9 juin 2003.

Proposition constructive et de bon sens :
rendre OBLIGATOIRE un STAGE DANS UNE VRAIE CLASSE
avant de participer à la rédaction d'un programme d'enseignement.

 

Chers amis, bonjour.

Cette rénovation des programmes de Première STT est une fois de plus l'occasion de constater l'invraisemblable décalage qui sépare trop souvent la réalité des élèves concernés et l'image intellectuelle que se font les rédacteurs de programmes de ces élèves et de leurs possibilités.

Au moment de fixer les programmes d'enseignement, il est pourtant certain que c'est en toute BONNE FOI, et avec la meilleure volonté du monde que les plus grands savants du pays EMPILENT consciencieusement les savoirs les plus passionnants pour les meilleurs experts. Il faut remercier ces éminences de leurs efforts louables pour l'édification de notre jeunesse : nous avons sûrement besoin d'eux.

 

Mais le décalage observé est choquant et entraîne évidemment une grande détresse au moment d'appliquer les programmes sur le terrain, aussi bien pour les professeurs que pour les élèves. 

 

C'est d'autant plus choquant que ceux qui souffrent de ces erreurs ne sont pas ceux qui les ont commises.

 

Il existe pourtant un REMÈDE SIMPLE pour guérir vraiment ce mal profond dont souffre notre pays depuis longtemps :

Toutes les personnes qui travaillent sur les programmes d'une classe donnée devraient obligatoirement, pour être accréditées, pour avoir un droit de proposition, et surtout pour avoir un droit de vote, avoir fait préalablement un STAGE récent de quelques jours DANS UNE VRAIE CLASSE.

TOUS les membres, y compris le(s) pilote(s) de la réflexion, les universitaires, les inspecteurs, les professeurs, les divers consultants...

Absolument TOUS.

Pas de dispense,  pas d'équivalence...  STAGE O-BLI-GA-TOIRE.

On essaiera peut-être de faire admettre qu'un stage d'OBSERVATION pourrait suffire.

Je pense pourtant qu'un stage d'ENSEIGNEMENT RÉEL aurait les effets les plus positifs sur la qualité des programmes ensuite proposés, aussi bien sur le fond (les contenus), que sur la forme (les modalités et les horaires).

 

On devrait même faire ce stage en deux parties :

q      Un premier stage AVANT de participer aux débats ou de formuler des propositions (un stage de 3 jours, par exemple). L’objet de ce premier stage serait de toucher du doigt les forces et les faiblesses du public réel, en lui enseignant quelques points du programme actuel.

q      Et un deuxième stage de plusieurs jours, APRÈS avoir rédigé des propositions de programme : l'objet de ce deuxième stage serait d'enseigner effectivement soi-même, auprès du VRAI PUBLIC VISÉ, ce qu'on propose de généraliser au pays.

Bien sûr, seuls quelques points seraient enseignés, faute d'avoir le temps de tout tester, mais il est certain que quelques tests seraient déjà très éclairants pour nos décideurs.

 

Il est important que CELUI QUI TESTE les thèmes à enseigner soit précisément CELUI QUI PROPOSE les thèmes à enseigner, sans délégation possible, et dans le respect des CONTRAINTES HORAIRES qu'il propose lui-même de fixer.

 

Il est également important que le testeur fasse une INTERROGATION ÉCRITE  (ou un autre type d'évaluation,  adaptée au thème,  mais surtout NOTÉE),  pour vérifier efficacement la faisabilité de la transmission du savoir prévu, en conditions réelles.

Les notes obtenues par les élèves à l'interrogation écrite seraient naturellement annexées au dossier de la préparation de la réforme.

 

Ce serait enfin  "la QUALITÉ"  à l'Éducation Nationale : chacun CONTRÔLERAIT réellement sa production.

 

 

On ne chercherait plus seulement à recenser ce qui est intéressant pour un public virtuel, mais plutôt ce qui est intéressant et accessible au vrai public concerné dans les temps impartis.

 

L'idée simple serait donc : pas de stage, pas de pouvoir sur le nouveau référentiel.

 

Cette mesure de bon sens serait peu coûteuse  et aurait toutes les chances de modifier durablement  et positivement tous les programmes scolaires français.

 

Je pense qu'il y a là une RESPONSABILITÉ POLITIQUE à prendre au plus haut niveau, pour le bien de la Cité.

