elles seront plus éloignées du sens commun, à cause qu'il aura dû employer d'autant plus d'esprit et d'artifice à tâcher de les rendre vraisemblables. »

6° Il faut tenir compte du désir de simplification naturel à tout homme. Autrefois il y avait dans les villages les « blancs » et les « rouges » et il ne fallait pas sortir de là. Maintenant si l'on n'est pas « marxiste » ou susceptible de le devenir, on vous tient pour « fasciste ». Ce n'est pas une mauvaise tactique étant donné la peur des mots ; et l'on voit des gens résignés à tout dire et à tout faire « pour ne pas passer pour... ». Mais un pareil procédé n'est preuve ni de bon sens ni de bonne foi.

Peut-on être convaincu de la nécessité et de la bienfaisance de ce qu'on appelle en gros « le socialisme » ? Oui. Est-on forcé pour cela d'être marxiste? Non.
— Peut-on admettre une politique d'extrême gauche? Oui. Est-on forcé pour cela d'admettre la métaphysique de l'extrême gauche ? Non.

Transformer la propriété, renoncer à toute conquête et à toute colonisation, faire du travail un droit et un devoir, pourquoi pas? Mais comme cela m'ennuie si vous exigez pour cela que je croie au progrès, à la raison et à la science, au sens où les hommes du siècle dernier ont pris ces mots-là!

Il convient de dissocier les idées,
avant et afin d'associer les cœurs.


Voici quelques dissociations :

7° L'extension de l'instruction ne va pas toujours de pair avec le progrès de la culture. Les masses sont de plus en plus éclairées, mais les lumières sont de plus en plus basses. Les idées courtes et simplistes ont plus de succès que les autres. Un homme cultivé a de moins en moins de contemporains. Pour peu qu'il mette en doute certaines idées générales et optimistes, un peu trop générales et un peu trop optimistes, il passe pour un buveur de sang. Mais cette marche inverse de l'instruction et de la culture n'était pas fatale. (…) »

Jean Grenier, « Essai sur l’esprit d’orthodoxie ».

Bon, voilà ; ce texte vous semblera peut-être hors sujet au premier abord, mais pourtant, il éclaire bien des aspects de nos controverses, et c’est à Jean Grenier que je pense tout de suite quand on invoque l’étiquette infamante « extrême quelque chose » en guise de ‘baguette magique de discrédit facile’… Chaque fois, je me dis alors en moi-même : « la peste soit des orthodoxies et de leurs inquisiteurs… »

Mais surtout, sur le fond, je n’ai jamais lu ici (mais je peux avoir raté des interventions, il y en a tant chez Paul) que l’argent pouvait être librement créé « À PROFUSION » : j’ai plutôt lu qu’il était possible et utile de créer "À SUFFISANCE" (et précisément sans excès) une monnaie PERMANENTE, ce qui serait déjà formidable.

Tous ont souligné cette nécessaire prudence, connaissant bien le chiffon rouge de l’hyperinflation, sorte de crucifix brandi par les exorcistes amis des rentiers pour effrayer les enfants curieux et indociles qui feraient mine de trouver intéressant le FAIT de la corrélation répétée entre prospérité générale et inflation modérée... Le chiffon rouge des amis des rentiers consiste à faire croire que toute inflation porte en elle le germe fatal de l’hyperinflation, ce qui est un amalgame, une exagération, une caricature (au profit de quelqu’un, peut-être ?).

___________________________


Daniel (ou Linda ?)  dit ensuite : « Croire dans la possibilité de créer la monnaie à partir de rien, amène à oublier que la création monétaire est forcément adossée à la production de richesses ».

Il serait intéressant d’étayer cette affirmation : est-elle descriptive ou prescriptive ?

Décrit-elle la réalité actuelle ? (et dans ce cas, il me semble que Daniel se trompe) 

ou bien indique-t-elle une conduite raisonnable à adopter en matière de création monétaire ? (et là, nous serions bien d’accord).

______________________________


Mais surtout, à la fin du billet de Daniel (ou de Linda), nous allons peut-être tous nous rejoindre (enfin !) quand il dit :

Je considère désormais la monnaie comme un bien commun, émis de toute façon par une banque centrale, laquelle doit représenter tous les citoyens d’un ensemble politique donné - nations ou confédération de nations - il n’y a pour l’instant pas de Banque Centrale d’émission Universelle, même si certains en rêvent.

Dans cette optique, toute manipulation touchant à la circulation de ce bien commun doit pouvoir rester sous contrôle du citoyen. Sont alors condamnables autant les banques périphériques (d’affaires ou commerciales), qui accordent des crédits à tort et à travers pour les refourguer ensuite au marché sous forme de produits financiers opaques - leur seul souci étant de se sucrer au passage - qu’une banque centrale dite « indépendante » qui n’a de compte à rendre qu’à son directeur – comme c’est le cas pour la BCE.

Le bien commun monétaire étant gagé sur la production commune, il est également capital que tout citoyen puisse trouver toutes les conditions favorables pour pouvoir participer à celle-ci. En particulier, sont constitutionnellement à proscrire ces étranges captations de « plus values négatives du travail » (avec en contrepartie une création de valeur pour l’actionnaire) que constituent les licenciements boursiers.

(…)

La réappropriation de leur monnaie par les citoyens, à travers un système bancaire régulé et contrôlé – ce qui ne remet pas en cause sa fonction originelle - doit permettre à chacun de rêver à nouveau en toute confiance, et d’estimer l’avoir bien mérité. Cela s’appelle la DIGNITÉ.

Que pensez-vous, Paul, de cette belle conclusion ?

Sommes-nous tous réunis autour de cette formulation œcuménique ?

Et si vous l’agréez, si nous convergeons tous vers une monnaie libérée de la rente banquière et placée sous contrôle public intégral, quel est l’intérêt de l’interminable discussion sur la création (ou pas) de ‘monnaie’ par les banques commerciales ?

Ou bien, autrement dit, Paul, comment voulez-vous appeler, par quelle expression, (pour qu’on puisse tous enfin utiliser un mot commun consensuel pour décrire une réalité incontestable) les « signes nouveaux porteurs de pouvoir d’achat créés temporairement de toutes pièces par les banques commerciales à l’occasion d’un prêt » ?
QUEL NOM donnez-vous à ces ‘chiffres transmissibles’ apparus ex nihilo sur des DAV au moment des emprunts (et détruits au moment des remboursements)’ ?

Et que pensez-vous de la maîtrise publique (nécessaire ou pas ?) de toute création de nouveaux exemplaires ces signes ?

Bien amicalement.

Étienne.

Les commentaires qui suivent sont intéressants...

À propos des accusations de paranoïa antisémite et xénophobe jetées à la figure des déconciateurs de complot, je vous recommande de lire cette excellente introduction à un excellent livre : L'État retors et la prétendue théorie du complot : introduction remarquable au "Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu"



J'ai aussi réalisé (pour essayer de convaincre Paul et Alexandre) un gros travail sur une publication de la Banque de France et la monnaie. Je vous en parlerai dans un prochain message ici.

hmm

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#613 24-01-2009 19:22:55

Zolko
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Étienne a écrit:

l’Union européenne n’est pas la cause de nos malheurs, effectivement, elle en est L’OUTIL. (...) Comme Instit, je crois qu’il faut sortir du piège de l’Empire (de l’UE), (...) et reconstruire d’abord un cadre démocratique véritable, à UNE ÉCHELLE ÉPROUVÉE et connue, la NATION, voire même à une échelle plus proche des hommes, une fédération de COMMUNES, un peu comme en Suisse, avec, de toutes façons, la clef de voûte du Référendum d’initiative citoyenne.

Cela explique votre silence sur la proposition de Plan C : si je comprends bien, vous ne pouvez pas être contre une constituante européenne tirée au sort (puisque c'est ce que vous défendez depuis 3 ans) mais vous ne pouvez pas non-plus approuver quoi-que ce soit qui viendrait de - ou qui aurait seulement une vague relation avec - l'Union Européenne (que vous haïssez).

Mais ce que je ne comprends pas, c'est comment vous pensez faire sortir la France de l'UE. Je vous vois mal prendre les armes, et la prochaine échéance électorale française est 2012 où une des personnes que vous épinglez sera élue si rien n'est fait entre-temps.Vous comptez peut-être que la situation socio-économique devienne tellement pourrie que les français se révolteront ? Mais l'Empire UE aura réagi avant, et ne laissera pas arriver ! Ils prendront des dettes astronomiques que JE et MES ENFANTS devront repayer, et de cela, il n'en est pas question.

J'ai l'impression que votre haine de l'UE vous aveugle, et vous rentrez dans le schéma décrit par NingúnOtro et vous devenez apathique, défaitiste et cynique: juste ce que la strate dirigeante voulait. Vous êtes en train de jouer VOS cartes en LEUR faveur. Mais cela n'enlèvera rien au remerciements que je vous dois pour avoir contribué à faire capoter le TCE.

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#614 24-01-2009 19:48:05

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Pour info, j'ai mis un résumé succinct sur la création monétaire sur la page http://www.societal.org/monnaie/resume.htm
N'hésitez pas à vous en servir...

@Zolko

Je comprends ce désappointement d'Etienne .. je ressens la même chose que lui.

J'ai l'impression (je suis sûr) qu'un programme "sans politique" pour l'élection des parlementaires européens, demandant seulement une constituante européenne tirée au sort, et bien qu'il soit une belle idée, sera totalement inaudible de la population qui va penser principalement à la crise et à se venger de Sarko .

Je pense de plus en plus qu'il ne faut rien espérer de cette consultation, sauf peut être à faire de l'entrisme au PG ou auprès de Nicolas Dupont Aignan (par exemples) ce qui rendrait le message "audible".


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

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#615 24-01-2009 20:05:06

gilles
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Message n°6257
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Mon cher Zolko, heureux de vous retrouver. Vous êtes peut être totalement immunisé en tant que Hongrois envers la propagande stalinienne, mais permettez-nous, à Étienne, Instit ainsi qu'à moi, d'être aussi totalement immunisé contre la propagande européïste. Je ne m'inquiète pas en ce qui vous concerne, au plus longtemps vous séjournerez ici, vos anticorps, faibles au départ comme aujourd'hui, prendront de plus en plus de force. Songez que j'étais un chaud partisan de la construction européenne en 1979 et voilà ce que je suis devenu un anti-européen décomplexé. Trente ans de mensonges et de promesses, pour nous faire voter et nous trahir ensuite, voilà ce qu'il a fallu pour me faire évoluer.

Zolko, vous avez échappé aux tanks russes, je m'en réjouis, alors faites l'effort d'échapper aux think tanks des États-Unis d'Amérique.

Regardez leurs buts : Un marché commun transatlantique, mais bien entendu pas question de demander leur avis aux peuples concernés.

Si vous comprenez l'anglais, voilà de quoi vous ouvrir les yeux sur leurs prochains buts.


Un peu comme au début de la construction européenne vous vous souvenez, non c'est vrai vous êtes hongrois d'origine, eh bien, sachez que le Traité fondateur de cette construction, le traité de Rome, n'a jamais été validé par aucun suffrage du peuple.

Combien d'années Zolko avant de nous rejoindre ?

Dernière modification par gilles (24-01-2009 20:07:46)

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#616 24-01-2009 21:53:00

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

« La Banque de France et la monnaie »
un document passionnant, émis par la BDF en 1977 et mis à jour en 1980

Chers amis,

Voici encore une participation importante au blog de Paul Jorion (sur la monnaie) qui m’a demandé un travail fou, mais qui aide à fixer les idées. C’est un message que j’ai envoyé il y a une quinzaine de jours.

(Depuis, j’ai dégoté une version de 1986, je les comparerai et je mettrai en valeur les nouveautés. Si vous avez des MAJ plus récentes, prévenez-moi SVP : on dirait que ce genre de mise au point officielle et incontestable sur la création monétaire n’existe plus depuis des années, allez savoir pourquoi, bande de paranoïaques que vous êtes…)

Étienne Chouard dit :
11 janvier 2009 à 01:35

Chers amis,

C’est un cours sur la monnaie que je vous signale ce soir, encore un, mais un cours administré par… la Banque de France elle-même (j’espère que la source vous paraîtra assez fiable pour n’être pas d’emblée jetée aux orties).

Vous verrez vous-même si la création monétaire dévolue aux banques commerciales est, pour la plus haute autorité monétaire du pays, une sottise, comme vous le prétendez vous.

J’ai passé deux jours (grippé) à traduire en texte et à relire les 200 pages scannées que m’a transmises  Jean ; on bosse, vous voyez, et on va prendre les infos à la source, de l’encrier même de la Banque centrale, on espère que vous ne trouverez pas notre pensée trop aplatie ni nos citations trop courtes.

Je ne vais pas tout copier ici, ce serait trop long ; pourtant, ce petit livre est passionnant. C’est devenu un gros fichier, que j’ai publié sur mon site, à la fois en images (au format pdf, 18 Mo !) et en texte (au format doc, 4 Mo) avec quelques coups de surligneur, bien sûr...) (il doit rester des coquilles ; on corrigera ça, si besoin est).

Voici quelques extraits intéressants de ce document émis par la Banque de France en 1978-1980. J’ai laissé l’intro avec les définitions de la monnaie parce que ça nous manque un peu ici, je trouve ;-)

[C’est moi qui souligne. ÉC]

La Banque de France et la monnaie (1978, 1980)

Chapitre I : La monnaie

La monnaie nous est familière, cependant la connaissance que nous en avons est souvent imparfaite. Cette situation n'est pas surprenante car il est naturel que la réflexion ne se porte pas spontanément sur un instrument d'usage quotidien. Au demeurant, les formes de la monnaie sont diverses : billets de banques et pièces métalliques assurent l'essentiel de nos paiements courants tandis que, pour les règlements d'une certaine importance, nous utilisons de plus en plus, au moyen de chèques, virements, avis de prélèvements ou cartes de crédit, les fonds déposés à vue en banque ou à la poste. Enfin, les voyages à l'étranger nous amènent à acquérir les monnaies d'autres pays et si ces opérations de change sont faciles à réaliser nous en saisissons souvent mal les mécanismes.

Définir la monnaie en analysant ses fonctions et en précisant le fondement de sa valeur, recenser ses formes, indiquer comment s'établissent les rapports entre les monnaies nationales sur les marchés des changes constitueront les trois sections de ce chapitre

I - Fonctions et fondement de la valeur de la monnaie

A - Les fonctions de la monnaie

La monnaie est devenue indispensable dès que les échanges économiques se sont développés. Le troc, qui lie de façon rigoureuse une vente à un achat, limite la circulation des marchandises : la personne qui désire un bien déterminé ne possède pas nécessairement le produit que le vendeur de ce bien veut obtenir en échange. L'intervention de la monnaie permet d'opérer la transaction en la scindant en deux : la marchandise au lieu d'être échangée directement contre un autre produit est négociée contre une certaine quantité de monnaie qui en constitue le prix et avec laquelle le vendeur pourra se procurer les biens qui lui sont nécessaires. Ont lieu successivement une vente, puis un achat. La monnaie joue ainsi un rôle d'intermédiaire dans les échanges.

De plus, elle simplifie les transactions en servant de commune mesure des valeurs. Il est infiniment plus simple d'évaluer un produit par rapport à un étalon unique que de fixer les relations d'échange de ce produit avec toutes les autres marchandises.

Enfin, pour être acceptée, la monnaie doit pouvoir servir d'instrument de conservation des valeurs ou, si l'on préfère, d'instrument d'épargne. Il ne faut pas qu'entre le moment où la vente est opérée et celui où le remploi du prix est effectué, la perte de pouvoir d'achat soit trop importante. Sans doute l'expérience montre-t-elle que l'utilisation de la monnaie est compatible avec une forte dépréciation de son pouvoir d'achat ; mais cette détérioration de la valeur de la monnaie entraîne une préférence pour les biens réels qui n'est pas favorable au développement économique : au-delà de certains seuils, variables selon les pays, les vendeurs acceptent avec de plus en plus de réticence de recevoir de la monnaie en paiement, surtout lorsqu'ils n'en ont pas l'emploi immédiat ; on tend ainsi pratiquement à revenir au troc.

