Forum du plan C : pour une Constitution écrite par et pour les Citoyens

Ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.
Les membres de l'Assemblée constituante doivent être tirés au sort
et, bien sûr, inéligibles aux fonctions qu'ils instituent eux-mêmes.

Vous n'êtes pas identifié.

Bienvenue :o)

Bonjour :o)
Ici, depuis le 1er janvier 2006, nous parlons d'un sujet que les politiciens de métier voudraient bien garder pour eux : nous parlons de la Constitution, de ce texte absolument fondamental pour tous les citoyens (et pourtant complètement négligé par eux), de ce texte qui pourrait nous protéger tous contre les abus de pouvoir si nous le faisions nôtre au lieu d'en abandonner la maîtrise à ceux-là mêmes qu'il est censé contrôler.
Nous discutons principe par principe, méthodiquement. Nous avons d'abord suivi le plan de mon document "Les grands principes d'une bonne Constitution", mais nous avons ensuite élargi nos thèmes à partir de vos réflexions, critiques et suggestions. C'est simplement passionnant. Ce que nous avons mis au clair sur la monnaie, sur le vote blanc, sur les vertus méconnues du tirage au sort et sur le référendum d’initiative populaire, par exemple, est enthousiasmant.
Le prolongement de cette réflexion constituante, c’est d’écrire enfin nous-mêmes un exemple de constitution, article par article. C’est ce qui se passe sur la partie wiki-constitution de ce site. Je vous invite à venir y participer également, ne serait-ce que sur un article ou deux. Vous verrez, c’est passionnant ; on sent vite qu’on est là sur l’essentiel, sur la seule vraie cause (et aussi la solution !) de nos impuissances politiques.
C’est un projet pédagogique en quelque sorte, un objet concret, réel, qui montre que 1) c'est possible : des hommes dont ce n'est pas le métier peuvent écrire une Constitution, et 2) c'est beaucoup mieux : quand ils n'écrivent pas des règles pour eux-mêmes, quand ils n'ont pas un intérêt personnel à l'impuissance des citoyens, les délégués constituants écrivent les règles d'une authentique démocratie. Merci à tous pour ce travail formidable.
Amitiés. Étienne.
[19 août 2012 : ATTENTION : pour cause de spam ultra-actif mi 2012, je FERME la possibilité aux nouveaux venus de créer un compte sans moi : il faut m'écrire à etienne.chouard@free.fr (EN ME DONNANT LE PSEUDO QUE VOUS VOULEZ) et je créerai votre compte à votre place. Il faudra ensuite venir ici pour définir un nouveau mot de passe. Désolé, mais les spammeurs deviennent infects et je n'ai pas le temps de gérer les spams (je préfère vous aider un à un à nous rejoindre). Au plaisir de vous lire. ÉC]

#121 13-01-2008 10:06:35

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Merci Sam .. je suis terriblement "charette"

Je rajoute un extrait de "les 10 plus gros mensonges sur l'économie" (ed Dangles, pour notre ami Sandy)

Les vraies raisons de la lutte contre l'inflation
Mais alors, nous direz-vous ? Pourquoi ce consensus autour de la lutte contre l'inflation ? Il doit bien y avoir un intérêt tout de même ?
Nous voyons deux raisons principales :

- Une raison « épidermique » : c'est celle qui s'inscrit en cicatrice profonde dans la mémoire collective qui porte le souvenir des désastres et des souffrances liés aux quelques périodes d'« hyperinflation   » que le monde a connues. Jacques Marseille , lors de propos recueillis par Laurence Caramel publiés dans un article de "Le Monde" du 13 décembre 2005, intitulé « Faut-il avoir peur de l'inflation ? » déclare à ce sujet : « Nos banquiers centraux ignorent les leçons de l’Histoire et ne retiennent que le souvenir cauchemardesque laissé par l’inflation allemande de 1923 qu’ils associent, par erreur, à l’avènement du nazisme qui survient en 1933, après une sévère… déflation ! »

- L'éternelle raison inavouable : préserver les avantages des plus riches. La lutte contre l'inflation, c'est en réalité la lutte des rentiers contre les actifs ! Dans les années 1970 à 1984, les profits des entreprises sont érodés par une inflation qui augmente et un rapport de force en leur défaveur. Les détenteurs de patrimoines et les prêteurs de capitaux sont pénalisés par une inflation à deux chiffres, jusqu'à l'offensive du courant économiste libéral.

Si vous possédez beaucoup d'argent, l'inflation est pour vous un vrai problème ; en revanche, il ne l'est pas si vous n'en possédez pas. Imaginez : vous avez un million d'euros dans un contexte inflationniste à 10 % l'an. Passé un an, votre million ne vaut plus que 900.000 euros ; vous avez perdu 100.000 euros en pouvoir d'achat, à moins bien sûr d'avoir placé votre capital de façon à ne pas le laisser se déprécier. Mais vous attendez bien autre chose que de simplement sauvegarder votre pouvoir d'achat ! Vous désirez le meilleur rendement possible ; et quand vous avez déjà un handicap de 10 % au départ, c'est moins facile. L'inflation, pour le rentier, est assimilable à une taxe sur la fortune. Alors que si vous n'avez pas d'argent, elle ne vous touche pas, à condition bien sûr que les salaires suivent son évolution, ce qui est le cas en règle générale, car lorsque l'inflation augmente fortement, les revendications sociales ne se font pas attendre.

De même, l'inflation est un problème pour ceux qui prêtent plus que pour ceux qui empruntent. Pensez donc ! Prêter de l'argent dans un climat inflationniste… passe encore à court terme, mais à moyen ou long terme… Il y a risque de ne pas rentrer dans son argent si les choses s'aggravent ; risque de faible rendement dans tous les cas. Alors que l'emprunteur, qui n'a pas de capital à protéger, trouve dans l'inflation une aide au financement. C'est ainsi que bon nombre de personnes, à revenus modestes, ont pu acheter leur maison dans les années 70. Le crédit était cher ! 15… 17 %… parfois plus ! Les mensualités mangeaient une bonne part du revenu familial. Mais « grâce à l'inflation », les revenus doublaient en moyenne tous les 6-7 ans, de sorte qu'il n'y avait que les quelques premières années qui étaient dures à passer.

Mais les conséquences ne se limitent pas à une simple rivalité entre riches et moins riches. Jacques Marseille, dans ce même article, précise : « La lutte des classes n'est pas entre « bourgeois » et « prolétaires », elle est entre les créanciers et les débiteurs. Or, aujourd'hui, les taux d’intérêt servis aux créanciers sont historiquement élevés et quand les créanciers ont trop de pouvoir par rapport aux débiteurs, eh bien la croissance est faible, fatalement […] La grande nouveauté, c'est qu'avec la création de l’euro, nous avons délégué notre pouvoir monétaire à une banque centrale dont le souci n'est pas de s'ajuster aux besoins et à l’identité des pays qui la composent. Quel est le résultat ? La zone euro connaît une faible inflation mais elle est aussi la zone de croissance la plus faible du monde et la zone de chômage la plus élevée. Nous devrions nous poser cette question de bon sens : est-ce que la création de la monnaie unique et d’une BCE indépendante a été une bonne chose pour la croissance et le dynamisme de la zone ? »


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#122 13-01-2008 12:41:56

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Je rajoute (encore) un petit détail.

Les banques prêtent soit de la création monétaire pure, soit une épargne préalable,

L'inflation dans le premier cas, ne les gêne pas trop ; le capital est totalement "fictif" (c'est un équilibre au bilan, des "chiffres" qui n'ont rien à voir avec le pouvoir d'achat), les intérêts, même s'ils perdent en pouvoir d'achat pour elles, n'en gardent pas moins une certaine valeur.

L'inflation dans le second cas les gêne beaucoup plus. Comme elles prêtent à long terme des dépôts de court terme, elles vont devoir régulièrement augmenter les intérêts versés à ces épargnants qui leur confient ces dépôts de court terme : à la fin, elles y seront de leur poche si les intérêts sur la monnaie qu’elles ont prêté à long terme est à taux fixe.

Dans les deux cas le système bancaire a donc intérêt, comme les « rentiers », à une inflation faible (ou au moins constante), où le taux d’intérêt dépasse (le plus possible) le taux d’inflation.

Ceci dit, l’inflation n’est fondamentalement pas souhaitable, car si elle permet aux emprunteurs de se créer plus facilement un patrimoine, il est difficile de savoir si l’augmentation du coût de la vie n’érode pas ce qu’ils gagnent (leurs salaires ou leurs retraites vont-elles suivre ?)

Allais propose, dans « la crise mondiale d’aujourd’hui » une indexation obligatoire en valeur réelle de tous les engagements sur l’avenir ( prêts, emprunts, salaires , et moi je rajouterais retraites) et écrit «  une telle indexation impliquerait l’obligation légale d’assortir à l’avenir tous les emprunts à moyen et long terme de l’Etat *, des entreprises et des particuliers d’une garantie de pouvoir d’achat en principal et en intérêts, cette garantie étant assurée par l’indexation en valeur réelle des remboursements et intérêts par référence à l’indice général des prix »

* … mais n’oublions pas qu’Allais parallèlement demande que toute la monnaie soit « centrale » ce qui signifie que, comme l’Etat est seul actionnaire de la Banque Centrale, tous les intérêts lui reviennent sous forme de dividendes ou d’impôts sur les bénéfices (oui, la BdF paye l’impôts sur les bénéfices des sociétés smile )

Dernière modification par AJH (13-01-2008 12:42:45)


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#123 14-01-2008 12:12:42

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Michel Rocard : Aux USA toute la croissance provient de l’endettement

Contre-Info a retranscrit un entretien intéressant avec Michel Rocard sur Fance Culture hier dimanche :
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1572

« Si le pétrole continue à augmenter, ou si les taux d’intérêts, pour des raisons liées à l’inflation, commencent à remonter, le service de la dette américaine n’est plus soutenable, budgétairement. Sans même parler du remboursement du capital. » Dans un entretien diffusé par France Culture, Michel Rocard revient sur la crise financière et ses répercussions mondiales.

Par Michel Rocard, France Culture, 13 janvier 2007

Après la publication d’un entretien avec le Nouvel Observateur soulevant la possibilité d’une crise mondiale , Michel Rocard est revenu aujourd’hui au micro de Vincent Lemerre sur les risques de crise majeure qu’ont créé la dette américaine, la financiarisation de l’économie et son dernier avatar, les subprimes.

De nombreux problèmes se posent. Je suis tout d’abord importuné par les incertitudes des économistes. Sur la situation où nous sommes, il n’y a pas de consensus, pas d’homogénéité de la couche professionnelle des bons économistes.

Je fais partie de ceux qui sont un peu inquiets. Ma culture n’est pas financière, mais plus de l’économie physique - réelle. Mais je trouve que nous sommes dans une situation un peu dangereuse.

Pourquoi ? Se déroule en ce moment cette crise du crédit hypothécaire américain dit des subprimes, c’est-à-dire des crédits hypothécaires fragiles car consentis à des gens aux revenus incertains et non vérifiés, et pour des prêts qui représentent souvent 125% de la valeur du logement, avec des annuités à taux variable qui peuvent devenir terribles.

En général ces prêts étaient consentis avec deux ans de paiement d’intérêts seulement, sans remboursement du capital. Or la plus grosse des échéances qui vient et qui menace, elle est pour le printemps prochain. Elle est devant nous et pas dernière nous. Il y a déjà beaucoup d’établissements bancaires mondiaux qui sont menacés par l’effondrement de ce système, dans lequel on découvre que de nombreuses personnes ne peuvent pas régler leurs échéances.

On sait par exemple aux Etats-Unis que quatre millions de maisons doivent être expropriées dans l’année qui vient. Je ne sais pas s’il y aura assez de policiers pour ça, et assez de juges pour confirmer toutes ces expulsions, mais c’est totalement tragique.


Tout cela pourrait être considéré, et c’est d’ailleurs l’avis d’un certain nombre d’économistes comme une crise ponctuelle, lourde, du système bancaire américain lié au seul crédit immobilier, hypothécaire en l’espèce. L’ennui c’est que cela se greffe sur une pyramide de crédits qui est incroyable. Tant aux Etats-Unis qu’en Grande Bretagne - j’élargis le sujet - depuis six ans, toute la croissance a comme contrepartie de l’endettement. On ne sait plus très bien où l’on va...

Observons la dette totale américaine, interne et externe, hors banques. C’est une habitude de calculer ainsi car les banques se couvrent les unes les autres, se protègent, et leurs comptes sont toujours imbriqués, donc on sort les institutions financières, et l’on fait le calcul de tout ce que doivent les ménages, les entreprises, les Etats américains et la Fédération. Cette dette totale vient d’atteindre - c’est la Fed qui l’annonce - 39 trillions de dollars. 39 000 milliards de dollars.