 

Bien cordialement.

 

Étienne Chouard.
Lycée Marcel Pagnol, Marseille.
etienne.chouard@arc-en-ciel.info 
www.arc-en-ciel.info

 

 

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Réponse de Marc Romano, le 12 juin 2003 :

 

Pas d'accord ! Mais alors, pas d'accord du tout ! Enfin, presque pas.

Tout d'abord, pour être vraiment efficace, un tel stage devrait se prolonger sur un an, ou mieux, sur un cycle première / terminale, avec la "sanction" des résultats à l'examen au bout. Nous savons tous que les élèves changent de comportement lorsqu'il y a un "estranger" dans la classe. Limiter cette prise de contact à quelques séances ne ferait que fausser encore davantage l'image que retireraient de la filière les "têtes pensantes".

Je m'inscris en faux ensuite contre l'idée que seuls les enseignants de terrains devraient être habilités à définir les programmes. Une telle mesure aboutirait vite aux mêmes dérives que celles de l'épreuve pratique, qui font l'objet d'un autre débat actuellement sur la liste. On descendrait très vite le niveau d'exigence au plancher que peuvent atteindre les élèves. Ou certains profs...

Les profs "de base" n'ont de plus qu'une vision partielle de l'ensemble de la filière. Le coté "généraliste" du prof d'éco-gestion est un mythe, qu'il serait très dangereux de prendre pour argent comptant. De fait, chacun s'est spécialisé dans un ou deux domaines au maximum, et c'est le plus que l'on peut faire si l'on ne veut pas raconter n'importe quoi.

Je constate d'autre part que, même au sein d'une même spécialité, nous avons parfois du mal à nous accorder sur ce qui est important et ce qui l'est moins. Transposez le phénomène au niveau de l'ensemble de la filière, et vous obtiendrez une cacophonie, une auberge espagnole, un buffet garni où l'on goûtera à tout sans vraiment apprécier un plat.

Il est nécessaire qu'une réflexion globale soit menée, par des gens qui essaieront d'apporter une vision générale, plus synthétique des choses. C'est indispensable si l'on veut conserver une cohérence à l'ensemble du système.

Voilà pour l'argumentation "contre". Maintenant, passons de l'autre côté du miroir.

Ce qui est dangereux, et qui ne devrait pas être, c'est que SEULES ces personnes éloignées de la réalité du terrain décident des programmes, sans réelle discussion avec ceux qui sont dans le cambouis toute l'année, au contact des élèves. Et ce n'est pas au stade final, avec un erzatz de consultation, tronquée, mal fagotée, que ces hommes de terrain doivent intervenir, mais dès le départ, à l'origine de la conception.


Combien de professeurs de STT en activité, représentant quelles régions, quels environnements sociaux et culturels, ont participé réellement à l'élaboration du programme rénové de la filière Economie et Gestion ? Je parle de profs de base, chargés d'enseignement, pas d'IPR. Non pas que ces derniers ne travaillent pas, mais ils n'ont pas, ou plus, le contact quotidien avec la population scolaire. Ils ont eux aussi une vision différente, qui doit aussi être prise en compte, au même titre que celle des penseurs et celle des hommes de terrain.

Toutes les démarches qualité utilisées actuellement dans le monde professionnel intègrent la prise en compte des remarques des hommes de base, simples ouvriers ou administratifs. Les cadres et dirigeants savent ce qu'il veulent, mais ne sont pas bien souvent capables d'analyser les conséquences pratiques de leurs idées. Ils ont besoin de l'avis de ceux qui seront appelés à les mettre en oeuvre. La "vérité" (si tenté qu'il y en ait une, unique et incontestable) naît de l'échange, de la confrontation de points de vue sur un même sujet, parfois opposés, mais toujours complémentaires. Il me semble que c'est là un des thèmes que nous essayons d'apprendre à nos élèves, et qui prendra de plus en plus d'importance, avec le nouveau programme de management des organisations.

