31 août 2003 -     Réflexions sur l’enseignement de l’informatique.
Quels sont les  VRAIS MOBILES  de la dérive de notre métier ?

                

 

Je regrette le ton combatif que doit parfois prendre mon plaidoyer,
mais nécessité fait loi : je LUTTE pour la SURVIE de MON MÉTIER.

 

 

Résumé :

 

q       Je réponds d'abord aux questions de Roger Sanchez (11/06) : oui, l’enseignement de la Bureautique est à la fois très consistant et très important pour les élèves. Le démontrer demande bien sûr de longues pages d’argumentation que je saurais fort bien rédiger puisqu'on est là au coeur même de mon métier, mais qui dépasseraient largement les limites admises ici.

 

La façon même dont Roger pose ses questions est vraiment blessante. Je veux croire que c’est involontaire : Roger ne se rend sûrement pas compte que la Bureautique, qu’il connaît mal et qu’il ravale si vite à presque rien, est précisément le domaine d’excellence de nombreux professeurs et de nombreux élèves dont il ignore simplement l’existence, les objectifs, les performances et les préoccupations, car ils sont très loin de son métier à lui. 

Ce message essaie de lui expliquer, et je suis sûr qu’il comprendra mieux après (j’espère).

 

q       La dérive vers l’informatique des "spécialistes gros systèmes" (ancien bac H) est bel et bien UNE AGRESSION,  il faut le comprendre,  il faut s'en rendre compte,  contre ceux des professeurs d’ÉcoGestion,  polyvalents par force,  qui enseignent de leur mieux la Bureautique depuis de longues années  et à qui on dit en ce moment : "ce que vous enseignez en Bureautique ne vaut rien ou pas grand-chose,  et on va vous dire, nous, ce qu’il faut enseigner en informatique"...

 

q       Les professeurs d’Informatique de gestion (IG) sont historiquement spécialisés sur leur discipline, c’est l’ancien bac H, et ils renâclent (ils se refusent même, souvent), avec quelques bonnes raisons, à devenir polyvalents  (ce qu’on leur demande depuis leur intégration dans la famille des professeurs d’ÉcoGestion).

 

Cette spécialisation en IG est bien LA condition qui rend possible leur  hyper compétence, sur une discipline très pointue qui n’a RIEN à voir avec le besoin général de la population : leur informatique à eux est une informatique DE MÉTIER.

 

Il est TRÈS CONTRADICTOIRE d'imposer la généralisation de cette informatique-là, particulièrement difficile et exigeante, sans spécialiser les professeurs d’EcoGestion qui devront l’enseigner, alors même que les profs d'IG eux-mêmes, dont c'est pourtant le métier depuis longtemps, s'accrochent à cette spécialisation pour rester performants.

 

Cette contradiction nous conduit à l’échec pour plusieurs raisons :

1) on enseignera des savoirs inutiles et décourageants pour le public concerné,

2) les professeurs d’EG, statutairement non spécialisés, enseigneront mal ce qu’ils ne connaissent pas.

 

Bilan : ON VA MAL ENSEIGNER DES SAVOIRS INUTILES ET DIFFICILES.

 

Est-ce raisonnable ?   Est-ce urgent ?

 

q       Ce débat est un combat, effectivement.   Et alors ?

 

Il est effectivement question de défendre la survie d’un enseignement utile, et avec la même force, de freiner le développement endémique d’un enseignement à la fois inutile et impossible hors de son public naturel.

 

La polémique n’est pas mauvaise en soi : il faut parfois un bon débat houleux pour remettre les choses en place. Un débat n’est pas forcément lisse et consensuel.

 

q       L’enseignement du FRANÇAIS est un exemple convaincant d'un enseignement important et pourtant totalement mécanique au début de l'apprentissage, et même pendant des années entières !

C'est bien la démonstration qu’on peut considérer cette phase opératoire plutôt bête comme une phase importante, incontournable pour les débutants, une première étape constructive, pour atteindre beaucoup plus tard la vraie maîtrise d’un outil complexe qui FINALEMENT SERVIRA BEL ET BIEN L’INTELLIGENCE.

 

On a trop souvent vilipendé l’enseignement de la Bureautique en n’observant que la première phase, les premiers pas initiatiques, forcément mécaniques, forcément sans intelligence au début, et on a conclu beaucoup trop vite que les outils bureautiques étaient par essence abêtissants ! C’est une très mauvaise analyse.

 

C’est une erreur de ne pas enseigner la Bureautique. On se prive ainsi d’un important LEVIER de productivité et de succès. Il faut au contraire y consacrer beaucoup de temps pour que les outils bureautiques deviennent naturels.

 

q       Une bonne clef pour trouver ce temps si important pour l’élève pour découvrir l’intelligence de ses outils, une bonne clef est la RÉDUCTION DES OBJECTIFS EN VOLUME : diminuons les savoirs par deux en économie, en droit, en informatique, et enseignons enfin,  avec du temps,  les MÉTHODES !

 

Pour l’informatique, limitons-nous à 3 ou 4 logiciels universels, et seulement aux fonctionnalités vraiment importantes, et travaillons l’autonomie, la créativité, la rigueur des contrôles... de façon concrète.

 

LE CONCRET AU SERVICE DE L’ABSTRAIT !  pour un public d’élèves qui en a bien besoin !

 

q       Pour répondre ensuite à Marc Romano (20/6) qui s’inquiète de n’avoir qu’une pensée unique pour prendre ses repères, je rappelle qu’il est justement question, depuis un mois, de s’affranchir de 15 ANS DE PENSÉE UNIQUE, 15 ans depuis lesquels il est de plus en plus mal vu d’oser défendre d’autres priorités que la sainte parole des spécialistes "gros systèmes".

 

q       Marc propose également d’enseigner à tous nos élèves l’usage simplifié d’un SGBDR et je suis absolument d’accord, à la très importante condition qu’on nous donne le TEMPS de l’enseigner comme il faut, et donc qu'on ne condamne pas à mort l'enseignement des autres logiciels universels.

 

L’enseignement actuel d’Access est très frustrant, très critiquable, faute de temps pour permettre à l’élève de comprendre ce qu’il fait et devenir autonome. Je dis que, si on sait au départ qu’on ne pourra jamais finir le travail, faute de temps, et qu’un travail partiel ne servira à rien, on ne le commence même pas : on change vite de priorité, pour ne pas perdre son temps.

 

q       Il ne faut surtout pas laisser généraliser la caricature du P10 du BTS CGO : ce qui nous attend en STT, si on laisse faire les "rénovateurs informatiques" jusqu'en Terminale, c'est un enseignement informatique difficile,  inutile,  HORS SUJET,  qui ENNUIE même les meilleurs élèves,  ce qui est,  pour moi,  un CAUCHEMAR DE PROF.

 

Les élèves sont grands, ils sont lucides, on ne leur fait pas prendre des vessies pour des lanternes : le détail du métier d'administrateur réseau et d'analyste-programmeur les indiffère totalement, et on les comprend facilement si on se met un tant soit peu à leur place.

