Forum du plan C : pour une Constitution écrite par et pour les Citoyens

Ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.
Les membres de l'Assemblée constituante doivent être tirés au sort
et, bien sûr, inéligibles aux fonctions qu'ils instituent eux-mêmes.

Vous n'êtes pas identifié.

Bienvenue :o)

Bonjour :o)
Ici, depuis le 1er janvier 2006, nous parlons d'un sujet que les politiciens de métier voudraient bien garder pour eux : nous parlons de la Constitution, de ce texte absolument fondamental pour tous les citoyens (et pourtant complètement négligé par eux), de ce texte qui pourrait nous protéger tous contre les abus de pouvoir si nous le faisions nôtre au lieu d'en abandonner la maîtrise à ceux-là mêmes qu'il est censé contrôler.
Nous discutons principe par principe, méthodiquement. Nous avons d'abord suivi le plan de mon document "Les grands principes d'une bonne Constitution", mais nous avons ensuite élargi nos thèmes à partir de vos réflexions, critiques et suggestions. C'est simplement passionnant. Ce que nous avons mis au clair sur la monnaie, sur le vote blanc, sur les vertus méconnues du tirage au sort et sur le référendum d’initiative populaire, par exemple, est enthousiasmant.
Le prolongement de cette réflexion constituante, c’est d’écrire enfin nous-mêmes un exemple de constitution, article par article. C’est ce qui se passe sur la partie wiki-constitution de ce site. Je vous invite à venir y participer également, ne serait-ce que sur un article ou deux. Vous verrez, c’est passionnant ; on sent vite qu’on est là sur l’essentiel, sur la seule vraie cause (et aussi la solution !) de nos impuissances politiques.
C’est un projet pédagogique en quelque sorte, un objet concret, réel, qui montre que 1) c'est possible : des hommes dont ce n'est pas le métier peuvent écrire une Constitution, et 2) c'est beaucoup mieux : quand ils n'écrivent pas des règles pour eux-mêmes, quand ils n'ont pas un intérêt personnel à l'impuissance des citoyens, les délégués constituants écrivent les règles d'une authentique démocratie. Merci à tous pour ce travail formidable.
Amitiés. Étienne.
[19 août 2012 : ATTENTION : pour cause de spam ultra-actif mi 2012, je FERME la possibilité aux nouveaux venus de créer un compte sans moi : il faut m'écrire à etienne.chouard@free.fr (EN ME DONNANT LE PSEUDO QUE VOUS VOULEZ) et je créerai votre compte à votre place. Il faudra ensuite venir ici pour définir un nouveau mot de passe. Désolé, mais les spammeurs deviennent infects et je n'ai pas le temps de gérer les spams (je préfère vous aider un à un à nous rejoindre). Au plaisir de vous lire. ÉC]

#2881 28-06-2013 20:49:40

Jacques Dupontel
Membre
Message n°25152
Date d'inscription: 02-01-2009
Messages: 81

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Merci d'avoir contribué à la réflexion, Ana. Je ne pense pas


1) que les assemblées délibératives les plus locales garderaient longtemps la main sur les échelons plus grands en taille du fait de l'éloignement des citoyens et de l'amenuisement proportionnel des moyens de contrôle et de contre-pouvoirs.


Même avec très peu d'imagination il est facile d'entendre ce genre de réplique :



« Allez, soyez raisonnables avec vos prétentions et vos querelles de clocher, nous au niveau du Monde, nous vous disons qu'il faut effectuer des réformes structurelles afin d'accroître les bienfaits du libre-échange pour le commerce mondial afin de créer des emplois. »


2) Il m'apparaît même en préalable, mais j'accepterais tout argument raisonnable, très difficile, au milieu de toutes préoccupations diverses et variés des êtres humains sur cette planète qu'il puisse partout se produire une prise de conscience sur la nécessité d'assemblées délibératives locales emboîtées jusqu'au niveau mondial pour aider à la gestion d'un système de monnaies locales emboîtées jusqu'au niveau mondial.

Au vu de ces constats forts probables, je ne préfère pas attendre la situation que tu prônes d'autant plus que tu n'élabores pas une stratégie avec des étapes, un agenda, une estimation des marges de manoeuvre nécessaire pour y arriver.

La démocratie réclame des assemblées dont les décisions sont souveraines, sinon ce ne sont pas des décisions si il faut attendre ou modifier sa décision en tenant compte de la décision d'une autre assemblée. Pour que les décisions d'une assemblée soit souveraines, il est nécessaire que les moyens de se défendre, le budget, la monnaie ne soit pas contrôlés par des forces extérieures, en ce qui concerne la monnaie par des banques. La monnaie nationale est un des préalables à un affermissement du niveau de prise en compte des souhaits des citoyens dans les décisions politiques effectivement prises. Un autre préalable est que l'État n'emprunte pas sur les marchés financiers.

Dernière modification par Jacques Dupontel (28-06-2013 20:51:51)

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#2882 28-06-2013 22:51:10

Ana Sailland
Membre
Message n°25154
Date d'inscription: 10-11-2011
Messages: 1549

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

En Suisse il y a un système d'emboîtement de la codécision et le fédéral ne se gausse pas du communal.

Le système des navettes entre assemblées est courant.

Ceci dit, je ne prône pas : Souffler n'est pas jouer wink

Nous ne travaillons pas assez le concept de démocratie directe à grande échelle, sous prétexte que c'est difficile.

Dernière modification par Ana Sailland (28-06-2013 22:56:21)

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#2883 01-07-2013 17:12:58

Jacques Dupontel
Membre
Message n°25158
Date d'inscription: 02-01-2009
Messages: 81

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Avant que je démarre au quart de tour et peut être embrayer sur un malentendu, j'aimerais, sans approfondir jusqu'au concept de démocratie directe à grande échelle si vous le voulez bien, que vous m'aidiez à clarifier la perception que j'ai de vos propres positions concernant la démocratie à grande échelle, ceci en relation avec la situation monétaire actuelle et par conséquent en relation avec la dénommée un peu hâtivement,  « construction »  européenne.

Comme le disait Hegel, la principale qualité d'une réflexion politique est celle de comprendre et analyser l'époque dans laquelle elle vit. Pour en conséquence agir de manière appropriée. De la part d'Hegel, c'est assez trivial, mais cela a le mérite d'être souligné, car serait-on prêt à subir les effets d'une action politique irréfléchie ?

http://books.google.fr/books?id=VddWwRu … mp;f=false

Dans ce cadre, j'aimerais que vous m'indiquiez quelle analyse serait le plus proche de votre point de vue  :



1) Un des objectifs principaux de la « construction » européenne est la progression de la démocratie, la progression de la prise en compte des aspirations et des intérêts des citoyens des différents pays de l'UE et cet objectif-ci a été atteint. En conséquence, proposition 1 : cette démocratie à grande échelle a été obtenue et les citoyens peuvent vaquer tranquillement à leurs affaires personnelles et voter simplement  aux échéances prévues.

2) Un des objectifs principaux de la « construction » européenne est la progression de la démocratie, la progression de la prise en compte des aspirations et des intérêts des citoyens des différents pays de l'UE et cet objectif-ci de démocratie à grande échelle n'a pas été atteint parce que c'est extrêmement difficile. En conséquence, les citoyens des différents pays européens doivent aider les instances européennes, qui dans cette interprétation sont de bonne foi, à démocratiser l'UE. En conséquence, proposition 2 : ils doivent se mobiliser d'une manière ou d'une autre pour aider à cette démocratisation ou intégrer cet objectif dans le cadre des objectifs politiques qu'ils se sont fixés.

3) La progression de la démocratie, la progression de la prise en compte des aspirations et des intérêts des citoyens des différents pays de l'UE n'est pas en réalité, malgré les discours officiels UE, un des principaux objectifs de cette « construction ».  Mais comme simultanément cette idée de démocratie à grande échelle est possible d'une part et que d'autre part les institutions UE sont, par inadvertance, facilement modifiables sous influence citoyenne, les citoyens intelligemment mobilisés pourraient subvertir cette construction à leur profit et ainsi imposer leur, ou tout au moins une fraction significative de leur volonté aux dirigeants de cette construction. En conséquence, proposition 3 : « Une autre UE, c'est à dire une UE reconfigurée de fond en comble sous l'influence des luttes politiques et sociales, serait possible et compatible avec les meilleures aspirations démocratiques. Il suffirait juste de se mobiliser pour.

3a) Une variante ou un approfondissement de cette interprétation 3) serait qu'un des objectifs principaux de la « construction » européenne serait la reprise en main, la plus subtile possible, par le patronat des avantages acquis par les travailleurs dans les périodes antérieures.