On peut considérer la monnaie comme un bien demandé par tous qui répond au besoin général d'échange des produits ; mais elle est un bien d'une nature un peu particulière dans la mesure où, au contraire des autres biens, son utilité est universelle et non pas spécifique.

On dit souvent aussi que la monnaie est une créance : elle permet d'acheter toutes les marchandises et sa détention constitue donc un droit sur la production de biens et de services. Mais l'analogie ne doit pas être poussée trop loin ; la monnaie présente en effet des caractéristiques qui ne permettent pas de l'identifier à un engagement conclu entre particuliers. À la différence des créances, elle doit être acceptée par tous — on dit qu'elle a pouvoir libératoire — dans le pays où elle a été émise et sa liquidité est parfaite car elle est immédiatement utilisable.

B - Le fondement de la valeur de la monnaie

Les premières monnaies, constituées par des produits faisant l'objet de larges courants d'échange, tiraient leur valeur de leur emploi sous forme de marchandises ; il en a été notamment ainsi pour le bétail ; c'est pourquoi l'on disait autrefois d'un témoin qui se taisait, qu'il avait un bœuf sur la langue pour indiquer qu'il avait été payé. La nécessité d'obtenir à la fois une grande valeur sous un faible volume, une conservation aisée et une homogénéité facilitant la division de la marchandise-étalon conduisit à recourir à des métaux précieux : l'or et l'argent constituèrent pendant longtemps les monnaies les plus courantes.

Ces métaux circulaient à l'origine sous forme de lingots qui devaient être pesés lors de chaque transaction. Pour éviter cet inconvénient l'habitude se prit d'indiquer par une empreinte sur chaque pièce de métal, le poids et la contenance de métal précieux. Les pouvoirs publics s'assurèrent le privilège de frapper ainsi les pièces : les monnaies métalliques étaient nées.

Cependant le sceau dont elles étaient revêtues ne faisait foi que dans les limites de la juridiction de l'autorité qui l'avait apposé ; les banquiers, dont le nom dérive du « banc » sur lequel leur activité s'exerçait, échangeaient les unes contre les autres les diverses monnaies en circulation. Leur clientèle prit ainsi l'habitude de leur confier des monnaies contre délivrance d'un reçu. Ces reçus, naturellement moins encombrants que les espèces métalliques, furent utilisés pour opérer des transferts de fonds. A partir du moment où l'usage de les rédiger sous une forme type et de les libeller en sommes « rondes » se répandit, ils prirent le nom de billets de banque.

Au XIXe siècle, le développement du machinisme fit augmenter à une cadence rapide les biens offerts au public et la demande de monnaie devint plus vive. Les banquiers constatant que les billets de banque émis par eux circulaient comme une véritable monnaie et n'étaient pas tous présentés pour être échangés contre des pièces métalliques, il leur parut possible d'accroître la quantité de moyens de paiement soit en utilisant une partie des espèces métalliques, qui leur étaient confiées, pour consentir des prêts soit, plus simplement encore, en émettant de nouveaux billets théoriquement représentatifs de dépôts métalliques. Il était toutefois nécessaire de conserver une encaisse-or et argent suffisante pour faire face aux demandes éventuelles de remboursement. Afin d'éviter les abus, chaque gouvernement réserva progressivement le privilège de l'émission des billets à une seule banque.

La monnaie commença ainsi à se détacher de sa base métallique et à devenir fiduciaire, c'est-à-dire à reposer sur la confiance (fiducia en latin) que la convertibilité du papier en espèces métalliques serait à tout moment assurée.

Toutefois l'évolution se poursuivant, le billet de banque a finalement changé de nature. Il obtint d'abord le Cours légal, c'est-à-dire que son acceptation comme moyen de paiement devint obligatoire, puis il reçut le cours forcé qui dispensait la banque émettrice de le rembourser en or. Il a ainsi perdu sa qualité originelle de billet à ordre pour devenir une monnaie qui s'est substituée aux espèces métalliques d'or et d'argent.

À côté du billet et toujours sous la pression des demandes de l'économie, se sont développés les règlements par écritures résultant du transfert de soldes créditeurs entre comptes à vue ouverts dans les banques ou établissements assimilés. L'évolution qui a permis aux règlements par écritures de se substituer dans une large mesure aux billets de banque a été analogue à celle qui avait conduit les billets à se substituer à l'or. Le dépôt bancaire représente un droit à recevoir des billets de banque, comme le billet de banque représentait un titre permettant d'obtenir de l'or.

La monnaie sous toutes ses formes est devenue entièrement fiduciaire. Sa valeur résulte de sa rareté relative et surtout de la confiance que le public accorde aux autorités responsables de sa gestion ; celles-ci s'efforcent de ne pas permettre la mise en circulation de moyens de paiement plus importants que ne l'exigent les besoins de l'activité économique. Ainsi progressivement, la conception nominaliste du fondement de la monnaie l'a emporté sur la conception matérialiste. Cette substitution a permis aux sociétés industrialisées de parcourir une étape importante de leur évolution économique, car le développement des signes monétaires n'aurait pas été compatible avec une conception matérialiste du numéraire.

Toutefois, en ouvrant d'amples facilités à la création monétaire, les progrès réalisés ont en assez large mesure rendu plus précaire la stabilité du pouvoir d'achat de la monnaie.

II - Les formes de la monnaie   

II existe deux formes de monnaie : la monnaie dite manuelle, parce qu'elle circule par transfert effectif d'une vignette ou d'un jeton, et la monnaie dite scripturale parce qu'elle est transférée par écritures d'un compte à un autre. La monnaie manuelle est constituée par les monnaies divisionnaires et les billets de la Banque de France, la monnaie scripturale est représentée par l'ensemble des comptes à vue dans les banques, aux chèques postaux et au Trésor.

En revanche, la quasi-monnaie, qui couvre les dépôts à terme et d'épargne dans les banques, et l'épargne liquide, qui désigne, outre la quasi-monnaie, les avoirs dans les caisses d'épargne et les bons du Trésor sur formules, ne peuvent être utilisées à des paiements sans avoir été au préalable transformées en billets ou en dépôts à vue. Cette transformation est cependant extrêmement aisée ; aussi convient-il de tenir compte de ces avoirs pour déterminer la quantité de monnaie existante ou potentielle.

A - La monnaie manuelle

1°) Les billets de banque

La Banque de France est seule habilitée à émettre des billets de banque qui sont reçus comme monnaie légale. Son intervention se limite au territoire métropolitain. Si les billets qu'elle émet circulent également dans les départements d'outre-mer, leur mise à la disposition du public est assurée dans ces territoires par les instituts qui disposent du privilège d'émission outre-mer.

La Banque de France doit, indépendamment des considérations relatives au volume global de l'émission qui ressortissent à la politique monétaire, assurer la qualité matérielle des billets en circulation et faire en sorte qu'ils soient des moyens de règlement commodes et sûrs.

La fabrication des billets met en œuvre un processus industriel complexe. Les signes monétaires qu'il s'agit de produire doivent pouvoir faire face à un usage prolongé ; il faut à la fois garantir leur résistance à l'usure, différencier nettement les divers types de coupures les uns des autres et rendre difficiles les contrefaçons.

La Banque de France produit elle-même le papier à billets dans son usine de Vic-le-Comte à partir de matières premières sélectionnées. Ce papier se caractérise, entre autres particularités, par son filigrane, dessin visible par transparence dans l'épaisseur des parties blanches des billets. L'impression s'effectue dans les ateliers de Chamalières, près de Clermont-Ferrand, et de Puteaux. La production annuelle dépasse 700 millions de coupures destinées à la France, auxquelles il faut ajouter les fabrications effectuées pour le compte de divers pays étrangers. La finition des billets, extrêmement soignée pour décourager les faussaires, fait appel, pour les coupures d'une valeur supérieure à 10 F, à une surimpression terminale appelée « taille douce » qui donne du relief au recto des coupures en soulignant les principaux traits du dessin par un mince dépôt d'encre noire ou foncée.

Mais la Banque de France ne délivre pas seulement des billets neufs à ses guichets. Autant que possible, elle réintroduit dans la circulation les coupures déjà utilisées et qui sont revenues dans ses caisses, non sans les avoir triées pour éliminer les billets trop usagés qui sont ensuite détruits.

II lui arrive aussi, mais plus rarement, de remplacer systématiquement une vignette par une autre. Les anciennes coupures, alors privées de cours légal, ne sont plus acceptées en paiement nulle part mais demeurent échangeables à tous les guichets de la Banque de France, à l'exception de celles qui sont définitivement privées de valeur en application de textes légaux (ordonnance du 30 mai 1945 et loi du 30 janvier 1948).

La gamme des billets en circulation comprend en 1977 des coupures de 500, 100, 50, et 10 F- Comme on peut le voir dans le tableau ci-contre, en valeur, les deux grosses coupures forment plus de 90 % du total. La Banque de France assure, par l'intermédiaire de ses succursales, une répartition géographique des encaisses adaptée aux besoins des agents économiques.

Si la circulation des billets continue à croître régulièrement, cette augmentation est cependant proportionnellement moins importante que celle de la monnaie scripturale.

L'usage du chèque et des autres moyens de règlement par écritures gagne en effet progressivement de nouvelles couches sociales. À la limite, on peut imaginer un système dans lequel tout ce qui est gagné et dépensé par chacun serait immédiatement comptabilisé par un ordinateur, ce qui supprimerait la nécessité d'un support matériel des règlements.

Cette perspective risque cependant de se trouver compromise par le coût qu'entraînent de telles opérations pour la collectivité, notamment lorsqu'il s'agit de règlements de faible montant.

Mais si l'importance relative du billet tend à diminuer au profit d'autres moyens de paiement, il conservera longtemps la faveur du public pour les transactions courantes.

Circulation fiduciaire au 30 juin  1977

(graphique)

Les billets en circulation sont inscrits au passif du bilan de la Banque de France, de même que les dépôts qui constituent la monnaie figurent au passif du bilan des banques. Pour les dépôts, cette situation se justifie par le fait qu'ils permettent à qui les détient d'obtenir sur simple demande des billets de la Banque de France ou des transferts dans d'autres banques ou aux chèques postaux. Pour les billets, leur inscription au passif correspond au fait que les porteurs de billets pouvaient autrefois les transformer en or. Cette possibilité a maintenant disparu.

Si le montant des billets en circulation n'est plus limité par des règles spécifiques — plafond fixé par la loi ou couverture en or — comme il le fut dans le passé à une époque ou ils représentaient une part très importante de l'ensemble des moyens de paiement, la Banque n'émet des billets qu'en contrepartie d'opérations définies par ses statuts : acquisitions d'avoirs en or et devises, concours à l'État, crédits au système bancaire. Cependant l'action des autorités monétaires s'exerce essentiellement au niveau de la masse monétaire globale et n'agit qu'indirectement sur la circulation des billets alors que les variations du comportement du public exercent des effets plus immédiats.

2") Les monnaies divisionnaires

Ces monnaies sont constituées par les pièces métalliques ; celles-ci jouent un rôle d'appoint dans les transactions et comme, autrefois, elles représentaient une fraction de l'unité monétaire elles sont appelées monnaies divisionnaires. Leur raison d'être s'explique par le fait que, dans le cas de petites coupures circulant fréquemment, il convient de préférer au papier le métal qui est plus solide et moins sujet à l'usure.

Le pouvoir libératoire de ces pièces est limité par la loi, c'est-à-dire que le créancier n'est tenu de les accepter que jusqu'à concurrence d'un montant déterminé. Cette disposition vise à éviter les abus : un débiteur pourrait gêner son créancier en le réglant avec une grande quantité de pièces métalliques.

La valeur nominale des monnaies divisionnaires, mentionnée sur l'une de leurs faces, est sans rapport avec leur valeur marchande, c'est-à-dire le prix que l'on pourrait en retirer en vendant au poids le métal dont elles sont constituées. Elles sont donc une monnaie fiduciaire. Leur alliage est en effet le plus souvent à base de métaux communs (nickel, cupro-nickel, cupro-aluminium, acier inoxydable). Toutefois, depuis 1960, des pièces de 5, 10 et 50 F ont été frappées en argent mais il est assez remarquable de noter que ces pièces ne se sont jamais intégrées de façon satisfaisante dans la circulation française, le public ayant préféré les thésauriser.

Les pièces métalliques sont émises par le Trésor ; ceci constitue une survivance de l'époque où les monnaies d'or et d'argent étaient frappées par l'État qui en garantissait l'aloi. L'expérience technique ainsi acquise est maintenant utilisée par l'administration des Monnaies et Médailles qui frappe les pièces pour les livrer à la Banque de France en vue de leur mise en circulation. Celle-ci en règle le montant au Trésor et approvisionne les guichets de son siège et de ses comptoirs. Le public est alors servi en fonction de ses demandes.

B - La monnaie scripturale

La monnaie scripturale est constituée par les avoirs en compte à vue dans la plupart des institutions financières. L'expression « à vue » signifie que les avoirs sont disponibles à tout moment au gré de leurs titulaires, soit pour un retrait en billets, soit pour un transfert par chèque ou virement, et peuvent donc être utilisés sans délai pour effectuer des règlements. Cette définition exclut non seulement les comptes à terme mais aussi les comptes sur livrets qui peuvent faire l'objet d'un retrait à vue mais ne sont pas disponibles par chèque ou virement.

Toutes les institutions financières n'ont pas la faculté de recevoir et de gérer des dépôts à vue. Les règles en vigueur en réservent le privilège :

- aux banques, y compris les organismes de crédit agricole et de crédit mutuel, ainsi qu'à la Banque de France,

- aux centres de chèques postaux,

- aux caisses d'épargne privées,

- aux comptables du Trésor public.

En outre, les agents de change et divers organismes financiers gèrent, pour les besoins de leur activité, des comptes de clients, assimilables à des dépôts à vue.

Des raisons diverses expliquent le développement progressif des dépôts à vue par rapport à la circulation des billets de banque. Parmi celles-ci on doit mentionner :

- la sécurité offerte par l'usage de la monnaie scripturale, qui présente beaucoup moins de risques de perte ou de vol que les espèces ;

- la commodité des règlements qu'elle permet, car ceux-ci sont effectués par écritures, sans exiger le déplacement ni du débiteur ni du créancier ;

- la sûreté de ces règlements, qui, enregistrés dans les comptabilités des organismes financiers, se prêtent à des recherches et à la production de preuves en cas d'erreurs ou de contestations.

En revanche, les dépôts à vue n'offrent plus l'attrait d'un intérêt. En 1967, le Conseil National du Crédit en a interdit la rémunération — que les centres de chèques postaux n'avaient d'ailleurs, en ce qui les concerne, jamais consentie — voulant ainsi encourager l'accroissement de l'épargne liquide ou à court terme.

Il faut se garder de confondre la monnaie scripturale avec les instruments qui permettent de la faire circuler et qui ne jouent, dans les règlements, qu'un rôle de support, tels le chèque et le virement.

Tous les règlements scripturaux ont la même base : l'ordre donné par le titulaire du compte au gestionnaire de son dépôt de remettre des fonds à une personne déterminée, qui peut d'ailleurs être le titulaire du compte lui-même s'il s'agit, par exemple, d'un retrait de billets. Cet ordre est transmis par des instruments divers.

Certains sont émis par le débiteur tels le chèque, le virement et le chèque postal. D'autres, qui sont de création plus récente, supposent l'intervention du créancier tels l'avis de prélèvement et le titre universel de paiement.

L'avis de prélèvement est un procédé de recouvrement des créances. Il repose sur une autorisation donnée une fois pour toutes par le titulaire d'un compte à son banquier de régler le créancier au vu d'un avis émis par celui-ci en représentation de sommes dues. L'avis de prélèvement est utilisé par certains créanciers, Électricité de France, Service du téléphone par exemple, que leur activité conduit à procéder à des recouvrements périodiques auprès de très nombreux débiteurs.

