Message d’Eric X, le 26 mai 2003 : (réponse d'Étienne un peu plus loin)

Objet : l'informatique en débat. 

Bonjour à tous,

 

Je crois qu'Etienne a exprimé avec force et sincérité ses convictions et qu'il est heureux qu'il puisse le faire sur cette liste en ouvrant un débat serein et argumenté au sein de notre communauté. Je crois comme lui que ces questions sont fondamentales car elles portent sur le rôle des enseignements d'informatique en économie-gestion.

 

Il me semble que deux questions sont principalement posées : quelle est nature d'un enseignement d'informatique de gestion, a-t-il sa place dans le cadre de cette rénovation ? Le tableur peut-il être un objet d'enseignement en première ?

 

Sur la première question, il faut croire que la réponse est oui car l'informatique représente à peine 10% des contenus des nouveaux programme et monopolise 90% du débat ! Tout le monde semble d'accord aussi pour dire qu'il faut plutôt plus d'informatique que moins d'informatique. Reste à savoir "quelle" informatique.

 

Si l'organisation (entreprise, association,..) est le principal objet d'étude en économie-gestion, chacun peut voir à quel point les TIC ont un impact considérable sur son fonctionnement, son environnement, son évolution. La notion de système d'information (SI) permet de faire le lien entre, d'une part les besoins de l'organisation en matière de communication et de gestion de l'information et, d'autre part, l'infrastructure technologique qui doit prendre en charge ces besoins de façon rationnelle.

 

Le programme de première présente les principales technologies informatiques qui sont mises en œuvre dans les organisations pour assurer les services que doit rendre le SI. Il me semble que cela relève aujourd'hui de la culture générale d'un futur gestionnaire, surtout à l'heure où l'écart ne cesse de se creuser entre ceux qui maîtrisent les TIC et ceux qui en sont écartés.

 

Les notions proposées dans les programmes de première permettent à l'élève d'acquérir le vocabulaire et d'appréhender la logique de base du système informatique d'une organisation.  Les "indications complémentaires" délimitent assez nettement le niveau d'approfondissement, peut-être moins, il est vrai, que le volume horaire impartis ;-) Mais vouloir faire plus d'informatique ici impose de faire moins d'autre chose ailleurs..

 

Les contenus nouveaux rassurent rarement quand ils apparaissent dans les programmes. Les "capacités attendues" du "cadre technologique" du programme d'IGC ont aussi provoqué, très légitimement, bien des réticences et des inquiétudes à la rentrée 2000. Je partage complètement les avis de ceux, nombreux, qui demandent un réel effort en matière d'équipement, d'information et de formation. J'imagine que les éditeurs privés vont s'y investir, j'espère que notre employeur nous donnera les moyens nécessaires, mais je suis sûr qu'à l'instar de qui s'est passé pour l'IGC, de nombreuses ressources libres et aisément accessibles seront proposées à tous sur les sites académiques, nationaux et personnels.

 

 

A propos du tableur, il s'agit fondamentalement d'un logiciel conçu pour être utilisé par une personne (SI personnel), à lui seul cet outil n'est pas à même de prendre en compte le système d'information d'une organisation. Par exemple, Bernard vient d'annoncer la disponibilité d'une application accessible en ligne et développée par Marc : un 'annuaire des professeurs d'économie et gestion de l'Académie d'Aix-Marseille' (vaste organisation !). On peut lire les logos suivants en bas de page : "PHP" et "MySQL'. Ceci correspond en fait à  : algorithme, langage de programmation, SGBDR, SQL.

 

Ce propos ne retire rien à la qualité du tableur qui est effectivement très largement utilisé et enseigné à tous les niveaux de l'école primaire au DESS. Le tableur est  d'ailleurs explicitement cité dans le projet de programme pour sa capacité à effectuer des simulations, il serait sans doute souhaitable de dire qu'il peut servir à illustrer et à mettre en pratique bien d'autres notions de gestion.

 

A mon sens le bornage des fonctionnalités à enseigner est un exercice très difficile dès lors qu'on considère que les besoins de gestion sont premiers (ils constituent le véritable objet de notre enseignement) et que les fonctionnalités, qui peuvent être sensiblement différentes d'un logiciel à l'autre, évoluent à un rythme soutenu.

 

Souhaiter permettre aux élèves d'acquérir une réelle maîtrise du tableur et, plus largement, des logiciels bureautiques est certainement un objectif légitime. Je pense simplement que cette ambition ne peut être assumée par la seule classe de première (et par ses enseignants) sauf à y consacrer un volume horaire qui serait sans rapport avec les objectifs de la formation.