4) La progression de la démocratie, la progression de la prise en compte des aspirations et des intérêts des citoyens des différents pays de l'UE n'est pas en réalité, malgré les discours officiels UE, un des principaux objectifs de cette « construction ».  Mais comme les conditions de modification sous influence citoyenne des institutions UE d'une part et d'autre part de facilité de la démocratie à grande échelle ne sont pas au rendez-vous, les citoyens même intelligemment mobilisés ne pourraient pas subvertir cette construction à leur profit et ainsi seraient dans l'incapacité d'imposer leur, ou tout au moins une fraction significative de leur volonté aux dirigeants de cette construction. En conséquence, proposition 4 : les citoyens devraient se mobiliser pour la fin des politiques UE, la sortie de l'UE. 

4a) Approfondissement de l'interprétation 4) en direction d'une analyse des objectifs UE selon un angle : patronat versus/ salariat idem passage de la 3) à la 3a)


http://www.marianne.net/A-saisir--Escla … 29642.html

Suite des conséquences de 4a) :

Proposition 4a-b) les citoyens devraient se mobiliser dans des luttes politiques et sociales pour but ultime la démocratisation et le recouvrement de droits plus étendus pour les travailleurs et pour but intermédiaire nécessaire et non-suffisant la fin des politiques UE, la sortie de l'UE en gardant cet objectif de démocratie à grande échelle dans leur besace politique pour l'avenir.

Proposition 4a-c) les citoyens devraient se mobiliser dans des luttes politiques et sociales pour but ultime la démocratisation et le recouvrement de droits plus étendus pour les travailleurs et pour but intermédiaire nécessaire et non-suffisant la fin des politiques UE, la sortie de l'UE  en acceptant l'extrême difficulté de réaliser l'objectif de démocratie à large échelle, ce qui impose de le mettre à l'arrière-plan pour ne pas rendre trop difficile la réalisation d'objectif plus facilement réalisables comme l'approfondissement de la prise en compte des aspirations des salariés et des citoyens à l'échelle nationale.




Ana, il me semble que vous êtes plus proche de la proposition 4a-b que de la proposition 3 tandis que je peux vous assurer que je me sens plus proche de la proposition 4a-c, mais pouvez-vous éclairer ma lanterne ?

Dernière modification par Jacques Dupontel (01-07-2013 17:18:27)

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#2884 01-07-2013 23:14:42

Ana Sailland
Membre
Message n°25160
Date d'inscription: 10-11-2011
Messages: 1549

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

J'ai juste suggéré une approche topologique  de la synergie humaine comme base de réflexion.

Aucune des cases suggérées ne me correspond.

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#2885 03-07-2013 09:57:55

bernarddo
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Message n°25163
Date d'inscription: 18-12-2008
Messages: 618

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Jacques Dupontel a écrit:

1) Un des objectifs principaux de la « construction » européenne est .....

2) Un des objectifs principaux de la « construction » européenne est ...

3) .......

Ne vous cassez plus la tête pour connaître les objectifs principaux de la construction européenne, prenez directement connaissance de son objectif unique, qui n'est qu'une étape (nécessaire) dans la finalité décrite par Douglas Reed (en 1956) dans "la controverse de Sion"

C'est long, ardu, (prévoyez de longues heures de lecture), mais cela en vaut la peine, et vous pourrez vérifier que ce qui s'est passé depuis cette époque fait sens dans une perspective cohérente, celle de la thèse de l'auteur

http://www.barruel.com/la-controverse-d … s-reed.pdf

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#2886 03-07-2013 11:28:03

Ana Sailland
Membre
Message n°25168
Date d'inscription: 10-11-2011
Messages: 1549

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

On peut invoquer le complot, ou bien la synergie naturelle des dominants, ou encore ce foutu réflexe qu'ont les humains de se structurer en hiérarchie avec un noyau décideur, ou bien d'autres causes, mais dans tous les cas, le résultat est là : l'Europe tend à réduire l'initiative, la conscience, et la responsabilité individuelles, l'Europe tend à réduire l'initiative, la conscience, et la responsabilité locales, l'Europe tend à réduire l'initiative, la conscience, et la responsabilité nationales, l'Europe tend à inhiber l'intelligence collective.

La Suisse est un état fédéral, au sein duquel les communes et les cantons concèdent à la confédération le minimum de pouvoir nécessaire à la coordination, tandis que l'Europe (comme la France) fonctionne à l'envers de ce principe, et c'est la hiérarchie centrale qui concède un minimum de pouvoir aux entités locales.
C'est toute la différence entre une structure induisant la concertation et une structure induisant l'autisme dirigiste.
Plus le rayon d'action d'un pouvoir central est vaste, et plus ce pouvoir est autiste.
C'est ainsi qu'au sein d'une commune il est encore possible au citoyen de se faire entendre.
C'est ainsi qu'au sein d'un état non démocratique tel que la France, c'est infiniment plus difficile.
C'est ainsi qu'au sein de l'Europe c'est impossible, n'en déplaise aux amoureux de l'article 11, (et là, c'est un comble, le parlement élu est assujetti à un club non élu.
Et nous voyons sous nos yeux d'année en année se fortifier cette main mise du global sur le particulier, qui en son essence est contraire à la démocratie, et incompatible avec elle. Les dernières remontrances adressées au chef de l'état français sont le symptôme criard de la mort programmée de toutes les libertés.

Pour en revenir à la monnaie, puisque c'est le thème, la BCE est statutairement indépendante et dirigée par une équipe issue d'une cooptation assez mystérieuse (je n'ai pas fouillé).
Nous sommes donc là dans l'alliance de deux quasi dictatures, l'une qui concerne la monnaie et l'autre qui concerne la décision politique.
Et c'est exactement l'inverse de ce que je suggérais quelques messages plus haut, qui concernait une double démocratie directe, monétaire et politique, dans laquelle la décision serait ascendante et non pas descendante.

Dernière modification par Ana Sailland (03-07-2013 11:32:43)

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#2887 03-07-2013 11:40:47

Jacques Dupontel
Membre
Message n°25169
Date d'inscription: 02-01-2009
Messages: 81

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Mise au point à bernarddo suite à son message 25163



bernarddo, je ne vois en quoi se servir d'une théorie selon laquelle un complot simultanément communiste et sioniste dirige secrètement le Monde puisse être d'une quelconque utilité à part pour se faire du mal ou en faire aux autres. Mon père a souffert des effets de la politique du chancelier allemand à petites moustaches qui prônait ce même genre de théorie et il n'a pas été le seul loin de là.



Si vous avez des frustrations, essayez de mener une vie équilibrée sur tous les plans au lieu d'en rajouter dans le malaise avec des théories qui n'apportent que le malheur.

Dernière modification par Jacques Dupontel (03-07-2013 12:14:40)

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#2888 03-07-2013 17:04:54

bernarddo
Membre
Message n°25171
Date d'inscription: 18-12-2008
Messages: 618

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Voilà bien une intervention qui ressemble à un type de censure que nous connaissons bien, qui recourt à trois stratagèmes pour nous empêcher de réfléchir à une vision cohérente (et certes discutable) de l'histoire du monde :

1) d'un premier discrédit du débatteur par l'amalgame le dégradant (ici avec le camp du moustachu autrichien)
2) d'un second discrédit, psychologique, et injurieux qui insinue qu'une telle position ne peut résulter que des frustrations et du masochisme du débatteur
3) du chantage victimaire   (ce dernier point, celui du bouc émissaire, étant d'ailleurs développé dans le livre)

L'autre stratagème plus technique étant la simplification abusive de la présentation, qui ne retient que deux catégories de militants manipulés (communistes et sionistes) qui, oubliant au passage les considérations existant sur les responsabilité des autorités de l'église catholique et des maîtres-chanteurs capitaliste à l'argent qui sont tout aussi abordées dans ce livre.

Travail de pro...

Dernière modification par bernarddo (03-07-2013 17:07:39)

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#2889 06-07-2013 22:47:50

Jacques Dupontel
Membre
Message n°25181
Date d'inscription: 02-01-2009
Messages: 81

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Un article et des commentaires qui suscitent l'intérêt et l'admiration concernant l'euro sur agaoravox :


http://www.agoravox.fr/actualites/econo … dit-134143

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#2890 17-07-2013 22:45:44

Jacques Dupontel
Membre
Message n°25219
Date d'inscription: 02-01-2009
Messages: 81

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Austérité : Déjà l'équivalent de 1100 milliards soustraits aux citoyens des différents pays de l'UE pour « sauver » l'euro.


http://www.economiematin.fr/les-experts … auver-euro



Extrait :

**

Les gouvernements y vont par itération, petit à petit, avec une louchée chaque mois. Ils n’ont strictement aucune idée du coût final, aucune idée de la durée, aucune idée de la manière dont le problème pourrait être définitivement réglé. Chaque mois, on rajoute au pot l’argent des contribuables européens saignés à blanc. Cette politique menée par nos grands mamamouchis est digne de la fuite en avant d’un ménage surendetté qui, tous les jours, irait faire un nouveau crédit en imaginant pouvoir se refaire lors de la partie de poker du samedi suivant… sans succès. Au bout du compte, cela finit toujours de la même façon : par une catastrophe financière évidemment prévisible.