Complétant l'avis de prélèvement un nouveau système de règlement est apparu au cours de ces dernières années : le titre universel de paiement (T.U.P.). Né d'une idée qui avait été utilisée pour le recouvrement de primes d'assurance, le T.U.P. a été lancé en 1972 dans le secteur postal ; il a été admis par les banques à compter du 1er mars 1977.

Le T.U.P. est émis par des sociétés ayant de très nombreux règlements à recevoir et dont les débiteurs ont refusé le blanc-seing indispensable dans le système de l'avis de prélèvement. Il revêt la forme d'un imprimé sur lequel le créancier marque, au moyen d'une imprimante d'ordinateur, les caractéristiques et les références du paiement, ainsi que, s'il en a connaissance, le numéro de compte du débiteur et la domiciliation bancaire.

L'intérêt du T.U.P. pour le débiteur est de disposer d'une formule de règlement déjà remplie sur laquelle il n'a qu'à apposer sa signature et, si elle n'y figure pas déjà, l'indication du compte à débiter ; il est donc dispensé de transcrire les mentions de référence de son règlement. L'avantage procuré à l'entreprise créancière est de recevoir une bande magnétique descriptive des règlements, directement exploitable en ordinateur. Le T.U.P. n'impose pas l'usage d'un compte, puisqu'il peut être utilisé comme mandat postal.

Enfin, la carte de crédit, dont l'usage tend actuellement à se répandre, aboutit à un prélèvement au compte du titulaire de cette carte par l'intermédiaire des banquiers de ses fournisseurs.

Par ailleurs, bien qu'ils servent d'abord de supports au crédit comme en témoigne le fait qu'ils comportent un terme de paiement, la lettre de change et le billet à ordre constituent des instruments de transferts scripturaux ; l'une et l'autre sont en effet habituellement présentés pour règlement par écritures à la banque du débiteur au moment de leur«échéance» c’est-à-dire à la date fixée pour le paiement.

Quels que soient les instruments utilisés, les règlements scripturaux entraînent une énorme masse de transferts entre les institutions financières. Il arrive que le débiteur et le créancier aient leur compte dans le même établissement ; mais ce n'est pas le cas le plus fréquent. Dans toutes les villes de quelque importance, les représentants des organismes financiers se rencontrent donc chaque jour ouvrable pour confronter leurs créances et leurs dettes respectives au sein d'une centrale de règlements, appelée « chambre de compensation » et apurent les soldes dégagés, en faveur ou à la charge de chacun, par l'intermédiaire de la Banque de France, où ils ont eux-mêmes des comptes. Ainsi, la Banque de France se situe au centre des échanges de monnaie scripturale et apparaît comme la Banque des banques. C'est d'ailleurs la Banque de France qui organise et dirige la « compensation » dans les villes où elle est établie, sauf à Paris où existe une institution spéciale créée à cet effet et placée sous la responsabilité des différents participants.

De même la Banque assure la gestion de l'« ordinateur de compensation », système d'échange interbancaire des opérations transcrites sur bandes magnétiques (cf. page 118).

C - Les disponibilités quasi monétaires et la masse monétaire

Les dépôts bancaires qui ne sont pas immédiatement utilisables dans un règlement ne peuvent être au sens strict considérés comme de la monnaie. On peut toutefois, en cas de besoin, les transformer aisément en monnaie sans perte de capital. Aussi faut-il en tenir compte dans l'élaboration de la politique monétaire presqu'au même titre que la monnaie. On les qualifie généralement de « quasi-monnaie » ou, dans le langage des techniciens de « disponibilités quasi monétaires » pour les distinguer des « disponibilités monétaires » proprement dites.

Ces avoirs consistent en deux catégories de dépôts gérés par les banques et accessoirement par le Trésor public :
- les « comptes sur livrets », les plus proches de la monnaie, recouvrent des avoirs qui sont en fait remboursables à vue mais ne peuvent être utilisés par chèques, le déposant devant, en principe, effectuer lui-même le retrait en billets lorsqu'il désire employer ses fonds. Aussi les comptes sur livrets sont-ils considérés comme comptes d'épargne et assortis d'un intérêt. Ils tirent leur nom du livret remis au titulaire du compte et sur lequel s'inscrivent toutes les opérations. Parmi les comptes sur livrets, il est d'usage de classer à part ceux qui recueillent l'épargne logement, qui bénéficient d'un régime de rémunération particulièrement favorable, en raison des avantages accordés par l'État (exonération fiscale et prime), et qui permettent d'obtenir à des taux préférentiels des prêts pour l'habitation ;

- les « dépôts à terme » sont bloqués dans les banques par convention pour une durée déterminée, généralement assez courte, un mois, trois mois, six mois ou un an par exemple. Ils offrent des avantages à la fois pour les établissements dépositaires, qui sont assurés en principe de conserver les fonds jusqu'à l'expiration du contrat et pour les déposants qui perçoivent un intérêt en contrepartie de l'abandon temporaire de leurs disponibilités. Les « bons de caisse » ont les mêmes caractéristiques mais, au lieu d'être simplement inscrits sur les livres des banques, ils sont représentés par un titre au porteur ou à ordre remis aux déposants.


Les composantes de la masse monétaire (en milliards de francs)

(graphique)

L'ensemble des disponibilités monétaires et des disponibilités quasi monétaires forme la « masse monétaire » entendue dans un sens large. La monnaie manuelle et les dépôts à vue représentaient à fin 1976 53 % de la masse monétaire, la quasi-monnaie en constituant le solde, soit 47 %. On doit noter que dix ans auparavant, soit fin 1966, les proportions respectives étaient de 82 % et 18 %. La quasi-monnaie se développe ainsi à une cadence particulièrement rapide. Le versement d'un intérêt sur les dépôts quasi monétaires n'est évidemment pas étranger à cette évolution dont il convient de se féliciter dans la mesure où elle ralentit la vitesse de circulation du numéraire et, par suite, les pressions inflationnistes, mais il ne faut pas oublier qu'elle traduit aussi une réticence à l'égard des placements financiers plus longs.

D - Les placements liquides ou à court terme et l'ensemble des liquidités

Les disponibilités monétaires et quasi monétaires ne comprennent pas certains avoirs qui, bien qu'ils ne soient pas gérés par des établissements dépositaires de comptes à vue, sont également susceptibles d'être transformés rapidement en monnaie. Ce sont les dépôts dans les caisses d'épargne, très proches par leurs caractéristiques des comptes sur livrets ouverts auprès des banques, les bons du Trésor — titres représentatifs d'emprunts à court terme du Trésor— et les bons des groupements régionaux d'épargne et de prévoyance, ces deux sortes de bons étant peu différents des « bons de caisse » bancaires. Ainsi, on peut se demander pourquoi on a fixé à la masse monétaire des frontières qui semblent quelque peu artificielles.

En réalité, la délimitation de la masse monétaire, telle qu'elle est faite en France, répond à des considérations pratiques. Elle retient, avec la monnaie fiduciaire et la monnaie scripturale proprement dite, les éléments quasi monétaires gérés par des organismes, banques et accessoirement Trésor, qui reçoivent en même temps des dépôts à vue et sont dotés du pouvoir de créer de la monnaie.

Il est possible d'établir pour ces organismes un tableau analogue à un bilan, relativement simple, faisant apparaître, d'un côté les sources de formation de la monnaie, appelées contreparties de la masse monétaire (or et devises, créances sur le Trésor public, concours à l'économie) et, de l'autre côté, la masse monétaire résultant de cette formation (cf. notice méthodologique sur les statistiques publiées par le Conseil National du Crédit figurant en annexe 3).

Les autorités monétaires ne se désintéressent pas pour autant des liquidités détenues par le public, et qui ne sont pas incluses dans la masse monétaire ainsi définie. Elles les recensent et en suivent l'évolution. Bien plus, pour marquer les similitudes entre les disponibilités quasi monétaires d'une part, les comptes sur livrets des caisses d'épargne, les bons des groupements régionaux d'épargne et de prévoyance et les bons du Trésor d'autre part, le Conseil National du Crédit regroupe les unes et les autres sous le concept de « placements liquides ou à court terme ». Ce concept recouvre donc, à la fois des éléments de la masse monétaire et des éléments extérieurs à cette masse. On obtient, ainsi, le total des avoirs non monétaires susceptibles de se transformer en monnaie dans un laps de temps relativement court et qui représentent, de ce fait, un pouvoir d'achat « potentiel » utilisable dans un délai assez bref.

Pour récapituler ces définitions on peut présenter les diverses composantes de l'ensemble des liquidités de l'économie selon le schéma suivant :

Liquidités de l'économie à fin 1976 (M3) (en milliards de francs)

(graphique)


La masse monétaire représente, selon le point de vue adopté :

- le montant cumulé des encaisses détenues par les particuliers et les entreprises.

- l'ensemble des instruments de paiement créés par les banques, la Banque centrale et le Trésor et figurant au passif dans la comptabilité de ces institutions.

Il est évidemment beaucoup plus simple de recenser quelques postes des passifs des institutions financières — relativement peu nombreuses et qui tiennent une comptabilité précise de leurs opérations — que de récapituler les encaisses de tous les agents économiques qui ne sont pas d'ailleurs toujours au fait de la consistance de leurs avoirs-

S'il existe ainsi deux approches différentes de la masse monétaire, il reste — et ceci est fondamental — que les avoirs ou les créances monétaires des divers agents économiques ne sont pas autre chose que les engagements ou les dettes monétaires des institutions ou des établissements créateurs de monnaie. Il s'agit d'une seule et même réalité qui ne diffère que par l'aspect sous lequel on la considère.

(…)


Chapitre II : La création monétaire

[Rappel : source = document officiel de la Banque de France. ÉC]

La création monétaire s'effectuait traditionnellement par l'intermédiaire d'opérations de crédit bancaire consistant à transformer des créances en moyens de paiement. Ce phénomène de monétisation des créances apparaît encore de façon parfaitement claire lorsqu'il est réalisé par l'escompte d'une lettre de change — ou traite — tirée, par exemple, à l'occasion d'une vente, par un industriel sur un commerçant en gros. L'industriel qui a besoin de monnaie cède la lettre de change à son banquier qui le crédite en compte de son montant, déduction faite d'intérêts.

Actuellement la prédominance de l'escompte commercial a disparu, les banques préférant, pour des raisons de simplicité et d'économie, financer un ensemble de besoins plutôt que des opérations particulières. II n'en reste pas moins que, ce faisant, elles continuent à anticiper des rentrées de fonds dont elles versent aux créanciers une fraction plus ou moins importante.

La monnaie ainsi créée est résorbée quand le débiteur principal fait face à ses engagements. La création monétaire se développe cependant car la progression de l'activité économique détermine un accroissement continuel du montant des concours accordés.

Les organismes créateurs de monnaie sont les banques, le Trésor public et la Banque de France. Les développements qui suivent s'attachent à définir les rôles respectifs de ces divers organismes ainsi que celui d'institutions financières qui, sans créer à proprement parler de la monnaie, participent cependant au processus d'expansion monétaire. Le problème de la responsabilité de la création monétaire sera enfin évoqué.

I - Les banques

A - Leur pouvoir de création monétaire

Contrairement à une idée encore trop répandue, la fonction des banques consiste beaucoup moins à collecter des dépôts dans le public qu'à créer de la monnaie au profit des entreprises, des particuliers et de l'État.

[Vous n’avez pas bien lu, je crois. Relisez, s’il vous plaît… Qui parle, déjà ? Un sélénite ? non, non … ÉC]

Une banque pourrait même créer indéfiniment de la monnaie si les crédits qu'elle consentait servaient à régler des particuliers ou des entreprises ayant un compte chez elle. Le crédit accordé, inscrit à l'actif du bilan de la banque au fur et à mesure de son utilisation, a alors pour contrepartie l'augmentation, au passif, des disponibilités de la clientèle.

Cette hypothèse extrême semble, à première vue, un peu caricaturale ; elle est cependant proche de la réalité si l'on considère l'ensemble du système bancaire car une très large part des paiements s'effectue bien en créditant des comptes bancaires.

Il reste que, dans les faits, existent deux limitations.

- La première provient des transferts de fonds opérés lors de la création monétaire. Les comptes des bénéficiaires des règlements opérés par l'emprunteur seront parfois situés dans la banque qui a accordé le crédit mais, le plus souvent, ils le seront dans d'autres établissements.

- La seconde limitation provient de la transformation en billets de banque d'une partie de la monnaie créée. Le public, conformément à ses habitudes de règlement, maintient, du moins à court terme, un rapport relativement stable entre la monnaie qu'il confie aux banques et celle qu'il conserve en billets. Si la monnaie additionnelle est généralement créée sous forme de dépôts, le comportement du public tend à rétablir rapidement la répartition habituelle entre billets et dépôts.

Ces deux limitations n'ont pas la même portée. La première comporte une contrepartie : si la création monétaire d'une banque entraîne des transferts vers d'autres banques, les opérations de crédit réalisées par ces dernières provoquent un flux de sens opposé. Néanmoins, pour une banque déterminée, il n'y a pas nécessairement égalité entre les fonds reçus des autres banques et les virements qu'elle doit effectuer à leur profit, ce qui peut poser un problème de trésorerie. Mais si, au lieu de considérer une seule banque, on prend en compte l'ensemble du système bancaire, la limitation se borne aux transferts réciproques avec les chèques postaux ou le Trésor public et elle n'a guère d'effet contraignant ; parfois même la trésorerie bancaire est, au contraire, alimentée par des fonds originaires du secteur public. Tel est notamment le cas lorsqu'un déficit budgétaire est couvert par un concours direct de la Banque de France à l'État.

Il en va autrement pour les billets que seule la Banque centrale émet et que les banques doivent se procurer auprès d'elle en lui cédant certains actifs. À la contrainte exercée sur les banques par les prélèvements en billets s'ajoute l'obligation, qui sera évoquée ultérieurement, de constituer des avoirs en compte à la Banque centrale.

B - Les opérations bancaires

La création monétaire par les banques se réalise par trois voies principales : les crédits aux entreprises et aux particuliers, les concours à l'État, les achats de devises étrangères. Dans les deux premiers cas il s'agit de création monétaire interne directe par le crédit, dans le troisième de la transformation en moyens de paiement intérieurs de créances monétaires sur l'étranger.

1°) Les crédits aux entreprises et particuliers

Autrefois les crédits aux entreprises distribués par les banques étaient essentiellement des crédits à court terme, les établissements de crédit s'attachant à ne pas immobiliser les fonds qui leur étaient confiés à vue et à brève échéance. Ces crédits à court terme qui représentent encore à l'heure actuelle une large part des opérations bancaires, prennent la forme d'avances garanties, de découverts, d'escomptes commerciaux... ; ils sont principalement destinés à financer le fonds de roulement des entreprises.

Cependant, les apports du marché financier s'étant révélés insuffisants pour faire face aux besoins d'équipement de l'économie, les banques ont été amenées à financer les investissements par l'octroi de crédits à moyen et même à long terme.

Pour sauvegarder la liquidité des emplois, c'est-à-dire pour que les banques soient en mesure de restituer les fonds reçus lorsque les déposants demandent à les retirer, ces crédits ont d'abord été assortis de facilités de refinancement. Ceci signifie que les créances des banques sur les emprunteurs, représentées par des lettres de change ou des billets à ordre, peuvent, sous certaines conditions, être cédées à des institutions telles que le Crédit National ou le Crédit Foncier qui les renégocient à leur tour, si cela est nécessaire, auprès de la Banque de France.

Puis les banques commerciales ont peu à peu pris conscience que les fonds déposés par leur clientèle présentent globalement une assez grande stabilité. L'octroi de crédits longs en contrepartie de ressources à vue ne comporte pas de risque réel d'immobilisation des fonds lorsque l'établissement qui procède à cette « transformation » possède une certaine taille et que l'importance de sa clientèle de déposants le garantit contre les diminutions accidentelles de ses ressources. Au demeurant, le risque d'un retrait important devient de plus en plus improbable à mesure que la part relative de la monnaie manuelle (billets et pièces) décroît au bénéfice de la monnaie scripturale gérée par les banques. Au surplus, celles-ci bénéficient d'une consolidation partielle de leurs ressources liée à l'expansion des dépôts à terme et d'épargne.

