Forum du plan C : pour une Constitution écrite par et pour les Citoyens

Ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.
Les membres de l'Assemblée constituante doivent être tirés au sort
et, bien sûr, inéligibles aux fonctions qu'ils instituent eux-mêmes.

Vous n'êtes pas identifié.

Bienvenue :o)

Bonjour :o)
Ici, depuis le 1er janvier 2006, nous parlons d'un sujet que les politiciens de métier voudraient bien garder pour eux : nous parlons de la Constitution, de ce texte absolument fondamental pour tous les citoyens (et pourtant complètement négligé par eux), de ce texte qui pourrait nous protéger tous contre les abus de pouvoir si nous le faisions nôtre au lieu d'en abandonner la maîtrise à ceux-là mêmes qu'il est censé contrôler.
Nous discutons principe par principe, méthodiquement. Nous avons d'abord suivi le plan de mon document "Les grands principes d'une bonne Constitution", mais nous avons ensuite élargi nos thèmes à partir de vos réflexions, critiques et suggestions. C'est simplement passionnant. Ce que nous avons mis au clair sur la monnaie, sur le vote blanc, sur les vertus méconnues du tirage au sort et sur le référendum d’initiative populaire, par exemple, est enthousiasmant.
Le prolongement de cette réflexion constituante, c’est d’écrire enfin nous-mêmes un exemple de constitution, article par article. C’est ce qui se passe sur la partie wiki-constitution de ce site. Je vous invite à venir y participer également, ne serait-ce que sur un article ou deux. Vous verrez, c’est passionnant ; on sent vite qu’on est là sur l’essentiel, sur la seule vraie cause (et aussi la solution !) de nos impuissances politiques.
C’est un projet pédagogique en quelque sorte, un objet concret, réel, qui montre que 1) c'est possible : des hommes dont ce n'est pas le métier peuvent écrire une Constitution, et 2) c'est beaucoup mieux : quand ils n'écrivent pas des règles pour eux-mêmes, quand ils n'ont pas un intérêt personnel à l'impuissance des citoyens, les délégués constituants écrivent les règles d'une authentique démocratie. Merci à tous pour ce travail formidable.
Amitiés. Étienne.
[19 août 2012 : ATTENTION : pour cause de spam ultra-actif mi 2012, je FERME la possibilité aux nouveaux venus de créer un compte sans moi : il faut m'écrire à etienne.chouard@free.fr (EN ME DONNANT LE PSEUDO QUE VOUS VOULEZ) et je créerai votre compte à votre place. Il faudra ensuite venir ici pour définir un nouveau mot de passe. Désolé, mais les spammeurs deviennent infects et je n'ai pas le temps de gérer les spams (je préfère vous aider un à un à nous rejoindre). Au plaisir de vous lire. ÉC]

#641 27-01-2009 20:52:24

Instit
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

De 1981 à 1995, François Mitterrand a consulté le peuple français deux fois :

- 6 novembre 1988 Autodétermination de la Nouvelle-Calédonie : adoption.

- 20 septembre 1992 Ratification du traité de Maastricht : adoption.

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#642 27-01-2009 22:42:28

orbi
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

oui, et donc il y a eu accord des deux chambres, sur l'organisation des deux référendums.

pour le référendum éventuel sur la monnaie, il faudra gagner l'assemblée nationale ( ce que vous faites donc en 2012) , puis il faudra  attendre aussi pour gagner le Sénat. 
C'est peut être pas pour tout de suite. Bon courage.!!

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#643 28-01-2009 07:21:21

Instit
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Orbi écrit : " oui, et donc il y a eu accord des deux chambres, sur l'organisation des deux référendums. "

Mais non ! L'accord des deux chambres n'est pas du tout obligatoire pour organiser un référendum !

Ou avez-vous vu cela ?

En réalité, le président de la République peut organiser un référendum EN SUIVANT DEUX PROCEDURES AU CHOIX :

1- Première procédure : sur proposition conjointe des deux assemblées. En clair : l'Assemblée Nationale et le Sénat proposent au président de la République d'organiser un référendum.  Selon l'article 11 de la Constitution française, le président de la République n'est pas du tout obligé d'accepter cette proposition de référendum : il peut refuser la proposition des deux chambres d'organiser un référendum.

2- Seconde procédure : sur proposition du Gouvernement. En clair : imaginons 2012.

Election présidentielle en mai 2012. Un nouveau président est élu sur ce programme : " Il faut sortir de l'Union Européenne. Il faut revenir à la monnaie de la France, le franc. "

Election législative en juin 2012. Une nouvelle majorité est élue à l'Assemblée Nationale sur ce programme : " Il faut sortir de l'Union Européenne. Il faut revenir à la monnaie de la France, le franc. " Un nouveau gouvernement est formé. Le président de la République nomme le Premier Ministre et les autres membres du Gouvernement. Aussitôt, ce nouveau gouvernement applique son programme.

Le Sénat est de droite. Et alors ? Qu'est-ce que ça peut f... ?
1981-1986 : la gauche applique son programme de gauche (le Sénat de droite s'écrase).
1988-1993 : la gauche applique son programme de gauche (le Sénat de droite s'écrase).
1997-2002 : la gauche applique son programme de gauche (le Sénat de droite s'écrase).

Concernant le référendum :

Article 11 :

Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la
durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au
Journal officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur
l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique
économique ou sociale de la Nation et aux services publics qui y concourent, ou
tendant à autoriser la ratification d’un traité qui, sans être contraire à la
Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions.

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#644 28-01-2009 11:28:02

orbi
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Message n°6341
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

De fait, je suis d'accord.

J'avais aussi suivi cette idée de l'article 11 pour proposer une révision de la constitution par "un président courageux".  Voir mon article sur cette question référendaire  du  5 juin 2006.

http://changerlarepublique.over-blog.co … 21706.html

Donc allez y !!  Il vous reste à trouver ce Président de la République  pour sortir de l'Union Européenne.

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#645 28-01-2009 12:39:30

Zolko
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Instit a écrit:

En 1981, les horribles socialo-communistes ( ! ) ont appliqué le programme pour lequel ils avaient été élus et le Sénat s'est écrasé.

Pendant 2 ans: ils ont rongé leur frein, ont saboté en douce toutes les décisions, et 2 ans après, tout est redevenu comme avant. Quant-au gouvernement Jospin de 1997, c'est celui qui a le plus privatisé de tous les temps: c'est certain que le Sénat (de droite) n'allait pas s'y opposer. C'est ça que vous recherchez ?

AJH a écrit:

je pense qu'à l'heure actuelle il vaut mieux espérer que l'article 104 soit simplement abrogé et que la BCE puisse financer directement les Etats de la zone euro.

Soyons clairs: si l'objectif est réellement de "Reprendre le pouvoir sur notre monnaie", la BCE qui prête aux États nationaux est la solution la plus simple et la plus rapide. Il faut "juste" trouver le mécanisme qui évite que les pays sobres payent pour les pays dépensiers. Sinon, effectivement, l'Allemagne n'acceptera jamais ce financement... et je la comprends. Moi-même, je n'ai AUCUNE envie de financer la dette que les gouvernement français successifs ont empilés depuis 20 ans pour acheter les voix des citoyens ayant le pouvoir de nuisance le plus grand (routiers, banquiers, pêcheurs...). Et ceci serait autant vrai avec une monnaie franco-française.

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#646 28-01-2009 14:11:38

Instit
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Mais où avez-vous vu que Mitterrand et ses gouvernements de gauche n'avaient pas pu appliquer leur programme ?

Mais où avez-vous vu que Mitterrand avait été empêché de faire quoi que ce soit par le Sénat ?

Où ?

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#647 28-01-2009 14:34:20

orbi
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Message n°6347
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Pour moi le sénat ne sert à rien, sauf qu'il a un pouvoir c'est de bloquer les revisions instituionnelles, si elles ne lui plaisent pas .

Le Sénat a un droit de veto sur les revisions constitutionnelles.  Mais il reste la possibilité de l'Article 11 pour un président qui estimerait qu'il n'a pas à saisir le parlement d'un projet de référendum.

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#648 28-01-2009 15:51:03

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Jacques Roman a écrit:

De simples lois ?

Instit (et Étienne accessoirement).

Je me permets de vous rappeler qu'en vertu de l'article 55 de notre constitution "les traités ou accords internationaux régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l'autre partie".

Par conséquent, les mesures que vous proposez explicitement ou implicitement ne peuvent pas être prises par une "simple loi" : il faudrait d'abord soit renégocier les traités existants avec les autres États membres et obtenir leur consentement unanime, soit réviser l'article 55 de la Constitution en précisant les exceptions qu'on pourrait faire à cet article.  Ces deux options me paraissent exclues.

Il y aurait une troisième option : faire la révolution.  JR

Cher Jacques :

Les traités sont dénoncés depuis la nuit des temps sans le moindre problème, dès que la volonté politique (et les intérêts des privilégiés, le plus souvent) l'imposent.

Dès que nous seront sortis de l'UE, il faudra évidemment dénoncer aussitôt tous ces traités, qui sont autant de trahisons du peuple.

Tous les abandons de souveraineté sans Assemblée constituante et sans Référendum sont de honteux abus de pouvoir : la souveraineté n'appartient pas aux élus, qui n'en sont que les dépositaires temporaires et qui ne peuvent en déposséder le peuple pendant le temps de leur mandat sans le trahir gravement.

Étienne (26/1 - 23h15)]

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#649 29-01-2009 23:33:34

Étienne
Message n°6376
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Banquiers complices de la maffia partout dans le monde...

Bonjour à tous.

Sur son blog, le directeur général du Bureau des Nations unies sur les drogues et la criminalité (UNODC), l’italien Antonio Mario Costa dénonce carrément la complicité entre le crime organisé et le système financier

Bashing the Bankers
Posted : 19 November 2008

Bankers are getting a run for their money these days. Their greed, arrogance and deception have shaken people's confidence in their profession and the trust of the institutions that conspired with them to cause the crisis -- hedge and investment funds, insurance companies, rating and audit agencies. During September and October, within about 60 days, the world's financial architecture as constructed in the past 60 years, collapsed. And we are just at the beginning of the drama, as jobs, markets, revenues and production are also being destroyed by the crisis.

Complicity with evil?

Not only have bankers created monstrous financial instruments whose size, complexity and ownership nobody could understand or master. So many of them have engaged in something both stupid and diabolic. They have allowed the world's criminal economy to become part of the global economy. Investment bankers, fund managers, commodity traders and realtors - together with auditors, accountants and lawyers - have assisted syndicates to launder the proceeds from crime and become legitimate partners to business. In most cases the predicated crime was mafia-type: namely, violence against individuals, business and property. In other cases the predicated crime was corruption: namely, a silent yet pernicious violence against national treasuries and against public services that remain unfunded.

Greedy banks have taken in and hidden this blood money. Complex financial instruments have made financial markets deliberately less transparent and more accessible to wrong-doing. Thanks to bankers, accountants and lawyers, criminal groups have become multinational corporations: a sort of mafia borghese, or white collar syndicate. Today, the financial crisis is providing an extraordinary opportunity for even greater mafia penetration of cash-strapped financial houses: with the banking crisis choking lending, these cash-rich criminal groups have emerged as the only sources of credit. Nobody seems to have challenged Roberto Saviano's assertion, made in the book and film Gomorra, that "it is not the Camorra that chooses finance, it is finance that chooses the Camorra".

In other words, the world today is facing more than one type of economic crime, the result of more than one compromise between bankers and their conscience. How can we help?

(Lire la suite sur le site du Bureau des Nations unies sur les drogues et la criminalité, UNODC…)

En français, sauf erreur :

« Les banquiers ont non seulement créé des instruments financiers monstrueux dont la taille, la complexité et la propriété restent incompréhensibles, mais nombre d’entre eux se sont lancés dans quelque chose de stupide et de diabolique : ils ont permis à l’économie criminelle d’intégrer l’économie mondiale.

Les banques d’affaires, les gestionnaires de fond et les opérateurs, associés aux auditeurs, aux comptables et aux avocats, ont aidé les mafias à blanchir les revenus du crime et à devenir des partenaires d’affaires ‘réglos’. La plupart du temps, ces crimes sont de type mafieux, violentant des individus, des sociétés ou des propriétés. Dans d’autres cas, il s’agit de corruption : une violence silencieuse et pernicieuse contre les fonds gouvernementaux et les services publics qui restent sous-financés.

Les banques avides ont pris et dissimulé cet argent entaché de sang. Les instruments financiers complexes ont délibérément rendu les marchés financiers moins transparents et plus accessibles aux malversations. Grâce aux banquiers, aux comptables et aux avocats, les groupes criminels sont devenus des sociétés multinationales : une sorte de mafia bourgeoise, de syndicat du crime en col blanc.

Aujourd’hui, la crise financière est l’occasion extraordinaire d’une plus grande pénétration par la mafia des établissements financiers qui se retrouvent à court de cash : avec la crise bancaire qui a étouffé le crédit, ces groupes criminels, fortement pourvus en cash, sont devenus la seule source de crédit.

Personne ne semble avoir contesté les affirmations de Roberto Saviano dans son livre et son film Gomorra, affirmant que ‘ce n’est pas la Camorra qui va à la finance, mais la finance qui vient  la Camorra’ ».

__________________

Pour ma part, je proteste évidemment que des milliers de milliards soient prêtés ou donnés par nos prétendus « représentants » aux banquiers (blanchisseurs) alors qu’au contraire, les mêmes prétendus « représentants » refusent toute aide significative aux simples humains.

Et quand les chiens de garde du système répliquent, indignés : « Mais, espèce d’irresponsable que vous êtes, il fallait bien sauver les économies des pauvres gens !!! » (Ah ! les philanthropes…), je réponds qu’on aurait dû effectivement sauver les banques, mais sans oublier de jeter les banquiers (et leurs complices) en prison, après avoir confisqué tous leurs biens mal acquis, ce qui n’aurait nullement compromis le sauvetage en question, au contraire.

Mais nos représentants ont oublié ce détail.

Le scandale du siècle, plus que la faillite du système de croissance à crédit que nous ont imposé les médias vendus aux privilégiés, c’est l’impunité des plus grands voleurs, l’impunité des personnes physiques.

Cette escroquerie financière rejoint l’escroquerie électorale qui permet aux plus riches d’acheter nos élus (via le financement des campagnes électorales et l’appropriation des médias faiseurs d’opinion).

________________

Une voie inexplorée :

Il me semble avoir repéré que notre impuissance politique est écrite quelque part.

Elle est comme programmée.

Ça se passe au plus haut niveau du droit, à un endroit dont, bizarrement, tout le monde se désintéresse totalement.

C’est « trop compliqué », dit-on.

Notre impuissance politique à tous est programmée dans la Constitution (la française et l’européenne, c’est tout comme).
Relisez-la et, au-delà des bonnes intentions (sans force contraignante !) affichées en introduction, cherchez un seul vrai moyen juridique pour les citoyens de résister à un abus de pouvoir politique ou économique.

Il n’y en a pas.

Mais.

QUI donc a ÉCRIT cette constitution ?!

Posez-vous la question.

Vous avez l’explication.

Et la solution.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir.

Ne laissez pas les hommes des partis s’imposer dans le processus constituant.

En effet, même sincèrement dévoués au bien public (ça existe encore), en cette occurrence précise, au moment d’écrire les limites de leur propre pouvoir (et de celui de leurs amis), ces personnes-là ont un intérêt personnel contraire à l’intérêt général.

Imposez la stricte séparation du pouvoir constituant et des pouvoirs constitués.

Et résistez à la haine que cette position déclenchera immanquablement (et logiquement) chez les voleurs de pouvoir, ceux qui nous tiennent si soigneusement à l’écart des décisions politiques.

Amitiés.

Étienne.

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#650 01-02-2009 08:38:38

Sandy
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Hier avait lieu le 2ème jour du congrès fondateur du PG créé par Jean Luc Mélenchon et Marc Dolez, des dissidents du parti socialiste.
Ils devaient aborder les textes d'orientation politique et discuter notamment un amendement sur la restitution du pouvoir de création monétaire aux citoyens.
Cet amendement a été rejeté. Je n'ai malheureusement pas plus de détails que cela sad

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#651 01-02-2009 10:02:58

Étienne
Message n°6396
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sandy,

Jacques Généreux — un homme attachant dont j'apprécie la compétence économique, les vertus pédagogiques, l'esprit subtil et enjoué, la profondeur philosophique, la modestie, et surtout un humanisme jamais pris en défaut — a quitté le PS pour entrer au Parti de Gauche.

On pourrait peut-être lui poser la question sur son blog.

neutral

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#652 01-02-2009 13:24:55

Sandy
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Message n°6397
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Bonne idée.

Je vous invite fortement si vous avez le temps.
Au moins il sera familier avec la question vu qu'elle a été abordée et qu'il s'est déjà exprimé dessus.
Et puis vous saurez peut être être plus convaincant.

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#653 06-02-2009 10:26:46

Étienne
Message n°6424
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sarko : «Les prêts aux banques rapportent 1,4 milliard.» Faux !
Mise au point par Philippe Cohen, dans Marianne :
http://www.marianne2.fr/Sarko-Les-prets … 74745.html

En déclarant que les prêts consentis par l'Etat aux banques rapporteront 1,4 milliards, le Président de la République a commencé par émettre une contre-vérité  évidente [un mensonge de plus, oui ; il faut appeler les choses par leur nom. ÉC] pour les connaisseurs. Explication.

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/RapprochementDesPrimesDeRisque_BNP_EtatFrancais.jpg

« La crise est suffisamment dure pour qu’on ne mente pas aux Français», a dit d’entrée de jeu le Chef d’état. Moyennant quoi il a immédiatement enchainé par une contre-vérité : «les prêts aux banques ne vous a pas coûté un centime d’euro : les 25 milliards d’euros prêtés aux banques rapporteront à la France 1,4 milliards d’euros à la fin 2009.»

Eh bien, cette assertion est fausse, pour deux raisons :

1°) L’argent que l’état prête aux banques n’existe pas dans ses caisses. La France est donc obligée de l’emprunter sur les marchés. Les experts considèrent que le taux auquel la France emprunte représente à peu près la moitié de celui auquel elle prête aux banques. Le prêt ne rapporte donc pas 1,5 milliards mais la moitié, 700 milions.

2°) Au-delà de ce calcul comptable, on pourrait montrer que les prêts consentis par l’Etat aux banques affaiblissent considérablement la crédibilité du pays. Autrement dit, en prêtant aux banques, l’état transfère le risque, ce que les marché sanctionnent immédiatement en augmentant le taux auquel la France peut emprunter, comme on peut le constater sur le schéma qui ouvre cet article.


Au total, la décision de prêter aux banques ne rapporte en réalité pas grand chose au pays, ce qui ne veut pas dire qu’il ne fallait pas le faire, pour, comme l’a dit le Président, sauver l’épargne des Français ou permettre aux banques de continuer à exercer leur métier.

Jeudi 05 Février 2009 - 20:39
Philippe Cohen et Emmanuel Lévy

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#654 06-02-2009 10:51:48

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Banquiers voleurs, récidivistes et impunis, dénoncés par le Financial Times

Paul Jorion vient de signaler un article intéressant :
http://www.pauljorion.com/blog/?p=1824

Un excellent article de mon amie Janet Tavakoli (j’ai déjà eu l’occasion de la citer ici et dans mes livres) dans le Financial Times d’aujourd’hui. Quelques morceaux choisis :

Les banques d’affaires et les hedge funds transformèrent le risque financier en crack financier grâce à l’effet de levier.

Les huiles qui enflaient les bulles de crédit auto-attribué mirent en accusation les faiblesses des modèles. Mais l’interprétation fautive du hasard est une diversion par rapport à ce qui constituait le véritable problème : l’intention de nuire.

Les financiers ainsi que les professionnels de la finance structurée n’ignoraient pas le danger qui se cachait dans les prêts à risque. Et pourtant ils allèrent encore plus loin. Les tranches risquées - celles dont les professionnels savaient qu’elles finiraient aux profits et pertes - furent utilisées dans d’autres produits consolidés que leurs copains “géraient” d’un côté dans un fond ouvert au public et de l’autre vendaient à découvert dans leurs propres hedge funds.

Le problème ne résidait pas dans les queues des distributions statistiques (outliars) mais dans la capacité de l’industrie financière à tenir en respect la foule de ses menteurs (liars).

Il n’existe pas d’explication innocente de la plupart des titres créés et vendus par les banques d’affaires. Ils furent conçus comme des conduits pour canaliser les pertes.

Aucun cygne, de quelque couleur que ce soit ne fut impliqué.