**

Le bon sens est d'aller vers l'autonomie monétaire de chaque pays de manière organisée au plus tôt.

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#2891 22-07-2013 19:35:31

Louis
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Message n°25238
Lieu: Lyon
Date d'inscription: 06-05-2012
Messages: 22

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Jacques Dupontel a écrit:

Ils n’ont strictement aucune idée du coût final, aucune idée de la durée, aucune idée de la manière dont le problème pourrait être définitivement réglé. Chaque mois, on rajoute au pot l’argent des contribuables européens saignés à blanc.

Pensez-vous vraiment:
• qu'il soit dans leur intention que cela s'arrête un jour?
• que, pour eux, cela constitue un problème et qu'il faille le régler?...hmm

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#2892 31-07-2013 14:54:57

Louis
Membre
Message n°25289
Lieu: Lyon
Date d'inscription: 06-05-2012
Messages: 22

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Dans le monde diplomatique de ce mois-ci, un article de Frédéric Lordon proposant une sortie de l'Euro.

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#2893 25-09-2013 03:18:09

Jacques Roman
Membre
Message n°25591
Date d'inscription: 06-02-2006
Messages: 4259

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

"Monnaie nationale complémentaire"

Voir le récent

https://snt147.mail.live.com/default.as … e&fv=1

où sont rappelées les idées de Philippe Derudder et AJH (Cercle des économistes citoyens) au sujet de l'argent et de la "monnaie nationale complémentaire".

Deux remarques préliminaires :

– Plutôt que de "monnaie nationale complémentaire" je verrais une monnaie nationale auxiliaire d'une monnaie  commune (l'euro);

– Je doute de l'intérêt d'une monnaie nationale complémentaire (auxiliaire) inconvertible en euros : d'ailleurs, comment une telle monnaie serait-elle possible, à moins qu'on veuille tout simplement parler d'une monnaie nationale classique s'ajoutant à l'euro monnaie commune (mais alors ces deux monnaies ne seraient pas complémentaires mais concurrentielles, et il se créerait vite entre les deux des relations opérationnelles très difficiles à gérer) ? 

À mon avis, la monnaie nationale auxiliaire (complémentaire) devra être convertible en euros (et seulement en euros) : c'est ce qui permettrait d'adapter l'économie nationale sans sortir du cadre européen –  donc de protéger les pays de la zone euro des spéculations de change extérieures –, et d'éviter des marchés noirs de devises concurrentielles dans la zone euro même. JR

Dernière modification par Jacques Roman (25-09-2013 04:54:54)

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#2894 26-09-2013 03:24:54

Jacques Roman
Membre
Message n°25596
Date d'inscription: 06-02-2006
Messages: 4259

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Message de Philippe Derudder sur la monnaie nationale commune

Comme l'hyperlien que j'ai donné hier ne fonctionne pas, je reproduis intégralement le message ici. 

La monnaie nationale complémentaire serait en fait une monnaie de troc ; elle servirait à acheter et échanger uniquement les biens et services produits sur le territoire national. Le problème est qu'avec la mondialisation, la "production sur le territoire" est difficilement vérifiable (difficulté notée par l'auteur) et qu'il est impossible de garantir qu'on ne troquera avec cette monnaie que des biens et services "nationaux".  D'autre part on ne voit pas comment la monnaie complémentaire pourrait fonctionner indépendamment de la "monnaie marchande" (l'euro) à partir du moment où la parité 1-1 serait maintenue entre les deux et où l'on pourrait payer les biens et services indifféremment dans l'une ou l'autre monnaie.

Mais cette réflexion va dans le bon sens : celui d'une monnaie auxiliaire de l'euro servant essentiellement à tempérer en grande partie sinon en totalité les effets négatifs de la monnaie commune en fonction des circonstances économiques de chaque pays pays membre.

Une telle monnaie auxiliaire permettrait d'isoler temporairement un pays membre vulnérable du jeu de la monnaie commune tout en le protégeant contre les spéculations extérieures à la zone euro. La parité monnaie nationale-euro serait fixée d'un commun accord entre le pays concerné et l'UE : cette parité pourrait servir de volant d'ajustement automatique de l'aide économique et financière accordée par l'Union au pays vulnérable.  JR

__________

Une monnaie nationale complémentaire

Une porte à pousser pour rendre possible ce qui ne l'est pas


Si je vous dis :

Résoudre la question de la dette, du chômage, des injustices sociales, de la pauvreté, de la fiscalité; créer un monde d'équité, de suffisance pour tous, réconcilié et durable en moins d'une génération, c'est possible!

Cela vous donne-t-il envie de rire en pensant que je suis un doux rêveur ou, malgré le doute, cela vous incite-il à pousser la porte pour voir ce qu'il y a derrière?

Et si j'ajoute que non seulement c'est possible mais relativement simple à réaliser, qu'à l'instar de l'œuf de Christophe Colomb, il suffisait d'y penser, me classez-vous d'emblée parmi les fous ou les utopistes échevelés, ou est-ce un coup d'éperon dans votre curiosité maintenant impatiente d'en savoir plus?

J'admets qu'il est légitime que les affirmations que je viens d'exprimer surprennent et portent à sourire quand on considère le fait que l'ensemble des experts mondiaux issus des sphères de l'économie, de la finance et de la politique se cassent les dents sur toutes ces questions depuis une trentaine d'années. Incompétence? Non; c'est qu'ils n'obéissent pas à ce qu'Albert Einstein soulignait : « Nul ne peut résoudre un problème en s'appuyant sur une logique identique à celle qui a suscité son apparition ». Il n'y a aucune issue aux problèmes qui s'empilent dans la mesure où les solutions mises en œuvre obéissent toutes à la logique, maintenant devenue idéologie, qui en est responsable. Comme disait ce même Albert Einstein, « quand on pense comme un marteau, tous les problème prennent la forme d'un clou! ».L'issue se trouve à l'extérieur du cadre, dans un autre paradigme.

Jusqu'à l'ère industrielle l'économie visait la subsistance. Sa logique reposait sur le cycle production / argent / production. On produisait en premier, on vendait sa production ensuite pour générer un revenu permettant de subsister d'une part et de produire à nouveau. Cette description des choses est toutefois déjà très moderne. N'oublions pas en effet que pour une grande partie de la population le passage par l'argent ne se faisait pas, le travail étant rarement rémunéré.

Mais l'industrialisation a conduit la production à dépendre de l'apport d'un capital préalable pour financer l'outil de travail. S'est développé alors la logique argent / production / argent. Avoir en premier les moyens d'investir dans l'outil de travail et produire ensuite pour gagner de l'argent dans l'intérêt prioritaire des propriétaires de l'outil.

Ces quelques lignes mettent en évidence la transformation du mode de pensée qui est à la source des crises qui nous secouent. La logique production / argent / production force à donner la valeur à la production, autrement dit à la richesse réelle, celle dont dépend directement la vie des gens : la terre, l'eau, la récolte... Alors que la logique argent / production / argent conduit à placer l'argent (richesse symbolique) en première préoccupation et à donner l'argent comme finalité de la production. C'est ainsi que l'agriculture, par exemple, n'a plus comme vocation celle de nourrir les peuples, mais celle « d'alimenter » le marché des matières premières dont le but est exclusivement financier, totalement étranger au sort des paysans et à la faim dans le monde. C'est ce qu'on appelle la « financiarisation de l'économie qui a pris des proportions exorbitantes depuis les années 1990, grâce en particulier à la totale libéralisation de la circulation des capitaux et à l'invention des produits dérivés.

Ainsi le paradigme qui nous tue à petit feu est celui qui nous a fait littéralement laisser la proie pour l'ombre. La proie, richesse réelle, restaure, mais l'ombre, l'argent, ne se mange pas. Certes il permet d'acheter la proie mais à condition qu'elle soit mangeable ou qu'il y en ait encore. Or sans doute avez-vous entendu parler de la pollution, de la dégradation de la biodiversité et de la raréfaction des ressources naturelles non renouvelables. À quoi pourra bien servir l'argent s'il n'y a plus rien à acheter?

