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Journal
de bord |
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À
Trets, 6 juin 2007,
Bonjour,
Fin octobre 2005, j’ai renommé cette page et on peut la lire désormais à cette adresse : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Journal.pdf
Je laisse ici la page nommée ‘Avertissement.htm’ pour ne pas créer de lien mort, mais elle est inutile car la nouvelle page ‘Journal.php’ conserve, elle aussi, la trace des messages que je vous ai envoyés depuis le début.
Le billet « Grossières erreurs juridiques » se trouve un peu plus bas (8 mai 2005).
Pendant que j’y suis, ne ratez pas la page ‘Liens et documents utiles’ (que j’actualise presque tous les jours) et la page ‘En vrac’ qui vous plaira sûrement :o)
En fait, le carrefour central du site est là : http://etienne.chouard.free.fr/Europe
N’hésitez pas à m’écrire si vous avez des idées ;o)
Amicalement.
Étienne.
L’expression « vendre son âme au diable » écorche forcément la bouche d’un athée, mais l’image philosophique est si forte qu’elle s’impose pourtant :
Accepter la publicité dans son journal, sa radio, sa télé, n’est-ce pas vendre son âme au diable, programmer la perte de son indépendance, un bâillon sur sa liberté d‘informer, sur sa liberté de ton et, finalement, au plus profond de soi, l’abandon de son esprit critique ?
N’est-ce pas accepter de devenir un pantin ? Au mépris des plus importantes valeurs humaines.
Accepter de la bourse le financement de son entreprise, n’est-ce pas vendre son âme au diable, programmer la perte de son indépendance, un bâillon sur sa liberté de choix d’investissement et, finalement, l’abandon du respect des hommes avec qui l’on doit pourtant collaborer pour réussir ?
N’est-ce pas accepter de devenir un pantin ? Au mépris des plus importantes valeurs humaines.
Aller chercher pour son parti un financement politique par des entreprises, n’est-ce pas vendre son âme au diable, programmer la perte de son indépendance, de sa liberté de contraindre les plus forts pour protéger les plus faibles et, finalement, de sa capacité à représenter les individus ?
N’est-ce pas accepter de devenir un pantin ? Au mépris des plus importantes valeurs humaines.
Quel est le bilan coûts avantages de la bourse, de la publicité et du financement privé des partis ?
Comment se débarrasser de la bourse, de la publicité et du financement privé des partis ?
Est-ce que la gangrène n’est pas déjà trop avancée pour se soigner ?
L’aliénation consentie à l’argent est sans doute un rouage essentiel de la servitude volontaire.
Si
on continue à s’en foutre, on va bientôt voir revenir la police politique
et la torture dans les prisons où personne ne vous entend crier.
Ne souriez pas, on y est déjà aux États-Unis, (« grande nation démocratique, pays de la Liberté, notre sauveur » si on en croit nos éditorialistes, complices de fait) alors que même la prison y est aujourd’hui privatisée, que la torture y est délocalisée (les USA envoient torturer leurs terroristes présumés en Égypte ou dans des contrées où il y a moins de gêneurs droitdel’hommistes) et la protection des individus y est en chute libre avec un « Patriot Act » proprement terrifiant à qui nos brillants éditorialistes n’accordent leur précieuse attention que le temps d’un éditorial : mais après l’éditorial, les terroristes présumés de Guantanamo, parmi lesquels, évidemment, il y a des innocents, emprisonnés sans jugement et sans défense dans le plus grand secret, après l’éditorial complice de fait, donc, ces innocents continuent à crier sans que personne ne les entende.
Il faut entendre les nombreux américains qui protestent avec la dernière énergie sur ce que le culte du pognon fait de leur démocratie. Ne pas confondre les américains avec l’administration américaine corrompue et son système de propagande médiatique de mieux en mieux rodé pour institutionnaliser la servitude volontaire.
Il y très peu de pays (et d’époques) où les humains se sont mis à l’abri de la violence arbitraire. Nous avons cette chance, mais c’est très fragile et nous sommes en train de reculer rapidement vers une société sécuritaire qui risque fort d’écrabouiller les individus un tant soit peu hors norme.
Quand j’entends le Ministre de
l’intérieur durcir le ton et prôner la sécurité à tout crin, et les
"médias de la peur" qui lui servent de rabatteurs pour que nous
acceptions, terrorisés, de perdre nos libertés individuelles, je sens bien que
l’exemple américain est emblématique d’une dérive dont nos institutions ne
nous protègent pas. Nos
institutions devraient, autant que possible, interdire à l’argent et
au pouvoir de corrompre nos représentants.
Pour écrire des institutions qui assurent un contrôle réel des représentants, il est vital qu’elles ne soient précisément pas écrites par ces représentants eux-mêmes. La seule façon d’écrire des institutions vraiment protectrices des individus est de les écrire nous-mêmes, en mettant de côté pour quelque temps les professionnels de la politique, le temps de fixer les règles fondamentales.
Une nouvelle version du document « Principes protecteurs d’une bonne Constitution… » est disponible. Je viens surtout de rédiger un petit texte à propos du droit de propriété dans nos institutions. Voici le texte ajouté (pages 18 et 19). Qu’en pensez-vous ? Je déraille ? :o)
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Une sorte de pensée unique nous apprend dès
l’enfance, comme on inculque un catéchisme, que le droit de propriété
est fondateur, intouchable. À tel
point que la Déclaration
des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 le pose en droit "naturel et imprescriptible"
(article 2), puis "inviolable et
sacré" (article 17). C’est
pourtant peut-être une erreur grave dans la hiérarchie des valeurs. Bien sûr, le droit de propriété est important, mais en le
plaçant avant même le bonheur des hommes, de tous les hommes,
avant même le respect des autres, le respect de la non douleur des autres,
alors oui, on admet, on organise, on
programme le malheur des hommes, le malheur du plus grand nombre, y
compris d’ailleurs celui de la plupart des propriétaires eux-mêmes qui,
souvent, sont aussi des travailleurs. Pour donner une
très précieuse liberté à tous, on a su la tempérer :
on n’est pas libre de faire n’importe quoi, on n’est pas
libre de tuer, pas libre de voler, on n’est pas libre de tricher,
violenter, etc. Ce sont ces limites
qui garantissent au plus grand nombre une certaine liberté, une
liberté raisonnable. Il faudrait tempérer le
droit de propriété, comme on a su tempérer la liberté, pour assurer à
tous un droit de propriété raisonnable, au lieu d’un droit
de propriété de barbare, complètement immoral, laissant le champ libre à tous
les égoïsmes les plus primaires. Je ne suis
pourtant ni collectiviste, ni révolutionnaire :o) Le Conseil
d’État lui-même admet dans sa jurisprudence des « limitations légitimes » au droit de propriété, droit
important certes, mais qui ne mérite sûrement pas une prééminence absolue sur
toutes nos valeurs, sauf évidemment pour ceux qui possèdent déjà beaucoup et
qui ne veulent rien perdre. Comme tout le
monde, je tiens au droit de propriété, à la fois comme un excellent moteur
de motivation qui incite à l’effort, et surtout comme une garantie
de tranquillité pour l’avenir : quand un individu est propriétaire,
il peut envisager l’avenir, le sien et celui de sa famille, de façon
sereine, à l’abri de l’éviction. Il a l’esprit plus libre
pour philosopher et s’élever :o) Mais je tiens
plus encore au bonheur des hommes,
celui pour lequel le droit de propriété n’est qu’une
condition, pas un droit supérieur. On va me répondre
que "l’enfer est pavé de
bonnes intentions" et que les pires dictatures se sont appuyées
idéologiquement sur le projet fou du bonheur pour tous, on me dira
qu’il est dangereux de vouloir le bonheur des gens à leur place, que
l’idée du bonheur est personnelle… Mais ce rappel des échecs passés ne fait pas la démonstration
qu’il faut cesser de chercher les conditions du bonheur du plus grand
nombre. À
l’évidence, ce n’est pas parce qu’on a échoué jusqu’à
présent qu’on échouera toujours. Dans ma réflexion sur des institutions vraiment protectrices
des individus, je cherche donc le principe
cardinal, celui que tout le monde s’accorderait à placer au-dessus
du droit de propriété et qui dominerait ce dernier quand il le faut. Ce principe idéal
n’est pas le droit à la vie car la vie peut
être une vie de souffrances, comme
on le voit partout, pour le plus grand profit des propriétaires jouissant
d’un pouvoir exorbitant. À quoi bon la vie si c’est une vie en
larmes ? On voit bien que ce droit à la vie, déjà souvent reconnu et
protégé dans les institutions "démocratiques", ne fait pas le poids devant un droit de propriété déchaîné. Non, ce qui compte absolument, le vrai principe "solaire" qui devrait
surmonter tous les autres, celui dont la force affirmée et contrôlée règlerait
tous les problèmes essentiels de la planète, cette règle de vie à mettre en
première place parce qu’elle entraîne avec elle toutes les vertus,
c’est le respect. Respect de l’autre comme une règle absolue et universelle, intemporelle et sans
exception, car ce respect rendrait possible la précieuse ataraxie (absence de
souffrances, objectif de l’épicurisme
si bien expliqué et défendu par Michel
Onfray :o) Concrètement et
par exemple, la propriété placée en valeur première, supérieure et
incontestable, donne aux propriétaires des entreprises une force aussi totale qu’injuste. Les propriétaires
des entreprises ont tous les pouvoirs et disposent donc librement de
l’outil de travail des autres. Et les malheureux salariés ne peuvent
rien dire parce que l’importance cardinale de leur travail n’est
proclamée ni défendue sérieusement nulle part. La production de richesse exige du capital,
certes, mais aussi beaucoup de travail ! Probablement
parce que ce sont des propriétaires qui écrivent le droit depuis
longtemps. Pour
l’instant, on donne 100% du pouvoir aux personnes qui ne détiennent que
50% des moyens indispensables à la création de richesse (facteurs de
production). Je trouve
profondément injuste, et je ne suis pas le seul, que des entreprises soient
vendues au plus offrant sans que les salariés (à qui l’entreprise doit
pourtant beaucoup de sa valeur) n’aient rien à dire, traités vraiment
comme des pions, comme des objets. Le pouvoir dans les
entreprises (celui de vendre,
notamment) devrait être partagé
(50-50 ? 60-40 ?) entre les propriétaires (facteur capital) et les
salariés (facteur travail). Ce droit de
propriété, rendu expressément prépondérant dans nos institutions et écrasant
dans les rapports humains, a ouvert la boîte
de Pandore d’où s’est échappé la concentration du capital qui produit les monstres que sont les
multinationales, "personnes" morales psychopathes qui nous alièneront
ou tueront tous (même les plus riches !) si nous les laissons faire. De la boîte de Pandore ouverte par la
priorité du droit de propriété sur nos principales valeurs, sont également
sortis l’héritage et la confiscation progressive, génération
après génération, des richesses par quelques familles de privilégiés, parmi des peuples eux aussi privilégiés,
qui accumulent sans mérite ni limite,
au mépris de la plus élémentaire justice sur la Terre. On va dire que je
suis un communiste, un collectiviste, et que ce sont là de
vieilles rengaines, mais ce n’est pas du tout ça : je tiens au
droit de propriété et je redoute un État tout puissant comme on craint la
peste, ma quête de contre-pouvoirs systématiques en est la trace. Mais qu’est-ce qui nous oblige à choisir entre deux
extrêmes mortifères ? L’obligation
de respect comme règle de vie supérieure à toute autre semble donc
capable d’entraîner bien d’autres vertus derrière elle. Mais en plus, on peut la placer en tête
parce qu’elle semble ne faire
courir aucun risque d’excès, ce qu’on ne peut pas dire de la
propriété, de la liberté ou de l’égalité. Avec le respect comme valeur
cardinale, pas de dérive oppressive possible. On réalise donc ici l’importance
de l’ordre dans lequel on place nos valeurs, nos
principes : de la même façon que l’égalité entraîne la liberté (et
pas l’inverse !), le droit de propriété, comme la liberté,
devrait céder le pas devant le respect. Je propose de
remplacer « Liberté, Égalité, Fraternité » par « Fraternité,
Égalité, Liberté ». Pour formaliser
cette nécessaire pondération du droit de propriété, on pourrait peut-être
utiliser le droit au travail,
(celui dont le TCE voulait nous priver en le remplaçant par le droit de chercher du travail), droit au travail qu’il faut
peut-être porter au pinacle, aux côtés du droit de propriété, à égalité
d’importance pour permettre d’imposer dans l’entreprise un partage
des pouvoirs entre tous ceux qui participent à la création de richesse,
propriétaires et salariés (notez que je n’ai donc pas du tout envisagé
l’imbuvable dictature du
prolétariat qui serait évidemment un excès inverse à celui dénoncé). Indépendamment de
ce qui serait décidé au niveau institutionnel, le pouvoir exécutif de
l’entreprise, comme aujourd’hui, pourrait continuer à être
délégué à des managers, mais
ceux-ci, au lieu de diriger l’entreprise sous le seul contrôle des
propriétaires, devraient être naturellement sous le contrôle des
propriétaires et des salariés, un peu comme dans les SCOOP. Si, pour la
première fois, on pose enfin cette vieille question directement aux citoyens
modernes, on peut voir apparaître une autre norme supérieure que celle
qu’on connaît depuis la nuit des temps où seuls des propriétaires ont
écrit les lois :o) C’est sans
doute dangereux… mais pour qui ? :o) |
J’ai laissé cette proposition de limitation institutionnelle du droit de propriété dans la dernière partie, celle des principes qu’on ne peut pas proposer à tous les peuples sans déclencher une polémique.
Dans ce document, je cherche en effet les principes qui mettront vraiment tout le monde d’accord (sans polémique) pour nous protéger avec des institutions vraiment faites pour tous et pas pour une caste à part.
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Extraits d’une émission de radio très
intéressante : « Là-bas si
j’y suis » du 15 septembre 2005, François Chevalier (stratégiste
chez VP Finances) : Thomas Coutrot (économiste) :
« C’est une vieille histoire, le chômage a toujours été employé,
dans les économies capitalistes, par les entreprises, par les employeurs,
pour calmer les revendications des salariés qui sont en place en leur
montrant la file d’attente à la porte de l’entreprise et en leur
disant "si vous n’êtes pas
content, il y en a d’autres qui prendront volontiers votre place",
ça c’est aussi vieux que l’histoire du capitalisme. Ça a trouvé
des nouveaux noms : aujourd’hui les économistes aiment bien parler
de "chômage
d’équilibre"… Selon les économistes libéraux, c’est
le taux de chômage qui est nécessaire pour calmer les revendications et
empêcher les hausses de salaires et donc empêcher l’inflation… |
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Un certain
nombre d’experts de l’OCDE estiment que le chômage
d’équilibre est autour de 8 à 9 %, autrement dit il n’est pas
souhaitable, dans l’état actuel des choses en France, que le chômage
baisse en dessous de ces niveaux, 8-9 %, parce que cela risquerait de
réveiller les revendications et donc de réveiller le démon de l’inflation, qui est quelque chose
dont les investisseurs financiers ont horreur. Sauf si on
arrive, comme ça a été le cas aux États-Unis dans les années 80, à casser
suffisamment les organisations syndicales et les conventions collectives
pour que, même à 4% de chômage, les salariés ne
soient pas en mesure de revendiquer des hausses de salaires. En France, on
n’y est pas encore… » Laurence
Parisot (présidente du MEDEF) :
« Je pense que le chômage est une véritable honte, parce que ça fait 25
ans que notre pays bat des records de taux de chômage, il faut en France
libérer, libéraliser, le marché du travail. Notre conception en matière
d’offre et de demande de travail est beaucoup trop rigide, on
n’est pas adaptés à l’économie d’aujourd’hui qui est
une économie à laquelle il faut réagir rapidement, et il faut que
l’emploi s’adapte à l’activité et non pas
l’inverse. » |
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Quand l’hypocrisie le dispute à l’indécence…
Nos vieux "représentants" professionnels jurent qu’ils luttent pour l’emploi, ils clament que le chômage est leur cible principale. On découvre sur cette affaire centrale du chômage que ce sont tous des menteurs et que nous n’avons plus de prise sur eux car c’est toute la caste, de gauche à droite, corrompue par le pouvoir trop longtemps exercé, qui se protège contre les initiatives citoyennes : c’est à peine croyable, en douce, ils respectent tous strictement un objectif minimum de chômage que leur suggèrent les plus grandes entreprises privées pour maintenir un bon taux de profit, et la lutte que nos soi-disant "représentants" mènent "pour l’emploi" est en fait une lutte "pour la précarité de l’emploi", pour remplacer, via le chômage, un maximum d’emplois stables par des emplois précaires de substitution.
En douce et en vitesse : la précarisation absolue du CNE a été imposée par ordonnances, c’est-à-dire qu’un exécutif tyrannique écrit et exécute le droit tout seul, sans contrôle parlementaire, et en août, pendant que tout le monde est en vacances. Ces gens sont des bandits !
Avec la complicité d’un groupe stratégique de journalistes, éditorialistes néo-libéraux, qui ont investi les rédactions et qui martèlent tous les jours, sans contradicteur, que « c’est inéluctable ».
Cette précarité touche aujourd’hui directement près de la moitié des salariés en France et elle ne cesse de se généraliser. Mais quand va-t-on enfin se mettre en travers ?
Sommes-nous capables de résister ? Pour l’instant non, car notre "démocratie" n’est encore qu’une supercherie sur bien des aspects. Pas tous les aspects, bien sûr, car la liberté de s’exprimer et les élections ne sont pas rien. Mais elles ne sont qu’une étape vers une authentique démocratie.
Espérons que les responsables ne sont pas "tous pourris" et que certains élus et certains journalistes auront le courage de nous aider à résister à la régression politique voulue par les forces économiques. Il est important que les institutions donnent aux citoyens le pouvoir de se défendre quand la situation est grave.
Après avoir lu l’article « Comment les amis de Hollande truquent le congrès », dans Marianne du 17 septembre 2005, on est écoeuré et on comprend qu’il est temps de renvoyer tous ces vieux politiciens, pervertis par leur professionnalisme de trop longue date, à une vie active normale et de les remplacer tous par des jeunes gens : http://non.au.liberalisme.tripod.com/.
Je reçois vos mails dépités, et je dois bien reconnaître que cette malhonnêteté des éléphants du PS est à pleurer… Mais comment faire ? Si on continue à les élire, on a exactement ce qu’on mérite.
C’est pourtant simple : il faut refuser d’élire un des ceux qui voulaient nous forcer à dire oui au TCE, c’est tout. Ils ne nous défendront jamais contre les prédateurs néo-libéraux, ils ne veulent pas d’une démocratie réelle qui menacerait leur pouvoir par des contre-pouvoirs, maintenant on le sait.
Ils peuvent truander autant qu’ils veulent leurs primaires internes bidon, pour ma part, je considère maintenant les apparatchiks ouistes du PS comme des néo-libéraux travestis, et des adversaires d’une démocratie authentique. Au moins, ce débat aura montré au grand jour toutes ces turpitudes.
Les nouvelles qui circulent sur le net à propos de la sécu sont très inquiétantes. Voici quelques liens qui montrent que nos soi-disant "représentants", qu’ils soient de gauche ou de droite, ceux que nous avons élus pour nous protéger, ceux qui devraient défendre nos intérêts, se préoccupent tous plutôt de brader nos services publics à leurs copains du secteur privé.
C’est à se demander par qui ils sont payés.
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« Un
article paru dans Le Parisien du 15
novembre 2004 : '"Sécu : Douste et le monopole. Philippe Douste-Blazy serait parfaitement informé de la fin programmée du
monopole de la Sécu. Interrogé
par le docteur Esquirol sur la
reconnaissance, par le ministère de la Santé, de l'abrogation des monopoles
en matière de protection sociale, afin de se conformer à l'Europe, un de ses
conseillers a eu le 29 octobre, une réponse limpide : "Le ministère est parfaitement
au courant, mais, pour le moment, le ministre nous a dit que ce serait un
suicide politique d'annoncer une chose pareille. Si le ministre annonçait la fin du monopole
de la Sécurité Sociale, cela soulèverait, dans l'opinion, une trop grosse
vague de protestations." » La suite, très intéressante, est à lire
là : http://lille.indymedia.org/imprime_article.php3?id_article=1535. Vous avez besoin
d’une confirmation ? |
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http://www.conscience-politique.org/cgi-bin/gestionnews/news2.cgi?id=dewittsecu : hypocrisie
d’un appel au débat quand tout est déjà décidé… |
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L’abandon de la sécu, sans débat, au profit des grandes compagnies privées d’assurance est une véritable trahison de l’idéal républicain. Qui avait annoncé honnêtement cette félonie dans son programme politique ? Qui ose même avouer que la trahison a déjà eu lieu ? Personne. Le néolibéralisme avance masqué, et nous, bonnes poires, on fait confiance à nos soi-disant "représentants".
Tous ces professionnels du pouvoir, aussi bien les "socialistes" (les guillemets servent de pincettes) que les UMP, sont constamment au contact des hommes d’affaires, qui savent évidemment bien choisir leurs "amis", et on constate partout que c’est plus l’intérêt des puissants qui guide les décisions politiques que l’intérêt général.
Il est urgent que nos institutions déprofessionnalisent les responsables politiques : il faut limiter (interdire ?) le renouvellement des mandats.
À propos de la Sécu,
Jean-Jacques Chavigné vient d’écrire un article excellent :
« Sauver notre protection sociale en urgence
! »…
Extrait :
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La loi Douste Blazy du 13 août 2004
est une bombe à retardement
contre notre assurance maladie. Cette bombe à retardement comporte un premier élément : une profonde modification des structures
de direction et de gestion de l’assurance maladie. Les Conseils
d’Administration (où les représentants des salariés sont
minoritaires) sont dépossédés des pouvoirs que leur avait laissés le
paritarisme imposé par la droite. Ces pouvoirs sont maintenant concentrés
entre les mains du directeur général de l’Union
Nationale des Caisses d’Assurance Maladie (UNCAM).
Ce
directeur général a notamment le pouvoir de fixer le " périmètre des
soins remboursés ".