 

Je me pose enfin d’importantes questions sur les MOBILES qui sous-tendent cette inexplicable dérive : après un mois d'examen très attentif de tous les arguments avancés, il est difficile de croire que seul l'intérêt des élèves soit le moteur de cette "erreur d'aiguillage". 

 

Il faudrait que les "spécialistes gros système" nous éclairent sur leurs fins véritables :

 

Qu'est-ce qui pousse ces informaticiens à essayer de nous faire croire que leurs savoirs très pointus (et inaccessibles aux non-spécialistes) sont indispensables à tous les élèves ?

 

Qu'est-ce qui les motive pour prétendre au contraire que la bureautique, dont ils ignorent tout, n'a pas d'importance et s'apprend seul, sans professeur ni référentiel précis, ni cours structuré ?

 

Qu'est-ce qui anime ces spécialistes pour essayer de devenir LA référence informatique incontournable pour TOUS les élèves, plutôt que pour les seuls élèves qui se destinent au métier d'informaticien ?

 

Est-ce que c’est vraiment l’intérêt des élèves ?

 

 

O  O  O  O  O

 

 

31 août 2003.

 

Bonjour à tous.

 

J’ai quelques nouvelles idées importantes à vous soumettre.


 

Est-ce que la Bureautique vaut d'être enseignée comme telle ?

 

Roger Sanchez, le 11 juin, a écrit :

 

« J'ai peut-être loupé quelques épisodes mais je n'ai vu nulle part la démonstration de l'universalité des outils bureautiques, affirmer ne suffit pas. (...) Le tableur est plus proche de la calculette que des maths, et le traitement de texte de la machine à écrire que du Français. Car que peut on apprendre d'autre qu'un mode opératoire ?  Et quelle est la pérennité de ce mode opératoire ? Il n'y a pas de tableur universel pas plus que de traitement de texte universel. Il y a les différentes versions du logiciel d'un éditeur particulier. Voilà un socle bien fragile pour une nouvelle universalité. Enfin leur apprentissage est nécessaire  non pas pour eux-mêmes mais pour ce qu'ils sont utiles à d'autres enseignements et il faut adapter l'approfondissement à ces enseignements. Parmi ceux-ci il y a l'informatique si on veut bien admettre que c'est un enseignement qui existe à part entière et une des disciples de l'éco/gestion que les lycéens peuvent choisir en connaissance de cause. Il ne faut pas inverser et étudier les outils pour eux-mêmes, un marteau n'a aucune utilité EN SOI, pas plus qu'une calculette ou une machine à écrire (...) ».

 

Je ne sais pas ce que tu enseignes,  Roger,  probablement l’Informatique de gestion,  mais moi,  c’est la Bureautique que j’enseigne depuis 20 ans.

                                                                                                                                

Il faut donc me croire (au moins un peu) quand je dis que :

 

• ces outils bureautiques sont un vrai LEVIER pour l’intelligence,

 

• ces outils bureautiques sont un vrai LEVIER pour la productivité personnelle,

 

• ces outils bureautiques sont un vrai LEVIER pour la réussite scolaire,

 

• ces outils bureautiques sont un vrai LEVIER pour l’intégration professionnelle et donc l'intégration sociale,

 

• ces outils bureautiques sont par ailleurs difficiles à maîtriser malgré la simplicité de leurs composants, du fait du nombre important de ces composants : il y a beaucoup de choses à connaître pour pouvoir ensuite naturellement penser à s’en servir.

 

• ces outils bureautiques sont difficiles à maîtriser intelligemment car les méthodes, la rigueur et la prudence s’improvisent très mal sans l’aide d’un prof et de nombreux exercices.

 

 

Comparer l'apprentissage des logiciels universels à l'apprentissage d'un simple marteau ou à celui d'une simple calculette, c'est ne pas connaître grand-chose aux logiciels en question : il n'est ni simple ni évident d'apprendre à se servir correctement des outils bureautiques courants.

 

On me reproche, et je le comprends, la longueur (et le poids) de mes mails. Mais il faut quand même admettre que ce que je dois démontrer demande une argumentation solide, par essence assez étoffée. Combien de pages devrais-je rédiger, Roger, pour te montrer l’épaisseur du savoir que je développe depuis vingt ans (sans t'en avoir parlé, c'est vrai), et que je transmets (très partiellement) en deux ans à mes étudiants ? J’ai droit à 10 lignes en texte brut ?

 

Il serait contradictoire  de me demander de prouver précisément ce que j’avance, et de me demander en même temps d’être très bref et sans utiliser de mise en forme, ça ressemblerait à de la censure. Ce n’est pas le cas ici. Merci aux responsables de notre liste de laisser cette liberté aux professeurs qui ont, parfois, exceptionnellement, un gros volume d’idées (importantes) à exprimer sur leur métier.

 

Je considère les professeurs comme des intellectuels, dotés d’un cerveau performant et entraîné, et donc, bien entendu, capables de lire 15 pages de texte dense sur le coeur de leur métier, sans se lasser et en restant bien concentrés.

 

Pour prendre la mesure de l'intérêt et de la difficulté de l'enseignement de la Bureautique, Roger, il faudrait que je te montre simplement mon cours d’ABI aux BTS AG-PME (seulement la partie qui touche les trois principaux logiciels sur deux ans, avec 1 h par semaine) : il commence par le début, l’initiation, les tout premiers pas, puisqu’on reçoit des bacheliers de S, de ES ou de L qui n’ont jamais touché un ordinateur. De toutes façons, les STT, de leur côté, ont de telles moeurs de Cro-Magnon sur PC qu’ils doivent tout reprendre à zéro. Et ils le reconnaissent tous, au bout de trois mois : « Ah oui, M’sieur, qu’est-ce qu’on avait comme mauvaises habitudes, c’est incroyable... ».

 

Ce cours fait 400 pages, Roger. Ce n’est pas un jouet. Je ne suis pas fou, je sais très bien de quoi je parle.

 

400 pages d’exercices progressifs qui s'enrichissent et s'affinent depuis vingt ans, modes opératoires mûrement réfléchis, soigneusement commentés et contextualisés, modes opératoires qui insistent beaucoup sur la méthode, sur les conseils de prudence, sur l’importance des contrôles, sur la responsabilité personnelle du créateur des solutions bureautiques, etc.

 

400 pages pour une heure par semaine pendant deux ans, et il en faudrait au moins le double car je manque cruellement de temps pour les exercices complémentaires qui conduiraient les élèves à une véritable autonomie fiable devant un problème inédit (c'est, pour moi, l'idéal).

 

J'ai bien l'impression, à te lire, que tu n'as jamais vu de mode opératoire utile, digne de respect...  Je me trompe ?

 

POURTANT, JE TE PARLE LÀ D’UN MÉTIER, ROGER, COMME LE TIEN.