Pendant ce temps-là, le fait qu’en réalité aucun financier ne se retrouve devant les tribunaux n’a pas échappé à tout le monde. Serait-il possible que les banques chinoises se montrent moins coopératives vis–à–vis des États–Unis parce que Wall Street les a roulées dans la farine ?

Vos commentaires : http://www.pauljorion.com/blog/?p=1824

Étienne.

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#655 06-02-2009 12:12:55

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Le B-A-BA de la crise des subprimes

http://www.rue89.com/files/subprimesRue89.pdf

Une bande dessinée très claire (et parfois très drôle).

C'est un peu ancien, mais c'est bon.
Un utile rappel.

hmm

Étienne.

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Cestunebanquequilefera.jpg




(...)

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/TaMere.jpg

smile

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#656 06-02-2009 13:06:04

Sandy
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Message n°6427
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Bonjour Sarkozy dit que cela ne coûte rien aux français mais comment est-ce possible ?

En combien de temps les banques vont-elles rembourser ?

Cet argent va bien augmenter les déficits de l'état non ?

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#657 11-02-2009 17:05:21

NingúnOtro
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

http://www.relfe.com/plus_5_french.html

Juste pour raffraichir la mémoire...

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#658 23-02-2009 22:13:17

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/PlanB_Les_choses_sont_plus_complexes.jpg

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#659 12-03-2009 17:13:28

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Je suis un peu hors sujet en signalant ici cette "cyber@ction"

Cyber @ction 306: Pour Inscrire la refondation du système monétaire international  à l'ordre du jour du prochain G20

Pour participer 1 simple CLIC  ICI suffit http://www.cyberacteurs.org/actions/lettre.php?id=382

Dans le prolongement de la cyber @ction 281 : Pour que l'argent nous serve au lieu de nous asservir !

Nos partenaires nous proposent une nouvelle interpellation du Président de la République

Monsieur le Président

La refondation du système monétaire international doit être incluse à l'ordre du jour de la réunion du G20  à Londres en avril prochain.

Nous espérons que vous avez connaissance des propositions comme celles de  Hazel Henderson (USA), James Robertson (UK) ou Maurice Allais (FR).

L’origine même de la monnaie est à la base de toute architecture financière. A ce jour c'est la sphère privée qui détient le pouvoir de création monétaire, et cette création de monnaie temporaire est porteuse d'intérêts qui appauvrissent la société ; les États ou collectivités publiques eux-mêmes n’ont plus la possibilité de se financer directement auprès de leur Banque Centrale (art.  104 du Traité de Maastricht ou 123 du Traité de Lisbonne). Ces intérêts considérables que le système actuel de création monétaire impose de payer aux détenteurs de la dette, nécessite de transférer chaque jour, rien qu’en France,  plus de 120 millions d’euros du public aux détenteurs privés des titres de dette,  pour les  seuls intérêts.

Les crises financière et écologique actuelles ne sont pas de simples « incidents de parcours conjoncturels » dont on sortira en utilisant les « recettes  classiques », elles sont systémiques, et la conséquence directe de la pensée qui sous-tend nos modes de production, de consommation, de répartition de la richesse et particulièrement de la création monnaie.

L'humanité est entrée dans une ère nouvelle dont il convient d'écrire officiellement les premières lignes. Le prochain G20 offre cette opportunité. Au nom du peuple que vous représentez,  exigez que cette question soit au centre des réflexions, à la lumière des propositions qui existent déjà, telles que :
- celle qui consiste  à nationaliser (ou plutôt « européaniser » puisque c’est l’euro qui nous importe), la création de monnaie elle-même, en interdisant aux établissements privés de procéder à cette création payante.
-  celle qui consiste en la création d'une unité de compte internationale émise par une nouvelle autorité monétaire internationale et co-existante avec les monnaies nationales. Elle servirait de devise unique pour les échanges internationaux et serait source de financement gratuite pour les programmes d'utilité sociétale

Veuillez croire, Monsieur le Président, à l’expression de notre haute considération
Aidez-nous dans notre action en participant à cette cyber @ction
Merci aussi de diffuser largement cet appel.

L'équipe "public-debt.org »
Alain Uguen Association Cyber @cteurs

COMMENT AGIR ?

Sur le site
Cette cyber @ction est signable en ligne


Par courrier électronique
C'EST FACILE : A VOUS DE SUIVRE LES 6 ETAPES SUIVANTES :

1- Copiez LE TEXTE À ENVOYER ci-dessous entre les ############
2- Ouvrez un nouveau message et collez le texte
3- Signez le : prénom, nom, adresse, ville
4- Rajouter l'objet de votre  choix : Inscrire la refondation du système monétaire international  à l'ordre du jour du prochain G20
5- Adressez votre message aux  adresses suivantes :
petitions1@www.elysee.fr
cyberacteurs@wanadoo.fr

Cliquer ici :
<mailto:cyberacteurs@wanadoo.fr;petitions1@www.elysee.fr>

<mailto:cyberacteurs@wanadoo.fr,petitions1@www.elysee.fr>

Vérifiez que les 2 adresses apparaissent bien

rajoutez l'adresse de votre député que vous trouverez ici
http://www.cyberacteurs.org/actions/institutions.php

6- Envoyez le message

Cette cyber @ction est aussi signable en ligne
http://www.cyberacteurs.org


Par cette action, vous ferez connaître votre opinion au Président de la République et à Cyber @cteurs pour nous permettre d'évaluer l'impact de cette action.

====================
Prénom NOM
profession
adresse
code postal ville

Monsieur le Président de la République,

La refondation du système monétaire international doit être incluse à l'ordre du jour de la réunion du G20  à Londres en avril prochain à la lumière des propositions qui existent déjà, telles que :
- celle qui consiste  à nationaliser (ou plutôt « européaniser » puisque c’est l’euro qui nous importe), la création de monnaie elle-même, en interdisant aux établissements privés de procéder à cette création payante.
-  celle qui consiste en la création d'une unité de compte internationale émise par une nouvelle autorité monétaire internationale et co-existante avec les monnaies nationales. Elle servirait de devise unique pour les échanges internationaux et serait source de financement gratuite pour les programmes d'utilité sociétale

Veuillez croire, Monsieur le Président, à l’expression de notre haute considération
====================

Donner à Cyber @cteurs, c’est donner du pouvoir à votre souris       D'avance, MERCI ! Faire un don en ligne

* * * * * * * * * *
Association Cyber @cteurs
C/O Alain Uguen 152 rue F.Pelloutier 29000 Quimper
Tél : 02 98 90 05 94


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#660 12-03-2009 17:30:37

Zolko
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

AJH a écrit:

Pour Inscrire la refondation du système monétaire international  à l'ordre du jour du prochain G20

Il me semble que c'est déjà le cas, et c'est bien ce qui m'inquiète: qui pense réellement que la bande de voleurs qui a profité du système qui s'effondre vont tout d'un coup organiser un nouveau système juste et équitable ?

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#661 12-03-2009 17:36:00

AJH
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Message n°6589
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@Zolko

Oui, alors, on fait quoi?


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#662 12-03-2009 18:11:14

Zolko
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Message n°6591
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

AJH a écrit:

Oui, alors, on fait quoi?

Plan C !!! Une fois que des citoyens "normaux" ont un accès aux organes du pouvoir européen (l'€uro est européen) on fait un appel pour que les gens se ruent sur leurs banques, qui font faillite en cascade, et HOP ! on les nationalise. (si des gros groupes industriels se retrouvent en faillite aussi, on les nationalise aussi. Pas de quartiers).

Ensuite, on édicte les règles de création monétaire en Europe, les autres, ils font ce qu'ils veulent. De toutes façons, la monnaie est un problème double: légal (pour payer les impôts) et commercial (avec des acteurs qui utilisent éventuellement aussi d'autres monnaies). Il n'y a donc pas une bonne solution unique, ce qu'il faut c'est un écosystème, une diversité de monnaies qui fluctuent, et y compris qui de créent et/ou qui s'effondrent.

Ensuite, on revend certaines entreprises nationalisées et l'état gagne de l'argent. Seuls les actionnaires actuels seront lésés, mais des millions seront gagnants (on parle démocratie ou non ?)

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#663 12-03-2009 18:29:55

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Zolko

J'ai l'impression que tu zappes un peu les conséquences de faillites bancaires et industrielles sur la population. Pour ma part, je ne suis pas partant pour nationaliser les banques, mais je pense qu'il faudrait nationaliser la monnaie.

Second point: le but d'un Etat n'est pas de gagner de l'argent mais de répartir: il peut très bien le faire en augmentant simplement les impôts.


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#664 15-03-2009 00:35:01

Zolko
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

AJH a écrit:

J'ai l'impression que tu zappes un peu les conséquences de faillites bancaires et industrielles sur la population.

Pas du tout, j'estime simplement que les alternatives sont bien pires: guerre mondiale ou hyperinflation.

Selon ce que j'ai compris, le système financier "occidental" est un gigantesque système pyramidal (Ponzi scheme) où les apports - réels - des nouveau entrants servent à payer les intérêts de ceux qui sont déjà là (à travers la création monétaire grâce à la réserve fractionnaire et aux intérêts perçus dessus: seulement le principal est créé, pas les intérêts dessus, donc l'argent de l'intérêt doit être emprunté aussi, qui devient le principal de l'emprunt suivant qu'il faut rembourser avec intérêts aussi, ...: c'est un système pyramidal exemplaire, les historiens le citeront pendant longtemps). D'après ce que j'ai lu, il y a environ 50 trillions d'argent en spéculation (les CDS et CDO ?) ce qui représente 3 fois la production mondiale, ou 10 fois la production occidentale. Les Chinois viennent de le comprendre, et le BRIC (Brésil-Russie-Inde-Chine) a déjà dit qu'ils ne se satisferont pas de sparadrap et de strapontins au G20: la fête est finie, le prochain domino à tomber est le Royaume-Uni, en été 2009. La seule chose qui nous sépare désormais du chaos sont les élections européennes de juin 2009. Vous ne pourrez pas dire que vous n'avez pas été prévenu. Réfléchissez à ce que vous direz à vos enfants quand ils vous demanderont: "Mais Papa, tu faisais quoi pendant que le système s'effondrait ?"

Il y a 10 fois trop de dollars en circulation. Il y a 3 solutions pour cela:
- guerre mondiale
- hyperinflation
- ruine totale et nationalisation du système bancaire

Malheureusement, beaucoup de gouvernements semblent se diriger vers l'hyperinflation pour résoudre la problème, et historiquement la guerre a été la solution favorite.

AJH, j'ai l'impression que tu zappes un peu vite les conséquences de l'hyperinflation sur la population. Pour les ultra-riches, passer de 10 millions de revenu à 1 million (réel) est certes douloureux, mais passer de 2000 euros à 200 euros est catastrophique. La seule alternative est de ruiner les banques pour les nationaliser (perte sèche pour les actionnaires), effacer les ardoises des Etats qui coopèrent (jeu à somme nulle), effacer des comptes les "produits" financiers exotiques (perte sèche pour les clients fortunés et idiots qui y ont investi) et on devrait alors se retrouver avec des banques ayant des comptes équilibrés et 80% de la population qui n'en serait pas affectée, 15% qui auront perdu un peu, et les 5% les plus riches qui seront ruinés et se retrouveront avec à peine plus que les autres. Pendant la période incertaine, la banque postale et la Banque de France assureront l'intérim.

C'est quoi qui vous embête dans ce scénario ? Vous pensez que je suis trop apocalyptique ? Relisez l'histoire.

Je viens de lire un article tout aussi catastrophiste que moi:

"There are no solutions under the prevailing global financial architecture. Meaningful policies cannot be achieved without radically reforming the workings of the international banking system. "

Pour ma part, je ne suis pas partant pour nationaliser les banques, mais je pense qu'il faudrait nationaliser la monnaie. Second point: le but d'un Etat n'est pas de gagner de l'argent mais de répartir: il peut très bien le faire en augmentant simplement les impôts.

Le rôle de l'Etat est aussi de punir les voleurs et les tricheurs, et d'assurer la pérennité de la société. Et la nationalisation (temporaire ?) des banques est parfait pour cela.

Dernière modification par Zolko (15-03-2009 01:34:39)

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#665 15-03-2009 15:35:56

Sandy
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

AJH a écrit:

Zolko

J'ai l'impression que tu zappes un peu les conséquences de faillites bancaires et industrielles sur la population. Pour ma part, je ne suis pas partant pour nationaliser les banques, mais je pense qu'il faudrait nationaliser la monnaie.

Second point: le but d'un Etat n'est pas de gagner de l'argent mais de répartir: il peut très bien le faire en augmentant simplement les impôts.

Pourquoi es-tu contre nationaliser les banques ? Le crédit et l'épargne ne devraient-ils pas être des services publics ?

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#666 24-03-2009 11:51:09

Zolko
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

J'ai fait une contribution sur l'autre forum qui pourrait intéresser ce sujet: La guerre des monnaies a commencé

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#667 24-03-2009 13:10:43

NingúnOtro
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sandy a écrit:

Pourquoi es-tu contre nationaliser les banques ? Le crédit et l'épargne ne devraient-ils pas être des services publics ?

Probablement parce-que nationaliser les banques MAINTENANT ne servirait qu'a socialiser les pertes des banques privées, en plus en transférant la bulle d'argent qu'ils ont crée ex-nihilo par le mécanisme de la réserve fractionnaire dans les dettes des états, sur notre dos donc. Ceci nuirait considérablement la manœuvrabilité financière des états pour réagir après comme réponse à la crise de l'économie réelle.

Il faut aussi se rendre compte du fait que les banques privées d'aujourd'hui ne sont pas des entreprises isolées... ils sont propriété de leurs actionnaires, à leur tour propriétaires de grands conglomérats multinationaux... qui rachètent les banques en faillite avec des actifs juteux, mais par contre vident de quelconque actif avec valeur et bourrent d'actifs toxiques celles qu'ils vont laisser nationaliser par la puissance publique.

C'est à dire... tout à l'air d'une manœuvre pour affaiblir les états en alourdissant leurs dettes, tandis qu'en même temps ils assainissent les comptes des grandes multinationales.

Est-ce qu'on nous prépare le futur des mega-corporations en achevant les états?


Depuis le temps que les banques pompent les richesses de tout le monde... la seule solution réparatrice véritable serait de laisser faire directement faillite tout le système existant et exproprier tout les actifs matériels qu'ils ont accumulés par l'exploitation du mécanisme de la réserve fractionnaire. Le mécanisme de la réserve fractionnaire EST un énorme schème de Ponzi ou on ne rémunère pas le capital par les entrées de nouveau capital investit, mais par la création ex-nihilo de celui-ci. C'est à dire... c'est un système clos pour initiées qui fonctionne comme une deus ex machina. Sauf que quelques-uns ont eu besoin d'un avantage comparatif même à l'intérieur de cette machine, et ils ont inventé les subprimes pour dépasser les limites de sécurité du système. Maintenant que la machine surchauffe, c'est un sauve-qui-peut avant que celle-ci n'explose, en essayant de ne pas devoir à avouer le crime et prendre la punition.

Comme tous les grands banquiers ont été avides de toucher les bénéfices du système au point d'acheter tous les politiciens dont ils ont eu besoin (c'est pas l'argent qui manquait)... encore aujourd'hui personne ne s'occupe vraiment des intérêts des citoyens... on en est toujours au stade de limiter dans la mesure du possible les dégâts pour les initiées.

Ils essaieront de se mettre d'accord pour "sauver" "le système", en essayant de ne pas sacrifier trop le "performance". Il parait que les pays de tradition anglo-saxonne ont moins de scrupules que d'autres... d'où les désaccords sur la solution encore existants entre les deux rives de l'atlantique...

Pour ceux qui ont une petite idée de ce qui ce passe... le cirque est grandiose! Dommage qu'il faille hypothéquer le futur pour s'acheter une place à la tribune.

Je croi que je vous ai déjà recommandé de lire "Emphyrio" de Jack Vance... oui, de la science fiction, ou de l'anticipation comme on dit en France.

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#668 29-03-2009 11:38:06

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Le libéral Institut Montaigne pique une crise d’altermondialisme

Le think tank français propose une régulation accrue des activités spéculatives.

Un article intéressant de Nicolas CORI, de Libération :
http://www.liberation.fr/economie/01015 … ondialisme

Dans l’establishment financier, la crise provoque deux types d’attitudes. Il y a d’un côté ceux qui, tel Daniel Bouton, le président de la Société générale, continuent à vouloir s’en mettre plein les poches en pensant que l’effondrement des marchés n’est qu’un épiphénomène et qu’ensuite, tout repartira comme avant. Et de l’autre, ceux qui pensent que pour sauver le capitalisme, il faudra remettre à plat un système profondément déstabilisateur. Claude Bébéar, le fondateur d’Axa, est de ceux-là.

Et, à vrai dire, on n’attendait pas sur ce terrain celui qui a été le parrain du capitalisme français et qui a fait fortune grâce aux stock-options et aux OPA agressives. A sa retraite, en 2000, Bébéar avait créé l’Institut Montaigne, un think tank ultralibéral financé par le gratin du capitalisme français. Et voila qu’à l’approche du G20, cet institut publie des recommandations au gouvernement que ne renierait pas un militant d’Attac.

Maux. Dans une note intitulée «Reconstruire la finance pour relancer l’économie», l’Institut Montaigne place sa réflexion sous le haut patronage de Joseph Stiglitz, Paul Krugman et Maurice Allais, des économistes pas vraiment de droite, et plaide pour une réglementation accrue du système financier. Plusieurs maux sont pointés du doigt : les paradis fiscaux, le court-termisme des opérateurs, le manque de transparence des produits financiers et le manque de contrôle des agences de notation.

Et l’institut n’hésite pas à proposer des solutions provocatrices. Comme la «nationalisation de pans entiers de l’industrie financière mondiale», coordonnée entre Etats, tant «le niveau de pertes» du secteur «est abyssal». L’idée fait hurler les banquiers qui, depuis des mois, déploient un lobbying d’enfer, en France ou aux Etats-Unis, pour ne pas passer sous la coupe des Etats.

Mais Montaigne ne s’arrête pas là. Il demande un nouveau Glass-Steagall Act, du nom de la loi américaine qui, dans les années 30, avait séparé les activités de banque de détail et de banque d’investissement. Et surtout, il demande que les activités spéculatives des banques soient taxées à 80 %, dans la mesure où elles sont «devenues dangereuses pour nos économies et nos sociétés». À l’intérieur de cette liste infamante seraient placés les produits dérivés, la titrisation, le financement des hedge funds…

Taxe. Plus innovant encore, l’idée de créer une sorte de taxe Tobin sur les produits financiers les plus spéculatifs. «Cette contribution Montaigne, d’un montant de 1 %, aurait d’abord pour objectif de stabiliser le marché des produits dérivés de crédits», indique l’Institut. Elle passerait par l’instauration d’une Bourse, ce qui rendrait transparentes les transactions sur ces produits échangés de gré à gré. Et l’argent récolté, évalué à 300 milliards de dollars (225 milliards d’euros), pourrait servir à financer l’action du FMI. Notamment à destination des pays émergents. Conclusion du think tank : «L’ensemble des marchés mondiaux de dérivés pourraient contribuer à l’intérêt général et non plus seulement à l’intérêt de quelques grappes de traders sans supervision rigoureuse.»

Ces derniers jours, ces propositions ont été présentées au gouvernement et aux professions financières, lors de rencontres informelles. Le ministère des Finances a plutôt apprécié. Certains, comme les banquiers d’affaires ou les patrons de banque universelle, ont été horrifiés par ce qu’ils ont entendu. Un bon signe ?

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#669 29-03-2009 15:01:29

NingúnOtro
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Ce n'est toujours que des enchères... offrir en sacrifice le moins possible qui résulte acceptable... pour sauver le reste des acquis d'une longue période d'exploitation du système spoliateur qui démarra avec la création de la FED américaine et l'institutionnalisation de la pompe à ressources d'autrui qu'est la création de l'argent par le mécanisme de la réserve fractionnaire.

Ils ne pensent renoncer à la réserve fractionnaire, moins encore à nous rendre ce qu'ils ont accaparé en l'usant librement pendant si longtemps.

S'ils n'offrent pas au moins cela... il est plutôt de notre intérêt de simplement abolir d'un coup tout l'argent (cela punira automatiquement et sans mesures compliquées tout ceux qui n'ont fait que l'accumuler... les autres peuvent continuer à travailler en usant le troc ou en redémarrant les échanges nécessaires avec l'implantation de monnaies locales complémentaires. Cela règlerait aussi d'un coup le problème des paradis fiscaux... tout ce qu'ils accumuleraient dans leurs comptes chiffrés devenant instantanément obsolète sans qu'ils aient à être d'accord.