L'exigence de liquidité se trouve ainsi atténuée et les banques interviennent de plus en plus largement à moyen et long terme, en se préoccupant moins qu'autrefois du caractère mobilisable de leurs concours. C'est ainsi notamment qu'elles ont développé de façon considérable leurs opérations de crédit destinées à permettre à des personnes physiques d'acquérir des logements nouvellement ou anciennement construits. L'importance relative de chaque opération et la durée des concours font que ces crédits ont pris une place non négligeable dans les emplois des banques.

Par ailleurs, les autres prêts aux particuliers se sont aussi fortement accrus pendant ces dernières années sans prendre toutefois une expansion comparable à celle qu'ils connaissent aux États-Unis.

Certains de ces prêts sont consentis pour les besoins de l'activité professionnelle. Les progrès de la technique ont en effet permis aux producteurs individuels de disposer d'un matériel perfectionné auquel renchérissement du coût de la main-d'œuvre les a d'ailleurs incités à recourir. Ainsi les agriculteurs et les entreprises de caractère artisanal ont-ils accru le nombre des demandeurs de crédit. Il en est de même des professions libérales dans la mesure où elles ont été conduites à faire bénéficier leur clientèle de services qui exigent un équipement moderne de coût relativement élevé.

Parallèlement la production en grande série de biens de consommation durables (automobiles, télévisions, machines à laver,...) a conduit les banques à consentir des crédits finançant la vente à tempérament de ces biens. Ces crédits permettent aux particuliers de se porter acquéreurs sans avoir constitué une épargne préalable égale à la valeur de la marchandise à acquérir.

En outre, l'élévation générale du niveau de vie et l'abondance des biens de toutes natures ont multiplié les incitations à la consommation des ménages, les banques françaises, suivant l'exemple américain, ont alors accordé des prêts personnels qui sont des concours à court terme mais sans affectation nettement définie.

On doit reconnaître que, lorsque la durée du crédit dépasse un an ou lorsque l'opération financée n'est pas nettement définie, la notion de monétisation de créance, sans disparaître complètement, tend à s'estomper. Le banquier n'escompte plus une rentrée de fonds déterminée, il anticipe seulement sur les revenus ultérieurs de sa clientèle.

La tendance à la généralisation de cette attitude témoigne que les banques sont de mieux en mieux assurées de leur pouvoir de création monétaire et rend d'autant plus nécessaire l'action modératrice et coordinatrice des autorités de tutelle.

2°) Les concours à l'État

Les concours des banques à l'État prennent la forme d'achats d'effets publics réalisés pour l'essentiel directement auprès du Trésor public. L'État, selon ses besoins, peut pratiquer une politique d'émission permanente de ces valeurs ou procéder à des adjudications. Les bons du Trésor acquis par les banques ne sont pas matériellement créés mais font simplement l'objet d'une inscription en compte. Ils sont négociables entre banques et auprès de la Banque de France.

Les banques peuvent aussi participer indirectement au financement du Trésor en procédant à l'escompte de bons du Trésor présentés par leur clientèle, mais ces opérations n'ont qu'une faible importance.

Il existe une certaine interdépendance entre les concours à l'État et les concours à l'économie. L'État pratique d'ailleurs parfois une politique systématique de déficit budgétaire pour soutenir l'activité. Dans ce cas, ses dépenses, au lieu d'être couvertes intégralement par l'impôt, le sont aussi par l'emprunt et les concours bancaires. Les commandes publiques stimulent l'activité des entreprises et contribuent par là à améliorer leur situation financière.

En période exceptionnelle, en temps de guerre ou de forte relance conjoncturelle, les dépenses du secteur public s'amplifient au point que la trésorerie des entreprises est largement alimentée par les règlements de l'État. Dans ces conditions, la totalité de la création monétaire peut, à la limite, avoir pour seule contrepartie l'augmentation des concours au Trésor.

(suite dans le message suivant)

Hors ligne

 

#617 24-01-2009 21:53:11

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

« La Banque de France et la monnaie » (suite et fin)

(suite du message précédent)

(…)

3°) Les achats de devises étrangères

Les banques, par l'intermédiaire desquelles les négociations s'opèrent sur les marchés de change, cèdent sur ces marchés les devises étrangères — c'est-à-dire des avoirs en compte dans les banques étrangères —- des exportateurs ainsi que des bénéficiaires de créances sur l'étranger qui doivent transformer leurs avoirs en francs. Inversement elles procurent à leur clientèle les devises étrangères nécessaires pour opérer des règlements hors du territoire national. Lorsque les offres de devises l'emportent sur les demandes, les cours des monnaies étrangères baissent jusqu'au point d'équilibre entre offres et demandes, à moins que le solde résiduel ne soit acquis par le Fonds de Stabilisation des Changes que la Banque de France gère pour le compte du Trésor public et dont elle assure la trésorerie en francs (Cf. page 102).

Par ses interventions sur le marché des changes, le Fonds de Stabilisation transforme ainsi en monnaie nationale des créances en devises étrangères excédentaires ou à l'inverse fournit au marché des devises étrangères en échange de monnaie nationale.

Par ses achats de devises le Fonds de Stabilisation élargit donc les trésoreries en francs des entreprises, dont le recours au crédit bancaire interne diminue d'autant. En revanche, ses interventions à la vente de devises tendent à réduire les liquidités internes.

Ainsi, le solde de la balance des paiements peut, par son sens, positif ou négatif, et par son ampleur, exercer une influence plus ou moins importante sur la liquidité de l'économie.

En définitive les trois voies par lesquelles les banques créent de la monnaie (crédits aux entreprises ou aux particuliers, concours à l'État, achat de devises étrangères) ne doivent pas être considérées isolément. La création monétaire progresse en général assez régulièrement en fonction du développement de l'activité économique, mais l'importance relative de ses différentes sources peut connaître des fluctuations de très grande ampleur, ce qui pose naturellement un problème pour la conduite de la politique monétaire.

Évolution  des principales contreparties de la masse monétaire (à l'exclusion des divers)

(graphique où les concours à l’économie (les crédits) représentent toujours la presque totalité des contreparties de la masse monétaire)

II - Le trésor public

Pour être moins important que celui des banques le rôle de création monétaire du Trésor public n'est cependant pas négligeable.

Sans doute convient-il de ne pas oublier que, comme il a été indiqué au chapitre précédent, le Trésor public a le privilège de la frappe des monnaies divisionnaires. Mais le pouvoir de création monétaire qu'il détient à ce titre est limité, ces opérations ne portant que sur des montants assez faibles.

En revanche, le Trésor public participe directement à la création monétaire et pour des montants appréciables au moyen d'institutions telles que les comptes courants postaux et les fonds particuliers (comptes tenus sur les livres du Trésor). Le rôle monétaire de ces comptes résulte de ce que, comme les dépôts bancaires, ils sont utilisables dans les paiements courants. La création monétaire par le Trésor se réalise comme suit.

Dans de nombreux cas, le Trésor public paye ses fonctionnaires, verse des pensions et règle ses dépenses en créditant les comptes dont il assume lui-même la gestion. Lorsque le Trésor règle une dette en créditant un compte courant postal ou « un compte de fonds particuliers », c'est-à-dire un compte ouvert auprès d'un comptable public (receveur du Trésor ou percepteur), il n'a pas à constituer de provision préalable : la création monétaire est liée à la gestion des comptes à vue. L'opération ne pose un problème de trésorerie à l'État que lorsque les titulaires de comptes courants postaux et de fonds particuliers demandent un transfert de leurs avoirs hors de ces circuits ou un retrait sous forme de billets.

Mais, d'une manière générale, les bénéficiaires de ces règlements du Trésor ne demandent pas le virement immédiat à un compte dans une banque de la totalité de leurs avoirs aux C.C.P. ou n'opèrent pas un retrait total en billets. En outre, — de nombreux particuliers et entreprises désirant bénéficier des facilités de transfert que procure la Poste, se font ouvrir des comptes à vue auprès d'elle, même s'ils ne s'attendent pas à recevoir des paiements de l'État. Il résulte de cette situation des transferts complexes entre la monnaie bancaire et la monnaie postale. L'État, dont la trésorerie est en symbiose avec celle des P.T.T., bénéficie de l'accroissement annuel du solde des dépôts et la politique de règlement des dépenses publiques en favorise le développement.

III - La banque de France

D'une façon générale, les banques centrales ne créent plus beaucoup de monnaie ; ceci tient au fait qu'elles n'accordent pas directement des crédits aux entreprises et aux particuliers et qu'une grande part des concours bancaires accordés à l'État est initialement consentie par les banques commerciales. C'est pourquoi d'ailleurs l'appellation « banque centrale », c'est-à-dire « banque des banques », tend de plus en plus à l'emporter sur celle d'Institut d'émission.

[Là aussi, vous devriez relire, non ? ÉC]

La Banque de France ne crée de la monnaie que lorsqu'elle consent des avances directes à l'État, effectue des avances sur titres au profit d'emprunteurs privés, accorde des concours à des organismes financiers qui ne gèrent pas de comptes à vue, ou lorsqu'elle achète des devises étrangères directement à des entreprises, à des particuliers ou à l'État.

Les avances directes au Trésor constituent la voie la plus importante de la création monétaire effectuée en propre par la Banque de France ; en effet, bien que le montant de ces avances n'ait en moyenne pas augmenté depuis fort longtemps, les fluctuations des besoins de financement du Trésor entraînent en cours d'année d'importantes variations, qui constituent autant d'opérations de création puis de destruction monétaire. Comme on le verra ultérieurement, le législateur est intervenu pour fixer les limites et les modalités de ces avances.

Les avances sur titres, qui connurent un grand succès au 19*' siècle, ont vu leur importance décroître et elles ne jouent plus qu'un rôle marginal dans la création monétaire.

Les concours à des organismes qui ne gèrent pas de dépôts, sont assez rares et ont, en général, peu d'ampleur. Toutefois le refinancement des prêts spéciaux à la construction consentis dans le cadre de la loi de 1950 par le Comptoir des Entrepreneurs et le Crédit Foncier de France atteignait il y a quelques années un montant relativement élevé. On peut aussi mentionner les concours que la Banque de France consent éventuellement à des établissements financiers spécialisés dans le financement des ventes à tempérament bien que l'importance de ces opérations soit faible.

Les achats directs de devises étrangères à des particuliers (touristes étrangers par exemple) ou à des institutions diverses sont eux aussi peu élevés et ne représentent qu'une faible fraction du total' des opérations de change traitées par l'Institut d'émission.

Il n'en reste pas moins que la Banque de France émet deux sortes de monnaies indispensables au processus de création monétaire :

- il s'agit, d'une part, on l'a vu, des billets de banques qu'elle remet aux banques qui, à leur tour, les délivrant aux entreprises et aux particuliers, sans d'ailleurs qu'il y ait, à proprement parler, de création monétaire, puisque ce sont des avoirs en compte des banques sur les livres de la Banque de France, puis des particuliers ou des entreprises sur les livres des banques, qui sont transformés en billets.

- il s'agit, d'autre part, de la monnaie scripturale constituée par les soldes créditeurs des banques et des autres intermédiaires financiers sur les livres de la Banque centrale ; contrairement aux composantes de la masse monétaire, cette monnaie « centrale » ne sert qu'aux règlements interbancaires et n'intervient pas dans le circuit normal des échanges ; cependant, son aptitude à se transformer en toute autre forme de monnaie en fait l'instrument indispensable à la convertibilité de toutes les autres catégories de monnaies entre elles.

L'action de la Banque de France s'exerce donc essentiellement pour faciliter et contrôler la création monétaire des banques, la Banque centrale étant le point de passage obligé de divers mouvements de fonds :

- parce qu'elle gère les réserves de change du pays, les banques doivent s'adresser à elle pour s'approvisionner en devises ou transformer leurs devises en francs, lorsque l'équilibre du marché des changes requiert ses interventions ;

- dans le cadre de l'aide apportée à la trésorerie publique, la Banque de France recouvre pour le compte du Trésor, les chèques créés par les contribuables ou les avis de prélèvement émis par le Trésor ; inversement les règlements du Trésor public à destination du système bancaire passent aussi par l'intermédiaire de la Banque centrale ;

- les mouvements de fonds entre banques s'opèrent par transferts de compte à compte auprès de l'Institut d'émission du solde résultant de la compensation entre créances et dettes réciproques.

Par ailleurs, ainsi qu'il a déjà été exposé, les banques n'ont pas l'entière liberté de développer leurs opérations de crédit car l'augmentation de la  monnaie  scripturale entraîne, en  raison des habitudes de règlement du public, un accroissement des billets de banque en circulation dont la Banque de France a le privilège d'émission. Sans doute l'importance des billets dans la masse des moyens de paiement a-t-elle tendance à décroître ce qui réduit à due concurrence la base d'action de la Banque centrale.

Mais les autorités monétaires peuvent, si elles le jugent utile, augmenter la quantité de « monnaie centrale » nécessaire aux banques en les obligeant à maintenir sur les livres de l'Institut d'émission un montant minimum d'avoirs en comptes dont l'importance est fonction du volume des dépôts de l'établissement assujetti ou de celui des crédits qu'il a accordés. C'est sur ce principe que repose le système des réserves obligatoires dont le fonctionnement sera analysé plus en détail lors de l'étude des mécanismes de la politique du crédit.


IV - Les institutions financières

Les banques ne sont pas les seuls organismes à consentir du crédit. À côté d'elles interviennent les établissements financiers dont l'activité facilite les ventes à tempérament, la construction ou le crédit bail, et qui se procurent leurs moyens de financement auprès des banques dont ils sont, dans bien des cas, les filiales. Le crédit est distribué également par d'autres institutions, qui trouvent leurs ressources sur le marché financier, mais qui ne gèrent pas de dépôts à vue et ne créent donc pas, en principe, de monnaie, encore que par leur activité elles participent à l'alimentation des flux monétaires.

De même qu'il est pratiquement impossible de traiter de la monnaie sans mentionner la quasi-monnaie et l'épargne liquide, on peut difficilement passer sous silence, dans la description de la création monétaire, l'action d'établissements dont les ressources n'ont pas un caractère strictement monétaire. Une séparation nette entre ces établissements et les banques serait, d'un point de vue économique, d'autant plus difficilement concevable qu'une proportion croissante des ressources des banques est constituée par de l'épargne à court terme.

Les ressources du Crédit Foncier et du Crédit National, établissements semi-publics spécialisés respectivement dans le crédit au logement et les prêts à moyen et long terme à l'industrie sont essentiellement constituées par l'émission d'obligations. La monnaie ainsi collectée est simplement remise en circulation lorsque les crédits sont distribués. Toutefois il est évident que la vitesse de circulation du numéraire est affectée par l'utilisation que les bénéficiaires des prêts font des capitaux dont ils obtiennent la disposition.

Les caisses d'épargne, dont les ressources alimentent, pour une large part, les opérations de crédit de la Caisse des Dépôts et Consignations, sont des établissements plus proches des banques. Elles entrent d'ailleurs en Concurrence avec ces dernières dans la recherche de la clientèle de déposants puisque plus de la moitié des ressources bancaires est constituée par des dépôts à terme et d'épargne. Sans doute l'octroi d'un crédit par la Caisse des Dépôts, voire dans certaines limites, par les caisses d'épargne elles-mêmes, — prêts destinés au financement de la construction de logements ou d'équipements des collectivités locales — opère-t-il simplement une redistribution de la monnaie collectée, mais, en raison des habitudes de placement du public, une partie de cette monnaie revient alimenter les comptes sur livrets des caisses d'épargne.

[MAJ 1980 : Ajouter à la fin du deuxième paragraphe : « ...sur livrets des caisses d'épargne. Il faut aussi ne pas oublier que, depuis 1978, les caisses d'épargne privées sont autorisées à ouvrir des comptes de dépôts à vue ».]