Le « paradigme de vie », le paradigme hors cadre , celui qu'il devient urgent d'adopter a été énoncé par un « sauvage », le chef Seattle en 1854; du moins est-ce à lui que ces paroles ont été attribuées :

« La terre est notre mère. Tout ce qui advient à la terre advient aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur la terre, ils crachent sur eux-mêmes. Nous savons ceci : la terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Toutes les choses sont liées. L'homme ne tisse pas la toile de la vie, il n'en est tout au plus qu'un simple fil. Quoi qu'il advienne à cette toile, lui advient aussi. »

Oui, très beau! Belles paroles me direz-vous. Mais on n'est plus en 1854 et on n'est pas des indiens. Nous voilà sept milliards sur terre alors que la population terrestre n'était que d'un milliard en 1800 et nos besoins sont autres. Sans doute, sans doute... mais qu'on soit noir, blanc ou jaune, gros, maigre, grand ou petit, nombreux ou pas, au moyen âge, dans l'antiquité ou aujourd'hui, cela modifie-t-il une seule des évidences - pour ne pas dire vérités – ici énoncées? Si la terre, épuisée, ne produit plus; si l'eau, saturée de nos rejets toxiques, n'irrigue plus et n'étanche plus la soif; si l'air ne devient plus respirable pour les mêmes raisons, tout l'or du monde pourra-t-il alors nous sauver? Qu'on soit noir, blanc ou jaune, gros, maigre grand ou petit, c'est la vie qui nous permet de gagner de l'argent et non l'argent qui nous permet de gagner notre vie, contrairement à ce que le paradigme actuel veut encore nous faire croire. Avoir fait de la monnaie une fin en soi relève tout simplement d'une folie suicidaire dont l'issue fatale devient de plus en plus palpable. N'est-il pas temps d'ouvrir les yeux?

La clef réside donc dans la possibilité de faire de l'argent un moyen au service de la vie et non une fin en soi.

C'est ici que se situe la bonne nouvelle! Tout est prêt pour cela car la monnaie, elle, n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était en 1854. Depuis 1971, date à laquelle la dernière monnaie encore convertible en or, le dollar américain, a abandonné sa convertibilité, de richesse matérielle, ayant une existence et une valeur propres, rare et pouvant manquer, est devenue une simple unité de compte virtuelle, sans existence ni valeur intrinsèque, purement créée par la volonté humaine selon des critères dépendant d'elle seule. Si on nous chante encore sur tous les tons qu'« on ne peut pas faire parce que ça coûte trop cher et qu'on n'a pas les sous », ce n'est pas que cela repose sur une réalité quelconque, c'est que les tenants de la bourse ont décidé - y trouvant un intérêt considérable pour leurs affaires – d'entretenir dans l'esprit des gens la croyance que la monnaie existe et est en soi une richesse rare. C'est la persistance volontaire du paradigme de la rareté de l'argent qui permet à ceux qui le créent de faire croire qu'il a de la valeur en soi et une réalité physique. Tant que nous n'aurons pas intégré le fait que la monnaie moderne n'est qu'un signe virtuel obéissant à la seule volonté humaine, le destin de l'humanité restera conditionné au bon vouloir de la poignée de ceux qui, grâce à la survivance du paradigme qu'ils alimentent, nous font croire qu'on a besoin de leurs électrons comme s'ils s'agissait de pièces d'or.

Prenons un instant la mesure de ce qui vient d'être dit. Si donc la monnaie n'est qu'un symbole dont la quantité potentielle est infinie, uniquement déterminée par les hommes, cela permet d'entrer résolument dans le nouveau paradigme, celui que j'appelle le « paradigme de vie » :

- Car la représentation qu'on se fait de la richesse cesse d'être l'argent pour se porter sur tout ce qui permet de prendre soin de la vie sous toutes ses formes.

- Cela entraine une modification de la finalité de l'activité humaine. Elle n'est plus l'enrichissement financier mais l'amélioration permanente de la qualité de vie pour tous.

- La nature même de l'activité humaine s'en trouve modifiée. Tout projet et toute activité, dès lors qu'ils ne visent plus le retour sur investissement le plus élevé et le plus rapide comme actuellement, peuvent être conçus uniquement en fonction de leur réelle utilité sociétale.

- On passe d'une logique de redistribution à une logique de création. Actuellement, est considérée comme richesse ce qui génère un flux financier. C'est donc la production marchande, celle qui est payée par un marché acheteur qui obéit à cette exigence. Pour financer les biens collectifs et services d'utilité commune, une partie du revenu des entreprises et des citoyens doit être ponctionnée (fiscalité) pour être redistribuée sous forme de prestations sociales et d'investissements en infrastructures. Mais comme dans notre nouveau paradigme les collectivités peuvent se financer par création monétaire, l'endettement, pas plus que la nécessité de générer des recettes fiscales ne se justifient. La fiscalité demeure toutefois nécessaire car dans un système où la monnaie se crée à la hauteur et au fur et à mesure des besoins, le montant de la masse monétaire en circulation aurait tôt fait d'être bien supérieur à la valeur des biens et services disponibles dans la société. Cela conduirait rapidement à une hyper inflation. La fiscalité devient alors un outil de régulation de la masse monétaire, destiné à retirer de la société le surplus de monnaie et garantir ainsi la stabilité des prix.

- Les relations humaines s'en trouvent pacifiées. En effet, aujourd'hui, c'est un combat permanent auquel se livrent les gens, les organisations et les États entre eux, dès lors que leur sort est suspendu au capital financier qu'ils détiennent car, dans un contexte de ressources rares ce sont les plus offrants qui y ont accès. Ce combat, qui rend indispensable la croissance pour satisfaire le toujours plus de besoin d'argent et rend incontournable le saccage de la planète, n'a plus raison d'être. Bien sûr, ce n'est pas parce que la monnaie peut se créer à volonté que les ressources deviennent elles-mêmes infinies! Mais dans un contexte global où les peuples dans leur ensemble auront compris que la survie de tous et chacun dépend du soin qu'on apporte à la nature et à l'utilisation équilibrée des ressources au niveau de ce que la Terre peut produire sans se dégrader, c'est la solidarité, le partage équitable et la mise en commun de tous les moyens dont le monde dispose qui se révèleront les plus efficaces pour garantir un vivre ensemble harmonieux dans le respect des cultures et traditions de chacun.

Voilà ce qui, tôt ou tard, s'imposera aux hommes, une fois que « la crise » aura conduit à l'effondrement du système ou que la nature nous y aura contraint car, si on peut jouer avec l'économie, on ne le pourra plus longtemps avec l'écologie. Maintenant, pourquoi remettre à demain ce qui peut être fait aujourd'hui? Qu'est-ce qui nous en empêche? Deux choses :

- La foi quasi religieuse dans le système capitaliste qui habite encore bon nombre d'humains;

- l'intérêt que la classe dominante mondiale, dans tous les domaines, tire du paradigme actuel, sans lequel elle n'aurait ni le pouvoir ni la fortune qui assurent ses privilèges.

Voilà à l'évidence deux obstacles majeurs qui, à priori, ruinent tout espoir... à moins que... Au lieu de croire que le nouveau paradigme ne peut exister que lorsque l'ancien aura disparu (au prix de quoi?), on laisse l'ancien survivre aussi longtemps qu'il a des adeptes et qu'on permette à ceux qui ont envie de s'investir dans le nouveau de le faire. Faire en plus de; pas à la place de... Comment?

Tout tourne autour de la conception qu'on a de la richesse et de la croissance. Jusqu'à présent elle est horizontale; quantitative, uniquement liée à l'augmentation exponentielle de la richesse marchande génératrice de profits financiers. Mais vous l'aurez compris, le défi que nous avons à relever en ce XXIeme siècle, est d'apprendre à donner de la valeur à une richesse non prise en compte actuellement, la richesse qualitative, celle qui est facteur de préservation et d'épanouissement de la vie sans considération aucune du coût et de la rentabilité financière des activités permettant d'y parvenir.

