Forum du plan C : pour une Constitution écrite par et pour les Citoyens

Ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.
Les membres de l'Assemblée constituante doivent être tirés au sort
et, bien sûr, inéligibles aux fonctions qu'ils instituent eux-mêmes.

Vous n'êtes pas identifié.

Bienvenue :o)

Bonjour :o)
Ici, depuis le 1er janvier 2006, nous parlons d'un sujet que les politiciens de métier voudraient bien garder pour eux : nous parlons de la Constitution, de ce texte absolument fondamental pour tous les citoyens (et pourtant complètement négligé par eux), de ce texte qui pourrait nous protéger tous contre les abus de pouvoir si nous le faisions nôtre au lieu d'en abandonner la maîtrise à ceux-là mêmes qu'il est censé contrôler.
Nous discutons principe par principe, méthodiquement. Nous avons d'abord suivi le plan de mon document "Les grands principes d'une bonne Constitution", mais nous avons ensuite élargi nos thèmes à partir de vos réflexions, critiques et suggestions. C'est simplement passionnant. Ce que nous avons mis au clair sur la monnaie, sur le vote blanc, sur les vertus méconnues du tirage au sort et sur le référendum d’initiative populaire, par exemple, est enthousiasmant.
Le prolongement de cette réflexion constituante, c’est d’écrire enfin nous-mêmes un exemple de constitution, article par article. C’est ce qui se passe sur la partie wiki-constitution de ce site. Je vous invite à venir y participer également, ne serait-ce que sur un article ou deux. Vous verrez, c’est passionnant ; on sent vite qu’on est là sur l’essentiel, sur la seule vraie cause (et aussi la solution !) de nos impuissances politiques.
C’est un projet pédagogique en quelque sorte, un objet concret, réel, qui montre que 1) c'est possible : des hommes dont ce n'est pas le métier peuvent écrire une Constitution, et 2) c'est beaucoup mieux : quand ils n'écrivent pas des règles pour eux-mêmes, quand ils n'ont pas un intérêt personnel à l'impuissance des citoyens, les délégués constituants écrivent les règles d'une authentique démocratie. Merci à tous pour ce travail formidable.
Amitiés. Étienne.
[19 août 2012 : ATTENTION : pour cause de spam ultra-actif mi 2012, je FERME la possibilité aux nouveaux venus de créer un compte sans moi : il faut m'écrire à etienne.chouard@free.fr (EN ME DONNANT LE PSEUDO QUE VOUS VOULEZ) et je créerai votre compte à votre place. Il faudra ensuite venir ici pour définir un nouveau mot de passe. Désolé, mais les spammeurs deviennent infects et je n'ai pas le temps de gérer les spams (je préfère vous aider un à un à nous rejoindre). Au plaisir de vous lire. ÉC]

#921 25-08-2009 16:53:15

Zolko
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Message n°7597
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sandy a écrit:

selon toi les services publics c'est du communisme ?

Ben oui, par définition. C'est "bien commun". D'où le nom "communiste". Un état qui contrôle en plus de l'armée TOUTES les banques est proche de la dictature. Qu'il y ait des banques publiques, oui, mais qu'elles le soient toutes, non.

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#922 25-08-2009 18:32:11

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sandy, vous devriez lire http://etienne.chouard.free.fr/Europe/m … s_1998.pdf
Vous y trouverez la réponse à vos objections et vos inquiétudes.
Je rajoute que la spéculation, ou du moins sa réglementation, est un autre problème

Dernière modification par AJH (25-08-2009 18:33:19)


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
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#923 27-08-2009 03:16:06

Sandy
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Message n°7611
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Zolko a écrit:

Sandy a écrit:

selon toi les services publics c'est du communisme ?

Ben oui, par définition. C'est "bien commun". D'où le nom "communiste". Un état qui contrôle en plus de l'armée TOUTES les banques est proche de la dictature. Qu'il y ait des banques publiques, oui, mais qu'elles le soient toutes, non.

Ce qui fait d'un régime une dictature n'a strictement rien avoir avec le contrôle des banques.

Quand au communisme c'est une doctrine politique complexe et il est absurde d'amalgamer au communisme tout ce qui se rapporte au mot "commun" ...

Les services publics permettent de répondre par l'action commune à des besoins communs, et par cette action commune on peut faire ce qu'il est impossible de faire par l'action individuelle, comme par exemple permettre à tous de se faire soigner gratuitement, ou encore permettre à tous d'avoir accès à un enseignement riche et varié.

Là en l'occurence les missions de ce service public seraient clairement définies, permettre aux gens d'épargner leur argent, leur permettre d'obtenir des crédits à des taux raisonnables, gérer les encaisses et les paiements. Qu'y a t il de mal à cela ?

Dernière modification par Sandy (27-08-2009 03:41:28)

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#924 27-08-2009 03:39:14

Sandy
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Message n°7612
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

AJH a écrit:

Sandy, vous devriez lire http://etienne.chouard.free.fr/Europe/m … s_1998.pdf
Vous y trouverez la réponse à vos objections et vos inquiétudes.
Je rajoute que la spéculation, ou du moins sa réglementation, est un autre problème

Merci mais je préfère que nous en discutions directement svp ? Pouvez-vous vous expliquer ?

Dernière modification par Sandy (27-08-2009 03:39:35)

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#925 27-08-2009 06:28:34

Jacques Roman
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Message n°7615
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

"Création de monnaie" (suite)

Aujourd'hui, dans "C dans l'air", excellente émssion que je regarde souvent sur TV5 (merci TV5), on parlait des grandes propositions du Président Sarkozy en matière de gestion des marchés financiers.  Un des participants expliquait que l'argent que vous prêtent les banques est l'argent qu'elles ont emprunté à la banque centrale à taux zéro : il n'a été contredit par aucun autre participant.

J'aimerais qu'AJH explique, sans renvoyer à des documents extérieurs - pardon d'insister -, où est la "création" de monnaie là dedans.

J'en reste à l'dée que l'augmentation de la quantité de monnaie due aux opérations de la banque centrale (la planche à billets) ou bien a pour contrepartie la création de biens ou de services - de sorte que la nouvelle quantité de monnaie restera globalement en proportion avec la nouvelle quantité de biens et de services ;  ou bien que cette augmentation est sans contrepartie en biens et services - ce qui aboutira à l'inflation et donc à une augmentation de la quantité de monnaie compensée par la diminution de la valeur globale de cette quantité de monnaie : de sorte que dans ce cas non plus 'il n'y a pas "création" de monnaie au sens propre.

Quand on parle de création de monnaie (et je sais que tout le monde en parle et que des milliers de grimoires ont été écrit là-dessus), on sous-entend souvent (c'est là tout le problème) qu'il y aurait création de valeur, pour ainsi dire par génération spontanée. C'est à quoi tendait le très intéressant apologue de la Dame de Condé présenté ici par AJH il y a quelque temps, apologue qui d'après lui prouverait que cinq personnes incitées par l'arrivée d'un (faux) billet de 100 euros à rembourser leurs dettes mutuelles d'un montant de 100 euros chacune se seraient collectivement enrichies de 500 euros.  Sophisme ! C'est oublier que, comme je l'ai déjà dit, des créances d'un montant de global de 500 euros ont été supprimées simultanément, ce qui fait que le résultat net de cette opération-papier est nul.

Sophisme extrêmement dangereux : si la monnaie génère spontanément de la valeur, il est évident qu'elle ne sera pas traitée par les pouvoirs publics et les pouvoirs privés comme si elle avait pour seule fonction de représenter des valeurs existantes.  D'où nécessité de s'entendre sur les mots pour pouvoir s'entendre sur les politiques... à moins de laisser les banquiers opérer comme si leurs manigances créaient de la valeur. JR

Dernière modification par Jacques Roman (27-08-2009 06:31:24)

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#926 27-08-2009 09:59:52

Candide
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Message n°7616
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Un des participants expliquait que l'argent que vous prêtent les banques est l'argent qu'elles ont emprunté à la banque centrale à taux zéro : il n'a été contredit par aucun autre participant.

Cela ne signifie pas nécessairement qu'il a dit vrai. Et il se peut tout simplement qu'aucun des participants n'ait souhaité le contredire, ne connaissant pas (ou pas suffisamment) les mécanismes bancaires.


Si une nation espère pouvoir rester à la fois ignorante et libre, elle espère ce qui n'a jamais été possible et ne le sera jamais.
(Thomas Jefferson)

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#927 27-08-2009 10:19:20

bernarddo
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Message n°7617
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

JR

Votre observation permet de tout comprendre si on constate simplement que certaines VALEURS ne peuvent s'additionner

Plusieurs points:

1 Cette dame de Condé là est dans son rôle légitime, celui de "comptable" pour la société. Il n'y a pas d'intérêts dans cette histoire, extrêmement morale et rationnelle, ni d'augmentation de la masse monétaire.

2 Dans la réalité la Dame a d'autres exigences et possibilités:

- elle exige une rémunération pour le service, c'est légitime, activité organisationnelle nécessaire à la société.
- elle exige des intérêts pour les avances d'argent, qui ne sont pas détruits à la fin de la transaction. Elle s'est  même faite autoriser à prêter simultanément plusieurs fois le même argent, de qui multiplie l'effet de l'intérêt. (Elle est même allée jusqu'à créer de la monnaie "temporaire" en même temps que de la "valeur" fictive temporaire (options de vente)! pour se faire du cash.
C'est cette recherche d'optimisation de la masse monétaire qui constitue l' "INDUSTRIE BANCAIRE",un oxymore passé dans le langage courant comme une lettre à la poste.

Tous ces intérêts AUGMENTENT la MASSE MONETAIRE, mais surtout donnent à la Dame un AVANTAGE COMPARATIF formidable sur le pouvoir d'ACHAT et d'INVESTISSEMENT qui, à terme lui donne une quasi EXCLUSIVITE sur l'EVALUATION et L'EVOLUTION de la VALEUR (concrètement sur le terrain la fixation des PRIX et des SALAIRES), laquelle échappe ainsi aux citoyens qui constatent l'IMPUISSANCE GESTICULANTE de leurs leaders.

En effet, cette création de VALEUR devrait normalement privilégier celles qui procurent un bénéfice à l'humanité prise au sens le plus général, ce que l'on pourrait appeler les PROGRES, celui de l'amélioration de la condition humaine des vivants et la part transmissible aux générations futures, et dont l'EVALUATION et l'EVOLUTION devrait être sous contrôle du Citoyen via sa représentation politique.

L'ARNAQUE est qu'elle prétend que cette influence bénéficie à tout le monde, alors qu'elle est au bénéfice de la DAME

Or la plus grande partie est utilisées pour créer des VALEURS TEMPORAIRES biens de consommation, des biens semi durables, tous les services sont dans ce cas (à l'échelle de la vie humaine) détruits par le décès du bénificiaire, et aussi énormément de CONTREVALEURS déchets réchauffement climatique et autres dégradations de notre BIEN COMMUN.

Il y a forcement DIVERGENCE entre masse MONETAIRE et masse des VALEURS stables.

Le gros problème des intérêts c'est qu'il constitue un MOTEUR dont l'optimisation conduit à privilégier les intérêts à court terme des seuls pilotes de la machine, les ACTIONNAIRES.
Il interdit de fait la notion d'AIDE FINANCIERE DESINTERESSEE, et ce n'est pas un problème de PRIVE ou PUBLIC: ces intérêts expliquent que FMI et AIDE FINANCIERE sont incompatibles.

Avec deux effets principaux:

- l'appropriation progressive des VALEURS DURABLES existantes et potentielles à leur seul bénéfice.

- la préférence accordée aux actions de court terme, au bénéfice de la génération actuelle, associée à la négation des CONTREVALEURS d'autant plus faciles à nier, qu'elle n'ont pas montré tous leurs effets, et donc le danger mortel pour la planète.

C'est ce MOTEUR FOU de l'intérêt qu'il faut casser.

Alors les banques centrales ont commencé à le faire, certes pour de mauvaises raisons, mais ce qui semble montrer que les politiques commencent à s'agiter.

Il est FONDAMENTAL que TOUTES les BANQUES  suivent le mouvement. Car ce seul step n'a pour effet que de DOPER les résultats des banques qui BENEFICIENT de cet effet sur les banques centrales et ne répercutent pas sur leurs propres taux.

Et qui ont relancé préférentiellement les opérations purement financières avec les effets spectaculaires de bilan et de bonus sur les traders que l'on peut constater.

Dernière modification par bernarddo (27-08-2009 10:20:27)

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#928 27-08-2009 10:24:08

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Jacques Roman
Message n°7615

j'avais fait une longue réponse ce matin, mais coupure ligne au moment de l'envoi, elle a disparu.
Je n'ai pas le courage de recommencer.
En ce qui concerne l'intervenant de c'est dans l'air (qui?) c'est simplement un ignare concernant la monnaie.


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
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#929 27-08-2009 10:32:42

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@Sandy
Désolé, mais pas le temps
Un petit extrait

2.7. Un système financier et monétaire fondamentalement instable

L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s'était constatée. Jamais sans doute il n'est devenu plus difficile d'y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n'était apparue avec une telle menace d'un effondrement général.

Toutes les difficultés rencontrées résultent de la méconnaissance d'un fait fondamental, c'est qu'aucun système décentralisé d'économie de marchés ne peut fonctionner correctement si la création incontrôlée ex nihilo de nouveaux moyens de paiement permet d'échapper, au moins pour un temps, aux ajustements nécessaires. Il en est ainsi toutes les fois que l'on peut s'acquitter de ses dépenses ou de ses dettes avec de simples promesses de payer, sans aucune contrepartie réelle, directe ou indirecte, effective.

Devant une telle situation, tous les experts sont à la recherche de moyens, voire d'expédients, pour sortir des difficultés, mais aucun accord réel ne se réalise sur des solutions définies et efficaces.