Enfin dans l'activité d'un organisme comme la Caisse Nationale de Crédit Agricole dont les ressources proviennent pour une large part de l'émission de bons à court et moyen terme ainsi que d'obligations, il est malaisé d'identifier ce qui constitue une simple redistribution de fonds de ce qui participe à la création proprement dite de liquidités monétaires. La même observation vaut d'ailleurs pour les banques qui gèrent de plus en plus de dépôts d'épargne et de dépôts à terme.

S'il est difficile de préciser les frontières de la monnaie, c'est que ses sources sont multiples et qu'en définitive sa création accompagne de façon presque spontanée l'octroi des crédits dont l'expansion mesurée est nécessaire à la progression de l'activité économique.

Il semble naturel de considérer que les établissements dont les opérations développent les moyens de paiement sont à l'origine de la création monétaire. Cette considération qui paraît relever du simple bon sens n'est cependant pas pleinement conforme à la réalité.

On constate en effet que, sans être entièrement prédéterminées, les opérations de la Banque centrale sont sujettes à des contraintes. Il n'est pas possible de limiter brusquement les possibilités de refinancement des crédits consentis par les banques sans désorganiser gravement le marché monétaire et l'activité économique, une éventuelle action restrictive ne saurait être que progressive. De même, l'Institut d'émission doit veiller à ce que l'État puisse se procurer les ressources qui lui sont indispensables pour assurer l'exécution du budget voté par le Parlement.

La situation dans laquelle se trouvent placées les banques est assez analogue. Une hausse substantielle des salaires nominaux versés par les entreprises implique une adaptation du flux de création monétaire à défaut de laquelle se produirait un blocage des circuits de paiement entraînant du chômage et des troubles sociaux. De même un enchérissement sensible des matières premières, des produits énergétiques, des divers approvisionnements nécessaires à l'activité des entreprises exige à plus ou moins long terme des moyens de paiement supplémentaires.

La création monétaire est le fait des organismes qui la réalisent techniquement, mais elle n'est possible que si elle répond à une demande des entreprises, des ménages ou de l'État.



Chapitre III : La vie de la monnaie

C - Monnaie centrale et monnaie bancaire

Les variations du montant de la « monnaie Banque centrale » en circulation se répercutent sur la trésorerie des banques. Selon qu'une banque a un accès plus ou moins aisé à la monnaie de la banque centrale, l'exécution des transferts qu'elle doit opérer lui pose moins ou plus de problèmes ; on évalue l'aisance de sa trésorerie en fonction de ce critère.

La liquidité du système bancaire varie donc en sens opposé des besoins des banques en « monnaie Banque centrale ». C'est ainsi que cette liquidité diminue chaque mois au moment où les entreprises prélèvent des billets sur leurs comptes bancaires pour payer leurs salariés. Puis, toutes choses restant égales, la liquidité bancaire se reconstitue en cours de mois lorsque, par suite des dépenses des ménages, les billets refluent vers les comptes bancaires. Cette fluctuation cyclique régulière permet de constater que les besoins courants de l'économie nécessitent des ajustements constants d'un circuit monétaire à l'autre.

De façon générale la liquidité d'une banque tend à se réduire dans la mesure où ses crédits se développent alors que de nouvelles possibilités de refinancement en monnaie centrale ne lui sont pas ouvertes : la distribution des crédits est en effet inéluctablement une source de transferts. Aussi chaque établissement s'efforce-t-il de limiter l'incidence de ces transferts en développant les services rendus à la clientèle afin d'attirer le maximum de monnaie créée soit à son initiative soit indépendamment de son intervention. La recherche des dépôts du public par les banques est pour elles une quête de liquidités.

(…)

III - Les objectifs du contrôle monétaire

La croissance équilibrée de l'économie exige qu'une quantité adéquate de moyens de paiement soit mise à la disposition des agents économiques, consommateurs et producteurs. C'est pourquoi l'objectif central du contrôle monétaire consiste à régler le volume des moyens de paiement utilisables sur les marchés des biens et de services, ce qui suppose une action portant non seulement sur le volume de la monnaie proprement dite — billets et dépôts à vue — mais aussi sur la masse des liquidités susceptibles de se transformer en monnaie.

A - Relations entre les phénomènes monétaires et les phénomènes économiques

1°) Les principes

L'exécution des transactions repose évidemment sur l'utilisation d'une quantité appropriée de monnaie. Ainsi le développement économique s'accompagne nécessairement, sous certaines réserves qui seront précisées plus loin, d'une augmentation du volume de la monnaie. Mais il serait inexact de considérer les variations de ce volume comme une simple conséquence de l'évolution de la production et des échanges. En réalité, la monnaie joue un rôle actif dans le déroulement de ces phénomènes. L'injection de monnaie nouvelle dans les circuits de règlement tend à inciter les agents économiques à augmenter leurs achats. À l'inverse, une raréfaction des moyens de paiement disponibles freine l'expansion des transactions.

Une analyse complète du rôle moteur de la monnaie, qui fait l'objet d'amples discussions, dépasserait le cadre nécessairement limité de la présente brochure. On se bornera à en admettre le principe en remarquant que les fluctuations de la masse monétaire agissent à la fois — mais dans des proportions qui peuvent différer — sur la demande des consommateurs et sur celle des investisseurs.

On pourrait être tenté de déduire des relations ainsi dégagées que les autorités monétaires devraient se fixer pour objectif permanent une extension rapide des moyens de paiement disponibles afin de rechercher la croissance maximale du niveau de vie. Dans la réalité, les choses ne sont pas aussi simples. La politique monétaire doit évoluer sans cesse entre deux écueils, celui de l'excès et celui de l'insuffisance de création de liquidités nouvelles.

2°) Freinage de la création monétaire

L'excès de la création monétaire est le danger le plus courant à notre époque où la demande de financement monétaire est très large pour couvrir les besoins entraînés tant par le relèvement des revenus nominaux des salariés ou des entrepreneurs individuels, que par l'accroissement des investissements des entreprises ou le développement des équipements collectifs. Il faut aussi tenir compte des crédits anticipant sur des revenus futurs et destinés à permettre l'achat de biens de consommation durables ou de logements.

Or l'accroissement de la masse monétaire ne peut dépasser certaines limites sans engendrer de graves perturbations. II tend en effet à provoquer un développement de la demande de biens et services que les capacités de production ne sauraient toujours satisfaire. Une création monétaire trop forte entraîne ainsi tous les inconvénients de l'excès de la demande sur l'offre et notamment la hausse des prix intérieurs et la détérioration du commerce avec l'étranger.

C'est pourquoi les autorités monétaires sont fréquemment conduites à freiner l'expansion des moyens de paiement lorsque celle-ci menace de prendre spontanément une allure trop vive.

Sans doute les écoles de pensée keynésienne et monétariste diffèrent-elles quant à l'importance de l'influence exercée par la création monétaire sur l'activité économique, aux délais dans lesquels elle se fait sentir et aux mécanismes de transmission qu'elle implique, mais nul ne conteste l'existence de cette influence ni le sens dans lequel elle agit.

3°) Stimulation de la formation de monnaie

Lorsque la situation économique est telle que les capacités de production ne sont que partiellement employées, on peut, au contraire, envisager de susciter une relance de l'activité en facilitant la formation de liquidités nouvelles.

À l'inverse de ce que certains pourraient croire, il est généralement aussi difficile de stimuler la croissance des moyens de paiement que de la ralentir. L'initiative des autorités monétaires n'y suffit pas. Il faut que producteurs et consommateurs sollicitent des liquidités supplémentaires notamment en recourant au crédit. À défaut, par exemple dans les situations de stagnation économique prononcée, voire de récession, les remèdes les plus efficaces ne relèvent pas de la politique du crédit. L'action de l'État prend alors une importance primordiale ; elle s'exerce par l'augmentation des dépenses publiques et par des réductions d'impôts dans le cadre d'une politique budgétaire anticyclique, c'est-à-dire d'une politique qui vise à corriger l'évolution spontanée de l'activité économique et qui implique un recours du Trésor à la création monétaire.

(…)


Chapitre V : Les instruments de contrôle du crédit

Les autorités monétaires exercent leur action sur la distribution du crédit selon diverses procédures dont les effets sont complémentaires.

Elles agissent de façon indirecte en réglant le loyer de l'argent et la liquidité des banques, mais elles interviennent aussi de façon plus immédiate soit en imposant une limite globale à la progression des concours bancaires soit en les orientant d'une manière sélective.

I - L'action par les taux d'intérêt

Il existe une relation nécessaire entre les conditions de refinancement imposées par la Banque centrale aux autres banques et les taux pratiqués par celles-ci pour les concours à l'économie. Quand elles consentent leurs crédits, les banques prennent en considération le coût qu'elles devront supporter lorsque la nécessité de les mobiliser se fera sentir. À son tour, la hausse des taux bancaires freine évidemment la demande de concours et, à l'inverse, leur réduction accroît cette demande.

Cependant, à l'époque actuelle, ces phénomènes ne jouent pas sans difficultés. On peut même soutenir paradoxalement que, lorsque le coût de refinancement tend à amenuiser leurs marges d'exploitation, les banques s'efforcent d'accroître le volume des crédits qu'elles distribuent ; semblable entreprise ne paraît pas vouée à l'échec car, en période d'expansion, la sensibilité des emprunteurs à l'égard de l'élévation des taux d'intérêt nominaux est particulièrement faible.

(…)

B - Augmentation des besoins en monnaie centrale

Les réserves obligatoires au lieu de réduire les possibilités de refinancement des banques accroissent leurs besoins en monnaie centrale. Ce dispositif de contrôle est originaire des États-Unis où il appuie traditionnellement l'action de la Banque centrale sur le marché monétaire. Depuis la dernière guerre, de nombreux pays européens s'en sont dotés et il a été institué en France par un décret du 9 janvier 1967.

Le système de réserves oblige les banques à constituer des avoirs en soldes créditeurs à la Banque centrale à concurrence d'un pourcentage de certains postes de leur bilan. Les réserves ont d'abord été assises sur les dépôts, puis afin que leur action s'exerce le plus près possible de la création monétaire et puisse ainsi, en cas de besoin, la freiner plus efficacement, les réserves sur les dépôts ont été complétées en février 1971 par l'institution de réserves calculées sur les crédits distribués par les banques et les établissements financiers.

Le Conseil National du Crédit a habilité la Banque de France à fixer les coefficients de réserves à l'intérieur de certaines limites : 25 % pour les exigibilités (sauf en ce qui concerne les exigibilités des non-résidents qui peuvent être frappées jusqu'à 100 %) et 50 % pour les crédits distribués.

L'efficacité du système implique qu'aucune rémunération ne soit versée sur les sommes déposées à la Banque centrale ; cette disposition est importante car elle permet, lorsqu'une action restrictive apparaît nécessaire, de faire subir aux banques des charges supplémentaires d'endettement par l'augmentation des réserves à constituer et de contrôler ainsi leur action par le biais de la rentabilité. Dans ces conditions, il n'est pas nécessaire que les coefficients de réserves pratiqués soient très élevés ; l'observation a été faite bien souvent que ce sont plus les variations des réserves que leur ampleur qui ont de l'importance pour la régulation monétaire. Mais il est évident aussi que les modifications du taux des réserves ne sauraient être fréquentes ; elles sont utilisées, soit pour infléchir la distribution du crédit, soit pour contrôler les fluctuations importantes

(…)

Il apparaît donc en définitive que les divers moyens à la disposition des autorités monétaires ne sauraient être employés isolément mais doivent au contraire se compléter mutuellement. C'est leur action conjuguée qui permet de régler au mieux l'expansion des prêts bancaires en fonction des exigences, parfois contradictoires, de l'activité économique.

On doit cependant reconnaître que, malgré la diversité des moyens d'action employés, la politique monétaire n'a pas été en mesure de préserver la stabilité des prix. Une telle situation est en large part imputable au fait que l'inflation trouve son origine dans les conflits opposant les divers groupes sociaux au sujet de la répartition du revenu national.

L'atténuation de tels conflits par la recherche d'une conciliation des intérêts en présence relève de la politique générale du gouvernement, qui peut employer à cette fin des mesures de nature très diverse.
Par exemple un contrôle direct des prix peut s'imposer pour introduire une rupture dans le mouvement de hausse en modifiant les anticipations inflationnistes que ne justifient pas l'état réel de l'offre et de la demande. Une intervention monétaire ne saurait, en ce domaine particulier, être que tardive et inadaptée en raison de la rigidité des prix à la baisse.

De même il appartient aux autorités gouvernementales d'améliorer, par des mesures législatives et une politique budgétaire appropriée, le consensus social afin d'aboutir éventuellement à un accord sur une politique des revenus dont la mise en œuvre faciliterait largement les discussions sur le relèvement des salaires.

La monnaie apparaît ainsi plus comme un facteur permissif de l'inflation que comme sa cause profonde. Sans doute la politique monétaire doit-elle s'attacher à brider la hausse des prix, mais elle ne saurait être l'instrument décisif ni surtout unique de cette action. L'émission monétaire est en définitive fonction des objectifs de plein emploi et de croissance qu'un pays s'assigne et la stabilité des prix traduit souvent, en large part, un bon équilibre des structures sociales.


(…)

(p 98) En effet, si la réglementation de l'activité des banques commerciales ne s'est développée qu'à une date relativement récente et a d'abord été inspirée par le souci de défendre les intérêts des déposants, elle a répondu ensuite surtout à la nécessité de contrôler le pouvoir d'émission de monnaie scripturale acquis par ces banques.

(…)


(p 150)
Notice méthodologique sur les statistiques publiées par le conseil national du crédit

I. Les statistiques de la monnaie, du crédit et des émissions de valeurs mobilières.

1. Les liquidités de l'économie

1.1. Définitions

Les liquidités de l'économie, encore appelées M1, englobent des actifs détenus par les agents économiques autres que les intermédiaires financiers et le Trésor public : moyens de paiement immédiatement utilisables, ou disponibilités monétaires (M1) et placements d'épargne liquide ou à court terme, susceptibles d'être convertis rapidement en moyens de paiement, sans risque de perte en capital.

Dans les liquidités de l'économie, on distingue la masse monétaire (ou M2) comprenant les seules liquidités gérées par les organismes — banques, Banque de France et Trésor public — qui créent de la monnaie ; la masse monétaire regroupe donc, d'une part, les disponibilités monétaires (M1) et, d'autre part, la quasi-monnaie, c'est-à-dire les comptes sur livrets dans les banques et les bons et comptes à échéance émis ou gérés par elles, ainsi que les comptes à terme ouverts chez les comptables-publics ; elle ne comprend pas les autres placements liquides ou à court terme : livrets et bons des caisses d'épargne, et bons du Trésor sur formules.

Sous l'intitulé « contreparties de la masse monétaire », le Conseil national du crédit recense les opérations qui sont à l'origine des variations de la masse monétaire.

1.2. La masse monétaire

Les statistiques relatives à la masse monétaire et à ses contreparties sont établies à partir :

- des situations comptables de la Banque de France, des établissements inscrits sur la liste des banques par le Conseil national du crédit, des banques populaires, de la Banque française du commerce extérieur, des caisses de crédit agricole mutuel affiliées à la Caisse nationale de crédit agricole, à la Confédération nationale du crédit mutuel et à la Fédération centrale du crédit agricole mutuel (secteur privé) ;

- des données fournies par la comptabilité publique (ministère de l'économie et des finances) et par les centres de chèques postaux (services financiers du ministère des postes et télécommunications).

Les statistiques monétaires couvrent exclusivement la France métropolitaine. Elles portent à la fois sur les opérations effectuées au nom de résidents ou de non-résidents, qu'elles soient libellés en francs français, en monnaie circulant dans certains territoires d'outre-mer, ou en devises étrangères. Toutefois, il est possible de répartir certaines de ces opérations selon qu'elles concernent des résidents ou des non-résidents, ou qu'elles sont traitées en francs ou en d'autres monnaies.

La masse monétaire (M2) comprend les disponibilités monétaires, ou moyens de paiement, et les disponibilités quasi monétaires.