Il est évident qu’à ce niveau là elle ne sera jamais remboursée. A la limite ces chiffres n’ont plus aucun sens, mais ils ont pour effet de grever beaucoup la vie quotidienne.
C’est là que l’on retrouve l’incidence avec les subprimes. Le système fonctionne à la condition que les USA puissent trouver, pour continuer à financer leur développement dans ces conditions étranges, deux milliards de dollars par jour, qui sont principalement souscrits, qui sont prêtés par l’Asie.

Tout cela est absolument gigantesque et l’on ne sait pas comment cela se tricote ou se détricote. Il y a beaucoup de réflexions là-dessus, la première c’est que les liquidités mondiales sont concernées par tous ces mouvements, or la moitié de ces liquidités sont stockées dans des paradis fiscaux, qui échappent à la connaissance et en tout cas à une fiscalité régulatrice.

Il peut y avoir des mouvements soudains, brutaux, d’assez grande gravité.

Une crise systémique de la finance mondialisée ?

« La crise mondiale est pour demain, » c’est le titre qui a été choisi par le Nouvel Observateur. Je l’ai trouvé un peu brutal. Moi je pose les questions, je ne suis pas sûr d’avoir toutes les réponses, mais il y a quand même un exemple.

La crise de l’e-économie, l’économie de l’informatique, a craqué comme une bulle en 2000-2001, et a volatilisé dans l’atmosphère autant de milliers de milliards de dollars que celle de 1929, en volume absolu. En pourcentage du produit de l’époque c’est évidemment plus faible, mais en volume cela fait une sacrée quantité. Mais personne n’a rien vu. Il n’y a pas eu de conséquences sur l’économie physique ailleurs. Cela veut dire quoi ? Que notre capitalisme est devenu plus atomisé, ce qui veut dire que les chocs sont plus dilués.

Cela ne veut pas dire que si une crise survient elle sera moins grave, mais qu’elle sera moins soudaine et moins brutale ou peut-être moins visible au début.

Les conséquences du système financier sur la situation des salariés

Les salariés français n’ont encore rien vu de la crise financière. Si la crise financière explose on verra, mais nous n’y sommes pas encore. Mais pour le moment, [ces conséquences] c’est aveuglant. Depuis 1945 jusqu’à 1972, la France était en plein emploi, et avec une croissance de 5% par an en moyenne. Ces chiffres étaient communs à toute l’Europe et à l’Amérique du Nord, entre 4 et 5% de croissance. Croissance rapide donc, pas de crise financière.

Il y avait quelques fois des faillites nationales d’un pays, mais il y avait un accord général dans le monde pour régler ça vite, et cautériser avant la contagion à tout autre voisin. Nous y sommes arrivé, et cela a tenu à peu près jusqu’à 1990. Il y avait surtout le plein emploi. Et la France aussi connaissait le plein emploi.

Nous sommes maintenant dans une situation ou 25% de la population est soit pauvre, soit chômeur soit précaire, et ce chiffre, curieusement caractérise toutes les économies des pays développés. C’est une évolution du système. Il ne faut pas mettre le mot production à toutes les sauces, mais il est vrai que le capitalisme aujourd’hui produit du travail précaire, beaucoup plus qu’il ne l’avait fait dans les années 45 à 70 - en gros.


2008, l’année de la Chine et de l’Inde ?

Question : Dans une tribune intitulée « Nous ne sommes pas en 1929 » Nicolas Baverez estime que les difficultés seront passagères, mais par contre pour lui, 2008 et cette crise à venir vont accélérer le basculement de l’économie mondialisée vers le sud, la Chine et l’Inde. Pour lui, symboliquement, 2008 est l’année où le nord perd le leadership du capitalisme mondialisé.

C’est vrai et cela n’arrange rien. Réservons le fait que Baverez fait de la situation économique générale un diagnostic un peu moins alarmiste que le mien, on verra bien qui a raison. Moi je ne pense pas qu’une économie vivant de l’endettement au point où nous en sommes maintenant puisse tenir très longtemps.

Regardez cette affaire de dette américaine. Si le pétrole continue à augmenter, il vient de reprendre sa hausse et a passé les 100 dollars cette semaine, ou si les taux d’intérêts, pour des raisons liées à l’inflation, commencent à remonter, le service de la dette américaine n’est plus soutenable, budgétairement. Sans même parler du remboursement du capital.

Je ne crois pas que cela soit soluble facilement et que l’on s’en tirera comme ça. Je ne crois pas qu’à 39 trillions de dollars, le monde [rocardo- marmonnement...] longtemps. C’est une controverse avec Nicolas Baverez qu’il faudrait instruire avec beaucoup plus d’enquêtes chiffrées, de recherches. Ni lui ni moi ne sommes des professionnels de l’économie quotidiennement.

Mais ce qu’il dit de l’économie des pays émergents est tout à fait vrai et c’est parfaitement exact que la Chine et l’Inde, un peu le Brésil aussi... Le Brésil a un taux de croissance de 7 à 8%, la Chine est autour de 10 ou 11 et l’Inde dans les 9 ou 10. Ce sont des cadences que plus personne n’avait connues.

Tout cela veut dire que la Chine et l’Inde qui représentaient 1 ou 2% du commerce mondial il y a trente ans en représentent aujourd’hui chacun de 7 à 9% , et que le total des deux va faire 40% au milieu du siècle. C’est donc un changement radical d’équilibre et il a raison.

Je n’ajoute que deux choses : la première c’est que cela ne change rien à la gravité d’une désorganisation générale du système financier dans lequel la Chine et l’Inde sont aussi engagées. Et deuxièmement, l’économie chinoise a donnée à certains auteurs, qui sont des observateurs plus qualifiés que je ne le suis, le sentiment d’être aussi victime de phénomènes de bulles internes. Des phénomènes d’ultra-amplification de certaines zones de l’économie, avec un aspect carrément spéculatif dans leurs financements.

Si c’est vrai, la Chine serait contaminable par un effondrement de bulle, autrement dit, il n’y a pas là de quoi se rassurer beaucoup.

(...)

Les intertitres sont de la rédactions

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#124 14-01-2008 13:22:53

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Quelques enseignements de la récente crise financière

Éditorial de Gabriel Galand, janvier 2008, sur le site Chômage et monnaie :
http://www.chomage-et-monnaie.org/Docum … Edito.html

La récente crise financière est née de l'éclatement de la bulle immobilière américaine et plus spécifiquement de l'éclatement de la bulle du crédit hypothécaire dans ce pays. Beaucoup d'encre a déjà coulé à ce sujet, et nous n'allons pas essayer de le traiter de nouveau dans son ensemble. Nous voudrions plutôt en tirer deux ou trois enseignements sur des aspects qui ne sont pas souvent relevés.


Tout d'abord, cette crise montre l'importance de la monnaie en général et du système bancaire en particulier dans les économies modernes.

Parce que des banques se trouvent fragilisées et font des pertes inhabituelles, les autorités s'inquiètent d'une possible répercussion sur les entreprises. Certains parlent de récession, voire même de crise globale de l'économie. Un certain ralentissement peu déjà être noté.

Est-il normal que des ratées dans la chaîne du crédit aient de telles conséquences ?

D'un côté, cela conforte notre vision monétaire de l'économie. Si la monnaie déraille, quoi de plus normal qu'il y ait des conséquences ?

Mais d'un autre côté, cela démontre une grave défaillance du système de régulation monétaire. On a laissé des mécanismes vitaux aux mains de spéculateurs ou de banques avides de profit, qui ne voient que leur propre intérêt. Dans cette affaire l'intérêt général, qui dans nos institutions est représenté par la banque centrale, ne semble pas avoir prévalu.


• Car c'est le 2ème enseignement de cette crise. La banque centrale semble aujourd'hui impuissante à prévenir et même à maîtriser ces dysfonctionnements par l'utilisation de ses mécanismes habituels.

Prévenir elle ne veut pas, car les lois et règlements qui auraient pu empêcher la bulle hypothécaire ne sont pas de son ressort. Il aurait donc fallu qu'elle en demande la mise en œuvre au pouvoir politique. Or une telle démarche est contraire à sa politique d'indépendance.

Maîtriser elle ne veut pas non plus le faire par ces mécanismes habituels car elle est piégée par un discours erroné.

Pour comprendre cela il faut rentrer un peu dans le détail.

Les mécanismes " standard " d'action de la banque centrale sont les taux d'intérêt de son refinancement des banques, qu'elle fixe discrétionnairement. Par cette décision, elle fixe entièrement les taux de marché à court terme et partiellement les taux à long terme.

Mais cet instrument unique a des effets de toutes sortes sur l'économie.

— D'un côté une hausse des taux rend le crédit plus difficile, dans le contexte actuel de défaillance du crédit il faudrait donc baisser les taux.

— Mais d'un autre côté une hausse des taux contrarie la demande solvable en décourageant le crédit à la consommation et immobilier, et contrarie aussi l'offre en décourageant le crédit à l'investissement et en augmentant les frais financiers des entreprises.

En résumé une hausse des taux freine la croissance, une baisse des taux la favorise.

Depuis plus de 20 ans le discours de la banque centrale est qu'elle freinera la croissance si des tensions inflationnistes se manifestent.

Depuis 20 ans, ce discours a un sens (même si on ne l'approuve pas) parce que les tensions inflationnistes, assez faibles à vrai dire, sont dues soit à une hausse excessive de la demande, soit à une hausse exagérée des salaires, soit les deux.

Dans une telle situation, le freinage de la croissance, même si on désapprouve cette logique, décourage bien la demande et les hausses de salaires.

Mais aujourd'hui, de toutes façons, nous ne sommes plus dans la même situation. L'inflation est à la hausse dans le monde et en Europe, mais c'est une inflation par les coûts du pétrole, des matières premières et des denrées alimentaires, sur lesquels la banque centrale n'a aucun pouvoir. Par conséquent, la banque centrale refuse de baisser les taux pour aider le crédit, sous prétexte de lutte contre l'inflation, alors que ces taux ne sont d'aucun secours pour ce faire dans le contexte actuel.

En laissant le crédit se dégrader, la banque centrale risque de provoquer un ralentissement sans diminuer l'inflation, c'est-à-dire de provoquer une " stagflation ".


• Le dernier enseignement est que la banque centrale n'a pas peur de prêter de l'argent à une entreprise quand l'emprunteur est une banque en difficulté de trésorerie.

On ne sait pas combien finalement la banque centrale européenne prêtera aux banques secondaires, il semble que le crédit ouvert soit de 350 milliards d'euros. C'est considérable.

Elle a trouvé ce moyen pour aider les banques sans baisser les taux d'intérêt.

Mais pourquoi ne pourrait-elle pas faire de même lorsqu'un secteur non financier de l'économie est en difficulté, ou au moins financer une institution capable de mener des actions pour la relance ou la productivité de l'économie ?


Nous et d'autres(1)avons demandé que la banque centrale soit autorisée, et même incitée à participer ainsi au financement de la croissance.

Les événements actuels nous montrent que les obstacles à une telle démarche sont artificiels.




(1) Nous avons demandé dans notre manifeste 2006 que la banque centrale refinance une agence publique d'investissements. Le CIPMF (Centre International Pierre Mendès-France) l'a demandé aussi dans son manifeste.

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#125 14-01-2008 13:42:55

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Alerte LEAP/E2020 :
Phase de rupture du système financier mondial en 2008

http://www.leap2020.eu/GEAB-N-20-est-di … a1138.html

Article alarmant (alarmiste ?), mais intéressant.

Je retiens ce graphique étonnant :

http://www.leap2020.eu/photo/801910-981541.jpg
Concentration des produits dérivés au sein de l'ensemble des banques commerciales américaines au 30/09/2007
Source Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC)
Commentaire : 7 banques (7) concentrent 98% de l'ensemble, soit 155 400 Milliards USD"...

Suivi de ce texte :

"Pour l'équipe LEAP/E2020, il est donc déjà avéré qu'après avoir perdu le contrôle de l'évolution des taux d'intérêts (cf. GEAB N°16), la Réserve Fédérale US vient de perdre deux autres attributs essentiels qui caractérisaient le système financier mondial de l'après-1945 : sa crédibilité d'acteur volontariste pouvant modifier les tendances lourdes des marchés (8), et sa capacité à organiser et entraîner l'ensemble des banques centrales mondiales selon son rythme et ses objectifs.

Ce faisant, elle vient de perdre la capacité de piloter à elle seule le système financier mondial, capacité qu'elle avait acquise après 1945.

Si les marchés financiers sont actuellement surtout sensibles à la perte du premier attribut (9), les chercheurs de LEAP/E2020 estiment que c'est la perte du second (et sa conséquence en terme de pilotage du système) qui porte en germe la rupture du système financier mondial au cours de l'année à venir, probablement à l'été 2008, quand les conséquences de la récession US commenceront à se faire sentir pleinement et qu'Asiatiques et Européens se verront définitivement contraints d'imposer leurs propres choix au « pilote de la Fed ».