Pour l'immédiat, la presque totalité des experts ne voient guère d'autre solution, au besoin par des pressions exercées sur les banques commerciales, les Instituts d’émission et le FMI, que la création de nouveaux moyens de paiement permettant aux débiteurs et aux spéculateurs de faire face au paiement des amortissements et des intérêts de leurs dettes, en alourdissant encore par là même cette charge pour l’avenir.

Au centre de toutes les difficultés rencontrées, on trouve toujours, sous une forme ou une autre, le rôle néfaste joué par le système actuel du crédit et la spéculation massive qu’il permet. Tant qu’on ne réformera pas fondamentalement le cadre institutionnel dans lequel il joue, on rencontrera toujours, avec des modalités différentes suivant les circonstances, les mêmes difficultés majeures. Toutes les grandes crises du XIXème et du XXème siècle ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation.

Particulièrement significative est l’absence totale de toute remise en cause du fondement même du système de crédit tel qu’il fonctionne actuellement, savoir la création de monnaie ex nihilo par le système bancaire et la pratique généralisée de financements longs avec des fonds empruntés à court terme.

En fait, sans aucune exagération, le mécanisme actuel de la création de monnaie par le crédit est certainement le "cancer" qui ronge irrémédiablement les économies de marchés de propriété privée.
2.8. L’effondrement de la doctrine laissez-fairiste mondialiste

Depuis deux décennies, une nouvelle doctrine s'était peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste, impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux.

· Suivant cette doctrine, la disparition de tous les obstacles à ces mouvements serait une condition à la fois nécessaire et suffisante d'une allocation optimale des ressources à l'échelle mondiale. Tous les pays et, dans chaque pays, tous les groupes sociaux verraient leur situation améliorée.

Le marché, et le marché seul, était considéré comme pouvant conduire à un équilibre stable, d’autant plus efficace qu’il pouvait fonctionner à l’échelle mondiale. En toutes circonstances, il convenait de se soumettre à sa discipline.

Les partisans de cette doctrine, de ce nouvel intégrisme, étaient devenus aussi dogmatiques que les partisans du communisme avant son effondrement définitif avec la chute du Mur de Berlin en 1989. Pour eux, l'application de cette doctrine libre-échangiste mondialiste s'imposait à tous les pays et, si des difficultés se présentaient dans cette application, elles ne pouvaient être que temporaires et transitoires.

Pour tous les pays en voie de développement, leur ouverture totale vis-à-vis de l'extérieur était une condition nécessaire et la preuve en était donnée, disait-on, par les progrès extrêmement rapides des pays émergents du Sud-Est asiatique. Là se trouvait, répétait-on constamment, un pôle de croissance majeur pour tous les pays occidentaux.

Pour les pays développés, la suppression de toutes les barrières tarifaires ou autres était une condition de leur croissance, comme le montraient décisivement les succès incontestables des tigres asiatiques, et, répétait-on encore, l'Occident n'avait qu'à suivre leur exemple pour connaître une croissance sans précédent et un plein-emploi [18]. Tout particulièrement la Russie et les pays ex-communistes de l'Est, les pays asiatiques et la Chine en premier lieu, constituaient des pôles de croissance majeurs qui offraient à l'Occident des possibilités sans précédent de développement et de richesse.

Telle était fondamentalement la doctrine de portée universelle qui s'était peu à peu imposée au monde et qui avait été considérée comme ouvrant un nouvel âge d'or à l'aube du XXIeme siècle. Cette doctrine a constitué le credo indiscuté de toutes les grandes organisations internationales ces deux dernières décennies, qu'il s'agisse de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, de l'Organisation mondiale du commerce, de l'Organisation de coopération et de développement économiques, ou de l'Organisation de Bruxelles.

· Toutes ces certitudes ont fini par être balayées par la crise profonde qui s'est développée à partir de 1997 dans l'Asie du Sud-Est, puis dans l'Amérique latine, pour culminer en Russie en août 1998 et atteindre les établissements bancaires et les Bourses américaines et européennes en septembre 1998.

Cette crise a entraîné partout, tout particulièrement en Asie et en Russie, un chômage massif et des difficultés sociales majeures. Partout les credo de la doctrine du libre-échange mondialiste ont été remis en cause.

Deux facteurs majeurs ont joué un rôle décisif dans cette crise mondiale d'une ampleur sans précédent après la crise de 1929 :

Þ l'instabilité potentielle du système financier et monétaire mondial ;

Þ la mondialisation de l'économie à la fois sur le plan monétaire et sur le plan réel [19].

En fait, ce qui devait arriver est arrivé. L'économie mondiale, qui était dépourvue de tout système réel de régulation et qui s'était développée dans un cadre anarchique, ne pouvait qu'aboutir tôt ou tard à des difficultés majeures.

La doctrine régnante avait totalement méconnu une donnée essentielle : une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n'est possible, elle n'est souhaitable que dans le cadre d'ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés, et de développement économique et social comparable.

· En fait, le nouvel ordre mondial, ou le prétendu ordre mondial, s'est effondré et il ne pouvait que s'effondrer. L'évidence des faits a fini par l'emporter sur les incantations doctrinales.

3. Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires
3.1. Des facteurs majeurs

Si nous considérons non seulement l'Histoire de ces dernières décennies, mais également celle des deux derniers siècles, et sans doute celle de ceux qui les ont précédés, les facteurs monétaires et financiers apparaissent certainement comme ayant une importance tout à fait exceptionnelle dans le fonctionnement de toute économie.

Si en effet des conditions monétaires et financières appropriées ne sont pas assurées, l'expérience montre qu'il ne saurait y avoir ni efficacité de l'économie, ni équité de la distribution des revenus. L'instabilité économique, la sous-production, l'iniquité, le sous-emploi, la détresse et la misère qui en résultent, sont des fléaux majeurs.

Cependant, les profonds désordres qui se sont constatés ne peuvent en aucune façon être considérés comme le résultat inévitable du fonctionnement d'une économie de marchés; ils ont été, et ils sont généralement, les conséquences des politiques financières et monétaires mises en œuvre dans un cadre institutionnel inapproprié.

Plus que jamais, des réformes, très profondes et radicales, sont nécessaires :

-réforme du système du crédit ;

-stabilisation de la valeur réelle de l'unité de compte ;

-réforme des marchés boursiers ;

-réforme du système monétaire international.
3.2. Le système du crédit

En fait, le système actuel du crédit, dont l'origine historique a été tout à fait contingente [accidentelle, non nécessaire], apparaît comme tout à fait irrationnel, et cela pour huit raisons au moins :

- la création (ou la destruction) irresponsable de monnaie et de pouvoir d'achat par les décisions des banques et des particuliers ;

- le financement d'investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme ;

- la confusion de l'épargne et de la monnaie ;

- la très grande sensibilité du mécanisme du crédit à la situation conjoncturelle ;

- l'instabilité foncière qu'il engendre ;

- l'altération des conditions d'une efficacité maximale de l'économie ;

- l'altération de la distribution des revenus ;

- et enfin l'impossibilité de tout contrôle efficace du système du crédit par l'opinion publique et le Parlement, en raison de son extraordinaire complexité.



Au regard d'une expérience d'au moins deux siècles quant aux désordres de toutes sortes et à la succession sans cesse constatée de périodes d'expansion et de récession, on doit considérer que les deux facteurs majeurs qui les ont considérablement amplifiées, sinon suscitées, sont la création de monnaie et de pouvoir d'achat ex nihilo par le mécanisme du crédit et le financement d'investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme.

Il pourrait cependant être facilement pallié à ces deux facteurs par une réforme d'ensemble qui permettrait, sinon de mettre fin aux fluctuations conjoncturelles, tout au moins d'en diminuer considérablement l'ampleur.



Cette réforme doit s’appuyer sur deux principes tout à fait fondamentaux :

    1 - La création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création de monnaie bancaire.

    2 - Tout financement d’investissement à un terme donné doit être assuré par des emprunts à des termes plus longs, ou tout au moins de même terme.



La réforme du mécanisme de crédit doit ainsi rendre impossibles à la fois la création de monnaie ex nihilo et l’emprunt à court terme pour financer des prêts à plus long terme, en ne permettant que des prêts à des échéances plus rapprochées que celle correspondant aux fonds empruntés.



Cette double condition implique une modification profonde des structures bancaires et financières reposant sur la dissociation totale des activités bancaires telles qu’elles se constatent aujourd’hui et leur attribution à trois catégories d’établissements distincts et indépendants :

1. des banques de dépôt assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, les encaissements et les paiements, et la garde des dépôts de leurs clients, les frais correspondants étant facturés à ces derniers, et les comptes des clients ne pouvant comporter aucun découvert ;

2. des banques de prêt empruntant à des termes donnés et prêtant les fonds empruntés à des termes plus courts, le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés ;

3. des banques d’affaires empruntant directement au public ou aux banques de prêt et investissant les fonds empruntés dans les entreprises

.



· Dans son principe, une telle réforme rendrait impossibles la création monétaire et de pouvoir d’achat ex nihilo par le système bancaire et l’emprunt à court terme pour financer des prêts de terme plus long. Elle ne permettrait que des prêts de maturité plus courts que ceux correspondant aux fonds empruntés.

Les banques de prêt et les banques d’affaires serviraient d’intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs. Elles seraient soumises à une obligation impérative : emprunter à long terme pour prêter à plus court terme, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui[20].

Une telle organisation du système bancaire et financier permettrait la réalisation simultanée de conditions tout à fait fondamentales :

1 - l’impossibilité de toute création monétaire et de pouvoir d’achat en dehors de celle de la monnaie de base par les autorités monétaires ;

2 - la suppression de tout déséquilibre potentiel résultant du financement d’investissements à long terme à partir d’emprunts à court ou à moyen terme ;

3 - l’expansion de la masse monétaire globale, constituée uniquement par la monnaie de base, au taux souhaité par les autorités monétaires[21] ;

4 - une réduction majeure, sinon totale, de l’amplitude des fluctuations conjoncturelles[22] ;

5 - l’attribution à l’État, c’est-à-dire à la collectivité, des gains provenant de la création monétaire, et l’allègement en conséquence des impôts actuels ;

6 - un contrôle aisé par l’opinion publique et par le Parlement de la création monétaire de la création monétaire et de ses implications.



Tous ces avantages seraient essentiels. Les profonds changements que leur obtention implique se heurteraient naturellement à de puissants intérêts et à des préjugés fortement enracinés.

Mais, au regard des crises majeures que le système actuel du crédit n’a cessé de susciter depuis au moins deux siècles, et continue à susciter aujourd’hui, et que les autorités monétaires se révèlent toujours incapables de maîtriser, cette réforme apparaît comme une condition nécessaire de survie d’une économie décentralisée et de son efficacité.

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/m … s_1998.pdf


L'utopie, c'est ce qui n'a pas encore été essayé (T. Monod)
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#930 27-08-2009 12:32:20

Jacques Roman
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

La Dame de Condé

Bernarddo (7617).

Je crois (votre point 2) que nous ne parlons pas de la même Dame de Condé ?  JR

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#931 27-08-2009 12:42:43

Jacques Roman
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Coupures

AJH (7618).

Oui, c'est râlant de perdre du temps de cette manière. La pire des choses qui m'est arrivée dans ce style (en 1987, à mes débuts sur un MacIntosh SE) est d'avoir gaspillé 15 jours de travail, plus une semaine pour reconstituer en ayant l'impression de faire moins bien la seconde fois. Il m'arrive encore de perdre une heure par ci par là.  JR

Dernière modification par Jacques Roman (27-08-2009 14:42:29)

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#932 27-08-2009 15:02:26

Zolko
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sandy a écrit:

Zolko a écrit:

Sandy a écrit:

selon toi les services publics c'est du communisme ?

Ben oui, par définition. C'est "bien commun". D'où le nom "communiste". Un état qui contrôle en plus de l'armée TOUTES les banques est proche de la dictature. Qu'il y ait des banques publiques, oui, mais qu'elles le soient toutes, non.

Les services publics permettent de répondre par l'action commune à des besoins communs, et par cette action commune on peut faire ce qu'il est impossible de faire par l'action individuelle (...) Là en l'occurence les missions de ce service public seraient clairement définies, permettre aux gens d'épargner leur argent, leur permettre d'obtenir des crédits à des taux raisonnables, gérer les encaisses et les paiements.

Heu... En quoi un crédit peut-il être apparenté à un service public ? Tu veux dire que TON crédit pour TON écran plasma (*) est en quelque sorte une ACTION commune, un BESOIN commun ? Tu veux dire que je peux venir chez toi quand je veux pour y mater un film ? Non ? alors, c'est une question privée à résoudre par des moyens privés. Je ne veux rien avoir à faire avec des crédits à la consommation ou des crédits immobiliers foireux ou des crédits pour acheter des voitures polluantes. Le crédit n'est pas un service public.

Les moyens de paiements: tu proposes quoi pour VISA, Pay-Pal, America-Express, Moneo.... ? Les nationaliser aussi ?


(*) ou voiture, maison...

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#933 27-08-2009 20:28:47

bernarddo
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Message n°7626
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

JR

Bien sûr, la Dame de condé "classique" a pour objet simplement de montrer que la monnaie n'est qu'une matérialisation "pense bête" des rapports économiques entre les acteurs économiques. (C'est un simple "post it" à jeter après emploi.)

La Dame n°2, celle avec les intérêts, c'est la mienne, je ne l'ai (à mon grand regret) , jamais rencontrée sur le NET ni ailleurs, ce qui me semble proprement inimaginable.

La question est, qu'en pensez vous?

J'adhère à la réponse de AJH dans les grandes lignes, mais il ne déroge pas à un certain suivisme dans la présentation des tares d'un système qui serait intrinsèquement (par nature ?, par la main invisible? ...) instable. (Mais peut-être les causes profondes de ces tares sont exposées dans le texte qui a "sauté".)

C'est justement la présentation soft des tenants du système qui préfèrent passer (au pire) pour des incapapables que pour des escrocs, on a des cas emblématiques. Et je ne parle pas des économistes des médias qui sont apparemment satisfaits de jouer aux prévisionnistes de la veille.