 

TU ES SPÉCIALISÉ DANS UNE INFORMATIQUE,  MOI DANS UNE AUTRE.

 

Je te demande simplement de le reconnaître. Les professeurs de Bureautique sont nécessaires, tout comme les professeurs d’Informatique de gestion : la société a besoin d’eux. Il serait dangereux de n’écouter les conseils que des "spécialistes" d’une seule des deux informatiques.

 

La dérive actuelle, que je combats farouchement, nie la réalité du besoin général de compétences bureautiques, depuis de longues années, et fait comme si une seule informatique valait la peine d’être enseignée, comme si l’autre informatique , la Bureautique, était si bête, si simple, que chaque élève pourrait l’apprendre seul...  Ce sont des sornettes !

 

Il faut comprendre, je crois qu’il est assez facile de comprendre, que cette position est d’abord UNE AGRESSION contre les milliers de professeurs d’ÉcoGestion qui enseignent depuis longtemps la Bureautique, qui croient avoir rendu, et pouvoir rendre encore, de fiers services à leurs élèves, et que c’est ensuite UNE ERREUR considérable : enseigner la Bureautique n’est absolument pas "professionnaliser" les élèves...

 

Je ne sais pas qui a inventé cette expression sibylline, obscure, fallacieuse, mais c’est vraiment une mauvaise idée, un sophisme... Ou bien quelqu’un va me démontrer le contraire, rigoureusement s’il vous plaît, car comme le suggère très bien Roger, affirmer n’est pas prouver.

 

 

Spécialisation indispensable pour enseigner l'Informatique de gestion ?

 

Les professeurs d’IG préparaient naguère au bac H. Ces professeurs-là ne sont PAS POLYVALENTS : ils sont traditionnellement, par statut, SPÉCIALISÉS sur leur discipline informatique de type "gros système", ce qui leur permet d’atteindre l’excellent niveau qui est le leur. Chacun leur reconnaîtra qu'ils ont déjà largement à faire avec leur discipline, qui en regroupe en fait plusieurs, pour rester performants.

 

Il est très important de souligner que leur domaine d’excellence n’a RIEN à voir avec la Bureautique où ils sont notoirement et notablement incompétents, presque par religion. Mes amis informaticiens ne cachent pas leur réel dédain pour le texteur et le tableur qui sont, à leurs yeux, plus des jouets que des outils professionnels. Même Access est régulièrement tourné en dérision par les informaticiens de métier.

 

Donc, hyper compétents d’un côté, et délibérément incompétents de l’autre.

 

Il semble bien par ailleurs que, depuis leur intégration à notre famille EgoGestion, les professeurs d’IG renâclent beaucoup à enseigner le droit, l’éco, la communication, la comptabilité, les techniques commerciales, l‘organisation administrative, etc.

 

Ils refusent de devenir polyvalents pour rester efficients (on me contredira si je me trompe).

 

À mon avis, ils ont raison : en cherchant à devenir bon à tout, on devient immanquablement bon à rien. Je milite moi aussi, vous le savez, pour une certaine spécialisation des professeurs de Bureautique, tant la somme des techniques à maîtriser est importante. On pourrait même facilement distinguer plusieurs sous-disciplines en son sein. Seule une spécialisation, donc, au moins pendant un temps, permet à un professeur d’atteindre un bon niveau.

 

Mais en même temps, ils ont tort : un peu de polyvalence fait beaucoup de bien et donne du recul. Je me sers personnellement sans arrêt de tout ce que je sais en dehors de la Bureautique : comptabilité, organisation administrative, communication, techniques commerciales, économie, droit fiscal, droit civil, économie d’entreprise, etc.

 

C’est pourquoi la spécialisation que je réclame sur les outils bureautiques est une spécialisation RELATIVE : il faudrait pouvoir, pendant quelques années, enseigner beaucoup plus de Bureautique que d'habitude, mais rester POLYVALENTS SUR LE LONG TERME.

 

Il est très important que les compétences du professeur de Bureautique ne se limitent pas à l'informatique : cette trop grande spécialisation le gênerait beaucoup pour comprendre et expliquer, et encore plus pour créer des cas réels, professionnels.

 

Mais il ne faut surtout pas nous rendre trop polyvalents non plus, sinon ça va aussi dysfonctionner : s’il faut que j’enseigne la sociologie (j’en ai fait pas mal à la fac, c’était passionnant mais difficile), mon cours va être mauvais pendant un bon moment.

 

S’il faut que des professeurs qui n’ont jamais programmé de BDD enseignent Access, ça va être mauvais pendant un bon moment aussi !

 

Et s’il faut que les profs d’EG enseignent l’IG (Merise2, SQL, etc), ce sera une horreur.

 

Ce n’est pas la faute des profs, évidemment, c’est simplement le très mauvais côté de la polyvalence.

 

LE BON ÉQUILIBRE EST DONC DIFFICILE À TROUVER, mais l'hyper polyvalence qui devient la doctrine aujourd'hui est vraiment une plaie pour nous, pour notre niveau de maîtrise des savoirs, et donc pour nos élèves.

 

 

Pour revenir à la généralisation de l'enseignement des techniques des spécialistes "gros systèmes", je trouve vraiment très CONTRADICTOIRE d’imposer aux profs d’EcoGestion, par définition polyvalents et donc interdits de spécialisation, d’enseigner une discipline pointue (celle des informaticiens de métier : Merise, SQL, algorithmes, algèbre relationnelle, etc.) sur laquelle, précisément, les informaticiens réclament de rester eux-mêmes spécialistes !

 

Les profs d’EG n’arriveront jamais à enseigner tout ça correctement, les profs d'IG le reconnaissent eux-mêmes ! Ce n’est pas leur métier, et on leur interdit même de se spécialiser !

 

1) On va donc enseigner aux élèves des savoirs difficiles qui leur seront totalement inutiles.

 

2) Et on va mal leur enseigner, faute de nombreux professeurs assez pointus.

 

Sympathique perspective, n'est-ce pas ?

 

 

Débat ou combat ?

 

Un vieil ami, prof d’EcoGestion en P10, vient de m’écrire un très gentil message dans lequel il me reproche amicalement d’être en combat plutôt qu’en débat.

 

Il a raison : c’est un combat, effectivement, qu'il faut mener.

 

Mais il a tort de me le reprocher : il y a souvent des débats qui servent à combattre. Un débat n’est pas forcément lisse et consensuel.

 

Si le débat sert à démontrer une agression et à se défendre, il n’est ni étonnant, ni dommage d’y trouver de l’agressivité, pourvu qu’elle soit polie. Il faut bien un peu d’agressivité pour se défendre efficacement.

 

La polémique (débat houleux, avec de l’agressivité) n’est pas mauvaise en soi, si on reste courtois. La polémique se justifie même pleinement si, consciemment ou non, un des protagonistes a blessé l’autre et si le débat sert à recaler les choses. Il ne faut pas refuser la polémique en tant que telle, je pense. Une bonne polémique peut permettre d’appeler un chat un chat, avant le retour au calme.