(...)

Ne pas oublier, cependant, qu'il est assez périlleux, et passablement présomptueux, de décrire l'avenir, surtout avant qu'il ne survienne...

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#126 14-01-2008 21:41:43

sam17
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Notes :

"la dette totale américaine, interne et externe, hors banques [...] vient d’atteindre [...] 39 trillions de dollars. 39 000 milliards de dollars"

39 T$ US. Ça fait le PIB mondial annuel.

"Concentration des produits dérivés au sein de l'ensemble des banques commerciales américaines au 30/09/2007 [...] : 7 banques concentrent 98% de l'ensemble, soit 155 400 Milliards USD"..."

155 T$ US. Ça fait 4 années de production à l'échelle mondiale...

Enfin, avant que le crash ne fasse plonger le PIB...

Et tout ça de produits dérivés...


Mes frères, je vous propose prier Mammon,
ensemble avec les rentiers et les culs-bénits,
américains et de tous pays,
qu'il sauve l'intégralité de ces 7 personnes des plus "morales" qui soient. wink

Putain, qu'est-ce que je vais dire à ma fille à son prochain anniversaire ?

Vu comme c'est barré, je vois au moins un point positif : ça fermera le caquet des économistes du parti unique, et on peut même croire que celui-ci mettra la clef sous la porte.
Nous disions donc, en attendant que ça pète et que les loups suivants arrivent, on a du boulot à préparer, ici.

Dernière modification par sam17 (14-01-2008 21:51:16)

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#127 24-01-2008 21:14:20

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Tony Blair devient conseiller de la banque américaine JPMorgan


LONDRES, 10 jan 2008 (AFP) - L'ancien Premier ministre britannique Tony
Blair a été embauché jeudi comme conseiller à temps partiel par la banque
américaine JPMorgan
, a annoncé celle-ci dans un communiqué, et ce ne pourrait
[n']être que son premier pas dans le secteur privé, selon la presse.

M. Blair conseillera la direction générale de la banque, "apportant son
immense expérience internationale pour lui fournir un avis stratégique et une
vision de l'intérieur sur les questions politiques mondiales et sur les
tendances émergentes",
se félicite JPMorgan dans le communiqué.

L'ancien Premier ministre participera de surcroît au nom de JPMorgan à
certains évènements et conférences, selon la banque.

"Nous sommes honorés" de la décision de M. Blair, s'est félicité le
président directeur général Jamie Dimon, estimant que l'ancien dirigeant
"apportera à nos responsables et à nos clients une vision mondiale unique et
irremplaçable, particulièrement précieuse dans une période aussi tourmentée".

Cité dans le communiqué, M. Blair a souligné pour sa part "cette grande
occasion de pouvoir contribuer au travail de JPMorgan Chase", qualifiée de
"compagnie de premier ordre à la pointe de l'économie mondiale, avec une
présence pratiquement dans chaque partie du monde".

Selon un cabinet de recrutement new-yorkais cité jeudi par le Financial
Times (FT), son rôle chez JPMorgan lui vaudra sans doute une rémunération de
plus d'un million de dollars par an.


M. Blair, 54 ans, désormais représentant du Quartette pour le Proche-Orient,
a lui-même confié au FT qu'il comptait prochainement accepter "une petite
poignée" de postes similaires de la part de différentes entreprises dans des
secteurs variés.

"Je me suis toujours intéressé au commerce et à l'impact de la
mondialisation. De nos jours, la confluence entre la politique et l'économie est
très puissante dans les différentes parties du monde, dont les marchés
émergents", observe-t-il.

M. Blair a déjà une expérience de conférencier international très bien
rémunéré, comme par exemple l'ancien président américain Bill Clinton. Il y a
quelques mois, la presse chinoise avait ainsi critiqué sa rémunération de
500.000 dollars pour trois heures de présence à une conférence dans le sud de la
Chine.

Il aurait aussi perçu une avance de quelque 10 millions de dollars pour ses
mémoires, rappelle le FT.


M. Blair ne sera pas non plus le premier ancien dirigeant à travailler pour le privé :
l'ancien Premier ministre britannique conservateur John Major
et l'ancien président américain George Bush
sont tous deux devenus conseillers
du fonds d'investissement américain Carlyle.

M. Blair, qui est cité régulièrement comme le favori du président de la
République française Nicolas Sarkozy pour devenir président de l'Union
européenne
, a également indiqué au FT qu'il comptait lancer une fondation
oecuménique, alors qu'il vient lui-même de se convertir au catholicisme, et
qu'il allait probablement travailler aussi sur le changement climatique.

AFP 09h53 - 10 JAN 08

Monsieur Blair devrait croupir en prison pour cette corruption qui démasque les vrais maîtres du pouvoir.

À ce niveau de prévarication, on se demande s'il faut rire ou pleurer.

Ces retours d'ascenseurs devraient être criminalisés au plus haut niveau du droit :
à l'évidence, toute Constitution honnête devrait interdire à vie toute situation de cette nature.
Cela fait partie du statut de l'élu.

Mais le fait que ce soit des banques qui dominent ainsi nos "élus", comme on maîtrise des marionnettes, me fait relayer l'information au rayon de la monnaie.

Je n'arrive pas à me défaire d'une lancinante envie de vomir...

Étienne.

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#128 25-01-2008 00:48:11

Sandy
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Message n°3168
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Je me posais qqs questions :

1) Existe-t-il des documents publics qui permettent de savoir qui possède la dette exactement ?

2) Qu'en est-il des autres pays européens ? Comment s'est déroulée pour eux leur conversion à ce système monétaire ? Où en est leur dette ?

3) Où peut-on obtenir des chiffres précis sur la part des intérêts dans notre dette ?

Merci d'avance.

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#129 25-01-2008 00:52:56

Sandy
Membre
Message n°3169
Date d'inscription: 28-11-2006
Messages: 2421

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Étienne a écrit:

Monsieur Blair devrait croupir en prison pour cette corruption qui démasque les vrais maîtres du pouvoir.

À ce niveau de prévarication, on se demande s'il faut rire ou pleurer.

Ces retours d'ascenseurs devraient être criminalisés au plus haut niveau du droit :
à l'évidence, toute Constitution honnête devrait interdire à vie toute situation de cette nature.
Cela fait partie du statut de l'élu.

Mais le fait que ce soit des banques qui dominent ainsi nos "élus", comme on maîtrise des marionnettes, me fait relayer l'information au rayon de la monnaie.

Je n'arrive pas à me défaire d'une lancinante envie de vomir...

Étienne.

Quand on voit qu'une personne comme Alain Juppé, condamnée pour corruption, sera surement élue au 1er tour qqs années plus tard comme maire de Bordeaux, on se rend compte que dans notre société la corruption est considérée comme un délit vraiment mineur

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#130 25-01-2008 05:17:15

Jacques Roman
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Message n°3170
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Corruption/prise illégale d'intérêts

Sandy (3169).

Alain Juppé n'a pas été condamné pour corruption (qui supposerait un enrichissement personnel) mais pour prise illégale d'intérêts dans l'affaire des postes fictifs de la mairie de Paris.  La Cour d'appel a, précisément, souligné qu'il n'y avait pas eu enrichissement personnel.

La corruption et la prise illégale d'intérêts font l'objet d'articles distincts du code pénal.

Entre ce qui a été reproché à Alain Juppé et ce qui ne sera pas reproché à Tony Blair, je fais une différence (que vous ferez vous aussi sans doute), et qui n'est pas à l'avantage du second.  Il faut ajouter que la pratique coupable à laquelle s'est laissé aller M. Juppé était considérée comme naturelle, sinon favorable au développement démocratique, avant que la loi en fasse un délit.  Je n'excuse pas M. Juppé : mais, j'y reviens, il faut faire la différence entre cette pratique et la corruption.

Autrement, il y a du bon dans la nouvelle que Tony Blair a accepté un poste de conseiller chez JP Morgan :ça m'étonnerait qu'il renonce à un million de dollars par an pour se porter candidat à la présidence de l'UE.  Ouf !

Même avec plus d'indulgence qu'Étienne à l'égard des politiciens, on a un mauvais goût dans la bouche.  JR

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#131 25-01-2008 11:12:58

Étienne
Message n°3172
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Les attendus du jugement de première instance contre Alain Juppé
doivent rester en mémoire, me semble-t-il :
http://dbminos.club.fr/libreinfo/plaquette03_67.htm

Revoir aussi le "traitement médiatique" du cas Juppé :
http://www.acrimed.org/mot770.html

Ne pas oublier non plus que le Ministère public (le Procureur), celui qui défend les intérêts de la société et réclame (ou ne réclame pas !) une peine, ce juge n'est pas un vrai juge car il n'est pas indépendant ; il est même complètement dépendant ; et pas dépendant de n'importe qui : il est carrément hiérarchiquement subordonné au pouvoir exécutif, c'est-à-dire aux hommes au pouvoir qu'il peut être appelé à juger.

La possibilité de maîtriser l'accusation publique — à travers les réquisitions et l'appréciation de l'opportunité des poursuites — est, pour les hommes au pouvoir, une garantie majeure d'impunité et un outil pour se protéger les uns les autres ; je trouve cela révoltant.

Cette source majeure d'injustice disparaîtra naturellement dans une Constitution écrite pas des auteurs désintéressés.


À l'évidence, encore une fois, ce qui compte, ce n'est pas qui vote la Constitution, ce qui compte, c'est qui écrit la Constitution.

Je vous rappelle ce fil important : 2C Les juges doivent être totalement indépendants du pouvoir exécutif, où il ne faut pas rater les commentaires passionnants de "Revol".

Dans l'affaire Juppé, il semble bien que c'est surtout le courage héroïque de quelques petits juges qui a permis le jugement de première instance, dans un décor d'institutions bien verrouillées pour protéger les hommes au pouvoir de toute punition sérieuse : je ne sais pas s'il existe des études statistiques poussées sur le sujet, mais on dirait que les hommes politiques ne sont jamais vraiment condamnés à quoi que ce soit, on dirait qu'ils n'ont tous que des peines avec sursis.

Étienne.

PS : nous devrions peut-être continuer cette conversation dans le fil indiqué ci-dessus car elle est sans rapport direct avec la monnaie, n'est-ce pas ?  hmm (C'est de ma faute, pardon.)

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#132 26-01-2008 09:56:17

Jacques Roman
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Message n°3177
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Étienne,

Je réponds donc sur le fil 2C.  JR

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#133 26-01-2008 12:55:27

Étienne
Message n°3180
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

« Daniel Cohen était l’invité des Matins de France Culture ce jeudi 24 janvier »
http://web2.radio-france.fr/chaines/fra … n_id=59229
Daniel Cohen, conseiller de la banque Lazard, devient littéralement passionnant sur la fin de l’entretien :

J’ai noté pour vous (grosse charrette de travail) :

(1’20’’) Ali Badou : On voyait la réaction de la banque américaine : baisser rapidement les taux, et le refus de Jean-Claude Trichet, président de la banque centrale européenne, de baisser les taux d’intérêts (pas d’inflation, pas de baisse de taux) ; est-ce que ces deux attitudes sont vraiment contradictoire ?

Daniel Cohen : oui, totalement, totalement contradictoire, on a d’un côté une banque centrale américaine qui fait de la lutte contre la récession (annoncée et à venir) la priorité, au risque de relancer l’inflation en 2008 et d’écorner sa crédibilité (surtout si l’inflation apparaît en même temps que la récession), et, en face, une BCE qui fait le pari exactement inverse, c’est-à-dire d’ignorer le risque de récession (à l’image de la Fed qui ignore de risque d’inflation) et ne se préoccupe (là encore en image inversée de la Fed) que de l’inflation : deux positions radicalement opposées et, je trouve, aussi extrêmes l’une que l’autre. (…)

Ces politiques sont le résultat d’une histoire : dans le cas de la Fed, la crise de 29 continue d’habiter les esprits : Ben Bernanke lui-même est un ancien professeur d’économie dont la thèse portait sur la crise de 1929 et dont la thèse était que — à l’image de ce que disait déjà Milton Friedman—, la Fed, à l’époque, a porté une grande part de responsabilité dans la crise de 1929 parce qu’elle avait sous-estimé le risque de cette crise et laissé entrer en crise les banques américaines (près de 50 000 banques avaient fait faillite en l’espace d’un an et la Fed avait laissé, impavide, ces banques aller à la faillite), donc ça, c’est une erreur que la Fed ne veut pas reproduire, en tout cas que Ben Bernanke ne veut pas reproduire (…)

(1’25’’10) Donc, on a des banques qui perdent parfois 30-40% de leur valeur, ça veut dire, tout d’un coup, leur capital qui se réduit comme peau de chagrin ; du coup, des difficultés qu’elles trouveront à se refinancer aussi ; bref, tout un mécanisme qui est dangereux chez nous aussi et vis-à-vis desquels la seule solution est une baisse des taux : quand une banque est en difficulté (prenez City Bank, elle a perdu 60% de sa valeur en l’espace de six mois)… comment aider une banque qui fait faillite à se redresser ?