Il pourra donc, ainsi, en fonction des rapports de forces sociaux et
politiques diminuer les soins à la charge de l’assurance maladie et
augmenter la part des assurances complémentaires. C’est le modèle
américain que la droite veut nous imposer. Qu’importe si le dernier
classement (en 2000) de l’Organisation
Mondiale de la Santé (OMS) faisait figurer au premier rang le système de
santé français et au 37ème rang celui des USA. Ce
qui est déterminant pour la droite, c’est la volonté du MEDEF qui ne
veut pas entendre parler d’augmentation des "charges"
patronales mais veut, au contraire, ouvrir largement le champ de l’assurance
maladie aux assurances privées. Le deuxième élément, c’est
le
maintien du déficit qui, au moment où la droite le jugera
opportun, fournira l’alibi nécessaire à la
diminution du "périmètre des soins" remboursés par
l’assurance-maladie. Les mesures prises par Douste Blazy en 2004 ne permettraient, en
effet, de revenir à un équilibre des comptes de l’assurance maladie en
2007 que si "la responsabilisation des patients" et les
"bonnes pratiques médicales" permettaient une économie de 7
milliards d’euros annuels. Mais, la "responsabilisation des patients" ne repose
sur aucune expérience concrète. Au contraire, la réalité sociale nous fournit
deux exemples tangibles qui prouvent exactement le contraire. Les USA tout
d’abord où les dépenses de santé laissées à la charge des ménages
représentent 22 % des dépenses de santé et celles liées au paiement de primes
aux assurances privées à 33 % de ces mêmes dépenses contre respectivement 13
% et 11 % en France. Si l’on en croit
les théoriciens de la "responsabilisation
des patients" les Américains, doublement "responsabilisés"
par les sommes restant à leur charge et par l’augmentation des primes
d’assurance, devraient donc dépenser beaucoup moins pour leur santé que
les Français. C’est exactement
l’inverse qui se produit : plus de 14 % du PIB des États-Unis sont consacrés
aux dépenses de Santé contre 9,6 % en France. Le deuxième exemple est celui des pays scandinaves où les dépenses de santé sont de l’ordre
de 8 % de leurs PIB alors que la plus grande partie des soins est gratuite.
Il est vrai que dans ces pays, la prévention
a une toute autre dimension que dans notre pays. (…) La bombe à retardement est donc en
place. Elle attend pour exploser que le rapport de forces politique et social
donne le champ libre à la droite. Après les trois
raclées électorales subies par cette dernière et la proximité de la
présidentielle, l’actuel directeur général de l’UNCAM (ancien directeur de cabinet de Douste-Blazy) fait
profil bas. Il attend, à l’évidence, une victoire de la droite en 2007
pour accélérer la diminution du " périmètre des soins " remboursé
par l’assurance maladie et faire la part encore plus belle aux
assurances complémentaires. Lire ici la suite de ce très bon article : http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2772 |
Ce qui se passe sur le front de l’AGCS, cet exemple académique de trahison des populations par leurs représentants politiques, est édifiant : lire tous les jours http://www.hors-agcs.org/agcs/.
Lisez aussi « Mon parti
politique est-il en conformité avec les règles de l’AGCS
? »,
par René
BALME et Laurence Kalafatides. Extrait :
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(…) « Plus proche de chez nous, privatisation de
l’ANPE, de la Poste, de la SNCF, d’EDF-GDF, d’Air France,
de France Télécom... et tout récemment de la SNCM
que Monsieur De Villepin
a décidé de brader au privé à 10 % de sa valeur réelle. Tout cela est
inscrit en filigrane dans l’AGCS. Les
ministres ne faisant que suivre ou anticiper, selon le cas, les résultats des
négociations. Faut-il rappeler que rien, aujourd’hui - hormis les règles de
l’OMC et celles, à venir, de l’AGCS - ne justifie quelque privatisation que
ce soit ou quelque ouverture du capital d’une entreprise
publique. L’OMC, on le voit, ne porte
pas seule la responsabilité de cette politique de la terre brûlée. Nos gouvernements sont largement complices, et
chaque nouvelle négociation nous dépouille un peu plus de notre héritage,
que sont les services publics et les acquis sociaux. L’AGCS est un vol à main armée de stylo. L’AGCS ou le principe d’irréversibilité En 1997, le Sénateur Maurice
Lombard faisait remarquer que « la
signature de l’AGCS entraîne une nécessaire déréglementation
des monopoles publics ». Monsieur Lombard a simplement oublié de préciser qu’avec l’AGCS, ces « nécessaires
déréglementations » sont irréversibles. Autrement
dit un futur gouvernement qui voudrait remettre ces services sous forme de
monopole public n’en aurait pas le droit, sauf a dédommager chacun des
149 autres pays membre de l’OMC qui en ferait
la demande. Le budget de la nation n’y suffirait pas ! Les très nombreux candidats qui d’ores et déjà se
bousculent au portillon de l’Élysée devraient s’épargner du sang
et de la sueur. Si les négociations en cours à l’OMC
aboutissent fin 2006 comme le souhaite Pascal
Lamy, alors pour les prochaines élections, nous auront droit à un programme unique. Quelque soit la
couleur politique du candidat, son programme électoral tiendra en une phrase
: « Les règles de l’OMC, TOUTES les règles de l’OMC,
RIEN QUE les règles de l’OMC ». Les fétichistes de la globalisation rétorqueront que l’OMC ne s’occupe que de commerce et que les gouvernements
sont libres de mener les politiques qu’ils souhaitent. Ceux là seraient
bien inspirés de se souvenir des propos de Mr Supachai, ex directeur général
de l’OMC, « Nous ne devons pas oublier que l’OMC a
pour rôle d’influencer les politiques - et l’administration des
politiques- autant des grands que des petits pays ». L’AGCS
et la privatisation de
la politique ? Encore aujourd’hui, nos candidats, présents, déclarés et
à venir (présidence, assemblée nationale, région, département, mairie...)
ignorent jusqu’à quel point l’OMC
« influence » les politiques.
Il faut lire en détail la nomenclature
de l’AGCS, c’est à dire la liste des
services soumis à l’accord, pour mesurer l’ampleur des dégâts. (…) Lire la suite là : http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=1946... |
On se demande si ce déclin programmé de la démocratie va nous laisser inertes jusqu’au bout ou bien si on va enfin réussir à s’arracher à notre confiante et paresseuse mollesse.
Au passage, tout ça ne date pas d’hier. Je vous conseille aussi cet article du Monde diplomatique d’août 2005 : « Karl Kraus, contre l’empire de la bêtise », un appel à résister signé Alain Acardo (on ne mâchait pas ses mots, à l’époque :o) Extraits :
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Les médias disposent des moyens
d’entretenir l’illusion
d’une équivalence entre liberté et liberté de la presse, alors que
cette dernière signifie surtout liberté des industriels qui possèdent la
presse. Sous l’apparence du
« débat public », les journalistes dominants ont réussi à imposer
leurs normes à des militants et à des intellectuels. Le satiriste Karl Kraus fustigeait déjà ces formes de « bêtise »
dans les années 1930. (…) Se prostituer à l’ordre établi Parmi les différentes catégories intellectuelles qui, de plus
ou moins bonne foi, se complaisaient à prendre la nuit pour le jour, et travaillaient
à croire et à faire croire que l’ordre nouveau nazi était, sinon
toujours absolument irréprochable, du moins contrôlable, amendable, et donc
acceptable, il y en avait deux en particulier qui fournissaient une cible de
choix à Kraus : les partisans de la social-démocratie et
les journalistes, chez qui cécité et surdité au réel composent une forme
de bêtise proche de l’autisme. L’aptitude des sociaux-démocrates à emboîter le pas aux nationalistes
et bellicistes lors de la première guerre mondiale avait édifié Kraus sur leur inaptitude politique et
morale à faire front. Où trouveraient-ils la
force de résister, demandait-il, « alors
que chaque fibre de leur être incline à pactiser » avec le monde
comme il va ? Aussi ne les croyait-il pas en mesure de s’opposer à
la barbarie montante. Pour Kraus,
l’essence même de la « bêtise »
social-démocrate, c’était le réformisme de principe, l’illusion
de croire qu’on peut dîner avec le Diable, le refus systématique de
l’affrontement, la volonté forcenée d’intégration, le désir
éperdu d’être bienséant, de « mener
une vie bien tranquille dans une jolie petite opposition sécurisante »,
et l’irrémédiable naïveté de penser que les bandits d’en face allaient
respecter ces beaux sentiments et être assez raisonnables pour entendre
raison. Si on peut dire aujourd’hui que les partis
sociaux-démocrates et ceux qu’ils influencent n’ont pas su tirer
de l’expérience d’un siècle d’histoire d’autre
enseignement que celui d’un
acquiescement encore plus délibéré à la dictature du « réel »
(ennoblie de nos jours en « logique de marché »), que dire
alors de l’activité de la presse et de ses journalistes, de cette « journaille
libérale » pour laquelle Kraus
éprouvait une exécration à la mesure du rôle essentiel qu’elle jouait
dans l’entreprise
d’abrutissement généralisé des populations ? Une grande partie du travail de Kraus, pendant des lustres, a consisté à lire attentivement la
presse de son époque et à en démonter savamment, méticuleusement, le
discours, pour en montrer toute l’imposture, à partir « de l’usage qu’elle fait
du langage, de la déformation du sens et de la valeur, de la façon dont sont
vidés et déshonorés tout concept et tout contenu ». À ses yeux, le
penchant naturel de la presse était de se prostituer à l’ordre établi.
Il prenait soin d’ailleurs de préciser : « Je mets la fille publique, du point de vue éthique, au-dessus
de l’éditorialiste libéral et je tiens l’entremetteuse pour moins
punissable que l’éditeur de journal. » Sa critique s’adressait alors essentiellement à la
presse écrite. Il n’aurait rien à rabattre de sa sévérité aujourd’hui,
bien au contraire. Tout au plus, compte tenu de l’évolution
sociologique de ce secteur, de sa croissance explosive, de la concentration
des titres, stations et chaînes entre les mains d’un petit nombre de
groupes capitalistes, admettrait-il peut-être de faire une distinction entre la
caste dirigeante et éditorialisante du monde
journalistique, quasi tout entière acquise à l’économie libérale et au
maintien de l’ordre idéologique, et
l’armée des simples exécutants, dont beaucoup connaissent les
affres de la précarité et dont quelques-uns se battent courageusement,
seuls ou avec leurs syndicats, contre l’arbitraire patronal privé ou
public et contre la tendance, plus prononcée que jamais, à la prostitution de la presse au pouvoir économico-politique de l’argent. (…) La suite : http://www.monde-diplomatique.fr/2005/08/ACCARDO/12409 |
Le style de l’époque était, disons… direct. Mais au moins, on appelait un chat un chat.
Les gens qui nous conduisent à l’AGCS comme on conduit les veaux à l’abattoir, via l’OMC, ne méritent pas d’être réélus : ils trahissent leurs électeurs. Que des millionnaires votent pour ces politiques (UMP+PS=UMPS) est cohérent, mais que des gens normaux, salariés, employés et cadres, votent ainsi et cautionnent cette politique de caste richissime, c’est incroyable. J’y vois une totale absence de contrôle : on fait complètement confiance à nos représentants, on ne prend pas la peine de lire les plus radicales critiques des politiques menées, j’en sais quelque chose, j’étais encore comme ça il y a moins d’un an, conditionné par le martèlement quotidien de la pensée unique…
Maintenant que je me méfie des "grands" journaux, du "7-9" de France-Inter et de la télé, je me réveille.
Tous les citoyens qui vivent de leur travail, et pas d’une rente, tous ceux qui se moquent pas mal d’une inflation modérée parce qu’ils ne possèdent rien, ou si peu, mais qui se préoccupent prioritairement du chômage parce que, simplement, leur bonheur de vivre et celui de leur famille sont directement menacés par la peur qui grandit avec l’insécurité sociale et la précarité, tous ces citoyens laborieux feraient bien d’aller lire, imprimer et relire ce nouveau blog passionnant :
« NAIRU, le Nom de la Ruse. La face cachée du chômage. », http://lenairu.blogspot.com/
On y trouve une analyse plus fouillée et plus documentée chaque jour, une prose claire et pétillante, des liens importants… Il va falloir consulter ce blog important tous les jours :o) Extrait :
|
« Le
chômage de masse depuis désormais 30 ans ne serait pas un Fléau Naturel, résultat
de l'ire d'une quelconque divinité toute puissante. Il se pourrait même qu'il
en soit venu à être intégré comme un élément
utile, indispensable et même planifié
par certaines instances humaines, pour faire pression sur les "fidèles" (encore appelés salariés) et
leur faire peur. Ce "Diable"
moderne servirait en outre une cause appelée lutte contre "l'inflation".
Car l'inflation, elle, serait le "Démon" pour une autre catégorie
de personnes : les investisseurs financiers et les détenteurs de patrimoine. » |
Un outil important à faire connaître… Il semble urgent de réveiller les autres et… de résister.
Ça y est. Je me lance enfin :o)
Vous trouverez sur la page d’accueil un lien vers un nouveau texte, constructif :
« Les grands principes d’une
bonne Constitution qui prouverait la guérison de notre démocratie »
J’ai hâte de connaître vos réactions :o)
Est-ce que nous autres, citoyens de base, de tous bords, allons avoir l’énergie d’entretenir ce débat entre nous, non professionnels, sans l’enjeu du référendum imminent, c’est encore pour moi un mystère.
Cette nuit, je suis fatigué, je doute :o(
On verra...
Je mettrai en place des forums en fonction de votre intérêt pour la question ;o)
|
« S’il se formait une classe exclusivement au
fait des principes de l’art social, des lois et de l’administration,
elle trouverait bientôt dans la supériorité de son esprit, et surtout dans
l’ignorance de ses compatriotes, le secret de créer des distinctions et
des privilèges ; exagérant l’importance de ses services, elle
parviendrait à se faire regarder comme la protectrice nécessaire de la
patrie ; et, colorant ses audacieuses entreprises du prétexte du bien
public, elle parlerait encore de liberté et d’égalité à ses peu clairvoyants
concitoyens, déjà soumis à une servitude d’autant plus dure,
qu’elle paraîtrait légale et volontaire. » |
Philippe Buonarroti, dans « La conspiration
pour l’égalité, dite de Babeuf », 1828 (Éditions sociales,
1957, p. 171), cité p. 199 dans le livre de Paul Alliès
« Une constitution contre la démocratie ? Portrait d’une Europe
dépolitisée. » (Climats, 2005).
À qui pensez-vous, vous, dans notre France de 2005, quand Buonarroti vous annonce déjà, depuis le début de son 19e siècle, cette classe parasite si prévisible ? :o)
Je relaie ici un appel de Pascale Fourier, animatrice du site « Des sous… et des hommes » :
|
Message de Pascale
Fourier, animatrice de Des Sous… et des Hommes,
émission d'initiation à l'économie d'AligreFM, 93.1 en région parisienne, et sur le Net : www.des-sous-et-des-hommes.org. Bonsoir, Ma vie professionnelle réelle m'oblige cette année à beaucoup
anticiper mes émissions. Ordinairement, par honnêteté vis-à-vis d'Aligre FM,
la radio associative de la bande FM parisienne qui me permet de faire les
émissions qui sont diffusées le mardi de 9h30 à 10h sur le 93.1, je ne mets pas les émissions en ligne
avant qu'elles ne soient diffusées, sauf quand il y a une urgence, ce qui
était le cas pour les émissions sur le Traité constitutionnel... Or il y a là
urgence.... Aussi vous trouverez sur le site, les deux émissions faites avec Frédéric Viale,
coordinateur de la Commission OMC/AGCS du mouvement Attac. La deuxième en particulier est
très inquiétante... http://dsedh.free.fr/119_11_10_05_Frederic_Viale_1_sur_2.mp3 http://dsedh.free.fr/120_18_10_05_Frederic_Viale_2_sur_2.mp3 et la transcription de
l'émission la plus inquiétante: http://dsedh.free.fr/transcriptions/viale120.htm Du 13 au 18 décembre se réunira à Hong-Kong la 6° Conférence ministérielle de
l'OMC, qui sera précédée par des réunions préparatoires
du 17 au 21 octobre. Cette réunion de Hong-Kong devrait marquer une
volonté d'accélération du mouvement de libéralisation, en particulier dans le
domaine des services, et l'Union Européenne s'apprêterait à faire des
concessions importantes. Or rien de ce qui va se décider en notre nom
n'arrive à nos oreilles, pas plus par l'intermédiaire des médias que des
partis politiques ou des syndicats (ou alors, ils font peu de bruit...). Le problème, comme pour le Traité Constitutionnel, est bien un
problème de spoliation de la démocratie : nous, français,
majoritairement, avons montré le 29 mai dernier notre désaveu des politiques
libérales. Le moins que l'on puisse demander, c'est que nos élus, les médias
s'emparent de ce sujet et le traitent en amont, avant que les choses ne
soient décidées, qu'ils favorisent ainsi le débat démocratique, et partant la
décision démocratique. Les décisions qui seront prises à Hong-Kong
engageront l'Europe, donc notre pays. Je vous invite donc à vous informer
d'une part, et d'autre part à demander aux médias de vous informer ;
je vous invite à interpeller vos élus : point n'est besoin pour cela de
connaître à fond le dossier, complexe, plein de paroles rassurantes émises
par l'OMC très probablement... ; il suffit de
demander à vos parlementaires européens et nationaux, aux partis politiques
et syndicats de s'informer et d'informer la population... C'est le minimum
que l'on puisse demander en démocratie. Par ailleurs, il semblerait que la directive Bolkestein
sera très bientôt discutée (au niveau de l'Europe), contrairement à ce
que d'aucun nous avait dit lors de la campagne référendaire. Il faut suivre
là aussi l'affaire, interpeller nos élus, les médias, les partis politiques
et les syndicats. Vous pouvez trouver des renseignements notamment sur le
site http://www.urfig.org/francais.htm (http://www.urfig.org/Bolkestein-moment-d-agir.doc)
où vous trouverez aussi des informations sur la Conférence de Hong-kong. Dans la même série, il conviendrait de s'inquiéter de la "privatisation
d'EDF" prévue (le Monde
dixit) : l'affaire a été repoussée pour cause de mouvement social du 4
octobre... On pourra peut-être me reprocher de sortir de mon rôle de
"journaliste" en appelant ainsi à l'action. Je rappellerai juste
alors qu'on a longtemps appelé les médias le 4ème
pouvoir... mais que pour que 4ème
pouvoir il y ait, il convient d'anticiper, d'informer en temps et en heure
les citoyens de ce qui devrait être décidé en leur nom de façon à ce que la
démocratie ne soit pas qu'un vain mot. Je demande juste d'être informée, que
mes élus soient informés, et que la décision soit démocratique. Je ne fais
que tenir, bien modestement, mon rôle de "journaliste" et mon rôle
de citoyenne. Pascale Fourier, animatrice de Des
Sous... et des Hommes, AligreFM. |
Je relaie un appel d’Yvan Bachaud, bagarreur infatigable pour qu’une Constituante vraiment citoyenne voie le jour, sans politiciens professionnels, par tirage au sort.
(Visitez son site http://www.mic-fr.org/indexf.html, ses interpellations des "responsables" politiques de tous bords (sans exception) sont intéressantes (voir mon message du 9 août) : quand il s’agit du pouvoir d’intervention directe des citoyens dans la vie politique (RIP), les membres de ce qu’il faut bien appeler une caste politique professionnelle mentent sans arrêt.)
Yvan Bachaud a besoin d’aide, voici son appel :
|
Le 28.09.2005 Comment nous rendre un petit service… À diffuser largement… Merci Le Mouvement pour
l’Initiative Citoyenne est en train de mettre en place en France une « Assemblée constituante
citoyenne française » composée de 300 personnes tirées au
sort sur les annuaires de tous les départements français au prorata
du nombre d’inscrits. Leur mission : préparer un
nouveau projet citoyen de Constitution européenne. D’abord, nous cherchons de l’aide pour nous tirer au sort seulement 15 numéros (sans
la commune, sans les noms et adresses)
dans les 12 départements suivants. Il faut environ 7 minutes… J Ardennes, Belfort, Cantal, Corrèze,
Creuse, Indre, Jura, Marne, Pyrénées Hautes, Tarn, Tarn et Garonne. Ensuite, nous cherchons de l’aide pour nous tirer au sort 30 numéros dans les 28
départements suivants. Il faut environ 15 minutes… J PROVINCE : Aisne, Charente, Cher, Côtes du
Nord, Eure, Eure et Loire, Landes, Loire Atlantique, Maine et Loire, Manche,
Marne, Oise, Orne, Pas de calais, Pyrénées Atlantiques, Sarthe, Seine
Maritime, Sèvres (Deux), Somme, Vendée, Vienne, Vienne (Haute). RÉGION
PARISIENNE : Essonne, Seine Saint-Denis, Val
de marne, Yvelines. COMMENT PROCÉDER. 1°Vous divisez le nombre de pages blanches par 15 ou 30 selon le
département. 2° Puis vous relevez le N° à la page 29, 3ème
colonne, 3ème ligne. Un N° de SIMPLE CITOYEN (pas une société ni même un médecin
coiffeur etc.) vous prenez donc le nom suivant si c’est le cas à la 3ème ligne. J 3° Vous ajoutez « X » à 29 et vous relevez le N° 3ème colonne , 3ème ligne … jusqu’à avoir 15 ou 30 N° selon le cas du département. Puis, soit vous m’envoyez les infos par mail, soit vous
m’appelez et je vous rappelle pour que vous me les dictiez. Il
n’y a que 6 chiffres, c’est très rapide. Si vous
voulez vous charger d’un département, contactez-moi, je vous dirai si
le département est toujours "libre" : y.bachaud@mic-fr.org, tél. : 08.73.80.65.02
(tarif local) ou 04.72.24.65.02 si
c’est occupé… Post scriptum : Le Mouvement pour
l’Initiative Citoyenne est une association totalement apolitique
dont l’unique objet social est d’obtenir l’instauration du référendum
d’initiative citoyenne à tous les niveaux territoriaux de la commune
à l’Union européenne. |
Les 13, 14 et 15 octobre 2005, le festival des Z’engagés, à La Ciotat, nous offre un lieu de débat, une agora, un point de rencontres.