 

En l’occurrence, LA BUREAUTIQUE EST NIÉE, "de l'extérieur", par les informaticiens de métier, COMME OBJET D’ENSEIGNEMENT EN STT.

 

J’ENSEIGNE MOI-MÊME, comme des milliers d’autres professeurs d’EcoGestion, CES OUTILS QUE JE CONNAIS PARFAITEMENT ET QUE J’ESTIME PARTICULIÈREMENT UTILES, À DE NOMBREUX POINTS DE VUE, POUR NOS ÉLÈVES SOUVENT EN DIFFICULTÉ.

 

Il ne faut donc pas s’étonner que je monte au créneau avec véhémence pour défendre ma vision de l’intérêt de mes élèves, vision longuement réfléchie et soupesée, et avec quelques arguments indéboulonnables, croyez-moi...

 


Qui sont donc ces gens qui n’ont jamais enseigné ma matière
, qui se sont spécialisés sur des compétences très éloignées, qui viennent me dire aujourd’hui que ce que j’enseigne ne vaut pas grand-chose et qui viennent même m’imposer d’enseigner à mes propres élèves des techniques pointues que, eux, spécialistes d’un sujet hors sujet, connaissent certes parfaitement, mais qui, à mon avis, ne serviront jamais à aucun de mes élèves ? 

 

Qui sont ces gens qui vont même écrire nos référentiels et nos bouquins, sans même intervenir dans les classes concernées ?!

 

Qui sont-ils pour m’imposer ça ? Des spécialistes ? Mais des spécialistes de quoi ? La question est essentielle.

 

 

S’ils sont spécialistes d’un domaine HORS SUJET, et c'est ici MANIFESTE !, ils sont, pour nos élèves à nous, INCOMPÉTENTS.

 

Ceci est CENTRAL.

 

L’incompétence reprochée est donc ici toute RELATIVE : nos soi-disant "spécialistes", notre "référence absolue", nos "gourous informatiques", sont hyper compétents sur l’informatique "gros systèmes, programmation et réseaux"  ET, TOUT À LA FOIS, ils sont totalement incompétents en Bureautique.

 

Ils sont même particulièrement malfaisants puisque, non contents de ne pas en connaître les techniques, les méthodes et la pédagogie, ils la mettent carrément à l'écart, sans autre forme de procès !

 

Or je prétends, moi, que c’est bien la Bureautique approfondie, avec ses méthodes et sa rigueur à elle, dont tous les élèves de STT ont besoin, et évidemment pas de l’informatique de métier !

 

Il y a donc matière à débat,  c'est clair,  mais je n'accepte pas qu’on décide de bouleverser ainsi  MON MÉTIER  sans me demander VRAIMENT mon avis.

 

Or la récente "consultation" sur la "rénovation" n’est qu’une parodie de démocratie, une tartuferie, et là, franchement, le bât blesse !

 

 

 

 

Les premiers pas sont mécaniques, en toute matière, ce n'est pas honteux.

 

Pour réhabiliter la Bureautique dans l'esprit de ses détracteurs injustes, souvent mal informés, j’ai trouvé ce matin une nouvelle comparaison très éclairante : on peut comparer l’enseignement de la Bureautique avec l’enseignement du FRANÇAIS : quoi de plus MÉCANIQUE que l’enseignement du français pendant toutes les premières ANNÉES de la vie ? B-A-BA longuement ressassé, tous les mots appris soigneusement PAR COEUR, la syntaxe, règle par règle, l’orthographe !

 

Quoi de plus ININTELLIGENT que l’orthographe ?! Et pourtant, que de milliers d’heures passées à maîtriser ce vulgaire outil ! Outil d’expression, complexe mais important.

 

On n’apprend pas "l’orthographe pour l’orthographe". On n’apprend pas non plus le français pour lui-même : on pourrait aussi bien apprendre l’anglais ou l’allemand... Non : on apprend une langue pour exprimer sa pensée, pour formuler les fruits de sa réflexion et les transmettre enfin !   La poésie elle-même, raffinement ultime,  serait inaccessible sans cet effort initial.

 

Mais QUE D’EFFORTS MÉCANIQUES ET BÊTES, au début, pour bien maîtriser cet outil formidable qu’est enfin la langue !

 

Il en est de même en Bureautique (comme en toute matière) : avant d'exprimer son talent, sa personnalité, son intelligence, l'humain doit passer par une phase initiatique mécanique qui lui donne la maîtrise des éléments de base.

 

Heureusement que personne n'a interdit de considérer l'apprentissage de la langue comme "un objet d'enseignement" sous le fallacieux prétexte que l'outil n'aurait pas d'intérêt "en soi"... Si vous voyez ce que je veux dire...

 

 

C’est exactement pareil avec un tableur : apprentissage mécanique au début, pour apprivoiser d’abord la foultitude de possibilités, puis petit à petit, à force de multiplier les exercices variés, à force d’augmenter la dose d’INITIATIVE de l’élève, à force de lui demander de plus en plus d’IMAGINER et CONTRÔLER lui-même la STRUCTURE de ses tableaux, après y avoir passé des heures et des heures ! l’élève va devenir enfin AUTONOME et FIABLE, et son outil va enfin devenir ce précieux LEVIER, ce que j’appelle un "prolongement de son cerveau" parce qu’un ordinateur réalise souvent très vite les travaux que le cerveau ne peut pas du tout assumer, même lentement : les deux se complètent donc très utilement, comme des collaborateurs naturels, À CONDITION QUE LE CERVEAU AIT PRÉALABLEMENT ET LONGUEMENT APPRIVOISÉ SES MEILLEURS OUTILS.

 

 

Ceux qui connaissent VRAIMENT un tableur, savent qu’un tableur n’est pas du tout qu’un simple calculateur : c’est un enthousiasmant OUTIL D’AIDE À LA DÉCISION.

 

C’est beaucoup plus complexe à maîtriser que ne le prétend Roger qui le ravale carrément au rang de calculette ! C'est vraiment ne pas connaître le sujet, pardon de le dire aussi crûment.

 

Quant à l’éditeur du logiciel, on aurait pu apprendre un autre tableur, peu importe (comme on aurait pu apprendre une autre langue que le français), mais l’important est d’habituer son cerveau aux possibilités et aux limites d’un tableur (comme l’important est de maîtriser un outil linguistique pour s’exprimer).

 

Ce n'est pas Excel ou Word qui sont universels (encore que...), ce sont le tableur et le texteur qui le sont absolument, et de façon planétaire !    Qui ne voit pas ça, partout autour de lui ?!

 

Je persiste à penser que ces problèmes d’éditeur, de versions, de logiciels "propriétaires" sont de faux problèmes, infiniment moins graves que ceux pour lesquels je me bats aujourd’hui :

 

Microsoft  ou pas, ce n’est pas important !  DONNEZ-NOUS SURTOUT DU TEMPS ET DES RÉFÉRENTIELS  PRÉCIS  POUR ENSEIGNER SÉRIEUSEMENT LES OUTILS BUREAUTIQUES UNIVERSELS !