Il n’y a que deux solutions : soit vous avez des capitaux frais qui la refinancent, et ça c’est ce que les banques US essaient de faire en faisant appel à Singapour, à Abou Dabi, à des fonds souverains qui viennent les refinancer ; soit, au fond, l’État met de l’argent au pot, or (et c’est d’ailleurs une des causes de la crise de cette semaine : on attendait un plan Bush destiné à refinancer les banques et) ça a été un plan en généralité destiné en réalité à préparer la réélection d’un républicain en donnant des baisses d’impôts un petit peu à tout le monde, bref quelque chose qui coûte beaucoup d’argent mais qui est complètement à côté de la plaque.

Donc, si l’État ne vient pas soi-même au service de la recapitalisation des banques d’un côté, et si les grands fonds veulent bien mettre de l’argent mais pas au point de resolvabiliser, qu’est-ce qui reste comme solution ? Et bien il n’y en a pas beaucoup, parce que mettre des liquidités dans le système comme font les banques centrales depuis l’été, ça ne resolvabilise pas quelqu’un qui est en défaut : « vous n’avez pas d’argent, je peux vous en prêter mais si je vous demande de rempbourser… »

Ali badou : … oui, mais ça le sauve alors qu’il serait en faillite autrement…

Daniel Cohen : oui mais ça le sauve temporairement : faire une avance de crédit à une banque en difficulté ne sort pas cette banque de la difficulté.

Alors cette situation, ça n’est plus la crise de 1929 qui devient la bonne référence, mais c’est plutôt la crise japonaise des années 1990 : les banques japonaises ont été brutalement plombées par le retournement du cycle hypothécaire, déjà, il y a eu une bulle immobilière extravagante dans les années 80 au Japon (…) qui s’est retournée comme prévu en réalité, et du coup, les banques se sont retrouvées avec un portefeuille complètement insolvable de crédits hypotécaires, et elles ont mis dix ans, chaque année en mettant un peu de profit de côté à reconstituer leur capital.

Donc, on peut être dans une situation qui peut être dure et durable si les banques sont amputées des réserves qui leur permettraient de faire des crédits sans aucune solution de sauvetage. (…) et dans une situation comme celle-là, il n’y a que des taux d’intérêts très faibles pendant longtemps qui peuvent sauver les banques, parce qu’avec des taux faibles, elles peuvent, ; progressivement, reconstituer des marges en se finançant bon marché et en faisant des crédits un petit peu plus onéreux, mais ça, c’est la voie que l’Europe, pour l’instant, a fermée. (…)

(1’34’’32) Ali Badou ; Georges Soros disait qu’on sortait d’un cycle de 60 ans de création monétaire et d’endettement et que c’était la fin du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Vous partagez ce point de vue ?

Daniel Cohen : non, la référence à un cycle de 60 ans ne me paraît pas la bonne ; on vit certainement la fin d’un cycle commencé par Greenspan quand il a pris ses fonctions en 1987, donc c’est un cycle plus court, de 20 ans : les USA avaient glissé vers l’inflation dans les années 60 et 70 ; avec la politique de Paul Volker, un immense coup d’arrêt à cette dérive inflationniste avait été fait et avait été très coûteuse, c’est une des récessions les plus sévères d’après guerre que les USA avaient connu en 1982, la deuxième année du mandat de Raegan à l’époque, et l’inflation avait été éradiquée d’une certaine façon définitivement, et c’est ce qui avait permis à Alan Greenspan de surfer sur la vague de croissance due au boom des nouvelles technologies, sans se préoccuper de l’inflation (le souci de Greenspan était simplement d’éviter la récession). On a d’ailleurs eu à cette époque l’illusion qu’une croissance permanente était possible. (…)

(1’45’’45) On a l’impression qu’il n’y a plus de communication entre la BCE et les différents Conseils des Ministres, c’est tragique : c’est tragique qu’il n’y ait pas un consensus, une discussion, entre pairs qui font un diagnostic, qui peuvent diverger par moments mais qui visent un même but. Alors là, justement, c’est le but qui n’est pas le même, alors c’est une cacophonie. (…) 

(1’46’’50) Une bonne politique, quand on a à la fois un risque d’une monnaie surévaluée et un risque inflationniste, une bonne politique, en tout cas dans les livres, ce qu’on enseigne à nos élèves, c’est à la fois d’avoir une politique monétaire laxiste pour empêcher que la monnaie se surévalue et que les taux d’intérêt ne restent à des niveaux trop élévés, et une politique budgétaire restrictive. Le bon policy mix face à une situation comme celle-là, ça n’est pas d’appuyer sur tous les boutons à la fois. (…)

(1’47’’40) Ce débat sur le policy mix, en Europe, il n’a jamais eu lieu. Chacun veut prendre le domaine de compétence de l’autre : la BCE dit : « faites une politique budgétaire rigoureuse parce que c’est la seule façon de crédibiliser l’euro », et les ministres des finances disent à la politique monétaire : « soyez laxiste », donc chacun essaie d’empiéter sur le territoire de l’autre et il n’y a pas de coordination possible. (…) Mais comme la politique budgétaire consolidée n’existe évidemment pas, et qu’on empile des politiques hétérogènes, la BCE ne considère pas qu’elle a un interlocuteur capable de délivrer, comme on dit en anglais, une politique budgétaire adaptée à une stratégie. C’est ce déséquilibre institutionnel-là qu’on retrouve à l’œuvre dans cette cacophonie, en effet, de l’Eurogroupe d’un côté, et de la BCE de l’autre.

(1’49’’35) Alain-Gérard Slama : je voudrais vous renvoyer du problème des institutions au problème des acteurs : on nous disait toujours que le capitalisme s’autorégulait, et en particulier les banques, alors comment se fait-il qu’elles aient été à ce point prises à défaut ?

Daniel Cohen : tous ceux qui ont pu penser que le système financier pouvait s’auto-réguler sont des naïfs ou des incompétents. [ou des voleurs... ÉC] C’est la seule chose dont on peut être sûr : c’est que le système financier, dans toute son histoire éternelle, va de crise financière en crise financière. L’idée qu’on puisse demander aux acteurs d’arrêter de prendre des risques lorsque tout le monde connaît la pathologie du système, qui est que dans tout système financier normalement constitué, lorsqu’il y a des gains, c’est pour les opérateurs qui les ont générés, et lorsqu’il y a des pertes, elles sont toujours mutualisées, soit parce que c’était les déposants (c’était le cas jusqu’en 1929), soit parce que c’est les États qui viennent au secours des pertes…

Donc, à partir du moment où on a un jeu assymétrique — et encore une fois, c’est toujours le jeu des marchés financiers —, il est sûr que les marchés financiers vont toujours à la limite, à la limite du risque parce que celui — raisonnons en terme de stocks options, c’est un très bon exemple — « je gagne si ça monte, mais si ça baisse je ne perd pas », puisque ma rémunération est indexée à la hausse, le système financier fonctionne suivant ce principe : si ça marche, vous faites un bon deal, bravo, formidable bonus, et si ça marche pas, si vous faites perdre des milliards, bon ben vous perdez votre job, vous allez en trouver un autre, mais vos pertes ne sont pas proportionnées aux pertes que vous faites subir à la société.

Donc, tout système financier est forcément instable pour cette raison même, on le sait, et l’enjeu est donc 1) d’avoir des régulations qui permettent, autant que faire se peut de limiter les excès (les régulations sont toujours détournées au bout du compte, il n’y a aucune régulation qui ne vaut très longtemps ; ça ne veut pas dire qu’il n’en faut pas) ; 2) et surtout, il faut protéger la société de ces excès. C’est ce qu’on a fait après 1929, on a compris qu’il fallait protéger les déposants des risques que les banques leur faisait courir : et on a un système de garantie de dépôts aux Etats-Unis qui fait qu’on n’a plus de crise systémique ; on a des crises bancaires, mais on n’a plus de crise de système comme il y a eu après 1929.

Donc, c’est cette réflexion qu’il faut toujours avoir, mais l’idée que les marchés financiers pourraient trouver eux-mêmes la voie de la raison est une méconnaissance complète des mécanismes.

Alors juste pour conclure sur ce point parce que c’est important, dans la régulation de Bâle, c’est-à-dire dans la régulation que les banques s’imposent à elles-mêmes, on est arrivé en effet, et c’est sans doute de l’idéologie qui a été à l’œuvre, au point où on a demandé aux banques d’évaluer elles-mêmes leur coefficient de risque pour fixer les niveaux de réserves prudentielles !

Alors ça, c’est le comble de la déréglementation : quand on voit qu’aujourd’hui les banques sont totalement incapables d’évaluer les risques qu’elles ont pris, qu’elles ont fait prendre à leurs actionnaires, avec ces produits mathématiques que personne ne comprend, et sans doute pas même ceux qui les ont inventés, c’est extravagant de se dire qu’au cœur du logiciel bancaire, il y a une auto évaluation des risques que les banques prennent.


Là, il y a certainement un immense retrour de bâton qui va se produire avc la crise des subprimes, et il faut évidemment revenir sur ces dispositions qu’on appelle de « Bâle 2 », il faut être capable de dire : « si moi, régulateur, je ne comprends pas cette formule, alors j’assume le pire, comme on dit en anglais, je suppose que c’est le plus risqué possible, et ne venez pas me dire comme ça a été le cas à propos des subprimes, qu’en fabricant des cocktails de crédits à des ménages insolvables, on arrive à fabriquer des crédits de la plus haute qualité », hein, je rappelle que les subprimes, c’est à l’origine des crédits fait à des délinquants américains, mais qui, combinés par des formules mathématiques, devenaient des crédits de qualité égale à la dette des gouvernements, ce qu’on appelle des crédits triple A ! C’est extravagant de penser qu’on arrive à fabriquer les uns à partir des autres, c’est pourtant ce qui s’est passé. Là, la régulation doit passer pour empêcher ça.

Olivier Duhamel : mais alors, comment, en attendant, sortir du dilemme diabolique d’aujourd’hui si on est responsable politique et encore plus si on est responsable des grandes banques centrales, première ligne Etats-Unis ? Si je ne fais rien, je laisse arriver une récession catastrophique ; si j’interviens, je viens payer à la place des gangsters…

Daniel Cohen [qui n’envisage pas une seconde, curieusement, qu’on retire définitivement aux banques privées le droit de création monétaire, alors que ce serait, à l’évidence, la seule bonne solution durable aux crises du capitalisme. ÉC] : il n’y a pas de solution. Il faut toujours naviguer entre ces deux maux. Sauver les banques aujourd’hui serait la bonne solution : injecter les 100 milliards (si les 100 milliards promis par Bush avaient été injectés dans les banques, il n’y aurait plus de crise), mais évidemment, en faisant cela, je récompense les gangsters, évidemment ce n’est pas possible.

Alors, il faut trouver, il faut ruser, il n’y a pas de solution simple, et les crises financière font partie, encore une fois, du monde dans lesquel on vit, et il faut sans cesse ruser sans cesse avec ça. Je pense qu’on aurait pu couper la poire en deux, je ne veux pas être aristotélicien, chaque fois sur les questions que vous me posez, c’est-à-dire prévoir un fonds de sauvetage pour les banques les plus en difficulté, mettre de côté 50 milliards pour rassurer (…), et puis criminaliser les dirigeants (comme on l’a fait à la suite de l’affaire Enron), dire "il y a des sanctions, y compris pénales, de responsabilité des dirigeants" face à des maux de cette nature parce qu’ils ont mis en péril la communauté. »

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#134 26-01-2008 21:43:17

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sandy a écrit:

Je me posais qqs questions :

1) Existe-t-il des documents publics qui permettent de savoir qui possède la dette exactement ?

2) Qu'en est-il des autres pays européens ? Comment s'est déroulée pour eux leur conversion à ce système monétaire ? Où en est leur dette ?

3) Où peut-on obtenir des chiffres précis sur la part des intérêts dans notre dette ?

Merci d'avance.

Bonjour Sandy

Pour la question 1, on trouve une réponse globale sur http://fr.wikipedia.org/w/index.php?tit … _la_France, dont j'extrait

Depuis la création de l'euro, l'État français s'est tourné vers le marché mondial de l'épargne, ce qui fait qu’en 2007, 60 % de la dette de l'État français est détenue par des non-résidents (c’est-à-dire ménages ou entreprises non-français)[21]. Cette part des non-résidents est en augmentation forte et régulière depuis 1999, date à laquelle elle valait 28 %[22]. Au 2e trimestre 2007, 58 % des OAT émises par l’État étaient détenues par des non-résidents (entreprises et ménages étrangers) ; au sein des 42 % restants détenues par des entreprises ou des ménages français, 60 % l’étaient détenues au sein de contrats d’assurance (comme les contrats d’assurance-vie), 20 % par des établissements de crédit, et 17 % par le biais d’OPCVM[23]."