Vendredi 14, après les cours (18 h), je vous y rejoindrai avec plaisir :o)
Le site : http://les.zengages.free.fr/
et le programme : http://les.zengages.free.fr/programmeLESZENGAGES.pdf.
Au passage, si vous le pouvez, vendredi 14 octobre, à 10 h, je vous recommande le film essentiel « Argentine, mémoire d’un saccage » de Fernando Solanas : l’Argentine y apparaît crûment comme un laboratoire du néolibéralisme, c’est clairement ce qui nous attend si on ne résiste pas.
On sort de ce film consterné, bouleversé, révolté… réveillé.
Juste après le référendum, une journaliste espagnole, Ana Zarzuela, du magazine Cambio16, m’a posé quelques questions pour comprendre notre Non qui paraissait étonnant, vu de l’étranger.
Ses questions étaient intéressantes. Elle m’a autorisé à vous rapporter notre entretien.
|
(30 mai 2005) Estimé M. Chouard, Je suis Ana Zarzuela, du magazine espagnol Cambio16. Peut-être vous le connaissez, c’est un
media spécialisé en politique nationale et internationale, le plus vétéran
magazine d’actualité en Espagne. Nous sommes en train d’analyser
le Non français à la Constitution
Européenne et les conséquences pour la politique française et pour
l’avenir de l’Union Européenne. (…) Nous souhaitons avoir
votre opinion sur ce sujet, nous aimerions bien compter sur votre avis
(…). Je vous envoie quelques questions en espérant que vous pourrez y
répondre. Je suppose que vous êtes occupé, mais je suis sûr que votre opinion
sera très intéressante pour les lecteurs de Cambio16
en Espagne. Merci bien pour votre aide. 1. Pourquoi le Non a-t-il gagné en France, mère de
l’Union Européenne et moteur du processus constitutionnel ? Le Non des
français peut très bien s'analyser, si on est de bonne foi, comme un
renouveau de l'idée européenne (et pas comme une fin), une appropriation du
projet européen par les citoyens eux-mêmes. Nous sommes
nombreux à vivre cet événement comme une naissance, et pas comme une
mort. Il faut savoir entendre cela. Quand ils lisent
le texte avec un œil critique, les citoyens (de toutes nationalités) se
rendent enfin compte que, malgré les progrès indéniables d'un traité à
l'autre, la démocratie n'est plus qu'apparente dans les institutions européennes,
depuis longtemps, et que tous les pouvoirs sont hors du contrôle citoyen. Le référendum
montre heureusement qu'on n'est pas obligé de valider cette évolution qui
s'est faite discrètement et, bien sûr, sans le consentement des citoyens
concernés. Pour une fois
que le peuple peut dire ce qu'il pense de cette "post démocratie",
il serait fou de s'en priver. Dire Oui au TCE,
pour le peuple, ce serait confirmer lui-même un recul des droits politiques
des citoyens, recul organisé depuis quarante ans à coup de traités (donc sans
lui) : ce serait se faire politiquement hara-kiri. Par exemple, il
est inadmissible de laisser les États, à coups de traités, "monter"
au niveau international les choix de politique économique, car cela a pour
effet de priver les peuples de toute possibilité de retour en arrière
(puisqu'on ne décide plus au niveau national, et que le Parlement européen
n'a aucun pouvoir d'initiative) : on nous prive ainsi du "droit des
peuples à disposer d'eux-mêmes" (principe important affirmé en 1789). Mais pour que
cet acte de résistance soit possible, il faut qu'un vrai débat ait lieu et
que l'on demande leur avis directement aux peuples, et pas seulement à leurs
représentants. Si j'ai bien
compris, ce débat n'a pas eu lieu en Espagne (il paraît que les Espagnols
n'ont pas reçu le TCE chez eux). Ce
débat occulté a bien failli nous arriver aussi (début septembre 2004, le
débat n'avait pas lieu en France, le Oui était naturellement à 60%, on vivait
sur un rêve). 1.1.
Qu’attendez- vous après la victoire du NON ? Je ne me fais
pas trop d'illusions : on n'obtiendra pas rapidement de spectaculaires
résultats (un nouvelle constitution, courte et claire, authentiquement
démocratique et qui n'impose pas une politique économique). Il faut imaginer
la difficulté pour de simples citoyens révoltés, même nombreux, de s'opposer
au chemin pris par tous les corps constitués.
Ce changement de cap, cette décision de construire une vraie Europe
politique démocratique de la même façon que se construisent toutes les démocraties
du monde (en demandant au peuple ce qu'il veut et en lui laissant le contrôle
des institutions), ce changement de cap, donc, ne pourra se faire que si des
hommes politiques se font rapidement le relais, fort et déterminé, de la
pression populaire. On verra bientôt
si ces hommes politiques existent. 1.2. Vous
avez été protagoniste d´un surprenant mouvement social et politique à gauche.
Une sorte de réveil citoyen, de réflexion citoyenne collective, de
participation et représentation directe, un nouveau front de la gauche avec
les mouvements sociales, le mouvement antiglobalisation...
Qu’est-ce qu’il a changé ? Qu’est ce qu’il
restera de tout ça ? Les arguments
que j'ai développés ne sont ni de gauche ni de droite, ils peuvent être
compris par tout le monde : des institutions 'démocratiques' permettent
aux citoyens d'être tantôt de gauche, tantôt de droite, tantôt libéraux,
tantôt sociaux, au gré des élections. Le problème des
institutions est au-dessus de la politique. Ce qu'on va décider ici va rendre
possible la politique. Si on se trompe (si on crée un parlement ligoté, par
exemple), il ne sert plus à rien d'avoir une réflexion politique (de gauche
ou de droite). Le TCE prive les
peuples de ce contrôle politique en imposant le néo-libéralisme. Il n'est pas
étonnant qu'on s'y oppose. Ce qui est
surprenant, c'est qu'on ait mis tant de temps à se "réveiller".
C'est sûrement à cause de l'ambiance médiatique qui valide cette organisation
tous les jours, à travers les "informations" (journaux, radios, télés). Dans cette ambiance, on n'imagine même pas
contredire la pensée unique : si on en croit les journaux, le libéralisme est
une évidence, il est devenu "inévitable", et il n'y a que des
rétrogrades pour penser le contraire. Mais on trouve
désormais des opposants au néo-libéralisme aussi bien à gauche qu'à droite. Difficile de
dire ce qui restera de ce Non
historique, mais ce que je sens dans ma boîte aux lettres, c'est une
forte contagion : tous les gens normaux comprennent vite où est leur
intérêt, et ça dépasse les frontières, bien sûr :o) 2. Il semble
que les arguments des partisans du Oui sont plus simples et homogènes, mais
les arguments du Non sont plus variables et complexes. Pouvez-vous les
résumer ? Si nous écartons les votes de l’extrême droite, de Le Pen et les xénophobes, quel pourcentage des Non est le
Non de la gauche? Quel pourcentage de ce Non correspond au désir de punir à
Chirac et Raffarin, et quel pourcentage est la réponse aux problèmes
européens ? Moi, je trouve
le vote Non très homogène : on voudrait faire croire que nous n'avons pas lu
le texte alors que c'est exactement le contraire : les gens qui votent Oui,
le plus souvent n'ont précisément pas lu le texte et votent en confiance, en
pensant faire avancer l'Europe, alors que les gens qui votent Non ont lu,
analysé, décortiqué le texte, et plus on lit le texte, plus on comprend ce
qu'il organise (sans l'avouer clairement), et plus on a peur, et plus on vote
Non. L'homogénéité du
Non, c'est le refus du texte proposé, clair et net, et c'est exactement ce
qu'on nous demandait. Il y a des
catégories de Non, évidemment, mais il y a aussi de nombreuses catégories de
Oui : combien de gens qui votent Oui votent en se pinçant le nez (à
contrecœur) ? (contradiction) Combien votent Oui en pensant donner des
armes pour le combat social, alors que d'autres votent Oui en sachant
pertinemment qu'ils neutralisent durablement le combat social ?
(contradiction) Combien votent Oui
avec un sentiment d'avancer vers le fédéralisme, alors que d'autres votent
Oui pour renforcer le poids de la France (ce qui est un argument
souverainiste, finalement) ? Que de contradictions ! En fait, avec un
texte aussi long, compliqué et trompeur, il n'y a rien d'étonnant à ce que la
réponse simple, Oui ou Non, soit difficile à interpréter, mais il est injuste
de faire ce procès d'ambiguïté au seul Non. Et le vote
"punition contre Chirac"
n'est pas du tout hors sujet par
rapport au TCE puisque la politique de Chirac
et la politique imposée par le TCE ont toutes les deux le même ADN : un
néo-libéralisme doctrinaire qui impose de tout déréguler, c'est-à-dire de
dépouiller les États de leurs droits d'intervention et d'interdiction. Il est donc artificiel et peu crédible de
prétendre dissocier les deux questions (même si, pour ma part, je n'ai pas du
tout développé ces arguments de politique intérieure). 3. Croyez-vous que le déficit de connaissance, la
défiance des citoyens et le sentiment qu’il s’agit d’un Traité
de politiciens et de bureaucrates, ont pu pousser le Non ? Pensez-vous
que l’Union sera capable de changer et solutionner ce déficit
démocratique ? De quelle façon ? C'est
précisément le contraire : c'est le déficit de connaissance du Traité et des
institutions européennes qui conduit à voter Oui en faisant largement confiance à ceux qui
nous gouvernent, et c'est en revanche la connaissance méticuleuse du texte
proposé qui conduit à s'en méfier comme de la peste. Il est facile
d'instaurer une réelle démocratie dès qu'on en a la volonté politique. On connaît bien les rouages qui protègent
les hommes (élections, contre-pouvoirs, indépendance des juges, etc.) :
en effet, ce sont les mêmes partout dans le monde, on n'a pas besoin d'années
pour trouver un compromis. Ce dont a besoin
un Polonais pour vivre en démocratie ressemble beaucoup à ce dont a besoin un
Espagnol, un Italien ou un Français. Non, ici, c'est
la volonté politique qui manque, assurément, pour faire disparaître le
"déficit démocratique" (euphémisme délicat qui dissimule un vrai
scandale). 4. En Espagne quelques analystes font l'interprétation
suivante : c'est la peur qui a poussé le Oui et le Non. Les partisans du
Oui ont eu peur de l’isolement de la France, de la rupture du
l’axe France-Allemagne, du Traité du Nice...
Et, de l’autre côté, les partisans du Non ont peur du libéralisme économique
en France et dans l’Union, les travailleurs ont peur de perdre le
travail, de la réduction des salaires, de la concurrence sauvage, de la perte
du pouvoir citoyen à Bruxelles... Chirac a peur du châtiment des électeurs,
Hollande a peur de la gauche au PS, et Raffarin a peur de l’adieu.
Qu’est-ce que vous pensez de cette interprétation ? Il y a
effectivement des peurs (légitimes) dans les deux camps. Le débat, superbe,
qui a eu lieu en France, nous a permis de découvrir nos peurs, de les
comprendre, de les comparer, et finalement de trancher. Nous avons eu
l'impression de vivre un grand moment de démocratie, un progrès de
civilisation : avez-vous déjà vu des millions de personnes simples se
passionner pour leur Constitution ? C'est un progrès pour l'Humanité,
une politisation, au sens noble du terme, des citoyens, qui deviennent ainsi
des acteurs de leur propre vie. C'est beau. C'est joyeux. C'est constructif. Pas de quoi pleurer. Ne croyez pas
les tristes sires qui voient là un recul ou un repli parce qu'ils ne croient
plus eux-mêmes en rien qui vienne du peuple. 5. Le Non
français est une gifle pour l’Europe, pour l'actuelle carte de
route du voyage européen, ou seulement pour le texte du Traité ? C'est peut-être
une gifle à ceux qui pensaient pouvoir imposer ce texte aux peuples sans même
qu'ils le lisent, mais ce n'est pas du tout une gifle pour l'Europe, c'est
exactement le contraire : enfin, l'Europe a trouvé des citoyens qui la
veulent, mais qui savent très bien ce qu'ils veulent et qui ne veulent pas de
cette Europe-là. C'est une
supercherie, une mystification, une manipulation, de faire croire que le Non
français est anti-européen. C'est
n'avoir rien compris à ce qui se passe ici (ou plutôt faire semblant de
n'avoir rien compris, parce que c'est commode de caricaturer et de déformer
pour ne pas reconnaître qu'on a peut-être tort). L'actuelle
'carte de route' est compromise, mais ce que disent précisément les citoyens,
c'est que la route était mauvaise. L'Europe
citoyenne, démocratique, va peut-être naître de ce refus. Ne voyez-vous pas l'immense potentiel pour
les Européens ? Seul un Non permettait d'ouvrir cette porte. 6. On ne peut pas arriver à la Constitution Européenne
sans la France et les Français, mais le référendum a dit que l’actuel
texte n’a pas l'accord de la France et Bruxelles assure qu’on ne
peut pas changer le texte. Alors, tous les 25 pays de l’Union, nous
sommes dans une impasse. Maintenant quelle est la solution ? Bruxelles
ne veut pas penser à un plan B. Un plan B qui
serait conçu par les mêmes qui ont conçu le plan A aurait toutes les chances
de présenter les mêmes défauts. Il nous faut un
plan 2, inédit, original, et c'est à ça que de nombreux citoyens français
réfléchissent en ce moment. Ce n'est pas
leur métier, il leur faut un peu de temps pour fixer leurs exigences
démocratiques et formuler une proposition crédible. Heureusement que nous avons l'Internet car la plupart des medias
nous gênent au lieu de nous aider, en ressassant un ressentiment stérile et
mauvais perdant, des reproches et des menaces. Pourtant, nous
irions beaucoup plus vite vers une Europe qui satisferait tout le monde si
nous étions capables de nous réconcilier à l'issue de ce débat. Pendant les
discussions, les Ouiistes
et les Nonistes
ont en effet souvent constaté qu'ils sont très proches, ayant exactement les
mêmes objectifs (une Europe unie, forte et fraternelle). 7. Monsieur Giscard d’Estaing a une proposition:
un nouveau référendum en France en 2006. Croyez vous que ça sera
possible ? Pensez-vous que ça peut être une insulte pour le peuple
français ? Absolument. Une
véritable insulte. On retrouve, là
encore, un vrai mépris pour le suffrage universel. C'est bien le
même ADN que celui du TCE. Ce texte est
mauvais pour les peuples qui ont pourtant besoin d'un texte. Il faut donc en
faire un autre, plus respectueux des peuples. 8. Les partisans du Non considèrent que la Constitution
Européenne veut constitutionnaliser le libéralisme économique en Europe, mais
croyez-vous que le Non de la France va arrêter ce processus ? L’article 1-3 dit que l´Europe doit
être une économie sociale, quelle est la valeur que vous donnez à ça ?
Quelle est l’alternative que vous proposez ? À l'étude,
l'expression 'économie sociale de
marché' s'avère être un gros mensonge de la Constitution. Si on lit simplement
le texte, on a l'impression que le mot sociale
tempère, adoucit, le mot marché. Mais si on cherche l'origine exacte de cette
expression, on trouve une doctrine économique (allemande) plus ultra
libérale, plus extrême que toutes les autres, et qui n'a donc rigoureusement
rien de sociale. Comme exemple de supercherie, on ne peut pas mieux trouver. Le Traité est farci de ces pièges qui ne se
voient qu'après une lecture approfondie et recoupée d'analyses
complémentaires. Ce Non n'est qu'une étape : on nous a mis
(sans nous consulter) dans la prison de Nice (après le couloir d'Amsterdam,
etc.), et on nous demandait de fermer nous-même la porte à clef, en jetant la
clef. En votant
Non, on a refusé de fermer la porte de
Nice. Mais il reste
maintenant à sortir de Nice. Il est donc vrai
que voter Non ne suffit pas, mais c'était
la seule façon de commencer à sortir du piège néo-libéral. Le reste est à
faire, mais la prise de conscience citoyenne, contagieuse à travers les
frontières, nous aidera sûrement à progresser : une conscience citoyenne
nouvelle devrait permettre de faire émerger rapidement des courants
politiques nouveaux, avec de nouveaux projets. 9. On dit, en général qu’une crise peut être une
opportunité pour la croissance et l’amélioration. Cette situation
va-t-elle emporter une évolution de l’idée de l’Europe et sa
réalisation ? Les français seront-ils
capables de faire réfléchir ? On dit parfois
que seul le désordre permet de véritables évolutions. Espérons que ce
désordre (très modéré) nous permettra de faire évoluer nos institutions,
aussi bien en France qu'en Europe, vers plus de contrôle citoyen des pouvoirs
institués. 10. Quel prix va payer Monsieur Chirac pour sa
défaite ? Rien du tout :
en France comme en Europe, les acteurs politiques ne sont guère responsables
de leurs actes et rien ne permet, en droit, de forcer le Président à se
démettre avant les élections. 11. Quel est l’avenir que vous voyez pour la
gauche française ? Maintenant elle est dans un processus de division qui
semble profond. M. Hollande va se rendre devant M. Fabius ? Le mouvement
pour le Non va prendre corps comme une alternative politique ou social-citoyenne ? Spectaculairement
désavoué par son électorat, Hollande
devrait démissionner et laisser la direction du PS à ceux qui représentent le
Non, mais là aussi, les responsables ne sont pas si responsables que ça, et
il faudra malheureusement une bagarre fratricide pour dénouer cette situation
déplorable. Si les
socialistes n'avaient pas renoncé, comme les autres PS en Europe, à protéger
les gens contre le néo-libéralisme, on n'en serait pas là. Ce reniement historique est vécu comme une
faute, une 'trahison', par de nombreux sympathisants du PS qui n'ont plus personne
pour les défendre au centre de l'échiquier politique du pays. Ce choix politique délibéré des PS de ne
plus se battre contre l'ultralibéralisme ouvre un boulevard aux extrémistes. 12. L’espace politique français et les partis
politiques traditionnels sont cassés par cette crise ? Oh, ils ont la
peau dure :o) |
Un article assez technique,
mais vraiment très intéressant sur le site www.libertepolitique.com :
« La Cour de justice contourne les traités européens
: dormez braves gens… »,
par François de Lacoste Lareymondie :
http://www.libertepolitique.com/public/decryptage/article.php?id=1355.
|
Dormez en paix braves gens… l’intégration européenne
se poursuit sans vous. Et contre les décisions de vos gouvernements. Ce n'est pas
parce que le projet de traité constitutionnel est mort et enterré, avec J.-M.
Barroso, président de la Commission, comme dernier
inscrit sur la liste des fossoyeurs, que la machine s'arrête. Le 13 septembre
dernier, sur demande de la Commission, la Cour de justice des communautés européennes
(CJCE) a annulé une décision-cadre
du Conseil relative à la protection de l'environnement par le droit pénal
(1). L'arrêt n'est pas passé totalement inaperçu, mais sans qu'on prête assez
d'importance au mécanisme qu'il illustre
: celui de l'intégration forcée qui
fonctionne à l'insu des Européens. Il faut y revenir pour souligner qu'au-delà de la
question immédiate de la répartition des pouvoirs, ce qui est réellement en jeu c'est la confiance que l'on peut
accorder aux traités et aux organes chargés de veiller à leur application.
Enjeu suffisamment grave pour qu'on crie " casse-cou " ! De
quoi s'agit-il ? Le 27 janvier 2003, le Conseil a adopté à
l'unanimité de ses quinze membres (2) une décision-cadre
par laquelle il obligeait les États à adopter de façon concertée des
sanctions pénales à l'encontre des auteurs d'atteintes à l'environnement,
tout en leur laissant le choix des incriminations et des peines conformément
à leur ordre juridique interne. La décision énumère les agissements qui
doivent être réprimés ; elle les classe sur des échelles de gravité pour
encadrer le niveau des peines susceptibles d'être infligées ; elle règle
enfin une série de questions de compétence et de procédure juridictionnelles
de sorte que les dispositifs nationaux soient coordonnés. Pour fonder sa
décision, le Conseil s'est placé sous l'empire du troisième pilier du traité
de Maastricht de 1992 relatif à la coopération policière et judiciaire en
matière pénale ; c'est-à-dire dans un cadre intergouvernemental, requérant
l'unanimité, en une matière qui n'est pas communautarisée puisque le droit
pénal relève encore de la souveraineté des États. C'est précisément ce fondement que la Commission a contesté. La
protection de l'environnement constitue un des objectifs de l'Union et fait
l'objet d'une politique établie (3) ; elle entre donc dans le cadre du
premier pilier du traité, celui qui est communautarisé, avec ses mécanismes
propres de décision (initiative de la Commission et vote par le Conseil à la
majorité qualifiée en co-décision avec le Parlement). Aussi la Commission en
tirait-elle argument pour faire entrer également dans ce même cadre
l'adoption de sanctions pénales au motif qu'elles en constituent un
complément indissociable. Le raisonnement de la CJCE On ne surprendra personne en disant que la Cour a suivi la
Commission et annulé la décision du Conseil. Mais il faut s'arrêter un
instant sur son raisonnement. La Cour reconnaît certes qu'en principe, la législation pénale et
les règles de procédure pénale ne relèvent pas de la compétence de la
Communauté. Elle reconnaît également qu'il n'y a pas de précédent à l'intrusion
du communautaire dans le champ pénal, et que le contenu de la décision
attaquée est exclusivement de cette nature. Mais peu importe : elle écarte
ces objections en considérant que la Commission, lorsqu'elle estime que la mise
en œuvre d'une politique commune (en l'espèce la protection de
l'environnement) appelle l'instauration de sanctions pénales complémentaires,
a le droit de passer outre et de se placer dans le champ du premier pilier,
donc d'obliger le législateur communautaire à " prendre des mesures en
relations avec le droit pénal des États membres et qu'il estime nécessaires
pour garantir la pleine effectivité des normes qu'il édicte ", moyennant
l'application des procédures correspondantes. L'affaire
est grave L'affaire est grave, et à plusieurs
titres. L'enjeu était considérable. Dans le
premier cas, la souveraineté des États maintenue dans une matière donnée
prévalait ; ceux-ci demeuraient maîtres des mesures de coopération à prendre
dans le cadre de la coopération intergouvernementale. Dans l'autre, la logique
communautaire justifiait par elle-même l'empiètement sur ce domaine réservé
nonobstant les textes contraires. Emboîtant le pas à la
Commission, la Cour n'a donc pas hésité à contourner les souverainetés nationales, préservées sur une matière précise dans
un traité ratifié par les États membres, en faisant prévaloir son propre
raisonnement, fût-il un peu spécieux, sur un texte pourtant clair. De plus, elle l'a fait en dépit de l'opposition
expresse de tous les États membres qui avaient adopté unanimement la
décision contestée en connaissance de cause et dont la plupart étaient venus
la défendre devant la Cour. En
d'autres termes, la Commission et la Cour se sont accordées pour substituer
leur appréciation à celle des États sur ce que ceux-ci entendent mettre en
commun et sur la façon dont ils entendent coopérer ; elles l'ont fait en
recourant à un principe qui, pour elles, domine tous les autres, celui de la
primauté de l'intégration communautaire qui doit commander tout le reste, de
gré ou de force ; elles l'ont fait en
toute impunité puisqu'en vertu du droit qu'elles ont elles-mêmes forgé, elles
sont à l'abri de tout recours sauf pour un État à ouvrir une crise
politique majeure et risquée… Une méthode hélas caractéristique et habituelle N'imaginons pas
cependant que cet épisode soit exceptionnel. Le
point de départ se situe en 1964 lorsque, dans un arrêt " Costa contre E.N.E.L. " (4) — que certains ont qualifié de
" coup d'État juridique " — la Cour a conféré aux normes
communautaires une primauté absolue sur les droits souverains des États
membres, y compris en matière constitutionnelle, en leur attribuant un effet
direct dans leur droit interne. Depuis lors, nombreux sont les
exemples de cette prévalence à laquelle les États ont dû se soumettre. Pour la
Commission, l'intérêt de communautariser une matière est évident : dans ce
cadre en effet, elle tient le Conseil à sa merci puisqu'elle a le monopole de
l'initiative et qu'elle est maîtresse de la procédure, y compris devant le
Parlement européen lorsqu'il y a matière à co-décision. Les États membres
réunis en Conseil n'ont alors plus le choix que d'approuver le projet tel
qu'il leur est soumis, ou de le rejeter en bloc. Alternative impossible,
évidemment. À toutes fins utiles, je renvoie les sceptiques à un autre arrêt
récent de la Cour (5) qui a annulé les conclusions adoptées le 25 novembre
2003 par le Conseil, aux termes desquelles celui-ci avait suspendu les
procédures de déficit excessif engagées à l'encontre de l'Allemagne et de la
France et modifié les recommandations qu'il leur avait antérieurement
adressées : l'annulation s'est fondée sur le fait que, après avoir adopté des
recommandations, le Conseil ne pouvait pas les modifier ensuite sans une
nouvelle impulsion de la Commission qui, seule, dispose d'un droit
d'initiative. Quant au mécanisme d'extension de ses compétences "
par voie de proximité ", la Commission en use continuellement.