Pourquoi, sacrebleu, faut-il que l'Education Nationale fasse exactement le contraire de ce qu'elle essaie d'apprendre à ses élèves ? Chez nous, les roseaux pensent, les herbes essaient de se faire une place en dessous. Et les fleurs ? Elles sont noyées dans tout ça, et ont bien du mal à éclore. Au bout du compte, c'est la qualité du bouquet qui en supporte les conséquences. Bien sûr, les clients les achètent quand même, ces bouquets pas beaux, parce qu'il n'ont pas le choix. Mais cela ne dure que le temps qu'ils cultivent eux-mêmes, dans leurs jardins, les fleurs qui constitueront leurs futurs bouquets.

Cordialement ;

Marc Romano
LTP Caucadis - Vitrolles

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Réponse d'Étienne :

Salut Marc :o)
Bonjour à tous.

C'est amusant parce que tu commences en disant que tu n'es pas d'accord du tout, pas du tout, du tout... et cinq paragraphes plus loin, nous voilà tous les deux d'accord sur tout... :o)

Hep ! Je n'ai bien sûr jamais dit que les professeurs de terrain devaient être les seuls à décider des nouveaux programmes... Ce serait fou, évidemment. Jamais dit ça.

Non, je cherche en fait un moyen raisonnable de RECONNECTER aux vrais élèves des gens de haut niveau que je crois sincèrement de bonne foi, mais simplement MAL INFORMÉS de la réalité du terrain.

Je ne cherche pas à niveler par le bas ou laisser se développer une stérile cacophonie en donnant la parole à tout le monde, Marc, d'où sors-tu tout cela ? Non, je cherche à PLAFONNER LES AMBITIONS avec plus de RÉALISME. On est bien tous d'accord sur cet impérieux besoin, n'est-ce pas ?

Il suffirait de peu de chose pour reconnecter les meilleurs savants à notre public : je pense que ce sont des cerveaux performants : ils n'auront pas besoin d'un an pour comprendre que les élèves ne savent rien en Bureautique, qu'ils ont beaucoup de mal à seulement lire une consigne simple, qu'ils détestent l'abstraction pour la plupart, qu'ils raffolent des travaux pratiques, qu'ils oublient 90 % de ce qu'ils ont appris dans les trois semaines qui suivent le dernier contrôle, et que finalement ils travaillent bien si on les prend dans le bon sens.

Un an de stage pour tous les décideurs, c'est simplement irréaliste : ces gens-là ont un métier, Marc, on ne peut pas leur demander de tout lâcher pendant un an, bien sûr. Cette proposition-là n'est pas raisonnable.

JE CHERCHE UNE VRAIE IDÉE RÉALISTE ET EFFICACE, pas un idéal inaccessible.

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J'ai une autre idée : on pourrait intégrer au groupe de travail obligatoirement TROIS PROFESSEURS ENSEIGNANT DEPUIS PLUSIEURS ANNÉES DANS LA CLASSE dont on discute les référentiels (il existe peut-être déjà de tels professeurs dans les groupes de travail actuels).

On prendrait ces professeurs dans des LYCÉES DIFFÉRENTS ET ASSEZ TYPÉS : quartier difficile, centre ville, campagne... car comme le dit Driss, les élèves changent beaucoup d'un milieu à l'autre.

Et surtout, l'idée forte serait de donner à chacun de ces professeurs de terrain un DROIT DE VETO en cas de projet irréaliste.

Voilà encore une mesure qui ne coûterait RIEN.

Il faut que la parole de ces professeurs-là soit forte et respectée dans le cas où une dérive maximaliste se ferait jour.

Car L'AMBITION EXCESSIVE d'un programme est une faute lourde, je le répète : elle est FACTEUR D'EXCLUSION. Il ne faut l'accepter sous aucun prétexte.

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Et ne me faites pas dire que je renonce à toute ambition, hé ! Ce n'est pas du tout ce que j'ai dit, n'est-ce pas ?

Je dis qu'il faut être RAISONNABLEMENT AMBITIEUX. Je dis qu'il faut que le succès et la performance des élèves soient possibles, accessibles.

Je dis que l'accessibilité de l'ambition est au moins aussi importante que l'ambition elle-même. Il ne suffit pas d'afficher de grands desseins, il faut s'en donner les vrais moyens, avec pragmatisme.

 

Pour notre réforme des STT, il nous manque sûrement DU TEMPS, beaucoup de temps, probablement parce qu'on présume exagérément des forces des Premières STT.


Amicalement.

Étienne.
Lycée Marcel Pagnol, Marseille.
etienne.chouard@arc-en-ciel.info  
www.arc-en-ciel.info