 

 

 

 

Il faut beaucoup de TEMPS pour apprendre bien :

il ne faut donc pas juger les élèves sur leurs premiers pas,  forcément mécaniques.

 

On a donc besoin de temps pour bien enseigner la Bureautique, et justement : ON N'A ENCORE JAMAIS, EN FRANCE, PRIS CE TEMPS. 

 

Du temps pour les professeurs, qui doivent se forger une vraie compétence AVANT d'enseigner.

 

Du temps pour les élèves, qui ne sont pas des machines à apprendre et qui n'assimilent pas au pas de course.

 

Alors, voici ce qui s'est passé, il y a bien longtemps : devant les piteux résultats des élèves après un apprentissage bâclé en quelques pauvres heures d’exercices initiatiques, trop souvent dirigés par des profs quasiment débutants, à qui on demandait d'enseigner ça et aussi mille autres techniques difficiles, on a très hâtivement conclu que les outils bureautiques étaient fatalement sources d’apprentissage idiot !

 

Ce n’est pas bien observé, c’est MAL ANALYSÉ. C’est une très mauvaise décision que d’exclure la Bureautique de nos enseignements. Il faut revenir sur ce dogme. Il faut avoir le COURAGE de contredire les hautes autorités qui se trompent aussi lourdement.

 

 

Si on enseignait comme ça l’Informatique de gestion, en ne survolant que les premiers cours, et en les faisant enseigner par des professeurs débutants, on obtiendrait exactement les mêmes pitoyables résultats.    Il faut être JUSTE.

 

 

On n'a pas condamné l'Informatique de gestion, on a cru à son utilité et à son succès, on lui a donné les vrais moyens d'un enseignement sérieux et efficace.

 

Il est ÉQUITABLE ET URGENT de faire de même avec la Bureautique !

 

 

POUR APPRENDRE, UN CERVEAU HUMAIN A BESOIN DE TEMPS.

 

 

 

OÙ trouver ce temps si nécessaire ?

 

Pour dégager du temps, IL FAUT RÉDUIRE LA LONGUEUR DE PROGRAMMES, ET DONNER AINSI AUX PROFS ET AUX ÉLÈVES LE TEMPS DE DIGÉRER, D’ASSIMILER, d’acquérir l’intelligence des savoirs dispensés, pour enfin transposer les acquis, de façon autonome, sur de nouvelles situations.

 

DIMINUONS LES SAVOIRS économiques et juridiques PAR DEUX,  ne conservons QUE LES FONDAMENTAUX évidents et consensuels,  et TRAVAILLONS LA MÉTHODE, LA TRANSPOSITION, le décryptage des infos télévisées, par exemple, à travers une "grille de lecture" économique ou juridique...  Tout ça prend du temps.

 

En imposant un programme pharaonique en économie, qui n’est finalement qu’un empilement interminable de savoirs, on s’interdit absolument toute perspective de maniement intelligent de ces savoirs, faute de temps.

 

Au final, l’élève aura vite oublié les neuf dixièmes de ces savoirs empilés, et il n’aura presque pas acquis de méthode. En informatique, c’est pareil : limitons-nous aux fonctionnalités essentielles, universelles parce que très fréquemment transposables, dans trois ou quatre logiciels fondamentaux, universels eux aussi (tableur, texteur, SGBD, Internet, poste de travail connecté), et traitons-les BIEN avec du TEMPS.

 

Il faudra du temps pour bien les enseigner (cours et modes opératoires illustrés et bien commentés, en insistant sur les méthodes et l’esprit critique), du temps pour bien s’entraîner sur des exercices variés, du temps pour bien contrôler les acquis, du temps pour bien comprendre et transposer, du temps pour devenir vraiment autonomes et créatifs.

 

Un enseignement concret (et utile !)   au service de facultés abstraites.

 

 

 

Pensée unique

 

Pour répondre à Marc (Romano) qui s’inquiétait (le 20 juin) d’être influencé par le peu de réactions actuelles de la liste, je voudrais préciser un point :

 

La pensée unique, ce n’est pas en ce moment qu’elle se développe, c’est tout le contraire : la pensée unique, nous la subissons depuis 15 ans, d’abord dans le BTS CG (puis CGO) qui a servi de laboratoire d’essai, de rampe de lancement, et bientôt dans toutes les sections STT, si on laisse faire : le tout Merise, le tout SGBDR, le client serveur roi, le SQL sacré, la Bureautique méprisée comme s’il s’agissait d’une "série d’outils sans intérêt réservés aux petites mains prêtes à travailler", c’est précisément la pensée unique dont j’essaie de nous libérer, avant que l’irréparable ne soit commis.

 

Mon dernier message, celui du 18 juin, loin d’être le reflet d’une pensée unique, tente au contraire une synthèse consciencieuse, une comparaison, de plusieurs pensées, de 15 ou 20 messages importants de part et d’autre depuis un mois, parmi lesquels les défenseurs de la partie informatique de la "rénovation", (presque tous des spécialistes d’Informatique de gestion), ont bel et bien avancé de nombreux arguments, tous séduisants mais tous très fragiles ou fallacieux, d'où mon appel à la résistance.

 

 

Apprendre à  "parler l’informaticien"  pour faciliter le travail de l’informaticien ?

 

Marc a également écrit, pour justifier l'apprentissage du jargon des informaticiens par les futurs (et éventuels) clients des informaticiens :

 

« Il est aussi difficile aux informaticiens de déceler les besoins réels des utilisateurs qu'il l'est à ces mêmes utilisateurs d'exprimer ces besoins ».

 

OK pour le constat.

 

MAIS la première compétence, (déceler les besoins des utilisateurs), c’est le MÉTIER de l’informaticien, c’est son quotidien. C’est donc à lui de progresser, d’y passer beaucoup de temps, de devenir meilleur et d’atteindre SON objectif professionnel...  C'est à lui d'être bon, bien plus qu'à ses clients, évidemment...

 

Alors que la deuxième compétence (exprimer ses propres besoins) est par nature épisodique, conjoncturelle, plutôt rare : l’utilisateur n’exprime ses besoins que de temps en temps, et les dizaines d’heures (ou beaucoup plus !) d’apprentissage du vocabulaire et de la méthode Merise qu’on lui réserve en STT ne lui serviront en fait quasiment jamais à RIEN : au quotidien, il parlera très rarement à un informaticien pour lui exprimer ses besoins, et il est même probable que le jour où il en aura besoin, il aura presque tout oublié, faute d’entraînement.

 

C’est incroyable que cet argument très fort ne vous fasse pas changer d’avis. C’est vraiment surprenant. L’apprentissage du langage des informaticiens, même simplifié, c’est un vrai boulot, c’est long, c’est dur ! Et pour quoi faire ?