Or, je prétends que c'est cette seconde hypothèse qui est la bonne.

Je prétends de plus que la mise hors la loi des intérêts supprimerait de fait la distinction entre tous ces types de banque, la différence entre long terme et court terme qui ne sont que de vieilles lunes dans le cadre de la monnaire moderne.
On y comprendrait enfin un peu quelque chose.

Je ne vois pas la nécessité de nationaliser les banques, un secteur étatique pouvant être nécessaire cependant, limité au niveau des investissement "touchant le" ou "touchant au" collectif, soit pour les rendre possibles, soit pour les booster ou les pénaliser via des intérêts démocratiquement décidés.

Dernière modification par bernarddo (27-08-2009 20:31:48)

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#934 27-08-2009 23:36:01

Sandy
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Message n°7627
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Zolko a écrit:

Sandy a écrit:

Zolko a écrit:

Ben oui, par définition. C'est "bien commun". D'où le nom "communiste". Un état qui contrôle en plus de l'armée TOUTES les banques est proche de la dictature. Qu'il y ait des banques publiques, oui, mais qu'elles le soient toutes, non.

Les services publics permettent de répondre par l'action commune à des besoins communs, et par cette action commune on peut faire ce qu'il est impossible de faire par l'action individuelle (...) Là en l'occurence les missions de ce service public seraient clairement définies, permettre aux gens d'épargner leur argent, leur permettre d'obtenir des crédits à des taux raisonnables, gérer les encaisses et les paiements.

Heu... En quoi un crédit peut-il être apparenté à un service public ? Tu veux dire que TON crédit pour TON écran plasma (*) est en quelque sorte une ACTION commune, un BESOIN commun ? Tu veux dire que je peux venir chez toi quand je veux pour y mater un film ? Non ? alors, c'est une question privée à résoudre par des moyens privés. Je ne veux rien avoir à faire avec des crédits à la consommation ou des crédits immobiliers foireux ou des crédits pour acheter des voitures polluantes. Le crédit n'est pas un service public.

Les moyens de paiements: tu proposes quoi pour VISA, Pay-Pal, America-Express, Moneo.... ? Les nationaliser aussi ?


(*) ou voiture, maison...

Le service du crédit est un besoin commun oui, sans ce service la vie serait bien plus compliquée et il serait impossible de financer certaines choses, il y a l'exemple de l'achat d'une maison sans le crédit les gens devraient attendre l'âge de 40 ou 50 ans en considérant qu'ils ont pu épargner chaque année de travail pour pouvoir se loger dans une maison ?

Il en va de même pour les entreprises dont bon nombre d'entre elles ne verraient tout simplement pas le jour vu les investissements qu'elles nécessitent pour démarrer, la création d'entreprise serait ainsi encore plus limitée qu'elle ne l'est déjà aux plus riches ?

L'action commune, c'est d'assurer le bon fonctionnement et la continuité de ce service, et ce que tu vas financer avec ce crédit ne te concerne que toi seul ce n'est pas parce que l'organisation de ce service est financée et organisée par l'action commune que cela donne la propriété de ce que tu vas acquérir grâce à ce service à la collectivité il n'y a strictement aucun lien logique, chaque emprunteur doit payer ce service sous une forme ou sous une autre, Frederic Lordon insiste sur la nécessité des intérêts, Etienne Chouard soutient qu'il faut que ce coût soit sous forme de frais et pas d'intérêts.

Et si ces services sont offerts par des services publics totalement séparés des marchés financiers, alors c'est la collectivité qui va bénéficier des profits tirés de ces services, cet argent sera alors redistribué sous forme d'autres services par l'État plutôt que de permettre d'enrichir des financiers.

Concernant la gestion des systèmes des paiements, je pensais effectivement aux services de cartes de crédits mais surtout aux chèques, etc ...
Ces services sont aussi vitaux pour notre société car sans eux notre économie ne peut pas fonctionner : ils doivent donc être nationalisés pour que par l'action commune on puisse en assurer la continuité.

Tant que ces services vitaux sont entre les mains d'intérêts privés, ceux ci pourront exercer le chantage dont nous venons d'être victimes et continuer à spéculer sans se soucier des conséquences vu qu'au final ils ont la garantie que l'état viendra les sauver.

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#935 27-08-2009 23:41:46

Sandy
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Message n°7628
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

@ AJH je suis désolé mais je ne sais pas trouver les réponses à mes questions dans votre texte, si vous ne voulez pas me répondre directement par vos propres mots peut être est-ce ma faute en posant trop de questions générales ? donc on peut procéder par étapes si vous préférez

il y a création de banque de dépots

- ces banques auront elles le droit de fournir des services de placements à leurs clients ?
- auront elles le droit de spéculer avec leur argent ?
- ces banques seraient elles publiques ou privées ?
- comment ces banques se rémunéreraient-elles ?

Dernière modification par Sandy (27-08-2009 23:43:48)

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#936 28-08-2009 01:07:32

Jacques Roman
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Nationalisation et prêts gratuits

Bernarddo (7626).

Il me semble qu'il y a contradiction entre refus de la nationalisation des banques et "mise hors de la loi des intérêts" comme vous dites : pour quelle raison est-ce que des banques privées (non nationalisées) accorderaient des prêts gratuits ?  JR

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#937 28-08-2009 07:46:55

bernarddo
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Message n°7632
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

JR

Pour la même raison qu'il existe des experts-comptables indépendants qui travaillent sans empiéter dans le capital des entreprises!: elles feraient payer la prestation comme toute entreprise de service, comme comme quand elles gèrent vos comptes.

Mais attention, pour moi, il ne s'agit pas d'un refus.

Ne trouvez-vous pas que la dame de condé n°2 est plus "actuelle", plus "réaliste" que celle du conte initial?

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#938 28-08-2009 08:40:22

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Sandy a écrit:

@ AJH je suis désolé mais je ne sais pas trouver les réponses à mes questions dans votre texte, si vous ne voulez pas me répondre directement par vos propres mots peut être est-ce ma faute en posant trop de questions générales ? donc on peut procéder par étapes si vous préférez

Bonjour Sandy
Je donne "mon" avis, évidemment hmm

il y a création de banque de dépots

- ces banques auront elles le droit de fournir des services de placements à leurs clients ? non
- auront elles le droit de spéculer avec leur argent ? non: ce sont des "comptables"
- ces banques seraient elles publiques ou privées ? je pense qu'il faut des deux mais à mon sens l'important c'est d'abord la nationalisation de la monnaie (plus aucune monnaie de crédit privée)
- comment ces banques se rémunéreraient-elles ?   honoraires de gestion des comptes



Christian Gomez (élève d'Allais, professeur d'Université et "patron" d'une grande banque) précise:

· Des banques de dépôts qui ne géreraient que les encaisses (dépôts à vue) des agents économiques en faisant rémunérer leurs services (cash management) et qui couvriraient celles-ci à 100% par de la monnaie de base (monnaie banque centrale), sans pouvoir faire aucun crédit.

· Des banques de crédit qui récolteraient des dépôts d’épargne à différents termes pour les replacer sur des échéances légèrement inférieures (pas de transformation pour éviter toute création monétaire), afin de financer les besoins d’investissement ou les autres dépenses des agents économiques. [ Ce serait un peu le cas de la NEF actuellement]

· Les banques d’investissement qui s’occuperaient des opérations de marché et de fusions/acquisitions des entreprises et de l’Etat.

Dernière modification par AJH (28-08-2009 08:42:02)


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#939 28-08-2009 12:24:46

Sandy
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Message n°7637
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

oki mais dans ce cas quel est l'intérêt de laisser ces banques de dépot au secteur privé ?

et surtout quel est l'intérêt de séparer l'activité de l'épargne et du crédit dans ce cas ?

même questions pour les établissements de crédit,
auraient ils le droit de proposer des services de placement ?
auraient ils le droit de spéculer ?
est ce que ce serait des établissements publics ou privés ?
quelles rémunérations pour les établissements de crédits ?

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#940 28-08-2009 18:20:04

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

J'en suis toujours à te donner mon avis... excuse la "sécheresse", mais je suis un peu à la bourre...


oki mais dans ce cas quel est l'intérêt de laisser ces banques de dépot au secteur privé ? :
AJH:des banques de dépôt au secteur privé, des banques de dépôt au secteur public ... je ne suis pas, dans l'actuel système, un partisan du "tout nationalisé" : je ne considère pas les banques comme une "fonction publique" si elles ne peuvent plus créer la monnaie.

et surtout quel est l'intérêt de séparer l'activité de l'épargne et du crédit dans ce cas ?
AJH: afin d'être certain que les banques de dépôt ne puissent prêter la monnaie en dépôt à vue

même questions pour les établissements de crédit,
auraient ils le droit de proposer des services de placement ?

AJH: Oui

auraient ils le droit de spéculer ?
AJH: si ce n'est pas avec la monnaie publique mais avec leurs fonds prpres, pourquoi pas...

est ce que ce serait des établissements publics ou privés ?
AJH: dans chaque secteur... personnellement j'irai plutot vers une banque publique si j'avais besoin d'un crédit, mais je ne suis pas contre une saine concurrence "à armes égales"

quelles rémunérations pour les établissements de crédits ?
AJH: des honoraires de gestion...


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#941 28-08-2009 19:13:52

Sandy
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Message n°7646
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Oki,

D'abord selon moi tout ce qui doit fonctionner selon des logiques de profit doit faire partie du secteur privé, tout ce qui doit fonctionner selon d'autres logiques doit faire partie du secteur public, tout simplement.

Ainsi il n'est par exemple pas dutout acceptable que les établissements bancaires puissent bénéficier en dernier recours d'une garantie de l'état. Une telle garantie, non seulement n'incite pas les agents des établissements bancaires à la prudence et à la modération, mais surtout est profondément immorale vu qu'il s'agit de socialiser des pertes et de privatiser des profits.

De plus, un service qui est vital pour la collectivité doit être un service public. Une entreprise privée peut faire faillite, l'état peut lui au contraire garantir la continuité de ce service vu qu'il possède la possibilité d'ajuster ses recettes d'impôts selon ses besoins.

L'épargne, le crédit, la gestion des encaisses et des paiements, sont des services vitaux, sans eux l'économie serait bloquée. La crise de 1929 a montré tous les dégâts que la faillite des banques qui assuraient ces services ont pu provoquer.

Ils doivent donc faire partie d'un service public.

Vous dites que vous n'êtes pas contre une saine concurrence à armes égales. Mais qu'est ce qu'une concurrence peut bien apporter dans ce domaine ? expliquez moi.

Et puis, on a bien vu ce qu'une logique de concurrence apportait à une banque publique avec l'exemple du crédit lyonnais par exemple ...

Vous ne pensez pas important d'assurer la continuité de ces services ? Si oui, dans ce cas, vous ne trouvez pas immoral que l'argent public vienne ainsi sauver des intérêts privés en cas de faillite ?

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#942 28-08-2009 19:31:07

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Oki,

D'abord selon moi tout ce qui doit fonctionner selon des logiques de profit doit faire partie du secteur privé, tout ce qui doit fonctionner selon d'autres logiques doit faire partie du secteur public tout simplement.

AJH: Je suis presque d'accord sur le principe : Je dirais que tout ce qui doit fonctionner sur une logique de "bien public" ou d'administration du bien public doit faire partie du secteur publique.  Il s'agit donc bien de laisser une partie des activités bancaires au privé, le problème est donc de déterminer laquelle.

Ainsi il n'est par exemple pas du tout acceptable que les établissements bancaires puissent bénéficier en dernier recours d'une garantie de l'état. Une telle garantie, non seulement n'incite pas les agents des établissements bancaires à la prudence et à la modération, mais surtout est profondément immorale vu qu'il s'agit de socialiser des pertes et de privatiser des profits.

100 fois d'accord. Par contre la garantie de l'Etat pour les personnes grugées est importante. la question est de savoir si elles ont été réellement grugées ou si elles savient qu'elles obtiendraient la garantie de l'Etat si nécessaire.

De plus, un service qui est vital pour la collectivité doit être un service public. Une entreprise privée peut faire faillite, l'état peut, lui, au contraire, garantir la continuité de ce service vu qu'il possède la possibilité d'ajuster ses recettes d'impôts selon ses besoins.

L'épargne, le crédit, la gestion des encaisses et des paiements, sont des services vitaux, sans eux l'économie serait bloquée. La crise de 1929 a montré tous les dégâts que la faillite des banques qui assuraient ces services ont pu provoquer.

Ils doivent donc faire partie d'un service public.

Oui ... mais l'Etat peut aussi garantir des entreprises privées ; c'est le cas avec les banques actuellement puisque en cas de dépôt de bilan, l'Etat garantit 70000 euro par déposant.

Vous dites que vous n'êètes pas contre une saine concurrence à armes égales. Mais qu'est ce qu'une concurrence peut bien apporter dans ce domaine ? expliquez moi.

Et puis, on a bien vu ce qu'une logique de concurrence apportait à une banque publique avec l'exemple du crédit lyonnais par exemple ...

Il faut bien évidemment réglementer le privé, et des banques publiques ne devraient pas pouvoir spéculer : mais la grande question est "où commence et s'arrête la spéculation?"

Vous ne pensez pas important d'assurer la continuité de ces services ? Si oui dans ce cas vous ne trouvez pas immoral que l'argent public vienne ainsi sauver des intérêts privés en cas de faillite ?[

Bien sur que si... les actionnaires (et les dirigeants) ne doivent pas toucher un centime en cas de faillite.
D'une manière générale, je ne pense pas qu'un système "marxiste" (capitalisme d'Etat) soit plus efficace qu'un système "capitaliste libéral " (capitalisme privé) si on jugule ses excès.