Il suffit alors de comprendre que, de même que nous marchons sur deux jambes, une économie saine doit reposer sur deux composantes : Une composante marchande, plus orientée comme à présent vers la satisfaction de l'intérêt particulier, rentable financièrement, et une composante non marchande soucieuse du bien commun. Vous me direz peut-être que c'est déjà le cas au travers des politiques publiques. Sans doute; mais elles sont assujetties à cette logique de redistribution qui leur confère une place de plus en plus réduite pour cause de compétitivité internationale et de réduction de la dette publique, tout en générant de la grogne de la part des contribuables qui voient dans les impôts. taxes et autres prélèvements obligatoires, plus un vol institutionnel qu'une juste contribution à la communauté. Il faut donc rendre autonome, et donc non dépendante, cette composante qualitative, autrement dit transformer en véritable jambe ce qui n'est actuellement qu'une béquille permettant à nos sociétés unijambistes de sauver encore les apparences

Pour ce faire il suffit de créer un nouvel espace économique à finalité de bien commun, complémentaire au système marchand actuel, qui regrouperait les activités dont le contenu n'a pas par nature à être considérée comme une marchandise tels que la santé, l'éducation, la recherche, la transition écologique... Ce nouvel espace serait régi par un statut juridique spécifique ne répondant pas à la logique de profit ou d’équilibre financiers mais à celle de ce que nous pourrions appeler le bénéfice sociétal (l'atteinte des objectifs sociétaux visés). C'est le débat public qui permettrait de déterminer ce qui relève légitimement de chaque champ, marchand ou sociétal, quant au financement, il ne serait assuré ni par l'impôt, ni par l'emprunt, mais par l'utilisation d'une monnaie sociétale complémentaire à la monnaie nationale en vigueur, émise par un organisme public sous mandat et contrôle du peuple, à hauteur des besoins déterminés par les projets décidés. C'est l'introduction de cette monnaie complémentaire, ayant cours légal, qui confèrerait la pleine autonomie à ce nouvel espace.

Comprenons bien la différence. Alors que l'économie marchande ne met un produit ou un service sur le marché qu'à la hauteur du financement qui peut être mobilisé, l'économie sociétale répond à la logique suivante :

1 – Si un projet à finalité de bien commun est collectivement souhaité et que la volonté de le réaliser est là; 3 – si les connaissances du moment, les moyens techniques et énergétiques disponibles permettent d'y répondre;

4 – si l'empreinte écologique prévisible est compatible avec les ratios internationalement admis; 5 – si les ressources humaines nécessaires sont disponibles grâce au fait, entre autre, que le monde de la production a de moins en moins besoin de main d'œuvre; Alors rien ne s'oppose plus à sa mise en œuvre puisque le financement obéit au besoin au lieu de le conditionner.

Cette proposition d'introduction d'une monnaie complémentaire nationale vous semble-t-elle fantaisiste à ce stade? Si tel est encore le cas, je vous invite à vous demander si fantaisiste n'est pas plutôt le choix de fondre dans une seul monnaie l'intérêt particulier à finalité de profit financier et l'intérêt collectif, à finalité de bien commun. Parce que la Grèce doit de l'argent à des investisseurs étrangers, cela justifie-t-il la fermeture d'hôpitaux et de laisser mourir des gens? Peut-on faire intelligemment un lien entre la dette d'un pays (sur la légitimité de laquelle il y aurait beaucoup à redire) et la santé? Que je sois riche ou pauvre, endetté ou pas, existe-t-il un argument logique qui puisse justifier le rapport qui est actuellement fait entre la « santé » de l'économie et la santé des gens? Si un hôpital existe, si un personnel soignant compétent y exerce, si des malades y sont soignés, fermer cet hôpital pour cause de dette extérieure à rembourser relève d'une absurdité criminelle. C'est parce que la santé publique est financée par redistribution qu'elle est assujettie aux performances marchandes du pays. Mais si on admet que la santé d'une personne n'est pas une marchandise et que la santé publique est une finalité en soi, alors cela conduit à vouloir rendre autonomes l'économie privée à finalité de profit financier et l'économie publique à finalité de bien commun car, ne poursuivant pas les mêmes buts, elles ne peuvent être gérées avec les mêmes outils. Si ce principe était admis, alors quels que soient les déboires du secteur marchand, ils n'affecteraient en rien, en interne, les politiques et moyens mis en œuvre pour assurer la cohésion sociale, le bien-être et l'épanouissement des gens.

La seule difficulté qui reste à résoudre est de faire en sorte que l'introduction d'une monnaie complémentaire émise à hauteur des besoins sociétaux n'affecte pas la monnaie marchande qui, elle, doit être reconnue internationalement. Une certaine étanchéité entre les deux systèmes est donc nécessaire. Pour cela la monnaie complémentaire doit répondre aux quelques exigences suivantes :

- Elle doit n'avoir cours qu'à l'intérieur du territoire national. Par exemple, au sein de la zone euro, tous les pays appartenant à cette zone auraient pour monnaie commune marchande l'euro, mais chaque pays de la zone aurait sa propre monnaie complémentaire, lui permettant de conduire librement sa politique sociétale.

- Elle n'est pas convertible; elle n'a donc pas d'effet sur le cours de la monnaie marchande

- Elle est à parité de pouvoir d'achat avec la monnaie marchande : Une unité de monnaie complémentaire = une unité de la monnaie marchande, de sorte que les échanges économiques à l'intérieur du territoire peuvent se faire indifféremment avec l'une ou l'autre monnaie.

- Pour ne pas affecter le commerce extérieur, on ne peut acquérir avec la monnaie complémentaire (sauf exception), que des biens et services produits sur le territoire. Cela représente un handicap au départ pour les personnes dont les revenus sont exclusivement en monnaie complémentaire, mais c'est à tous points de vue plus avantageux que de toucher des minima sociaux sans oublier que cela conduira à relocaliser dans un deuxième temps certaines productions abandonnées.

- Elle est exclusivement électronique afin de permettre une fine gestion de la masse monétaire. Car il s'agit de pouvoir déterminer en permanence la masse monétaire nécessaire pour mener à bien les besoins identifiés et agréés et ce qu'il faut retirer de la circulation au-delà. Il n'est pas question de déverser dans la société une monnaie complémentaire sur le mode « quantitative easing » mais d'émettre et retirer ce qu'il faut quand il faut.

Même si bien d'autres questions se posent, je m'arrêterai là, ne souhaitant à ce stade qu'ouvrir les horizons sur le potentiel que recèle le principe d'introduction d'une monnaie complémentaire nationale. Et si vous n'êtes pas encore convaincu, prenez le temps, en guise de conclusion, d'en considérer les avantages principaux :

- Contrairement au fait qu'en règle générale la mise en œuvre d'une réforme, même globalement positive, contrarie certains intérêts, ici les intérêts actuellement dominants ne sont pas remis en cause; personne ne perd, tout le monde gagne;

- La mise en service d'une monnaie complémentaire nationale peut se décider au sein d'une nation sans avoir à obtenir une révision préalable de traités et accords internationaux. La décision relève de la seule souveraineté nationale. Il va toutefois sans dire qu'un pays qui déciderait cette mise en œuvre dérogerait à certains accords et s'exposerait à une belle levée de boucliers de la part de la classe dirigeante ultra libérale mondiale. Mais les peuples ne sont pas idiots et ils auraient vite fait de voir la solution que représenterait pour eux-mêmes l'application du même principe et forceraient leurs dirigeants à aller dans le même sens. Ces deux premiers avantages sont considérables car ils rendent le projet réaliste et réalisable sans autre barrière que la volonté de le mettre en chantier. Notons toutefois encore quelques avantages non négligeables :

- La question récurrente de l'emploi trouverait sa solution car ce nouvel espace économique offrirait potentiellement, non plus un emploi, mais une activité utile, rémunératrice et épanouissante, à toutes celles et ceux qui ne se sentent plus à leur place dans le système actuel ou qui en sont exclus ou en mis en marge.

- La pleine reconnaissance d'un espace dont la finalité est purement qualitative tirerait la société vers le haut; elle modifierait les attitudes, les relations et la demande, de sorte que le secteur marchand lui-même serait entrainé dans cette spirale vertueuse, ne serait-ce que pour répondre à cette demande.

- Les vraies questions de société ne seraient plus pensées en fonction des budgets disponibles ou des intérêts commerciaux, mais en fonction de ce qui serait souhaité idéalement. Imaginez un instant comment pourraient évoluer les débats si les aspects purement économiques et financiers étaient exclus des réflexions portant par exemple sur l'enseignement, la santé, l'énergie, l'écologie...

- En ne faisant plus dépendre la qualité de vie des peuples de l'exploitation de leurs ressources naturelles et de leur commerce, l'ensemble des nations pourraient parvenir rapidement à un indice élevé de BIB (bonheur intérieur brut) dans le respect de leur culture et traditions. Les problèmes liés aux mouvements migratoires disparaitraient rapidement car, si les conditions de vie deviennent agréables chez soi, pourquoi voudrait-on quitter son pays autrement que porté par un motif étranger à la simple survie?