Reste à installer aussi une méthode alternative pour l'allocation de la propriété et le tour de la redistribution des richesses à échelle planétaire est joué!

Il ne faut pas se surprendre du fait qu'ils essaient d'éviter d'en arriver la!

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#670 01-04-2009 13:49:29

Zolko
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Un sujet sur les banques centrales et le G20 sur les blogs de Le Monde: Les banques centrales et le G20

Étienne, chauffez les commentaires !

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#671 11-04-2009 01:24:39

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

« Le coup d’État feutré »
un texte littéralement passionnant de Simon Johnson, ancien économiste en chef du FMI,
sur le blog de Paul Jorion : http://www.pauljorion.com/blog/?p=2731

Le coup d’Etat feutré, par Simon Johnson (traduction française)

Voici notre traduction collective de l’entretien que Simon Johnson a accordé au magazine The Atlantic, publié dans son numéro du mois de mai.
J’ai demandé à The Atlantic, ainsi qu’à Johnson lui-même, le droit de publier cette traduction. Je n’ai pas encore reçu de réponse. Je la retirerais bien entendu immédiatement si j’en recevais l’ordre.
[Paul Jorion]
Copyright The Atlantic.

« La crise a mis à nu bien des vérités déplaisantes au sujet des Etats-Unis. L’une des plus inquiétantes, dit un ancien économiste en chef du Fonds Monétaire International, est que l’industrie financière a effectivement mis la main sur notre gouvernement - une situation plus classique sur un marché émergent, et qui est au centre de bien des crises des marchés émergents. Si l’équipe du FMI pouvait parler librement des Etats-Unis, elle nous dirait ce qu’elle dit à tous les pays dans cette situation : le rétablissement ne peut réussir qu’à la condition de briser l’oligarchie financière qui bloque la réforme indispensable. Et si nous voulons éviter une vraie dépression, le temps nous manque.

par Simon Johnson.

Le coup d’Etat feutré

Une chose que l’on apprend relativement rapidement lorsque l’on travaille au Fonds Monétaire International, c’est que personne n’est jamais très heureux de vous voir. Habituellement vos “clients” vous appellent seulement après que le capital privé les a abandonnés, après que les partenaires du commerce régional ont échoué à leur jeter une bouée de sauvetage suffisante, après que les tentatives de dernier recours pour emprunter à des amis puissants comme la Chine ou l’Union européenne sont tombées à l’eau. Vous n’êtes jamais le premier invité à la danse.

La raison, bien sûr, est que le FMI s’est spécialisé dans le fait de dire à ses clients ce qu’ils n’aiment pas entendre. J’aurais du le savoir; j’ai imposé des changements pénibles à bien des dirigeants étrangers lorsque j’était économiste en chef en 2007 et 2008. Et j’ai senti les effets de la pression du FMI, au moins indirectement, lorsque j’ai travaillé aux côtés des gouvernements en Europe de l’Est alors qu’ils se débattaient après 1989, et avec le secteur privé en Asie et en Amérique latine au cours des crises de la fin des années 1990 et début des années 2000. A cette époque, depuis ces points d’observations privilégiés, j’étais aux premières loges pour voir le déroulement régulier des officiels - d’Ukraine, de Russie, de Thaïlande, de Indonésie, de Corée du Sud et d’ailleurs - arriver en traînant les pieds vers le fonds dans les pires circonstances et lorsque routes les autres tentatives avaient échoué.

Chaque crise est différente, bien sûr. L’Ukraine faisait face à une hyperinflation en 1994; la Russie avait désespérément besoin d’aide lorsque son système de rotation d’emprunts à court terme explosa durant l’été 1998 ; la roupie indonésienne plongea en 1997, mettant presque à plat l’économie réelle; cette même année, le miracle économique long de 30 ans de la Corée du Sud fut stoppé lorsque les banques étrangères refusèrent soudainement d’accorder de nouveaux crédits.

Mais je dois vous dire que pour les dirigeants du FMI, toutes ces crises se ressemblaient désespérément. Chaque pays, bien sûr, avait besoin d’un prêt, mais plus que cela, chacun avait besoin de procéder à de grands changements pour que le prêt puisse fonctionner. Presque toujours, les pays en crise doivent apprendre à vivre selon leurs moyens après une période d’excès - les exportations doivent être augmentées et les importations réduites - et le but est d’y parvenir sans générer la plus horrible des récessions. Naturellement, les économistes du fonds passent leur temps à établir les politiques - le budget, les réserves monétaires et ainsi de suite - qui font sens dans ce contexte. Mais la solution économique est rarement très difficile à trouver.

Non, la réelle préoccupation des cadres supérieurs du FMI, et l’obstacle majeur à la reprise, est presque invariablement la politique des pays en crise.

Habituellement, ces pays sont dans une situation économique désespérée pour une simple raison - leurs puissantes élites se sont laissées emporter lors de la période des vaches grasses et prirent trop de risques. Les gouvernements des marchés émergents et leurs alliés du secteur privés forment en général une oligarchie très unie - et la plupart du temps très raffinée - dirigeant le pays à peu près comme une entreprise lucrative dans laquelle ils sont les actionnaires majoritaires. Lorsqu’un pays comme l’Indonésie, la Corée du Sud ou la Russie se développe, croissent également les ambitions de ses capitaines d’industrie. Tels les maîtres de leur univers miniature, ces personnes font des investissements qui bénéficient clairement à l’économie, mais ils commencent également à faire des paris de plus en plus gros et de plus en plus risqués. Ils considèrent - correctement la plupart du temps - que leurs connexions politiques les autoriseront à se défausser sur le gouvernement de tout problème conséquent qui se présenterait.

En Russie, par exemple, le secteur privé est confronté à des difficultés sérieuses parce que, ces 5 dernières années environ, il a emprunté au moins 490 milliards aux banques et aux investisseurs en se basant sur la croyance que le secteur de l’énergie du pays pouvait soutenir une augmentation permanente de la consommation de toute l’économie. A mesure que les oligarques russes dépensaient leur capital, en acquérant d’autres entreprises et en se lançant dans d’ambitieux projets d’investissement qui créèrent des emplois, leur poids au sein de l’élite politique s’est accru. Leur soutien politique grandissant offrait un meilleur accès à des contrats lucratifs, à des facilités fiscales et aux subventions. Et les investisseurs étrangers n’auraient pas pu être plus contents ; toutes choses étant égales par ailleurs, ils préféraient prêter de l’argent à des personnes qui avaient le support implicite de leur gouvernement national, même si cette garantie dégageait une légère odeur de corruption.

Mais inévitablement, les oligarques des marchés émergents s’emballent; ils gaspillent l’argent et bâtissent d’énormes empires commerciaux sur des montagnes de dettes. Les banques locales, parfois encouragées par le gouvernement, deviennent trop conciliantes face à une extension du crédit à l’élite et à ceux qui dépendent d’elle. Le surendettement connaît toujours une fin tragique, que ce soit le fait d’un individu, d’une entreprise ou d’un pays. Tôt ou tard, les conditions de crédit se rétrécissent et plus personne ne veut plus vous prêter à des conditions qui seraient acceptables.

La spirale infernale qui suit est particulièrement abrupte. D’énormes entreprises vacillent au bord du défaut de paiement et les banques locales qui leur ont prêté font faillite. Les partenariats “public-privé” d’hier sont renommés “capitalisme de copinage”. Le crédit devenu indisponible, la paralysie de l’économie en découle, et la situation ne cesse d’empirer. Le gouvernement est obligé de réduire ses réserves en monnaie étrangère pour payer les importations, le service de la dette et pour couvrir les pertes du privé. Mais ces réserves peuvent bien sûr s’épuiser. Si le pays ne parvient pas à se ressaisir avant que cela n’arrive, il fera défaut sur sa dette souveraine et deviendra un paria économique. Le gouvernement, dans sa course pour stopper l’hémorragie, devra éliminer quelques-uns des champions économiques nationaux - subissant désormais des pertes massives de capitaux - et devra restructurer un système bancaire particulièrement déséquilibré. Dans d’autres termes, il devra se débarrasser de certains de ses oligarques.

Or, affamer les oligarques est rarement la stratégie choisie par les gouvernements de marchés émergents. Bien au contraire : au début de la crise, les oligarques sont habituellement ceux qui bénéficient en premier lieu de l’aide du gouvernement, comme un moyen d’accès privilégié aux devises étrangères, ou encore d’importants dégrèvements fiscaux, ou - c’est là une technique de sauvetage classique du Kremlin - l’achat par le gouvernement d’obligations privées. Sous la contrainte, la générosité envers les anciens amis prend une multitude de formes très innovantes. Pendant ce temps-là, comme on a besoin de ponctionner quelqu’un, la plupart des gouvernements des marchés émergents se tournent vers les salariés ordinaires - au moins jusqu’à ce que les émeutes deviennent trop importantes.

Au final, ainsi que les oligarques de la Russie de Poutine le réalisent maintenant, certains parmi l’élite doivent perdre leur situation avant que la reprise puisse démarrer. C’est un jeu de chaises musicales: il n’y a juste pas assez de réserves monétaires pour prendre soin de tout le monde, et le gouvernement ne peut pas se permettre d’éponger complètement la dette du secteur privé.

Alors, le personnel du FMI regarde dans les yeux le ministre des finances et décide si oui ou non le gouvernement est désormais sérieux. Le FMI octroiera même éventuellement un prêt à un pays comme la Russie, mais d’abord il veut être convaincu que le premier ministre Poutine est prêt, décidé, et capable d’être dur avec certains de ses amis. S’il n’est pas prêt à jeter ses anciens associés aux loups, le FMI peut attendre. Et quand il est prêt, le FMI est heureux de faire d’utiles suggestions - particulièrement en prenant soin de retirer le contrôle du système bancaire des mains des “entrepreneurs” les plus incompétents et les plus avares.

Évidemment, les anciens amis de Poutine se défendront. Ils mobiliseront leurs alliés, feront jouer le système, et mettront la pression sur d’autres secteurs du gouvernement pour obtenir des subventions supplémentaires. Dans les cas extrêmes, ils tenteront même la subversion - incluant un appel à leurs contacts parmi les décideurs de la politique étrangère américaine, ainsi que le firent avec un certain succès les Ukrainiens à la fin des années 90.

Nombre de programmes du FMI “déraillent” (un euphémisme) précisément parce que le gouvernement ne parvient pas à rester suffisamment sévère envers ses anciens amis, et les conséquences en sont une inflation massive et d’autres désastres. Un programme “revient sur les rails” dès que le gouvernement reprend les rênes ou quand les puissants oligarques ont choisi parmi eux lequel gouvernera - et ainsi lequel gagnera ou perdra - à l’intérieur du plan du FMI. Le vrai combat en Thaïlande et en Indonésie en 1997 fut de déterminer quelles grandes familles perdraient leurs banques. En Thaïlande, cela a été accompli de manière relativement douce. En Indonésie, cela conduisit à la chute du président Suharto et au chaos économique.

À partir de ces longues années d’expérience, le personnel du FMI sait que ses programmes réussiront - stabiliser l’économie et permettre la croissance - si et seulement si quelques-uns des puissants oligarques qui firent tant pour créer les problèmes sous-jacents sont mis hors de combat. C’est le problème de tous les marchés émergents.


Devenir une république bananière

De par sa profondeur et sa soudaineté, la crise financière et économique US rappelle remarquablement les moments que nous avons connus sur les marchés émergents (et seulement sur les marchés émergents) : la Corée du sud (1997), la Malaisie (98), la Russie, l’Argentine (à de multiples reprises). Dans chacun des cas, les investisseurs étrangers, effrayés que le pays ou son secteur financier ne puissent faire face à leur montagne de dette, stoppèrent soudainement leurs financements. Et dans chacun de ces cas, cette crainte devint auto-réalisatrice, à mesure que les banques échouaient à refinancer leur dette renouvelable et s’avéraient incapables de payer. C’est précisément ce qui a conduit Lehman Brothers à la banqueroute le 15 septembre, provoquant du jour au lendemain un tarissement de toutes les sources de financement du secteur financier. Tout comme dans les crises des marchés émergents, la faiblesse du système bancaire s’est propagée à toute l’économie, provoquant une sévère contraction de l’activité économique et des privations pour des millions de personnes.

Mais il existe une similitude plus profonde et plus dérangeante : les intérêts de l’élite des affaires - financière, dans le cas des USA - a joué un rôle central dans l’émergence de cette crise, pariant de plus en plus gros, avec l’accord implicite du gouvernement, jusqu’à l’inévitable effondrement. Plus inquiétant encore, ils utilisent maintenant leur influence pour prévenir exactement le type de réformes nécessaires, et ce, rapidement, pour sortir l’économie de son plongeon la tête la première. Le gouvernement semble impuissant, ou sans volonté, pour agir contre eux.

Les Topbankers d’investissement et les fonctionnaires du gouvernement aiment à jeter le blâme pour ce qui est de la responsabilité de la crise actuelle sur la baisse des taux d’intérêts après l’implosion de la bulle Internet ou, mieux encore - histoire de refiler la patate chaude à quelqu’un d ;autre - sur le flot d’épargne provenant de Chine. Certains à droite aiment à se plaindre de Fannie et Freddie, ou même des efforts de longue durée destinés à promouvoir un plus large accès à la propriété. Et, bien sûr, c’est un axiome pour tout le monde que les régulateurs responsables “de la sécurité et de la validité” se sont endormis au volant.

Mais toutes ces politiques - régulation amaigrie, argent bon marché, l’alliance tacite US-Chine, le développement de l’accès à la propriété - avaient toutes quelque chose en commun. Même si, certaines sont traditionnellement associées aux Démocrates et d’autres aux Républicains, elles bénéficièrent toutes au secteur financier. Les changements de politique qui auraient pu endiguer la crise et limiter les profits du secteur bancaire - telle la tentative désormais fameuse de Brookley Born de réguler les CDS à la Commodity Future Trading Commission, en 98 - furent ignorées ou balayées d’un revers de main.

L’industrie financière n’a pas toujours bénéficié de tels traitements de faveur. Mais depuis 25 ans environ la finance s’est énormément développée, devenant encore plus puissante. Le décollage a commencé lors des années Reagan et n’a fait que de se renforcer avec les politiques de dérégulation des administrations Clinton et Bush. De nombreux autres facteurs ont alimenté l’ascension de l’industrie financière. La politique monétaire de Paul Volker dans les années 80 et l’accroissement de la volatilité des taux d’intérêts qui l’ont accompagnée ont rendu le commerce des obligations bien plus lucratif. L’invention de la titrisation, des swaps de taux d’intérêt, et des CDS accrût sensiblement le volume des transactions sur lesquelles les banquiers pouvaient faire de l’argent. De plus, une population vieillissante et très aisée a investi de plus en plus d’argent dans les titres, aidée en cela par l’invention de l’IRA et du plan 401(k) [programmes de retraite autogérés]. Ensemble, ces développements ont largement augmenté les opportunités de profit des services financiers.

Sans surprise, Wall Street s’est précipitée sur ces opportunités. De 1973 à 1985, le secteur financier n’a jamais représenté plus de 16% des profits des entreprises nationales. En 1986, ce chiffre atteignait 19%. Pendant les années 90 il a oscillé entre 21 et 30%, plus haut qu’il ne l’avait jamais été pendant la période d’après guerre. Au cours de la décennie actuelle il a atteint 41%. Les rémunérations se sont énormément accrues. De 1948 à 1982, les rémunérations moyennes du secteur financier se situaient entre 99 et 108 % de la moyenne pour toutes les entreprises nationales privées. Depuis 1983 elles ont décollé atteignant 181% en 2007.

L’énorme richesse que le secteur financier a créée et concentrée a donné aux banquiers un poids politique énorme - un poids jamais vu aux US depuis l’ère J. P. Morgan (l’homme). Pendant cette période, la panique bancaire de 1907 ne pût être arrêtée que par une coordination des banquiers du secteur privé : aucune entité gouvernementale n’étant apte à fournir une réponse efficace. Mais ce premier âge des banquiers oligarques parvint à son terme avec l’application d’une régulation bancaire significative en réponse à la Grande Dépression ; le retour d’une oligarchie financière américaine est plutôt récente.


Le corridor “Wall Street - Washington”

Bien sûr, les Etats-Unis sont un cas unique. Et tout comme nous avons l’économie, l’armée et la technologie les plus évoluées du monde, nous avons aussi la meilleure oligarchie.

Dans un système politique primitif, le pouvoir est transmis par la violence, ou par la menace de la violence : coups d’Etat militaires, milices privées et ainsi de suite. Dans un système moins primitif, plus représentatif des marchés émergents, le pouvoir est transmis par l’argent : corruption, pots de vin et comptes dans des banques offshore. Bien que le lobbying et le financement des campagnes électorales jouent un rôle déterminant dans le système politique américain, la bonne vieille corruption - des enveloppes bourrées de billets de 100 $ - est probablement reléguée au second plan, à l’exception de Jack Abramoff.

Au lieu de cela, l’industrie financière américaine a renforcé son pouvoir politique en accumulant une sorte de capital culturel - un système de croyance. Il fut un temps, peut-être, où ce qui était bon pour General Motors était bon pour le pays. Ces dernières décennies, l’attitude générale s’en tint à l’idée que ce qui était bon pour Wall Street était bon pour le pays. L’industrie des banques et des titres est devenue l’un des contributeurs principaux des campagnes politiques, mais au plus fort de son influence, elle n’avait pas besoin de s’acheter les faveurs des politiques comme ce fut le cas pour l’industrie du tabac ou pour les constructeurs militaires. Elle profitait plutôt du fait que les initiés de Washington croyaient déjà que d’importantes institutions financières et la libre circulation des capitaux étaient cruciales pour la position américaine dans le monde.

Un canal d’influence était, bien sûr, le mouvement d’individus entre Wall Street et Washington. Robert Rubin, anciennement président-adjoint de Goldman Sachs, a servi à Washington comme Secrétaire du Trésor sous Clinton, et devint plus tard président du comité exécutif de Citigroup. Henry Paulson, PDG de Goldman Sachs pendant le long boom, devint Secrétaire du Trésor sous George W. Bush. John Snow, le prédécesseur de Paulson, quitta le Trésor pour devenir président de Cerberus Capital Management, un grand private-equity qui compte également Dan Quayle parmi ses dirigeants. Alan Greenspan, en quittant la Réserve fédérale, devint consultant à Pimco, peut-être l’acteur principal sur les marchés d’obligations.

Ces connexions personnelles furent souvent multipliées à des niveaux inférieurs au cours des trois administrations présidentielles passées, renforçant les liens entre Washington et Wall Street. C’est devenu une sorte de tradition pour les employés de Goldman Sachs d’être engagés par le service public lorsqu’ils quittent l’entreprise. Le flot des anciens de Goldman - comprenant Jon Corzine, actuellement gouverneur du New Jersey, ainsi que Rubin et Paulson - n’a pas seulement installé des gens équipés de la vision du monde de Wall Street dans les corridors du pouvoir; il a aussi contribué à établir une image de Goldman (en tout cas au sein des instances fédérales) comme une institution quasiment de l’ordre du service public.

Wall Street est un lieu très attirant, parfumé de l’odeur du pouvoir. Ses dirigeants croient effectivement qu’ils manœuvrent les leviers qui font marcher le monde. Il est compréhensible qu’un fonctionnaire invité dans leurs salles de conférence, même si ce n’est que pour une rencontre, succombe à leur charme. Tout au long de mon travail au FMI, j’ai été frappé par l’aisance d’accès des principaux financiers aux dirigeants les plus élevés du gouvernement U.S. et par l’entremêlement des carrières politiques et financières. Je garde un souvenir vivace d’une rencontre au début 2008 - entre des dirigeants politiques d’un certain nombre de pays riches – au cours de laquelle l’orateur affirma, à l’approbation générale de l’assistance, que la meilleure préparation pour devenir un président de banque centrale était de travailler dans une banque d’investissement.

Une génération entière de dirigeants politiques ont été hypnotisés par Wall Street, sont toujours et complètement convaincus que tout ce que disaient les banques était vrai. Les déclarations de Greenspsan en faveur des marchés financiers dérégulés sont bien connues. Mais Greenspan n’était de loin pas le seul. Voici ce que disait en 2006 Ben Bernanke, l’homme qui lui a succédé: “La gestion du risque de marché et du risque de crédit est devenue de plus en plus sophistiquée… Des organisations bancaires de toutes tailles ont fait des avancées significatives ces deux dernières décennies dans leur capacité à mesurer et à gérer les risques.”