Vous savez que, pour moi, il n'y a qu'une seule bonne solution : ni capitalisme d'Etat, ni capitalisme privé... l'écosociétalisme wink


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#943 31-08-2009 14:26:26

Zolko
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

AJH a écrit:

Vous savez que, pour moi, il n'y a qu'une seule bonne solution : ni capitalisme d'Etat, ni capitalisme privé... l'écosociétalisme wink

Ma solution préférée est de limiter la propriété privée à un seul échelon: des personnes physiques (des être humains, quoi) peuvent s'associer et posséder l'entreprise ainsi constituée y compris ses bénéfices, mais ces entreprises ainsi constituées ne deviennent pas des personnes morales : elles n'ont pas les mêmes droits "économiques" que des êtres humains. Contrairement à ce qui est écrit dans le traité de Lisbonne, page 91 :

Article 54, (ex-article 48 TCE):
Les sociétés constituées en conformité de la législation d'un État membre et ayant leur siège
statutaire, leur administration centrale ou leur principal établissement à l'intérieur de l'Union sont
assimilées, pour l'application des dispositions du présent chapitre, aux personnes physiques
ressortissantes des États membres.

Je ne sais pas ce qui est écrit aujourd'hui, mais le rejet du TCE par référendum signifie que cet article particulier n'est plus légitime. Et peut donc être remis en question. Et donc qu'il est absolument primordial que le refus du traité de Lisbonne soit confirmé. Pour ensuite re-discuter et de re-définir les notions d'entreprise privée.

Par exemple, imposer que les entreprises privées n'ont pas le droit, elles, de s'associer en d'autres entreprises privées !

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#944 31-08-2009 18:11:38

Zolko
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Message n°7671
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

le traité de Lisbonne, page 91 :

Article 54, (ex-article 48 TCE):
Les sociétés constituées en conformité de la législation d'un État membre et ayant leur siège
statutaire, leur administration centrale ou leur principal établissement à l'intérieur de l'Union sont
assimilées, pour l'application des dispositions du présent chapitre, aux personnes physiques
ressortissantes des États membres.

combiné avec:

Article 55
                                         (ex-article 294 TCE)
Les États membres accordent le traitement national en ce qui concerne la participation financière
des ressortissants des autres États membres au capital des sociétés au sens de l'article 54, sans
préjudice de l'application des autres dispositions des traités.

C'est un processus ré-entrant. cela s'interprète comme: toutes combinaisons financières, tous montages de sociétés, à l'intérieur de l'UE, y compris avec le Lichtenstein et Monaco, sans restriction aucune, sont autorisées, avec plus de force que n'importe quelle autre législation. Carte blanche. Open-bar !

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#945 31-08-2009 18:29:51

gilles
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Zolko a écrit:

le rejet du TCE par référendum signifie que cet article particulier n'est plus légitime…

Oui, mais je viens d'apprendre par « Horizons et Débats » Ici … que la Commission Européenne verse discrètement de l'argent aux évèques irlandais, qui en ont bien besoin après les affaires de prêtres pédophiles, à condition qu'ils prêchent le Oui au nouveau référendum. Ce traité risque de rentrer en vigueur par les méthodes les plus tortueuses et les plus inavouables et nous les Français nous ne faisons rien alors que les Allemands se bougent.

Si ce traité est ratifié, nous ne sommes pas près de reprendre le pouvoir sur notre monnaie.

« Unabhängige Bürgerinitiative für eine Volksabstimmung über den EU-Vertrag » organise une Manifestation contre le Traité de Lisbonne à Berlin le 5 septembre :

http://www.eu-vertrag-stoppen.de/

Traduit par Google ici : …



http://files.myopera.com/anamorphose/_/A5_EU_UE_VertragTraite_Lisbonne.png

Dernière modification par gilles (31-08-2009 18:41:48)

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#946 02-09-2009 00:57:39

Jacques Roman
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Langue des finances

Je tombe sur cette remarque de Saint-Simon (le duc) dans sa chronique d'août-septembre 1717 :

"Le comité qui s'assemblait plusieurs fois la semaine pour les finances allait son train [...] J'étais là, commme on l'a vu, malgré moi, et cette langue de finance dont on a su faire une science, et, si ce mot se peut hasarder, un grimoire, pour que l'intelligence en soit cachée à ceux qui n'y sont pas initiés, et qui, magistrats et traitants, banquiers, etc., ont grand intérêt que les autres en demeurent dans l'iognorance, cette langue, dis-je, m'était tout à fait étrangère."

J'ai ce point en commun avec le duc et pair : il n'y en a pas beaucoup d'autres !  JR

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#947 02-09-2009 22:33:45

Zolko
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

gilles a écrit:

« Unabhängige Bürgerinitiative für eine Volksabstimmung über den EU-Vertrag » organise une Manifestation contre le Traité de Lisbonne à Berlin le 5 septembre : http://www.eu-vertrag-stoppen.de/

C'est ça, la bonne idée: faire des manifs dans TOUTE l'Europe pour encourager les Irlandais à re-voter NON. La date du vote est le vendredi 2 octobre 2009 (je crois) donc le dernier dimanche est le 27 septembre. Ou vaut-il mieux samedi 26 ? Il faudrait faire passer le message dans tous les pays Européens à manifester ce jour là. Mais aussi le 5 septembre, c'est bien de le faire 2 fois.

Un truc qui serait bien pour le Plan C est d'appeler les mouvements/partis politiques pour une telle manifestation: le Plan C contre le traité de Lisbonne. Nous morfondre devants des rectangles lumineux sert finalement peu, il faut nous montrer, nous compter.

Quelle(s) date(s) proposez-vous ? Le samedi 5 septembre, et le dimanche 27 septembre ?

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#948 03-09-2009 08:23:45

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Spécialement à l'attention de Jacques Roman

Sur le blog "plus loin que Jorion" , ici, http://postjorion.wordpress.com/2009/08 … omment-339

Christophe dit :
2 septembre 2009 à 11:51 | Répondre

Bonjour Bob et à tous

J’ai envoyé un mail à la banque de France dont voici le contenu avec la réponse de la banque de France.

Bonjour,
>
> Une rumeur circule sur le net comme quoi les banques privées quand elles accordent leurs crédits, sans passer par le canal des financements externes, créent “ex-nihilo” la monnaie correspondante, leur seule contrainte serait d’avoir un capital suffisant pour respecter le ratio de solvabilité cad 8% de l’ensemble des crédits accordés.
>
> Pouvez vous confirmer ou infirmer cette rumeur et eventuellement faire un billet sur ce sujet sur votre site .
>
> Merci
>
> Cordialement
>

La réponse de la banque de France:

Message du 02/09/09 10:38
> De : 1050-INFOS-UT@banque-france.fr
> A : christophe***orange.fr
> Copie à :
> Objet : RE : demande d’information
>
>

Bonjour,

Il y a création monétaire lorsqu’un crédit est distribué par une institution financière : on peut donc dire que ce sont les prêts qui font les dépôts et non le contraire.

La création monétaire est néanmoins conditionnée par des mécanismes régulateurs. Le premier de ces mécanismes réside dans le fait que le crédit est coûteux : son prix, le taux d’intérêt, est déterminé indirectement par la banque centrale qui refinance les banques. En effet, une partie des dépôts est convertie par le public en billets que les banques doivent se procurer auprès de la banque centrale. En outre, l’utilisation de son dépôt par le bénéficiaire d’un crédit, qui émet des chèques ou des virements ou se sert de cartes de paiement, donne lieu à des « fuites » hors de l’établissement qui a accordé le prêt vers ses concurrents ; il doit donc se refinancer également auprès de ces derniers ; comme les lignes de crédit que les banques s’accordent entre elles ne sont pas extensibles indéfiniment, il y là une deuxième limite à l’octroi de crédits par les banques.

Enfin, les banques doivent maintenir un niveau de capital proportionné au risque qu’elles encourent en raison de leur distribution de crédits : les ratios de capital minimum à respecter sont fixés par les règles prudentielles dites de solvabilité qui sont harmonisées au plan international. Ce que vous avez lu concernant le ratio de solvabilité est bien une norme internationale en vigueur et non une rumeur .

D’une manière générale, l’économie moderne repose sur la confiance, confiance en la monnaie, confiance dans le système bancaire, confiance dans la capacité de la banque centrale à assurer la stabilité des prix et à promouvoir la stabilité financière.

Très cordialement,

Service de la Documentation et des Relations avec le public (C4DOC) /D

Difficile d'être plus clair, n'est ce pas.

Dernière modification par AJH (03-09-2009 08:26:54)


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#949 03-09-2009 12:27:15

Jacques Roman
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

"Création monétaire"

AJH (votre 7685).

Si, comme le dit le Service de documentation de la Banque de France, "d’une manière générale, l’économie moderne repose sur la confiance, confiance en la monnaie, confiance dans le système bancaire, confiance dans la capacité de la banque centrale à assurer la stabilité des prix et à promouvoir la stabilité financière", alors il est évident que l'économie est affaire de croyance et pas de science.

C'était bien mon avis : je suis heureux, et pas peu fier, que les plus hautes autorités monétaires nationales le confirment.

Pour le reste, la Banque de France partage apparemment votre point de vue que les crédits accordés par les banques créent de la monnaie  : croyance  branlante d'ailleurs, puisque son intervenant ajoute dans la foulée qu' "on pourrait dire que ce sont les prêts qui font les dépôts, et pas le contraire".

On pourrait le dire, mais est-ce que ce serait justifié ? D'où viennent ces "prêts qui font les dépôts" ? Génération spontanée ?

Est-il ou non exact que les banques privées prêtent l'argent qu'elles ont reçu de la banque centrale ou de leurs clients, comme je l'ai entendu soutenir ?  Et dans ce cas, où est la "création monétaire" par les banques privées ?

L'expression "création monétaire" devrait être bannie, selon moi, dans la mesure où elle sous-entend création de valeurs ou de richesses. Sur cette confusion, on fonde ou l'on voudrait fonder des pratiques financières (titrisations sauvages,  pyramides à la Madoff, sous-prêts hypothécaires en abyme et autres jeux de miroirs) dont on en a vu récemment le résultat.

Il faudrait parler de fabrication de monnaie (par les pouvoirs poublics - légale  et compensée au besoin par l'inflation), ou de contrefaçon de monnaie dans la mesure où il n'y aurait pas création de valeur réelle, étant entendu que la contrefaçon doit être interdite. Les choses seraient beaucoup plus claires, et on ne risquerait pas de faire passer les vessies pour des lanternes..

Du moins c'est ce que je crois... et comme nous parlons ici de croyances et pas de science (voir plus haut), et que toutes les croyances se valent par définition, vous me permettrez d'en rester à celle-là, AJH.

Cordialement.  JR

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#950 03-09-2009 12:46:35

AJH
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Bon Jacques, une dernière fois...

" D'où viennent ces "prêts qui font les dépôts" ? Génération spontanée ? " .

C'est simplement la monétisation d'un actif (existant) ou d'une reconnaissance de dette (une créance) qui eux même au départ ne sont pas de la monnaie. Les banquent jouissent de ce privilège d'émettre leur monnaie (qui est reconnue partout car la collectivité leur fait confiance) en portant en euros (ou dollars ou yens ou...), dans le compte d'un client emprunteur, la valeur de cette monétisation (c'est un crédit, un prêt de la banque, mais ce n'est rien d'autre qu'une ligne d'écriture sur un compte bancaire.)

" Est-il ou non exact que les banques privées prêtent l'argent qu'elles ont reçu de la banque centrale ou de leurs clients, comme je l'ai entendu soutenir ?  Et dans ce cas, où est la "création monétaire" par les banques privées ?"

j'ai déjà répondu : c'est NON pour l'argent qu'elles reçoivent de la banque centrale : cette monnaie "banque centrale" ne quitte pas les circuits bancaires (à l'exception des billets de banque, lesquels quittent les banques pour circuler dans l'économie, qui représentent moins de 5% de ce qui est appelé "monnaie").
C'est OUI pour les dépôts de leurs clients lorsque leurs clients leur confient le soin de prêter leur épargne.

"l'expression création monétaire" devrait être bannie, selon moi, dans la mesure où elle sous-entend création de valeurs ou de richesses."

Non, création monétaire ne parle que de monnaie... qui n'est ni valeur ni richesse dans le sens ou vous l'entendez (richesse réelle , alors que la monnaie est le symbole de cette richesse: une pomme est une richesse réelle, 1 euro - prx de la pomme - est une richesse symbolique)
Mais je comprends votre point de vue et effectivement il faudrait donner aux mots des définitions plus précises
Il n'y a pas de contrefaçon de monnaie par les banques puisqu'elles disposent du droit légal de créer leur  monnaie scripturale

Dernière modification par AJH (03-09-2009 13:27:05)


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#951 03-09-2009 13:09:54

Zolko
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Message n°7688
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Jacques Roman a écrit:

Est-il ou non exact que les banques privées prêtent l'argent qu'elles ont reçu de la banque centrale ou de leurs clients (...) ?

Non : elles prêtent de l'argent qu'elles sortent d'un chapeau magique (qui s'appelle réserve fractionnaire). Avant le prêt, ledit argent n'existait pas.

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#952 04-09-2009 02:00:03

Jacques Roman
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Réserve fractionnaire, "contrefaçon", &

Zolko (7688), la "réserve fractionnaire" au sens de pouvoir de prêter de l'argent au-delà de ce qu'on en possède, c'est ce que j'appelle "contrefaçon" (contrefaçon légale, AJH, évidemment " - pas "contrefaçon" au sens du code pénal) : nous sommes d'accord ? 

Votre affirmation est d'ailleurs inexacte parce que incomplète : les banques privées prêtent surtout, si j'ai bien compris, l'argent reçu de la banque centrale et l'argent reçu des clients : la "réserve fractionnaire" n'est rien d'autre que la limite légale imposée à la "contrefaçon légale" (les prêts consentis au-delà des sommes effectivement détenues par la banque).