- Mondialisation et souveraineté en sortiraient réconciliés. Chaque peuple, en effet, retrouverait la possibilité de déterminer et d'appliquer par lui-même et pour lui-même la recette de sa qualité de vie. Libérées de l'aiguillon de la nécessité les relations internationales s'en trouveraient pacifiées, portées sans arrière pensée par le désir commun de prendre soin de notre vaisseau spatial.

- La démocratie ferait un grand bond en avant car ce nouvel espace ne peut exister sans un débat public ouvert et permanent pour définir les besoins sociétaux et y répondre dans une logique de subsidiarité.

- Les prix cachés liés à la dégradation de la société actuelle se traduisant par une fragilisation de la santé, une diminution importante de l'espérance de vie pour beaucoup, la violence qui s'exprime à tous les niveaux et sous les formes, les sauve-qui-peut dans la drogue, le vol, la corruption... se trouveraient naturellement très allégés, dès lors que chacun, recevant un revenu décent, pourrait se sentir intégré et reconnu dans une société à laquelle il aurait plaisir à participer utilement.

Je m'arrête là... André Jacques Holbecq et moi-même avons écrit un livre sur ce sujet : Une monnaie nationale complémentaire aux éditions Yves Michel.

( http://aises-fr.org/231b-liv-PhD+AJH-mon-compl.html )

L'idée est également développée sur mon site : http://aises-fr.org/411-ecs.html

Mais ce n'est bien sûr pas suffisant pour qu'elle circule et devienne un vaste sujet de société. Ce n'est que si elle est portée par un grand nombre de citoyens, étudiée et promue par des instances comme ATTAC, Roosevelt 2012, les Colibris, global society, l'Europe des consciences etc... qu'elle aura une chance de s'incarner.

Si donc au-delà des questions qui restent peut être en suspens pour vous, vous trouvez que cette idée répond potentiellement aux défis de notre temps, alors, merci d'apporter votre concours en la diffusant dans vos réseaux et en en faisant la promotion auprès des instances que vous connaissez afin d'étude et lobbying.

Je me tiens à votre disposition

Bien cordialement

Philippe Derudder

derudder@lhed.fr

Dernière modification par Jacques Roman (10-10-2013 09:47:06)

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#2895 10-10-2013 12:21:46

Jacques Roman
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Message n°25664
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Messages: 4259

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Message de Philippe Derudder sur la monnaie nationale complémentaire (suite)

D'aimables observations courriélées par Philippe Derudder, à qui j'avais signalé mon 2894, m'ont amené à revoir sa proposition de plus près. Je résume ici le résultat de cette relecture.

Points d'accord apparents (au minimum en ce qui concerne les objectifs)

1) Reconnaître que la monnaie n'a pas de valeur en soi et que sa fonction représentative de la valeur des biens et services est très diminuée, au moins depuis le 15 août 1971, date à laquelle le dollar, monnaie internationale de référence, a cessé d'être raccroché à l'or (l'or n'ayant à vrai dire guère plus de valeur que la monnaie-papier, puisque la valeur des deux est fondée sur une simple croyance collective : ça, c'est moi qui l'ajoute) ;

2) En conséquence de 1), admettre que la monnaie est un simple instrument administratif émettable sur une base entièrement volontariste (en théorie tout cas) par les pouvoirs publics en vue de certains résultats ; ou (Philippe Derudder) que "la monnaie est une simple unité de compte virtuelle, sans existence ni valeur intrinsèque, créée par la volonté humaine selon des critères dépendant d'elle seule".

3) Pour cette raison, passer du paradigme économico-financier actuel, c'est-à-dire d'une logique exclusivement marchande (argent-production-argent) à une double logique marchande  (argent-production-argent) et sociétale (production-argent-production) correspondant à deux secteurs d'activité économique distincts : secteur marchand (pour lequel on acceptera en pratique que l'argent est une fin en soi) ; secteur sociétal, – "nouvel espace économique à finalité de bien commun" (assurer le bien-être des membres de la société) qui fonctionnera avec ses règles propres. Cette monnaie sociétale "complémentaire" créerait l'autonomie du secteur sociétal ;

4) Reconnaître  qu'en pratique deux limites s'imposeront à tous, y compris aux gestionnaires (nationaux et internationaux) du secteur sociétal s'agissant d'émettre de la monnaie marchande ou sociétale : a) disponibilité de ressources naturelles adéquates (les ressources naturelles ne sont pas illimitées et "si l'on peut jouer avec l'économie, on ne le pourra plus longtemps avec l'écologie"), et b) c'est moi qui l'ajoute : temps nécessaire pour la production des biens et des services ;

5) Pouvoir espérer que l'introduction de la monnaie sociétale déconnectera le destin de l'humanité du bon vouloir de la poignée de ceux qui, grâce à la persistance du paradigme qu'ils alimentent, nous font croire qu'on a besoin de leurs électrons comme s'il s'agissait de pièces d'or" (sauf qu'en ce qui me concerne, comme je l'ai dit plus haut, j'estime que les pièces d'or n'ont pas plus de valeur intrinsèque que les électrons), et que "la finalité de l'activité humaine ne sera plus l'enrichissement financier mais l'amélioration permanente de la qualité de vie pour tous" ;

6) La nouvelle monnaie sociétale devrait être exclusivement électronique ;

7) "La pleine reconnaissance d'un espace économique à finalité purement qualitative (sociétale) tirerait la société vers le haut" ;

8) La démocratie y gagnerait effectivement, puisque les vrais besoins des individus feraient l'objet d'un vrai débat public toujours suivis de décisions financières appropriées.

Points douteux (selon moi, mais je ne me reconnais pas l'expertise de Philippe Derudder, et ce sont là des impressions purement personnelles que je formule)

– Après cette seconde lecture, qui m'a donné une idée plus claire du projet et des ambitions louables de Philippe Drudder, restent quand même des difficultés, dont celles déjà relevées dans mon 2894.  La principale est la contradiction entre l'autonomie affirmée du nouvel espace économique sociétal, correspondant à une monnaie distincte, et la double affirmation que cette monnaie distincte fonctionnerait à parité de pouvoir d'achat avec la monnaie marchande principale et que les deux pourraient indifféremment servir aux échanges économiques à l'intérieur du territoire. Il me paraît évident qu'avec ce système, du moment que la monnaie sociétale ne serait soumise à aucune autre limitation d'émission que celle des besoins publics à satisfaire, la monnaie marchande serait automatiquement affectée par les transactions dans la monnaie sociétale ; et si c'était le cas, on ne pourrait pas parler d'autonomie des deux secteurs ;

– Le projet prévoit bien qu'avec la monnaie sociétale on ne pourrait acquérir que des biens et services produits sur le territoire national, mais nous savons tous qu'en ces temps de mondialisation frénétique la notion de "production sur le territoire national" ne correspond plus à rien de vérifiable ;

– Je doute beaucoup que "la mise en service d'une monnaie complémentaire nationale puisse se décider au sein d'une nation sans avoir à obtenir une révision préalable de traités et accords internationaux". Presque tous les pays sont liés par des accords internationaux impératifs (OMC, FMI, Union européenne, etc.) qui ont créé des équilibres complexes et délicats et dont il leur faudrait écarter l'application pour entrer dans le système prévu par Philippe Derudder. Certes, il serait possible aux États qui le souhaitent de se retirer de ces accords moyennant certaines procédures, mais cela à un prix sans doute élevé car ils renonceraient aussi aux avantages correspondants de ces traités (il y en a). Il s'agirait de bien plus que de devoir affronter une levée de boucliers ;

–  C'est un détail, mais plutôt que "bonheur intérieur brut (BIB")", je préférerais "bien-être intérieur brut (BIB)". Le bonheur est une notion très personnelle qui n'a pas grand-chose à voir avec la politique et encore moins avec l'économie.

Conclusion (provisoire : je suis prêt à changer d'avis éventuellement)

Comme je l'ai dit, l'objectif général de Philippe Derudder est très louable et son système (qui est aussi celui d'AJH je suppose) très intéressant.  Mais je ne vois pas la possibilité d'un secteur sociétal opérant exclusivement sur le plan national avec la monnaie complémentaire non marchande qu'il envisage. Je continue donc à préférer l'idée d'une monnaie nationale auxiliaire de la monnaie principale (euro ou autre) qui servirait à adapter l'économie nationale essentiellement par le jeu du taux de change et éventuellement l'inflation : ce serait infiniment plus simple (quoique beaucoup moins fin, je le reconnais).