1.2.1.  Les disponibilités monétaires (M1)

Les disponibilités monétaires sont constituées par les moyens de paiement, utilisables, sans préavis ni échange, par simple tradition manuelle (billets et monnaies divisionnaires) ou par règlements d'écritures (dépôts à vue mobilisables par chèques et virements).

Elles comprennent donc :

- les billets émis par la Banque de France et détenus sur le territoire métropolitain par le public ;
- les pièces (ou monnaies divisionnaires) en circulation, émises par le Trésor public :
- les soldes des comptes à vue ouverts, au nom d'entreprises non bancaires ou de particuliers, dans les banques, à la Banque de France, dans les centres de chèques postaux et chez les comptables publics.

1.2.1.1. Billets en circulation

Le montant des billets en circulation est obtenu en déduisant du poste « billets en circulation » du passif du bilan de la Banque de France, les billets en caisse dans les banques, la masse monétaire ne comprenant pas, par définition, les liquidités détenues par les intermédiaires financiers qui participent à la création monétaire. Du reste, s'ils n'étaient pas déduits, ces billets feraient dans une large mesure double emploi avec les dépôts des entreprises et des particuliers dans les banques.

En outre, les billets mis à la disposition de l'Institut d'émission des départements d'outre-mer pour assurer les besoins de la circulation fiduciaire dans ces quatre départements sont déduits du poste « billets en circulation » : le montant de ces billets correspond à la rubrique : « avance à l'Institut d'émission des départements d'outre-mer » qui figure à l'actif du bilan de la Banque de France.

1.2.1.2.    Monnaies divisionnaires en circulation

Le montant des monnaies divisionnaires en circulation est fourni par la caisse générale de la Banque de France, qui procède à leur émission pour le compte du Trésor.

1.2.1.3.    Dépôts à vue

Les dépôts à vue (ou monnaie scripturale) recensés dans les statistiques monétaires regroupent, pour l'essentiel, les soldes des comptes à vue ouverts au nom des entreprises et des particuliers :
- dans les banques ;
- à la Banque de France ;
- dans les centres de chèques postaux ;
- chez les comptables publics.

Ces comptes constituent des dettes envers la clientèle ; ils figurent dans les banques et à la Banque de France au passif des situations comptables.

• Dépôts à vue dans les banques

Les banques sont des établissements dont l'activité principale consiste à effectuer des opérations de crédit à court, moyen et long terme, et à recevoir du public des dépôts de fonds à vue et à terme. Le pouvoir de création monétaire du système bancaire, pris dans son ensemble, tient au fait que celui-ci n'a pas besoin, pour accorder des crédits, de disposer préalablement des ressources correspondantes, puisque la distribution du crédit se traduit presque dans tous les cas par une monétisation de créances et crée au passif des banques un montant de dépôts équivalent. Dans la mesure où ces dépôts, utilisés par chèques et virements, constituent la forme de monnaie la plus répandue, et, de ce fait, demeurent pour la plus large part dans le circuit bancaire, les banques peuvent développer leurs concours sans avoir à se procurer un montant correspondant de ressources pour les financer.

(…)

(Source : « La Banque de France et la monnaie », publication officielle de la BDF en 1978 & mise à jour 1980 :
- en images : au format pdf, 18 Mo !
et
- en texte : au format doc, 4 Mo.)

Voilà, n’oubliez pas de lire le reste : j’ai mis des coups de stabilo (dans le fichier doc) partout où le texte concerne directement notre controverse. Mais presque tout est intéressant. On dirait que celui qui a écrit ce texte l’a fait honnêtement.

Maintenant, si vous avez une explication au fait qu’il n’existe apparemment pas aujourd’hui de document équivalent, officiel, pour expliquer les mécanismes actuels, je suis intéressé. Comme avec MMM, toute explication officielle du mécanisme de création monétaire semble avoir disparu.

_______________

@ Julien Alexandre,

Pourquoi avez-vous choisi la Banque postale, plutôt qu’une autre banque, pour montrer une page de pub qui explique que les dépôts sont prêtés tels quels à plus ou moins long terme ?

Mais surtout, que pensez-vous du document ci-dessus, imprimé et diffusé pendant des années par la Banque de France ? Moi, je le trouve plus précis, plus complet, plus technique, plus crédible quoi… que la courte page de pub internet de la Banque Postale.

- Je n’ai toujours pas mon écriture comptable, celle qui va me montrer l’argent qui circule d’un dépôt vers un prêt (puisque c’est lui qu’on prête, selon vous, on doit bien pouvoir le suivre, non ?).

Sacré dialogue de sourds…

Amicalement.

Étienne.

Paul à répondu (on peut dire qu’il ne se foule pas, et surtout qu'il fait simplement comme si le document disait le contraire de ce qui y est objectivement écrit... hmm ) :

Paul Jorion dit :
11 janvier 2009 à 04:04

Ce document très complet de la Banque de France utilise l’expression « création monétaire » pour décrire la transformation de différents flux monétaires ou « quasi-monétaires » les uns dans les autres. Toutes ces transformations respectent ce que j’ai appelé un principe de conservation des quantités, à l’exception de la création, effectivement ex nihilo, de monnaie centrale. Rien dans ce document ne vient conforter l’hypothèse d’une création de monnaie ex nihilo par les banques commerciales.

Le document souligne aussi très clairement que l’expression monnaie scripturale renvoie à un simple support particulier mais que le mécanisme qui s’applique à lui est le même que celui qui s’applique à tout autre support. Sa définition est extrêmement simple : « la monnaie scripturale est représentée par l’ensemble des comptes à vue dans les banques, aux chèques postaux et au Trésor » (p. 10).

• Julien Alexandre, aussi, a répondu avec ce message,

• et j’ai répondu ça,

• et lui ça

• De son côté, Paul m’a répondu ceci (il dit que la BDF ment, pour cacher le secret de la non création monétaire qui, selon lui, paniquerait les foules… parole d'expert…) :

Paul Jorion dit :
12 janvier 2009 à 03:27
@ Etienne Chouard

Julien Alexandre et le document de la Banque de France disent la même chose. Mettre le mot création en caractères gras et en rouge (je suppose que ça ne se trouve pas dans le document original et qu’il s’agit d’une addition de ta part) n’y changera rien. La seule différence, c’est que c’est mieux expliqué par Julien Alexandre. Pourquoi est-ce mieux expliqué chez Julien ? Parce qu’il n’a pas à se livrer à un exercice de corde raide de relations publiques en même temps, comme a à le faire une Banque Centrale. J’avais mis la même chose en évidence à propos du document Modern Money Mechanics de la Federal Reserve Bank de Chicago.

Le point de vue de Julien Alexandre n’est pas non plus “isolé” : il représente celui de l’ensemble du monde financier à l’exception de quelques comptables qui ont été longuement cités ici et de Maurice Allais. Si son point de vue était isolé pourquoi les tenants de la création de monnaie ex nihilo par les banques commerciales se lamentent-ils régulièrement que la plupart des employés de banques affirment eux qu’elles ne créent pas d’argent ? Que ce soit le point de vue des professionnels n’est sans doute pas une garantie mais c’est en tout cas incontestable. Ceci dit, même lorsqu’il se fait que mon point de vue est celui de la majorité des experts, cela n’a pas pour moi valeur d’argument. Si je le souligne, c’est parce que je note souvent chez toi cette tendance à dire à tes contradicteurs qu’ils sont isolés, qu’il existe un consensus contre eux ou, dans mon cas, que je “risque de perdre ma crédibilité” si je ne suis pas d’accord avec toi. Un autre commentateur a attiré l’attention sur ton goût pour les attaques ad hominem. Tout ça, ce sont des tentatives d’intimidation verbale, cela ne remplace ni les faits, ni le raisonnement.

Et j’ai répondu ceci à Paul :

Étienne Chouard dit :
12 janvier 2009 à 12:35

@ Paul,

Paul, quand tu dis « Julien Alexandre et le document de la Banque de France disent la même chose », tu es dans le déni de la réalité. Chacun le verra en lisant, simplement.
______________

Tu dis : « Le point de vue de Julien Alexandre n’est pas non plus “isolé” : il représente celui de l’ensemble du monde financier à l’exception de quelques comptables qui ont été longuement cités ici et de Maurice Allais. »

Encore faudrait-il le prouver.
______________

Tu me dis ensuite : « je note souvent chez toi cette tendance à dire à tes contradicteurs qu’ils sont isolés, qu’il existe un consensus contre eux ».

Si je le pense, je le dis, effectivement.
Et tu fais la même chose ;-)
Remarque que c’est exactement ce que tu fais toi-même quand tu dis : « à l’exception de quelques comptables qui ont été longuement cités ici et de Maurice Allais »…

Et c’est normal : chacun essaie de prendre des appuis sur d’autres pensées, et chacun trouve que les appuis adverses sont faiblards (évidemment, sinon on changerait d’avis, tout simplement).

Donc, "j'ai également noté chez toi cette tendance..." ;-)

_______________

Paul, objectivement, tu n’as toujours pas donné, de ton côté, la moindre référence pour PROUVER ce prétendu « point de vue de l’ensemble du monde financier ». Pas un livre, pas un article, rien, aucune citation, longue ou pas.

Ceci est un fait.

Nous sommes donc priés de nous fier à ta seule autorité, ta parole d’« ingénieur financier ». Sans autre source.

Désolé, sur ce sujet-là, compte tenu de tout notre travail de lecture, et dans l’état actuel des débats, c’est insuffisant.

________________

Quelles « attaques ad hominem » ? Le fait de mettre en balance les affirmations de « Julien Alexandre » et les explications officielles et détaillées de la Banque de France (et de plus de 60 ouvrages sur la question) ?

Quelle intimidation verbale ? Le fait d’argumenter ? Le fait de mettre en gras ce qui est particulièrement utile, pour ne pas le rater parmi des dizaines de pages de texte serré ? Allons…

« Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage » wink

______________________


Lors d’un échange récent avec un des directeurs de la Société générale (je ne consulte pas que les comptables), il nous a écrit ceci (ce message-là était d’ailleurs pour toi, Paul, et j’étais en copie) :

« Concernant le point évoqué, je dirais :

- les banques font du crédit tous les jours et les personnes en charge ne se préoccupent pas en général du financement ;

- les trésoreries gèrent les entrées sorties de fonds après compensation et tous les virements de banques à banques se font via leurs comptes à la BC (ce ne sont pas des espèces, c'est aussi immatériel que le reste...)

- quand il y a un déséquilibre dans la trésorerie d'une banque par rapport aux autres, il y a emprunt sur le marché monétaire auprès des banques "en excédent" (à la fin de la journée, tous les comptes sont soldés et équilibrés auprès de la banque Centrale.

C'est au niveau du fonctionnement du système global que l'on juge de la création monétaire, c'est-à-dire de l'augmentation des encaisses liquides détenues par les agents économiques pour faire des transactions. »

Ce même directeur de banque, un spécialiste financier de haut niveau, nous écrivait aussi, quelque temps auparavant :

1) il n'y a pas un banquier qui vous dira qu'il crée de la monnaie, car... il ne le sait pas (sauf s'il a été un bon élève de l'IEP ou des facs d'Éco, et encore...)

2) le banquier de base (agences du réseau) vous dira plutôt qu'il se bat tous les jours pour attirer de nouveaux clients et donc de nouveaux dépôts...

3) il n'y a aucun "complot"  dans cette attitude, aucune "omerta", car il n'y a aucun besoin de connaître le processus de création monétaire pour être un bon banquier (il vaut bien mieux être un bon analyste financier pour évaluer les risques liés au crédit).

Par ailleurs, rechercher le "secret" en analysant un bilan bancaire est une tentative vouée à l'échec : les dépôts à vue apparaîtront nécessairement comme une "ressource" au même titre que les dépôts à terme et d'épargne.  Les discussions sur la possibilité ou non de prêter les DAV me paraissent largement surréalistes (sans vouloir heurter quiconque), pour ne pas dire sans fondement.

Pour comprendre le processus de création monétaire, il faut "déconstruire" le processus qui part du crédit accordé et se boucle par son "financement" au niveau de la banque et du système bancaire global  en essayant de bien déterminer ce qui est génération d'un pouvoir d'achat ex-nihilo sur l'économie (création monétaire) ou un transfert d'épargne (intermédiation financière).

Accorder un crédit, c'est d'abord, par  un simple jeu d'écriture, inscrire une somme au crédit d'un compte avec laquelle on pourra faire des paiements.    Ensuite, l'histoire commence..... en fonction de ce que deviennent les flux d'argent, la banque va faire face à des besoins de financement différenciés.

Cas le plus simple pour comprendre la problématique :

Supposez qu'il n'y ait qu'une seule banque X et qu'une monnaie (les dépôts à vue gérés par cette banque), on voit immédiatement que le crédit effectué trouve immédiatement son financement qui est le dépôt à vue créé lui-même puisque :

- toute dépense, cad tout transfert d'argent du récepteur du crédit  (débit du compte dans la banque X et donc diminution du dépôt à vue dans cette banque)
- ...va se retrouver comme  réception d'une recette pour un autre agent (crédit du compte dans la banque X et donc augmentation du dépôt à vue dans la même banque)

Globalement, on aura donc au niveau du bilan de la banque:
- à l'actif : une créance
- au passif: un dépôt à vue détenue par Durand alors que le crédit avait été accordé à Dupont.

Peut-on dire que la créance a été financée par Durand ? Certainement pas, car pour Durand, cet argent est immédiatement disponible et va entrer dans son plan de dépenses et ainsi de suite.

L'augmentation globale de la dépense et donc du revenu à la fin du process sera: delta (Dépenses)= V (vitesse de circulation de la monnaie) * delta (dépôts à vue).


Cas plus complexes pour se rapprocher du fonctionnement réel :
 
a) cas de 2 banques

Maintenant, supposez qu'il y ait 2 banques qui se partagent le marché et que les dépôts se répartissent entre elles selon un certain rapport (parts de marché).

Il est facile de montrer que si les augmentations de crédit et donc de dépôts se font selon ce rapport, la création de crédit/monnaie n'a aucune limite car le "refinancement" des 2 banques sera "automatique", les dépôts partant à la concurrence étant  exactement compensés par les versements venant du concurrent.

b) Introduction d'une Banque Centrale pour gérer les déséquilibres de trésorerie entre les deux banques

Si ce n'est pas le cas, il faut un troisième "larron" (sans jeu de mots) : la Banque Centrale, car, s'il y a un déséquilibre entre les entrées et les sorties de fonds pour chacune de ces banques vis-à-vis de l'autre, il faudra que cela se règle par virements sur leurs comptes à la BC. Et, là l'affaire se complique... un peu… car, il y a désormais deux sortes de monnaies :
- la monnaie bancaire (les dépôts à vue détenues par les banques)
- la monnaie de base (Banque centrale)

c) système monétaire  en économie fermée avec :
- monnaies bancaires (dépôts à vue des banques)
- comptes des banques auprès de la banque Centrale (réserves)
- billets et pièces émis pour le compte du Trésor par la Banque centrale.

À partir de là, il est facile de reconstituer les notions jumelles/complémentaires de :
-multiplicateur de crédit (une injection de monnaie banque centrale conduit à un multiple de monnaie en circulation via le mécanisme du crédit bancaire),
-diviseur de crédit : (une addition de nouveaux crédits entraine une demande supplémentaire de refinancement en monnaie banque centrale.)
 
Introduction des dépôts a terme :

Là, je vais m'arrêter car cela pourrait devenir très complexe. En effet, il y aura création monétaire ou non selon la nature (substituabilité plus ou moins grande à l'encaisse) du dépôt en question.

Mais, si cela vous intéresse, il faudra y revenir. »

Je rappelle que ce n’est pas un simple comptable qui parle, mais un professionnel de la finance, un vrai.

Alors ?

_______________

- Paul, tu n’as rien répondu sur mon objection à propos de L’ORDRE des opérations : comment expliques-tu, sans création monétaire, que les banques prêtent AVANT de se refinancer (partiellement) ?