... mais il est sans doute impossible de trouver une réponse  détaillée (noms et adresses ;-) )

Pour la question 2 ; http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_p … e_publique

Pour la question 3: Le total des intérêts déjà payés entre 1980 et 2006 est estimé à 1141 milliards d’euros (en euros constants 2006). Il est proche du montant du capital restant dû à la fin de la même période, de 1142 milliards d’euros (c'est un hasard).
Le montant des intérêts varie selon les taux d'intérêts .. il serait de l'ordre de 42 milliards pour 2007 (on n'a pas encore les chiffres exacts) ..
AJH

Dernière modification par AJH (26-01-2008 21:44:09)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

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#135 27-01-2008 03:01:58

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Pour info, AJH a produit deux précieux graphiques pour comprendre l'arnaque de la dette publique :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Dette_France_1980_2006.jpg

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Soldes_budgets_France_1980_2006.jpg

Bonne nuit à tous smile

Étienne.

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#136 31-01-2008 12:58:16

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

« À l’instar d’Hitler, mise en branle de la planche à billets aux États-Unis
Accélération de l’inflation dans le monde »

par William A. M. Buckler, The Privateer, Australie :
http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=716

Un article très intéressant, et utile pour comprendre la logique ultralibérale.

On a parfois les cheveux qui se dressent sur la tête, mais on y trouve également des explications, des images et des chiffres très utiles, je trouve.

Amicalement.

Étienne.

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#137 02-02-2008 23:07:39

Sandy
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Qui détient la dette de la France ? Je n'ai pas trouvé grand chose, cela ne renseigne pas beaucoup sad Qui sont ces non-résidents ? Aucun moyen de savoir ?

http://www.aft.gouv.fr/IMG/jpg/0801_porteurs_fr.jpg

http://www.aft.gouv.fr/article_960.html?id_article=960

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#138 03-02-2008 02:53:38

Jacques Roman
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Qui détient la dette de la France ?

Sandy, avez-vous regardé l'article

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publ … _la_France

(sous "Créanciers") ?

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#139 04-02-2008 18:49:17

AJH
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Message n°3224
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Bonjour
Pour info, edit de mon message 3062, du 08/01/08, suite au changement d'adresse de téléchargement chez "Légifrance"

EDIT:
Les liens ont changé (tiens, tiens ..)

Vous pouvez directement télécharger ces pages sur:

http://www.fauxmonnayeurs.org/file/JO197300165.pdf
http://www.fauxmonnayeurs.org/file/JO197300166.pdf
http://www.fauxmonnayeurs.org/file/JO197300167.pdf

... ou par "légifrance" :
"page d'accueil du site Légifrance, rubrique "les autres textes législatifs et réglementaires" en indiquant dans nature = loi et dans numéro 73-7. Cliquez sur l'icone "fac-similé".
http://www.legifrance.gouv.fr/./rechTex … amp;page=1
"


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

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#140 07-02-2008 11:48:02

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Patrick Viveret : un coup d’état sur la monnaie
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1649

4 février 2008
La monnaie est un bien commun, un outil au service des sociétés.

Patrick Viveret, l’un des initiateurs du réseau d’échange Sol, rappelle que le droit de création monétaire a été transféré pour l’essentiel aux banques commerciales, et ceci sans aucun débat public.

Il estime que la réappropriation démocratique de la monnaie est un enjeu décisif et que les réseaux d’échanges solidaires sont les laboratoires ou s’expérimente et se préfigure un autre rapport à l’échange marchand.

Entretien.

Source audio : Reporterre
Changer la monnaie pour changer le monde
http://www.reporterre.net/entretiens/en … 031107.php

3 novembre 2007

Le capitalisme a opéré depuis les années 1970 un coup d'État sur la monnaie, explique Patrick Viveret : il a transféré aux banques le pouvoir de création monétaire.

Ainsi se trouve-t-on aujourd'hui dans un fantastique décalage entre l'économie financière et l'économie réelle.

Il faut préparer aujourd'hui les alternatives nécessaire quand ce système va s'écrouler : ainsi avec la monnaie SOL, fondée sur la coopération et la richesse qu'est le temps disponible.

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#141 07-02-2008 14:25:09

Candide
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Impressions à chaud...

J'hésite entre 2 attitudes...

Hurler de rage, avec quelques envies de meurtre, contre les ordures qui ont monté ou laissé monter un système pareil, et celles qui l'entretiennent et en profitent...

Éclater d'un rire homérique tellement tout ceci est absurde.

Cela dit, et si cet effondrement prédit était une formidable chance de reprendre le contrôle sur l'économie ?...

En attendant, l'inconvénient c'est que l'on sait qui va encore faire les frais du cataclysme. Comme le dit Bernard Lavilliers dans sa chanson "Faits divers" : "Comment va la banque ? La banque surnage. Pour les grands requins y a pas de naufrage." (http://www.paroles.net/chanson/14841.1)

Cherchons bien, il doit bien encore rester quelques guillotines quelque part... Ça permettrait peut-être de repartir sur de bonnes bases.

Je me demande de plus en plus si l'on va pouvoir faire l'économie d'une nouvelle révolution...


Si une nation espère pouvoir rester à la fois ignorante et libre, elle espère ce qui n'a jamais été possible et ne le sera jamais.
(Thomas Jefferson)

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#142 07-02-2008 20:20:39

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Un entretien passionnant avec Annie Lacroix-Riz :
À VENDRE : FRANÇAIS DE BONNE QUALITÉ


http://www.vox-populi.net/article.php3?id_article=296

Merci à Jean Christophe Grellety de nous avoir signalé à la fois cet échange et ce site Vox Populi qui semble être encore une sacrée mine...

hmm

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#143 11-02-2008 02:13:31

Étienne
Message n°3299
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sur Publius, un récapitulatif des missions des différentes banques centrales du monde
toutes les banques centrales du monde, ou presque, ont comme mission principale la stabilité des prix

http://publiusleuropeen.typepad.com/pub … e_la_.html

Bonne nuit, chers amis hmm

Étienne.

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#144 11-02-2008 04:48:58

Jacques Roman
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Étienne (3299).

Toutefois, la Banque centrale américaine constitue une exception notable, puisque sa mission (je recopie Publius) est la suivante :

"The  Board of Governors of the Federal Reserve System and the Federal Open Market Committee shall maintain long run growth of the monetary and credit aggregates commensurate with the economy's long run potential to increase production, so as to promote effectively the goals of maximum employment, stable prices, and moderate long-term interest rates."  (Federal Reserve Act, section 2A)

Les objectifs sont donc, par ordre de priorité : taux d'emploi maximal, stabilité des prix, modération des taux d'intérêt à long terme.  L'accent est sur une politique économique d'ensemble, pas sur la stabilité des prix.  JR

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#145 04-03-2008 23:06:01

Étienne
Message n°3392
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

« Le processus constituant et la création monétaire »

Vidéo (20 min.) de la conférence à l’IEP d’Aix du 15 janvier 2008 :
http://levillagedesfacteursdimages.org/ … ubrique505

Je parle parfois un peu vite parce que je sais que je vais manquer de temps,
mais cette synthèse en vidéo peut vous intéresser pour relayer ces idées.

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#146 11-03-2008 06:16:01

Sandy
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Message n°3405
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Pouvez-vous m'éclairer sur une de vos propositions svp ?
Vous expliquez qu'il faut rendre à la banque centrale le pouvoir de création monétaire, pour cela le retirer aux banques commerciales et que cette banque centrale prêterait aux banques commerciales la monnaie dont elles auraient besoin.
Je ne comprends pas très bien comment les banques commerciales fonctionneraient suite à cela ?
On retournerait à un système où les banques fonctionneraient sur les dépots qu'elles auraient reçu ?

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#147 11-03-2008 07:39:26

AJH
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Message n°3406
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@Sandy
" On retournerait à un système où les banques fonctionneraient sur les dépots qu'elles auraient reçu ?"
En gros, oui...

Les banques commerciales seraient les intermédiaires entre les demandeurs de crédit et les épargnants (prêts de même durée). Si le montant total de l'épargne proposée par les épargnants se trouve être inférieur à la demande de crédit (ou que la banque commerciale préfère cette formule, elle doit garder ce choix), les banques pourront se financer directement auprès de la Banque Centrale.

La solution la plus efficace semble être celle proposée par Allais:
(voir http://www.fauxmonnayeurs.org/articles. … &pg=47  )

Cette double condition implique une modification profonde des structures bancaires et financières reposant sur la dissociation totale des activités bancaires telles qu’elles se constatent aujourd’hui et leur attribution à trois catégories d’établissements distincts et indépendants :

1. des banques de dépôt assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, les encaissements et les paiements, et la garde des dépôts de leurs clients, les frais correspondants étant facturés à ces derniers, et les comptes des clients ne pouvant comporter aucun découvert ;

2. des banques de prêt empruntant à des termes donnés et prêtant les fonds empruntés à des termes plus courts, le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés ;

3. des banques d’affaires empruntant directement au public ou aux banques de prêt et investissant les fonds empruntés dans les entreprises


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

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#148 11-03-2008 08:14:00

Jacques Roman
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Message n°3407
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Banques d'affaires

AJH (votre 11 mars).  Je m'y connais très peu, mais il me semble que les banques d'affaires ne sont pas de vraies banques (rendant des services objectivement tarifés), mais des fonds spéculatifs - ou pour mieux dire des casinos.  Pour clarifier les choses, il vaudrait mieux ne pas les appeler des "banques".  JR

Dernière modification par Jacques Roman (11-03-2008 08:15:09)

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#149 11-03-2008 08:49:50

AJH
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Message n°3408
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Jacques

Les banques d'affaires peuvent avoir un rôle positif sur l'économie en levant des capitaux (je ne dis pas "en créant de la monnaie") sur des créations d'entreprises financièrement risquées.
C'est totalement la définition et le rôle d'une banque d'emprunter pour reprêter
Si elles "jouent " trop, elles feront perdre leurs investissements aux épargnants qui leur auront confié leurs économies, et disparaitront par l'effet d'une saine concurrence.

PS: je dois m'absenter, je ne pourrai plus répondre aujourd'hui..

Dernière modification par AJH (11-03-2008 08:50:48)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

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#150 13-03-2008 08:38:20

Étienne
Message n°3413
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

« Quelques ITV audio récentes du père Chouard, où l'on parle de monnaie et du coup d'État simplifié »

Trois longs moments de radio, où j’ai du temps pour expliquer et pour répondre aux questions, sur Ici et Maintenant, format mp3 audio :

• 2 novembre 2007, avec Alex sur Ici et Maintenant : exposé (2 h 15)
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/m … h15mns.mp3

• 7 novembre 2007, avec Alex sur Ici et Maintenant : questions des auditeurs (2 h 55)
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/m … h55mns.mp3

• 8 janvier 2008, avec Alex sur Ici et Maintenant : Rappels et questions des auditeurs (2 h 10)
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/m … h10mns.mp3

Tous ces fichiers sont assez volumineux : il vaut mieux les capturer (clic droit, Enregistrer la cible sous…)
et les écouter ensuite au calme, loin de l’ordinateur.

J’aimerais bien savoir si ça vous intéresse ou si c’est inutile smile

Amitiés.

Étienne.

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#151 14-03-2008 21:03:22

Sandy
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Message n°3414
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Merci

C'est intéressant mais vous n'avez pas répondu à Camille sur son objection par rapport au contrôle des pouvoirs avec l'introduction dans le traité de Lisbonne de la possibilité pour les parlements nationaux de s'opposer au conseil des ministres selon le principe de subsidiarité ?

Dernière modification par Sandy (15-03-2008 00:41:15)

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#152 18-03-2008 17:21:25

Étienne
Message n°3427
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Le système bancaire américain n’a aucune chance de survivre

http://www.agoravox.fr/article_tous_com … icle=37549

La réalité comptable le démontre...

Voici un point sur l’état de la crise financière américaine.

Selon les différentes études publiées récemment aux Etats-Unis, la capitalisation des banques oscille entre 1 500 et 2 000 milliards de dollars.

En face, l’encours des titres hypothécaires est d’environ 11 000 milliards de dollars. L’exposition des banques américaines sur ces titres tourne autour de 50 %, soit 5 500 milliards de dollars.