AJH (7697), merci de comprendre enfin mon point de vue : dans ces conditions, ce sera peut-être, en effet, la dernière fois que nous aurons l'occasion de revenir sur le sujet... sauf, naturellement, récidive de votre part.  JR

Dernière modification par Jacques Roman (04-09-2009 02:05:48)

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#953 04-09-2009 10:22:12

Zolko
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Message n°7691
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Jacques Roman a écrit:

Réserve fractionnaire, "contrefaçon", & : nous sommes d'accord ?

oui

les banques privées prêtent surtout, si j'ai bien compris, l'argent reçu de la banque centrale et l'argent reçu des clients : la "réserve fractionnaire" n'est rien d'autre que la limite légale imposée à la "contrefaçon légale"

La contrefaçon (légale) représente la plus grosse part de l'argent que les banques prêtent, puisque la réserve règlementaire est de 8%. Si la réserve règlementaire était de (par exemple) 90%, le système serait peut-être viable, les 10% restant pouvant servir de "buffer" temporaire sur la quantité d'argent en circulation. Mais avec 8%, le système est clairement dérangé.

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#954 04-09-2009 12:57:25

Jacques Roman
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Message n°7693
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Zolko (7691), et aussi AJH et quiconque a les réponses :

1) Les 8 % de réserve consistent bien en espèces, ou en dépôts à vue que la banque peut donc retirer à tout moment parce qu'ils font  partie des réserves légales d'autres institutions ?

2) Les 92 % qui restent sont bien un mélange d'espèces, de dépôts à vue au sens de 1) ci-dessus, et de créances correspondant à des  prêts accordés par la banque, garantis ou non par des biens ou services existants ?

3) D'ailleurs, est-il admis que la garantie des créances de prêt peut prendre la forme de services, et pas seulement de biens ?

4) Dans ces conditions, est-il exact de dire que la "contrefaçon légale" (ou "création monétaire" selon la terminologie habituelle) correspond à la partie des créances de prêt non garantie par des biens ou services existants ?

Pardon si j'ai l'air de découvrir le fil à couper le beurre, mais les notions financières mettent beaucoup de temps à m'entrer dans la tête.  JR

Dernière modification par Jacques Roman (04-09-2009 13:02:13)

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#955 04-09-2009 13:33:34

AJH
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Message n°7694
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Jacques Roman a écrit:

Réserve fractionnaire, "contrefaçon", &

Zolko (7688), la "réserve fractionnaire" au sens de pouvoir de prêter de l'argent au-delà de ce qu'on en possède, c'est ce que j'appelle "contrefaçon" (contrefaçon légale, AJH, évidemment " - pas "contrefaçon" au sens du code pénal) : nous sommes d'accord ?

Votre affirmation est d'ailleurs inexacte parce que incomplète : les banques privées prêtent surtout, si j'ai bien compris, l'argent reçu de la banque centrale et l'argent reçu des clients : la "réserve fractionnaire" n'est rien d'autre que la limite légale imposée à la "contrefaçon légale" (les prêts consentis au-delà des sommes effectivement détenues par la banque).

JR: NON, les banques ne prêtent pas l'argent reçu de la banque centrale . Cette "monnaie centrale" ne quitte pas les circuits bancaires.
Et
Les Réserves obligatoires sont de 2% des dépôts, mais les ratio prudentiels  (mcDonought) imposent aux banques de détenir en fonds propres au moins   8% des pre^ts qu'elles font. C'est deux règles différentes et complémentaires.

Ceci dit pour moi, ce que créent les banques ( sous forme de crédits, par "monétisation d'actifs") n'est pas une contrefaçon... la preuve je m'en sert tous les jours.
Ce qui n'empêche pas que je considère le système comme néfaste.


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#956 04-09-2009 13:48:54

AJH
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Message n°7696
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

1) Les 8 % de réserve consistent bien en espèces, ou en dépôts à vue que la banque peut donc retirer à tout moment parce qu'ils font  partie des réserves légales d'autres institutions ? NON, les réserves obligatoires sont de 2% des dépôts de l'ensemble de leurs clients, et ils doivent être stationnés en banque centrale au compte de la banque commerciale. Les banques commerciales ne peuvent retirer que l'excédent.

2) Les 92 % qui restent sont bien un mélange d'espèces, de dépôts à vue au sens de 1) ci-dessus, et de créances correspondant à des  prêts accordés par la banque, garantis ou non par des biens ou services existants ?
Suivant ce que l'on considère comme "monnaie" (M1, M2, ou M3, il n'y a que 7 à 15% d'espèces - de billets - sur le total en circulation) . Le solde 85 à 93% correspond à de la monnaie de banque commerciale qui est TOUJOURS issue du crédit dans un système de réserves fractionnaires (2% de réserves). La banque centrale ne crée pas de monnaie pour le circuit "non bancaire" (elle ne fait pas de crédit aux circuits non bancaires) et c'est bien ce sur quoi nous nous battons puisque la BCE ne crée pas (n'a pas le droit de créer)  de monnaie pour les États, bien qu'elle "refinance" (en monnaie centrale)  les banques commerciales qui en manquent pour assurer par exemple les réserves obligatoires ou leurs soldes de compensation. (Système un peu différent aux USA)

3) D'ailleurs, est-il admis que la garantie des créances de prêt peut prendre la forme de services, et pas seulement de biens ?
La banque fait ce qu'elle veut ... à elle d'obtenir des garanties d'effacement de la dette de l'emprunteur (par remboursement de la monnaie créée par la banque)


4) Dans ces conditions, est-il exact de dire que la "contrefaçon légale" (ou "création monétaire" selon la terminologie habituelle) correspond à la partie des créances de prêt non garantie par des biens ou services existants ?
NON; au contraire... en théorie c'est justement cette partie qui est garantie par des richesses réelles ou a créer. Mais la monnaie "banque centrale" est elle garantie par la collectivité


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#957 23-09-2009 13:33:14

Zolko
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Message n°7766
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Bonjour,

je viens de terminer la lecture du livre "Revelation$" par Denis Robert et Ernest Backes, qui parle de l'entreprise Clearstream, bien en actualité aujourd'hui. Tous ceux qui se sont intéressés à ce fil devraient lire ce livre (Révélation$). Denis Robert tient (a tenu) un blog ici:

http://www.ladominationdumonde.blogspot.com/

mais qui semble fini, mais qui est continué par d'autres ici:

http://h1929.blogspot.com/

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#958 29-09-2009 20:15:20

AJH
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Message n°7802
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Pour info, un article sur  AGORAVOX
http://www.agoravox.fr/actualites/econo … e-la-61708
"A propos de la monnaie et de la dette publique" ... réponse "ouverte" à 2 députés (socialistes)faisant partis de la Commission des Finances


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#959 29-09-2009 21:30:32

gilles
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Message n°7804
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

AJH, bonsoir et merci de nous donner cette information. C'est en effet consternant de médiocrité la réponse des deux "socialistes", mais finalement cela ne m'étonne plus dans notre simili-démocratie puisque les partis principaux sont financés par l'Union Européenne avec les conditions que tu peux lire ici :

http://europa.eu/legislation_summaries/ … 315_fr.htm

Tant que les peuples d'Europe seront dans l'UE, ils seront loin de reprendre le pouvoir sur leur monnaie.

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#960 02-10-2009 22:57:00

Étienne
Message n°7807
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Re: 07 Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

Une traduction bien utile sur le site passionnant Chômage et monnaie ; ça donne du courage aux autres, non "économistes", pour réfléchir librement —sans complexes— à l'organisation monétaire d'un monde commun pacifié.

Comment les économistes ont-ils fait pour se tromper à ce point ?
par Paul Krugman
(traduction de R. Blaineau, J.P. Rolland et G. Galand)
Publié le 2 septembre 2009.
http://www.chomage-et-monnaie.org/Docum … co_fr.html

I. Prendre la beauté pour la vérité.

On a du mal à le croire maintenant mais, il y a peu de temps encore, les économistes se félicitaient des succès de leur discipline. Ces succès, c'est du moins ce qu'ils croyaient, étaient à la fois théoriques et pratiques et menaient à l'âge d'or de leur profession. Sur le plan théorique ils croyaient avoir résolu leurs disputes internes. C'est ainsi qu'en 2008, dans le journal intitulé " l'état de la macro " c'est-à-dire de la macroéconomie, l'étude des grands problèmes tels que les récessions, Olivier Blanchard de la M.I.T., aujourd'hui économiste en chef au Fond Monétaire International, déclara que la macroéconomie se portait bien. Selon lui, les batailles de jadis étaient terminées et il y aurait même eu une vaste convergence de points de vue entre économistes. Et dans le monde réel les économistes pensaient qu'ils avaient les choses en main : le problème central de la prévention des dépressions a été résolu, déclara Robert Lucas de l'Université de Chicago dans son discours présidentiel de 2003 adressé à l'American Economic Association. En 2004, Ben Bernanke, anciennement professeur de Princeton qui exerce maintenant comme président du Federal Reserve Board, vanta la Grande Modération des résultats économiques sur les vingt dernières années, modération à attribuer en grande partie à la qualité accrue des politiques économiques.

L'année dernière tout cela s'est effondré.

Peu d'économistes ont vu venir la crise actuelle mais cet échec de prévision était le moindre de leurs problèmes. Plus important était l'aveuglement de la profession face à la possibilité d'un fiasco catastrophique de l'économie de marché. Pendant les années fastes les économistes en sont venus à croire que les marchés étaient par nature stables, que les actifs et autres valeurs étaient toujours évalués au juste prix. Il n'y avait rien dans les modèles du moment qui puisse faire penser à la possibilité d'un effondrement comme celui qui s'est produit l'année dernière. En même temps les macroéconomistes avaient des points de vue divergents. Mais la division la plus importante était entre ceux qui affirmaient que les économies de libre marché ne s'écartent jamais du droit chemin et ceux qui croyaient que les économies peuvent parfois dévier de la bonne route, mais que tout écart important pourrait être et serait corrigé par la toute-puissante FED.

Et dans le sillage de la crise, les failles se sont accentuées de plus en plus. Lucas déclara que les plans de l'administration d'Obama c'était "de l'économie de pacotille" et son collègue de Chicago John Cochef affirma qu'elles reposaient sur des "contes de fées" discrédités. En réponse, Brade Delon de l'Université de Californie, Berkeley, parle de l'effondrement intellectuel de l'Ecole de Chicago et j'ai moi-même écrit que les commentaires des économistes de Chicago sont les produits de la période sombre de la macroéconomie dans laquelle on a fait fi des connaissances durement acquises aupararavant.

Qu'est-il arrivé aux économistes ? Où cela va-t-il mener ?

Selon moi, les économistes se sont fourvoyés parce que, collectivement, ils ont pris la beauté vêtue de ses beaux atours mathématiques pour la vérité. Jusqu'à la grande dépression, la plupart des économistes s'en tenait à une vision du capitalisme comme étant un système parfait ou presque. Cette vision ne tenait pas face au chômage de masse, mais quand les souvenirs de la dépression s'effacèrent, les économistes s'amourachèrent de nouveau de la vieille vision idéalisée d'une économie dans laquelle des individus rationnels interagissent à l'intérieur de marchés parfaits, vision cette fois-ci enjolivée avec de belles équations. Le fait de renouer l'idylle avec le marché idéalisé était, à coup sûr, en partie une réaction aux courants politiques qui changeaient, en partie une réaction à des incitations financières. Mais bien que les congés sabbatiques à l'Institution Hoover et les possibilités d'emploi à Wall Street ne soient pas des choses à dédaigner, la cause principale de l'échec de la profession était le désir de trouver une approche globale et intellectuellement élégante qui puisse donner aux économistes la chance d'exhiber leurs prouesses mathématiques.

Malheureusement cette vision romantique et édulcorée de l'économie a mené la plupart des économistes à ne pas tenir compte de tout ce qui peut ne pas marcher. Ils n'ont pas voulu voir les limites de la rationalité humaine qui aboutissent souvent à des bulles inflationnistes, les problèmes d'institutions qui s'emballent, les imperfections de marché, en particulier des marchés financiers, qui peuvent faire en sorte que le système qui sous-tend l'économie subisse des crashs brutaux et imprévisibles. Ils n'ont pas voulu voir non plus les dangers qui apparaissent quand les régulateurs ne croient pas à la régulation.

En partant de cette constatation, il est beaucoup plus difficile de dire où va la profession d'économiste. Mais ce qui est à peu près certain, c'est que les économistes vont devoir apprendre à vivre avec le désordre, c'est-à-dire qu'ils devront reconnaître l'importance de l'irrationnel et des comportements souvent imprévisibles, faire souvent face aux imperfections spécifiques aux marchés et admettre qu'en économie on est encore très loin d'une élégante " théorie du tout ". Concrètement cela se traduira par des conseils prudents en la matière et une moindre volonté de démanteler les garde-fous économiques sur la foi que les marchés sont aptes à résoudre tous les problèmes.


II. De Smith à Keynes et inversement.

On attribue habituellement la naissance de l'économie comme discipline à Adam Smith qui a publié " The Wealth of Nations " en 1776. Au cours des 160 années qui ont suivi se développa un nombre grandissant de théories économiques dont le message central était: "faites confiance au marché". Certes les économistes reconnurent qu'il y avait des cas où les marchés pouvaient être faillibles et dont le plus important était celui des "externalités", c'est-à-dire des coûts que les gens imposent aux autres sans payer le prix, tels que les problèmes d'encombrement par la circulation et la pollution. Mais la base de l'économie "néoclassique " (ainsi nommée par les théoriciens du 19ème siècle, qui s'appuyaient sur les concepts de leurs prédécesseurs " classiques "), était que nous devrions avoir foi dans le système du marché.

Ce credo cependant vola en éclats avec la grande dépression. En fait, même confrontés à un effondrement total, certains économistes affirmèrent que, quoi qu'il arrive dans une économie de marché, tout est normal. Les dépressions ne sont pas simplement des maux, déclara Joseph Schumpeter en 1934 (1934 !), ce sont, ajouta-t-il, " des formes de quelque chose qui doit s'accomplir ". Mais bon nombre d'économistes, et finalement la plupart d'entre eux, se rallièrent aux idées de John Maynard Keynes qui fournissait à la fois l'explication de ce qui s'était passé et une solution pour les crises à venir.