 

Non, ça n’est vraiment pas raisonnable, c’est une très mauvaise raison pour dépenser tant de précieuses et rares heures de cours à apprendre l’analyse et tout son jargon abstrus.

 

 

 

Apprendre LES RUDIMENTS de l’analyse à tout le monde ?

Bien sûr,  mais encore une fois : seulement si on nous donne le TEMPS.

 

Le 20 juin, dans un deuxième message, Marc a très bien écrit :

 

« Sur le fond, par contre, je pense que ces compétences doivent faire partie du background de toutes les filières STT. Etienne va hurler, je le sais, mais il sait aussi que sur ce point, nous ne sommes pas d'accord. Je crois que la conception et la mise en place d'une PETITE base de données, simple et limitée à quelques tables, est une compétence indispensable dans l'environnement tertiaire actuel, quelle que soit la spécialité. Ce genre d'application n'est ni exceptionnel, ni très éloigné de la réalité d'une petite organisation. Il y a pléthore de petits problèmes de ce type dans l'activité courante d'une organisation, pour lesquels un utilitaire de base de données constitue l'outil idéalement adapté. Or nous essayons de former nos élèves à choisir l'outil le mieux adapté à un problème, non ? »

 

« Je trouve notamment très intéressante la démarche qui conduit l'élève à construire le dictionnaire des données. Je l'utilise d'ailleurs dès le début de la 1ère, dès les premières applications sur tableur. Repérer les données élémentaires et calculées, les identifier de façon unique afin d'éviter toute double saisie, reconnaître leur type et leur structure et les affecter à un ensemble cohérent (qu'il s'agisse d'une entité ou d'une feuille de calcul dans un classeur) sont des préalables indispensables à l'utilisation rationnelle de n'importe quel outil informatique. On ne peut pas demander d'une part à ce que les élèves soient formés à une utilisation intelligente des outils bureautiques et se priver dans le même temps des moyens de cette intelligence d'usage. »

 

« Savoir analyser un problème de ce type, le traduire sous une forme normalisée (MCD et MRD), l'implanter sur un modèle physique, quel qu'il soit, sont des avancées positives introduites par la proposition de programme. Mais en ce qui concerne les spécialités autres que l'IG, il ne faut pas aller au delà : les notions d'algèbre relationnel, de SQL et autres composantes techniques de la programmation sont inutiles, voire dangereuses. Elles peuvent en effet avoir l'effet inverse de celui recherché : au lieu d'apprendre à utiliser, avec des limites précises et pour résoudre des problèmes limités et concrets, des techniques pratiques et utiles, on va en détourner une grande partie des utilisateurs potentiels, en leur insufflant l'idée que tout cela est très compliqué, théorique et parfaitement inutile, puisqu'on n'en arrive jamais au bout. »

 

 

Marc, tu te trompes : je ne risque pas de hurler car nous sommes PRESQUE d’accord : je dis presque exactement la même chose que toi,  à la condition absolument déterminante qu’on nous en donne le temps  et que ce ne soit donc pas la condamnation à mort de l'enseignement des outils universels évidents.

 

Je ne suis évidemment pas un adversaire de l’enseignement des SGBDR  "en général", moi qui aime tant programmer des applications de type BDD :

 

q                  Je suis un adversaire de l’enseignement des SGBDR  en une heure par semaine, à des Premières STT  quasiment vierges de toute connaissance bureautique, et par des professeurs qui n'ont jamais réellement programmé de BDD opérationnelle.   Il y a plus qu'une nuance...

 

q                  Je suis un adversaire d’une priorité à l’apprentissage des SGBDR  sur l’apprentissage basique des tableur / texteur / Poste de travail,  car je crois profondément que LA PRIORITÉ GÉNÉRALE des élèves est exactement l’inverse.   Et SOUS CONTRAINTE HORAIRE FORTE, il faut bien CHOISIR.

 

q                  Je suis enfin, et surtout, un adversaire du SGBDR qui serait livré en bloc avec, en plus, les outils inutiles et difficiles des spécialistes "gros systèmes" : le SQL, l’algèbre relationnelle, les technologies réseau (couches, interfaces, protocoles…), MERISE 2, le client-serveur, l’algorithmique approfondie, etc.

 

Les deux clefs de mon plaidoyer sont donc le TEMPS consacré aux cours d’informatique,  et l’UTILITÉ des cours dispensés aux élèves :

 

·                      Je suis partisan d’UN HORAIRE SIGNIFICATIF,  QUATRE HEURES PAR SEMAINE (120 h / an),  consacré à la maîtrise d’un ordinateur individuel.

 

Cet horaire, adapté aux objectifs, permettrait d’initier les élèves  À LA FOIS à la bureautique approfondie et à la rigueur dans l’organisation des données : une méthode Merise simplifiée, vulgarisée, allégée, adaptée aux cas simples qu’auront parfois à traiter nos élèves. 

 

Si on nous donne le temps nécessaire,  je suis convaincu de l’utilité de ce dernier apprentissage.

 

Mais il faut ABSOLUMENT que la rénovation prévoie LES HEURES DE COURS indispensables.

 

 

·                      Je suis partisan de LAISSER LES SPÉCIALISTES "GROS SYSTÈME" ET LES OUTILS DE SPÉCIALISTES "GROS SYSTÈMES" À LEUR PLACE, c’est-à-dire dans leur local informatique  et surtout pas dans tous les bureaux, de façon à permettre aux élèves non informaticiens, comptables, commerciaux et autres assistants, de concentrer leurs efforts sur leur propre formation,  en évitant tout hors sujet.

 

 

HORS SUJET = ZÉRO.  Ne laissez pas généraliser le cauchemar du P10 du BTS CGO.

 

Évitons, par pitié ! le hors sujet :

 

CE QUI N’EST PAS UTILE NE DOIT SURTOUT PAS ÊTRE ENSEIGNÉ.

 

La dernière fois que j’ai écrit ça, on m'a taxé de vouloir supprimer la musique et la philo qui, soi-disant, elles non plus, ne seraient pas "utiles"...

 

Mais voyons, la musique et la philo sont essentielles, spectaculairement utiles, évidemment !

Qu’est-ce que c’est que cet argument ?

 

Quand je dis que Merise 2, l’algèbre relationnelle et SQL seront inutiles aux élèves non informaticiens (gestionnaires, commerciaux, assistants), j'affirme solennellement que cela leur sera VRAIMENT INUTILE, ça ne leur servira VRAIMENT À RIEN : ni à leur élever le goût, ni à éveiller leur conscience, ni à développer leur performance individuelle, ni à rien du tout. 

 

Ces outils ne sont utiles qu’aux informaticiens DE MÉTIER, et c’est tout.

 

J'ai longtemps enseigné, par force mais du mieux que j'ai pu, ces techniques pointues à des comptables, au BTS CG puis CGO, et j'ai aujourd'hui L'ABSOLUE CERTITUDE que tout ça ne leur servira JAMAIS à rien,  qu'on fait perdre leur temps aux élèves de façon proprement révoltante !