L’immobilier américain a chuté de 10-12 %, soit un trou dans la compta de 1 100 à 1 400 milliards de dollars, donc à peu de choses près la totalité du capital des banques américaines, sans même compter les autres segments du marché du crédit, type prêt étudiant, prêt à la consommation, crédit auto et, surtout, l’ensemble des prêts aux entreprises...

Déjà, à ce stade, c’est à peu près l’ensemble de la banque américaine qui est en cessation de paiement virtuellement.

Mais que savons-nous de l’immobilier américain ? Qu’il est déconnecté comme de nombreux pays dans le monde du pouvoir d’achat. Compte tenu de la situation de la finance dans le pays, avec les millions de saisies entraînant un excédent d’offre de maisons et appartements, on peut raisonnablement estimer que la correction baissière va se poursuivre avec une première target située entre -20 et -30 % à horizon d’un ou deux ans. En effet, dès que la valeur de l’emprunt immobilier dépasse celle d’un bien, les Américains ont intérêt à se déclarer en faillite. Seul un marché haussier de l’immobilier pourrait calmer le jeu. Est-ce crédible à ce stade ?

Etablissons un scénario moyennement pessimiste avec une chute de 25 %. Cela fait un trou de 2 500 à 3 000 milliards de dollars. Il suffit de faire ces additions pour comprendre que la finance américaine est fichue ! Elle ne peut pas payer le gouffre. Le dollar également ne pourra pas résister.

Il ne s’agit que d’une question de temps. Le pire va arriver. Simplement, les Etats-Unis sont en année électorale et ne sont pas prêts à faire le ménage. Tout va être fait pour décaler dans le temps la facture. Ce qu’il y a d’amusant, c’est qu’on pensait avec Haberrer à la tête du Crédit lyonnais avoir fait le tour de la question au début des années 90 au niveau des dérapages, mais les Américains nous ont largement dépassés dans la discipline. Le contribuable français n’a finalement pas payé très cher au vu de ce que vont débourser les contribuables américains... (...)




La fin d’une époque

http://www.agoravox.fr/article_tous_com … icle=37525

La Réserve fédérale américaine a donc annoncé dans la nuit de dimanche à lundi dernier, événement sans précédent, une réduction de son taux d’escompte et des facilités de crédits aux institutions financières non bancaires jusque-là réservées aux seuls établissements bancaires dûment réglementés! M.Bernanke, son président, devrait également réduire de 0,75 point les taux d’intérêt usuels à l’issue de la réunion mardi de la Banque centrale américaine, totalisant ainsi une baisse de 3 % de ces taux depuis l’été dernier. (...)

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#153 18-03-2008 17:30:07

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Bonjour Sandy,

Pardonnez mon retard à répondre, je suis par monts et par vaux et, en rentrant, je dois m'occuper en toute première priorité de mes étudiants.

Je n'ai pas approfondi ce point, en effet, alors qu'il mérite de l'être, sans doute. Laissez-moi quelques jours pour trouver un peu de temps, et on en reparle. Le prochain WE, je vais à Nantes, alors que les WE précédents, j'étais en Allemagne ou dans les Landes, c'est sans fin...

Si, de votre côté, vous avez des éléments, à charge et/ou à décharge, relayez l'info, on progressera tous smile

De mémoire, les conflits à propos de la subsidiarité se terminent tous, un jour ou l'autre, devant la Cour de justice européenne qui a la puissance, l'indépendance et les tendances qu'on sait. Donc, le fait que les parlements nationaux aient un mot à dire ne signifie pas qu'ils aient un quelconque pouvoir de décision. Il faut vérifier quel est leur pouvoir, réellement et précisément.

Amicalement.

Étienne.

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#154 19-03-2008 21:56:48

sam17
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

La question de Camille

A Sandy,

[...] son objection par rapport au contrôle des pouvoirs avec l'introduction dans le traité de Lisbonne de la possibilité pour les parlements nationaux de s'opposer au conseil des ministres selon le principe de subsidiarité

Ce point que vous rappelez de la question de Camille (l'auditrice) n'a aucune portée dans le domaine de la monnaie, puisque la compétence de l'UE en matière monétaire est exclusive (pour la zone euro).
Les autres "objections" de sa question n'apportent pas non plus de réponse dans ce cas, puisque toutes les règles en matière monétaire privent non seulement les Etats mais tous les pouvoirs publics du contrôle. C'est aussi simple et effrayant que ça.
Je rappelle rapidement ces règles, au besoin : indépendance de la BCE et du système de banques centrales ; interdiction de l'usage de la création monétaire pour prêter aux pouvoirs publics ; rôle de la BCE réduit à la stabilité des prix. Ajoutons les critères de déficit, mais aussi, car cela joue indirectement : interdiction des entraves à la libre circulation des capitaux, y compris en provenance de pays tiers, et aux investissements étrangers directs ; interdiction de créer, développer, pérenniser des services publics dès lors que le secteur est investi par le domaine marchand ; j'en passe.
Face à ça, tout ce qui relève des Etats membres ne peut absolument pas faire le poids, compenser.

Qu'en est-il hors des domaines dans lesquels l'UE a la compétence exclusive ? Il me faut d'abord dresser le tableau général.

Le Conseil (des ministres), comme le rappelle Étienne, exerce des fonctions parlementaires au niveau européen. C'est même le seul véritable organe parlementaire européen. Le Parlement européen, quand il a un rôle, n'a jamais (je dis bien jamais) de pouvoir décisif.
L'autre collège d'exécutifs, le Conseil européen (des chefs d'États), a le surtout le pouvoir d'ôter tout pouvoir aux parlements, nationaux et européen (outre le fait qu'il contrôle la politique étrangère) : il exerce le pouvoir décisif dans l'élaboration des traités et il choisi les membres de la Commission, avant que le PE exerce un simple droit d'accepter ou de refuser en bloc, comme pour les directives dans les domaines où il est impliqué.
Je signale au passage que, contrairement à ce que dit Camille, la Commission n'est pas responsable devant le PE. Non seulement elle ne peut être censurée (qu'en bloc et) à la majorité des 2/3, mais le motif ne peut être qu'une "gestion" contraire aux règles des traités : il ne s'agit certainement pas d'une responsabilité politique.
La Commission, comme on sait, a l'exclusivité de l'initiative des directives. Et contrairement au Conseil, le PE n'a pas le pouvoir d'imposer ses amendements, même dans la "procédure législative normale" (de "codécision").

La constitution française stipule que « Les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l'exercice de tout mandat parlementaire » (art. 23.1) et que « La forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l'objet d'une révision [de la constitution] » (art. 89.5) Une république étant a fortiori un régime constitutionnel, elle repose essentiellement sur la séparation des Pouvoirs (article 16 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, qui fait partie de la constitution).

Or l’article 16 TUE (traité de Lisbonne consolidé) indique que le Conseil est « composé d'un représentant de chaque État membre au niveau ministériel, habilité à engager le gouvernement de l'État membre qu'il représente et à exercer le droit de vote », et qu’il « exerce, conjointement avec le Parlement européen, les fonctions législative et budgétaire ». Littéralement, il s’agit d’un mandat parlementaire.

Comment maquiller une telle forfaiture ? C'est simple, l'UE reposant sur un traité, elle ne fait pas des "lois", et tout ce qu'elle fait n'a de valeur légale que transposé, traduit, mis en oeuvre par les institutions nationales. Or le Droit de l'UE prime celui des Etats membres. Y compris la plupart des clauses de la constitution : celà d'après deux cas de jurisprudence célèbres de la CJCE, mais de l'avis même du Conseil constitutionnel, désormais.
En pratique, il faut donc se référer à l’ensemble du montage institutionnel européen, à l’analyse intégrale de l’ensemble Union européenne – Etat membre pour démontrer que les termes juridiques comme "loi", "législatif", en principe employés de manière abusive dans les traités européen, peuvent être considérés au sens propre. (Par contre "citoyenneté européenne" est abusif, mais cela n'est pas contredit par les faits - passons).
Une preuve : la constitution dit (art. 34) que le Parlement vote les lois, et que les lois définissent le régime d'émission de la monnaie. Or le Parlement est tenu, par la constitution elle-même (puisqu'elle est modifiée à cet effet, et le Conseil constitutionnel y veille lui-même), de mettre en oeuvre l'engagement de la France dans les traités. Le Parlement national transpose donc les règles européennes en matière monétaire (en général, il s'en tient à se conformer aux interdictions établies par les traités, puisque la BCE ne fait pas d'actes législatifs). A côté de ça, la constitution dit que la loi est l'expression de la volonté générale, et que nulle autorité ne s'exerce, de droit, qui n'émane pas de la nation.
Voilà une preuve claire de cette tutelle légalisée, et donc du fait que le gouvernement national n'a pas à exercer de fonction parlementaire au plan européen (dans quelque entité que ce soit si son Droit prime).

Sur cette base, que voulez-vous que change le droit de recours du parlement national légal, alors qu'il ne peut faire valoir, au mieux, que le respect des règles des traités ?

Savez-vous qu'en 1998, le gouvernement Jospin a approuvé une directive européenne rendant brevetable un gène ou un élément isolé du corps humain, alors que l'Assemblée nationale avait voté autrefois à l'unanimité une loi qui interdisait exactement cela ? En 2003, Mattei a demandé d'abroger cette loi à une AN qui était encore entièrement hostile à la directive européenne. Pas le choix. Ils ont voté un vague amendement supposé s'opposer à la directive. En 2008, ils ont ratifié le traité de Lisbonne après avoir encore une fois modifié la constitution pour la rendre conforme aux traités...

Dernière modification par sam17 (19-03-2008 22:10:34)

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#155 20-03-2008 08:19:07

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Crise bancaire
La triple faute des grandes banques privées

par Éric Toussaint et Damien Millet :

http://www.voltairenet.org/article156049.html

Alors que de grandes banques et des fonds de placement s’effondrent un peu partout dans les pays du Nord, les dirigeants des principales banques mondiales évoquent une simple correction du système, certes douloureuse, mais pas dramatique.

Pour Damien Millet et Éric Toussaint, cette réaction est bien la preuve que l’annulation de la dette du tiers-monde —qui serait moins sèvére que l’actuelle crise— n’est pas une utopie, mais une exigence réalisable. (...)

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#156 20-03-2008 20:13:08

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Michel Aglietta: "Une crise aussi grave que celle de 1929"
par Gabriel Zucman (Regards croisés sur l'économie) sur Rue89.com :

http://www.rue89.com/2008/03/20/michel- … le-de-1929

La crise du système financier américain, enclenchée depuis le mois d’août, a pris ces cinq derniers jours un caractère dramatique, de l’avis des plus grands responsables économiques de la planète.

Traversant sa "plus grave crise depuis la Seconde Guerre mondiale", selon l’ancien président de la banque centrale américaine Alan Greenspan, la finance mondiale fait aujourd’hui face à un "risque de rupture", pour le patron du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn. Comment en est-on arrivé là? Sommes-nous au début d’une grave crise économique?

1) Le mécanisme de la panique bancaire aux Etats-Unis.

La chute de Bear Stearns, cinquième banque d’affaires des Etats-Unis, a soudainement accéléré la décomposition d’un système financier qui n’en finit pas de digérer ses excès. Alors qu’il y a une semaine, son PDG Alan Schwartz déclarait que Bear Stearns ne connaissait "aucune pression sur ses liquidités et encore moins une crise de liquidités", la prestigieuse maison, vieille de 87 ans, s’est effondrée en trois jours.

Vendredi, constatant qu’elle ne pouvait plus assurer ses obligations de paiement, elle s’est placée sous perfusion de la Banque centrale américaine. Dimanche soir (!), elle était rachetée par sa concurrente JP Morgan pour une somme dérisoire (2 dollars par action, contre un cours de 100 dollars il y a trois mois) lors d’un sauvetage rocambolesque organisé en urgence par le gouvernement américain, la Banque centrale et les deux banques en un week-end.

Pourquoi les autorités ont-elles montré tant d’empressement? Parce que la structure du système financier mondial est celle d’un château de cartes. Les grandes institutions sont inextricablement liées par les prêts qu’elles se consentent mutuellement. Que l’une vienne à faire défaut, et ce sont toutes ses créancières qui sont fragilisées, acculant les plus faibles à la faillite, et ainsi de suite, en quelques heures.

C’est ainsi que Bear Stearns a sombré au lendemain de l’annonce de la faillite du fonds coté de Carlyle, ce "hedge fund" (fonds spéculatif) qui finançait ses opérations auprès, entre autres, de Bear Stearns. Afin d’éviter la poursuite de "l’effet domino", il était nécessaire que Bear Stearns pût, coûte que coûte, assurer ses obligations de paiement, ce qui passait par son adossement à un acteur aux reins plus solides.

2) Aux racines de la crise: l'encouragement à l'immobilier.