Bien sûr, tout ceci était en majeure partie une illusion. Les régulateurs, les législateurs et les universitaires partaient du principe que les dirigeants de ces banques savaient ce qu’ils faisaient. Avec le recul, on sait que ce n’était pas le cas. La division des produits financiers d’AIG, par exemple, fit 2,5 milliards de profits avant impôt, principalement en vendant des assurances sous-évaluées sur des titres complexes et mal-compris. Souvent décrites comme “ramasser des pièces de monnaie devant un rouleau-compresseur”, cette stratégie n’est profitable que lorsque tout va bien, et est catastrophique lorsque ça va mal. Ainsi à l’automne dernier, AIG s’était engagée à assurer plus de 400 milliards de dollars de ces titres. A cette date, le gouvernement U.S., dans une tentative de sauver l’entreprise, s’est engagé à hauteur de 180 milliards de dollars en investissements et prêts pour couvrir les pertes que le modèle sophistiqué de mesure et de gestion des risques d’AIG avait déclaré virtuellement impossibles.

Le pouvoir de séduction de Wall Street s’est même (ou spécialement) étendu jusqu’aux professeurs d’économie et de finance habituellement confinés dans les bureaux étroits des universités et dans la quête d’un prix Nobel. Comme les mathématiques financières devinrent de plus en plus essentielles à la pratique de la finance, les professeurs prirent de plus en plus position comme consultants ou partenaires des institutions financières. Myron Scholes et Robert Merton, deux prix Nobel, en furent peut-être les exemples les plus fameux; ils occupèrent des postes de direction dans le hedge fund Long-Term Capital Management en 1994, avant que le fonds ne s’évanouisse dans un célèbre échec à la fin de la décennie. Mais bien d’autres suivirent le même chemin. Cette migration donna le brevet de la légitimité académique (et l’aura intimidante de la rigueur intellectuelle) au monde bourgeonnant de la haute finance.

À mesure que de plus en plus de riches faisaient leur argent avec la finance, le culte de celle-ci se répandit dans la culture au sens large. Des œuvres comme “Barbarians at the Gate”, “Wall Street”, et “Bonfire of the Vanities” - toutes présentées comme des contes initiatiques - ne servirent qu’à augmenter la mystique de Wall Street. Michael Lewis indiqua dans “Portfolio” l’année dernière que lorsqu’il écrivait “Liar’s Poker”, un compte-rendu d’initié de l’industrie financière, en 1989, il espérait que le livre provoque une indignation envers les horreurs et les excès de Wall Street. A l’inverse il se retrouva “submergé de lettres d’étudiants de l’Etat de l’Ohio qui me demandaient si j’avais d’autres secrets à partager… Ils avaient lu mon livre comme un manuel d’instruction.” Même des criminels de Wall Street, comme Michael Milken et Ivan Boesky, devinrent des idoles. Pour une société qui célèbre l’idée de s’enrichir, il était facile de conclure que l’intérêt du secteur financier était équivalent aux intérêts de la nation - et que les gagnants dans le secteur financier devaient mieux savoir que d’autres ce qui était bon pour l’Amérique et devaient travailler dans le secteur public à Washington. La foi dans la liberté des marchés financiers devint la sagesse partagée - célébrée dans les pages éditoriales du Wall Street Journal et au Congrès.

De cette rencontre entre les campagnes de publicité de la finance, les relations personnelles et l’idéologie découlèrent, en se limitant aux dix dernières années, un flot de politiques de dérégulations qui sont, avec le recul, pour le moins surprenantes:

- l’insistance sur l’ouverture des frontières à la libre circulation des capitaux;

- la répudiation des régulations datant de l’époque de la Grande Dépression, régulations séparant la banque commerciale et la banque d’investissement;

- une interdiction de la part du Congrès de réguler les Credits-Default Swaps (CDS) ;

- une augmentation importante de l’effet de levier autorisé pour les banques d’investissement;

- une main légère (devais-je dire invisible ?) à la Securities and Exchange Commission dans l’application des régulations ;

- des accords internationaux qui autorisent les banques à évaluer elles-mêmes leur propre risque ;

- et un échec international d’adapter les régulations aux fantastiques développements de l’innovation financière.

L’état d’esprit qui accompagnait ces mesures à Washington semblait balancer entre la nonchalance et la célébration affichée : la finance libérée de tout lien, pensait-on, allait continuer à propulser l’économie de plus en plus haut.


Les oligarques américains et la crise financière

L’oligarchie et les politiques gouvernementales qui y contribuèrent ne furent pas les uniques causes de la crise financière qui éclata l’année dernière. Plusieurs autres facteurs y participèrent, comme des emprunts excessifs par les ménages et des conditions de prêts trop laxistes à l’extérieur du domaine habituel de la finance [subprime]. Mais les plus importantes des banques commerciales et d’investissement - ainsi que les hedge funds qui sont à leurs côtés - étaient les plus principaux bénéficiaires des bulles jumelles de l’immobilier et de la Bourse de cette décennie, leurs profits se nourrissant d’un volume toujours grandissant de transactions supportés par une base relativement étroite d’actifs physiques réels. À chaque fois qu’un prêt était vendu, reconditionné, titrisé et revendu, les banques prélevaient leurs frais, et les hedge funds qui achetaient ces titres récoltaient des honoraires toujours plus gros à mesure que leurs fonds augmentaient.

Parce que tout le monde s’enrichissait et parce que la santé de l’économie nationale dépendait autant de la croissance de l’immobilier et de la finance, personne à Washington n’eut l’intention de s’interroger sur ce qui se passait. Au lieu de cela, Greenspan, le directeur de la Fed et le président Bush affirmaient régulièrement que l’économie était fondamentalement saine et que la croissance fantastique des titres complexes et des Credit-Defaults Swaps étaient la preuve de la bonne santé d’une économie dans laquelle le risque était distribué de la manière la plus sûre.

En été 2007, des signes de tension commencèrent à apparaître. La bulle avait produit tellement de dette que même un obstacle économique mineur pouvait entraîner des problèmes majeurs, et l’augmentation de défaut de paiement du secteur des hypothèques subprimes fut ce hoquet fatal. Depuis lors, le secteur financier et le gouvernement fédéral se sont comportés exactement comme on pouvait s’y attendre à la lumière des crises passées des marchés émergents.

Depuis, les princes du monde financier ont été bien sûr décrédibilisés en tant que leaders et stratèges - du moins aux yeux de la plupart des Américains. Mais alors que les mois passèrent, les élites financières ont continué à considérer que leur position de chouchous de l’économie est acquise, malgré le désastre qu’ils ont causé.

Stanley O’Neal, le PDG de Merrill Lynch, a fortement engagé son entreprise dans le marché des Mortgage–Backed Securities lors de son point culminant en 2005 et 2006 ; en octobre 2007, il reconnut : “la vérité est que nous - enfin moi - nous nous sommes trompés en nous surexposant aux subprimes, et que nous avons souffert de l’absence de liquidité de ce marché. Personne n’est plus déçu que moi de ce résultat.” O’Neal emporta avec lui un bonus de 14 millions de $ en 2006 ; en 2007 il quitta Merrill Lynch avec un parachute doré de 162 millions de $, même si celui-ci a bien fondu depuis.

En octobre, John Thain, le PDG final de Merrill Lynch, a poussé son équipe de directeurs à lui accorder un bonus de 30 millions de $ ou plus, puis a réduit sa demande à 10 millions de $ en décembre ; il retira sa requête face à un concert de protestations, mais seulement après que l’affaire fut dévoilée dans le Wall Street Journal. Merrill Lynch dans son ensemble ne faisait pas mieux : le paiement des bonus, 4 milliards de dollars au total, fut avancé en décembre, vraisemblablement afin d’éviter la possibilité que ces bonus soient réduits par Bank of America qui devint propriétaire de Merrill dès le premier janvier. Wall Street versa 18 milliards de bonus de fin d’année l’année dernière à ses employés new-yorkais, après que le gouvernement débourse 243 milliards de $ au titre d’aide d’urgence au secteur financier.


Lors d’une panique financière, le gouvernement doit répondre à la fois avec célérité et détermination. La racine du problème est l’incertitude - dans ce cas-ci, l’incertitude sur le fait que les banques disposent de suffisamment d’actifs pour couvrir leur passif. Des demi-mesures combinées avec le recours à la pensée magique et une attitude passive ne peut pas surmonter cette incertitude. Et plus la réaction tarde, plus cette incertitude bloque le crédit, sape la confiance des consommateurs et fige l’économie - rendant le problème de plus en plus difficile à résoudre. Et bien, les caractéristiques principales de la réaction du gouvernement à la crise financière ont été le retard, le manque de transparence, et l’absence de volonté de déranger le secteur financier.

Jusqu’ici la réponse du gouvernement peut le mieux être décrite comme “la politique du coup par coup” : lorsqu’une institution financière majeure se trouve en difficulté, le Département du Trésor et la Réserve fédérale concoctent un sauvetage pendant le week-end et annonce le lundi que tout est rentré dans l’ordre. En mars 2008, Bear Stearns a été vendu à JP Morgan Chase d’une manière qui ressemblait pour beaucoup à un cadeau offert à JP Morgan. (Jamie Dimon, le PDG de JP Morgan, fait partie de l’équipe de directeurs de la Réserve fédérale de New-York qui, avec le Département du Trésor, a arrangé la transaction). En septembre, nous avons vu Merrill Lynch être vendue à Bank of America, le premier sauvetage d’AIG, ainsi que la saisie et vente immédiate de Washington Mutual à JP Morgan - le tout arrangé par le gouvernement. En octobre, neuf grandes banques furent recapitalisées le même jour en huis-clos à Washington. Et suivirent les sauvetages supplémentaires de Citigroup, AIG, Bank of Amercia, encore Citigroup et encore AIG.

Certains de ces arrangements ont peut-être été des réponses raisonnables à la situation immédiate. Mais il n’a jamais été clair (et ce ne l’est toujours pas) quelle combinaison d’intérêts furent servis, et comment. Le Trésor et la Fed n’agirent en accord avec aucun principe énoncé publiquement, mais élaborèrent simplement la transaction et déclarèrent que c’était ce que l’on pouvait faire de mieux étant donné les circonstances. C’était des affaires de petit matin dans une arrière-salle, point à la ligne.

Tout au long de la crise, le gouvernement a fait particulièrement attention à ne pas déranger les intérêts des institutions financières, ou de ne pas mettre en question les bases du système qui nous a amenés là. En septembre 2008, Henry Paulson demanda au Congrès 700 milliards de $ afin d’acheter des actifs toxiques aux banques, sans conditions et sans audit administratif des décisions d’achat. De nombreux observateurs suspectèrent que l’objectif était d’acheter à un prix surévalué ces actifs de débarrasser et de cette manière les banques du problème – et c’était en effet, uniquement de cette manière que ces achats d’actifs toxiques pouvaient faire une différence. Ce plan a peut–être été suspendu parce qu’il n’était pas possible de faire admettre au plan politique un subventionnement aussi patent,.

En lieu et place, l’argent a été utilisé pour recapitaliser les banques, pour acheter des actions dans des conditions qui furent favorables de manière grossière aux banques elles-mêmes. À mesure que la crise s’approfondissait et que les institutions financières eurent besoin de plus d’aide, le gouvernement s’est montré de plus en plus créatif pour trouver des moyens complexes d’apporter des subventions aux banques afin que le public lui ne parvienne pas à comprendre. Le premier sauvetage d’AIG, dont les termes étaient relativement favorables au contribuable, a été complété par trois autres sauvetages dont les conditions étaient bien plus favorables pour AIG. Le deuxième sauvetage de Citigroup et celui de Bank of America comprirent des garanties d’actifs complexes qui offraient des assurances aux banques à des taux bien inférieurs à ceux du marché. Le troisième sauvetage de Citigroup, fin février, convertit des actions privilégiées du gouvernement en actions ordinaires à un prix bien plus élevé que le prix du marché - un subventionnement que même la plupart des lecteurs du Wall Street Journal n’auraient pas noté en première lecture. Et les actions privilégiées convertibles que le Trésor achètera dans le cadre du nouveau Plan de Stabilité Financière donne l’option de conversion et donc la chance de gain aux banques, et non pas au gouvernement.

Le dernier plan - qui a probablement pour objectif de procurer des prêts bon marchés aux hedge funds et autres afin qu’ils puissent acheter des actifs toxiques à des prix relativement élevés - a été énormément influencé par le secteur financier, et le Trésor ne l’a pas caché. Comme Neel Kashkari, un dirigeant important du Trésor à la fois sous Henry Paulson et Tim Geithner (et un ancien de Goldman), déclara au Congrès en mars, « Nous avons reçu des propositions non sollicitées de la part de personnes du secteur privé disant : “Nous avons des réserves de capital ; nous désirons acquérir des actifs de banques en difficulté.” » Et le plan permet de faire exactement cela : “En mariant le capital du gouvernement - le capital du contribuable - au capital du secteur privé et en apportant le financement, vous pouvez rendre ces investisseurs capables d’acheter ces actifs à un prix intéressant pour les investisseurs et intéressant pour les banques.” Kashkari n’a pas précisé si ce prix était avantageux pour le troisième groupe concerné : les contribuables.

Même si l’on ignore l’équité envers les contribuables, l’approche du gant de velours du gouvernement envers les banques est profondément inquiétant, pour une simple raison : ça ne va pas forcer le secteur financier à changer de comportement, habitué qu’il est à mener ses affaires selon ses propres critéres, à une période où ce comportement doit cependant changer. Comme un important dirigeant de banque anonyme l’explique au New York Times l’automne dernier, “Peu importe combien Hank Paulson nous donne, personne ne va prêter un centime avant que l’économie ne se rétablisse.” Et voilà le hic : l’économie ne se redressera pas avant que les banques ne soient à nouveau saines et désireuses de prêter.


L’issue

Si l’on se contente d’examiner la crise financière (en laissant de côté certains des problèmes de l’économie en général) nous sommes confrontés a minima à deux difficultés majeures intrinsèquement liées. La première est un secteur bancaire dans un état critique menaçant d’étouffer toute reprise naissante susceptible d’être générée par le stimulus fiscal. La seconde est un équilibre des pouvoirs politiques qui donne un droit de véto au secteur financier sur les politiques publiques, même lorsque ce secteur a perdu le soutien populaire.

Les grandes banques, semble-t-il, n’ont cessé de gagner en pouvoir politique depuis le début de la crise. Et ce n’est guère surprenant. Avec un système financier si fragile, les dégâts que pourrait causer la faillite d’une des principales banques - Lehman était de taille modeste comparé à Citigroup ou Bank of Amercia - sont bien plus importants qu’en temps normal. Les banques ont ainsi exploité cette peur alors qu’elles extorquaient de Washington des accords favorables pour elles. Bank of America a ainsi obtenu son deuxième plan de sauvetage (en janvier) après avoir averti le gouvernement qu’elle ne pourrait peut-être pas soutenir l’acquisition de Merrill Lynch, une perspective que le Trésor ne voulait même pas envisager.

Les défis que les USA relèvent sont familiers au personnel du FMI. Si vous cachiez le nom du pays et ne montriez que les chiffres, il ne fait aucun doute que les têtes chenues du FMI vous diraient : nationalisez les banques en péril et démantelez-les à la demande.

D’une certaine manière, bien sûr, le gouvernement a déjà pris le contrôle du système bancaire. Il a garanti les passifs des plus grosses banques et il reste aujourd’hui leur seule source crédible de capitaux. Pendant ce temps-là, la Réserve Fédérale a repris le rôle majeur de fournisseur de crédit à l’économie - la fonction que le secteur bancaire privé est supposé remplir mais ce n’est pas le cas. Cependant il y a des limites à ce que la Fed peut faire toute seule; consommateurs et entreprises restent dépendants des banques dont l’état des livres comptables et le manque d’encouragement ne permettent pas d’octroyer les prêts dont l’économie a besoin et le gouvernement ne contrôle pas réellement les responsables de ces banques ni leurs décisions.

À la racine du problème des banques se trouvent les pertes énormes qu’elles ont indubitablement subies sur leurs portefeuilles d’assurances et de prêts. Mais elles ne veulent pas reconnaître l’étendue complète de leurs pertes parce qu’elles seraient déclarées insolvables. Aussi, elles minimisent le problème et demandent des aides insuffisantes pour les assainir (et une fois encore elles ne peuvent révéler l’étendue de l’aide dont elles auraient besoin pour cela), mais qui leur permettent de tenir encore un peu. Ce comportement est délétère : les banques “malades” ne prêtent pas (accumulant l’argent pour reconstituer des réserves) ou elles font des paris désespérés sur des prêts à haut risque ou des investissements qui pourraient rapporter gros, mais qui, probablement ne paieront pas du tout. Dans l’un ou l’autre cas, l’économie continue à souffrir, et par là même, les actifs des banques continuent à se détériorer - générant ainsi un cercle vicieux destructeur.

Pour briser ce cercle vicieux, le gouvernement doit contraindre les banques à reconnaître l’échelle réelle de leurs problèmes. Comme le FMI le comprend (et comme le gouvernement U.S. lui-même a insisté a ce sujet pour de multiples marchés émergents dans le passé) la manière la plus directe de les forcer à le reconnaître, c’est la nationalisation. Au contraire, le Trésor essaie de négocier le sauvetage banque après banque et se comporte comme si les banques étaient maîtres du jeu - contorsionnant les termes de chaque accord pour minimiser la prise de participation étatique tout en renonçant à toute influence du gouvernement sur les orientations stratégiques des banques ou leurs opérations. Dans ces conditions, nettoyer le bilan des banques est impossible.

La nationalisation n’impliquerait nullement une propriété définitive de l’Etat. Le conseil du FMI serait alors, principalement : étendez la zone d’influence de la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation). Une intervention de la FDIC est fondamentalement une procédure de faillite des banques gérée par le gouvernement. Cela autoriserait le gouvernement à écarter sans ménagement les actionnaires des banques, de remplacer les directions défaillantes, de nettoyer les bilans, et enfin de revendre les banques au secteur privé. L’avantage principal étant une reconnaissance immédiate du problème afin qu’il puisse être résolu avant qu’il ne s’aggrave.

Le gouvernement doit inspecter les bilans et déterminer quelles banques ne survivraient pas à une récession sévère. Ces banques devraient alors faire un choix : réévaluer leurs actifs à leur valeur réelle et lever des fonds privés dans les 30 jours, ou passer sous le direction du gouvernement. Le gouvernement devrait alors réévaluer à la baisse les actifs toxiques des banques sous administration judiciaire - juste reconnaissance de la réalité - et transférer ces actifs à une structure gouvernementale indépendante, qui tentera de récupérer tout ce qui pourra l’être pour le contribuable (comme le fit le RST (Resolution Trust Corporation) après la débâcle des caisses d’épargne dans les années 80). Les derniers vestiges de ces banques, nettoyés et à nouveau aptes à accorder des crédits en toute sécurité, et par là à nouveau dignes de la confiance des autres investisseurs et prêteurs - pourraient être vendus.

Nettoyer les “méga-banques” constituera une entreprise complexe. Et cela coûtera cher aux contribuables ; si on se réfère aux derniers chiffres du FMI, le nettoyage du système bancaire coûtera probablement près de 1,5 trillion de dollars (10% de notre PIB) à long terme. Mais seule une action décisive du gouvernement - mettant au jour la pleine mesure du pourrissement financier et restaurant de manière vérifiable la santé d’un “lot” de banques - pourra guérir le secteur financier dans son ensemble.

Cela peut sembler être un traitement de cheval. Mais, en fait, bien que nécessaire, c’est insuffisant. Le second problème que doivent affronter les USA - le pouvoir de l’oligarchie - est au moins aussi important que la crise actuelle du crédit. Un conseil du FMI sur ce point serait une fois encore très simple : casser les reins de l’oligarchie.

Des institutions surdimensionnées influencent les politiques publiques de manière disproportionnée ; les principales banques que nous connaissons aujourd’hui tirent l’essentiel de leur pouvoir du fait qu’elles sont “too big to fail”, « trop grosses pour faillir ». La nationalisation et la reprivatisation ne changeront pas cela ; de même, le remplacement des dirigeants de banques qui nous ont conduits à la crise bien que juste et sensé, ne serait au final que le remplacement d’un groupe de gestionnaires tout-puissants par un autre : un simple changement de nom de nos oligarques.

Idéalement, les principales banques devraient être vendues en pièces détachées de taille moyenne, divisées par région ou par type d’activité. Ou, si cela s’avérait compliqué - si nous voulions vendre les banques rapidement - elles pourraient être vendues entières, mais à la condition d’être rapidement démantelées. Les banques restant aux mains du privé devant être sujettes à une limitation de leur taille.