Les exemples abondent et je me contenterai d'en citer un qui est d'actualité.
La santé publique n'est pas une matière communautaire. Qu'à cela ne tienne ! L'unification du marché intérieur permet de toucher
à tout, pourvu qu'on aborde la question par le bon bout. En l'espèce,
il s'agit d'un projet de réglementation des publicités figurant sur les
emballages alimentaires : la Commission a décidé d'y soumettre les "
allégations nutritionnelles " et surtout les " allégations santé
"(6), et d'interdire de tels messages lorsque les aliments dépassent
certains seuils (d'alcool, de matières grasses, de sucre, de sel, etc.) dans
le but explicite et politiquement porteur de lutter contre l'obésité. Pour
faire bonne mesure, la Commission prévoit même de s'adjoindre les services
d'une " autorité scientifique ". Le tour est joué : les associations
de consommateurs poussent à la roue tandis que les industriels se battent sur
le contenu des normes ; le Parlement a sauté sur l'occasion pour entrer dans
le jeu et se livrer à un débat de fond ; quant aux États réunis en Conseil,
ils sont piégés entre le rejet pur et simple avec le risque politique correspondant,
et l'approbation qui les dépossède un peu plus (7). Un problème de principe qui touche aux mécanismes
communautaires eux-mêmes Entendons-nous
bien. La question n'est pas ici de savoir si telle norme alimentaire est
bonne ou mauvaise, ou si l'instauration de sanctions pénales à l'encontre des
pollueurs est souhaitable ou non ; ni de savoir s'il est ou non légitime de
communautariser ces matières. La question posée est celle de la confiance que
l'on peut accorder aux traités signés et aux instances chargées de les mettre
en œuvre. Lors de la récente campagne référendaire, les défenseurs du
projet de traité constitutionnel accusaient de procès d'intention ceux qui
mettaient en doute les soi-disant garanties données aux États par telle ou
telle stipulation. L'expérience quotidienne montre que ce sont ces derniers
qui avaient raison. L'Union Européenne ne fonctionne pas comme cela est écrit
dans les traités. En réalité, elle
fonctionne selon un mécanisme d'intégration
juridique à sens unique dont les traités servent de prétexte ou d'occasion :
comme tout se tient plus ou moins, la domination sans recours que se sont
arrogées la Commission et la Cour de justice, et le raisonnement par
attraction qu'elles ont développé aboutissent de proche en proche à tout
faire tomber dans le champ communautaire. C'est ainsi que, subrepticement,
les États et les gouvernements, pourtant seuls dotés de la légitimité démocratique,
sont dépossédés de leurs compétences au profit de ces deux organes dont le
moins que l'on puisse dire est qu'ils sont d'essence oligarchique et
technocratique. Tant que cette
captation n'aura pas cessé, c'est-à-dire tant qu'on n'aura pas posé clairement
le problème des pouvoirs de la Commission
et encadré davantage le rôle de la Cour de
Justice, l'engrenage tournera. Mais ayons conscience qu'il aboutira
inévitablement, tôt ou tard, qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, à une
rébellion des peuples : la schizophrénie actuelle n'est pas durable, surtout
après les élargissements récents. D'ailleurs, n'a-t-elle pas déjà commencé ?
Le risque grandit de jeter le bébé avec l'eau du bain, et de donner raison
aux Cassandre qui craignent de voir l'Europe se défaire. L'enterrement du
projet de traité constitutionnel n'y change rien, bien au contraire : il
remet au premier plan l'enjeu concret d'une réforme nécessaire que les grands
discours mystico-politiques avaient escamotée. C'est pourquoi
nous persistons à penser que, pour conforter la construction européenne dans
un contexte qui a fondamentalement changé depuis cinquante ans, il faut
remettre à plat son fonctionnement, mais en partant du réel et non de schémas
théoriques, et qu'il faut le faire d'urgence. Pour les notes
voir le site d’origine de cet article : http://www.libertepolitique.com/public/decryptage/article.php?id=1355 |
Un article court mais
intéressant dans le journal canadien Le
Matin :
« La Suisse, un
modèle pour l'Europe ? » http://www.matin.qc.ca/monde.php?article=20050802112845
|
« Et
si le modèle européen, c'était la Suisse ? L'Union européenne en
proie au doute n'a peut-être pas besoin d'aller chercher très loin des réponses
à ses questions. Au lieu de regarder outre-Atlantique, certains
universitaires lui conseillent de se pencher sur la Confédération helvétique.
En rejetant la Constitution européenne au printemps, les électeurs français
et néerlandais n'ont pas seulement enterré, ou presque, le traité. Leur
"non" a exprimé les doutes profonds de nombre d'Européens, qui
craignent de voir les technocrates décider de tout sans consulter les
peuples, s'inquiètent de devoir abandonner leur souveraineté ou redoutent de
perdre leur identité nationale noyée dans l'union renforcée. Pour
certains universitaires, la Suisse recèle peut-être des solutions. Il y a
sans doute, disent-ils, des leçons à tirer
de ce petit pays du vieux continent, nation alpine farouchement indépendante
qui rassemble un mélange complexe de groupes ethniques et linguistiques dans
un intérêt commun de paix et prospérité. "L'échec de la
Constitution signifie que l'Europe va devoir tout repenser", estime Jonathan Steinberg, professeur d'histoire
à l'université de Pennsylvanie, spécialiste de l'histoire et de la culture
helvétique. "Les États de l'Europe seraient en fait mieux servis par une
forme suisse de fédéralisme". À
l'opposé de la tendance décriée de l'UE à prendre les décisions importantes
dans le secret des bureaux de Bruxelles, la Suisse entretient une tradition
de démocratie directe. Chaque année, au moins trois référendums nationaux
sont organisés sur les grands sujets. Et les "votations" locales
sont encore plus nombreuses. La Suisse,
qui compte 7,4 millions d'habitants, a choisi le système confédéral.
Les petites communes qui gèrent les affaires locales sont regroupées au sein
de cantons, qui sont autant de micro-États semi-indépendants unis de façon souple. Le
gouvernement fédéral dans la petite Berne n'a ainsi que peu de pouvoir
comparé aux capitales des États plus centralisés comme la France ou la
Grande-Bretagne. "Ce qui rend ce système si original c'est qu'il
préserve l'identité fondamentale de la communauté", souligne Jonathan Steinberg, auteur de "Why Switzerland?" ("Pourquoi la Suisse?"). Certains ont
désigné les États-Unis comme un possible modèle pour l'Europe. Mais Daniel Kelermen,
un expert du fédéralisme de l'université d'Oxford en Grande-Bretagne estime
qu'un système moins centralisé à l'helvète est sans doute plus compatible.
"Si on cherche des modèles, ce n'est pas forcément nécessaire de
regarder de l'autre côté de l'Atlantique", remarque-t-il. "On peut
aussi regarder au centre de l'Europe". Le modèle idéal ressemblerait
ainsi "plus à la Suisse qu'aux États-Unis à bien des égards". Pour
lui, l'Europe ferait bien de donner suite à certaines idées suisses, comme la
dévolution du pouvoir et le système collégial
de gouvernement, qui évite une trop grande personnalisation à la tête de
l'État ou du gouvernement central. La Suisse
compte quatre langues nationales, l'allemand, le français, l'italien et le
romanche, divisées pour certaines en une quantité de dialectes parfois
incompréhensibles d'une vallée à l'autre. Sa démocratie directe et
fortement locale a beau promouvoir des identités
régionales fortes, les diverses communautés du pays sont restées unies malgré
les turbulences de l'histoire européenne et la montée des nationalismes. "On devrait arrêter de prétendre qu'il n'y a
qu'un peuple européen lorsqu'on écrit une Constitution",
argue Kalypso Nicolaidis,
maître de conférences en relations internationales à Oxford. "Le problème
c'est qu'on a encore trop tendance en Europe à vouloir toujours centraliser
davantage". (…) » |
Il faut que je vous parle un peu de l’ambiance chaleureuse de la fête de l’Huma (10 et 11 sept.) : d’abord, j’ai découvert José Bové que je ne connaissais pas et qui est attachant : souriant, généreux, cohérent, courageux… Un humain bien sympathique dont la lutte, parfois héroïque, semble exemplaire pour nous autres, trop timides citoyens :o) Je vais lire ses livres et je vous en parlerai.
J’ai aussi découvert des militants humanistes et une réflexion politique généreuse et lucide, loin des caricatures qu’on lit dans les journaux à propos des communistes et autres résistants de gauche.
J’ai aussi rencontré Michel Onfray, qui semblait avoir naturellement sa place dans ce rassemblement de résistants à toute forme d’oppression. Son travail de longue date pour démystifier les religions complète et renforce notre réflexion pour des institutions authentiquement démocratiques.
Je remercie donc les organisateurs de cette fête populaire d’avoir permis à la fois ces précieuses rencontres et les passionnantes conversations qui se déroulent depuis.
J’ai de la chance :o)
Arnaud Montebourg (député) et Bastien François (professeur de droit public) viennent de publier un livre important et intéressant : « La Constitution de la 6ème République, Réconcilier les français avec la démocratie » (chez Odile Jacob).
Le premier livre de Montebourg, « La Machine à trahir, rapport sur le délabrement de nos institutions » (publié en 2000) était enthousiasmant : la perversité de nos institutions y est clairement démontrée et fortement dénoncée. Je voulais vous résumer ce livre pour vous aider à sentir son importance, mais je n’ai décidément pas le temps (vous trouverez un bon résumé, écrit par Giorgio Bocci à http://c6r33.free.fr/article.php3?id_article=22). Tous les français devraient lire "La machine à trahir" qui aide à comprendre que nous sommes tous concernés, quotidiennement, par ce problème institutionnel qu’il ne faut surtout pas laisser aux « experts ».
Le nouveau livre de Montebourg propose cette fois une Constitution. Chaque article est commenté. Je suis en train de le lire, et je retrouve avec plaisir à la fois l’énergie de Montebourg pour sauver la démocratie et de nombreuses propositions intelligentes de la C6R.
Mais il faut quand même lire ce dernier livre d’un œil vigilant car, sans l’avoir encore fini, j’ai déjà trouvé une disposition dangereuse. Page 52, je lis l’article 2 de ce projet de Constitution :
|
Article 2 : |
|
La France participe aux Communautés
européennes et à l’Union européenne constituées d’États qui ont
choisi librement, en vertu des traités qui les ont instituées, d’exercer
en commun certaines de leurs compétences. |
|
Dans ce cadre, elle consent
aux transferts de souveraineté nécessaires à la mise en œuvre de
ces traités. |
Cette dernière disposition est un vrai chèque en blanc (c’est même une procuration permanente) qui permet tous les abandons, à l’insu de la population et même, éventuellement, contre sa volonté.
Il faut évidemment prévoir que le référendum est une condition de validité incontournable pour tout transfert de souveraineté.
Je rappelle que nos représentants ne sont pas propriétaires de la souveraineté populaire, ils ne peuvent pas en disposer. Nous serions bien fous de leur laisser cette possibilité (souvenons-nous que nos députés nous auraient livrés, avec 90% de Oui, aux institutions antidémocratiques de l’Union technocratique et lobbypnotisée).
Puis, dans les commentaires qui accompagnent cette proposition d’article 2, je lis (page 53) :
« La 6ème
République (…) pose le principe général
d’un transfert de compétences au profit de l’Union européenne
sans référence à un traité précis et daté (ce transfert étant bien sûr organisé
soit sous la forme de traités ratifiés par la France, soit sous la forme
d’une Constitution européenne), et sans référence à une contrainte de
réciprocité. La 6ème
République est donc résolument européenne. »
Je ne reconnais pas là le style de Montebourg et je crois reconnaître plutôt une certaine "eurolâtrie" de Bastien François (qui nous exhortait à approuver le TCE : voir ma page ‘Échanges’ et nos arguments respectifs) dans ces commentaires qui abandonnent à nouveau, sans contrôle populaire, des règles protectrices essentielles sur l’autel du dieu Europe.
Je crois qu’il faut être beaucoup
plus prudent et garder le contrôle de notre souveraineté qui peut, certes,
devenir européenne, mais qui doit rester populaire.
Je trouve décidément inique que des changements institutionnels soient réglés à coup de traités, sans le consentement explicite des peuples eux-mêmes, alors que de si graves évolutions devraient évidemment être décidées par référendum. Quand les représentants d’un peuple transfèrent sa souveraineté sans l’accord exprès du peuple concerné, ces représentants trahissent leur peuple.
Je continue ma (lente) lecture et je vous tiens au courant :o)
Plus de dix jours sans vous écrire… :o)
Et pourtant je lis tous les jours des documents de plus en plus passionnants, vous êtes une ressource formidable. Qu’est-ce qu’elle est belle et importante, cette réflexion sur la démocratie !
Mais mes étudiants ont besoin de moi et ils sont prioritaires, bien sûr. Je suis plus lent à digérer vos idées et surtout à rédiger des synthèses ou émettre des signaux. À l’évidence, j’ai pris l’habitude de vous écrire. C’est fou comme cette histoire a changé ma vie… C’est fou.
J’ai une pile d’infos à vous signaler, je m’en occupe cette semaine, promis ;o)
J’ai
enfin trouvé une bonne chronique économique : la chronique Économie d’Olivier Pastré, professeur à l’Université de Paris VIII et membre du Cercle des économistes, sur France Culture du lundi au vendredi à 7
h 15, est vraiment instructive :
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/
Les archives des Matins de France Culture (et des
chroniques d’Olivier Pastré, donc) sont d’ailleurs une mine
inépuisable, avec des invités souvent passionnants : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/archives.php.
Quand
on a subi tous les matins sur France
Inter, pendant des années, l’écoeurante propagande néolibérale et les
dogmes boursicoteurs de Jean-Marc
Sylvestre, pensée unique imposée tous les jours sans contradicteur (à part
le pauvre Bernard Maris qui n’a
obtenu récemment que 5 minutes par semaine de temps de parole, le vendredi), on
apprécie l’intelligence et la finesse d’Olivier Pastré, libéral modéré, humain,
comme une bouffée d’oxygène.
Ses chroniques des mercredi 14 et jeudi 15 septembre poussent un cri d’appel au secours pour sauver les agriculteurs. « Les agriculteurs sont dans une misère noire » rappelle-t-il.
Olivier Pastré nous signale un rapport important (120 pages) de l’Institut Montaigne (www.institutmontaigne.org), « Ambition pour l’agriculture, libertés pour les agriculteurs» qu’on peut télécharger à http://www.institutmontaigne.org/site/page.php?page_id=114.
Une autre émission très intéressante,
cet été, s’intitulait Économie pratique, économie
savante, où Daniel Cohen, professeur d'économie à l'Université Paris-I et à l'École normale supérieure, libéral lui aussi, mais pas néolibéral,
s’est entretenu tous les jours avec un invité dans le cadre de
l’émission Quartiers d’été,
le matin sur France Culture :
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/ete2005/quartiers_ete/archives.php.
La
revue de presse de Jean-Louis Ezine, dans Les
Matins de France-Culture du 12
septembre, a bien fait d’évoquer la colère du chroniqueur illustre du New-York Times, Bob Herbert :
« Bush
s’est rendu dans le sud le 2 septembre et a prouvé, si c’était
encore nécessaire, qu’il n’avait toujours rien compris. Au lieu de se préoccuper des habitants sinistrés,
affamés, malades, mourants, il a parlé de choses et d’autres, racontant
ses souvenirs de l’époque où il faisait la fête à la Nouvelle Orléans et
observant que Trent Lott, sénateur républicain du
Mississippi, avait perdu une de ses maisons, mais qu’il ne tarderait pas
à la remplacer par une splendide demeure, allant jusqu’à ajouter
"J’attends avec impatience le jour où je pourrai m’asseoir
sous sa véranda…".
« Ce
comportement, écrit Bob Hebert, restera parmi les pires réactions d’un Président à une crise
nationale aussi grave. Ce que nous avons vu, c’est la dangereuse
incompétence et la stupéfiante indifférence du Président et de son gouvernement
à la souffrance humaine ».
|
Fin de citation,
c’est dans le New-York Times.
|
C’est la rentrée, et le plus important c’est que Daniel Mermet et son équipe reprennent l’antenne (France Inter, du lundi au vendredi de 17 h à 18 h, indispensable émission Là-bas si j’y suis).
Ces jours-ci, c’est le chômage, et particulièrement celui des cadres, plutôt à l’abri jusqu’à présent, qui est décrit en situation réelle. Les émissions (il y en a plusieurs) sont intéressantes et aussi, bien sûr, le précieux répondeur, tribune ouverte aux auditeurs de France Inter, passionnant répondeur, amusant répondeur, formidable répondeur de Là-bas si j’y suis.
Idée forte : un cadre ayant conduit lui-même des plans sociaux du temps où il travaillait, sachant pertinemment qu’il abîmait des vies, réalise aujourd’hui dans sa chair la détresse du chômage qui dure (déjà six ans). La question n’est pas, pour les auditeurs, de lui pardonner ou de le condamner, distraits par le montant élevé de ses indemnités de chômage, il s’agit surtout de faire prendre conscience du danger aux autres cadres, ceux-là qui sont les dociles complices des décisions de dégraissage pour un meilleur profit des actionnaires, pour qu’ils refusent enfin, eux aussi, de collaborer avec la machine financière néolibérale qui nous menace TOUS en nous opposant les uns aux autres.
Question : allons-nous accepter d’être finalement tous "en trop", ou allons-nous réagir avant ?
Écoutez les
émissions du 12 et du 13 septembre : les archives sont à http://www.la-bas.org/
et le site officiel est à http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/emissions/labas/.
Par ailleurs, Daniel nous invite à nous retrouver, auditeurs de Là-bas si j’y suis, en créant des lieux de rencontre et de débat, café bar ou autre, repaires (repères) de Là-bas si j’y suis. Si vous avez envie d’en créer un, dites-le au répondeur de LBSJS : 01 56 40 37 37.
Mieux que l’autocratie où un chef décide tout seul, mieux que la démocratie où la majorité impose sa loi à la minorité, la sociocratie (mot créé par Auguste Comte) essaie de permettre aux individus de s’auto-organiser, d’éliminer la relation sous-jacente du maître et de l’esclave.
Une intéressante recherche pour prendre des décisions comme le ferait un organisme vivant : en s’auto-organisant, c’est-à-dire en permettant à toutes les composantes de l’organisation d’exercer un pouvoir souverain sur la gestion de l’ensemble.
Des expériences concrètes existent, ça semble donner de bons résultats, c’est intéressant.
Gilles Charest, canadien, y voit une solution à de nombreux problèmes de vie en société : http://www.sociogest.ca/cms/index.php?id=34,0,0,1,0,0 (voir la page Articles).
Invité à la fête de l’Humanité, samedi prochain 10 septembre à 14h00, j’aurai plaisir à rencontrer José Bové.
J’espère que nous aurons du temps pour réfléchir ensemble, avec vous, à ce que nous pouvons faire concrètement pour sauver la démocratie.
Le
rendez-vous est sur le stand de la
Société des Amis de l’Humanité :
http://www.humanite.fr/fete-rubrique.php3?id_rubrique=12183
.
Je viens de découvrir un projet formidable. Un site Web nommé « l’expérience démocratique » propose un projet de démocratie directe à grande échelle.
C’est enthousiasmant.
|
Introduction Actuellement, on considère qu’il est impossible de consulter tous
les citoyen(ne)s sur chaque question qui se présente.