Dans les milieux économiques, il est de bon ton de blâmer les responsables de la politique monétaire (Ben Bernanke aux Etats-Unis, Jean-Claude Trichet en Europe), alors qu’ils ont jusqu’à présent, et particulièrement aux Etats-Unis, joué un rôle remarquable et évité que le pire ne se produise. On reproche en particulier à la Banque centrale américaine, et à son ancien président Alan Greenspan, d’avoir alimenté la bulle immobilière en laissant les taux d’intérêt trop bas (1% en 2003).

En réalité, la crise financière est dans une large mesure de la responsabilité politique de l’administration Bush, et viendra encore noircir un bilan déjà bien piteux. Pour le comprendre, il faut revenir sur la source des maux de l’économie américaine.

La crise, on le sait, vient du secteur immobilier. Ici, des courtiers sans scrupule ont accordé des prêts léonins à des ménages qui n’avaient pas les moyens de devenir propriétaires de leurs maisons.

Ce système a été non seulement toléré, mais encouragé par l’administration américaine, via un ensemble de subventions et de garanties apportées aux emprunteurs. Citons, pêle-mêle: la détaxation des intérêts d’emprunt, la détaxation des plus-values immobilières, une garantie d’Etat apportée aux emprunteurs fournissant un apport personnel trop faible, ainsi que la suppression de toutes les régulations dans le secteur du crédit immobilier.

Chacun, dans la "ownership society" chère au président Bush, devait pouvoir devenir propriétaire de sa maison; tous les moyens étaient bons! Slogan foncièrement démagogique: dans une société où les 10% les plus riches ont 48% des revenus (ce qui est le niveau le plus élevé jamais atteint aux Etats-Unis depuis… 1928) et les 10% les plus pauvres seulement 2%, il est mathématiquement impossible que chacun ait les revenus suffisants pour être propriétaire de sa maison...

Il n’empêche. Les exhortations présidentielles et les politiques incitatives qui les accompagnaient ont alimenté une bulle spéculative.

Tout allait très bien, tant que les prix de l’immobilier montaient, et que tout le monde anticipait leur hausse. Les ménages propriétaires pouvaient alors faire valoir auprès de leur banquier que la valeur de leur habitation s’accroissait, donc que leur richesse augmentait, donc qu’ils pouvaient emprunter davantage. C’est ainsi qu’ils contractaient de nouveaux prêts gagés sur la valeur de leur maison pour consommer, ou tout simplement pour s’acquitter des mensualités de leurs autres crédits!

3) Sommes-nous de retour en 1929 ?

Ce système était voué à la faillite dès le retournement des prix de l’immobilier, ce qui s’est produit au cours de l’année 2006. Rapidement, la valeur des habitations est devenue inférieure, pour de nombreux ménages, au montant du prêt qu’ils devaient encore rembourser.

De gré ou de force, ils ont alors dû céder leur habitation à leurs créanciers. Une fois tombées dans l’escarcelle des banques, les maisons ont été remises immédiatement en vente, accentuant la baisse des cours immobiliers...

Cette spirale baissière a également affecté tous les titres financiers qui avaient été construits à partir des crédits immobiliers. Les actifs des banques et de tous les investisseurs les plus exposés à l’immobilier ont ainsi fondu comme neige au soleil. Voilà comment le château de cartes a été ébranlé.

Aujourd’hui, sans l’intervention des autorités américaines, le système bancaire s’effondrerait entièrement. La crise, comme nous le dit Michel Aglietta, professeur de sciences économiques à Nanterre, est dans ses mécanismes et ses effets cumulatifs, aussi grave que celle de 1929. (Voir la vidéo.)

(vidéo)

Ses premières conséquences réelles commencent à se faire sentir brutalement. Au lendemain de son rachat par JP Morgan, Bear Stearns a exprimé l’intention de se séparer de 7 000 salariés, soit la moitié de ses effectifs. Que va-t-il se passer maintenant?

La différence avec 1929 réside dans la réactivité des autorités. Alors qu’il avait fallu attendre l’entrée en fonction de Roosevelt en 1933 pour que le gouvernement s’attaque sérieusement à la crise, en prenant les commandes des banques, la Banque centrale américaine et le gouvernement semblent aujourd’hui déterminés à empêcher, par tous les moyens, une aggravation de la situation et la multiplication des faillites.

Concrètement, cela signifie que les pertes réalisées par les banques seront socialisées, c’est-à-dire assumées in fine par l’Etat, comme l’ont été celles de la Northern Rock en Grande-Bretagne.

Voyez aussi les commentaires sur les nationalisations des banques...

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#157 26-03-2008 01:01:21

Étienne
Message n°3443
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Mettre en cause les traités européens qui sanctuarisent la liberté de mouvements des capitaux
par Frédéric Lordon (L’Humanité)

http://www.humanite.fr/Crise-financiere … n-economie

Crise financière : Entretien avec Frédéric Lordon

"Les gens comprennent très bien que l’harmonie du marché a quelques sérieux ratés quand la Société générale voit s’évaporer 7 milliards d’euros d’un coup."

Face à la crise financière, l’économiste et philosophe Frédéric Lordon appelle à mettre en cause les traités européens qui sanctuarisent la liberté de mouvements des capitaux.

De nombreux commentateurs et éditorialistes mettent la crise financière sur le compte d’une « folie » qui se serait emparée des marchés. Que pensez-vous de ces interprétations ?

Frédéric Lordon. La thèse de la « folie » vaut à peu près ce que vaut celle de « l’immoralité », c’est-à-dire rien. On peine à croire d’ailleurs que la cécité intellectuelle ou l’entêtement idéologique puissent aller jusqu’à une telle nullité de pensée, spécialement au moment où les destructions - financières se produisent là, sous nos yeux, révélant leurs causes les plus évidentes. Le plus étonnant dans cette affaire ne tient presque plus aux événements eux-mêmes - pourtant ô combien spectaculaires ! - mais à l’acharnement de la croyance libérale et à la force du déni.

Si même des catastrophes de cette magnitude ne parviennent pas à dessiller l’escouade des « experts » et des précepteurs de service, on se demande quel degré de convulsion il faudra atteindre pour obtenir d’eux le premier doute… Il faut bien se mettre à leur place cependant : la « folie » et « l’immoralité », c’est tout ce qui leur reste avant d’en arriver à l’indicible mise en question, celle des structures. Car tel est bien, malheureusement pour eux, l’enseignement à vif de la crise : jusque dans l’effondrement, la libéralisation financière demeure parfaitement conforme à son concept.

Ce à quoi nous assistons est le déploiement nécessaire d’une mécanique inscrite au coeur des structures libéralisées de la finance. UBS a perdu 18 milliards de dollars, Merril Lynch, 19 et Citigroup, 21, sans opérations frauduleuses ni Jérôme Kerviel local. Bref, elles ont perdu en jouant, strictement, le jeu de la finance tel qu’il est configuré actuellement. C’est bien cette configuration qui est intrinsèquement l’origine du problème.

Comment peut-on imaginer un seul instant que des opérateurs financiers pourraient renoncer à poursuivre d’extraordinaires opportunités de profit dans un univers qui les démultiplie et leur donne des proportions sans commune mesure avec les gains de l’économie réelle ? Par quel miracle de vertu la Société générale qui, en 2006, tire 23 % de rentabilité des capitaux propres de sa banque de détail pourrait-elle s’abstenir de saisir les 48 % ( !) que lui offre sa banque d’investissement ? Laissez l’économe d’une congrégation bénédictine libre d’aller placer les excédents de la chartreuse sur les marchés et il finira avec des CDO de subprimes…

La crise présente n’a donc rien d’exceptionnel ?

Frédéric Lordon. Entre « trader fou » et hypothèse de « l’accès de folie », tout est fait pour donner à l’événement actuel un statut d’aberration exceptionnelle - un égarement incompréhensible sur fond de parfait bon sens. Mais la « folie » est le régime permanent et nécessaire de la finance libéralisée.

Dans quels mécanismes s’enracine ce fonctionnement de la finance ?

Frédéric Lordon. La finance de marché a la propriété de faire voir, par une sorte d’expérimentation en vraie grandeur, les résultats catastrophiques d’une situation où tous les agents sont simultanément laissés libres de poursuivre frénétiquement leurs - intérêts de profitabilité maximum et placés sous de féroces contraintes de concurrence et d’évaluation - mesure du mérite individuel par l’argent, saine concurrence, évaluation permanente : un rêve sarkozyste…

Dans le champ de la finance, la concurrence est sauvage. C’est le domaine qui a porté le plus loin l’obsession de l’évaluation comparée des performances de tous : annuaires professionnels de toutes sortes multiplient les classements et les hit-parades pour tous les métiers et tous les types d’actifs. Avec des - effets de grande ampleur puisque des mandats de gestion, c’est-à-dire des masses financières considérables, vont être déplacés vers les vedettes du moment.

Du fait même de cette concurrence infernale, dont les tables sont remises à jour sur une base trimestrielle, les agents vivent dans un état d’hystérie permanente. Tout ce qui en réalité, ou en imagination, offre une perspective de rentabilité accrue, et surtout de rentabilité différentielle, sera poursuivi avec acharnement. Cette pression concurrentielle s’articulant à la pleine libération de la pulsion cupide, les efforts désespérés de tous pour dépasser tous entraînent une accumulation collective de risques dont nul n’a le souci puisque chacun n’est préoccupé que de ses intérêts individuels. Seule une pensée indigente - ou complice - peut s’obstiner de voir là un problème de moralité alors qu’il n’est question que de structures.

Comment comprendre la répétition de ces crises financières depuis vingt ans ?

Frédéric Lordon. J’hésite entre deux stratégies : dénoncer l’indigence conceptuelle du couple « moderne »-« archaïque » - sans lequel l’éditorialiste libéral réformateur de base n’est plus capable de construire une seule phrase -, ou bien le retourner contre ses utilisateurs. Car seule une formidable inversion rhétorique peut donner la régression libérale pour un « progrès ».

Sitôt installée, la déréglementation des marchés de capitaux nous a fait faire un bond en arrière de soixante ans puisque le krach de 1987 a non seulement égalé en importance celui de 1929 mais a constitué le premier événement du genre survenu depuis lors. Quant à la panique bancaire de la Northern Rock, il faut carrément remonter à 1866 pour en retrouver l’équivalent. On juge du « progrès » et de la « modernité »… Or la croyance libérale n’en démord pas.

On reste sidéré du bilan dérisoire de la réunion européenne tenue à Londres le 29 janvier. « Tout en préférant des solutions de marché, si les acteurs de marché s’avèrent inaptes à traiter ces problèmes, nous sommes prêts à considérer des solutions de remplacement réglementaires », déclare sans rire le communiqué officiel. Mais cette inaptitude est avérée depuis vingt ans ! La preuve en est cette infernale récurrence de la crise des marchés puisque, depuis 1987, nous n’avons pas la paix plus de quatre ans d’affilée.

Quoique touchant des compartiments différents, et avec sans doute des effets économiques différents, la similitude formelle des crises de 2007 et 2001 est frappante. Même délire spéculatif, mais aussi même carence des agences de notation, même prolifération des structures hors bilans échappant aux contrôles comptables réguliers, et jusqu’au parallélisme des « entités spéciales » - entre les SPV (Special Purpose Vehicle) qui ont coulé Enron en 2000 et les SIV (Special Investment Vehicle) gavés de subprimes de 2007, l’identité est presque parfaite.

Et, bien sûr, les mêmes recommandations de « réintégration des hors-bilans », les mêmes solennelles promesses de transparence et de moralité. Recommandations jamais suivies, promesses jamais tenues, paroles envolées sitôt commencée la bulle d’après.

Vous avez formulé, il y a quelque temps, des propositions pour, dites-vous, « affamer la finance »…

Frédéric Lordon. Il faut bien avoir conscience qu’une fois la formation d’une bulle lancée, il est trop tard. D’abord elle est vouée à crever. Et lorsqu’elle le fera, elle armera instantanément la prise d’otages qui contraindra le banquier central à venir au secours des institutions financières en détresse.

C’est là toute la perversité de la crise financière qui, au-delà d’un certain stade de gravité, crée une situation dite de risque systémique. La densité des engagements croisés entre les banques est en effet telle qu’un défaut individuel peut être propagé de manière foudroyante, au risque de provoquer un collapsus général. Devant l’énormité des conséquences possibles, le banquier central, quelle que soit sa volonté de sanctionner les imprudents, n’a pas d’autre choix que d’intervenir pour leur sauver la mise. Pour sortir de cette situation, il n’y a pas d’autre moyen que… d’éviter qu’elle ne se forme !

Pour asphyxier la bulle ab initio, il faut la priver (d’une partie) de son oxygène : le crédit. À ceci près qu’élever les taux d’intérêt risque de tuer l’économie réelle en même temps que la spéculation. D’où l’idée de taux d’intérêt dédoublés, l’un à destination des seuls agents de l’économie productive, et qui pourra être maintenu aussi bas qu’on veut, pendant que l’autre, à destination des seuls agents de la finance, pourra être relevé aussi haut que nécessaire.