Ceci peut apparaître comme une étape brutale et arbitraire, mais c’est la meilleure manière de limiter le pouvoir d’institutions privées dans un secteur essentiel à l’économie toute entière. Bien sûr, certains se plaindront des coûts de fonctionnement d’un système bancaire plus fragmenté, et ces coûts sont réels. Mais c’est également le cas des coûts qu’entraîne une banque est “trop grosse pour faillir” - une arme d’autodestruction massive - lorsqu’elle se désintègre. Quoi que ce soit de trop gros pour faillir est trop gros pour exister.

Pour assurer un démantèlement systématique des banques et prévenir une éventuelle résurgence de ces dangereux mastodontes, nous avons également besoin d’actualiser notre législation anti-trust. Des lois mises en place il y a plus de cent ans pour combattre des monopoles industriels ne sont plus adaptées aux problèmes qui sont les nôtres aujourd’hui. Le problème actuel du secteur financier n’est plus qu’une entreprise donnée détienne suffisamment de part de marché pour influencer les prix ; c’est qu’une seule entreprise ou un petit réseau d’entreprises interconnectées, puissent, en cas de faillite, ébranler toute l’économie. Les stimuli fiscaux de l’administration Obama rappellent Franklin Delano Roosevelt, mais ce que nous avons à imiter ici c’est le démantèlement massif des trusts de Teddy Roosevelt.

Limiter les rémunérations des dirigeants, malgré des relents de populisme, pourrait aider à restaurer l’équilibre des pouvoirs politiques et éviter l’émergence d’une nouvelle oligarchie. L’attrait principal de Wall Street - pour les gens qui y travaillent et pour les officiels du gouvernement tout simplement trop heureux de se reposer sur ses lauriers - ayant bien entendu été les montants faramineux qui pouvaient y être gagnés. Limiter ces montants permettrait évidemment de réduire la voilure du secteur financier et de la rendre plus semblable aux autres secteurs de l’industrie.

Malgré tout, plafonner forfaitairement les rémunérations est maladroit, particulièrement sur le long terme. Et la majeure partie de l’argent est de nos jours obtenue loin de toute régulation par le biais des hedge funds et des private-equity, aussi la diminution des rétributions peut être complexe à mettre en œuvre. La régulation et l’impôt pourraient constituer un élément de la solution. Au fil du temps, cependant, ce qui importe réellement serait d’accroître la transparence et la concurrence, ce qui devrait faire baisser les rémunérations dans l’industrie financière. À ceux qui diraient que cela conduira à la fuite des activités financières vers d’autres pays nous répondrions alors : tant mieux.


Deux voies

Pour paraphraser Joseph Schumpeter, l’économiste du début du 20e siècle, tout le monde a des élites; ce qui importe c’est d’en changer de temps à autres. Si les Etats-Unis étaient simplement un pays comme un autre qui viendrait au FMI le chapeau à la main, je serais passablement optimiste quant à son avenir. La plupart des crises des marchés émergents que j’ai mentionnées se sont terminées relativement rapidement et débouchèrent, dans la plupart des cas, sur des rétablissements relativement solides. Mais, hélas, c’est là que nous atteignons la limite de notre analogie entre les Etats-Unis et les marchés émergents.

Les pays des marchés émergents n’ont qu’une prise précaire sur la richesse, et sont globalement des nains. Lorsqu’ils sont en difficulté, ils ne disposent littéralement plus d’argent - ou au moins ne disposent plus des devises étrangères sans lesquelles ils ne peuvent survivre. Ils n’ont pas le choix et doivent, prendre des décisions difficiles et en dernière instance, une action déterminée fera partie de l’équation. Mais, bien évidemment, les Etats-Unis sont la nation la plus puissante du monde, démesurément riche, et jouissant du privilège exorbitant de pouvoir payer ses dettes envers l’étranger dans sa propre monnaie, monnaie qu’ils peuvent se contenter d’imprimer. En conséquence, ils pourraient bien hoqueter encore longtemps - comme le Japon l’a fait durant sa décennie perdue - sans avoir jamais le courage de faire ce qu’il est nécessaire de faire, sans jamais vraiment se rétablir. Une rupture franche avec le passé - impliquant la prise de contrôle et l’assainissement des grandes banques - ne semble pas être au programme actuellement. Et personne au FMI ne peut contraindre les Etats-Unis à une telle rupture.

À mon sens, les États-Unis ont devant eux deux scénarios plausibles. Le premier est constitué d’une suite de solutions ad hoc, banque après banque et d’un continuel roulement de sauvetages (répétés), comme ceux qu’on a pu voir en février pour Citigroup et AIG. L’administration tentera d’y parvenir tant bien que mal, et la confusion règnera.

Boris Fyodorov, ancien ministre des finances russe, a lutté pendant la plus grande part de ces deux dernières décennies contre les oligarques, contre la corruption et l’abus d’autorité sous toutes ses formes. Il disait volontiers que la confusion et le chaos allaient dans le sens des intérêts des puissants - leur permettant d’agir légalement ou illégalement, en tout impunité. Lorsque l’inflation est élevée, qui peut encore dire ce qu’un morceau de propriété vaut réellement? Lorsque que le système de crédit repose sur des arrangements gouvernementaux byzantins et des transactions d’arrière-salle, comment savoir si vous n’êtes pas escroqué ?

Notre avenir pourrait être celui où le chamboulement permanent alimente le pillage qu’opère le système financier, et où nous discuterons à l’infini du pourquoi et du comment les oligarques ont pu se métamorphoser en simples fripouilles et comment est-ce dieu possible que l’économie n’arrive pas à redémarrer.

Le second scénario débute d’une manière plus glauque, et pourrait malheureusement se terminer de la même manière. Mais il offre au moins un espoir minime que nous parviendrons à sortir de notre torpeur. Le voici : l’économie globale continue de se détériorer, le système bancaire de l’Europe de l’Est s’effondre et – du fait que ce sont essentiellement des banques d’Europe occidentale qui en sont les propriétaires – la crainte justifiée d’une insolvabilité généralisée des gouvernements européens s’empare de tout le continent. Les créanciers souffrent de plus en plus et la confiance sombre encore davantage. Les économies asiatiques exportatrices de biens manufacturés sont ravagées, tandis que les producteurs de matières premières en Amérique Latine et en Afrique ne s’en sortent guère mieux. L’aggravation dramatique de la situation mondiale donne le coup de grâce à une économie américaine déjà chancelante. Les taux de croissance de référence de l’administration pour le budget en cours sont de plus en plus considérés comme irréalistes, et les “scénarios de stress” optimistes que le Trésor américain utilise actuellement pour évaluer les bilans des banques deviennent la source d’une grande gêne.

Face à ce genre de pressions et confrontés à la perspective d’un effondrement à la fois national et global, un peu de jugeote infuse enfin l’esprit de nos dirigeants.

La représentation communément partagée parmi l’élite est toujours que la crise actuelle “ne peut pas être aussi grave que lors de la Grande Dépression”. Cette vision est fausse. Ce à quoi nous sommes confrontés pourrait, en réalité, être pire que la Grande Dépression - parce que le monde est aujourd’hui bien plus interconnecté et parce que le secteur bancaire est devenu si énorme. Nous sommes confrontés à une récession synchronisée dans presque tous les pays, à une baisse de la confiance des individus comme des entreprises, et des problèmes majeurs pour les budgets des États. Si nos dirigeants devenaient conscients des conséquences potentielles de cette situation, alors nous assisterons peut-être à une reprise en main draconienne du système bancaire et la vieille élite brisée. Espérons qu’il ne soit pas alors trop tard.»

Source : Simon Johnson, ancien économiste en chef du FMI, dans le magazine The Atlantic
traduction et signalement par Paul Jorion.

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#672 11-04-2009 09:48:08

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

« Le terrible secret de Tim Geithner : le système financier mondial est en péril
Quand la solution à la crise financière en devient la cause »


par William Engdahl, sur  Mondialisation.ca, 5 avril 2009 :
http://www.mondialisation.ca/index.php? … ;aid=13066


« Le secrétaire au Trésor des États-Unis, Tim Geithner, a révélé son plan tant attendu d’assainissement du système bancaire étatsunien, mais il a refusé de divulguer le « terrible secret » de la crise financière actuelle. En agissant de la sorte, il tente de sauver des banques étatsuniennes de facto en faillite, lesquelles menacent de faire tomber le système mondial dans une nouvelle phase encore plus dévastatrice de destruction de la richesse.

Nous l’avons déjà mentionné, le plan Geithner, son soi-disant Programme d’investissement en partenariat public-privé ou PPPIP, n’est pas dédié à restaurer un système de prêt salutaire donnant du crédit aux entreprises et aux consommateurs. Il s’agit plutôt d’une autre manigance complexe servant à verser davantage de centaines de milliards de dollars directement aux banques dominantes et aux firmes de Wall Street, responsables du présent bourbier dans les marchés mondiaux du crédit, sans toutefois leur demander de changer leur modèle opérationnel. Pourtant, on pourrait se dire que ce plan, en assainissant les banques, aidera tôt ou tard à surmonter le problème.

Il ne le fera pas si l’administration Obama procède comme elle le fait en ce moment. En défendant son plan à la télévision étatsunienne récemment, M. Geihner – protégé de Henry Kissinger, autrefois PDG de la New York Federal Reserve Bank – faisait valoir que son intention « n’était pas de soutenir les banques faibles aux dépends des banques fortes ». Toutefois, c’est précisément ce que fait le PPPIP : les banques faibles sont les cinq plus grandes banques du système.

Le « terrible secret » que M. Geithner tente vigoureusement de cacher au public est très simple. À la source des actifs toxiques bouleversant le système financier mondial, il y a au plus peut-être cinq banques étatsuniennes. C’est cette réalité que M. Geithner tente désespérément de protéger. Contrairement aux crises bancaires précédentes, le problème ne consiste pas en des pertes sur prêt ordinaires. C’est plutôt une variété de dérivés financiers exotiques qui se trouvent au cœur du problème, plus spécifiquement les soi-disant swaps sur défaillance (Credit Default Swaps).

En 2000, le secrétaire au Trésor de l’administration Clinton était un dénommé Larry Summers. M. Summers venait tout juste d’être promu No. 1 de Goldman Sachs par son supérieur, le banquier de Wall Street Robert Rubin, lorsque ce dernier a quitté Washington pour occuper le poste de vice-président de Citigroup. Comme je le décris en détails dans mon nouveau livre à paraître cet été, Power of Money: The Rise and Fall of the American Century, M. Summers a convaincu le président Clinton d’approuver plusieurs projets de loi républicains, ouvrant ainsi les vannes aux banques pour qu’elles abusent de leur pouvoir. Que les grandes banques de Wall Street aient dépensé quelque 5 milliards en lobbyisme pour ces changements après 1998 a probablement eu un effet sur M. Clinton.

• Une loi importante abrogeait le Glass-Steagall Act de 1933, adopté durant la Grande Dépression, interdisant la fusion entre les banques commerciales, les compagnies d’assurances et les firmes de courtage telles que Merrill Lynch ou Goldman Sachs.

• Une autre loi soutenue par le secrétaire au Trésor Larry Summers en 2000 était l’obscure, mais cruciale Commodity Futures Modernization Act (CFMA). Cette loi empêchait l’organisme gouvernemental de réglementation, la Commodity Futures Trading Corporation (CFTC) [Commission du commerce à terme des marchandises], de superviser le commerce des instruments financiers dérivés. La nouvelle loi CFMA stipulait que ce que l’on appelle communément les dérivés négociés hors bourse, comme les swaps sur défaillance en cause dans le désastre des assurances de AIG (que Warren Buffett a déjà qualifiés d’armes de destruction financière massive), ne soient pas réglementés par le gouvernement.

À l’époque où M. Summers s’affairait à ouvrir les vannes de l’abus financier pour les sociétés de fiducie de Wall Street, son assistant était nul autre que Tim Geithner, l’homme aujourd’hui secrétaire du Trésor. À l’heure actuelle, l’ancien patron de M. Geithner, Larry Summers, est conseiller économique en chef du président Obama puisqu’il est chef du Conseil économique de la Maison-Blanche. Mettre MM. Geithner et Summers en charge de réparer les dégâts financiers équivaut à faire du renard le gardien du poulailler.


Le « terrible secret »

M. Geithner ne souhaite pas que le public comprenne son petit secret, soit que l’abrogation de la loi Glass-Steagall et l’adoption du CFMA en 2000 ont permis la création d’un petite poignée de banques qui allaient pratiquement monopoliser des pans importants des activités hors bilan mondiales ou l’émission des dérivés hors bourse.


Selon le récent Rapport trimestriel sur le commerce bancaire et les produits dérivés du Federal Office of Comptroller of the Currency, cinq banques étatsuniennes possèdent actuellement 96 % des positions de dérivés de toutes les banques des États-Unis en terme de valeurs symbolique, ainsi qu'un pourcentage ahurissant, soit 81 %, d'exposition au risque de crédit net total en cas de défaillance.

Ces cinq banques sont JPMorgan Chase, qui détient la première place avec une somme étourdissante de 88 billions de dollars en dérivés (66 billions d’euros!). Morgan Chase est suivie par Bank of America et Citibank lesquelles possèdent respectivement 38 billions et 32 billions en dérivés. La quatrième place dans les sweepstakes des dérivés revient à Goldman Sachs avec ses « maigres » 30 billions, somme qui baisse de façon draconienne à 5 billions de dollars en cinquième position où se situe la banque fusionnée Wells Fargo-Wachovia. Par ailleurs, au sixième rang, la britannique HSBC Bank USA détient 3,7 billions de ces actifs toxiques.

Par la suite, l’exposition des banques des États-Unis à ces dérivés hors bilan non réglementés diminue dramatiquement. Afin d’en souligner l’ampleur, notons qu’un billion s’écrit 1 000 000 000 000. Continuer à investir d’énormes quantités d’argent des contribuables dans ces cinq banques sans modifier leur système opérationnel revient à traiter un alcoolique avec de l’alcool gratuit à volonté.

Le sauvetage gouvernemental d’AIG, dépassant à ce jour les 180 milliards, a d’abord servi à payer ses swaps sur défaillance aux contreparties, les joueurs Goldman Sachs, Citibank, JP Morgan Chase et Bank of America, des banques se croyant « trop importantes pour faire faillite ». En effet, ces cinq institutions se croient maintenant si grandes qu’elles peuvent dicter la politique du gouvernement fédéral. Certains ont appelé cette opération un coup d’État des banquiers. Elle n’a définitivement rien de salutaire.

Voilà le terrible secret que le secrétaire Geithner et Wall Street tentent désespérément de cacher car il dirigerait l’attention des électeurs vers de vraies solutions. Le gouvernement fédéral dispose depuis longtemps de lois pour faire face aux banques insolvables. La Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) met la banque sous séquestre et ses actifs et ses passifs sont triés par un audit indépendant. On évince les gestionnaires irresponsables, les actionnaires accusent des pertes et une fois épurée, la banque est finalement divisée en en plus petites unités. Lorsqu’elle est assainie, on la vend au public. Le pouvoir des cinq méga banques de faire chanter le pays en entier serait alors moins grand. Ooohh. Ouais ?

C’est ce que Wall Street et Tim Geithner cherchent frénétiquement à prévenir. Le problème est centralisé sur ces cinq grandes banques et le cancer financier doit être isolé et réfréné par une agence fédérale afin que la victime, l’économie réelle, puisse fonctionner à nouveau sainement.

Voilà ce qui doit être mis sous séquestre ou nationalisé. En retardant cela et en refusant de demander un contrôle gouvernemental des comptes totalement indépendant pour déterminer si ces cinq banques sont réellement solvables, le gouvernement Obama provoque des pertes pour les États-Unis et l’économie mondiale, lesquelles seront inévitablement exponentielles lorsque les pertes en dérivés exploseront. Il s’agit de la détérioration préprogrammée de la récession, signifiant une augmentation des faillites d’entreprises, la multiplication des manquements des débiteurs hypothécaires et la montée en flèche du chômage. Cette situation devient hors de contrôle (d’un gouvernement responsable) parce qu’elle est permise par le secrétaire Geithner, Larry Summers et ultimement le président, qu’il ait ou non eu le temps de chercher à comprendre ce qui est en jeu.

Une fois que les cinq banques problématiques isolées par la FDIC et le Trésor, le gouvernement devrait légiférer afin d’abroger immédiatement la déréglementation bancaire de Larry Summers, comprenant la remise en application de la loi Glass-Steagall et l’annulation du Commodity Futures Modernization Act de 2000 ayant permis l’actuel abus criminel des banques. L’on pourrait alors commencer à discuter de réformes financières sérieuses, en commençant par des mesures pour « fédéraliser » la Réserve fédérale et retirer le pouvoir monétaire des mains des banques privées comme JP Morgan Chase, Citibank ou Goldman Sachs. »

William Engdahl

Source : http://www.mondialisation.ca/index.php? … ;aid=13066

Article original en anglais, Geithner’s ‘Dirty Little Secret’: The Entire Global Financial System is at Risk, When the Solution to the Financial Crisis becomes the Cause, publié le 30 mars 2009.

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca. 

William Engdahl est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de William Engdahl publiés par Mondialisation.ca

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#673 11-04-2009 14:28:13

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Je voudrais, après ces deux articles tout à fait fondamentaux postés par Etienne, dire ici quelle est "notre" proposition:

- Toute la monnaie doit être nationalisée, émise par la seule banque centrale, propriété de l'Etat et contrôlée démocratiquement, tout en étant "indépendante" . C'est cet aspect "constitutionnel" le plus difficile à équilibrer.

- Les banques commerciales et les établissements financiers ne disposent plus du droit de créer une monnaie-dette et ne peuvent que jouer le rôle d'intermédiaire entre la monnaie existante et la demande des emprunteurs, ne pouvant jamais prêter de monnaie confiée à plus court terme que l'emprunt

- Trois types de banques sont concevables:
a - Banques de dépôts: encaissements, paiements, garde de dépôts de leurs clients.
b - Banques de prêts: le montant global des prêts ne peut excéder le montant global des fonds empruntés (épargne préalable ou émission monétaire de la Banque Centrale)
c - Banques d'affaires: investissent dans les entreprises les fonds empruntés au public ou aux banques de prêts.

- Aucun établissement ne peut ajouter des intérêts pour son compte: la rémunération est sous forme d'honoraires de services

Pour info: j'ai écrit un petit résumé: "la création monétaire pour les nuls" que vous pouvez télécharger sous 3 formats aux adresses suivante:
http://www.societal.org/monnaie/creatio … esnuls.doc
http://www.societal.org/monnaie/creatio … esnuls.odt
http://www.societal.org/monnaie/creatio … esnuls.pdf


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

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#674 11-04-2009 15:44:51

Candide
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Ce texte de Johnson, que j'ai découvert sur le blog de Paul Jorion, est une véritable bombe. Comment les médias osent-ils ne pas en parler davantage ?! Nous connaissons tous la réponse...

Je vous conseille également cet entretien (en anglais, mais le journaliste et son invité parlent distintement et il y a une transcription juste en dessous de la fenêtre vidéo)...

http://www.pbs.org/moyers/journal/04032009/watch.html


Si une nation espère pouvoir rester à la fois ignorante et libre, elle espère ce qui n'a jamais été possible et ne le sera jamais.
(Thomas Jefferson)

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#675 15-04-2009 06:04:57

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Confessions d'un banquier pourri :
la crise financière vécue de l'intérieur


http://www.lexpansion.com/economie/actu … 79073.html

Emilie Lévêque, sur le site de L'Expansion -  12/04/2009 10:58:00 

C'est l'incroyable récit d'un ex-dirigeant de banque qui préfère rester anonyme et qui signe "Crésus" ce livre sur l'histoire secrète du krach de septembre 2008, sur la faillite de Lehman Brothers. On y découvre les dessous du secret bancaire suisse et surtout les « pratiques mafieuses » des banquiers. Extraits.

À tous ceux qui font encore confiance à leur banque... Tel est l'incipit de « Confessions d'un banquier pourri », publié sous le pseudonyme de Crésus, aux Editions Fayard (sortie en librairie le 15 avril, 17,90 euros). Rempli de confessions choc, il offre un récit hallucinant des milieux de la haute finance et de la crise financière de septembre 2008. A tel point qu'il pose la question de sa crédibilité. Philippe Cohen, rédacteur en chef du site Marianne2.fr - le magazine a publié en exclusivité des extraits du livre dans son numéro du samedi 11 avril - précise qu'il a pris la précaution de soumettre ce témoignage à un banquier qui l'a jugé tout à fait crédible. Nous avons été autorisés à en proposer également quelques morceaux choisis.