Keynes ne voulait pas, malgré ce que vous avez peut-être entendu dire, que le gouvernement dirige l'économie. Dans son œuvre maîtresse de 1936, " La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de l'argent ", il décrivit son analyse comme modérément conservatrice dans ses applications. Il voulait maintenir le capitalisme et non pas le remplacer. Mais il remit en question la notion que les économies de libre marché peuvent fonctionner sans personne pour les contrôler, exprimant ainsi un mépris particulier pour les marchés financiers qui, selon lui, étaient dominés par la spéculation à court terme, faisant peu de cas des fondamentaux. Et il demandait avec force que, en cas de crise, le gouvernement intervienne activement en créant davantage de monnaie et, si nécessaire, en consacrant des sommes importantes à des travaux publics afin de lutter contre le chômage.

Il est important de comprendre que Keynes a fait beaucoup plus que de prononcer des affirmations audacieuses. " La théorie générale " est un ouvrage d'une grande profondeur d'analyse, qui emporta l'adhésion des jeunes économistes d'alors. Et pourtant l'histoire de l'économie sur les 50 dernières années est, dans une large mesure, l'histoire d'un éloignement du Keynésianisme et d'un retour au néoclassicisme. Le renouveau néoclassique fut mené à l'origine par Milton Friedman de l'Université de Chicago, qui affirma dés 1953 que " l'économie néoclassique décrit de manière satisfaisante le fonctionnement de l'économie. On peut la considérer comme extrêmement fructueuse et elle peut mériter qu'on lui fasse confiance ". Mais qu'en est-il des crises ?

L'attaque de Friedmann dirigée contre Keynes a commencé avec la doctrine connue sous le nom de " monétarisme ". Les monétaristes n'étaient pas par principe contre l'idée qu'une économie de marché a besoin d'une stabilisation délibérée. " Nous sommes tous keynesiens  maintenant ", dit un jour Friedmann, bien qu'il ait plus tard déclaré qu'on l'avait cité hors contexte. Les monétaristes affirmèrent cependant qu'une forme d'intervention gouvernementale très limitée et ciblée suffit à empêcher les dépressions, à savoir : demander à la Banque Centrale de, garder l'offre de monnaie (la somme des billets et des dépôts bancaires) en constante augmentation. Il n'en fallait pas plus pour empêcher les crises. Chose bien connue, Friedmann et sa collaboratrice, Anna Schwarz, affirmèrent que si la Federal Reserve avait bien fait son travail, la grande dépression n'aurait pas eu lieu. Plus tard, Friedmann réunit des arguments de poids dirigés contre tout effort délibéré du gouvernement pour faire passer le taux de chômage sous son niveau naturel, dont on pense actuellement qu'il se situe à environ 4,8% aux Etats-Unis. Il prédit que des mesures expansionnistes mèneraient à un mélange d'inflation et d'augmentation élevée du chômage, prédiction qui repose sur les conséquences de la stagflation des années 70, ce qui a énormément renforcé la crédibilité du mouvement anti keynésien.

Et pourtant, finalement, la contre-révolution antikeynésienne dépassa de loin les positions de Friedmann, qui semblèrent relativement modérée comparativement à celle de ses successeurs. Parmi les économistes financiers, la vision désobligeante qu'avait Keynes des marchés financiers comparés à des casinos fut remplacée par la théorie des "  marchés efficaces ", qui affirmait que les marchés financiers ne se trompent jamais en matière de fixation de prix pourvu que toute l'information soit disponible. Dans le même temps, de nombreux macroéconomistes rejetèrent complètement le cadre fixé par Keynes pour comprendre les crises économiques. Certains se rallièrent aux vues de Schumpeter et autres apologistes de la grande dépression, estimant que toute récession était une bonne chose, que cela faisait partie de l'adaptation de l'économie au changement. Même ceux qui ne souhaitaient pas aller aussi loin affirmaient que toute tentative pour combattre une crise économique ferait plus de mal que de bien.

Tous les macroéconomistes ne souhaitèrent pas suivre cette pente descendante. Beaucoup se déclarèrent néokeynésiens et continuèrent de croire à un rôle actif de la part du gouvernement. Malgré cela ils acceptaient presque intégralement l'idée que les investisseurs et les consommateurs sont rationnels et que, de façon générale, les marchés ne se trompent pas.

Evidemment il y avait des exceptions à ces courants. Quelques économistes remirent en question le principe d'un comportement rationnel, s'interrogeant sur la croyance selon laquelle les marchés financiers peuvent être fiables, évoquant la longue histoire des crises financières qui avaient eu des conséquences économiques dévastatrices, mais ils nageaient à contre-courant, incapables d'opposer beaucoup de résistance à une suffisance omniprésente et rétrospectivement stupide.


III. La finance selon Pangloss.

Dans les années 30 les marchés financiers, pour des raisons évidentes, n'étaient pas l'objet d'un grand respect. Keynes les compara à ces concours de journaux dans lesquels les concurrents doivent choisir les six visages les plus avenants sur une centaine de photos, le prix étant accordé au concurrent dont le choix s'approche le plus de la préférence moyenne de tous les concurrents. De sorte que chaque concurrent doit choisir, non pas les visages qu'il trouve les plus beaux, mais ceux dont il pense qu'ils sont à même d'être choisis par les autres concurrents.

Et Keynes considérait que c'était une très mauvaise idée de laisser de tels marchés, dans lesquels les spéculateurs passaient leur temps à jouer au chat et à la souris, dicter d'importantes décisions en matière d'économie. Quand l'essentiel du développement d'un pays devient un sous-produit des activités d'un casino, on peut s'attendre à ce que le travail soit mal fait.

Cependant, vers 1970, l'étude des marchés financiers semble avoir été inspirée par le Docteur Pangloss de Voltaire qui affirmait que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles. Les discussions sur l'irrationalité des investisseurs, les bulles inflationnistes, la spéculation destructrice, tout cela avait virtuellement disparu du discours académique. Le domaine de l'économie était dominé par " l'hypothèse du marché efficace " promulguée par Eugène Fama de L'Université de Chicago, qui affirme que la valeur des biens, fixée au prix des marchés financiers, reflète avec précision leur valeur intrinsèque, si toute l'information est publiquement disponible. Le prix des actions d'une société, par exemple, reflète toujours avec exactitude la valeur de cette société, si l'on dispose des informations sur les gains de l'entreprise, ses perspectives de développement etc… Et vers les années 80 les économistes financiers, en particulier Michael Jensen de l'Ecole de Commerce de Harvard, indiquaient que, parce que les marchés financiers fournissent toujours le juste prix, la meilleure chose que les dirigeants d'entreprise puissent faire (non pas pour eux-mêmes mais pour le bien de l'économie), c'est de maximiser le prix des actions. En d'autres termes, les économistes financiers croyaient que nous devions remettre le développement du capital de la nation entre les mains de ce que Keynes avait appelé un " casino ".

Il est difficile de soutenir que cette transformation dans la profession a été motivée par les événements. Il est vrai que le souvenir de 1929 s'effaçait petit à petit, mais il y avait toujours des marchés pourris, tandis que se répandaient de nombreuses histoires d'excès spéculatifs suivis de marchés orientés à la baisse. En 1973-74 par exemple, les actions perdirent 48% de leur valeur et le crash de 1987 dans le quel le DOW plongea de près de 23% en une journée, sans qu'il y ait une raison précise, aurait dû au moins remettre quelque peu en cause le fonctionnement rationnel du marché.

Ces événements, que cependant Keynes aurait retenus pour la manifestation évidente de l'irrationalité des marchés, n'eurent que peu d'effet pour atténuer la force d'une belle idée. Le modèle théorique que les économistes financiers développèrent, en supposant que chaque investisseur pèse rationnellement le risque et le gain, ce que l'on appelle le Capital Asset Pricing Model ou C.A.P.M. (prononcé "capem"), est une merveille d'élégance. Et si vous acceptez ses principes, il est également extrêmement utile : le C.A.P.M. ne fait pas que vous dire comment choisir votre portefeuille, mais, encore plus important pour l'industrie de la finance, il vous dit comment mettre un prix sur les valeurs dérivées, des créances sur des créances. L'élégance et l'apparente utilité de la nouvelle théorie a abouti à une suite de prix Nobel pour ses créateurs. De nombreux adeptes de cette théorie ont également reçu des récompenses plus terre à terre. Car armés de leur nouveau modèle et de formidables talents mathématiques (les emplois les plus obscurs du C.A.P.M. requièrent des calculs niveau physicien), de gentils professeurs d'Ecoles de Commerce pouvaient devenir et sont devenus des savants vedettes, empochant conséquemment directement des chèques de Wall Street.

Pour être juste, des théoriciens de la finance n'acceptèrent pas l'hypothèse du marché efficace, simplement parce qu'il avait de l'élégance et qu'il était pratique et lucratif. Ils fournirent également bon nombre de données statistiques qui, de prime abord, semblaient très favorables à la théorie du C.A.P.M. Mais toutes ces données n'étaient bizarrement que d'une forme limitée. Les économistes financiers ne posaient que rarement la question, en apparence évidente (bien que la réponse ne soit pas facile à donner), de savoir si les prix des actions avaient un sens en rapport avec les fondamentaux du monde réel, tels que par exemple leur rendement . Au lieu de cela, ils se contentèrent de demander si les prix des actions avaient un sens par rapport au prix d'autres actions. Larry Summers, qui est maintenant le conseiller économique principal de l'administration Obama, s'est moqué un jour des professeurs d'économie en utilisant la parabole des économistes " ketchup " qui ont démontré que deux quarts d'une bouteille de ketchup se vendaient invariablement deux fois le prix d'une bouteille d'un quart de ketchup, et conclurent que le marché du ketchup était parfaitement efficace.

Mais ni cette moquerie, ni les critiques plus polies d'économistes tels que Robert Shiller de Yale, furent suivies de beaucoup d'effet. Les théoriciens de la finance, ainsi que bon nombre de décideurs continuèrent de croire que leurs modèles étaient fondamentalement corrects. Parmi ceux-ci, et non des moindres, se trouvait Alan Greenspan, alors président de la FED et depuis longtemps partisan de la dérégulation financière. Le fait de rejeter des demandes de contrôle des prêts subprimes ou de s'en prendre à la bulle toujours plus inflationniste du logement reposait en grande partie sur la croyance que l'économie financière moderne maîtrisait tout. Il y eut un moment révélateur en 2005 lors d'une conférence tenue en l'honneur de Greenspan à la FED. Un courageux participant, Raghuram Rajan de l'Université de Chicago, présenta un article qui montrait que le système financier atteignait des niveaux de risque potentiellement dangereux. Il fut la risée de presque tous, y compris de Larry Summers qui rejeta son avertissement, le qualifiant d'erroné.

En octobre de l'année dernière cependant Greenspan reconnut qu'il était dans un état " d'incrédule consternation ", parce que l'édifice intellectuel au complet s'était " effondré ". Etant donné que l'effondrement de l'édifice intellectuel était aussi celui des marchés du monde réel, le résultat fut une sévère récession, la pire et de loin depuis la grande dépression. Que devaient faire les responsables politiques ? Malheureusement la macroéconomie, qui aurait dû fournir des conseils permettant de redresser l'économie en crise, était elle-même en plein désarroi.


IV. Le problème que pose la macro

" Nous sommes tombés dans une pagaille colossale, nous avons commis de graves erreurs dans la conduite d'une machine délicate dont nous ne comprenons pas le fonctionnement. Le résultat c'est que nous allons gâcher nos possibilités de nous enrichir. Pendant un certain temps, et peut-être pour longtemps " Voila ce qu'écrivait John Maynard Keynes dans un essai intitulé " La grande crise de 1930 ", dans lequel il essayait d'expliquer la catastrophe qui s'abattait alors sur le monde et les possibilités pour le monde de s'enrichir furent effectivement gâchées pour longtemps. Il fallut la deuxième guerre mondiale pour mettre un point final à la grande dépression.

D'abord pourquoi le diagnostic de Keynes sur la grande dépression, qu'il décrit comme étant une " pagaille" colossale, est-il aussi incontestable et pourquoi le domaine de l'économie vers 1975 s'est-il divisé en deux camps opposés sur la valeur des idées de Keynes ?

J'aime bien expliquer l'essence de la théorie économique de Keynes avec cette histoire vraie qui sert également de parabole, version à échelle réduite du gâchis qui peut affliger l'économie toute entière. Examinons les tourments de la coopérative des baby-sitters de Capitol Hill.

Cette coopérative dont les problèmes furent racontés en 1977 dans un article de la revue " Journal of Money, Credit and Banking ", était une association d'environ 150 jeunes couples qui se mirent d'accord pour s'entraider et assumer la garde de leurs enfants quand les parents voulaient sortir le soir. Pour s'assurer que tous les couples faisaient bien leur part de garde, la coopérative introduisit une forme de titre : des bons fabriqués à partir de papier épais, chacun permettant au porteur de bénéficier d'une demi-heure de garde. Au départ, les membres recevaient vingt bons quand ils s'inscrivaient et on leur demandait de restituer le même nombre de bons quand ils quittaient le groupe.

Malheureusement il s'avéra que les membres de la coopérative, en moyenne, désiraient disposer d'une réserve de plus de vingt bons, au cas où ils envisageraient de sortir plusieurs fois de suite. La conséquence fut que relativement peu de gens voulurent dépenser leurs bons et sortir, alors que beaucoup souhaitèrent assumer une garde pour augmenter leur allocation. Mais comme les occasions de garder les enfants n'existent que lorsque quelqu'un sort pour la nuit, cela voulait dire qu'il était difficile de faire garder ses enfants, ce qui rendit les membres de la coopérative plus réticents à sortir, réduisant encore les possibilités de garder des enfants.

En bref la coopérative connut une récession.