Enfin je rappelle à tout hasard que j'ai proposé dans l'avant-projet de refonte de la constitution de 1958, à l'issue d'une discussion avec notamment AJH, les clauses préambulaires suivantes, qui s'accordent très bien avec l'objectif principal du projet de Philippe Derudder (voir http://1789plus.org/Const.1958%20ProjR%C3%A9vJR.htm) :

"Le peuple français fait siennes [...], en vue de les appliquer également au niveau national, les valeurs fondamentales proclamées par la communauté internationale le 8 septembre 2000 dans la Déclaration du Millénaire, lors du Sommet mondial de l’an 2000, pour sous-tendre les relations internationales au XXIe siècle, à savoir : la liberté, l’égalité, la solidarité, la tolérance, le respect de la nature et le partage des responsabilités.

Il affirme que l’économie doit être au service de l’être humain et non l’inverse, et que dans cette perspective en particulier l'émission, la gestion et la régulation de la monnaie incombent aux pouvoirs publics et à eux seulement.


Avec mes remerciements renouvelés à Philippe Derudder. JR

Dernière modification par Jacques Roman (11-10-2013 12:13:14)

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#2896 30-05-2014 12:35:51

Jacques Roman
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Message n°27175
Date d'inscription: 06-02-2006
Messages: 4259

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

À propos des "monnaies locales"

Je m'aperçois seulement maintenant qu'en Thaïlande, exclusivement dans la région du Nord-Est appelée l'Isan, certains villages ou agglomérations utilisent des monnaies locales ("bya", "boun" et autres).  Ces monnaies reposent sur l'esprit de solidarité locale, sur la disponibilité de produits tels que légumes, fruits, poulets offerts sur le marché local et sur la volonté que le "vrai argent" (les bahts) ne sorte pas du village.

Voilà qui fera plaisir à frigouret, d'autant plus que les billets émis en "bun" et autres monnaies locales thaïlandaise sont d'une naïveté (au meilleur sens du terme – comme on dit "peinture naïve") très esthétique, (mais je ne garantis pas mon bon goût) : on trouve des reproductions sous http://online.wsj.com/news/articles/SB1 … 0458913#1. L'article correspondant du Wall STreet Journal est malheureusement en anglais seulement, mais on peut toujours essayer https://translate.google.com/?hl=fr (cliquer sur ce lien faire un copier-coller dans le cadre de gauche).

Du coup, je me suis aussi rappelé qu'à l'époque lointaine où je fréquentais les colonies de vacances, la direction nous distribuait (moyennant paiement en vraie monnaie versée par nos parents, quand même, si je me rappelle bien) un certain nombre de "vaillants" avec lesquels nous pouvions acheter les bonbons qu'elle vendait pendant la projection des "Tintins" et autre dessins animés. Ces "vaillants"" nous servaient aussi à payer nos amendes quand nous avions commis quelque méfait : autre bon exemple de "monnaie locale".

C'est exactement de ce genre de monnaie locale que nous parlons ici (et sur d'autres fils) : mais il faut remarquer que ce type de monnaie ne fonctionne que dans un périmètre très limité, entre gens qui se connaissent personnellement et pour des biens et services de valeur minime dont la production n'est pas tributaire (ou très peu) d'intrants extérieurs : c'est-à-dire dans une situation d'autarcie à peu près complète, impossible à notre époque.  Dans ces conditions, mon impression reste que les monnaies locales ont un avenir des plus réduits. JR

Dernière modification par Jacques Roman (01-06-2014 03:56:18)

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#2897 02-06-2014 21:58:07

Étienne
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Messages: 1660
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Merci Jacques.

Philippe (Derudder) est un type épatant.

Son livre Les monnaies locales complémentaires : pourquoi, comment ? est un bijou, pa-ssio-nnant !

http://www.amazon.fr/Les-monnaies-local … 2364290112

Amitiés.

Étienne.

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#2898 27-09-2014 21:13:15

gilles
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Message n°27581
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Messages: 1268

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Une possible révolution monétaire : l'exposition de la théorie néo-chartaliste et de la théorie relative de la monnaie.

Débat entre Étienne Chouard, Jean-Cristophe Bersac et Stéphane Laborde


http://www.youtube.com/embed/kvjstlFaxUw?wmode=transparent&fs=1&hl=en&iv_load_policy=3&showsearch=0&rel=1&theme=dark
Le lien ouvre une fenêtre en grand écran.  Youtube ID = kvjstlFaxUw ; Durée : 2 h 44mn

Mon commentaire :

1] Jean-Christophe Bersac expose la théorie néo-chartaliste qui est selon lui une théorie descriptive de la réalité. D'après ce que j'ai compris, il décrit le fonctionnement de la monnaie avant l'indépendance des banques centrales. C'est à dire que l'État par l'intermédiaire de la banque Centrale créait la monnaie et l'introduisait dans le circuit économique et en recevait une plus faible partie de cette monnaie par les impôts, il était donc en déficit et le reste de la machine économique ( entreprises, ménages ) était en excédent. C'est cet excédent qui faisait tourner la machine économique.

L'absurdité de l'interdiction des déficits budgétaires inscrite dans les chiffons de papiers traités UE est sous-entendue a contrario dans ses explications.

2] Stéphane Laborde expose la théorie relative de la monnaie qui vise à une égalité économique de long terme entre les générations successives afin d'éliminer les effets de coup d'accordéon des cycles économiques connus jusqu'ici d'une durée approximative de 80 ans. En effet, jusqu'ici la majeure partie de la vie productive ( 20 ans - 60 ans ) d'un individu peut se retrouver dans la partie récessive d'un cycle économique et il aura connu trop souvent le chômage. Il serait né 40 ans plus tôt ou plus tard sa situation aurait été meilleure. C'est le point fort de son approche. Il me semble cependant manquer le coche du caractère collectif de la monnaie en voulant en faire une approche individuelle et basée uniquement sur le volontariat. Les individus sont émetteurs de monnaie dans sa théorie, mais il n'aborde pas le cas où ces émetteurs émettraient de la monnaie sans créer la richesse qui en est la contre-partie. Les notions de responsabilité et de sanction sont ignorés, c'est une lacune qui lui reste à combler pour en faire une théorie qui tienne la route dans la vie de tous les jours.


Pour aller plus loin :

• Le blog de Stéphane Laborde (Création Monétaire.info) : http://www.creationmonetaire.info/

• Le site de la TRM (théorie relative de la monnaie) : http://wiki.creationmonetaire.info/inde … =Main_Page

• Le site de Jean-Baptiste Bersac (« Frapper monnaie ») : http://frappermonnaie.wordpress.com/

• La page du livre dédié au chartalisme : http://frappermonnaie.wordpress.com/le- … artaliste/

Dernière modification par gilles (27-09-2014 21:23:37)

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#2899 28-09-2014 20:59:18

frigouret
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Message n°27597
Date d'inscription: 10-10-2011
Messages: 1954

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Salut Gilles et merci pour ton analyse, je vais tenter de donner la mienne .

Le chartalisme représente a peu près le summum de l'horreur pour un anarchiste. c'est l'etatisme, le monopole, l'interventionnisme, le dirigisme .Orwel au secours !
JE SUIS NÈ LIBRE, JE VEUX ECHANGER AVEC D'AUTRES ETRES LIBRES DANS LA MONNAIE DE MON CHOIX OU SANS MONNAIE DU TOUT . CELA NE REGARDE QUE MOI. LE RESPECT DE MA LIBERTÉ EST LA BASE LE MOYEN ET LE BUT DE LA SOCIÉTÉ.  Alors faite du chartalislme entre volontaires et ca ira tres bien.

La TRM emprunte a l'ecole autrichienne d'économie ses postulats.
Théorie subjective de la valeur.
Individualisme méthodologique.
Jusnaturalisme

Cependant le développement spatio temporel, et l'application que tu donnes au crises cycliques me laisse perplexe et même hostile.
L'étude des cycles économiques ne peut être que déductif, en aucun cas je pense il ne peut prophétiser l'avenir. La science économique n'est pas une science dure. La résilience aux crises est bien mieux assurée sans monopole monairaire , c'est la leçon par exemple du système dual suisse.

Dernière modification par frigouret (28-09-2014 21:01:41)


cool

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#2900 01-10-2014 16:49:49

gilles
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Message n°27631
Date d'inscription: 16-07-2008
Messages: 1268

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

frigouret a écrit:

Salut Gilles et merci pour ton analyse, je vais tenter de donner la mienne .

[...]

La TRM emprunte a l'ecole autrichienne d'économie ses postulats.
Théorie subjective de la valeur.
Individualisme méthodologique.
Jusnaturalisme

Cependant le développement spatio temporel, et l'application que tu donnes au crises cycliques me laisse perplexe et même hostile.