Le petit jeu va maintenant être de savoir qui est Crésus ? L'auteur donne quelques indices : « Vous ne me connaissez pas. J'ai grandi dans l'ombre, au coeur du sérail de l'argent, écrit-il dans le prologue de son livre. Je suis un parasite de la haute finance, l'un des membres du directoire d'une des plus grandes banques de France. À peine surpayé, j'ai ramassé quelques dizaines de millions d'euros en une quinzaine d'années. Une paille, comparée aux salaires et aux primes des traders que je dirige. Ou plutôt que je dirigeais. Voilà cinq mois, j'ai été écarté des affaires par un président soudain très à cheval sur les règles et le contrôle des risques. » Une idée ?

Bonnes feuilles :


Les subprimes : comment les banquiers ont réalisé le « casse du siècle »

« Eh bien, quand on m'interroge, je compare les banquiers à des bouchers pas très consciencieux. En fait nous avons fait disparaître les crédits à hauts risques dont nous voulions nous débarrasser en les mélangeant avec des créances de bonne qualité. La fabrication de ce cervelas d'un genre nouveau s'appelle la titrisation. Ensuite, on débite les nouveaux titres en tranches, qu'on vend en engrangeant au passage de belles commissions. [...] Quand les morceaux de viande avariée - en l'occurrence les subprimes - pourrissent et devienne toxiques, ça contamine toute la saucisse, et les acheteurs tombent malades. »

« Le processus était assez simple : au départ, on balançait aux structures des impayés ou des crédits à risques. Ensuite les types qui vendaient notre camelote noyaient ces produits incasables dans toutes sortes de liquidités avec deux objectifs : d'abord faire passer le risque de la Banque vers la Bourse, comme on se débarrasserait d'un mistigri encombrant, et, deuxième objectif, nettoyer nos bilans, puisque les créances invendables disparaissaient du passif pour réapparaître miraculeusement dans la colonne des actifs. »

« Pour sauver notre résultat, ne restait finalement que notre métier de base : nos clients les plus modestes, tous ces braves gens qui tiraient le diable par la queue. C'était eux qu'on assommait. Les marges sur nos encours de crédit allaient d'ailleurs progresser de 20 à 21% cette année. Que ce fussent les crédits à la consommation, les prêts-relais ou les découverts, toutes ces niches étaient incroyablement rentables, malgré ce qu'en disait notre discours officiel. Les crédits immobiliers se révélaient, eux aussi, très satisfaisants, avec une marge de l'ordre de 16%. Toutes nos divisions allaient perdre de l'argent, exceptée la banque de détail, justement. En ce domaine, nous avions encore quelques idées pour améliorer encore l'ordinaire. En multipliant les propositions à la clientèle, on avait réussi à faire exploser les frais bancaires : virements, chèques de banque, retraits, ouvertures de comptes, remises de cartes de crédits, consultations de comptes sur le net, tout justifiait un prélèvement d'apparence anodine. L'ensemble représentait à la fin plus de la moitié de notre bénéfice annuel!

Où étaient les sanctions ? Devions-nous rendre des comptes ? Et à qui d'ailleurs ? A nos conseils d'administration ? Plaisanterie ! A l'Etat ? Une mascarade ! Les « camarades » de l'inspection des Finances ne nous gênaient pas, c'est le moins qu'on puisse dire. Aux médias ? Ils ne posaient pas beaucoup de questions et prenaient nos communiqués les plus effrontés pour argent comptant. Les banquiers du monde entier étaient en train de réaliser en toute impunité le casse du siècle. [...] de Paris à New York, une bande avait accumulé des fortunes invraisemblables. »



Les dessous de la faillite de Lehman Brothers :

Le livre évoque une prostituée de luxe qui a recueilli les confidences d'un important actionnaire saoudien à qui Henry Paulson avait annoncé qu'il allait lâcher la banque Lehman Brothers. Autrement dit, elle accuse l'ex ministre américain au Trésor de délit d'initié.

« Les Etats-Unis avaient un besoin vital des Saoudiens. D'abord parce que l'Arabie Saoudite possède le quart des réserves mondiales de pétrole brut. [...] Ensuite parce que si le roi Abdallah se cassait la figure, c'était la catastrophe : la famille des Saouds détient à titre privé 7% des actifs américains. [...] Enfin, aux Etats-Unis, le premier semestre 2008 avait été exécrable. En cinq ans, le niveau de la dette avait explosé. Pour se financer, le Trésor émettait des obligations garanties par l'Etat. Et qui les achetait ? Les Saoudiens ! Juste après les Chinois. Ce financement de plusieurs milliards de dollars par mois était vital. Sans lui, l'Amérique risquait de s'effondrer. Alors pour Paulson et pour l'administration Bush, commettre un petit délit d'initié était une vétille. Une incartade au nom de la raison d'Etat. »

« Le drame s'était joué en deux actes. D'un côté, le bureau loft de Richard Fuld, au 31e étage de la tour Lehman, sur la VIIe avenue. Greffé à son téléphone, le patron de Lehman Brothers s'était battu jusqu'au bout pour trouver un repreneur capable de sauver son empire. « Dick » avait appelé sans relâche ses contacts dans tous les établissements financiers et parmi les milliardaires de la planète. Les investisseurs du Moyen-Orient avaient été les premiers à lui raccrocher au nez. Les Chinois, les Russes, les Américains avaient suivi. En réalité, cela faisait des mois que Fuld cherchait une solution. Depuis que Paulson et la Réserve fédérale américaine lui avaient refusé la possibilité de changer de statut pour devenir une banque commerciale susceptible d'avoir accès aux différentes aides de l'Etat.

Le dernier espoir de Fuld ? Bank of America. Fuld tentait inlassablement de joindre le président de BofA, Ken Lewis, pour lui faire une offre mirobolante. Mais Kenneth ne répondait pas. Logique : à ce moment précis, il était avec le secrétaire au Trésor, à quelques blocs de là.

Car le drame s'était également noué au siège de la Fed, au sud de Manhattan. Henry Paulson avait convoqué dans son bureau l'élite de la communauté de Wall Street. Etaient présents Ken Lewis, mais aussi Timothy Geithner, le président de la Fed de New York, Christopher Cox, le gendarme de Wall Street, et les patrons des plus grandes banques américaines. En principe il s'agissait de trouver le moyen de dégager une petite centaine de milliards de dollars, pendant le week-end, pour sauver la trésorerie de Lehman et sauver la banque de la faillite. Une gageure. Non parce que les interlocuteurs de Paulson n'avaient pas le pouvoir de mobiliser cette somme, loin s'en faut, mais parce que personne n'avait à ce moment-là envie de donner le coup de pouce décisif à « Poison Fuld ». Son arrogance, son mépris des règles et des convenances chères à Wall Street avaient fait le vide autour de lui.

En moins de deux heures, le problème avait été réglé. Lehman ne pouvait pas être sauvé. Ce serait la version officielle, sans plus d'explications. »


Secret bancaire: la Suisse menace l'Europe et se couche devant les Etats-Unis

« On a dû sortir l'arme lourde : ils étaient déchaînés ! Je ne pensais pas que Barroso leur mettait une telle pression. [Déclaration de Konrad Hummler, président de l'Association des banquiers privés suisses]

-Le président de la Commission ?

- Evidemment. En tout cas, on leur a clairement fait comprendre qu'on était prêts à suspendre toutes les transactions avec l'Europe s'ils continuaient à montrer des dents.

Je n'en revenais pas : les Suisses venaient de menacer la Commission européenne de geler tous les avoirs européens. [Propos de Damien, le narrateur du livre]

[...]

-Et ils vous ont cru ?

-Il faut croire que oui ! »

« Paulson a appelé Pascal Couchepin, le président...

-... de la Confédération ?

-... Oui. Et il lui a dit qu'il voulait les comptes numérotés des six patrons de Lehman, dans les vingt-quatre heures. [...] Paulson a continué en disant au président suisse : c'est simple, si vous ne levez pas le secret bancaire dans ce cas précis, on fait passer dans la semaine au Congrès une loi d'urgence qui interdira pendant six mois toute transaction financière entre la Suisse et les USA.

-Mais, chez eux, violer le secret bancaire est quasiment un crime ! Impossible !

-Oui. Mais c'est exactement ce qui s'est passé. C'était il y a quatre jours, et comme leur principale banque a déjà perdu 40 milliards de francs suisses et qu'elle est au bord de la faillite... il leur était difficlile de ne pas collaborer...

-Et alors ?

-Et bien, le ministre suisse et le type qui dirige l'Association des banquiers privés sont partis à la pêche. Genève n'est pas une si grande ville. Ils ont ensuite pris les nazes de l'UBS par les couilles et ils se sont faits tamponnés en beauté. Et ils n'ont pas traîné pour balancer les comptes des patrons de Lehman au gouvernement américain. Et on ose encore dire que la Suisse est un paradis fiscal ! »

On sera nombreux à lire ce livre...

Étienne

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#676 26-04-2009 16:26:49

Étienne
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Je viens de poster ça chez Paul, c'est un document important :


L'analyse passionnante d'Irving Fisher : 100% money
pour mettre "la monnaie à l’abri des prêts".


Chers amis,

Je vous signale ce travail de [url=http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/p/sylvie-diatkine,447902.aspx]Sylvie Diatkine[/a], une passionnante synthèse de l'œuvre d'un grand esprit — [url=http://fr.wikipedia.org/wiki/Irving_Fisher]Irving Fisher[/a] était admiré des plus grands : Keynes, Friedman, Allais, Galbraith, etc. — où chacun pourra ici constater que notre débat sur la monnaie ("Faut-il continuer à autoriser les banques à nous imposer leur fausse monnaie à l'occasion du crédit ?") est non seulement une vieille affaire mais surtout le possible cœur nucléaire, toujours actif, des crises économiques.

Notre (parfois âpre) discussion est sûrement une excellente piste pour trouver une solution durable aux pires défauts du système actuel.

J'ai encore mis dix nouveaux livres sur [url=http://etienne.chouard.free.fr/Europe/BibliographieCreationMonetaire_r.jpg]ma pile[/a] wink

Amitiés.

Étienne.
http://etienne.chouard.free.fr/forum/vi … .php?id=81
___________________

« Tout pour nous-mêmes et rien pour les autres » semble avoir été à toutes les époques du monde la vile maxime des maîtres de l’humanité.
Adam Smith, « La richesse des nations », Livre III, chapitre 4.
___________________


« La monnaie à l’abri des prêts » : le plan de I. Fisher (1935)
à l’origine des propositions de « narrow banking »
(1) 

par Sylvie Diatkine (2)

Communication aux 20èmes Journées Internationales d’Économie Monétaire et Bancaire, Birmingham, 5-6 juin 2003.

Source : [url=http://www.univ-orleans.fr/deg/GDRecomofi/Activ/diatkine_birmingham.pdf]http://www.univ-orleans.fr/deg/GDRecomofi/Activ/diatkine_birmingham.pdf[/a]


Les débats fondateurs des XVIIIe et XIXe siècles jusqu’au début du XXe siècle portent sur le lien entre la monnaie bancaire et le crédit et son influence sur les cycles. Les conséquences de la prise de risques par les banques au niveau de l’instabilité bancaire sont mises en évidence, notamment celles du risque de liquidité. Ce dernier est lié au caractère liquide du passif de la banque qui fournit ainsi une « assurance de liquidité » alors que l’actif est illiquide. Il en résulte la possibilité de crise de liquidité et la nécessité de l’intervention du prêteur ultime. 

En même temps, une question récurrente au sein de la théorie bancaire est justement celle des moyens de réduire ces risques source d’instabilité en agissant au niveau du rapport entre monnaie et crédit(3). L’étude de ce débat fait ressortir l’opposition entre deux conceptions de la banque. Soit une banque qui « transforme » des réserves préexistantes en monnaie bancaire soit une banque qui crée de la monnaie bancaire à partir du crédit. Certains auteurs choisiront une solution maximale en envisageant de séparer le crédit de la monnaie et en supprimant le risque de liquidité. Cette solution a donné lieu à diverses propositions de réformes bancaires. Nous étudierons celle de I. Fisher, présentée dans 100% Money, 1935. Les deux fonctions maintenant séparées soit de fourniture de crédit soit de gestion des paiements seront le fait de banques spécialisées afin de limiter les répercussions, sur le système de paiements, de l’instabilité introduite par le cycle du crédit. L’émission de monnaie bancaire doit être couverte à 100 % par des réserves, afin que la « monnaie ne soit plus à la merci des prêts ».

Cependant, I. Fisher, s’il se préoccupe des crises bancaires, voulant éviter les conséquences du risque de transformation et de liquidité pris par les banques sur la monnaie, n’envisage de les réguler que par le moyen de la politique monétaire et la variation de la quantité de monnaie de base et non par une régulation du crédit. Ici la politique bancaire disparaît.

On trouve aujourd’hui des propositions de réforme bancaire visant à instaurer des banques avec 100% de réserves chez M. Allais ou chez M. Friedman(4) ou des « banques étroites » (narrow banking). D’autres projets encore ont pour but de remplacer les banques par des institutions financières de type « money market funds » ou fonds mutuels investis en titres du marché monétaire(5).

L’objet de cette communication est de retracer l’origine des propositions contemporaines de « narrow banking » dans l’histoire de la pensée économique. Pour ce faire, nous nous concentrerons sur le plan de I. Fisher exposé dans 100 % Money (Adelphi, NewYork, 1935). Il est aussi à la base du plan de l’École de Chicago(6) qui s’insère dans le débat entre partisans de règles ou d’une politique discrétionnaire en matière de politique monétaire. L’importance des crises bancaires durant la Grande Dépression du début des années trente incite en effet les auteurs à s’interroger sur leurs causes. Mais certains vont proposer des solutions radicales puisqu’il s’agira de faire cesser toute création de monnaie à partir du crédit. Ils vont donc proposer d’aller plus loin (mais dans la même ligne) que l’École de la circulation et l’Act de 1844 en Angleterre.


Le plan de la communication s’organise de la façon suivante. Nous rappellerons l’origine théorique de la réforme proposée par I. Fisher qui se situe dans les arguments de l’École de la circulation puisqu’il y fait référence lui-même (Fisher, 1935, p. 18 et pp. 46-48). Puis nous exposerons, dans un deuxième temps, la conception de la monnaie présentée dans l’ouvrage et la critique portée au système de réserves fractionnaire (« la monnaie ne doit pas être à la merci des prêts »). Dans une troisième étape, nous donnerons l’essentiel du contenu du plan de réforme tant du point de vue de la théorie bancaire que des règles de politique monétaire (« banques étroites et nationalisation de la monnaie »). Enfin, nous montrerons les liens entre le plan de Fisher et les propositions contemporaines de « narrow banking ».

L’ensemble des propositions de réformes monétaires de Fisher et les recherches théoriques sur lesquelles elles s’appuient sont motivés par la volonté de stabiliser la valeur de la monnaie et par la conviction que les fluctuations de l’activité économique ont pour origine des faits monétaires. Elles débouchent sur la nécessité de la mise en œuvre d’une politique monétaire reposant sur une règle a priori et quantitative d’offre de base monétaire par la banque centrale pour réguler la valeur de la monnaie(7) et éviter tout rôle déstabilisateur de la monnaie, position qui n’a pas varié tout au long de son œuvre.

Selon H.E. Loef et H.G. Monissen(8), le développement de ses projets de réforme par Fisher s’inscrit dans deux phases de recherche de leurs fondements théoriques. La première met en évidence la nature monétaire des fluctuations économiques dans The Purchasing Power of Money (1911). Plusieurs articles tels que « The Business Cycle Largely a "Dance of The Dollar" » (1923) en sont aussi des exemples. La deuxième se situe après la Grande Dépression qui incite Fisher à modifier ses vues théoriques sur l’origine des booms et dépressions qu’il attribue à des mécanismes d’endettement et de déflation par la dette(9). Cependant, on retrouve ses conceptions antérieures quant à l’offre de monnaie puisque la déflation se manifeste par une baisse du niveau des prix et trouve son origine dans la contraction du stock de monnaie sous forme de dépôts bancaires(10). Ses propositions de politique monétaire sont alors la « reflation » afin de sortir de la déflation, ce qui est compatible avec une règle de politique monétaire de long terme, qui elle-même doit s’appuyer sur une proposition de réforme du système bancaire lui imposant un coefficient de réserves de 100 %, afin d’assurer ainsi un complet contrôle de la base monétaire.

1. l’origine du plan de réforme de 1935 de I. Fisher

L’origine du plan proposé par I. Fisher se situe dans l’analyse des limites et insuffisances de la réforme de la Banque d’Angleterre de 1844 et des théories de l’École de la circulation pour éviter les crises bancaires et stabiliser le système monétaire. En effet, I. Fisher tire les conclusions de l’ensemble des débats entre l’École de la circulation et l’École de la banque(11), se situant ainsi du côté des théoriciens de l’École de la circulation, tout en complétant leurs propositions. Si la monnaie est créée par les banques à partir du crédit, ce qui est cause de crises bancaires. Les fluctuations de la quantité de monnaie et les fluctuations de prix en résultent. En effet, selon I. Fisher, si les crises bancaires sont néfastes, c’est parce qu’elles aboutissent à une diminution de la quantité de monnaie. Il faut donc empêcher cette production de monnaie à partir du crédit.

Selon l’École de la Circulation, ceci est lié au fait que la Banque d’Angleterre, avant la réforme de 1844, ne respecte pas une liaison stricte entre ses émissions et l’évolution de ses réserves en métal. Ceci fonde l’argumentation essentielle de ses partisans pour justifier la nécessité de la réforme de la banque d’Angleterre en 1844. Car, selon eux, on peut même dire que, en retardant l’échéance, les directeurs de la Banque sont contraints ultérieurement à un freinage encore plus sévère qui provoque des faillites encore plus larges de banques(12) et des fluctuations amplifiées de l’activité économique. Le problème est donc d’abord celui de la proportionnalité entre réserves et émissions de monnaie bancaire(13).

Les crises bancaires sont donc en réalité le résultat de l’action publique car, en raison d’une mauvaise politique, la structure du crédit et de la monnaie risque d’être détruite. Et si la banque d’Angleterre doit ensuite intervenir comme prêteur ultime, c’est du fait même de ses propres erreurs antérieures de politique monétaire(14). Dans ce cadre, la surémission de monnaie est créée par celle de la monnaie de base (les billets) et le remède relève seulement de la politique monétaire (une règle automatique de régulation de la base monétaire en stricte proportion de la quantité de réserves métalliques dans les coffres de la Banque). Ceci permettra d’éviter tout retard d’ajustement entre les mouvements de métal et ceux de la masse monétaire et des instruments de crédit. Il est alors possible de réguler l’activité de toutes les banques à l’aide de la politique monétaire de la banque centrale car les billets de la Banque d’Angleterre servent de monnaie de réserves pour les banques locales ; le système bancaire est déjà hiérarchisé. Les billets de la banque centrale ne sont mis en circulation que par l’escompte. Ils peuvent être redéposés en compte à la banque. Celle-ci peut faire de nouvelles avances à partir de ces dépôts. Ils sont ainsi reprêtés selon le mécanisme connu du multiplicateur de crédit qui a été introduit par Torrens(15). Bien que les dépôts puissent faire office de moyens de paiement, ils n’en constituent pas moins des instruments de crédit et non de la monnaie qui se limite aux billets et pièces. Ils ne forment que le prêt d’une monnaie préexistante et sont de la monnaie « déléguée »(16). Cette thèse caractéristique de l’École de la circulation s’écarte de l’analyse selon laquelle, à l’inverse, ce sont les instruments de crédit qui deviennent des moyens de circulation (la monnaie ne préexiste pas au crédit). Selon l’École de la circulation, si ce coefficient multiplicateur est suffisamment stable et si la création de billets est régulée, il en résulte que toute l’offre de monnaie et de crédit est contrôlée puisque la base à laquelle s’applique le multiplicateur est bloquée. Les dépôts se contractent selon un facteur multiplicateur (du fait du coefficient de réserves) en réaction à la contraction des billets. Cependant, un auteur comme Torrens se rend compte de l’instabilité du multiplicateur (Torrens, 1858).