Vous proposez aussi d’instaurer un plafonnement de la rémunération des actionnaires.

Frédéric Lordon. J’ai donné à cette proposition le nom de SLAM - Shareholder Limited Authorized Margin. Il s’agit de plafonner par un écrêtement fiscal la rémunération des actionnaires pour désarmer les incitations du capital actionnarial à intensifier indéfiniment l’exploitation des salariés. Nous ne sommes plus là dans la problématique de la crise de crédit, mais dans celle, plus permanente, de l’emprise de la finance actionnariale sur l’économie. En faire mention ici vaut donc surtout pour dire que, contrairement aux usuelles fins de non-recevoir du genre « il n’y a pas d’alternative » et « de toute façon vous n’avez rien à proposer », des idées pour arraisonner la finance, il commence à y en avoir.

Comment imposer de tels outils de régulation ?

Frédéric Lordon. Toutes les propositions « techniques » sont nulles et non avenues tant qu’elles restent sans force politique. Or, pour sinistre qu’elle soit à bien des égards, la conjoncture présente a au moins l’avantage d’offrir une opportunité sans pareille au rassemblement de cette force et à l’installation de la question financière dans le débat politique. Car c’est au coeur de la crise, et au spectacle de ses formidables destructions de valeur, que les esprits sont frappés.

Les gens comprennent très bien que l’harmonie du marché a quelques sérieux ratés quand la Société générale voit s’évaporer 7 milliards d’euros d’un coup. Il y a là une configuration politique extraordinaire dont il faut impérativement tirer parti.

C’est peut-être le seul bénéfice de ces crises que d’offrir des invalidations en actes et, il faut le dire, à grand spectacle, des thèses libérales de parfaite autorégulation des marchés. Ne pas l’exploiter serait une faute politique qui nous condamnerait à attendre passivement la prochaine secousse - puisque des causes inchangées produiront à coup sûr des effets semblables.

Or, il est temps de dire que cette succession métronomique des séismes financiers - sans doute jusqu’ici rattrapés, mais jusqu’à quand, et à quel prix en termes de croissance et d’emploi ? - nous n’en voulons plus. « Ne plus vouloir », c’est donc viser les causes, c’est-à-dire les structures, et affirmer que leur transformation profonde doit être un enjeu majeur de notre débat politique.

Quelle forme donner concrètement à ce « ne plus vouloir » ?

Frédéric Lordon. J’ai hautement conscience de mes - risibles compétences en matière d’action politique. Mais l’idée de regarder bras ballants le manège repartir pour un tour exactement à l’identique me rend malade, c’est pourquoi je ne peux pas m’empêcher de lancer au moins une idée - et même, pourquoi pas, de la poursuivre.

S’il s’agit de refaire l’agenda du débat public et d’y faire figurer en haut de liste la question financière, ne faut-il pas jouer dans l’opinion un coup « catalytique » pour faire précipiter les multiples réactions individuelles en une idée collective claire et distincte - et en un programme d’action politique ? Je ne vois guère de meilleur moyen pour cela que la pétition. Il faudrait qu’elle soit portée par une pluralité de médias. Mais, surtout, cette pétition devrait impérativement être européenne, et relayée par des titres amis en Allemagne, en Italie, en Espagne et ailleurs. Car c’est bien l’Europe le niveau pertinent où poser de nouveau la question de la libéralisation financière.

Et cela d’autant plus que, honte suprême pour tous les faux-culs qui chantent les louanges de l’Europe « bouclier contre la mondialisation », ce sont les traités européens qui sanctuarisent la liberté de mouvement des capitaux et s’opposent à toute modification significative des structures de la finance. Cette obscénité démocratique - je rappelle que la liberté de mouvement des capitaux s’était trouvée inscrite dans la charte des droits fondamentaux du traité constitutionnel de 2005… -, qui nous prive de la possibilité de remettre la finance à la place que, politiquement, nous voulons lui assigner, donne du même coup son objectif évident à cette pétition : l’article III-56 du traité européen consolidé.

« Toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites » : voilà ce dont nous ne voulons plus. Mettre à bas cet article III-56 est le préalable à toute reconstruction des structures de la finance, c’est-à-dire à tout projet politique de sortie de la configuration présente du capitalisme. Si la présente crise nous en donne l’opportunité et la force, alors elle n’aura pas eu lieu pour rien.


Entretien réalisé par Rosa Moussaoui paru dans l’Humanité du 21 mars 2008

À lire :
Les Quadratures de la politique économique, Paris, Albin Michel, 1997.
Fonds de pension, piège à cons, Paris, Liber, 2000. La Politique du capital, Paris, Odile Jacob, 2002. Et la vertu sauvera le monde, Paris, Liber, 2003. L’Intérêt souverain : essai d’anthropologie économique spinoziste, Paris, La Découverte, 2006.
Spinoza et les sciences sociales. De l’économie des affects à la puissance de la multitude, en collaboration avec Yves Citton, Paris, Éditions Amsterdam, 2008.

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#158 26-03-2008 20:58:03

alainguillou
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Le Paquebot Normandie n'a pas été perdu par le feu, mais par les pompiers!

En effet, toute l'eau destinée à éteindre le feu s'est accumulée dans les superstructures du navire, ce qui, du fait de l'élévation du centre de gravité, produisit une "instabilité fatale"...

l'insuffisance de cloisonnements dans ces superstructure aggrava l'effet, toute l'eau s'accumulant "du côté où çà penchait": ce fut donc un "naufrage à quai" !

De même, "la liberté de circulation des capitaux" et l'arrosage des banques en feu par la banque centrale fonctionnant comme la pompe à billets des "pompiers du capital", voilà l'accumulation du fric "en hauteur: c'est à ce niveau que se relance la spéculation !

...Bon, il faut "cloisonner un minimum" pour freiner le phénomène, avec une "taxe Tobin" qui permettra d'ammortir le "roulis des transactions financière" !

...En tous cas, en fond de cale, c'est sec ! pas étonnant que çà puisse se retourner !


... une « arme miraculeuse » (Aimé Césaire) pour la Résistance(...)contre ce qui endeuille l’être, souille, mutile, brise, l’élan de l’individu vers le « Champ des possibles »...(site de "poesie urgente")

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#159 26-03-2008 21:43:16

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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Le Canard Enchaîné, 26 mars 2008, page 2 :

Il n’y aura pas de « plan de rigueur », a répété Sarkozy sur tous les tons. Et, pourtant, il y a comme un vent de panique qui gagne le plus haut sommet de l’Etat. Le Président et le Premier Ministre jugent, en privé, la situation économique mondiale « gravissime », et plusieurs ministres ont trouvé Sarkozy « préoccupé » au dernier Conseil des ministres.

Il faut dire qu’il n’y a pas lieu de se réjouir. Même si Christine Lagarde s’apprête à annoncer, la bouche en cœur, à ses collègues européens, le 28 mars, une perspective de croissance de 1,8 % à 2 % pour 2008, ces prévisions, déjà revues à la baisse, sont aujourd’hui dépassées. Ses propres experts de Bercy, qui se fondent sur les chiffres de l’INSEE et du FMI, tablent sur une croissance comprise entre 1 % et 1,5 %. Rappelons que le budget 2008 a été bâti sur l’hypothèse d’une croissance de 2 % à 2,5 %.

Du coup, les promesses du candidat Sarkozy de baisser de 4 points les prélèvements obligatoires (environ 68 milliards d’euros) ont toutes les chances de rejoindre celles de Chirac dans les oubliettes de l’Histoire. La question est surtout de savoir si lesdits impôts et les contributions sociales ne vont pas augmenter.

L’heure est plus que jamais à la réduction des dépenses. « Jusqu’à 7 milliards de crédits », affirme-t-on dans les couloirs de Bercy. Un objectif qui correspond au montant des sommes gelées au début de l’année par Eric Woerth, mais qui a déjà été mangé par les petits cadeaux distribués ici et là par Sarkozy au cours de ses pérégrinations.

Pour se rassurer, Sarkozy ne peut pas compter sur ses conseillers. A l’Elysée, c’est à qui broiera le plus de noir. « Nous sommes condamnés à faire le gros dos devant les mouvements sociaux », se résigne l’un.

« C’est une situation qu’on n’a pas connue depuis les années 30, renchérit l’autre. Il est possible que le monde connaisse une guerre économique, monétaire et sociale. » Et tout ça sans marge de manœuvre.

« C’est fichu. Il est impossible de sortir du carcan européen », soupire l’un.

« Il n’y a pas de levier monétaire, plus de levier fiscal, plus de levier budgétaire », se lamente son collègue de bureau. Et le même de résumer : « Il va nous falloir gérer une inflation plus forte, alors que les salaires progressent peu. Ce qui nous attend est terrible. »

Mais du moment que Christine Lagarde conserve le sourire.

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#160 27-03-2008 07:38:48

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Bonjour

Je relaye un message d'une cinquantaine d'économistes en colère contre la dérégulation des mouvements de capitaux imposée par les institutions européennes :

Ce jeudi est lancée dans un ensemble de médias européens une pétition appelant à une réaction politique contre la finance libéralisée dont nous ne voyons que trop les dégâts. Cette pétition réclame l'abrogation de l'article 56 du traité européen tel qu'il interdit toute restriction à la liberté de mouvements des capitaux. L'abrogation de cet article nous semble le préalable à toute reconstruction des structures de la finance.

Cette pétition est lancée à l'initiative d'un collectif d'économistes européens. Elle est relayée par :
L'Humanité, Le Monde Diplomatique, Politis, Là bas si j'y suis, Flamman (Suède), Trybuna Robotnicza (Pologne), Publico (Espagne), Il Manifesto (Italie), Die Tageszeitung (Allemagne).

Cette pétition est sur
  http://www.stop-finance.org

Il faut maintenant la faire connaître -- et signer ! -- du plus grand nombre de citoyens européens possible ! Tout ce que vous pourrez faire pour la diffuser sera d'une aide inestimable.


[Ajout d'Étienne] Merci André-Jacques smile J'ai relayé l'info sur la partie blog également :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/f … -ca-suffit

Voici le texte proposé à la mobilisation générale :

Spéculation et crises : ça suffit !

La finance déréglementée détruit les sociétés. Silencieusement, au quotidien, quand les actionnaires pressurent les entreprises, c’est-à-dire les salariés, pour en extraire davantage de rentabilité, au Nord comme au Sud. À grand spectacle et avec fracas dans les crises aiguës où se révèlent brutalement les invraisemblables excès de la cupidité spéculative et leur contrecoup sur l’activité et l’emploi. Chômage, précarisation, accroissement des inégalités : les salariés et les plus pauvres sont voués à faire les frais soit de la spéculation, soit des nuisances du krach qui s’ensuit.

Depuis deux décennies, le cours de la finance mondiale n’est qu’une longue suite de crises : 1987, krach boursier ; 1990, crise immobilière aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ; 1994, krach obligataire américain ; 1997 et 1998, crise financière internationale ; 2000-2002, krach internet ; 2007-2008 enfin, crise immobilière et peut-être crise financière globale.Pourquoi une telle répétition ? Parce que toutes les entraves à la circulation des capitaux et à l’« innovation » financière ont été abolies. Quant aux banques centrales qui ont laissé enfler la bulle, elles n’ont plus d’autre choix que de se précipiter au secours des banques et des fonds spéculatifs en mal de liquidités.

Nous n’attendrons pas la prochaine crise sans rien faire et ne supporterons pas plus longtemps les extravagantes inégalités que la finance de marché fait prospérer ni les dangers qu’elle fait courir à tous. Parce que l’instabilité est intrinsèque à la déréglementation financière, comment les dérisoires appels à la « transparence » et à la « moralisation » pourraient-ils y changer quoi que ce soit – et empêcher que les mêmes causes, de nouveau, produisent les mêmes effets ? Y mettre un terme suppose d’intervenir au cœur du « jeu », c’est-à-dire d’en transformer radicalement les structures. Or, au sein de l’Union européenne, toute transformation se heurte à l’invraisemblable protection que les traités ont cru bon d’accorder au capital financier.

C’est pourquoi nous, citoyens européens, demandons l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société. Et nous demandons également que soit restreinte la « liberté d’établissement » (art. 48) qui laisse opportunément au capital la possibilité de se rendre là où les conditions lui sont le plus favorables, et permettrait ici aux institutions financières de trouver asile à la City de Londres ou ailleurs.

Si par « liberté » il faut entendre celle des puissances dominantes, aujourd’hui incarnées dans la finance, d’asservir le reste de la société, disons immédiatement que nous n’en voulons pas. Nous préférons celle des peuples à vivre hors de la servitude de la rentabilité financière.


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

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