- Tu ne dis rien non plus à propos du droit de propriété comme support juridique, simple et évident, d’une interdiction radicale de prêter ce qui ne t’appartient pas : en fonction de quel passe-droit, la banque pourrait-elle prêter l’argent qui ne lui appartient pas ?

- tu ne m’as pas dit non plus comment se matérialise en comptabilité, selon toi, le « transfert » de monnaie au moment où la banque prête soi-disant mon argent alors que mon compte ne baisse pas. Est-ce que, d'après toi, les banques tiennent une comptabilité parallèle, occulte, pour se souvenir quand même de l’argent qu’elles ont prélevé sans le montrer mais qu’elles comptent rendre un jour ?

Ou bien, est-ce qu’il y a des transactions qui ne sont pas comptabilisées dans une banque, Paul ?

Je ne le crois pas.

Je crois que l’impasse sur la comptabilité est rédhibitoire en cette matière monétaire et je pense que cette impasse fausse l’analyse en profondeur.

;-)

Étienne.

Pour l’instant, on en est là.

Paul a tenté de mettre un terme  autoritaire au débat sur la création monétaire,
• mais la discussion continue ardemment, avec Shiva, Bese, etc. vers la fin du fil « Ce n’est qu’un début » (4 décembre 2008)

Moi, pour le moment, j’en ai marre neutral

______________


Lundi, je devrais recevoir 18 (ou 19, je ne sais plus) nouveaux livres sur la création monétaire (aux titres et auteurs très alléchants).

Bien sûr, je vous en reparlerai

hmm

Étienne.

Dernière modification par Étienne (24-01-2009 23:54:43)

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#618 24-01-2009 23:02:47

Zolko
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

gilles a écrit:

Zolko, vous avez échappé aux tanks russes, je m'en réjouis, alors faites l'effort d'échapper aux think tanks des États-Unis d'Amérique.

Vous faites bien d'en parler: une des choses que j'aimerais voir proposer par la constituante tirée au sort est l'indépendance militaire de l'Europe, c.à.d. qu'aucune force militaire non-européenne ne peut stationner sur le sol européen (des exercicies d'entrainement peuvent être envisagés). Je dirais-même, cette demande est une des 3 majeures qui me motivent à demander cette constituante.

Une autre étant de limiter le mandat des élus, et la 3-ième étant la politique monétaire.

Je crois que j'ai fait l'effort de comprendre et répondre vos points, alors je vous serais gré si vous pouviez répondre à ma simple question que j'ai posé plusieurs fois sans jamais recevoir le moindre début de réponse : quelle stratégie proposez-vous pour sortir la France de l'Union Européenne ? (Moi, je vous en ai proposé une, de stratégie: on arrête avec l'Union Européenne et on la remplace par la Confédération Européenne)

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#619 24-01-2009 23:44:00

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Zolko,

Je vous ai répondu sur le fil Sortir de l'Union Européenne

Ici, cette conversation (importante) est trop hors sujet, s'il vous plaît : n'y parlons que de monnaie (au moins indirectement).

Étienne.

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#620 25-01-2009 02:14:42

NingúnOtro
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Étienne, ma souris à bien tenu le coup, cette fois-ci wink

Puis je vous suggérer qu'avant de vous y mettre avec ces 18 ou 19 bouquins neufs sur la création monétaire (je vais ipso-facto faire la réserve de 18 nouvelles souris, cela promet sad ), qui vont encore vous aliéner de la réalité urgente un bon bout de temps, vous vous détendiez un peu en changeant de registre un moment? Je vous assure, vous n'allez pas regretter de faire une petite pause avec de la littérature d'anticipation (les anglos peuvent garder leur "Science Fiction", le français ne se débrouille parfois pas mal en question de terminologie). Lisez donc "Emphyrio", de Jack Vance.

Dernière modification par NingúnOtro (25-01-2009 02:17:10)

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#621 25-01-2009 14:48:54

Instit
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Concernant la monnaie de la France, le franc, voici enfin une bonne nouvelle :

Économie : l'euroland au bord de la crise.

(Courrier International, 23 janv. 2009)

Les critères de Maastricht et le pacte de stabilité n'ont pas réussi à rapprocher les économies des pays membres de la zone euro. Les disparités Nord-Sud perdurent et deviennent une véritable bombe à retardement.

Tout a commencé avec la crise financière. Celle-ci s'est rapidement transformée en crise économique. Elle pourrait maintenant se muer en crise de l'euro. Dix ans après l'adoption de la monnaie commune européenne, force est de constater que les critères de Maastricht et le pacte de stabilité, qui devaient permettre aux Etats concernés d'harmoniser leurs politiques économiques, se sont soldés par un échec total.

En réalité, les écarts de compétitivité entre, d'une part, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Autriche et, d'autre part, la France, l'Espagne, l'Italie, le Portugal et la Grèce n'ont cessé de se creuser et vont encore s'aggraver sous l'effet de la crise économique et financière.

Les pays économiquement plus faibles vont devoir financer la relance de leur économie par un nouvel accroissement de leur dette et devront verser encore plus d'intérêts. La Grèce, par exemple, devra payer deux fois plus que l'Allemagne pour rembourser ses emprunts d'Etat. Il n'y a pratiquement aucun espoir d'échapper à ce cercle vicieux.

Autrefois, la dévaluation de la monnaie était l'arme la plus efficace dans ce genre de situation. Cela est aujourd'hui impossible. Désespéré, le gouvernement italien a tenté de négocier avec l'Allemagne pour lancer un emprunt d'Etat conjoint et s'est naturellement fait envoyer sur les roses. Car les Allemands n'ont pas l'intention de payer pour les Italiens.

Ces tensions ne retomberont que si la disparité des économies du Nord et du Sud s'estompe. À défaut, il ne restera d'autre alternative que de sortir de la zone euro.

Michael Moravec
Der Standard

Source : http://www.courrierinternational.com/ar … j_id=93846

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#622 25-01-2009 17:19:06

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Je vous suggère la lecture des trois articles de Jean Claude Werrebrouck , et particulièrement le 3° http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2485  , sous forme de conclusion, dans lequel on trouve (entre autres choses amusantes...)

Le scénario le plus probable, et surtout le plus satisfaisant, devient alors celui-ci : puisque les banques centrales, malgré les déversements héliportés de liquidités, sont incapables à elles seules de réamorcer la ronde des échanges, puisque les Etats seront très vite à court de munitions malgré leur incontestable efficacité, alors il conviendra d’envisager un partage des tâches : Aux banques centrales le soin de fournir des quantités illimitées de munitions ; aux Etats - désormais bien armés - de les utiliser et de forcer par la commande publique le réamorçage de la ronde des échanges. Concrètement cela passera par l’achat massif de bons du trésor par les banques centrales, des achats qui par leur caractère massif empêcheront la remontée des taux d’intérêt. Sans doute la nature des choses va-t-elle changer puisque l’achat de bons du trésor US par un citoyen américain ou chinois est une ponction sur une masse monétaire existante, alors que l’achat par la FED est pure création. La récession peut ne pas devenir grave dépression si les autorités monétaires partout dans le monde s’orientent vers un tel partage des tâches. Et l’enjeu est tel que ce scénario a de bonnes chances d’émerger très rapidement. La double planche à billets (déversements héliportés sur les banques d’un côté, sur les trésors de l’autre) est au moins dans un relatif court terme la seule alternative à l’irruption massive et dévastatrice d’une crise exceptionnellement grave.

7) Des solutions ....et des questions sans réponses

Bien sûr le scénario qui vient d’être développé bouleverse les croyances les mieux établies, notamment les bienfaits de la stabilité monétaire, le dogme de l’indépendance des banques centrales, avec notamment l’interdiction pour un Etat d’exiger l’achat de bons du trésor par sa propre banque centrale. Le problème va rapidement se poser pour l’Europe qui s’est construite une banque centrale qui est de loin la plus indépendante du monde. Rappelons par exemple que l’article 101 du traité constitutif de la CE interdit à la banque centrale et aux banques centrales nationales d’accorder toutes formes de crédits aux administrations publiques nationales

Notons que dans les faits, le pragmatisme, tout au moins le pragmatisme américain, semble déjà se manifester et le président de la FED, en décembre 2008, n’hésite pas à déclarer qu’il compte bien utiliser des « moyens non conventionnels ». Ce pragmatisme fait à l’inverse place à beaucoup de rigueur côté BCE et le scénario retenu sera sans doute assez difficile à mettre en place. Difficulté accrue aussi en raison du fait que les stratégies de coopération entre Etats européens ne semblent pas toujours l’emporter sur des stratégies plus nationales.

Il n’empêche qu’il sera tout simplement intenable pour l’Europe de conserver des Etats nationaux dans leur statut de petite grenouille alors que partout ailleurs le double déversement héliporté sera à l’œuvre , et ce, ne serait-ce que pour des considérations de change qui verraient l’Euro s’apprécier au-delà de toute limite. Une solution devra donc être trouvée pour que l’Europe puisse à son tour - et sans limite - sortir du grenier la planche à billets.

Le double déversement héliporté aboutira mécaniquement à une hausse considérable de la masse monétaire mondiale. Lorsque les bons du trésor émis sans limites n’épongeront plus l’épargne mondiale, ce qui est encore largement le cas au moment où ces lignes sont écrites, mais deviendront de la pure création monétaire, un écart sera crée entre la masse monétaire disponible et ses contreparties en termes de marchandises disponibles. La question est alors de déterminer le moment où la déflation, enfin éloignée, laissera la place à l’inflation.

Il est impossible de répondre à une telle question. Cette inflation est pourtant inéluctable et débutera lorsque les Etats ayant forcé le redémarrage des rondes des échanges, les premières raretés réapparaitront. Ces premières raretés se manifesteront vraisemblablement sur les matières premières et notamment le pétrole dont le faible prix actuel élimine mécaniquement les recherches et forages difficiles et donc son offre.

Dernière modification par AJH (25-01-2009 17:21:04)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

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#623 25-01-2009 19:48:56

Zolko
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Étienne a écrit:

Je vous ai répondu sur le fil Sortir de l'Union Européenne

Merci Etienne pour votre message. Je vous répondrais plutôt sur le fil 26 où Jacques a fait, aussi, des remarques dans son Message n°6268 qui répondent en partie à vos arguments. Il m'est trop difficile de suivre trop de fils, et mes réponses concernent directement la campagne de juin 2009. Je ne reprends ici qu'un seul point directement lié à la monnaie.

L'Union Européenne a été créée par le traité de Maastricht, qui a aussi créé l'Euro : en première lecture, il peut sembler raisonnable de vouloir sortir de l'UE pour recouvrer la souveraineté monétaire.

MAIS:

La France a cédé sa souveraineté monétaire en 1973 (3 janvier) indépendamment de l'Europe, presque 20 ans avant l'Union Européenne et l'Euro: elle a cédé sa souveraineté aux marchés privés internationaux, et à aucun pouvoir européen. Du coup, si la France quitte l'Union Européenne, elle se retrouvera dans la situation pre-Maastricht, avec un franc français, certes, mais toujours soumis aux marchés privés internationaux (et pas européens). Alors, une fois sorti de l'UE, les français devront se battre encore pour retrouver la souveraineté public de leur monnaie. Et rien ne dit que ce sera plus facile que si on s'attaquait directement à retrouver la souveraineté public d'une monnaie continentale.

Je me refuse de penser que vous souhaitez seulement un patriotisme primitif avec un franc national mais toujours privé. Donc, soit il y a un gros malentendu et nous ne parlons pas de la même chose, soit l'un de nous à loupé quelques éléments importants. Puisque vous avez-eu l'amabilité de répondre à ma question précédente, je vais encore abuser et vous posez une autre question courte: en quoi sortir de l'UE rendra-t-il la souveraineté monétaire au peuple français, et pas seulement le symbole national toujours contrôlé par les marchés privés internationaux ?

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#624 25-01-2009 21:30:20

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Perspectives formidables d'émancipation monétaire et économique en sortant de l'Union européenne

Zolko a écrit:

Je ne reprends ici qu'un seul point directement lié à la monnaie.

L'Union Européenne a été créée par le traité de Maastricht, qui a aussi créé l'Euro : en première lecture, il peut sembler raisonnable de vouloir sortir de l'UE pour recouvrer la souveraineté monétaire.

MAIS:

La France a cédé sa souveraineté monétaire en 1973 (3 janvier) indépendamment de l'Europe, presque 20 ans avant l'Union Européenne et l'Euro : elle a cédé sa souveraineté aux marchés privés internationaux, et à aucun pouvoir européen. Du coup, si la France quitte l'Union Européenne, elle se retrouvera dans la situation pré-Maastricht, avec un franc français, certes, mais toujours soumis aux marchés privés internationaux (et pas européens). Alors, une fois sortis de l'UE, les Français devront se battre encore pour retrouver la souveraineté publique de leur monnaie. Et rien ne dit que ce sera plus facile que si on s'attaquait directement à retrouver la souveraineté publique d'une monnaie continentale.

Je me refuse de penser que vous souhaitez seulement un patriotisme primitif avec un franc national mais toujours privé. Donc, soit il y a un gros malentendu et nous ne parlons pas de la même chose, soit l'un de nous à loupé quelques éléments importants. Puisque vous avez-eu l'amabilité de répondre à ma question précédente, je vais encore abuser et vous posez une autre question courte: en quoi sortir de l'UE rendra-t-il la souveraineté monétaire au peuple français, et pas seulement le symbole national toujours contrôlé par les marchés privés internationaux ?

Cher Zolko,

Le traité de Maastricht est une norme institutionnelle et internationale, un contrat signé entre 27 pays : cela rend cette norme, à mon avis, non modifiable sur l'essentiel, intangible, irrévocable, inaccessible, aussi bien aux citoyens qu'à leurs représentants élus (qui, au passage, n'ont plus aucun pouvoir réel).

J'analyse ce traité comme un verrou qui, en montant une norme au plus haut niveau du droit (institutionnel et international), rend inattaquable une situation qui pouvait encore changer auparavant.

Au contraire, la norme préexistante en France était une loi, une simple loi (de 1973, comme vous le rappelez).

Et ce qu'une simple loi a fait, une simple loi peut le défaire.

Ceci est essentiel.

Donc, si on s'arrache des griffes du traité de Maastricht, on revient à une échelle politique, une dimension géographique et démographique, où les humains ont une chance, une possibilité non fictive de reprendre le contrôle des hommes à qui ils concèdent le pouvoir.

Cela fait une différence considérable, décisive même : l'Union européenne est une prison politique, un piège contre la démocratie. Vous ne changerez RIEN d'important en restant à l'intérieur, je crois. C'est un pot de glue.

Et la difficulté grandissante de réviser la constitution européenne (qui va avec le grand nombre de pays signataires) épaissit les murs et multiplie les barbelés de l'enceinte de cette prison.

Je sais que c'est un procès d'intention d'affirmer que c'était voulu comme ça au départ (et que ça l'est encore maintenant), mais c'est un procès d'intention alimenté par de nombreuses pièces à conviction, extraites par une patiente observation d'historiens, de déclarations, de courriers, de discours, de livres, d'archives, de faits avérés qui montrent des volontés oligarchiques anciennes et tenaces...

Le sabordage monétaire par une simple loi est facile à redresser. Voilà la différence qui justifie de sortir d'urgence de l'UE.

D'autant qu'en 1973, sans débat (pas d'Internet à l'époque), la décision félone est passée comme une lettre à la poste dans l'indifférence (et l'ignorance) générale ; aujourd'hui, un gouvernement (de gauche ou de droite) aurait du mal à éviter un débat public complet sur la légitimité politique et sur la légitimité économique d'une décision aussi ruineuse que l'interdiction pour l'État de créer la monnaie dont il a besoin pour financer les investissements publics. La loi changerait donc rapidement, je pense, dans le bon sens.

Et je pense aussi qu'une certaine prospérité reviendrait rapidement car je crois que la quantité de monnaie (la vraie : la monnaie permanente et gratuite) est décisive dans la performance économique, si on sait interdire rigoureusement les excès (de la part des hommes au pouvoir, notamment, et là, je rejoins parfaitement Frédéric Lordon).