Apparaissent donc ainsi établis les principes d’une régulation du crédit à partir de l’offre de monnaie(17). Il n’y a donc pas lieu de distinguer deux fonctions séparées de la Banque d’Angleterre : d’une part celle de réguler la valeur et la quantité de la monnaie, et d’autre part, celle de soutenir la structure du crédit national c’est-à-dire, d’une part, celle de mener la politique monétaire et, d’autre part, celle de prêteur ultime. Car pour accomplir ces deux fonctions elle doit se reposer sur le même principe et le même mécanisme qui est celui d’une stricte proportion entre ses émissions et ses réserves, principe dont elle ne doit pas s’éloigner et qui ne souffre aucune exception même en des cas particuliers. La réforme de 1844 appliquée à la Banque d’Angleterre permettra justement de mettre en œuvre de façon indéfectible ce principe.

L’Act de Peel divise la Banque d’Angleterre en deux départements : le département d’émission (issue department) et le département de banque (banking department). Le but est d’obtenir ainsi que la variation de la quantité de billets émis suive exactement la variation de l’encaisse-or de la banque c’est-à-dire les mouvements d’entrée et de sortie d’or du pays. Le mécanisme mis en place aboutit à limiter automatiquement les opérations de crédit du département de banque par le niveau de l’encaisse or du département d’émission. Seul le département d’émission émet les billets couverts à 100% par le métal et ne les remet au département de banque que contre l’or que celui-ci lui apporte. Les billets sont ensuite mis en circulation à l’occasion des escomptes par le département de banque. Les liquidités du département de banque sont donc obtenues sous forme de billets qu’il reçoit du département d’émission et dont il garde une partie en réserves. Ainsi son activité est limitée par ses possibilités d’obtenir ainsi de la liquidité. L’émission des billets à l’occasion des escomptes ne repose plus sur le comportement autonome et discrétionnaire de la banque d’Angleterre qui pourrait abuser de son pouvoir et imposer une « circulation forcée » mais sur la volonté du public de détenir des billets et sur les forces « naturelles » d’équilibre des paiements extérieurs. Il s’agit d’une première forme de ce que l’on appellera ensuite une caisse d’émission.

Cependant, les insuffisances de l’Act de 1844 ont été notées. En particulier, s’il règle l’émission de billets, il ne permet pas de réguler les autres instruments de crédit qui servent aux paiements, tels que les instruments scripturaux (comptes qui circulent par chèques ou virements)(18). Donc la surémission de monnaie peut continuer sous d’autres formes que les billets. Celle-ci résulte de l’instabilité du multiplicateur et de la substitution entre formes de monnaie. À partir d’un même niveau de billets, une proportion variable d’autres instruments de crédit peut être créée. C’est ce que note I. Fisher.

« In England the inadequacy of reserves against notes had scarcely been remedied in 1844 when it reappeared  on the form of indequacy of reserves against deposits. When Sir Robert Peel applied essentially a 100% principle to part of the English note issue, checking deposits had not yet become a problem. They scarcely existed. But they speedily became a problem through the same abuse which had previously made bank notes a problem. (…) 

Instinctively, checking deposits were resorted to by banks as a way of circumventing the restrictions on note issues. This modern deposit peril thus takes place of the old bank note peril. » I. Fisher (1935), p. 46.

Les erreurs de l’Act de 1844 ont été reproduites, aux États-Unis, par le Federal Reserve Board, qui se préoccupe de maintenir le niveau de réserves par rapport à ses billets et non par rapport aux dépôts (notamment les réserves en métal ; pour Fisher, le problème n’est pas le niveau des réserves métalliques, et il faut même supprimer l’étalon-or). Aux États-Unis se développe aussi la quasi monnaie par substitution aux billets. Or, il y a plus de risque de demande de remboursement par les clients des dépôts que des billets du FED.

«Or if 40% is necessary for the notes, much more than 40% ought to be required for deposits. The reason why the two reserve requirements are so inconsistent is doubtless to be found in history. Bank notes had been subject to long abuse –« wild cat banking » -the memory of which now deters the bankers from exploiting notes ; but deposits have behind them no such history or memory. So deposits are exploited by the bankers of today as their forefathers exploited notes. The present depression is the logical result. » I. Fisher, 1935, p. 50

C’est pourquoi, si l’on veut rendre les principes de l’École de la circulation efficaces, afin d’imposer une proportionnalité stricte entre circulation monétaire et réserves, il faut se concentrer sur le problème de la monnaie qui circule sous forme de chèques (checking deposits) et lui imposer aussi (ce que n’a pas fait l’Act de 1844) un coefficient de réserves de 100 %. Il faut réguler les dépôts, mettre la monnaie à l’abri des prêts qui créent les dépôts. Cette réforme est nécessaire car le système actuel est responsable des crises bancaires et de la destruction de monnaie qu’elles ont entraînée dans le cadre de la Grande Dépression.

2. « la monnaie à la merci des prêts » et les cycles

Cette réduction de la masse monétaire a accentué la crise économique dans le secteur réel. En effet, I. Fisher se réfère à son analyse de la déflation par la dette, une présentation de la récession accentuée par le surendettement (Fisher, 1935, chapitre 7)(19). Il montre l’enchaînement de causes qui conduisent à la liquidation d’une situation de surendettement : les ventes de détresse, la contraction de la monnaie bancaire qui circule par chèques lorsque les prêts bancaires sont remboursés, le ralentissement de la vitesse de circulation, une baisse du niveau des prix puisque la masse monétaire et la vitesse se réduisent, une baisse encore plus grande de la valeur nette des entreprises précipitant des faillites, une baisse des profits, de la production et de l’emploi, une perte de confiance et la thésaurisation, une baisse du taux d’intérêt nominal et une hausse du taux réel conformément à la théorie du taux d’intérêt de Fisher selon laquelle le taux d’intérêt réel est le taux nominal déflaté des prix. Selon lui, ce schéma est aggravé car la monnaie bancaire est créée à partir du crédit bancaire ; il en résulte que la contrainte de remboursement des crédits pèse sur la masse monétaire et la contracte. Ce fait est la cause primordiale de la baisse des prix si l’on applique la théorie quantitative de la monnaie et que le niveau général des prix est déterminé par la quantité de monnaie.

Ainsi selon Fisher, le fait essentiel de la crise est la destruction de monnaie par les banques ; les booms et dépressions donnent lieu à des fluctuations de la monnaie émise par les banques. La monnaie est à la merci des prêts. Et ceci est dû au système de réserves fractionnaires qu’appliquent les banques car c’est dans ce système que la monnaie est créée par les crédits ; c’est donc pour éviter les crises que Fisher propose un plan de réforme de ce système.

« Thus our national circulating medium is now at the mercy of loan transactions of banks ; and our thousands of checking banks are, in effect, so many irresponsible private mints.

What makes the trouble is the fact that the bank lends not money but merely a promise to furnish money on demand – money it does not possess. The banks can build upon their meager cash an inverted pyramid of such « credit », that is , cheching book money, the volume of which can be inflated and deflated. » I. Fisher (1935), p. 7.

En effet, la monnaie bancaire (sur les comptes de chèques) selon Fisher est totalement différente de la monnaie manuelle. La première représente la seconde et, pour être acceptée, nécessite la permission spéciale du créancier qui la reçoit. De plus, dans le cadre du système actuel de réserves fractionnaire, si tous les déposants demandaient en même temps leur monnaie sous forme liquide, les banques ne pourraient leur fournir à moins de pouvoir réaliser des actifs. Car, depuis le temps des « goldsmiths », les banques ne conservent pas toutes les liquidités qui sont déposées chez elles en caisse. Elles les reprêtent. Au-delà de la fonction de banques de dépôt ou de simple dépositaire en consigne (qui au début était liée à un coefficient de réserves de 100 %), elles ont acquis celle de banque de prêt qui implique un coefficient de réserve fractionnaire (inférieur à 100 %). Ce fut l’évolution de la Banque d’Amsterdam (Fisher, 1935, chapitre 3).

Il est ainsi possible, par exemple, que la banque reprête ses réserves dix fois car I . Fisher parle du système actuel comme d’un système « 10 % réserves ». À partir d’un dépôt initial d’un premier client, elle fait un premier prêt sous forme d’une ouverture de découvert à un autre client (tandis que le premier, détenteur du dépôt initial, peut toujours aussi bien utiliser son dépôt pour payer), prêt qui donnera lieu à retour dans ses livres en un nouveau dépôt. À partir de ce nouveau dépôt s’opère un autre prêt à un autre client qui opère un nouveau dépôt et ainsi de suite… Le volume total des prêts et donc de la monnaie sur les comptes de chèques est donc égal à dix fois le volume des réserves initiales (la véritable monnaie manuelle) déposées chez elle(20).

Le mécanisme suppose qu’il n’existe qu’une seule banque dans la communauté. Il y a donc multiplication de la monnaie bancaire sur les comptes de chèques(21). Les banques sont des firmes qui « produisent « de la monnaie. Le problème est que si la monnaie est créée à partir des prêts, elle est aussi détruite par leurs remboursements. Quand la déflation arrive, les banques cessent de prêter et le public est privé d’une partie de la circulation monétaire. Ce mode de création de la monnaie la soumet à des fluctuations très fortes. On retrouve donc le problème déjà posé par l’École de la circulation, à savoir la multiplication des crédits qui crée une surémission de monnaie et détend le lien entre monnaie et réserves, introduisant une source de fluctuations plus grandes de l’activité économique.

« If the two parties, instead of being a bank and an individual, were an individual and an individual, they could not inflate the circulating medium by a loan transaction, for the simple reason taht the lender could not lend what he didn’t have, as banks can and do. (…)

Only commercial banks and trust companies can lend money which they manufacture by lending it. The Savings Bank does not create its deposits. It lends the funds deposited in it. And by the same token, two individuals cannot deflate the circulating medium by liquidating ; neither can a savings bank and an individual. » I. Fisher (1935), p. 38

De ce fait, les banques vont ainsi créer la déflation. Car elles cherchent à augmenter leurs réserves afin de diminuer leur risque de liquidité et il y aura une diminution nette de la quantité de monnaie.

« The banks get cash from the public by calling such loans as are call loans, or by refusing to renew loans coming due, or by selling to the public some of their investments. They  demand cash in order to meet demands for cash by their depositors, so that the actual cash they pay out now adds nothing at all to the public’s net total volume of cash, since it must come out of the public in the first place. The bank simply robs Peter to pay Paul. But the deposits, of course, shrink with every pay-off of deposits, so that the total circulating medium in the hands of the public shrinks by the shrinkage of deposits. » Fisher (1935), pp. 64-65

« In this contest the banks will not be content to get money from the public merely fast enough to pay back to the public. They will, in most cases, get it faster than that, so as to be in a « more liquid » position to weather the storm. (…) But the dominant motive of the banks is to save their own skins, and the net result is to increase their cash reserve at the expense of the circulating medium of the public. In effect, they, for the time, become the enemies of the public » Fisher (1935), p. 68

Il est vrai que ceci n’est possible que s’il n’existe pas de prêteur ultime. La crise selon Fisher ne se manifeste donc pas seulement au niveau microéconomique par des faillites bancaires mais aussi au niveau macroéconomique par une contraction du stock de monnaie selon la logique quantitativiste. On retrouve ce type d’explication des conséquences de la crise des années 1930 chez M. Friedman(22). D’où la nécessité d’une régulation monétaire.

Durant les crises, il se produit en effet des variations du taux d’intérêt très abruptes. On se souvient des arguments des partisans de l’École de la circulation selon lesquels les fluctuations du taux sur le marché monétaire sont plus fortes dans un système à réserves fractionnaires du fait de la succession des booms et dépressions, due aux retards de la politique monétaire en cas de sorties de métal. Selon Fisher (1935, p. 106), les facteurs déterminants du cycle sont le surendettement par crédit bancaire et la déflation(23) qui s’en suit.

Dans le cas d’un boom, qui peut démarrer s’il existe une différence positive  entre le taux de profit et le taux d’intérêt, le taux nominal monte d’abord ; mais le taux réel d’intérêt baisse (en dessous de zéro) du fait de l’inflation et de la dépréciation de la monnaie, ce qui favorise encore les emprunteurs et les incite au surendettement. Il se produit donc une évolution divergente du taux d’intérêt nominal et du taux réel (Fisher, 1935, p. 130). L’inflation se développe de façon cumulative tant que le taux d’intérêt n’a pas retrouvé son niveau normal. Le retournement du cycle s’opère parce que les banques relèvent leur taux nominal, du fait de la baisse de leurs réserves. Le taux réel monte au-dessus de son niveau normal et il se produit alors une déflation cumulative, pour des raisons symétriques de celles de la phase précédente. 

L’effet de la hausse des taux d’intérêt réels se fait sentir sur l’ensemble de l’encours des dettes passées accumulées et non seulement sur les nouveaux prêts. Fisher décrit, certes, l’enchaînement des événements de la déflation par la dette qui inclut une baisse de la valeur nette des entreprises, précipitant les faillites (Fisher, 1935, p. 108). Mais il insiste sur un second effet, qui est lui monétaire, puisqu’il consiste en une contraction des encaisses nominales agrégées et en une baisse du multiplicateur de base monétaire (par fuite des dépôts mais aussi par augmentation des réserves des banques par rapport aux dépôts puisque les banques cherchent à contracter le volume de leurs prêts, ce qui est indépendant des paniques bancaires), qui empêche le mécanisme stabilisant de l’effet d’encaisse réelle de jouer(24). Ce dernier effet monétaire n’est pas une nouveauté par rapport aux analyses de 1911. On retrouve un cadre quantitativiste. Car on doit noter que, dans le texte de 1935 (100 % Money) que nous analysons, Fisher insiste particulièrement sur l’effet monétaire pour justifier son plan de réforme bancaire.

C’est pourquoi, en réalité, le système actuel de « 10 % réserves » ne favorise pas les emprunteurs. Il semble que le taux d’intérêt nominal soit plus bas en raison de l’accroissement de la quantité de prêts permis par l’existence des banques mais cet avantage est illusoire du fait des booms et dépressions. Car les emprunteurs y perdent en fait plus qu’ils n’y gagnent car ils perdent leur solvabilité et crédibilité et subissent la réduction de l’offre de crédit lorsque les banques ont besoin de liquidités. 

Il faut bien comprendre, selon Fisher (1935, p. 124), que, si l’emprunteur quelconque (c’est à dire de petite taille et qui n’a pas de poids dans la négociation avec la banque) paiera peut être un taux nominal plus haut dans le système à « 100% réserves »,  sur le long terme  celui sera plus stable. Alors qu’aujourd’hui il varie grandement et de plus, dans certaines circonstances comme les dépressions, d’ailleurs créées par les banques, cet emprunteur ne peut pas emprunter du tout, même à n’importe quel taux, car les banques doivent reconstituer leur liquidité et cessent de prêter.

3. le plan de réforme de I. Fisher

L’idée essentielle consiste à supprimer le lien entre crédit et monnaie. Les banques devront observer un coefficient de réserves de 100 %. Tous les comptes de chèques ne pourront faire circuler que de la monnaie déjà « en caisse ». Le but est d’aligner toutes les formes de monnaie bancaire sur les billets ; aller au-delà des principes de l’Act de 1844 en imposant la même règle aux dépôts qu’aux billets. Fisher pense même que le problème des billets n’est plus important puisque la monnaie est principalement composée de comptes chèques.

La monnaie sera émise par une commission spéciale et gouvernementale ; elle sera remise aux banques contre la partie de leurs actifs qui correspond à leurs prêts. Elle servira donc de réserves aux banques et ne pourra pas, par elle-même, faire varier la circulation monétaire du pays. Il y aura donc substitution de cette monnaie aux titres des banques et à l’avenir, une fois ce processus terminé, un coefficient de réserves de 100 % en cette monnaie sera observé à tout moment. Les dépôts étant entièrement reliés aux réserves, tous les instruments de paiement se comporteraient comme les réserves, comme s’il s’agissait d’une circulation de monnaie manuelle uniquement. On retrouve les propositions de l’École de la circulation : une circulation de papier qui se comporte comme s’il s’agissait d’une circulation métallique (des certificats de métal), comme si les réserves métalliques circulaient. Dans le système proposé par Fisher (« 100 % money » à distinguer du système actuel de « 10 % money »), il n’y a plus de différence entre ce qui est monnaie manuelle (monnaie effective) et instruments de crédit qui circulent.

Fisher précise qu’il s’agit d’un plan de nationalisation de la monnaie mais non de l’activité de banque ou de crédit (Fisher, 1935, p. 18). L’émission de monnaie est gérée par l’État et elle est distribuée et mise en circulation (sa répartition entre les utilisateurs d’une masse prédéterminée par l’État) par les banques privées.

« Let the Government, through an especially created « Currency Commission », turn into cash enough of the assets of every commercial bank to increase the cash reserve of each bank up to 100% of its checking deposits. In other words, let the Government buy (or lend money on) some of the bonds, notes, or other assets of the bank with money(25), especially issued through the Currency Commission. Then all check-book money would have actual money – pocket-money – behind it » Fisher (1935), pp. 8-9.

Les banques sont donc divisées en deux départements : un département qui continue à faire du crédit mais sans émette de monnaie ou gérer des comptes chèques, et un département d’émission qui gère les paiements en chèques dont les dépôts sont entièrement couverts par de la monnaie manuelle (qui est de la monnaie manuelle émise par le gouvernement). On reconnaît les principes de la séparation de la Banque d’Angleterre en deux départements selon l’Act de 1844 : un département de banque et un département d’émission.

« The money subject to check would, as elsewhere stated, be kept in a separate « Check Bank » which would be a department of the original bank, or affiliated with it. Each original commercial bank would thus be split into a Check Bank or Department and a Loanand-Investment Bank or Department. 

The Loan Department, could, of course, like any other depositor, deposit its own cash in the warehouse-bank or department, and draw out this cash or transfer it by check » Fisher (1935), p. 53.

Les avantages sont d’abord que le risque de liquidité ou de transformation des banques disparaît ainsi que les « runs » et faillites bancaires. Les déposants ne craindront plus que la banque ne puisse les rembourser puisque la monnaie qu’ils demanderaient est toujours dans la banque (Fisher, p. 10). Le risque bancaire est donc réduit, y compris le risque de défaut car la monnaie qui est émise est gagée sur le crédit du gouvernement des États-Unis. 

Ceci constitue notamment une solution au problème du risque de liquidité tel qu’il est traité dans le cadre du modèle de Diamond et Dybvig (1983), mais alors il n’y a plus d’assurance de liquidité fournie par les banques. Wallace (1996) développe ce point. Il montre que les propositions actuelles de « narrow banking », qui sont la version contemporaine des projets de banques ayant 100% de réserves(26), visent à établir des banques n’émettant que des dépôts gagés entièrement par des actifs liquides. Cependant, ces propositions ne se basent pas sur une théorie (ou un modèle) bancaire. En particulier, elles ne montrent pas en quoi leur solution est nécessaire car elle permettrait  logiquement de résoudre les effets néfastes de l’illiquidité bancaire. Car le problème que les propositions de « banques étroites »sont supposées résoudre n’existerait pas si les banques n’étaient pas illiquides. Or il existe des théories qui explicitent ce point. En particulier, le modèle de Diamond et Dybvig (1983) est utile car il montre pourquoi les banques sont illiquides et quel service elles rendent ce faisant. Wallace (1996) prolonge la version originale de ce modèle pour traiter explicitement des propositions de « narrow banking »( que ces auteurs ont cependant aussi critiqué dans Diamond et Dybvig (1986) et Dybvig (1993)) et montrer de façon fondée théoriquement comment ces propositions, en supprimant la prise de risque de liquidité par les banques, auraient des conséquences négatives sur l’économie.

Car les propositions de « narrow banking » sont interprétables dans les termes du modèle de Diamond et Dybvig (1983) si l’on introduit dans ce modèle le cas où le système bancaire est liquide au sens où il peut « accomoder » tout schéma de proportion des retraits entre agents qui sont « impatients » et ceux qui sont « patients » ; en ce sens il n’a plus d ’exigibilités fonction de celles des déposants. Cependant, puisque ce système bancaire fournit alors une allocation équivalente à celle d’autarcie aux agents, ceci aboutit à supprimer le rôle du système bancaire qui améliorait justement cette allocation ; résoudre l’illiquidité bancaire aboutit à supprimer le problème qui l’avait fait naître (27).

4. La régulation monétaire et bancaire

Revenons à I. Fisher. Selon lui, les variations de la masse des dépôts qui circulent par chèques et de toute la circulation monétaire seraient régularisées. En effet, la monnaie ne serait plus créée au rythme du crédit, c’est-à-dire de l’accroissement des prêts et de leurs remboursements ainsi que de leur ralentissement. Il en résulte une limitation des cycles économiques et une plus grande stabilité de la valeur de la monnaie.