En conséquence, pour mettre en oeuvre la démocratie, les citoyen(ne)s choisissent des « élu(e)s ». Ces élu(e)s ont pour mandat : • de les représenter
(auprès d’entités externes, par exemple à l’ONU pour un président
de la république) • d’effectuer les
choix à leur place (en interne, par exemple le niveau des impôts locaux pour
un maire)
• Désaffection du vote (due
à la sensation légitime qu’ont les citoyens de ne pas peser sur les
décisions qui les concernent) • Corporatisme/clientélisme
(encouragés par la stratégie du processus d’accession au pouvoir) • Corruption (due au manque
de contrôle sur les plus hauts niveaux de la pyramide) Notre
Projet Intitulé « L’Expérience
Démocratique », notre projet consiste à fournir les outils permettant de
mettre en oeuvre une forme de démocratie directe à grande échelle. En effet,
nous faisons l’hypothèse que les conditions sont peut-être enfin
réunies pour permettre la consultation des citoyen(ne)s
sur l’ensemble des sujets qui les concernent. L’Expérience Démocratique est basée sur trois grands
principes : • Permettre l’expression de tous les
citoyen(ne)s, grâce à des outils Internet permettant
a chacun de soumettre un vote, de proposer des réponses, et de voter • Transformer cette expression en décision,
grâce à une méthode de vote permettant de « révéler » au mieux la position
d’un groupe • Appliquer cette décision Éléments
concrets Architecture Le projet de l’Expérience
Démocratique est basé sur une architecture client-serveur sur internet. Le client est un logiciel
que possède chacun des membres de l’Expérience
Démocratique, et qui permet de soumettre une question (sous forme de
vote), de proposer des réponses, et de voter. Le serveur est un ordinateur
qui centralise les votes, dépouille les scrutins, et conserve les résultats
dans une base de données. Type de scrutin
Le type de scrutin utilisé est la méthode de Condorcet, inventée
par le mathématicien philosophe du 18ème
siècle. Dans ce type de scrutin, les électeur(trice)s classent les réponses candidates par ordre de
préférence. Une méthode mathématique simple pour le dépouillement permet de
désigner le candidat vainqueur. Exemple (…) La
suite sur www.demexp.org... |
Un document
simplifié donne envie d’en savoir plus :
http://www.demexp.org/non-spip/20040419ed-libreast.pdf.
L’idée, à terme, d’élire des députés "expérience démocratique" qui auraient comme mandat impératif de défendre honnêtement la position, actualisée en permanence, des membres actifs est vraiment séduisante et mérite que nous en parlions.
J’ai souvent l’impression que notre démocratie est en fait une aristocratie. C’est une erreur.
Aristocratie fait référence au pouvoir donné aux meilleurs et nous sommes loin du compte : ce ne sont pas toujours les meilleurs qui nous gouvernent. Il est donc dommage de déconsidérer ce mot "aristocratie" qui pourrait peut-être encore servir : pour rendre un sens positif à ce vieux mot, il faudra d’abord oublier l’imposture de l’Ancien Régime qui avait consacré une aristocratie héréditaire, au lieu d’imposer des contrôles et des remplacements fréquents qui auraient pu donner vie à une méritocratie confiant le pouvoir à ceux qui ont vraiment le plus de mérite, vraiment les meilleurs.
Je cherche donc un mot pour désigner notre système qui permet à une caste d’hommes au pouvoir (dirigeants politiques, dirigeants médiatiques, dirigeants économiques…) de ne rester au pouvoir que parce qu’ils sont parvenus au pouvoir sans réel contre pouvoir. Le pouvoir par le pouvoir.
J’avais pensé à castocratie, mais j’ai continué à chercher.
Le mot monocratie existe, quand c’est un chef unique qui décide, mais ce n’est pas exactement ce que je veux pointer parce que c’est plutôt un groupe qui bloque les renouvellements. Parmi les mots qui se rapprochent de notre situation actuelle, mais sans correspondre tout à fait, nous avons aussi phallocratie où le pouvoir est réservé aux seuls mâles, ploutocratie qui donne le pouvoir aux plus riches, gérontocratie où les plus vieux sont au pouvoir et technocratie qui confie les manettes aux seuls techniciens. Je n’insiste pas sur l’eurocratie qui, sous couvert de beaux discours fraternels européens, déplace subrepticement tous les centres de pouvoir hors de tout contrôle citoyen.
Le mot existant qui irait le mieux est autocratie qui est le pouvoir exercé sans aucun contrôle. On y est presque, mais ce n’est pas tout à fait notre cas puisque les élections et certaines procédures de révocation existent et permettent théoriquement un contrôle, manifestement insuffisant, mais un contrôle quand même.
Il me fallait un autre mot, un nouveau mot : ils gardent le pouvoir parce qu’ils ont le pouvoir, ils se protègent entre eux. C’est un pouvoir légitimé par le seul fait d’avoir eu une première fois le pouvoir malheureusement sans contre-pouvoir. Après, on n’arrive plus à s’en débarrasser. Par le jeu des amis et des partis, seuls habilités à présenter des candidats crédibles, par le cumul des mandats, par le jeu d’institutions pas assez démocratiques, les accès au pouvoir sont bien verrouillés et le pouvoir du peuple n’est encore qu’une vue de l’esprit.
Je
propose cratocrate
(du grec kratos
"force, puissance" et du grec kratos
"force, puissance" :o).
Nous vivons en cratocratie, où les arapèdes (berniques) au pouvoir se servent de leur pouvoir pour garder leur pouvoir, sans contre-pouvoir. :o)
À ce sujet, on lira avec intérêt la chronique de Claude Allègre, « Renouveau démocratique », dans l’Express de cette semaine : http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/allegre/dossier.asp?ida=434455.
|
(…) Ce manque de respect et de
confiance pour les électeurs est un cancer de la démocratie !
Peut-on essayer de réagir, au lieu d'attendre une explosion qui, même si elle
était salutaire, ne serait pas forcément salvatrice? Il faut rapprocher la politique du
citoyen. Un premier moyen qui, certes, ne sera pas suffisant mais qui me paraît
nécessaire est de limiter totalement le cumul des mandats et leur
pérennisation. Le gouvernement Jospin a fait un petit pas vers la
limitation de ce cumul. Un seul mandat, de quelque nature que ce soit,
national, local, exécutif. Un mandat qui devrait aussi être limité dans le
temps. Deux mandatures pour toutes les fonctions électives. Ces
dispositions devraient être générales et s'appliquer également aux fonctions
syndicales nationales et locales. Mises en œuvre immédiatement, ces
mesures renouvelleraient quasi totalement la classe politique française.
Enfin du sang neuf ! Elles
interdiraient de fait la fonction d'élu sans métier, donc sans connaissance
de la vie réelle, du travail. Elles obligeraient les élus à
travailler, car, comme le proclame justement Nicolas Sarkozy, 80% des élus
vont de réunion en réunion, mais ne travaillent pas, prétextant une surcharge
de tâches à accomplir. Bien sûr, cela ne leur donnerait pas forcément du
courage et de l'imagination, qui manquent à beaucoup, cela ne leur ferait pas
passer le goût de la politique politicienne. Mais, leur situation n'étant
plus pérenne, les élus se rapprocheraient de la France d'en bas, sachant
qu'un jour ou l'autre ils seraient forcés d'y retourner. Voilà un bon sujet de référendum !
Avec un résultat assuré. |
Je vous avais parlé fin mai
de cet excellent document de Michel Onfray, prof de philo
enthousiasmant, qui s’intitulait ‘Contre
la servitude volontaire’. Le
texte original, complet, est publié à : http://perso.wanadoo.fr/michel.onfray/CONTRE_LA_SERVITUDE_VOLONTAIREav05.pdf.
Il faut relire de temps en temps ce texte important.
Depuis quelques jours, j’écoute les cours de philo de Michel Onfray sur France Culture, de 19 à 20 h, mais je l’écoute aussi depuis des semaines en voiture grâce à ses précieux disques, chaque fois que je le peux.
Je découvre donc la philo vraiment très tard, c’est savoureux et important, complètement lié à notre réveil politique à tous : la résistance à l’oppression (politique, sociale, religieuse ou autre) et la recherche de l’autonomie, d’une liberté respectueuse des autres, sont souvent au centre des objectifs des philosophes et Michel Onfray est un guide aussi savant qu’attachant.
Un lecteur (merci Yves)
vient de m’apprendre que Michel
Onfray a un site et j’y ai trouvé des documents intéressants comme « L’Europe des crétins »,
« La vie des cloportes »
ou « L’insolente génération
des traîtres » : http://perso.wanadoo.fr/michel.onfray/accueilonfray.htm.
N’est-ce pas cet enseignement-là qui manque aux citoyens pour que grandisse enfin une authentique démocratie ? N’est-il pas urgent de sortir l’enseignement philosophique de la prison de l’année de Terminale et lui donner sa chance d’épanouir à grande échelle la vie des hommes ?
Autre chose (c’est lié) : je lis en ce moment le tout petit livre d’Amartya Sen, « La démocratie des autres » (Manuels Payot, 2005). Cet indien, "prix Nobel" d’économie 1998, explique que la démocratie n’est pas du tout une invention de l’occident, et surtout que la démocratie n’est pas réductible aux simples élections, que la recherche du débat public avant de décider ensemble se retrouve partout sur terre et à toutes les époques.
Il me semble que ce débat public éclairé qui devrait précéder tout vote prend tout son sens avec l’éducation des citoyens, et à mon avis, particulièrement l’enseignement philosophique.
Si on veut la démocratie, la vraie, c’est à nous de l’imposer, vraiment, au lieu de voter automatiquement pour des représentants qui ne jouent pas leur rôle et qui représentent plus leur parti ou eux-mêmes que les citoyens qui les ont élus.
Si la démocratie n’est pas une supercherie, les citoyens mécontents devraient pouvoir changer ce qui leur déplaît : ils ont grand besoin du RIC (référendum d’initiative citoyenne), RIC national et RIC local.
Si la démocratie est authentique, quand un élu ou un grand commis a trahi ou gravement démérité, les citoyens devraient pouvoir s’en débarrasser avant la fin de son mandat : c’est le rôle du RIC révocatoire, national et local.
Si la démocratie a un sens, le peuple doit pouvoir se défendre directement contre une loi qu’il juge injuste : il doit pouvoir déclencher un RIC abrogatoire, national ou local.
Le signe tangible que la démocratie n’est pas qu’un mot creux qui aurait servi à flouer les peuples au profit d’une nouvelle aristocratie, c’est le RIC, outil puissant au service des citoyens pour décider eux-mêmes de leur propre sort.
Le RIC met une dose significative de démocratie participative dans la démocratie représentative.
Alors, si on continue à voter pour des gens qui nous refusent obstinément ce droit élémentaire, tous les Jospin, Chirac, Strauss Kahn, Lang, Sarkozy et autres qui roulent en fait pour eux et pas pour nous, si on continue à voter pour eux, c’est bien fait pour nous, on a ce qu’on mérite.
Pour faire le point des promesses trahies par tous les partis sur ce sujet central pour nous tous, je vous recommande l’intéressant document, dressé par le tonique Yvan Bachaud, vice président du MIC, Mouvement pour l’Initiative Citoyenne (www.mic-fr.org), « Honte aux partis » : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Honte_aux_partis_Yvan_Bachaud.pdf
|
Extraits : « En 1988, dans sa lettre à tous les
Français, François Mitterrand avait écrit que le référendum d’initiative populaire (RIP)
était “ une aspiration profonde des Français ” et
qu’il allait “saisir le légiste”. Mais c’est seulement le 10 mars 1993, après cinq
ans ! que F. Mitterrand (à la surprise générale selon Le Monde du 12 mars p. 8) a
fait adopter par le dernier Conseil des Ministres de M. Bérégovoy un projet
de Loi sur le référendum d’initiative populaire qui a été déposé sur le Bureau du Sénat où il est encore ! »
(…) « En 1993, avant
les législatives, dans
un fascicule électoral intitulé, “ La réforme
maintenant ! », le RPR, présidé par J. CHIRAC, avait
écrit en quatrième de 20 promesses : “Création
d’un droit d’initiative populaire permettant à un groupe
important de citoyens de provoquer l’organisation d’un référendum
sur un sujet donné. Dès 1993 le gouvernement proposera un projet de
révision constitutionnelle.” En 1993, après l’élection, la révision a bien eu lieu, mi-juillet, PAS pour le RIP,
mais pour instaurer en hâte la Cour de
justice de la République pour que les Ministres socialistes soient jugés
par leurs copains parlementaires, dans l’affaire du sang
contaminé ! » (…) « Sur l’Europe, c’est
toujours, le même double langage de l’UMP : MM JUPPÉ, GAYMARD,
TOUBON ont rendu public le 21 juin 2000 un
PROJET de Constitution européenne dans lequel est inscrit le référendum d’initiative populaire
européen. MAIS une fois au pouvoir, il n’a pourtant pas été présenté et défendu devant la
convention de VGE. Moins de 40% de
"participants" aux Européennes ! Félicitations aux Français
qui ne sont pas dupes. En effet, d’abord, alors que dans
10 pays sur 15 membres en
2003, les électeurs bénéficient du "vote
préférentiel" qui leur permet de modifier les n° d’ordre sur
la liste et donc de placer en position
éligible les candidats de leur
choix, en France tous les élus avaient été d’avance désignés par les états majors des
partis ! Ce sont leurs
représentants, pas ceux du peuple. Ensuite et surtout,
les "abstentionnistes" savent bien qu’après l’élection,
ils ne pourront pas contrôler les
directives que voteront les représentants des partis, puisqu’ils ne
disposent pas du référendum
d’initiative populaire européen pour abroger tout ou partie
d’une directive ou en proposer une nouvelle. (…) |
Même si on n’est pas d’accord avec toutes les interprétations d’Yvan Chabaud, et ce n’est pas si grave, son courage opiniâtre à soutenir cette cause (qui nous concerne tous) force le respect.
J’ai du mal à croire que tous les vieux partis nous trompent systématiquement sciemment, mais sur l’essentiel c’est-à-dire l’authenticité de la démocratie, ils nous refusent effectivement un rouage fondamental, et c’est donc à nous de créer non pas un parti (forcément englué par une discipline carcan et pollué par des luttes de pouvoir interne) mais un mouvement, un groupe de pression, pour imposer précisément cette évolution urgente de la démocratie, un groupe dont la disparition serait absolument programmée une fois son objectif atteint.
Une « démocratie » sans RIC est une escroquerie qui justifie des guillemets accusateurs.
Mais la démocratie se gagne : on ne nous la donnera pas. Et même ce qu’on a déjà aujourd’hui, il faudra se battre pour le garder ! Oui vraiment, souvent, on a ce qu’on mérite : on pourrait commencer par cesser d’élire des gens qui nous maltraitent depuis longtemps.
Encore une série d'articles poignants sur les
atroces souffrances de civils innocents, martyr voulu par des
"scientifiques" et "politiques" avides de "progrès"
et fiers de leur effet de "dissuasion" : http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=17628.
Lire notamment "Récits
des jours d’Hiroshima" du docteur Shuntaro Hida : http://www.dissident-media.org/infonucleaire/temoig_hida.html.
Des années d'horreur
indicible, aujourd'hui encore, et notre indifférence lamentable,
distanciée, blasée, suicidaire, à la généralisation de ces armes folles.
Comment ne pas
accabler les institutions
qui ont permis à des dirigeants de commettre des crimes aussi épouvantables ?
Comme je suis
d'accord avec Albert Camus qui criait, le 8 août 1945 :
|
(…) la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré
de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le
suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. (…) Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à
l'humanité, nous apercevons encore mieux que la
paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière,
mais un ordre
qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir
définitivement entre l'enfer et la raison. |
Ne faut-il pas imposer aux dirigeants de
consulter directement leur peuple avant de l'envoyer mourir à la guerre ou
avant de partir assassiner des humains lointains ?
Sauf urgence à se
défendre, pas d'intervention militaire sans référendum.
Et ne serait-ce pas une prévention élémentaire, évidente, de tenir éloignés
les "marchands de canons", (ceux qui s'enrichissent directement quand les
tueries ont vraiment lieu), de toute fonction proche du pouvoir : éloignés du pouvoir politique, mais également éloignés
du pouvoir médiatique ?
Je vais peut-être paraître provocateur, mais je ne le suis pas tant que
ça : les peuples ainsi exterminés et torturés par les guerres ont été victimes de la sélection naturelle, comme nous le serons
nous-mêmes probablement, bientôt, à notre tour : citoyens
incapables d'imposer des institutions protectrices,
ils sont morts dans d'atroces souffrances du fait de la barbarie débridée des dirigeants
qu'ils ont laissé faire.
Cela n'arrive pas qu'aux autres : les
habitants d'Hiroshima vivaient paisiblement, comme nous en ce moment, aussi
indifférents aux malheurs des autres et aussi négligents de leurs propres
institutions.
Nous devrions tous contrôler étroitement nos
représentants politiques.
Michel Balinski professeur à l'École polytechnique et directeur de recherche au CNRS, vient d’écrire un bon papier dans Libération : « Le suffrage n'est plus universel ». Extraits :
« La
démocratie, explique le Robert, est
"[la] doctrine politique d'après laquelle la souveraineté doit appartenir
à l'ensemble des citoyens... ; [l']organisation
politique dans laquelle les citoyens exercent cette souveraineté".
Les décisions récentes, des gouvernements de gauche et de
droite, d'éviter toute refonte de la
carte électorale prouvent le contraire : la démocratie française est devenue la
doctrine d'après laquelle la souveraineté appartient aux élus... ;
l'organisation dans laquelle les élus exercent cette souveraineté. Les élus, ces compétiteurs exceptionnels qui
sont à la fois les concurrents et les arbitres de la lutte électorale,
conçoivent les règles du jeu pour préserver autant que possible le statu quo : que chaque
circonscription reste ce qu'elle était pour maximiser les chances de son député
actuel de remporter la prochaine élection. Ainsi le système électoral est
redevenu une «comédie du suffrage
universel», selon l'expression de Victor
Hugo pour qualifier le système instauré par Louis Napoléon en 1852. »
Michel Balinski nous donne ensuite les grandes lignes du mode d’emploi du charcutage électoral ordinaire sous nos institutions, d’où il ressort, par exemple, que « une voix d'un habitant de la Lozère vaut plus que trois voix d'électeurs dans les Bouches-du-Rhône ».
La répartition actuelle des députés entre départements crée donc, à elle seule, des inégalités criantes, mais le découpage des circonscriptions, à l’intérieur des départements, renforce encore ces inégalités :
« En 1999 la deuxième circonscription de la Lozère la
moins peuplée de France recensait 34 374 habitants, la deuxième du
Val-d'Oise la plus peuplée de France , 188 200 habitants : l'inégalité était de 447,5 %, deux
habitants de la première de ces circonscriptions pesaient autant que onze
habitants de la seconde. (…)
Répertorier les tailles étonnamment différentes des
circonscriptions en 1999 à travers la France et elles ne peuvent qu'être
encore plus disparates aujourd'hui suffit à démontrer le caractère fondamentalement anticonstitutionnel du découpage actuel.
Les inégalités entre les circonscriptions d'un département ne dépassent pas 10
% dans seulement douze des cent départements. Or, il est facile de dessiner des
cartes électorales par ordinateur en limitant les inégalités à l'intérieur d'un
même département à moins de 10 %, tout en respectant les critères qui avaient
été exigés en 1986 : quelques mois d'efforts suffiraient à redécouper équitablement la France entière ! (…)
Le
suffrage n'est pas universel. Le temps
est venu d'établir un organisme entièrement indépendant des hommes
politiques avec le pouvoir de formuler et faire respecter les règles de la
compétition électorale. Aucune
"modification à la marge" ne suffira : seule une refonte profonde
pourra garantir un suffrage universel. Mais sans un suffrage universel réel il
n'y a point de démocratie. »
Lire l’article
intégral, très intéressant, sur http://www.liberation.fr/page.php?Article=313673.
Il faudra que nous pensions à cet aspect des choses dans la Constitution d’initiative citoyenne
(CIC) que nous formulerons et il faudra y être attentif autant pour la France que pour
l’Europe.
Rappelons en
effet que, dans les institutions européennes, l’égalité des suffrages des citoyens européens est violentée
pour protéger les États: ainsi, un citoyen maltais pèse politiquement treize fois plus
qu'un citoyen allemand : les 82,5 millions d'Allemands ont droit à un
député européen pour 860 000 habitants, tandis que les 394 000
Maltais un député pour 66 000 habitants.
Voyez l’intéressante
synthèse du TCE de Robert Joumard :
http://institut.fsu.fr/chantiers/europe/traite_constit/joumard.pdf, page 15).
Je ne voulais pas en parler, tant ça me paraissait futile, mais vous êtes nombreux à m’écrire pour prendre ma défense contre cet homme public qui riait de mon hésitation au moment d’écrire le mot trotskiste, mot plus que rare sous ma plume : « i ou y ? », m’étais-je demandé et l’avais-je avoué simplement au sympathique Jean Lebrun avant qu’un vaniteux ne s’esclaffe à côté de moi : « Quel enfantillage, enfin ! Peut-on parler publiquement de politique quand on est aussi ignorant ? Pourrait-on rester entre gens sérieux ? » s’était exclamé en substance mon voisin (j’ai oublié son nom).
Pour mettre un terme à cette diversion, qui prête à sourire tant elle nous conduit au degré zéro de l’argumentation, je rappelle la définition du Petit Robert qui admet simplement toutes les orthographes : Trotski et Trotsky, trotskisme et totskysme, trotskiste et trotskyste… Qu’on se le dise :o)
trotskiste ou trotskyste [trэtskist]
n.
• 1926; de Trotski (parfois écrit Trotsky),
pseudonyme de Lev Bronstein
¨ Partisan de Trotski et de ses doctrines (le trotskisme ou trotskysme), notamment la théorie de la révolution
permanente. Les trotskistes se sont réunis en 1938 dans la
IVe Internationale. — Adj. Groupe trotskiste.
Quand on demande trotskysme à Google, il rend 9 700 pages Web qui utilisent cette orthographe. Et quand on demande trotskisme, Google renvoie 15 800 pages ainsi rédigées.