Bonjour Stéphane et désolé d'avoir tardé à te répondre, occupé que j'étais à répondre à la malhonnêté et à la mauvaise foi de Jacques Roman. Le principe de symétrie spatio-temporel entre individus, même si je suis d'accord, ne vient pas de moi mais bien de Stéphane Laborde dans sa théorie relative de la monnaie.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_relative_de_la_monnaie#Principe_de_sym.C3.A9trie_spatio-temporel_entre_individus


Je dois d'ailleurs reconnaître que je me suis trompé dans mon interprétation de la théorie relative de la monnaie puisque je lui attribuais que les individus avaient le droit de céer autant de monnaie qu'ils voulaient alors qu'ils ne peuvent émettre que le Dividendde Universel qui correspond à l'accroissement de la masse monétaire divisé par le nombre d'individus corrigé de la croissance.



http://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_re … ondamental  :
Il s'ensuit de la symétrie spatio-temporelle qu'il n'est pas de monnaie libre qui ne soit fondée sur un dividende universel (DU) attribué à ses (N) utilisateurs humains, et qui, pour un nombre N stable, doit être en rapport de la Masse monétaire (M) sous la forme DU = c*M/N et dont la croissance « c » à moyen-long terme dépend de l'espérance de vie moyenne de ses utilisateurs, avec c = ln(ev:2)/(ev:2) (9% par an pour une espérance de vie moyenne ev = 80 ans).

Fin de citation

La théorie relative de la monnaie est donc bien plus responsable que ce que je pensais dans mon intervention précédente.

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#2901 01-10-2014 19:23:09

frigouret
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Message n°27632
Date d'inscription: 10-10-2011
Messages: 1954

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Laborde se plante.
Laborde définit le crédit mutuel comme base de création monetaire, ensuite il prétend que les futurs utilisateurs du système mutuel sont désavantagés car ils n'ont pas accès au crédit initial , ce qui est faux car tout nouvel utilisateur ouvre une ligne de crédit. Il suffit que l'accès au crédit mutuel se fasse en proportion, graduellement, du volume de ses échanges pour décourager les opportunistes.
Laborde ne veut pas ,au nom de la subjectivité, étalonner la monnaie , moi je pense que l'on peut prendre le temps comme étalon, l'heure de travail .
Avec une monnaie temps on peut conserver un mécanisme subjectif de fixation des prix, qui donne les bonnes indications sur la rareté, mais la journée ne pouvant exeder 24 heures on maintient la capitalisation dans une fourchette physique raisonnable.


cool

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#2902 02-10-2014 02:46:23

Jacques Roman
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Message n°27635
Date d'inscription: 06-02-2006
Messages: 4259

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@frigouret

"Laborde définit le crédit mutuel comme base de création monétaire, ensuite il prétend que les futurs utilisateurs du système mutuel sont désavantagés car ils n'ont pas accès au crédit initial".

Où est-ce qu'il dit ça ?

D'autre part, si je me rappelle bien, il prévoit une augmentation de la masse monétaire d'environ 10 % par an ? (Sur quel base, d'ailleurs, je n'ai pas compris).

JR

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#2903 02-10-2014 09:03:49

frigouret
Membre
Message n°27637
Date d'inscription: 10-10-2011
Messages: 1954

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Suivez le lien fourni par Gilles deux messages plus haut.

J'ai l'impression que Laborde veut un système qui grâce a l'informatique " marche tout seul" pour cela il est obligé de fourbir des constantes immuables.
Je crois plutôt que les adhérents du crédit mutuel devront naviguer a vue pour définir des variables ( montant du crédit, conditions d'accès a celui-c.i ect).


cool

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#2904 02-10-2014 11:10:16

gilles
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Message n°27639
Date d'inscription: 16-07-2008
Messages: 1268

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Jacques Roman a écrit:

D'autre part, si je me rappelle bien, il prévoit une augmentation de la masse monétaire d'environ 10 % par an ? (Sur quel base, d'ailleurs, je n'ai pas compris).

JR

En premier lieu :
Je n'ai pas tout lu, ni tout compris, mais il me semble qu'il pense souhaitable que l'accroissement de la masse monétaire soit strictement identique que l'accroissement des richesses. Ce qui me semble être raisonnable, la monnaie étant la contre-partie de la richesse, tout pourcentage de variation de la somme des richesses*1 doit correspondre au même pourcentage de variation de la somme de la monnaie*2.

*1 = pourcentage de variation du PIB

*2 = pourcentage de variation de la masse monétaire

Il faudrait vérifier évidemment mon impression qu'il pense effectivement à l'égalité absolue de *1 avec *2

En deuxième lieu :
Il l'a expliqué, l'augmentation de la masse monétaire nommée variable c doit être corrélée à l'espérance de vie nommée variable ev pour que soit réalisée l'égalité entre les membres des différentes générations qui se succèdent. Pour lui, il ne faut pas que la croissance de la masse monétaire corrélée ( d'après mon interprétation de sa théorie avec la croissnce du PIB ) subisse des coups d'accordéon avec des phases de supercroissance alternées avec des phases de récession, sinon certaines générations sont désavantagées par rapport à d'autres.

La croissance « c » à moyen-long terme dépend de l'espérance de vie moyenne de ses utilisateurs nommée variable ev, avec c = ln(ev/2)/(ev/2) (9% par an pour une espérance de vie moyenne ev = 80 ans).

ln ( d'un nombre ) étant le logarithme naturel de ce nombre.

ev/2 = 40

ln (40) = 3,6888794

(ln (40))/40 = 0.09222198 = ce qui donne 9,222198 % de croissance pour une espérance de vie moyenne de 80 ans

Dans d'autres circonstances :
(ln (15))/15 = 0.1805366 = ce qui donne 18,05366 % de croissance pour une espérance de vie moyenne de 30 ans

(ln (60))/60 = 0.0682390 = ce qui donne 6,82390 % de croissance pour une espérance de vie moyenne de 120 ans

Ce qui est cohérent puisque une société où les gens meurent jeunes ( espérance de vie de 30 ans ) a besoin de plus de croissance de richesse pour vivre mieux et donc plus longtemps qu'une société où l'espérance de vie est déjà élevée. Cela réalise bien la volonté de départ de la théorie relative de la monnaie de promouvoir une certaine forme d'égalité entre les générations.

Cela marche aussi pour les lieux distincts puisque les endroits où l'espérance de vie est plus basse ont droit à plus de croissance que les lieux où l'espérance de vie est déjà élevée. C'est une forme d'égalité spatio-temporelle, pas individu par individu, mais par groupe moyen d'espérance de vie semblable. Chaque zone d'espérance de vie moyenne a sa croissance du PIB et de la masse monétaire distincte, sa monnaie distincte.

Dernière modification par gilles (02-10-2014 11:42:44)

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#2905 02-10-2014 11:43:40

gilles
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Message n°27640
Date d'inscription: 16-07-2008
Messages: 1268

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Si vous avez compris le raisonnement, vous pouvez en tirer vous-même les conséquences qui s'imposent pour l'euro.

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#2906 02-10-2014 12:04:50

Jacques Roman
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Message n°27641
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Messages: 4259

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Je ne vois pas quelles conséquences particulières en tirer pour l'euro plus que pour une autre monnaie, surtout à partir du moment où le système européen prévoit des transferts de richesse non limités dans le temps entre États membres relativement riches et relativement pauvres, ce qui a aboutit aussi à instituer une solidarité UE à portée intergénérationnelle.

Voyez par exemple https://www.upr.fr/vos-questions-nos-re … s-de-l-est

La TRM doit être évaluée en tant que théorie monétaire, en fonction de ses mérites propres, pas en comparant avec la situation particulière d'autres monnaies opérant dans des contextes politiques et économiques différents. Autrement, on tombe dans la "malhonnêteté et la mauvaise foi" qu'on reproche aux autres (votre 2900). JR

Dernière modification par Jacques Roman (02-10-2014 12:19:50)

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#2907 03-10-2014 08:43:30

gilles
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Message n°27658
Date d'inscription: 16-07-2008
Messages: 1268

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

À moins d'entrer dans un système à parti unique, je ne vois en quoi il serait interdit comparer le système monétaire de la monnaie unique à un système à monnaies libres et pluralistes.

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#2908 03-10-2014 12:43:59

Jacques Roman
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Message n°27661
Date d'inscription: 06-02-2006
Messages: 4259

Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Je parlais d'évaluation, pas de comparaison. On peut comparer tout à tout.  JR

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