Que pensez-vous de cette histoire ? Ne la rejetez pas sous prétexte qu'elle est bête et insignifiante. Les économistes ont utilisé des exemples à petite échelle pour faire la lumière sur de grandes questions, depuis qu'Adam Smith a vu l'origine des progrès de l'économie dans une usine d'épingles et ils ont bien raison de faire ainsi. La question est de savoir si cet exemple particulier, dans lequel une récession est un problème de demande insuffisante (il n'y a pas assez de demandes pour faire garder les enfants, susceptibles de fournir des emplois à tous ceux qui en veulent un), si cet exemple donc, va au cœur même de ce qui se produit dans une récession.

Il y a 40 ans la plupart des économistes auraient été d'accord avec cette interprétation. Mais depuis lors, la macroéconomie s'est divisée en deux grands courants. Les économistes " saltwater " principalement dans les universités US de la côte, qui ont une vision plus ou moins keynésienne de ce qu'est une récession, et les économistes "freshwater " principalement dans les écoles à l'intérieur du pays, qui considèrent que cette vision est absurde.

Les économistes " freshwater " sont pour l'essentiel des puristes néoclassiques. Ils croient que toute analyse économique valable part du principe que les gens sont rationnels et que les marchés fonctionnent, un principe remis en cause par l'histoire des baby-sitters. Leur point de vue, c'est que la demande ne peut pas être insuffisante et généralisée, du fait que les prix fluctuent constamment pour que l'offre corresponde à la demande. Si les gens veulent plus de bons pour la garde de leurs enfants, la valeur de ces bons augmentera pour atteindre, disons, 40 minutes de garde plutôt qu'une demi-heure ou bien, ce qui est équivalent, le coût d'une heure de baby-sitting baisserait et passerait de deux bons à un bon et demi et le problème serait résolu. La valeur d'achat des bons en circulation aurait augmenté, de sorte que les gens ne ressentiraient plus le besoin de comptabiliser davantage et il n'y aurait pas de récession.

Mais les récessions ne ressemblent-elles pas tout simplement à des périodes pendant lesquelles il n'y a pas assez de demande pour employer tous ceux qui souhaitent travailler ? Les apparences peuvent être trompeuses, disent les théoriciens freshwater. Une " économie saine ", selon eux, nous dit qu'une panne complète de la demande ne peut pas se produire, et donc qu'elles ne se produisent pas. Les théories économiques de Keynes " se sont révélées fausses " selon Cochrane de l'Université de Chicago.

Et pourtant les crises se produisent. Pourquoi ? Dans les années 70, le chef de file des macroéconomistes " freshwater ", le prix Nobel Robert Lucas, affirma que les récessions étaient dues à une confusion temporaire : ouvriers et sociétés avaient du mal à distinguer les changements complets de niveau de prix à cause de l'inflation ou de la déflation dus aux changements dans leur propre secteur d'activité particulier. Et Lucas prévint que toute tentative visant à combattre le cycle économique serait contreproductif. Toute politique activiste, affirma-t-il, ne ferait qu'ajouter à la confusion.

Vers les années 80 cependant, c'est à peine si l'on acceptait l'idée que les récessions puissent être mauvaises. Cette idée avait été rejetée par bon nombre d'économistes freshwater. Au lieu de cela les nouveaux leaders du mouvement, en particulier Edward Prescott, qui étaient alors à l'Université du Minnesota (vous voyez l'origine du nom de " freshwater "), affirma que la fluctuation des prix et que les variations de la demande n'avaient absolument aucun rapport avec le cycle économique. Il faut plutôt considérer que le cycle économique reflète les fluctuations en rapport avec les progrès technologiques, amplifié par la réponse rationnelle des travailleurs qui sont volontaires pour travailler plus quand l'environnement est favorable et moins quand il ne l'est pas. Le chômage est une décision délibérée des travailleurs de se mettre en congé.

Enoncée crûment de la sorte, cette théorie a l'air stupide, la grande dépression était-elle véritablement l'équivalent de grandes vacances ? Franchement, je crois vraiment que c'est idiot, mais le principe de base du " cycle économique réel " de Prescott était noyé dans des modèles économiques habilement construits, élaborés à partir de vrais chiffres et qui utilisaient des techniques statistiques sophistiquées. Et cette théorie finit par dominer l'enseignement de la macroéconomie dans de nombreux départements universitaires. En 2004, reflétant l'influence de cette théorie, Prescott partagea le Nobel avec Finn Kydland de l'Université de Carnegie Melon.

Pendant ce temps, les économistes saltwater regimbaient. Là où les économistes freshwater étaient puristes, les économistes saltwater étaient pragmatiques. Quand les économistes tels que N.Gregory Mankiw de Harvard, Olivier Blanchard du MIT et David Romer de, l'Université de Californie, Berkeley, reconnurent qu'il était difficile de réconcilier les vues keynésiennes des récessions liées à la demande avec la théorie néoclassique, ils découvrirent des faits qui prouvaient si fortement la responsabilité de la demande qu'il était impossible de les rejeter. Aussi furent-ils enclins à écarter l'idée que les marchés sont parfaits, que la rationalité est parfaite, ou les deux à la fois, et à ajouter assez d'imperfections pour adopter une vision des récessions plus ou moins keynésienne. Et du point de vue Saltwater une politique active visant à combattre les récessions restait souhaitable.

Mais les économistes néokeynésiens (c'est ainsi qu'ils se nommaient eux-mêmes) n'étaient pas immunisés contre les charmes des individus rationnels et des marchés parfaits. Ils essayèrent de maintenir les écarts qui les séparaient de l'orthodoxie classique, de la manière la plus limitée possible. Cela voulait dire qu'il n'y avait pas place dans les modèles en vogue pour des choses telles que les bulles spéculatives et l'effondrement du système bancaire. Le fait que de pareilles choses continuaient à se produire dans le monde réel (il y eut une crise financière et macroéconomique terrible dans presque toute l'Asie en 1997-98 et un effondrement équivalant à une dépression en Argentine en 2002) n'eut pas d'écho dans le principal courant de pensée néokeynésien.

Même ainsi vous auriez pu penser que les différentes visions du monde des économistes freshwater et saltwater les mettaient constamment à couteaux tirés en matière de politique économique. Chose quelque peu surprenante cependant, entre 1985 et 2007, les conflits entre les économistes freshwater et saltwater portaient principalement sur la théorie et non sur l'action (les mesures à prendre). La raison en est, à mon avis, que les néokeynésiens, contrairement aux keynésiens à l'origine, ne pensaient pas que la politique fiscale, les changements dans les dépenses gouvernementales ou les impôts étaient nécessaires pour combattre les récessions. Ils croyaient qu'une politique monétaire gérée par les technocrates de la FED pourrait fournir tous les remèdes nécessaires à l'économie. Lors de la fête du 90ème anniversaire de Norton Friedmann, Bernanke, professeur à Princeton, autrefois plus ou moins néokeynésien, et alors membre du comité directeur de la FED, déclara au sujet de la grande dépression : " vous avez raison, c'est notre faute, nous le regrettons beaucoup mais, grâce à vous, cela ne se reproduira plus ". Le message était clair : tout ce qu'il vous faut pour éviter les dépressions, c'est une FED plus intelligente.

Tant que la politique macroéconomique resta entre les mains du maestro Greenspan sans les programmes stimulants de type keynésiens, les économistes freshwater ne trouvèrent pas grand chose à redire (ils ne croyaient pas que la politique monétaire eût une influence positive, mais ne croyaient pas non plus qu'elle eût une influence négative).

Il fallait une crise pour révéler aux deux combien ils avaient peu de choses en commun et à quel point même les économistes néokeynésiens étaient devenus disciples de Pangloss.


V. Personne n'aurait pu prévoir.

Dans les récentes discussions d'économistes contrits, la phrase passe-partout est devenue : "  Personne n'aurait pu prévoir ". C'est ce que l'on dit quand on est face à un désastre qui aurait pu être prédit, aurait dû être prédit et fut bel et bien prédit par quelques économistes qui, pour la peine, furent l'objet de moqueries. Prenez par exemple la montée et la baisse brutale des prix du logement. Des économistes, dont, il faut le noter, Robert Shiller, identifièrent effectivement la bulle spéculative et mirent en garde contre les conséquences douloureuses, au cas où elle viendrait à crever. Et pourtant les décideurs ne virent pas l'évidence. En 2004, Alan Greenspan, refusa d'engager des discussions sur la bulle du logement. Une grave distorsion nationale des prix, déclara-t-il, était des plus improbables. L'augmentation des prix, remarqua Ben Bernanke en 2005, est en grande partie le reflet de puissants fondamentaux économiques.

[Nota : Krugman oublie de citer son collègue français, Maurice Allais, qui annonce la catastrophe depuis longtemps en expliquant en détail le rôle dévastateur de la création monétaire privée (celle des banques commerciales à l'occasion du crédit) dans la fuite en avant des escrocs de "la finance". ÉC]

Comment se fait-t-il qu'ils n'aient pas vu la bulle ? Rendons leur justice. Les taux d'intérêt étaient inhabituellement bas, ce qui expliquait peut-être la montée des prix. Peut-être que Greenspan et Bernanke voulaient également fêter le succès de la FED qui avait sorti l'économie de la récession de 2001. Reconnaître que la plus grande part de ce succès reposait sur la création d'une monstrueuse bulle aurait jeté un froid sur les festivités.

Mais quelque chose d'autre se passait : la croyance selon laquelle les bulles ne se produisent pas s'était généralisée. Ce qui frappe quand on relit les assurances données par Greenspan, c'est quelles ne reposaient pas sur des preuves, elles étaient basées sur l'affirmation a priori que, tout simplement, il ne peut pas y avoir de bulle dans le secteur du logement. Et les théoriciens de la finance étaient encore plus catégoriques sur ce point. Dans une interview en 2007, Eugen Fama, le père de l'hypothèse du marché efficace, déclara que " le mot bulle l'énervait au plus haut point " et poursuivit en expliquant pourquoi l'on peut se fier au marché du logement : " les marchés du logement sont moins clairs mais les gens font très attention quand ils achètent des maisons. C'est typiquement le plus gros investissement qu'ils vont faire, aussi se documentent-ils très soigneusement et comparent les prix. Ils disposent d'offres très détaillées. "

Il est certain que les acheteurs de maison, en général, comparent soigneusement les prix, c'est-à-dire qu'ils comparent le prix de leur achat potentiel avec le prix d'autres maisons. Mais cela ne nous dit pas si, globalement, le prix des maisons est justifié. C'est encore de l'économie ketchup : à partir du moment où les deux quarts d'une bouteille de ketchup coûtent deux fois plus qu'un quart de bouteille, les théoriciens de la finance déclarent que le ketchup est à son juste prix.

En résumé, le fait de croire en des marchés financiers efficaces a empêché un grand nombre, sinon la plupart des économistes, de voir l'émergence de la plus grosse bulle financière de l'histoire. Et la théorie du marché efficace a également contribué au premier chef à gonfler cette bulle.

Maintenant que la bulle non diagnostiquée a éclaté, le véritable risque encouru par les placements sensés être sûrs a été mis au grand jour et le système financier a fait la preuve de sa fragilité. Les ménages américains ont vu 13 milliards de richesse s'évaporer. Plus de 6 millions d'emplois ont été perdus et le taux de chômage semble se diriger vers son plus haut niveau depuis 1940. Quel conseil l'économie moderne a-t-elle alors à proposer dans la situation actuelle ? Et devons nous lui faire confiance ?


VI. Chamailleries stimulantes.

Entre 1985 et 2007, une fausse paix s'installa sur la macroéconomie. Il n'y avait pas eu de réelles convergences de vues entre les factions saltwater et freshwater. Mais c'était les années de la grande modération, longue période pendant laquelle l'inflation fut maîtrisée et les récessions plutôt de faible amplitude. Les économistes saltwater croyaient que la Federal Reserve maîtrisait tout. Les économistes freshwater ne pensaient pas que les mesures prises par la FED eussent des effets bénéfiques, mais ils étaient d'accord pour laisser les choses en l'état.

Mais la crise mit fin à cette drôle de paix. Brusquement les politiques technocratiques étroites que les deux côtés consentaient à accepter, n'étaient plus suffisantes et le besoin d'une réponse plus ample fit ressurgir les vieux conflits avec plus de violence que jamais.

Pourquoi cette politique étroite et technocratique n'était-elle pas suffisante ? La réponse tient en un mot : le chiffre zéro.

Dans le cas d'une récession normale, la FED répond en achetant aux banques des Bons du Trésor, la dette à court terme du gouvernement. Cela tire vers le bas les taux d'intérêt sur la dette du gouvernement. Les investisseurs à la recherche de taux plus élevés vont vers d'autres biens, tirant également les autres taux d'intérêt vers le bas et, normalement, ces taux d'intérêt revus à la baisse mènent vers un rebond économique. La FED géra la récession commencée en 1990, en ramenant les taux d'intérêt à court terme de 9% à 3%. Elle géra la récession qui a commencé en 2001 en ramenant les taux de 6,5% à 1% et elle essaya de gérer la récession actuelle en ramenant les taux de 5,25% à zéro.

Mais il s'avéra que zéro n'était pas assez bas pour mettre fin à cette récession et la FED ne peut pas faire descendre les taux en dessous de zéro, puisque, lorsque les taux s'approchent de zéro, les investisseurs gardent tout simplement leur argent, au lieu de le prêter. Aussi, à la fin de l'année 2008, les taux d'intérêt atteignaient-ils ce que les macroéconomistes appellent la limite zéro, alors même que la récession continuait de s'aggraver : la politique monétaire conventionnelle n'offrait plus aucune solution.