Dans le système bancaire actuel (dit à « 10 % réserves »), les liquidités peuvent être reprêtées à l’infini. La multiplication des dépôts se fait à partir d’une base faible en liquidités. Au contraire, selon Fisher, son plan de réforme permettra une plus grande stabilité du taux d’intérêt. Il évitera ainsi toute contraction de la circulation monétaire en cas de déflation et même il favorisera une plus grande régularité de l’offre de monnaie et donc évitera des variations de prix, si l’on suit la théorie quantitative. La variation de la quantité de monnaie n’est plus contrôlée par les banques mais par la commission gouvernementale d’émission de la monnaie qui suit une règle monétaire (Fisher, 1935, p. 15). Elle doit « diriger » la monnaie de façon à ce que l’indice des prix retenu soit stable. La monnaie n’étant plus émise en fonction du crédit, si le public rembourse ses emprunts (faits non à partir de monnaie « nouvelle »), cela ne diminue en rien la quantité de monnaie ; il y a simplement une nouvelle répartition.

« Under the 100% system, when bank loans increased or decreased, the volume of the checking deposits would not be affected any more than when any other sort of loans increased or decreased. These deposits would be part of the total actuel money of the nation, and this total could not be affected by being lent from one person to another. » Fisher (1935), p. 13

Les buts poursuivis dans la régulation d’un système bancaire sont doubles et distincts : d’une part, la stabilité du niveau des prix obtenue par la gestion de l’offre de monnaie par la commission monétaire et d’autre part, la stabilité des banques par la mise en place d’un coefficient de réserves à 100 %. Les objectifs de la politique monétaire (la monnaie) et de la politique bancaire (ou du crédit) sont séparés analytiquement mais sont en fait confondus dans leurs moyens. Cependant, la politique monétaire a un rôle primordial. 

Il est nécessaire que la quantité de monnaie suive le mouvement des affaires, mais ceci ne peut s’opérer en liant monnaie et endettement. Car, ainsi que nous l’avons vu, dans le système actuel, le développement des prêts entraîne un développement des comptes de chèques (la monnaie) plus rapide que celui de l’activité économique. Il en résulte une hausse des prix et des profits durant les phases de booms. Il y a d’autre part une tendance permanente au surendettement et donc à la trop grande prise de risque de défaut par les banques. Et la liquidation de ces prêts amène normalement la quantité de comptes chèques à se contracter plus vite que l’activité économique, de telle sorte que le niveau des prix et des profits baisse habituellement lors de la dépression (Fisher, 1935, p. 160). Au contraire, si le niveau de la quantité de monnaie restait stable (ou augmentait lentement et non plus rapidement que l’activité économique) durant les phases d’expansion de l’activité économique, il ne se produirait pas de hausse des prix, et pas de baisse des prix en phase de récession. Ceci est possible dans le système « 100 % réserves » car les prêts augmentent avec l’activité économique, mais pas la monnaie.

La banque centrale n’a, dans ce cadre, qu’une seule fonction : celle d’assurer la stabilité de la valeur de la monnaie. Celle-ci est définie par un indice des prix. La stabilité de la valeur de la monnaie ne doit pas être appréciée par rapport à un étalon tel l’or, qui est instable et parce que la convertibilité en or rend le système bancaire encore plus instable, vu la faible quantité d’or disponible. On retrouverait les mêmes problèmes qu’avec le système de « réserves à 10 % ». Les banques n’auraient jamais assez de liquidités. Il faut donc gérer la monnaie à l’aide d’une règle prédéfinie (28).

La politique bancaire est très réduite. Dans le nouveau système « 100 % réserves », la banque centrale n’a pas la fonction de prêteur en dernier ressort car le risque de transformation n’existe plus pour les banques et elle n’a donc pas à leur fournir de la liquidité en urgence. Les banques sont toujours liquides. Il en résulte que, dans ce système, il suffit de petites variations de la quantité de monnaie pour assurer la stabilité des prix. Il n’est pas besoin de la faire varier fortement puisque la déflation n’existe plus. On retrouve les propositions de l’École de la circulation selon lesquelles la banque centrale n’a pas à assurer le rôle de prêteur en dernier ressort. Fisher critique les modalités d’action de la Federal Reserve Bank, depuis sa création, en tant que prêteur en dernier ressort. Ses prêts peuvent accroître les réserves des banques, mais en fait ceci leur a permis de supporter des coefficients de réserves encore plus petits et ceci n’a pas supprimé les faillites bancaires (notamment en 1920) qui ont même été de plus grande ampleur qu’avant sa création (Fisher, 1935, p. 44).

5. Les « banques étroites » 

Dans le système de réserves à 100 %, les banques n’ont pas besoin de reconstituer leurs réserves ou leurs liquidités puisque ces dernières sont fixées une fois pour toutes ; il ne peut donc se produire de restriction du crédit de ce fait. Le crédit n’est pas lié à la monnaie que les banques créent mais à l’épargne (Fisher, 1935, p. 75). On retrouve donc la tradition classique puisque les investissements et les prêts bancaires ne sont possibles qu’à partir d’une épargne préalable déposée chez elles.

Les banques deviennent alors de simples intermédiaires financiers entre épargnants et investisseurs. Dans le projet de réforme de Fisher, les banques prêteraient de l’argent, soit à partir de leur propre capital, soit à partir de l’argent reçu de leurs clients et placé en épargne (Fisher, 1935, pp. 12 et 16). Les dépôts qui circulent par chèques (checking deposits) sont très différents des dépôts d’épargne (saving deposits). Ces derniers représentent un investissement tout comme un titre qui rapporte un intérêt. Cet investissement, tout comme n’importe quel titre, ne requiert pas d’être gagé sur des réserves à 100 %.

« But loans normally come out of savings, and the growth of the loans should depend on the growth of the savings, and not be either stimulated or hampered, as they are now, by a monetary system unduly expanding and contracting.

Of course the volume of loans can exceed the volume of money just as sales do. The same money can negotiate one loan after another just as it can negotiate one sale after another. It can even come back to the same savings bank and be relent. So long as the loans are made out of real money and not out of money manufactured by the lender, for the purpose, they will not violate the principle of the 100% system. » Fisher (1935), pp. 79-80 

« Thus, under the 100% system, the chief function of the loan department would be that of a broker between savers and enterprising borrowers of the savings. The rate of interest  would register the supply and demand of theses savings. This might mean at various times a slower or a faster increase of production and productive enterprise than now, but the net increase in the long run would be faster than now, as well as steadier, because not interrupted by so many, or so severe, depressions. » Fisher (1935), p. 82

Les banques sont alors neutres et non distinguables des marchés ou des autres agents individuels opérant sur les marchés. De plus, étant plus liquides dans le cadre du projet de réforme, elles pourront améliorer la qualité de leurs prêts. Elles pourront détenir des actifs à plus long terme et en plus grande quantité, et des actifs plus rentables que ceux qu’elles étaient obligées de détenir avant par peur des « runs » car il s’agissait d’actifs à court terme (Fisher, 1935, p. 138).

Les prêts sont donc de la monnaie déjà existante épargnée et transférée d’un individu à un autre par l’intermédiaire de la banque. Il n’y a donc pas d’augmentation du volume total de la monnaie. Un individu en reçoit si un autre s’abstient de consommer. Ceci est opéré sur le marché des prêts et non celui de la monnaie (« le soi-disant marché de la monnaie », selon Fisher, 1935, p. 166). Sur ce marché des prêts se détermine le prix des prêts ou de l’épargne, le taux d’intérêt (qui est donc fondamentalement réel) et non le prix de la monnaie, qui est le niveau général des prix. La monnaie n’est que l’intermédiaire des échanges et le véhicule en lequel se font les prêts. Les banques n’ont pas alors un comportement différent d’un autre agent prêteur. La politique monétaire de régulation de la quantité de monnaie n’ a pas à se préoccuper de l’activité des banques, mais de celle de la commission gouvernementale que veut créer Fisher.

« The so-called « money market » should be simply the market for loans from Jones to Smith, not the source of the circulating medium for Jones and Smith. Intrinsically, loans have nothing to do with putting more money or less money into circulation. 

The true abundance or scarcity of money is never registered in the loan market. It is registered by the index number of prices. » Fisher (1935), pp. 166-167

On peut citer des prolongements contemporains des idées introduites par Fisher.

M. Allais ou M. Friedman(29) proposent de séparer banques de dépôt qui effectueraient les paiements en monnaie de base et banques de prêts qui feraient des crédits à partir d’emprunts de même terme (des intermédiaires financiers) afin de mieux contrôler l’émission de monnaie bancaire et d’éviter l’instabilité bancaire. La même suggestion a été faite par Tobin (1985)(30). Plus récemment, d’autres propositions tendant à réduire les banques à une activité « étroite » (ou à des prêts à court terme) (narrow banking(31)) sont apparues. D’autres encore visent à remplacer les banques par des institutions financières de type « money market funds » ou fonds mutuels investis en titres du marché monétaire. Ceux-ci utilisent les fonds qu’ils collectent pour acheter des titres financiers sans risque. Ils peuvent fournir des services de paiement aux détenteurs de leurs parts émises dans le public c’est à dire faire des opérations analogues à celles effectuées sur des comptes de dépôts bancaires (virements etc…). 

C.A. Goodhart (1990) considère que ces fonds mutuels sont aussi à même que les banques de fournir des services de paiements(32). Différents intermédiaires financiers peuvent le faire. Il propose donc que les services de paiement soient effectués par des fonds mutuels qui investiraient en titres de marché dont la valeur fluctuerait. Ils émettraient en contrepartie des parts dans le public dont la vente servirait aux paiements(33). Car, selon lui, ce n’est pas la fonction de gestion des moyens de paiement qui est caractéristique des banques et nécessite qu’elles soient soutenues par une banque centrale, mais le fait qu’elles détiennent à leur actif des titres non négociables et illiquides (du fait qu’ils « incorporent » une information privée) ; c’est du côté du rôle particulier que le crédit bancaire joue pour certains emprunteurs qu’il faut chercher leur raison d’être (ce qui détermine à son tour le caractère particulier de leur passif qui sont des dettes à valeur fixe). Il s’agit donc bien de définir le rôle des banques à partir du risque de transformation. Selon lui, la source de l’instabilité bancaire subsiste et n’est pas résolue par l’existence de fonds mutuels qui prennent en charge la gestion des paiements. Ce point le différencie donc de l’analyse de Fisher ; cependant « la monnaie est aussi à l’abri des prêts »et ne subit plus les effets de l’instabilité  bancaire.

Fama (1980) décrit les banques comme ayant deux fonctions : l’une de fourniture de services de transaction et l’autre de gestion de portefeuille. Il propose que la première soit remplie par des « banques » qui deviendraient analogues à des fonds mutuels investissant en titres de marché. La monnaie est remplacée par des actifs financiers. Il est cependant possible de maintenir une « monnaie manuelle » (billets et pièces) dans le système financier qui serait émise par le gouvernement. Le problème de l’inflation est alors uniquement réduit à celui du contrôle du stock de cette monnaie.


[/b]Conclusion

Nous avons pu établir la similarité des arguments en faveur de l’existence de banques ayant un coefficient de réserves de 100% utilisés par les partisans de l’École de la Circulation (en faveur de la réforme de la Banque d’Angleterre en 1844) et par I . Fisher dans son plan de 1935. La même volonté de supprimer le risque de liquidité des banques et les conséquences sur la fluctuation de l’offre de monnaie en est l’objet. les mêmes préoccupations sont à l’origine des propositions contemporaines de « banques étroites ». [b]Il en résulte alors une conception de la monnaie séparée du crédit et des banques comme de simples intermédiaires financiers.



________________

Notes :

1 Le texte de la communication sera disponible en anglais lors des 20 èmes Journées Internationales d’Économie Monétaire et Bancaire, Birmingham, 5-6 juin 2003, sous le titre « Circulating medium not at the mercy of loan transactions » : from I. Fisher’s plan (1935) to present proposals of « narrow banking ».

2 Université de Paris XII, Faculté de sciences économiques et de gestion, et PHARE (Pôle d’histoire de l’analyse et des représentations économiques, FRE 2541)

3 Nous avons tenté de retracer une partie de ce débat dans Diatkine S (2002).

4 M. Allais, 1967 ;  M. Friedman, 1959.

5 Nous reviendrons sur ce point plus loin.

6 H. Simons (1934). On peut aussi citer dans le même ordre d’idées L. Currie (1934). Pour une analyse de ces textes, voir les articles rassemblés par F. Capie (1993, vol. 6 et 10).

7 Sur ce point, voir D. Patinkin (1969).

8 H.E. Loef et H.G. Monissen (1999).

9 I. Fisher, 1932.

10 W. Allen, « I. Fisher and the 100 percent reserve proposal », Journal of Law and Economics, 26, p. 704, cité par H-E. Loef et H. G. Monissen, op. cit, p. 87.

11 Schwartz A. (1989) , Skaggs (1999). Nous avons présenté ces débats dans Diatkine S. (2000) et Diatkine S. (1995).

12 Torrens R., 1837 ; réédité in O’Brien, 1994, p. 34.

13 Contrairement à une interprétation souvent admise, les propositions de réforme du système monétaire de D. Ricardo ne sont pas identiques à celles de l’École de la Circulation car il n’envisage pas d’instaurer un coefficient de réserves de 100% mais seulement de fixer à la banque centrale un objectif en prix à respecter ( et non en quantité). Elle doit faire varier la quantité de billets de façon à stabiliser le prix de la Livre en métal. Sur ce point voir Diatkine S. (1998)

14 Torrens R., ibidem, p. 61.

15 Torrens donne un exemple numérique par lequel il montre que les banquiers ne vont pas garder dans leurs coffres tout le montant de monnaie redéposée chez eux. « They would reissue the greater part of the sum , say 800000 of the 1000000 in the » discount of merchant bills, or in the purchase of government securities :… »( Torens, 1837, p. 11) Après plusieurs vagues de multiplication de crédits, qui dépendent de la partie de la circulation monétaire qui reste « in the hands of those who do not keep their cash with bankers ; while the remaining portion will be in the hands of those who do keep their cash with bankers […] Whatever sums they may advance upon securities in the morning, the same sums will be returned to them in the evening, in the form of new deposits ; and in this way the amount of their deposits must continu to increase, until they bear that proportion to the fixed amount of the returning cash, which the experience of the bankers may suggest to say and legitimate…Thus we see that, in consequence of the system of banking prevalent in this country, a fixed amount of circulating money be the basis of a fluctuating  amount of credit money, even though the circulating money should be purely metallic. «  (Torrens, 1837, pp. 11-16).

16 « He failed (Adam Smith- S.D.-) to recognise the important and generic distinction between issuing notes and making advances from deposits , - in other words, between creating additional circulation and lending upon securities portions of the circulation already in existence ; … » (Torrens R., 1858 ; réédité in O’Brien ed., 1994, p. 301 ; voir aussi, p. 318-319.)

17 O’Brien, 1994, IV, « Introduction », p. IX.

18 Ce fait a été confirmé par D.P. O’Brien (1998) qui montre, par une étude statistique et économétrique, que l’Act de 1844 a échoué dans la mise en œuvre d’une politique de régulation de l’offre de monnaie par la base monétaire (celle-ci comprend, outre les billets, les dépôts à la Banque d’Angleterre) et à stabiliser les agrégats monétaires et le niveau des prix. Il n’a, de plus, pas fait disparaître les crises bancaires.

19 Voir la note 23, p. 8.

20 Fisher, 1935, p. 30-31.

21 On retrouve l’analyse de Torrens (voir ci-dessus, p. 4).

22 M. Friedman et A. Schwartz, 1963.

23 I. Fisher intitule le chapitre 7 de 100% Money, « Booms and depressions », qui est le même titre que celui de son livre paru en 1932 ; il s’y réfère ainsi qu’à son article où il a développé une analyse de l’effet sur l’endettement de la déflation, « The Debt-Deflation Theory of Great Depressions », 1933, trad. 1988 (Fisher, 1935, p. 105). Sur ces ouvrages, voir R. Dimand, 1994.

24 Fisher, 1935, p. 108 . 

25 Une note n’a pas été reproduite. 

26 Wallace N. (1996), p. 3.

27 It shows that in this model narrow banking eliminates the role of banking. The proposition implies that using narrow banking to cope with the potential problems of banking illiquidity is analogous to reducing automobile accidents by limiting automobile speeds to zero. « Wallace (1996), p. 9.

28 Fisher, 1935, p. 169-170. On rejoint ici le débat entre règle et discrétion en matière de politique monétaire ouvert par les débats du XIXe siècle et qui continue jusqu’à nos jours.

29 M. Allais, 1967, p. 17-31 ;  M. Friedman, 1959, p. 65-75.

30 J. Tobin (1985), p. 20.

31 Pour un exposé et une discussion de ces propositions, voir par exemple, N. Wallace, 1996.

32 C.A. Goodhart (1990), p. 86

33 ibidem, p. 96.


____________

BIBLIOGRAPHIE

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Source : [url=http://www.univ-orleans.fr/deg/GDRecomofi/Activ/diatkine_birmingham.pdf]http://www.univ-orleans.fr/deg/GDRecomofi/Activ/diatkine_birmingham.pdf[/a]

Dernière modification par Étienne (26-04-2009 16:30:44)

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#677 26-04-2009 17:56:03

Sandy
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Pas vraiment d'accord avec cet économiste en chef du FMI, je ne comprends pas vraiment ce qui vous attire dans ce texte ? c'est l'histoire du coup d'état des banques ? mouais ...

Si on se rappelle bien de la petite histoire du FMI, ces derniers ont toujours exigé des contreparties aux pays qu'ils aidaient, et ces contreparties ont toujours été de mettre en place les politiques néo-libérales qui sont à l'origine de la crise financière, libéralisations, déréglementations, derrière  leur volonté d'augmenter les exportations il faut comprendre la liberté pour les multinationales de venir exploiter les ressources naturelles et la main d'oeuvre bon marché de ces pays en crise.

Leurs actes les inscrivent donc complètement dans les politiques voulues aussi par les financiers et je trouve assez rigolo que cet économiste en chef les désigne eux en particulier alors que toutes les apparences semblent conforter l'idée que FMI / Financiers / gouvernements travaillaient main dans la main, partageant la même idéologie.

Pour preuve sa volonté de "socialiser les pertes" via les nationalisations puis de "privatiser les profits" une fois les banques remises à flot en les privatisant.
Cet économiste c'est tout à fait le genre de personnes qu'il faudrait définitivement voir disparaitre de la vie publique.

C'est évidemment une nationalisation définitive du système bancaire qu'il faut réaliser.

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#678 26-04-2009 17:59:36

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sandy a écrit:

C'est évidemment une nationalisation définitive du système bancaire qu'il faut réaliser.

On en a vu l'efficacité avec la Société Générale .. smile
Nationaliser la monnaie est beaucoup plus efficace; les banques restant privées ne feront pas supporter les erreurs qu'elles peuvent faire à la collectivité.


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
http://www.societal.org

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#679 26-04-2009 18:14:59

Sandy
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

AJH a écrit:

Sandy a écrit:

C'est évidemment une nationalisation définitive du système bancaire qu'il faut réaliser.

On en a vu l'efficacité avec la Société Générale .. smile
Nationaliser la monnaie est beaucoup plus efficace; les banques restant privées ne feront pas supporter les erreurs qu'elles peuvent faire à la collectivité.

Il n'y a pas qu'un type de nationalisation qui est possible, et évidemment la nationalisation type "je conserve un comportement d'entreprise privée" n'a aucun intérêt

Par nationalisation j'entends la mise en place d'un service publique bancaire qui s'occupe des encaisses des paiements et des prêts aux particuliers et aux entreprises. Et ces banques seraient totalement séparées des marchés financiers, ainsi elles n'auraient aucune erreur à faire supporter à qui que ce soit n'allant pas faire joujou sur les marchés financiers.

Cela implique la nationalisation de la monnaie aussi.

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#680 26-04-2009 18:24:27

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@Sandy

Il ne s'agit donc pas de nationaliser toutes les banques dans votre esprit, mais d'avoir quelques banques nationalisées: on avait le Trésor Public avant 2001
http://www.fauxmonnayeurs.org/articles. … &pg=21

Le Trésor, qui gérait quelques 800 000 comptes  bancaires privés, essentiellement détenus par des fonctionnaires, a cessé cette activité au 31 Décembre 2001.
Le Trésor gérait, à fin novembre 2000,
574 000 comptes à vue, ( représentant un encours de 16,7 milliards de francs => 2,54 G€)
43 141 comptes à terme. ( 1,8 milliard de francs => 274 M€. )
144 410 codevi et livrets jeunes. ( 1,6 milliards de francs. => 243 M€)
189 000 comptes titres ( 32,9 milliard de francs. => 5 G€)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
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