 

TOUS mes anciens étudiants me confirment cette impression, sans exception : PERSONNE n'utilise au bureau ce qu'il a appris en analyse info au BTS CG.  Et TOUS regrettent de ne pas avoir assez appris à manier texteur et tableur, TOUS.  Est-on capable de percevoir les signaux forts qui viennent de l'extérieur, dans le mammouth ?

 

Je suis désespéré au point que JE DEMANDE À QUITTER LE P10 L'AN PROCHAIN, moi, je demande ça ! Moi qui suis dans mon lycée le moteur du développement informatique, moi qui installe et maintiens nos PC (150 cette année) depuis presque 20 ans, moi qui ai créé et qui administre notre réseau depuis presque 10 ans et qui ai connecté tous mes postes à l'Internet depuis déjà bien des années, moi qui programme sous SGBDR quasiment depuis toujours... Et bien, le P10, leur fatras d'informaticien "gros système" totalement décalé, inadapté au public, imposé pour des raisons fallacieuses, absolument sans recours possible, j'en ai assez, je m'en vais. Ils enseigneront ça sans moi puisque je ne suis pas assez fort pour déverrouiller le système.

 

Et je souhaite bon courage au pauvre prof d'ÉcoGestion polyvalent qui va me remplacer...

 

Je trouve DÉTESTABLE, INSUPPORTABLE, D'ENSEIGNER DES SAVOIRS INUTILES. Cela peut arriver, exceptionnellement, bien sûr, mais ça ne m'était jamais arrivé aussi massivement qu'en P10. À côté de quelques point intéressants que j'admets bien volontiers (gestion du Poste de travail, par exemple), le référentiel du P10 ressemble à UNE TRISTE CARICATURE, mais elle est bien réelle, c'est affreux : les modèles organisationnels des traitements analytiques (MOTA), les modèles organisationnels des données (MOD), les vues et les droits, l'administration du serveur du réseau, le fonctionnement détaillé de l’adressage IP, les protocoles (DHCP, DNS, etc.), le SQL, les contraintes ajoutées au MCD ! alors ça, c'est le pompon : généralisation, spécialisation, sous-type d'entités, entités génériques et dépendantes, couverture, disjonction, exclusion, partition, inclusion, égalité, unicité, etc. etc. etc.   Et les profs d'IG, inspirateurs de tout ça, qui nous recommandent fortement, à nous profs de P10 (stages à l'appui) d'utiliser SQL SERVER plutôt qu'Access qui, pour eux, n'est pas à la hauteur... 

 

AU SECOURS !!!!!!!!!!

 

Je ne supporte plus de voir s'éteindre les yeux de mes pauvres comptables, de voir soupirer d'ennui même mes meilleurs élèves, de les voir même s'absenter !!! de sentir qu'ils m'en veulent de plus en plus de leur imposer de pareilles fadaises ! Ça suffit !  Pour moi, c'est assez. 

 

Je vais aller me rendre UTILE ailleurs.  Ma raison d'être, c'est le SERVICE public,  pas autre chose.

 

Je n'arrive pas, malgré le fait que c'est mon métier (administrateur, analyste et programmeur), ce qui devrait quand même me faciliter grandement la tâche, à convaincre les élèves non informaticiens que tout ça est utile pour eux. Ils sont grands, ils sont lucides, on ne leur fait pas prendre des vessies pour des lanternes : LE DÉTAIL DU MÉTIER D'ADMINISTRATEUR RÉSEAU ET D'ANALYSTE-PROGRAMMEUR LES INDIFFÈRE TOTALEMENT, et on les comprend facilement SI ON SE MET UN TANT SOIT PEU À LEUR PLACE.

 

 

Et bien, chers amis, c'est ça que nous réservent les soi-disant "spécialistes" de l'informatique actuellement aux manettes, CE HORS SUJET ÉVIDENT ET DÉCOURAGEANT, MAIS CETTE FOIS PARTOUT EN STT !

 

Et ce qu'on nous impose déjà en Première en dit long sur ce qui nous attend en Terminale. Je suis sûr que le P10 du BTS CGO donne une idée assez proche de ce qu'ils préparent pour tout le pays... On va voir arriver le Client-Serveur,  Merise 2  et l'implémentation d'applications avec SQL Server...   Ce serait ahurissant.

 

Ça me révolte, vraiment. Je suis totalement, viscéralement, opposé à cette prise du pouvoir,  imposée en dépit du bon sens.  Ce qui se passe est plus qu'inquiétant.  Il ne faut pas que cette évolution continue !

 

QUI est assez fort pour empêcher ça ?   QUI ?

 

IL FAUT RÉSISTER contre cette dérive malfaisante.

 

Mais quels sont donc les vrais MOBILES de cette dérive ?

 

On va bientôt se retrouver en STT, comme c'est déjà le cas pour le P10 du BTS CGO, dans une situation totalement paradoxale où presque tous les livres d'une discipline seront écrits par des professeurs extérieurs aux sections concernées,  et où tous les référentiels seront également régentés de l'extérieur...

 

Pour quelles raisons ?  Quels sont donc les mobiles de la dérive vers l'informatique des "spécialistes gros systèmes" ?

 

Tout occupé pendant un mois à l'analyse de l'attaque subie par les professeurs d'ÉcoGestion et par la réfutation méthodique et rigoureuse des arguments "officiels", je n'avais pas, jusqu'ici, recherché les vrais mobiles des responsables de la dérive. Je commence à peine cette réflexion qui, pour l'instant, prend seulement la forme d'une série de questions.

 

 

Comment se fait-il que les informaticiens "gros système" sortent ainsi de leur domaine naturel et se mettent en tête de rédiger des référentiels, et même des manuels ! pour des classes qu'ils ne connaissent pas, dans lesquelles ils ne sont jamais intervenus et dans lesquelles ils n'interviendront jamais ?

 

Pourquoi tiennent-ils tant à prendre tant de place, dans TOUTES les sections de STT, au mépris du bon sens et de l'intérêt général ?

 

Pourquoi ne se cantonnent-ils pas à leur métier, très pointu et exigeant, et aux élèves qui se destinent à ce métier ?

 

Pourquoi tiennent-ils tant à discréditer et mettre à l'écart les techniques (bureautiques) sur lesquelles ils sont eux-mêmes incompétents, et pourquoi imposent-ils à tout le monde un ensemble de techniques manifestement inutiles au commun des mortels mais sur lesquelles ils sont structurellement imbattables du fait de leur spécialisation statutaire (jamais personne ne pourra les rejoindre sur leur terrain sans se spécialiser, ce qui est officiellement interdit aux profs d'ÉcoGestion condamnés, eux, à la polyvalence)?

 

Pourquoi et de quel droit veulent-ils tant devenir la seule et unique référence,  incontournable,  en informatique ?

 

 

Est-ce vraiment l'intérêt des élèves qui les motive ?