Ces raisons valent sur le plan de la monnaie, mais il y a bien d'autres sujets qui imposent également de fuir rapidement le piège de l'UE :

je pense ici au libre-échange mortifère imposé par la signature secrète de l'AGCS (accord général sur le commerce des services qui dépouille progressivement les État de tout droit d'interdire quoi que ce soit aux investisseurs privés étrangers), négociations qui se déroulent dans le plus grand secret (même les parlementaires européens n'ont pas le droit de voir une ligne des négociations en cours, c'est un scandale révoltant) négociations menées par un seul homme : le commissaire au commerce extérieur (ultra libéral sous influence des industriels et des banquiers) négocie seul et en secret l'AGCS au nom de 480 millions de citoyens, en dehors de tout contrôle... Il me semble que ce piège est mortel. Il me semble que tout ce "système politique" est morpionné en profondeur, corrompu dans son génome, irrécupérable.

Comme vous, je voudrais libérer mes enfants de cette étreinte.
Mais contrairement à vous, je ne crois pas que cet outil-là soit récupérable.
Comme vous, je voudrais que les humains du monde fraternisent (vraiment).
Mais je voudrais sortir de l'Union européenne parce je vois bien qu'elle impose,
à travers tous ses textes fondamentaux (irréversibles), elle impose la guerre économique
qui est, il me semble, la nouvelle guerre imaginée par le totalitarisme moderne des rentiers pour imposer la docilité aux travailleurs.

Je ne pense pas mériter d'être classé parmi les "patriotiques primitifs" (et je réclame à cor et à cri une monnaie publique), mais s'il existe des "patriotes primitifs" humanistes, vraiment humanistes (ce n'est pas impossible du tout), je les respecte car je comprends fort bien qu'on tienne à la nation faute de mieux et qu'on redoute le choix de l'empire qui a toujours broyé les hommes.

Il faut arrêter d'intimider ceux qui croient qu'une démocratie n'est possible qu'au niveau national en les traitant de termes méprisants (comme "franchouillards" ou "patriotes primitifs"), au nom d'une idéologie eurolâtre aussi profondément mythique (à mon avis) que toutes les religions. Je ne me sens pas du tout patriote (sauf de la patrie du monde), mais conchier les patriotes est une mode contestable aux motivations douteuses.

Étienne.

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#625 25-01-2009 21:34:01

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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Procédons par ordre :

1- D'abord, en mai 2012, c'est l'élection présidentielle. Nous devons voter pour un candidat NONiste qui aura dans son programme la phrase : " Il faut sortir de l'Union Européenne. "

2- Ensuite, en juin 2012, c'est l'élection législative. Nous devons voter pour un ( ou des ) candidat NONiste qui aura dans son programme la phrase : " Il faut sortir de l'Union Européenne. "

3- Si ces deux élections sont gagnées, la France sort de l'Union Européenne et revient à sa monnaie, le franc.

4- Enfin, dernière étape : l'Assemblée Nationale vote deux lois :

- une loi re-nationalisant la Banque de France ;

- une loi permettant à l'Etat de se financer auprès de la Banque de France grâce à des avances faites au Trésor Public, sans intérêt et sans échéance.

Voici ce que nous devrions faire.

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#626 26-01-2009 01:10:07

NingúnOtro
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Message n°6283
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Bien sur, Instit... le reste du monde attendra tranquillement en vous voyant faire, n'ayant rien à dire...

... et vous terminerez par être complètement auto-suffisants dans votre toute-petite autarcie dont plus personne ne se souviendra.

Je vous recommande de revisiter l'histoire de l'Albanie... et son présent, avant d'imposer ce choix à la France franchouillarde.

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#627 26-01-2009 01:29:44

Étienne
Message n°6284
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

NingúnOtro,

Comment dit-on « nationaliste européen, fier de son petit continent » ?

Europouillard ?

wink

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#628 26-01-2009 01:49:42

NingúnOtro
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Message n°6285
Lieu: Motril - Espagne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Étienne a écrit:

NingúnOtro,

Comment dit-on « nationaliste européen, fier de son petit continent » ?

Europouillard ?

wink

Je ne t'en veux pas, Étienne wink , tu as oublié de faire le tour de mes commentaires chez Jean Quatremer avant d'écrire cela, j'en suis sur.

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#629 26-01-2009 08:32:29

Instit
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Message n°6290
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Le problème avec les europouillards, c'est qu'ils ont TOUJOURS le même argument.

Le problème avec les europouillards, c'est qu'ils répètent TOUS le même argument, ils disent : " Quoi ? Vous voulez sortir de l'Union Européenne ? Donc vous êtes pour l'autarcie. Donc vous voulez devenir l'Albanie au temps de Enver Hodja. "

Le problème avec les europouillards, c'est qu'ils n'ont pas compris que l'on pouvait sortir de l'Union Européenne et continuer à communiquer, à échanger, à commercer, à être ouverts sur le monde.

Le problème avec les europouillards, c'est qu'ils ramènent tout à l'Union Européenne. Pour eux, c'est l'Union Européenne ou le chaos.

Comme si la France, l'Angleterre, l'Italie, etc. avaient attendu l'Union Européenne pour donner au monde des chefs d'oeuvre, des grands hommes, des grandes inventions, des grands poèmes, etc.

Comme si, entre l'Union Européenne et l'Albanie d'Enver Hodja, il n'y avait rien.

Comme si, entre l'Union Européenne et l'Albanie d'Enver Hodja, il n'y avait aucun autre choix.

Comme si, entre l'Union Européenne et l'Albanie d'Enver Hodja, il n'y avait aucune autre alternative.

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#630 26-01-2009 10:35:11

Zolko
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Message n°6295
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Etienne et Instit, vos messages ont confirmé mes pires craintes: vous n'avez pas de plan pour sortir de l'UE, et sortir de l'UE ne rendra pas la souveraineté monétaire au peuple français. Instit, au passage, je vous salue pour le mordant de votre humour. Je crains de devenir désagréable, alors je vais m'abstenir de répondre à tous les points ici.

Étienne a écrit:

Et ce qu'une simple loi a fait, une simple loi peut le défaire.

Et ce qu'un simple traité européen a fait, une constitution européenne défera aisément.

Le sabordage monétaire par une simple loi est facile à redresser.

Avec un Sénat français ancré solidement à droite ?

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#631 26-01-2009 11:11:53

orbi
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Message n°6297
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Eh bien quelle évolution !!! quant au forum du plan C de démocratisation du "beau rêve européen", conçu après le débat européen de 2005, et quant aux échanges mutuels.

J'avais cru comprendre  "que les discussions  ne concerneraient QUE LE PROCESSUS démocratique ET LES INSTITUTIONS, et pas le programme économique et social."   C'était une gageure, sans doute trop difficile à tenir, ou bien je n'ai rien compris, ce qui est tout à fait envisageable.

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#632 26-01-2009 14:42:05

Instit
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Message n°6304
Date d'inscription: 20-10-2007
Messages: 446

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Mon plan pour sortir de l'Union Européenne et pour rendre la souveraineté monétaire au peuple français :

1- D'abord, en mai 2012, c'est l'élection présidentielle. Nous devons voter pour un candidat NONiste qui aura dans son programme la phrase : " Il faut sortir de l'Union Européenne. "

2- Ensuite, en juin 2012, c'est l'élection législative. Nous devons voter pour un ( ou des ) candidat NONiste qui aura dans son programme la phrase : " Il faut sortir de l'Union Européenne. "

3- Si ces deux élections sont gagnées, la France sort de l'Union Européenne et revient à sa monnaie, le franc.

4- Enfin, dernière étape : l'Assemblée Nationale vote deux lois :

- une loi re-nationalisant la Banque de France ;

- une loi permettant à l'Etat de se financer auprès de la Banque de France grâce à des avances faites au Trésor Public, sans intérêt et sans échéance.

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#633 26-01-2009 14:55:19

AJH
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Message n°6306
Lieu: Aix en Provence
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Messages: 1559
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@Instit
je pense qu'à l'heure actuelle il vaut mieux espérer que l'article 104 soit simplement abrogé et que la BCE puisse financer directement les Etats de la zone euro. Mon message 623 d'hier montre que certains pensent que c'est possible si ce n'est inéductable.
Ce qui n'empêcherait pas, par exemple, de soutenir une proposition "française" telle que celle ci " http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=EMS "

PS: la banque de France EST nationalisée...

Dernière modification par AJH (26-01-2009 14:56:16)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

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#634 26-01-2009 17:46:26

Jacques Roman
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Message n°6309
Date d'inscription: 06-02-2006
Messages: 4259

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

De simples lois ?

Instit (et Étienne accessoirement).

Je me permets de vous rappeler qu'en vertu de l'article 55 de notre constitution "les traités ou accords internationaux régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l'autre partie".

Par conséquent, les mesures que vous proposez explicitement ou implicitement ne peuvent pas être prises par une "simple loi" : il faudrait d'abord soit renégocier les traités existants avec les autres États membres et obtenir leur consentement unanime, soit réviser l'article 55 de la Constitution en précisant les exceptions qu'on pourrait faire à cet article.  Ces deux options me paraissent exclues.

Il y aurait une troisième option : faire la révolution.  JR

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#635 26-01-2009 18:09:36

Jacques Roman
Membre
Message n°6311
Date d'inscription: 06-02-2006
Messages: 4259

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

"Europouillard", ou "eurochouillard" ?

J'aime bien l'"europouillard" d'Étienne (6284), mais en continuant sur sa lancée il me semble qu' "eurochouillard" serait davantage en consonance avec "franchouillard" (le son "cheu" est important pour maintenir l'analogie phonique et sémantique).

J'ai même une définition à proposer, inspirée par celle du Petit Larousse pour "franchouillard" :

"eurochouillard, e adj, et n.  Fam. péj. Qui présente les défauts parfois attribués, notamment par les franchouillards, au partisan moyen d'une union européenne institutionnalisée (amour immodéré des bureaucraties apatrides et mépris du peuple, en partic.)

"Eurochouillard" sera très utile pour faire de la peine aux Ouistes inconditionnels et les mettre au pilori.  Je compte l'employer dans les mois à venir.  JR

PS : J'ai regardé Google par acquit de conscience, et "eurochouillard" a déjà été proposé :

Le plus grand Français? - Télé sur mobile - Cinéma et TV - Forums ... - [ Translate this page ]... n'a pas de frontière et je pense qu'il va falloir inventer un nouveau mot équivalent à 'franchouillard' pour l'Europe, pourquoi pas 'eurochouillard' ? ...

mais pas "europouillard".  JR

Dernière modification par Jacques Roman (26-01-2009 18:25:51)

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#636 26-01-2009 18:47:42

Instit
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Message n°6313
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

AJH écrit : " je pense qu'à l'heure actuelle il vaut mieux espérer que l'article 104 soit simplement abrogé et que la BCE puisse financer directement les Etats de la zone euro. "

Pour y arriver, il faudra l'accord des 27 Etats membres, sans aucune exception. Problème : l'Allemagne n'arrête pas de répéter qu'elle est viscéralement contre un changement de mission de la BCE. L'Allemagne veut que la BCE ne s'occupe que de " LA STABILITE DES PRIX ", et uniquement de cela, pour des raisons historiques. D'autres pays sont contre aussi, mais je ne me rappelle plus lesquels. Conclusion : arrêtons de croire au père Noël, nous n'arriverons jamais à l'unanimité des 27 ( demain des 35 ! ) Etats membres sur ce point précis. Cassons-nous de ce Titanic d'Union Européenne : il vient de percuter l'iceberg.

AJH écrit : " La Banque de France est nationalisée. "

Je me suis mal exprimé. Je voulais dire :

" Comme Charles de Gaulle l'avait fait le 2 décembre 1945, il faut nationaliser la Banque de France, c'est-à-dire placer la Banque de France sous les ordres exclusifs du gouvernement français. Le pouvoir bancaire, le pouvoir du crédit, le pouvoir monétaire doivent être placés sous les ordres exclusifs du pouvoir POLITIQUE. "

Quant au pouvoir POLITIQUE (président de la République, gouvernement, Assemblée Nationale), il est légitime parce qu'il procède du suffrage universel direct. La seule légitimité POLITIQUE est (à mes yeux) le suffrage universel direct. Un pouvoir POLITIQUE qui ne procède pas du suffrage universel direct n'a à mes yeux aucune légitimité. Je préfère ne pas aborder le sujet du tirage au sort ...

Jacques Roman nous parle du respect des traités internationaux. Jacques Roman écrit : " il faudrait d'abord soit renégocier les traités existants avec les autres États membres et obtenir leur consentement unanime, soit réviser l'article 55 de la Constitution en précisant les exceptions qu'on pourrait faire à cet article. "

Jacques Roman, imaginons.

Nous sommes en 2012. Un candidat à l'élection présidentielle fait campagne sur le thème : " Il faut sortir de l'Union Européenne. Il faut revenir au franc. " Résultat de l'élection présidentielle : il est élu.

Quelques jours plus tard, une majorité de députés soutenant ce programme est élue à l'Assemblée Nationale.

Conclusion : en 2012, ce nouveau pouvoir POLITIQUE appliquera le programme pour lequel il aura été élu par le peuple français. Les traités européens ne nous concerneront plus. Bien sûr, les juristes hurleront au scandale. Et alors ? Qu'est-ce qu'on en aura à foutre des hurlements des juristes ?

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#637 27-01-2009 12:04:19

Zolko
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Instit a écrit:

imaginons.

Nous sommes en 2012. Un candidat à l'élection présidentielle fait campagne sur le thème : " Il faut sortir de l'Union Européenne. Il faut revenir au franc. " Résultat de l'élection présidentielle : il est élu.

Quelques jours plus tard, une majorité de députés soutenant ce programme est élue à l'Assemblée Nationale.

Malheureusement, le Sénat reste solidement ancré à droite, alors ce nouveau pouvoir "de gauche alternative" voit tous ses points du programme alternatifs bloqués. Le président décide de passer par référendum pour sortir de l'UE, mais la campagne habilement orchestrée par les médias européens privés faisant peur aux citoyens français échoue par 51% contre la sortie, et 49% pour.

Résultat: en 2013, la France est toujours dans l'UE qui fonctionne depuis 2010 selon le traité de Lisbonne que les Irlandais ont fini par approuver au bout de la 3-ième tentative, l'Euro est toujours contrôlé par les marchés privés qui ont été refinancés après le débâcle de 2008 sur fond publics, la dette public qui en résulte dépasse les 120% du PIB avec des déficits courants à 8%. Les banquiers offrent alors une montre en diamants massifs au nouveau président pour le remercier de ne pas avoir participé à la campagne pour une constituante européenne tirée au sort que des anarcho-souverainistes avaient proposé aux élections européennes en 2009, et qui a échoué de justesse.

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#638 27-01-2009 12:37:04

orbi
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Politique fiction

Malheureusement, le Sénat reste solidement ancré à droite, alors ce nouveau pouvoir "de gauche alternative" voit tous ses points du programme alternatifs bloqués. Le président décide de passer par référendum pour sortir de l'UE

Il faudra au minimum qu'il s'appelle DE GAULLE, parce qu'il faudra brutaliser l'article 11 de la constitution pour que le Président puisse décider de son référendum. (il faut l'accord des deux chambres, et véto du sénat toujours possible)

Et ça c'est pas gagné.  Sauf peut être si le référendum par l'article 11 est une promesse de campagne  dans le programme présidentiel du candidat qui va être élu.  Ce qui lui conférera une légitimité pour le faire.

Dernière modification par orbi (27-01-2009 12:39:02)

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#639 27-01-2009 15:05:00

Instit
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Qu'est-ce qu'on en a à f... du Sénat qui est à droite ?

En 1981, les horribles socialo-communistes ( ! ) ont appliqué le programme pour lequel ils avaient été élus et le Sénat s'est écrasé.

En 1988, pareil.

En 1997, pareil.

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#640 27-01-2009 15:35:03

orbi
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Ils ont fait des référendums ???

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