Alors quoi ? C'est la deuxième fois que l'Amérique est allée jusqu'à la limite zéro, l'occasion précédente étant la grande dépression. Et c'est précisément la constatation qu'il y a une limite basse aux taux d'intérêt, qui a amené Keynes à se prononcer en faveur de dépenses gouvernementales accrues. Quand la politique monétaire ne marche pas et qu'il n'est pas possible de persuader le secteur privé de dépenser plus, c'est au secteur public de prendre sa place en soutenant l'économie. Le stimulus fiscal est la réponse keynésienne au genre de situation économique de type dépression, dans laquelle nous nous trouvons actuellement.

De telles idées keynésiennes sous-tendent les mesures économiques de l'administration Obama, et les économistes freshwater sont furieux. Pendant près de 25 ans, ils ont toléré les efforts que faisait la FED pour diriger l'économie mais une résurgence keynésienne généralisée était quelque chose d'entièrement différent. Déjà en 1980, Lukas de l'Université de Chicago, avait écrit que l'économie selon Keynes étaient si ridicule que " dans les séminaires de recherche on ne prend plus au sérieux les théories de Keynes ; l'auditoire se met à échanger murmures et ricanements ". Admettre que Keynes avait, après tout, pratiquement raison, aurait été par trop humiliant.

Et Cochrane de Chicago, outragé à l'idée que les dépenses du gouvernement pourraient atténuer la dernière récession, déclara : " cela ne fait pas partie de l'enseignement dispensé par un quelconque professeur aux étudiants diplômés. Les idées de Keynes sont des contes de fées, dont on a prouvé qu'elles étaient fausses. Il est très réconfortant en période de stress de retourner aux contes de fées que nous avons entendus quand nous étions enfants, mais cela ne les rend pas moins faux. " Le fait que Cochrane ne croit pas que quiconque puisse enseigner des idées, qui sont, en fait, bel et bien enseignées dans des endroits comme Princeton, MIT et Harvard, montre bien la profondeur du désaccord entre freshwater et saltwater,

Dans le même temps, les économistes saltwater, qui s'étaient consolés en croyant que le grand fossé de la macroéconomie se réduisait, furent choqués quand ils s'aperçurent que les économistes freshwater n'avaient pas écouté du tout. Les économistes freshwater qui pestaient contre l'intervention fiscale ne ressemblaient pas à des érudits qui avaient pesé les arguments de Keynes et les avait trouvés manquant de pertinence. Ils ressemblaient plutôt à ces gens qui ne savaient rien de la doctrine économique keynésienne et qui ressuscitaient les erreurs d'avant 1930, croyant énoncer quelque chose de nouveau et de profond.

Et Keynes n'était pas le seul dont les idées semblaient avoir été oubliées. Comme l'a fait remarquer Brad DeLong de Berkeley, l'Université de Californie, déplorant " l'effondrement intellectuel " de l'Ecole de Chicago, la position actuelle de l'Ecole se résume également à un rejet complet des idées de Milton Friedman. Friedman pensait que c'était la politique de la FED plutôt que des changements dans les dépenses gouvernementales, qui devrait être utilisée pour stabiliser l'économie. Mais jamais il n'affirma qu'une augmentation des dépenses du gouvernement puisse, en quelque circonstance que ce soit, augmenter le chômage. En fait, en relisant le résumé des idées de Friedman de 1970, " un cadre théorique pour l'analyse monétaire", ce qui frappe, c'est qu'il semble très keynésien.

Il est certain que Friedman ne s'est jamais rangé à l'idée que le chômage de masse représente une réduction volontaire de l'effort pour travailler ni à l'idée que les récessions sont bonnes pour l'économie. Et pourtant la génération actuelle d'économistes freshwater a fabriqué ces deux arguments. Ainsi Casey Mulligan de Chicago suggère que " le chômage est à ce point élevé, parce que beaucoup de travailleurs choisissent de ne pas prendre d'emploi ". Les employés sont face à des mesures financières qui les encouragent à ne pas travailler. La baisse de l'emploi s'explique plus par les offres de travail (la volonté qu'ont les gens de travailler) et moins par la demande de travail (le nombre de travailleurs que les employeurs ont besoin d'embaucher). Muligan a suggéré en particulier que les travailleurs choisissent de rester au chômage, parce que cela améliore leurs chances de recevoir l'exonération fiscale sur les emprunts immobiliers. Et Cochrane déclare qu'un taux élevé de chômage est une bonne chose : " Il nous faut une récession. Les gens qui passent leur vie à planter des clous au Nevada ont besoin de quelque chose d'autre à faire ".

Personnellement je pense que c'est totalement idiot. Pourquoi faudrait-il qu'il y ait un chômage de masse dans toute la nation pour que les charpentiers quittent le Nevada ? Est-ce que l'on peut sérieusement affirmer que nous avons perdu 6,7 millions d'emplois parce que moins d'Américains veulent travailler ? Mais il était inévitable que les économistes freshwater finissent par se trouver coincés dans ce cul-de-sac. Si vous partez du point de vue que les gens sont parfaitement rationnels et que les marchés sont parfaitement efficaces, vous devez en conclure que le chômage est volontaire, et les récessions souhaitables.

Et pourtant si la crise a précipité les économistes freshwater dans l'absurdité, elle a amené beaucoup d'économistes saltwater à l'introspection. Le fondement de leurs idées, contrairement à l'Ecole de Chicago admet la possibilité d'un chômage involontaire et considère également que c'est une mauvaise chose. Mais les modèles néokeynésiens, qui sont devenus majeurs dans l'enseignement et la recherche, supposent que les gens soient parfaitement rationnels et les marchés financiers parfaitement efficaces. Pour intégrer dans leurs modèles quelque chose qui ressemble à la crise actuelle, les néokeynésiens sont forcés d'introduire une sorte de " facteur flou " , lequel, pour des raisons non précisées, fait baisser les dépenses privées ( c'est exactement ce que j'ai fait dans certains de mes travaux). Si l'analyse qui permet de savoir où nous en sommes aujourd'hui repose sur ce facteur flou, quelle confiance pouvons nous avoir dans ces modèles pour prédire où nous allons demain ?

En résumé, l'état de la macro n'est pas bon, alors vers quoi la profession se dirige-t-elle ?


VII. Imperfections et frictions.

L'économie, en tant que telle, s'est mise en difficulté parce que les économistes ont cédé au charme de la vision parfaite d'un système de marché bien huilé. Si la profession doit se racheter, elle devra se réconcilier avec une vision moins séduisante, celle d'une économie de marché qui a beaucoup de vertus mais qui est également émaillée d'imperfections et de frictions : la bonne nouvelle, c'est que nous n'avons pas à repartir à zéro. Même pendant les beaux jours de l'économie de marché parfait, on a beaucoup travaillé sur les façons dont l'économie réelle s'écarte de la théorie idéale. Ce qui va probablement se passer maintenant (en fait cela se produit déjà), c'est que les problèmes économiques que posent les imperfections et les frictions se déplacent de la périphérie de l'analyse vers son centre.

Il y a déjà un exemple assez bien développé du genre d'économie que j'ai en tête : l'école de pensée connue sous le nom de " finance comportementale ". Ceux qui pratiquent cette approche insistent sur deux choses : en premier, beaucoup d'investisseurs du monde réel offrent très peu de ressemblance avec les froids calculateurs de la théorie du marché efficace. Ils sont trop sujets à des comportements moutonniers, à des accès d'exubérance irrationnelle et de panique injustifiée. Deuxièmement, même ceux qui essaient de baser leurs décisions sur des calculs froids s'aperçoivent souvent qu'ils ne le peuvent pas, que les problèmes de confiance, de crédibilité et de nantissement limité les obligent à suivre le troupeau.

Sur le premier point, même pendant les beaux jours de l'hypothèse du marché efficace il semblait évident que beaucoup d'investisseurs du monde réel ne se comportaient pas de manière aussi rationnelle que l'affirmaient les modèles du moment. Un jour Larry Summers commença un article sur la finance en déclarant "  Ce sont des idiots. Regardez autour de vous. ". Mais de quelle sorte d'idiots parlons-nous ? Le terme que l'on préfère en littérature académique c'est " noise traders ", (traders dont les décisions d'acheter, de vendre ou de garder ne reposent pas sur une analyse fondamentale) ? La finance comportementale qui tend vers le mouvement plus large, connu sous le nom de " économie comportementale ", essaie de répondre à cette question en établissant un rapport entre l'apparente irrationalité des investisseurs et certains penchants bien connus de la connaissance humaine tels que faire plus de cas de petites pertes que de petits gains ou la tendance à extrapoler trop volontiers à partir de petites détails ( par exemple le fait de penser que, parce que les prix domestiques ont grimpé au cours des dernières années, ils vont continuer de le faire).

Jusqu'à la crise, des défenseurs du marché efficace tels que Eugen Fama rejetaient les arguments produits en faveur de la finance comportementale, disant que c'était une " collection  de curiosités " sans réelle importance. C'est un point de vue beaucoup plus difficile à défendre maintenant que l'effondrement d'une énorme bulle, correctement diagnostiquée par les économistes comportementaux, tels que Robert Shiller de Yale, lequel la rapprocha d'épisodes passés d'exubérance exceptionnelle, a mis à genoux l'économie mondiale.

Sur le deuxième point : supposons qu'il y ait effectivement des idiots. Quelle est leur importance ? Elle n'est pas grande, affirma Milton Friedman dans un article influent de 1953. Les investisseurs rusés gagneront de l'argent en achetant quand les idiots vendent et en vendant quand ceux-ci achètent et, ce faisant, stabiliseront les marchés. Mais le second aspect de la finance comportementale dit que Friedman avait tort, que les marchés financiers sont parfois extrêmement instables. Actuellement ce dernier point de vue parait difficile à rejeter.

Dans cette veine, l'article probablement le plus influent fut une publication en 1997 de Andrei Shleifer de Harvard et de Robert Vishny de Chicago qui se résumait en une officialisation du vieux couplet selon lequel " le marché peut rester irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable. ". Se posant en arbitragiste, ils firent remarquer que les gens qui sont sensés acheter bas et vendre haut ont besoin de capital pour le faire et qu'une sévère dégringolade des prix des biens, même si cela n'a pas de sens sur le plan des fondamentaux, a tendance à réduire le capital. Le résultat c'est que l'argent destiné à faire des investissements au moment opportun (smart money), se trouve chassé du marché et les prix peuvent entamer une dégringolade en spirale.

L'étendue de la crise financière actuelle a été, à peu de choses près, une leçon de choses sur le danger de l'instabilité financière. Et les grandes idées qui sous-tendent les modèles d'instabilité financière se sont révélées tout à fait applicables à la politique économique. L'accent mis sur la perte de capitaux des institutions financières a en effet aidé, après la chute de Lehman, à prendre des mesures politiques et on dirait (croisons les doigts !) que ces mesures ont réussi à empêcher un effondrement financier encore plus grand.

Et pendant ce temps, qu'est devenue la macroéconomie ? Les récents événements ont pratiquement permis de réfuter l'idée que les récessions constituent une réponse optimale aux fluctuations du taux de progrès technologiques; et donc d'affirmer qu'une vue plus ou moins keynésienne est la seule qui soit plausible. Néanmoins les nouveaux modèles standards keynésiens n'ont pas laissé de place à une crise comme celle que nous vivons, parce que ces modèles acceptaient généralement l'idée du marché efficace dans le secteur financier.

Il y eut quelques exceptions. Une piste de travail dont le pionnier n'était autre que Ben Bernanke, travaillant avec Mark Gertler de l'Université de New York, mit l'accent sur la façon dont le manque de garanties suffisantes peut gêner la capacité du monde des affaires à réunir des fonds et à continuer de chercher des occasions d'investir. Une autre piste de travail établie par mon collègue de Princeton, Nobuhiro Pkiotaki et John Moore de la London School of Economics affirma que les prix des biens, tels que ceux de l'immobilier, peuvent souffrir de baisse qui se renforcent d'elles-mêmes et qui à leur tour dépriment l'économie dans sa totalité. Mais jusqu'à présent l'impact d'une finance défaillante n'a pas été au centre de l'économie, même keynésienne. Il est clair que cela doit changer.



VIII. Retour vers Keynes.

Voici ce que, selon moi, les économistes doivent faire. D'abord ils doivent regarder en face cette réalité inconfortable que les marchés financiers sont loin d'être parfaits, qu'ils sont sujets à d'extraordinaires illusions et à la folie des foules. Ensuite, et ce sera très dur pour ceux qui se sont moqués de Keynes, ils doivent reconnaître que l'économie keynésienne demeure le meilleur cadre que nous ayons pour donner un sens aux récessions et aux dépressions. Et troisièmement, faire de leur mieux pour incorporer les réalités de la finance dans la macroéconomie.

Beaucoup d'économistes trouveront que ces changements sont très inquiétants. Il faudra beaucoup de temps, si jamais cela se produit, avant qu'une approche plus réaliste de la finance et de la macroéconomie ne propose la même clarté, la même exhaustivité et la même beauté que l'approche entièrement néoclassique. Pour quelques économistes ce sera un argument pour s'en tenir au néoclassicisme, malgré l'échec complet qu'il a subi en étant incapable de donner du sens aux plus grandes crises vécues par trois générations. Il nous semble cependant que le moment est venu de rappeler les paroles de H. L. Mencken, " il y a toujours une solution facile à tout problème humain : elle est claire, convaincante et fausse ".

Quand on en vient au problème si profondément humain des récessions et des dépressions, les économistes doivent laisser de côté la solution claire mais fausse qui consiste à supposer que tout le monde est rationnel et que les marchés fonctionnent parfaitement. La vision qui prend corps, alors que les économistes réfléchissent aux fondements de leur profession, n'est peut-être pas aussi claire que cela. Elle ne sera certainement pas nette. Mais on peut espérer qu'elle aura la vertu d'être, au moins en partie, dans le vrai.


Paul Krugman écrit dans Times Op-Ed. Il est lauréat du prix Nobel de Sciences Economiques en 2008. Son dernier ouvrage : " The Return of the Depression Economics and the Crisis of 2008 "

Source : Chômage et monnaie : http://www.chomage-et-monnaie.org/Docum … co_fr.html

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