On fait donc comme on veut, et on peut recommencer à parler entre adultes de choses sérieuses ;o)
Je suis lent à vous résumer le précieux livre de Montebourg, et aussi à vous proposer une liste de principes essentiels qu’une authentique démocratie devrait respecter dans sa Constitution, liste à discuter puis à voter, entre citoyens, point par point : c’est parce que vous m’envoyez, et aussi que je déniche sur les portails, tous les jours, trop de références et de textes passionnants à lire et à digérer pour synthèse… Je n’ai pas le temps d’écrire comme je le voudrais :o)
Pour être honnête,
j’ai aussi la chance de faire à nouveau des vols immenses, qui me
prennent pas mal de temps : le 14 juillet, par exemple, j’ai décollé
de Signes (près de Toulon) à 12 h 30, et je me suis posé à Allos (près de
Barcelonnette) à 20 h 30, après huit heures de bonheur pur, d’aventures
(des points bas affreux, peur de poser si tôt, des sorties de nuages
étincelants, un vol serré avec un aigle…), sans autre moteur que
l’air chauffé par le soleil qui monte jusqu’aux nuages,
À mi parcours,
le lac de Sainte-Croix et, sur l’autre rive,
le plateau de Valensole et Moustier Sainte-Marie…
(Cliquez sur la photo pour l’agrandir)
Mais on a quitté, deux minutes, le sujet des institutions, pardon :o)
Je
viens de dévorer un très bon article de Renaud Lambert sur le Venezuela qui,
encore une fois, sert de prisme étonnant pour analyser notre société française :
« Le prisme médiatique vénézuélien » :
http://www.acrimed.org/article2077.html
« Concentration de la propriété des médias, qualité déplorable
des programmes, presse partisane en lien direct avec les forces politiques,
réglementation obsolète, le Venezuela est un prisme qui nous éclaire aussi sur
les situations française et plus généralement, européenne. Retour sur une loi
et son contexte. (…)
R. Lambert décrit d’abord la violence des attaques que subit une loi prétendue scélérate sur les médias au Venezuela. Tout ça est édifiant, vraiment intéressant (un petit air de famille avec la diabolisation du Non chez nous).
Puis, il décrit la situation réelle (à son avis) et là, on découvre un niveau de concentration inquiétant et une opacité sur le sujet évidemment entretenue. On trouve surtout dans la récente loi des idées importantes pour organiser, chez nous aussi, l’indépendance et la pluralité des médias.
« Dans un tel contexte et avec neuf des dix quotidiens
nationaux et six des sept grandes chaînes de télévision détenus par des
intérêts capitalistes, le leurre du « libre
marché des idées » ne tient pas. Selon cette logique, qui revient à associer
liberté individuelle et liberté du marché, « le
meilleur test de la validité d’une idée, c’est sa capacité à se
faire accepter au milieu de la compétition du marché. » Mais, la
liberté des entreprises - de presse ou non - a toujours valu plus que celle des
citoyens au Venezuela. Déjà en 1953, un homme d’affaires américain
écrivait : « Ici, on a la liberté de
faire ce qui nous plaît avec notre argent : pour moi, cette liberté vaut plus
que toutes les libertés politiques et civiles réunies ». N’en déplaise
aux tenants d’une vision libérale du monde, la liberté de la presse est une médaille à deux faces indissociables,
comme l’explique Henri Maler dans un essai à paraître : « la liberté d’expression doit s’entendre comme
d’une part le droit pour les journalistes
d’exercer leur métier à l’abri des pressions gouvernementales et
financières, mais aussi, le droit pour les citoyens d’avoir accès à une
information libre, de qualité et pluraliste. » Or ce droit des
citoyens n’est pas respecté par les médias privés au Venezuela. Leur
attitude, au moment du coup d’état, fut d’interrompre la couverture
« en direct » de l’actualité afin de ne pas montrer les «
manifestations monstres » de soutien à Chávez qui se
mettaient en place partout dans le pays.
La liberté de la
presse n’est garantie que dans la mesure où le droit d’informer
n’est ni soumis à la tutelle du pouvoir politique ni assujetti aux
objectifs commerciaux des groupes financiers. C’est donc une imposture de
confondre la liberté de la presse et la liberté des entreprises de presse de
faire et de produire n’importe quoi, n’importe comment. »
Puis R. Lambert décrit la loi en question. Je retiendrai ici une idée que je trouve enthousiasmante :
« Le droit des citoyens à informer, eux aussi, est renforcé par l’affectation
d’une portion du spectre radioélectrique qui est affectée aux médias
communautaires. Par ailleurs, les opérateurs du câble et du satellite sont
contraints à transporter gratuitement, jusqu’à un maximum de 15% de leur
offre, les signaux des organes communautaires : c’est le principe du
« must-carry »,
l’une des revendications fondamentales des médias alternatifs et
communautaires en France. En effet, dans ces médias à but non lucratif, où
l’on travaille souvent bénévolement, le principal problème est celui de
la diffusion et de son coût, bien souvent inabordable. Lorsque la diffusion est
assurée par le biais de mesures telles que le must-carry,
des médias coupés de leurs publics trouvent enfin le moyen de se faire
entendre.
Dans la logique de "participation" propre au Venezuela bolivarien, la nouvelle loi
met en place des structures qui permettent aux représentants de la « communauté
» de défendre leurs « droits relatifs à la communication ». Les
opérateurs sont dans l’obligation d’apporter des explications ou
des réponses dans les quinze jours à ces remarques de fond ou de forme qui
peuvent porter sur l’accès aux archives, la participation à des consultations,
la défense des droits des usagers de la radio et de la télévision, la mise en
place de programmes d’éducation critique aux médias, la promotion du
dialogue entre les médias, l’État et les usagers, etc. Cette participation des "usagers" aux médias se rapporte
directement au projet bolivarien de « participation citoyenne »,
selon lequel « Toute personne a le
devoir de remplir ses responsabilités sociales et de participer de façon
solidaire à la vie politique, civile et communautaire du pays, en promouvant et
en défendant les droits de l’homme comme fondement de la cohabitation
démocratique et de la paix sociale. »
Nous
sommes bien évidemment loin du modèle libéral de démocratie où les citoyens ne
sont sollicités que pour le vote de représentants sans qu’il ne leur soit
permis de participer activement à la vie politique du pays. De la même façon, les intérêts corporatistes des
« professionnels » qui, dans la presse comme ailleurs, n’aiment
guère que le public ne se mêle de leur travail, passent après le droit
fondamental des citoyens à participer. La loi affirme donc l’apparition d’un
nouvel acteur dans le paysage médiatique vénézuélien, le citoyen, à bien distinguer
du simple "consommateur" de médias. Ceci passe par la
création d’un Directorat et d’un Conseil de Responsabilité Sociale,
décrits au chapitre V, article 20 de la loi, qui ont pour responsabilité de
discuter et d’approuver les régulations techniques rendues nécessaires
par la loi ainsi que d’établir certaines sanctions. Ils sont donc les garants de la lettre de la loi, mais surtout de son esprit.
(…)
Petit à petit, il devient évident en Amérique latine que la
réforme politique d’un continent dévasté par la dictature, les pouvoirs
autoritaires et militaires, passe aussi par la réforme de situation de
concentration et pouvoir médiatique hautement dangereux pour la démocratie.
Il
est curieux qu’au même moment, les « vieilles démocraties »
d’Europe et d’Occident laissent se refermer sur leurs médias l’étau des pouvoirs
financiers concentrés et acceptent ainsi de voir la démocratie mise en
danger sur leur sol. »
Tout ça est simplement passionnant. Il faut vraiment lire cet article sur le site d’Acrimed.
Je découvre vraiment le Venezuela contemporain comme un modèle de réflexion pour une meilleure démocratie.
Quand je pense au torrent de graves accusations que déversent
régulièrement Alexandre Adler et
d’autres chroniqueurs renommés sur l’expérience du Venezuela, je
reste songeur. Qui a raison ?
J’ai reçu de François Amanrich ce message plein d’esprit :
|
La
démocratie est-elle soluble dans le peuple ? Lorsque, en
1789, une partie de la bourgeoisie française se servit du peuple,
essentiellement parisien, pour renverser la monarchie, elle n'eut jamais
l'intention de partager le pouvoir avec quiconque. Et surtout pas avec le
peuple. Elle avait instigué cette révolution pour ravir le pouvoir à la
noblesse et ce n'était sûrement pas pour le donner à un peuple qui, plus est,
ne demandait rien. Le peuple était l'outil de la conquête et, la victoire assurée,
l'outil pouvait retourner dans sa caisse. D'autres révolutions se servirent
du même outil... avec le même résultat. C'est le paysan qui profite du lait,
pas la vache. De république en
république, la caste politique, finit, après bien des réticences, par
appliquer un semblant de démocratie. En Puisqu'il en
avait la possibilité, le peuple essaya d'élire des dirigeants qui
répartiraient équitablement, sur toutes les épaules, le poids de l'État. Il
tenta un coup à droite puis un coup à gauche. Comme ça ne marchait pas,
encore à droite, puis encore à gauche. Mais, chose étrange, plus les dirigeants
changeaient, plus c'étaient les mêmes. Seuls, restaient les problèmes. Le
fardeau pesait toujours aussi lourd sur les épaules du peuple. Les moutons
portent souvent de la laine mais jamais de pull. Alors le peuple
en eut assez. Il finit par refuser le droit qu'on lui avait octroyé et
préféra la pêche à la ligne aux urnes démocratiques. La caste politique s'en
inquiéta, puis s'en accommoda, pensant avec sagesse : « Qu'importe la
participation populaire pourvu qu'on garde le pouvoir ». De temps en temps, parce
que ça coïncide avec ses intérêts, elle rappelle à grands renforts de
menaces, les dangers de l'abstention. Parle de devoirs, elle qui ne connaît
que ses privilèges. Promet de graves périls, elle qui est toujours là. Crie
au loup. Mais quand le troupeau sait que son berger mange de la viande
pourquoi aurait-il peur du loup ? Alors, la
démocratie est-elle soluble dans le peuple ? Pas celle que nous connaissons
aujourd'hui. En fait, quand on regarde bien, le plus grand handicap de la
démocratie actuelle, c'est le peuple ! Dans le système clérocratique... François Amanrich (Porte-parole du Mouvement Clérocratique) http://www.clerocratie.com |
Les citoyens pétillent d’idées, dans un joyeux désordre tant ils sont nombreux. Il est passionnant d’essayer de catalyser tout ça en de substantielles améliorations de notre Cité.
C’est le charme de la période que nous vivons en ce moment :o)
Le débat référendaire, au moins en France, a servi de révélateur de l’état de nos institutions qui se dégradent depuis longtemps, et pas seulement dans le cadre européen.
Nos institutions, européennes mais aussi nationales, nous échappent progressivement jusqu’à atteindre un point où les citoyens n’ont plus de moyen institutionnel de résister. Les élections sont finalement le dernier vestige, largement illusoire, d’un pouvoir des citoyens qui est déjà devenu très théorique.
Nos mass médias nous échappent également, vendus et achetés comme des marchandises, soumis à la concurrence et à la concentration et donc à des contraintes de productivité et d’audimat souvent en contradiction avec leur mission d’information. S’impose ainsi une "pensée unique", dogmatique, de plus en plus clairement éloignée de l’intérêt général. Il n’y a pourtant que ces médias de masse qui peuvent permettre la naissance et l’évolution d’une conscience politique citoyenne, maintenant que nous sommes des millions à vivre ensemble. Leur indépendance et leur pluralité sont essentielles à la survie de la démocratie.
Notre liberté et la maîtrise de notre destin sont dans nos institutions qui n’appartiennent qu’à nous, nous tous, et dans nos moyens de communication qui font notre force.
Le sujet des institutions concerne donc tout le monde, il est accessible et il est essentiel.
À mon avis, si nous devions n’avoir qu’une préoccupation politique, dans notre vie quotidienne, elle devrait concerner notre Constitution, ce pacte de gouvernement entre nous et nos représentants qui établit tous les pouvoirs et surtout leur contrôle.
Je viens de lire deux bons livres dont je voudrais vous parler un peu.
Le premier est un petit livre de Paul Alliès, « Pourquoi et comment une VIe République » (Climats, 2002, 59 pages). Paul Alliès est professeur de sciences politiques à l’Université de Montpellier I et il est membre fondateur de la Convention pour la VIe République (www.c6r-fr.org).
La Ve République (la Constitution de 1958) porte en elle l’impuissance des représentants du peuple (les parlementaires) et l’irresponsabilité des décideurs qui n’ont finalement de comptes à rendre à personne. Ce simulacre de démocratie entraîne la désaffection des électeurs qui finissent par se rendre compte que, dans ce système, leur vote ne sert à rien.
Il ne suffit pas, bien
sûr, d’affirmer tout ça : il faut le démontrer, c’est
l’objet de ce petit livre.
Voici son plan (mais il faut bien sûr lire le livre pour bien comprendre ce qui
n’est qu’un résumé) :
I - Ce qui ne peut plus durer :
Un
présidentialisme pervers
Le Président de
la République a des pouvoirs immenses, encore renforcés depuis qu’il est
élu au suffrage universel, sans aucun contre pouvoir. Comme un roi. C’est une dérive bien peu républicaine, bien
peu démocratique.
Un exécutif
divisé
La
cohabitation, rendue possible par la double tête de l’exécutif, est
incohérente et affaiblit l’exécutif. Mais surtout, la séparation entre
Président et Gouvernement (seul à rendre des comptes) renforce
l’irresponsabilité du Président.
Un parlement
impuissant
Notre Parlement
n’a pas le pouvoir de faire la loi, ni celui de consentir à
l’impôt, ni celui de contrôler le gouvernement.
II - Ce qu’il
faut changer :
Un régime primo
ministériel
Le Gouvernement
devrait émaner du Parlement, et lui rendre des comptes, effectivement.
L’élection du Président au suffrage universel (qui fait de lui,
matériellement et psychologiquement, un vrai roi) doit disparaître.
Un Parlement
actif
Il faut
d’abord absolument interdire le cumul des mandats, spécialité française
aberrante et unique au monde. Il faut aussi donner du poids et un vrai pouvoir
de contrôle à l’opposition pour qu’elle serve à quelque chose (lui
donner un rôle dans la rédaction de l’ordre du jour de l’assemblée,
par exemple). Il faut aussi remplacer le Sénat (qui bloque toute révision
constitutionnelle sans mandat populaire et sans contrôle) par une chambre représentant
les régions.
Des
contre-pouvoirs légitimes
Le Conseil
Constitutionnel, hors de contrôle, sans débats publics et sans mandat
populaire, s’est progressivement arrogé un pouvoir constituant exorbitant
(exactement comme la CJE l’a fait en Europe).
Rien ne justifie que les représentants directs du peuple au Parlement soient
ainsi ligotés par une institution aussi peu démocratique. Il faut mettre en
place un vraie Cour suprême, émanation du Parlement et débattant publiquement
sous contrôle citoyen. L’indépendance et la pluralité des médias
devraient être garanties au niveau constitutionnel.
Un pouvoir
local démocratique
Le Conseil
constitutionnel, depuis 1982, limite de façon drastique, et arbitraire (le CC
est nommé, il est hors contrôle et il ne débat pas publiquement),
l’évolution de notre droit des libertés locales par une interprétation
restrictive des articles qui prévoient pourtant que les collectivités locales « s’administrent librement ».
Il faut inventer un vrai pouvoir local démocratique, en simplifiant les niveaux
d’administration (suppression du département), en libérant la créativité
des pouvoirs locaux, en décentralisant la vie politique (c’est possible
grâce à l’interdiction du cumul des mandats et à un statut de l’élu
qui protège bien), en permettant aux citoyens d’intervenir directement
dans la vie locale (RIP, référendums
d’initiative populaire).
III - Comment
changer :
L’auteur résume enfin les modalités de révision de notre Constitution et
rappelle que de nombreux obstacles peuvent se mettre en travers d’une
initiative parlementaire : notamment, l’accord du Sénat qui est obligatoire, ce qui lui
donne un vrai droit de veto qui permet à cette assemblée
d’empêcher les citoyens de s’exprimer sur la révision par
référendum. Il faudra donc franchir cet obstacle juridique (révoltant) pour
faire évoluer notre Constitution.
Il faudra, à ce propos, dans notre prochaine
Constitution, bien penser à éviter de tels verrous antidémocratiques.
Ce petit livre se lit très vite et il donne envie de lire le suivant :o)
On ne peut s’empêcher de rapprocher cette conception très antiparlementaire de nos institutions nationales de la façon dont s’est construite l’Europe depuis cinquante ans : construction par et pour les gouvernements, la plupart du temps sans consulter les peuples, sans débat honnête, et sans jamais donner un pouvoir prééminent aux assemblées élues par les peuples, ni un pouvoir direct aux peuples eux-mêmes.
La Ve République, en affaiblissant les représentants des citoyens, infantilise les citoyens eux-mêmes et les éloigne du fait politique. La Constitution de 1958 n’est pas démocratique.
Cette situation n’est pas inéluctable, il ne faut pas traiter la Constitution de 1958 comme une vache sacrée : toutes les Constitutions évoluent et peuvent progresser, mais la révision qui s’impose aujourd’hui ne pourra avoir lieu que sous la pression populaire et à travers une assemblée constituante car, comme on l’a vu à l’occasion des institutions européennes, les pouvoirs en place, à la fois juges et parties, ne sont pas du tout impartiaux et, si on les laisse faire seuls, ils rédigent des institutions à leur avantage, c’est-à-dire où les contrôles sont factices et la démocratie simulée.
Je vous parlerai du deuxième livre, essentiel, un peu plus tard :o)
Emmanuelle, française expatriée, m’a envoyé cet intéressant message :
|
Bonjour, Il est en
train de se passer quelque chose en Allemagne. Les allemands n'ont pas eu
droit à un référendum sur la constitution européenne. En revanche, ils vont
vraisemblablement aller aux urnes avec un an d'avance. Et un nouveau parti dans le paysage
politique ! Parce que le
temps jusqu'aux élections du 18 septembre est très court, le (lui aussi
nouveau) parti WASG - Wahlalternative
für Arbeit und Sozial-Gerechtigkeit (en
français "alternative électorale pour le travail et la justice
sociale") et le rejeton de l'ancien parti communiste de l'Allemagne de
l'Est encore bien implanté dans l'ex-RDA, le PDS,
se mettent ensemble pour réunir les forces de gauche représentant une alternative au néo-libéralisme. Les deux
partis se sont regroupés le week-end dernier dans une alliance portant le nom
de Parti de Gauche. Ses leaders
sont côté WASG Oskar Lafontaine et côté PDS Gregor Gysi. Leur programme
est un programme sortant de la pensée unique: retraite minimum pour tous de
800 EUR, salaire minimum pour tous de 1500 EUR (il n'existe pas de salaire minimum en Allemagne),
relance de l'économie par la création d'emplois par l'état, allocations
familiales minimum de 250 EUR par enfant, assurance
citoyenne dans laquelle les revenus des actions seraient aussi mis à
contribution, mise en place d'un impôt sur les grandes fortunes, etc. Ce parti est
crédité pour l'instant de 11 % des intentions de vote, ce qui en ferait le 3e
parti allemand. Dans les Länder de l'ex-RDA, il est même au-delà de 30 %,
soit au-dessus du CDU (démocrate chrétien). Il monte dans les sondages, il
ramènerait même des abstentionnistes aux urnes et de plus en plus de gens
s'imaginent pouvoir voter pour lui. Pour l'instant, ce parti fait peur aux
partis traditionnels et il est victime côté médias et élites politiques de la
même chose que le NON en France : on ne parle pas beaucoup du fond, juste de
la forme. Il y a de cela quelques semaines, les journaux se préoccupaient du
nom qu'allait prendre cette nouvelle alliance et des difficultés qu'il allait
y avoir à la réaliser des deux côtés. Le problème
est maintenant résolu : les délégués des deux partis (WASG
et PDS) ont voté à plus de 75 % pour partir
ensemble en campagne électorale. Oskar Lafontaine est critiqué, taxé de
"populiste" et montré du doigt comme chassant des voix du côté de
l'extrême droite par la classe politique traditionnelle parce qu'il a dit
qu'il ne trouvait pas normal que les salariés allemands perdent leurs emplois
du fait de la délocalisation ou de l'arrivée sur le marché du travail d'étrangers
sous-payés (vous savez: le plombier polonais). |
Pas
grand-chose pour l'instant dans les médias sur le programme du Parti de
Gauche, si ce n'est pour le fustiger en disant qu'il s'agit d'un retour en
arrière et de propositions démagogiques. Et pour cause ! Relance de l'économie
par la création d'emplois financés par l'état, imposition de tous les
revenus, y compris ceux du capital, création d'une "sécurité sociale citoyenne"
où chacun participerait en pourcentage de ses revenus, id. pour le système
des retraites, représentent une politique en rupture avec le néo-libéralisme
ambiant, avec la possibilité d'avoir un vrai débat sur les choix de société,
ce dont les partis traditionnels ne semblent pas vouloir. En France, on
ne parle pas ou très peu du Parti de Gauche. Je viens de trouver un article
en anglais disant que d'après des journalistes allemands (bien-pensants, cela
va de soi), ce parti était un parti dangereux, populiste et démago. Étant
donné que ce qui est ou va être véhiculé dans les médias français sera ce que
les médias allemands diront de leur campagne, il existe un gros risque qu'en
France, on n'en sache pas plus sur ce nouveau parti que l'on a véritablement
lu en Allemagne les raisons pour lesquelles les français ont voté NON. Comme ce sont
cependant les mêmes raisons qui ont mis le NON à 55 % en France et qui
font du Parti de Gauche le parti qui monte, je voulais attirer l'attention
là-dessus : il y a un truc qui est en train de se passer de l'autre côté du
Rhin, une remise en cause du néo-libéralisme au niveau politique qui pourrait
faire de grosses vagues. Et M. Lafontaine n'est pas plus populiste que MM.