 

 

Il faut qu'ils nous l'expliquent soigneusement.

 

C'est important.

 

Nous avons là un beau sujet de conversation pour la rentrée.

 

 

Quelles explications plausibles au silence actuel de la liste sur le sujet ?

 

Le nombre en baisse des interventions sur le sujet de l'enseignement informatique en STT peut s'expliquer de plusieurs façons :

 

1 - Il n’y a d'abord, probablement, plus guère d’arguments nouveaux.

De nombreuses personnes se sont déjà exprimées.

 

2 - Les tenants de la réforme informatique, en coulisse, déroulent probablement leur plan initial, en silence, malgré nos protestations et contre la démonstration de leurs erreurs.

 

Ils ne s’épuisent pas en vaines discussions puisqu’ils ont "partie gagnée d’avance", avec un projet adopté depuis longtemps sans vrai débat public : le débat que nous tenons ici est en effet relativement confidentiel, et totalement imprévu, improvisé avec les moyens du bord : aucun débat national n'avait, en fait, été réellement programmé. On dirait que nos gourous n’ont pas l'habitude d'être contredits.

 

Tout s'est même passé de façon à priver les profs d'ÉcoGestion du temps et des moyens de réfléchir convenablement à ce virage à 90° qu'impose la "rénovation" : un minuscule petit mois, au tout dernier moment, en vitesse, juste avant de trancher définitivement, en pleine période de stages et d'examens, pour récupérer les textes officiels, les diffuser, les lire, comprendre leur ambition nouvelle et surprenante et surtout l'incroyable erreur d'aiguillage en informatique, réfléchir à tous les arguments utiles et les organiser en propositions, nous réunir, échanger entre nous, formuler des critiques, des synthèses, les faire remonter avec des outils plus fantomatiques que cybernétiques...

 

Cette histoire de site Eduscol prétendument destiné à collecter et transmettre nos avis, mais fermé d'un bout à l'autre de la prétendue "consultation", est vraiment édifiante.

 

Les professeurs d'ÉcoGestion n'ont pas eu le sentiment d'être vraiment écoutés depuis un mois.

 

Il n'y a probablement rien de concret à attendre du débat sur cette liste, dont l'audience reste quand même assez limitée, finalement.

 

Se sachant donc dans une IMPASSE,  les professeurs abonnés renoncent sans doute à s'époumoner pour rien.

 

3 - Les collègues font passer des examens quasiment tous les jours, ils rentrent fatigués, avec d’autres problèmes en tête que ce qu’ils considèrent, à tort, comme de simples "chamailleries d’informaticiens".

 

4 - Les nombreux collègues (plus de cent) qui m'ont témoigné en privé leur soutien chaleureux ont simplement peur de s'exprimer publiquement, surtout si c'est contre la doctrine officielle, on les comprend facilement.  Les autres, plus téméraires, qui sont intervenus publiquement, ne se sentent naturellement pas obligés de reformuler plusieurs fois leur opinion.

 

5 - Un phénomène prévisible et compréhensible d’USURE se fait aussi sentir. J’ai déjà beaucoup écrit, et même si chacun de mes nouveaux messages apporte son lot de nouvelles perspectives, de nouveaux arguments, de nouvelles idées, je comprends bien qu’à la veille des vacances, chaque professeur concerné ait besoin de temps pour digérer tout ça. 

 

Nous connaissons désormais presque toutes les pièces d'un puzzle qui était difficile à mettre en évidence : des pans entiers de la réalité étaient masqués ou déformés.

 

Il faut avoir vécu le P10 en CGO pour savoir l'enfer de prof (l'ennui des élèves, parfois même leur mépris !)  que les gourous d'IG réservent aux STT. 

 

En fait, la plupart des profs ne savent simplement pas ce qui les attend,  ils font confiance...

 

 

C’est assez paradoxal que ce soit moi qui me rebelle si ardemment contre les mauvais choix de la "rénovation", alors que je n’ai pas de classe de Première STT en ce moment et que je sais personnellement fort bien enseigner tout ce qui est prévu par la réforme,   tandis que les profs de Première, eux, se désintéressent (apparemment) progressivement du débat,  alors que c’est leur enseignement qui va profondément se dégrader, que ce sont eux qui sont mis en "tutelle intellectuelle" par les informaticiens (qui vont écrire leurs référentiels et rédiger leurs manuels), et que ce sont eux qui auront le plus grand mal à enseigner tout ça, sans devenir eux-mêmes des spécialistes.   Étonnant paradoxe, en vérité.

 

Mais ce n’est pas si paradoxal qu’il y paraît : comment pourraient-ils se battre, ces profs d’EcoGestion, alors qu'ils ignorent souvent jusqu'à l'existence de ce qu'on va leur imposer d'enseigner ?  C'est qu'il faut BIEN CONNAÎTRE LES DEUX informatiques pour les comparer efficacement, anticiper et critiquer une erreur d’aiguillage, même imposée d’en haut : il n’y a pas si grand monde qui, À LA FOIS, VEUILLE, PUISSE ET OSE le faire. 

 

Ce silence de notre liste n’est donc pas forcément un signe d’abandon.

 

6 - Ce que je ne m'explique vraiment pas, c'est le total silence de TOUS mes interlocuteurs défendant le principe de l’IG pour tous, après que je les ai contredits une seule fois...  Ça, c'est pour moi un vrai mystère.


 

 

        CONCLUSION

 

 

Pour conclure, mon cri d’alarme vient d’une part du TEMPS DÉRISOIRE qui est consacré à l’enseigne­ment de l’informatique en France, en totale contradiction avec les formidables efforts financiers menés récemment pour acquérir en nombre un matériel moderne dans nos établissements.

 

 

Cette CONTRAINTE HORAIRE forme une TENAILLE qui IMPOSE DES CHOIX, des renoncements complets, sur le fond de nos enseignements.

 

 

 

 

Mon cri de révolte vient d’autre part et surtout de L’INACCEPTABLE IRRUPTION DES SAVOIRS DE SPÉCIALISTES "GROS SYSTÈME"  LÀ OÙ PERSONNE N’EN A BESOIN,  et sans que nous puissions nous défendre.

 

 

JE VIS CETTE INTRUSION DANS MON MÉTIER, À LA FOIS BRUTALE, INJUSTIFIÉE ET NON NÉGOCIABLE, COMME UNE AGRESSION FORTE,  ARBITRAIRE,  MÉPRISANTE,  INJUSTE,  ABSURDE...   EN UN MOT : INSUPPORTABLE.       

 

JE VAIS RÉSISTER.

 

 

 

Je remercie mes collègues de diffuser le plus largement possible mes appels auprès des professeurs non abonnés à nos listes.

 

 

 

Cordialement, et très énergiquement.

 

 

Étienne Chouard

 

Lycée Marcel Pagnol, Marseille.

etienne.chouard@arc-en-ciel.info

www.arc-en-ciel.info

 

 

 

 

 

 

 

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