Mélenchon ou Emmanuelli. Mais évidemment, dans la pensée dogmatique ambiante
des faiseurs d'opinion, ils ont profondément tort. À suivre. Emmanuelle Liens en français: Un article du Monde du 18/07/2005 sur le sujet : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-673366@51-642773,0.html et http://www2.dw-world.de/french/presse/1.145165.1.html Sites en allemand : http://www.linkspartei.info/ Articles en allemand : http://www.spiegel.de/politik/deutschland/0,1518,365832,00.html http://focus.msn.de/hps/fol/newsausgabe/newsausgabe.htm?id=16893 http://www.zeit.de/2005/29/linksalternative L'article en anglais dont je parle (traduit d'un article
allemand paru dans Die Zeit) : http://www.signandsight.com/features/241.html |
Question française : nos vieux partis sont-ils capables de défendre ardemment une réforme institutionnelle profonde ou faudra-t-il, chez nous aussi, faire émerger de nouvelles forces politiques ?
Autrement dit : le néolibéralisme (accepté aujourd’hui par les vieux partis du centre, à gauche comme à droite) est-il compatible avec une authentique démocratie ?
Est-il nécessaire, avant de réformer les institutions, de disposer d’un parti qui résiste vraiment à cette doctrine économique ? Ou bien faut-il d’abord rétablir des institutions démocratiques pour permettre un changement de cap économique, éventuellement d’initiative populaire ?
Les deux problèmes, économique et politique, sont sans doute liés, mais je ne sais pas si l’un doit trouver sa solution avant l’autre.
La lecture du "journal alternatif d’information militante" www.legrandsoir.info est éclairante.
Qu’est-ce qui doit
être prioritaire ? La logique économique du profit maximum et de la
compétitivité, ou bien la logique politique de la protection des hommes et de
notre environnement ? Voyez le cas emblématique du projet européen REACH sur le contrôle des produits chimiques et découvrez
sa mort récente et scandaleuse pour raison de "guerre économique",
guerre déclarée, comme d’habitude, par ceux qui ne souffrent pas au
combat.
Lire l’article de Daniel Tanuro : « Europe : inaccessible politique des produits chimiques » :
|
Juillet 2005. « Nous sommes disposés à revoir
notre position. Le résultat des études pourrait déboucher sur des modifications
profondes. La Commission n’a pas adopté de position dogmatique ». C’est en ces termes que le nouveau Commissaire
européen à l’Industrie, Günter Verheugen,
s’exprimait en janvier dernier devant le Parlement Européen au sujet du
projet européen REACH d’enregistrement,
d’évaluation et d’autorisation des produits chimiques [1]. Cette déclaration confirme un tournant
important. Conçu initialement comme une
« nouvelle politique » en matière de lutte contre la pollution
chimique, REACH - Registration, Evaluation
and Authorisation of Chemicals - a soulevé chez certains l’espoir
que l’Union Européenne ferait passer la santé des populations avant le
profit des multinationales. Mais l’espoir est parti en fumée.
L’industrie chimique a mobilisé toutes ses forces pour torpiller le
projet, les gouvernements l’ont appuyée et les partisans de REACH dans les institutions ont été bridés. La petite
phrase de Verheugen ne laisse aucun doute sur les
intentions de l’équipe Barroso. Une
législation vraiment conséquente, avec le principe de précaution, est
décidément inaccessible - unreachable - dans
le cadre néolibéral. Pour comprendre la bataille autour de REACH,
il faut remonter plus de vingt-cinq ans en arrière. En 1976 exactement. A
l’époque, (…) |
La suite, importante, est à lire à : http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2490.
Ma question : comment rendre nos institutions fortes par rapport aux puissances économiques ? Quels textes juridiques fondamentaux pourraient remettre le politique au dessus de l’économique ? Comment protéger durablement les multitudes humaines contre la cupidité de quelques uns, aussi puissants soient-ils ? Comment éloigner les lobbies économiques des décideurs politiques ?
L’idée de TVA sociale fait son chemin dans les esprits.
Dans la même veine,
voici une autre piste très intéressante pour préserver les emplois fragiles : elle consiste à ne pas
toujours exiger, sans discernement, les mêmes charges sociales : je
reproduis ci-dessous le texte de présentation rapide qu’en fait son
auteur, Dominique Estérez
(lu sur un forum, http://communautes.hexali.fr/reforme_des_prelevents_obligatoires-t15314.html) :
|
TCSM
: Proposition de réforme des
prélèvements obligatoires Bonjours, Il y a quelque temps, j’ai débattu sur le forum France économie, d’une réforme
que je proposais pour aménager nos prélèvements obligatoires afin de
dynamiser l’activité et lutter contre l’exclusion et le
sous-emploi. Beaucoup de participants m’ont signifié leur sympathie
pour la démarche et leur intérêt pour cette piste qui consiste à ajuster les
prélèvements des actifs les plus fragilisés par un plafonnement à un Taux de
Contribution Sociale Maximum par rapport à leurs valeurs ajoutées : le TCSM. J’ai présenté cette réforme, un peu technique, mais dont
les conséquences pourraient être humainement considérables, dans une note qui
a été expédiée au Premier Ministre, début juin. Je viens de créer un site Internet
qui publie cette note avec le courrier envoyé à Monsieur de Villepin. Si vous souhaitez soutenir cette idée, allez-y et
manifestez-vous : sondage en ligne, commentaires et diffusion de
l’adresse du site comme de l’information, etc. Dans la tourmente que nous vivons, c’est le moment ou
jamais… de changer pour la bonne direction ! Merci de votre soutien. D. Estérez (Je précise, s’il en était besoin, que je n’ai ici
aucun intérêt mercantile personnel) |
Si vous êtes pressé, lisez au moins le
principe et les illustrations, c’est vraiment astucieux :o)
Le texte s’imprime mal (il est coupé sur sa droite) : j’ai
créé un pdf qui
s’imprime correctement.
Voici dix jours que je n’écris plus dans ce journal et pourtant je lis sans arrêt et je griffonne partout des notes pour résumer et formuler l’essentiel. Je dévore le livre étonnant, important, fondateur, de Montebourg, je m’alimente du livre révolté de Ziegler, de l’essai synthétique de Généreux, des thèses lumineuses de Lordon, des monuments de Polanyi, Chomsky et Attali… J’en ai trouvé encore quatre ou cinq autres qui ont l’air tout aussi passionnants. Je n’ai donc pas le temps, pas la tête à publier tout de suite.
Je vais m’éloigner un peu, digérer, et vous en parler à nouveau un peu plus tard :o)
Je suis à la recherche des principes fondamentaux que nous, citoyens, devrions exiger, je dis bien exiger, de nos institutions, aussi bien nationales qu’européennes. Des principes qui ne sont ni de gauche, ni de droite, des principes qui ne sont pas français mais universels, des principes consensuels qui ne demanderont pas des années de discussions pour tomber sur un compromis, des principes essentiels qui, précisément, ne supportent pas de compromis.
Pour tomber vite d’accord, partout à travers les peuples européens, il faut s’en tenir à l’essentiel.
Il faudrait que nous arrivions à proposer nous-mêmes, nous : citoyens, un texte fondamental, un pacte de gouvernement entre nous, hommes libres, et nos représentants.
Je vais écrire un nouveau texte qui s’appellera « Une bonne Constitution qui montrerait… » ;o)
Je vais essayer aussi, si je peux, de rendre ce site plus interactif, pour nous rapprocher encore.
J’ai deux mois (les vacances) pour ça. Je sens que ça va passer vite :o)
Si vous avez des idées, n’hésitez pas à m’en faire part : je puise mon énergie dans la vôtre.
De toutes les réformes institutionnelles dont l’urgence fut révélée par notre débat sur le TCE, la plus importante, à côté de la responsabilité réelle des acteurs politiques et de la prééminence du Parlement, me paraît être l’initiative citoyenne, c’est-à-dire la possibilité pour un grand nombre de citoyens de soumettre au vote de tout le pays une décision, quelle qu’elle soit.
C’est la réforme la plus importante et ce sera sans doute la plus difficile à arracher car elle permet, sur les sujets importants qui nous tiennent massivement à cœur, de court-circuiter nos représentants et de faire valoir directement notre volonté d’hommes libres. On peut deviner que nos représentants auront du mal à prendre concrètement ce risque politique, aussi démocratique soit-il. Il faudra donc sûrement leur imposer, si nous sommes d’accord sur ce projet.
En attendant, les initiatives citoyennes pour rédiger nous-mêmes des propositions d’institutions commencent à émerger. Je vous transmets aujourd’hui un message reçu d’Yvan Bachaud :
|
Citoyens,
aidez nous… Assemblée constituante citoyenne
française, c’est
bien parti… Pour avoir rapidement une Constitution
européenne démocratique au service des citoyens, le Mouvement pour
l’Initiative Citoyenne (MIC) est
en train de mettre en place une Assemblée
Constituante Citoyenne Européenne (ACCE) issue
de 27 Assemblées Constituantes citoyennes nationales. Un appel est lancé aux associations susceptibles de piloter une
opération nationale. UN seul impératif
dans pour cette opération : les membres doivent être tirés
au sort. Le MIC pilote la mise en place de l’Assemblée
Constituante Citoyenne Française. Il a été décidé au
départ de tirer au sort 300 personnes
sur les listes électorales réparties sur tous les départements au prorata
du nombre d’électeurs. Nous avons
commencé par un test sur le Rhône où il fallait 7 membres. Nous avons eu la
très bonne surprise de constater que nous avons obtenu nos 7 accords avec
seulement 33 appels téléphoniques des personnes tirées au sort. Nous avons
peaufiné une méthode de tirage unique, partant de l’annuaire (donc
vérifiable par tout le monde) puis se reportant sur les listes électorales
également à disposition de tout citoyen. Toutes les listes
électorales sont à disposition de tout électeur à la Préfecture. Il faut moins
d’une heure pour établir la liste d’appel d’un petit
département. La seule astreinte est qu’il faut se rendre une fois à la
préfecture. Le MIC lance un appel à tout citoyen voulant prendre en
charge rapidement un département. Nous contacter au
plus vite… C’est bien parti… À DIFFUSER
LARGEMENT… Merci Yvan Bachaud, Vice-président du Mouvement pour
l’Initiative Citoyenne Post scriptum : Le Mouvement pour l’Initiative Citoyenne est une association
totalement "apolitique" dont l’unique objet social est d’obtenir l’instauration du
référendum d’initiative citoyenne à tous les niveaux territoriaux, de
la commune à l’Union européenne. UNE QUESTION DE
BASE : êtes-vous favorable au RÉFÉRENDUM D’INITIATIVE
CITOYENNE, en toutes matières bien sûr, et à tous les niveaux
territoriaux ? Merci de me
répondre il faut 3 secondes. Yvan Bachaud |
Encore
un entretien intéressant sur ‘Les matins’ de France Culture. C’était le 20 juin,
l’invité était l’excellent Jean-Paul
Fitoussi (voir adresse sur la page ‘Liens et docs’)
L’échec du Conseil Européen sur le budget est d’abord dramatisé par les éditorialistes
de France Culture, selon lesquels cet
échec serait une conséquence de la crise ouverte par le Non des peuples.
Mais
l’échec est ensuite fort bien dédramatisé par Jean-Paul Fitoussi, selon lequel cet échec date en fait des
années 1980 (!) et aurait eu lieu, bien sûr, quel que soit le résultat du
référendum. JP Fitoussi rappelle, en outre, que le budget de
l’agriculture, ce n’est que 0,4 % du PIB (40 % de
1 %)… Si on en récupérait la moitié (pour mener une politique
de recherche et d’innovation, par exemple), on n’aurait libéré que
0,2 % du PIB !
Le vrai
problème de l’Europe, c’est l’insignifiance de son budget
qui, entre autres causes, réduit l’Europe à l’impuissance devant le
chômage, par l’aveuglement d’une « doctrine ».
Alexandre Adler donne ensuite une explication intéressante de l’incroyable disgrâce
actuelle des politiques keynésiennes (relance de la demande par des grands
travaux) : d’après lui, c’est la guerre du Viêt-nam,
financée sans hausse des impôts, qui a déclenché une hyper inflation,
exportée par le dollar, puis une stagflation, mal interprétées, qui ont permis
le ‘retour à la mode’ des politiques libérales, hostiles à toute
intervention étatique. Il observe pourtant que la croissance actuelle aux USA
tient à une forte intervention de l’État qui dépense beaucoup (fort
déficit budgétaire).
D’après JP
Fitoussi, l’Europe est un très grand pays (par le revenu national),
mais se comporte comme un petit pays, de façon orthodoxe, timide, alors
qu’un grand pays est tout à fait capable, surtout avec une monnaie
unique, d’avoir une politique autonome, keynésienne s’il le veut.
La
croissance européenne dépend à 99% de la demande interne européenne, et
pas de la compétitivité. Or, on ne se donne pas les moyens d’avoir
une vraie politique européenne. Et on paie cette impuissance (volontaire) par le
prix le plus grave de tous : le chômage de masse, qui est une plaie fondamentale
pour nos sociétés.
Pour
expliquer cet incroyable sabordage, JP
Fitoussi défend une hypothèse : au Conseil
Européen, chaque pays est jugé selon sa ‘réputation’,
or il se trouve que depuis la révolution conservatrice (79-80), les ‘critères de la
réputation’ sont devenus l’inflation basse, l’équilibre
budgétaire et la concurrence, et nous les avons pris au sérieux.
Alors que nulle part au monde, ils ne sont pris au sérieux !
Par
exemple, savez-vous que la zone Euro
est la région du monde qui a le déficit budgétaire le plus faible (2,5 %) et
pourtant, à entendre les journaux, on a l’impression que l’Europe
et ses États sont en faillite, qu’ils n’ont plus les moyens de leur
gestion, mais ce n’est pas vrai ! Le Japon a 7,5 % de déficit, les
USA ont 6,5 % de déficit, la Grande Bretagne a 3,5 % de déficit et la
Zone Euro a… 2,7 % de déficit ! Il y a quelque chose qui ne
colle pas. Donc, nous nous sommes pris dans ce ‘jeu de réputation’
où chaque gouvernement au Conseil Européen
croit qu’il doit montrer patte blanche (un certain niveau de souffrance
de ses populations) pour que sa voix soit écoutée.
Pour JP
Fitoussi, une solution crédible est un fédéralisme restreint, à 5 ou
6 pays, pour décider ensemble de façon volontaire (et en laissant les autres
décider ce qu’ils veulent).
Encore
une émission de radio bien intéressante, tout à fait liée à notre réflexion
institutionnelle.
Nota :
merci pour vos précieux messages, riches et affectueux, qui me donnent tant de
force :o)
« Là-bas
si j’y suis », l’émission modeste et géniale de Daniel Mermet, sur France Inter à 17 h, était encore bien intéressante les
20 et 21 juin (voir adresses sur la page ‘Liens et docs’) : on y a évoqué le transport routier très bon
marché, la mise en esclavage des chauffeurs routiers, le nombre
grandissant des poids lourds sur les routes, avec les nuisances, les
gaspillages et les dangers associés, et le rapport entre cette incurie
écologique et le libre échange dogmatique.
Par rapport à notre sujet
constitutionnel, se pose la question des transports inutiles générés par le libre échange, motivé
uniquement par le profit : on y apprend, et l’exemple est très
parlant, que des crevettes danoises traversent l’Europe en camion pour
aller se faire décortiquer au Maroc, puis reviennent au Danemark, toujours en
camion, pour y être conditionnées, puis repartent en Europe, devinez par quel
transport, pour finir dans nos rayons après avoir parcouru combien de milliers
de km inutiles ?
Faut-il vraiment s’en remettre
totalement aux choix du marché (myope, égoïste, cynique, courte vue, etc.) pour
déterminer le degré d’échanges, et donc de transports, et donc de
gaspillages et de destructions des ressources de la planète ?
L’État et la puissance publique
n’ont-ils pas un rôle régulateur évident à jouer ?
On apprend au passage que
le ministre des transports italien est personnellement propriétaire d’une
entreprise d’autoroutes, ce qui doit bien le gêner un peu pour favoriser
le ferroutage. Je lis cette aberration à ma manière, avec mes
‘lunettes’ actuelles : comment les institutions (une
Constitution) peuvent-elles imposer le respect de l’intérêt général ?
Dans l’émission "Là-bas si j’y suis" du
21, un membre du conseil scientifique d’Attac défend l’idée de relocaliser l’économie pour diminuer les
transports. Pour rendre le transport routier dissuasif, plus cohérent avec
ce qu’il coûte vraiment, il faudrait introduire les coûts externes du
transport (pollution, santé, accidents, infrastructures…) dans son prix,
grâce à une taxation spécifique.
Les Suisses
ont précisément, par référendums
d’initiative populaire (RIP) :
· interdit la circulation des camions à travers
la Suisse (au profit du rail) : un article constitutionnel
d’origine directement populaire entérine donc désormais cette priorité du rail sur la route,
· interdit l’augmentation de la capacité
des routes qui traversent la Suisse,
· imposé une taxe sur les poids lourds, malgré les
pressions de l’Union européenne (avec qui la Suisse a un accord
bilatéral),
· et imposé la construction de deux tunnels
ferroviaires de basse altitude à travers les Alpes…
Je trouve décidément ces RIP bien séduisants, un vrai progrès de la démocratie, à
conquérir.
La Suisse serait-elle
aussi un « laboratoire du Non » ? :o)
Quant à l’Union européenne, pour protéger le sacro-saint libre échange, elle
lutte contre ces initiatives écologiques : elle empêche que la taxe sur le
transport routier augmente !
On note aussi que l’UE a déjà imposé à l’Autriche de renoncer à
une taxation de ce type.
Indispensable émission de
radio :o)
Certains partisans du TCE déçus prétendent que la partie I n’a pas été contestée pendant le débat et qu’elle faisait consensus (« le téléphone sonne » du 17 juin, voir page « Liens et docs »).
Ils en déduisent qu’on devrait donc aujourd’hui l’imposer à part, sans référendum bien sûr, pour garder le meilleur du TCE, dans l’urgence de la crise.
Ces gens-là ne manquent pas d’air.
On constate, ici encore, le peu d’attention que les défenseurs du traité ont accordée aux arguments développés par les opposants au traité pendant des mois.
C’est la Partie I, en effet, qui décrit les rouages inacceptables de la post démocratie : confusion des pouvoirs au profit du pouvoir exécutif, faiblesse marquée du pouvoir législatif, lois sans parlement, absence de contrôle des pouvoirs, influence nulle des citoyens sur leurs représentants et sur les politiques menées, pouvoir judiciaire directement dépendant de l’exécutif, banque centrale hors de contrôle, équilibre budgétaire imposé, etc.
Alors prétendre qu’il est possible, malgré les référendums français et hollandais massivement négatifs, de mettre en vigueur cette Partie I par voie parlementaire, c’est montrer encore une fois le mépris du suffrage universel qui suinte partout chez ceux qui ont pris, depuis trop longtemps, l’habitude de tout décider sans jamais en référer aux citoyens.
Le désordre actuel est propice aux évolutions : on sent déjà des inflexions dans les préoccupations (apparentes) des responsables.
Il faut que nous, citoyens sans pouvoir, soyons capables de lister nos exigences fondamentales, mais de façon courte et simple : une liste lisible et compréhensible par tous, une liste capable de réunir un vrai consensus international, de gauche à droite. Si une exigence fait débat, litige, on la retire : il ne faut garder que le socle de ce à quoi on tient vraiment tous.
Il faudrait que cette liste soit une sorte de pétition point par point, que chacun pourrait signer et commenter point par point.
Ce n’est pas encore une Constitution, mais ce sont les principes que nos Constitutions, européenne mais aussi nationale, devront respecter.
Car la 5ème République mérite, elle aussi, les plus graves reproches : nous sommes, en France, déjà largement en post démocratie. Le sens de l’Histoire serait, à la faveur d’une politisation des citoyens comme celle que nous vivons en ce moment, d’améliorer nos institutions de façon significative : création de référendums d’initiative populaire, mandats uniques et non renouvelables, suppression des ordonnances (lois sans parlement), tirage aux sort des citoyens représentant les autres ?, etc.
Je suis en train de lire un bouquin décapant, passionnant : il s’appelle « La machine à trahir » et c’est Arnaud Montebourg, jeune parlementaire, qui l’a écrit en 2000 (Denoël). À suivre… :o)
Ça y est, la version anglaise du texte « Une mauvaise constitution… » est prête et publiée :o)
Elle permettra à d’autres citoyens du monde de comprendre que la crainte des Français n’est pas seulement économique, mais aussi et surtout juridique : les institutions proposées dans le TCE ne sont pas du tout démocratiques.
C’est une bonne raison d’y résister et de dire Non, Non à ce texte-là et pas du tout Non à l’Europe.
Ce matin,
l’émission ‘Today’ de la radio BBC devrait parler de l’aventure de ce site, comme devrait le
faire, si tout se passe comme prévu, le journal de Canal plus, dimanche 19 juin à 12 h 40… :o)
On peut voir ce
journal à http ://www.canalplus.fr/tpl108.htm&cid=13139&getTitle=1&nopub=1.
Stéphane m’a fait passer ce précieux message :
|
Alain
Rey (dictionnaire « Le
Robert ») a une petite rubrique de 5 minutes chaque jour à la fin du 7/9 de France Inter. Un peu de fraîcheur
(…) Une chronique récente (07/06) était consacrée au mot
« Flexibilité ».
C’est un véritable chef-d’œuvre : http ://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/information/chroniques/chronique/archives_rey.php?chronique_id=50 Pour écouter l'émission sur la "Flexibilité"
cliquez sur... "Pervers" (ça ne s'invente pas !!!) Ça dure 5 minutes, mais on peut rester des heures
à écouter les autres... |
Les 12 000 messages (!) que j’ai reçus depuis deux mois sont une mine d’intelligence inouïe, une immense énergie positive :o)
Je distille doucement cette réserve, puisque le courrier quotidien se calme après le vote.
Je vais ici encore assurer le relais et vous livrer tel quel un message passionnant, écrit par Carole qui se présente en détail mais qui souhaite rester anonyme ici.
Son message est double : elle décrit d’abord une idée séduisante sur le financement de la protection sociale par la TVA pour tirer la protection sociale de tous les pays vers le haut, c’est la TVA sociale, et elle lance ensuite un appel à concrétiser notre éveil politique par l’adhésion à un parti.
Dans mon esprit, cet appel citoyen est révélateur et vaut pour tous les partis, de gauche à droite : notre démocratie ne peut vivre et progresser que si les citoyens se politisent concrètement.
|
Bonjour, Je lis votre journal tous les matins maintenant. Merci
de continuer le combat ! NON, nous n'avons pas fait "une bêtise" :
c'était la seule façon de pouvoir espérer changer les choses. Mais ce n'est évidemment pas suffisant, d'autant que je
regrette que les arguments démocratiques ne soient jamais vraiment venus au
premier plan du débat grand public, alors qu'il me paraît essentiel de
montrer qu'il y a un lien de cause à effet entre la carence démocratique des
institutions et la conduite de politiques économiques contre le peuple. (Je
suis d'accord avec beaucoup qui disent maintenant qu'il faut traiter
séparément la question institutionnelle et la question économique, mais je
frémis chaque fois que j'entends dire que la partie institutionnelle serait
consensuelle.) Pour la suite du combat, je suis inquiète comme vous
quand je vois le PS se contracter : Hollande lundi, Strauss-Kahn aujourd'hui
(oui, ça me coûte, mais j'écoute encore France Inter, où Paoli me semble se
faire discret, alors que Guetta veut à tout prix montrer qu'il avait raison).
Pour cette raison, j'ai une proposition à vous soumettre, qui est l'objet de
mon mail, mais je dois faire un détour et me présenter (un peu) d'abord. Je suis sympathisante PS. (Comme je comprends bien que
vous appréciez de pouvoir situer vos interlocuteurs, je précise accessoirement
que je suis (…). Ma motivation était de répondre à l'appel pour le projet
2007, d'essayer d'apporter au moins une idée qui me tient à coeur : lutter
contre le chômage en transférant
le coût de la protection sociale des salaires vers la consommation, via la
TVA. [Parenthèse sur ce sujet qui ne coule pas de source (je
sais que la TVA est taboue à gauche, et je ne vois d'ailleurs pas d'autre
raison à l'absence de débat sur "la
TVA sociale" - comme certains l'appellent) : ·
La TVA
est un instrument que nous maîtrisons
encore (à la hausse, seulement...), en dépit de l'OMC
et de l'Union. (Cet argument est logiquement annexe, mais c'est essentiel du
point de vue de la faisabilité de la démarche : elle n'exige pas de rupture
majeure avec notre environnement international.) ·
Le
transfert du financement de la sécurité sociale des salaires vers la
consommation via la TVA permet de supprimer le biais énorme entre les produits nationaux et les produits
venus des pays "esclaves"
(Chine, Inde ...) où nos entreprises se délocalisent allègrement. Voici le biais dont je veux parler : chaque fois qu'un bien
est produit en France, contrairement aux pays à protection sociale faible ou
inexistante, nous produisons en même temps de l'allocation familiale, de
l'assurance chômage, de l'assurance vieillesse ... Très bizarrement, ce biais
n'est jamais mentionné par les chantres de la concurrence libre et non
faussée (évidemment parce qu'ils espèrent que le forçage de la concurrence le
fera disparaître par disparition de la sécurité sociale, cette terrible
externalité positive de l'économie que le modèle libéral néglige fort
commodément). Pour bien faire comprendre pourquoi la TVA permet d'agir sur
ce biais, je rappelle que les échanges transfrontaliers (y compris au sein de
l'Union) se font en prix hors taxe : la TVA est payée par le consommateur
final selon le taux du pays du consommateur. Donc, en transférant le
financement de la protection sociale sur la consommation via la TVA, c'est chaque fois qu'un bien est consommé
en France, indépendamment du pays d'origine et de son niveau de protection
sociale, que nous pouvons financer en même temps de l'allocation familiale,
de l'assurance chômage, de l'assurance vieillesse ... (Remarquons au
passage que dans cette configuration nous n'avons plus à avoir peur de la
directive Bolkestein et que le plombier polonais
qui viendrait faire de la plomberie en France premièrement ne pourrait plus
guère être moins cher que le plombier français (qui se fait rare),
deuxièmement contribuerait à la sécurité sociale en France comme le plombier
français - à condition de savoir récupérer la TVA sur sa prestation.) Le résultat de la suppression du biais induit actuellement par
le financement de la protection sociale par la production, c'est de démotiver les délocalisations, et de
manière générale de réduire très considérablement la pression sur la variable
d'ajustement qu'est (assez logiquement) devenue la masse salariale. En corollaire, le résultat de la suppression de ce biais,
c'est aussi de rendre aux produits nationaux une compétitivité à l'exportation que toutes les politiques de
compression de la masse salariale par les licenciements n'atteindront jamais.
Il faut être conscients que le coût de la main d'oeuvre en France est pour
l'employeur le double du salaire net touché par le salarié, la différence
étant les charges patronales et salariales qui financent la sécurité sociale.
Si l'on considère, à la louche et en moyenne, que le prix de revient d'un
produit national comprend 50% de coût de main d'oeuvre, comme la moitié de ce
coût correspond au financement de la protection sociale, c'est de 25% que
l'on peut faire baisser le prix de revient des produits nationaux à
l'exportation. On voit donc aussi que, pour bien faire, il faudrait que la
démarche englobe nos partenaires européens avec lesquels nous avons beaucoup
d'échanges, l'Allemagne en premier lieu. (Je verrais là une très belle initiative
franco-allemande pour reprendre la main sur l'économique - et enchaîner sur
les institutions ensuite.) Pour conclure l'argumentaire "positif" : le Danemark a accompli la réforme du
financement de sa protection sociale (modèle) par la TVA depuis 1987 ; le Danemark a un taux de chômage voisin de 6%. Il faut maintenant répondre rapidement aux objections qui se présentent. ·
Le
transfert du financement de la sécurité sociale des salaires vers la
consommation via la TVA n'est pas
inflationniste pour les produits nationaux (ni pour les produits issus
des pays européens à forte protection sociale qui suivraient la même
démarche) : le prix hors taxe baisse d'autant que les taxes montent. (Ca,
c'est en global, avec des différences d'un produit à l'autre selon la part de
main d'oeuvre qui entre dans la composition du prix, sauf à moduler la TVA en
fonction des produits pour ne pas bouleverser le système de prix - mais je
laisse ce débat pour plus tard.) ·
Il est
évident par contre que les produits
chinois ... seraient plus chers. C'est aussi le cas si l'on utilise la
dévaluation monétaire pour favoriser les exportations (la dévaluation de
l'Euro n'étant cependant pas, en l'état des traités, un instrument à notre
portée : cf. les critiques sur les statuts de la BCE). ·
L'instrument
TVA n'est cependant pas
protectionniste (les taxes à l'importation, qui sont des instruments
protectionnistes, ne sont plus à notre portée cf. OMC
...) puisque l'instrument TVA ne fait que supprimer un biais concurrentiel :
on dirait plus justement qu'il est "anti-antiprotectionniste".
C'est même un instrument très moral
car, au lieu de tirer les pays à forte protection sociale vers le bas, il
tire leurs concurrents vers le haut. (Il faudra bien un jour dire que les
Chinois sont au moins autant nos esclaves que les voleurs de nos emplois,
puisqu'ils produisent des richesses dont ils ne voient jamais la couleur.) ·
Le
transfert du financement de la sécurité sociale des salaires vers la
consommation via la TVA n'est pas
"injuste", en tout cas pas plus qu'aujourd'hui, puisqu'il se fait à prix constants à la
consommation - sauf pour les produits des pays "esclaves".
Comme aujourd'hui, cette injustice peut se corriger par l'impôt sur le revenu
et la redistribution sociale : puisque, en accomplissant ce transfert vers la
TVA, on fiscaliserait la protection sociale, on pourrait aussi imaginer que
les bas revenus se verraient attribuer, sur la base de la déclaration des
revenus, un revenu complémentaire de redistribution (sorte d' "impôt
négatif"). Remarquons enfin que le financement de la protection sociale
par les salaires, outre qu'elle ne fonctionne plus, n'est pas
particulièrement juste non plus. Je pourrais approfondir et je souhaite vraiment qu'un débat
grand public puisse naître sur cette proposition anormalement absente de la
scène médiatique, mais je referme provisoirement cette parenthèse déjà plus
longue que prévue. Une dernière remarque quand même : parmi les instruments non
encore essayés pour lutter contre le chômage, outre ceux cités ci-dessus et
dont on voit que seule la TVA est accessible aujourd'hui, il reste celui
proposé par Sarkozy (et même certains à gauche si j'ai bien entendu Védrine mardi !) : la flexibilité ... ! Donc ce débat que j'appelle est vraiment vraiment
urgent. (fin de la parenthèse)] J'en viens maintenant à ma proposition d'action concrète, qui repose sur l'analyse suivante. Le PS est le seul parti qui peut porter le changement au
gouvernement, en tout cas de manière non violente. Mais cela suppose qu'il représente ses électeurs,
lesquels ont massivement voté non. Or la direction continue à se réfugier derrière ses
militants, qui avaient voté oui, pour refuser de se remettre en cause. (J'ai
entendu un proche de Hollande parler du "bouclier des militants"
qui le protège.) Strauss-Kahn a encore dit ce matin que le rôle d'un
parti est de proposer ce qu'il croit être bien, et qui est déterminé par le
vote des militants, et de voir ensuite si les électeurs y adhèrent. Par ailleurs, il faut être conscients que la moyenne
d'âge des quelque 100 000 militants PS est de 60 ans (je dis bien la
moyenne !). Je confirme qu'à 32 ans je suis, de très loin, la benjamine de la
section que je fréquente. Il faut être conscients que c'est parce que moins de
9 000 militants PS, faisant confiance à leurs chefs, ont choisi de voter
oui (comme les plus de 60 ans en général) plutôt que non au référendum
interne, que le PS a défendu le oui au lieu du non. Donc : pour que le PS nous représente, nous ses
électeurs, et pas seulement les militants actuels, il devient urgent
d'adhérer au PS pour peser sur ses propositions ! C'est aussi ça, le problème de la démocratie, de
toujours compter qu'il se trouvera bien quelqu'un pour nous représenter. Ce n'est plus le cas le aujourd'hui, si Strauss-Kahn et
Hollande arrivent à marginaliser Fabius, Emmanuelli et les autres en
s'appuyant sur des militants dont on attise l'esprit de revanche. (Il faut
entendre dans les réunions PS l'agressivité et les cris de haine sur le thème
"Fabius et les autres ont fait perdre le parti, alors qu'on était si
bien partis pour 2007 après les élections de 2004".) Donc, concrètement, ma proposition est d'utiliser l'outil Internet et notamment le pôle de
référence que votre site est devenu dans la bataille du Non pour demander à un maximum de monde, s'ils partagent cette
analyse, d'aller prendre vite une carte d'adhérent au projet du PS (10 euros,
dont 6 récupérables sur les impôts), à l'inverse des militants socialistes du
non qui déchirent leur carte de désespoir. Je crois avoir dit pourquoi c'est nécessaire. Cela a en outre
le mérite d'être vraiment faisable : quelques
dizaines de milliers de personnes suffiraient. Vous avez montré que vous
pouvez toucher ce nombre. Êtes-vous d'accord pour essayer ? Merci d'avance. Merci de toute façon pour ce que vous avez fait
jusque-là. Carole |
Je m’étonne que la décision de gouverner par ordonnances ne soulève pas une insurrection : cette possibilité qu’offre la 5ème République au gouvernement de légiférer sans le Parlement trahit la violence potentielle que notre Constitution porte contre le peuple qu’elle est censée protéger.
Je ne développe pas encore ce point essentiel car je suis en colère, et on ne fait rien de bon sous l’emprise de la colère.
Déréguler, c’est interdire à l’État d’interdire.
Le Premier ministre, Dominique de Villepin, dans son discours de politique générale, vient de proposer la création d'un contrat de travail "nouvelle embauche" pour les très petites entreprises, avec une période d'essai allongée à deux ans, un dispositif moins contraignant pour l'employeur - ce qui a suscité de vives réactions sur les bancs de l'opposition de gauche. (http://fr.news.yahoo.com/050608/290/4gcz3.html)
Je vous transmets ci-après un message important qui circule sur le net. Il vient de Gérard Filoche, inspecteur du travail et donc fin connaisseur du droit du travail et défenseur institutionnel des salariés :
« Une “période d'essai”, qu'est-ce que c'est
en droit du travail ?
La possibilité d'être mis à la porte sans
aucune procédure, par oral, sans lettre, sans motif, sans recours, seulement
parce que l'employeur l'a décidé, et il pourra le décider dorénavant à deux ans moins un jour...
Toutes les discriminations deviennent
possibles...
Le “jeune” ou le
“senior” pourra se défoncer pendant deux ans, être soumis, accepter
les heures supp'
impayées, les tâches les plus ingrates, en dépit des risques en matière
de sécurité ou de santé, il devra être flexible, malléable, corvéable, et au
bout du bout, il sera renvoyé, chassé comme un valet, comme au 19ème siècle, voilà ce que viennent
d'inventer MM Chirac et De Villepin,
une attaque sans précédent contre le droit et le contrat de travail...
Gérard Filoche, membre du Bn du Ps, D&S, Nps,
inspecteur du travail. »
Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est cette impression de totale absence de contre-pouvoir en dehors des élections : nos institutions (Constitution de 1958, 5ème République) nous imposent, entre deux élections, un ‘tunnel d’obéissance’ de cinq ans sans aucun moyen réel de résistance, quels que soient les résultats des élections intermédiaires.
Un prochain progrès de la démocratie sera, mais seulement si nous sommes assez forts pour l’imposer, la création de droits d’initiative populaire, soit pour révoquer un élu, soit pour créer une loi, soit pour supprimer une loi, en démocratie directe, c’est-à-dire en court-circuitant nos représentants quand nous sommes très nombreux à le vouloir.
Car il n’est évidemment pas
douteux que, lorsque les citoyens décident de reprendre la parole,
la voix directe des citoyens a
plus de valeur que la voix des représentants des citoyens.
Tout indique, en ce moment, qu’il est vraiment temps de rappeler cette
évidence à nos dirigeants.
Décidément, « Les matins » de France-Culture (de 7 h à 9 h) sont parfois très intéressants :
ce mercredi matin, 8 juin, un journaliste vraiment impertinent, et pourtant très pertinent,
houspille Jean-Luc Dehaene,
ancien premier ministre belge ayant participé à la rédaction du TCE, et
manifestement peu démocratique : JL Dehaene
considère que l’exigence d’appel direct au peuple à propos des
institutions n’est que du ‘populisme’
et oppose le Non des certains peuples
avec les Oui des parlements
comme s’ils étaient de même poids.
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/fiche.php?diffusion_id=32120 (Boutons ‘écouter l’émission’,
1ère et 2ème
parties, en haut de la page).
Le journaliste qui l’interroge, Nicolas Demorand,
est vraiment critique et on a presque l’impression
d’un débat contradictoire, ce qui ressemble enfin à un journalisme
libre qui permet, par confrontation, un éclairage complet des points
de vue.
La chronique d’Olivier Duhamel, par contre, est triste à mourir, défaitiste et
facilement contestable sur presque tous les points. Quand est-ce que ce
grand cerveau va nous rejoindre enfin, et basculer sur une pente
intellectuelle positive, sur un projet inédit, historique, pour construire une autre Europe politique, voulue par
les peuples et authentiquement démocratique, qui ne soit pas un prétexte
pour institutionnaliser le néolibéralisme ?
Au lieu de nous servir une douche froide tous les
jours, les ‘grands éditorialistes’ pourraient peut-être mettre leur
ingéniosité, leur inventivité, leur savoir, leur énergie, au service de ce
projet qui n’a rien de honteux et qui les aurait sûrement enthousiasmés
s’ils l’avaient eux-mêmes mis en route et promu.
On commence à s’apercevoir que ceux qui utilisent le mot ‘populisme’
pour refuser aux peuples leurs droits les plus élémentaires sont souvent
les mêmes qui ont renoncé à la démocratie, au nom du réalisme.
On a
là un vrai débat, essentiel, loin d’être clos.
Merci
pour tous vos mails passionnants (plus de cent par jour), de plus en plus en
provenance de l’étranger où la contagion gagne, qui montrent bien que
l’éveil continue et que l’élaboration d’un projet alternatif
est en route.
Fondamentalement,
il faut d’abord interroger les
peuples eux-mêmes, c’est évident : je veux bien me marier
avec l’Allemagne, évidemment, je le souhaite ardemment, mais si elle
m’a dit elle-même qu’elle le voulait aussi, et pas seulement
son papa (son parlement). Et c’est la même chose pour tous les peuples
d’Europe : les parlements ne
peuvent pas décider pour les peuples sur des sujets aussi graves. La lumineuse
parabole touche à l’essentiel, vraiment.
Nous
sommes heureusement réveillés, ne nous rendormons pas :o)
Les français (environ 16 millions de citoyens sur les 29 millions qui sont allés voter) viennent de s’opposer clairement au texte du TCE.
Les autres peuples du monde sont surpris de ce Non imprévu, et s’interrogent.
Les Européens qui
consultent la presse française pour comprendre ce Non lisent partout que nous sommes devenus xénophobes et racistes,
que nous abandonnons l’Europe et que nous nous replions sur nous-mêmes.
Ils sont évidemment
dégoûtés de ces explications et commencent à nous en vouloir.
La plupart de nos propres journalistes français donnent de nous une image mensongère et détestable. Ces commentateurs, soi-disant responsables, sont en train de monter les peuples les uns contre les autres.
Messieurs
les éditorialistes et chroniqueurs, vous n’avez pas le droit de donner de
nous cette image dégradante qui n’a rien à voir avec la réalité :
par principe même, j’aime les Polonais, les Italiens, les Allemands, les
Tchèques, les Estoniens, les Danois, les Turcs, et tous les autres, avec qui je
ne rêve que de fraterniser durablement.
Mais
le texte que j’ai lu très attentivement n’a précisément de
fraternel que l’apparence, et je suis fier de l’avoir refusé
malgré vos menaces. Cette prise de
conscience citoyenne est donc une opportunité pour l’Europe, et pas du
tout un malheur.
Je m’étonne de vos interprétations infamantes qui sont elles-mêmes teintées de la haine ou du mépris de l’autre que vous condamnez si bruyamment.
Avez-vous donc complètement perdu l’habitude d’être contredits ?
Comme vous êtes intolérants, Messieurs les éditorialistes et chroniqueurs, incapables que vous êtes d’imaginer que, peut-être, c’est vous qui vous trompez. Utilisant votre position de ‘faiseurs d’opinion’, vous jetez de l’huile sur le feu en opposant encore les protagonistes malgré l’arbitrage de la majorité, au lieu de favoriser la réconciliation indispensable qui, seule, évidemment, permettra maintenant de progresser.
Et surtout, vos analyses et commentaires soulèvent les autres peuples contre les français, c’est consternant.
Je parle maintenant aux autres, les 16 millions de citoyens qui ont résolument voté Non à ce texte, et aussi à ceux qui ont voté Oui en se pinçant le nez, à tous ceux qui, en fait, rêvent d’une Europe vraiment fraternelle, vraiment démocratique, vraiment protectrice, vraiment voulue par nous, et qui la croient possible si un fort mouvement des peuples eux-mêmes l’exige.
Vous n’en avez pas assez de lire tous les jours ces torrents de médisance pessimiste ? Vous ne vous sentez pas insultés par ces calomnies, cette diffamation quotidienne, dans vos journaux habituels ?
Il y a un journal qui défend intelligemment une démocratie authentique et la résistance contre les excès du néolibéralisme : c’est Politis. On peut l’aider en le lisant, lui plutôt que les autres :o)
Est-ce qu’on n’est pas assez déterminés pour rassembler les gens de gauche et de droite sur ces objectifs communs ?
Est-ce que les modérés de tous les bords (de gauche à droite) sont aussi irréconciliables que ça ?
Qu’est-ce que veut dire gauche ? Qu’est-ce que veut dire droite ? J’ai du mal à le dire aujourd’hui.
Je cherche l’issue constructive
que mon vote a permise et que les arapèdes interdisent.
La direction du PS vient d’exclure du secrétariat les quelques dirigeants du parti qui défendaient le Non au référendum. Il n’y a donc plus à la direction du PS que des gens qui prônaient le Oui. Et le chef de parti qui prend cette décision prétend que c’est au nom de la "cohérence", tu parles…
On marche sur la tête, évidemment : la cohérence élémentaire, pour ceux qui donnent un sens au mot démocratie, aurait dû conduire la direction du PS à respecter l’évidence du vote en ouvrant le secrétariat à quelques personnalités qui défendaient le Non (Emmanuelli, Mélenchon, Filoche, Montebourg…) afin de représenter correctement sa base électorale actuelle.
Cette décision en dit long sur la malhonnêteté des arapèdes.
Je reçois des mails inquiets. Je les comprends car je ressens (un peu) la même chose, au moins la peur de l’inconnu. Il va falloir être forts. Mais ensemble, nous sommes TRÈS forts :o)
Nous sommes des gens simples, normaux, qui avons eu le courage d’affronter les projets et les menaces des puissants, qui nous sommes levés malgré tout et qui avons résisté. Nous avons dit Non à un texte que nous jugions mauvais, dangereux, pas démocratique du tout.
Un texte qui révélait l’urgence de se réveiller et de vraiment contrôler les pouvoirs en place.
À
mon avis, les citoyens réveillés qui ont peur regardent trop la télé :o)
En effet, les journalistes qui nous ont imposé le Oui pendant des mois et qui ont aujourd’hui perdu veulent sauver la face en essayant de prouver qu’ils avaient raison. Ils voudraient nous punir.
Alors, bien en place à leurs postes de faiseurs d’opinion, ils ressassent leurs anathèmes et leurs reproches, au lieu de construire l’avenir ensemble, puisqu’il est désormais possible de le changer.
Mon
conseil : regardez peu ou pas la
télé, choisissez bien vos journaux,
et surtout informez-vous sur Internet.
Et puis rassurez-vous : tout ne va pas reposer sur nos petites épaules de citoyens, quand même… Il faut faire confiance à nos hommes politiques, aux meilleurs d’entre eux en tout cas : ceux qui nous ont appelé à résister à ce texte inique sont