 

Dans le cadre d'un enseignement technologique qui a l'ambition de préparer à la poursuite d'études (le nôtre !), plus que d'enseigner des techniques et des manipulations forcément éphémères, ne faudrait-il pas enseigner le "comment apprendre à faire" et développer chez les élèves une capacité à utiliser les ressources des logiciels de façon progressivement autonome ? Ceci pour ouvrir et prolonger le débat...

 

Puisqu'il est de bon ton de proposer des citations, je vous propose une variante du paradoxe de Solow : "on voit l'informatique partout, sauf dans les programmes d'enseignement' ;-)

 

Eric X

 

 

 

 

 

 


29 mai 2003.   RE : L'informatique en débat.

 

Bonjour Éric, bonjour à tous.

 

Pardon d'avoir tardé à répondre : les oraux me mobilisent tous les jours et je voulais prendre le temps de répondre très soigneusement à Éric, comme je le ferai un peu plus tard pour Jacques et Sylvain.

 

Comme je l’ai déjà fait précédemment, je vais répondre dans le texte pour rapprocher les arguments en présence et ainsi faciliter leur analyse par comparaison.

 

> -----Message d'origine-----

> De : Eric X [mailto:X@wanadoo.fr]

> Envoyé : dimanche 25 mai 2003 20:32

> À : ecogest@cru.fr

> Objet : [métier] L'informatique en débat

>

> Bonjour à tous,

>

> Je crois qu'Etienne a exprimé avec force et sincérité ses convictions et

> qu'il est heureux qu'il puisse le faire sur cette liste en ouvrant un

> débat serein et argumenté au sein de notre communauté. Je crois comme

> lui que ces questions sont fondamentales car elles portent sur le rôle

> des enseignements d'informatique en économie-gestion.

>

> Il me semble que deux questions sont principalement posées : quelle est

> nature d'un enseignement d'informatique de gestion, a-t-il sa place dans

> le cadre de cette rénovation ? Le tableur peut-il être un objet

> d'enseignement en première ?

>

> Sur la première question, il faut croire que la réponse est oui car

> l'informatique représente à peine 10% des contenus des nouveaux

> programme et monopolise 90% du débat ! Tout le monde semble d'accord

> aussi pour dire qu'il faut plutôt plus d'informatique que moins

> d'informatique. Reste à savoir "quelle" informatique.

 

** ÉC : Nous sommes d’accord : une des grandes questions à débattre aujourd’hui est : « Quelle informatique dans les enseignements de Gestion ? »

 

>

> Si l'organisation (entreprise, association,..) est le principal objet

> d'étude en économie-gestion, chacun peut voir à quel point les TIC ont

> un impact considérable sur son fonctionnement, son environnement, son

> évolution.

 

> La notion de système d'information (SI) permet de faire le

> lien entre, d'une part les besoins de l'organisation en matière de

> communication et de gestion de l'information et, d'autre part,

> l'infrastructure technologique qui doit prendre en charge ces besoins de

> façon rationnelle.

 

** ÉC : Là, sur l’intérêt fondamental, en Première STT, de l’étude théorique du système d’information, j’ai du mal à suivre… Pourtant, je suis un intellectuel, j’aime les mots, j’aime les raisonnements, l’abstraction, les belles idées…  Mais j’aime aussi être utile, et là, j’ai du mal à comprendre cette dernière phrase.

 

Cette façon, très abstraite et assez complexe, de présenter ce qui compte dans nos enseignements  creuse, me semble-t-il, le fossé entre les vieux qui enseignent et les jeunes qui écoutent, et à mon avis, cela complique beaucoup le métier des enseignants, ceux qui sont réellement au contact des vrais élèves, pas tous très forts, pas tous très motivés …

 

Pour identifier l’informatique nécessaire aux élèves de STT, j’aurais plutôt tendance, pour ma part, à aller voir sur le terrain, en entreprise, ce qui manque aux travailleurs, ce dont ils ont besoin pour être plus performants. 

 

Et si je constatais plusieurs niveaux de difficulté rencontrés par les travailleurs sur le terrain, j’essaierais probablement de retenir pour mon public plutôt les problèmes auxquels il a une chance de répondre, après un apprentissage.

 

Il me semblerait raisonnable d’éviter de pointer les problèmes probablement inaccessibles aux élèves à former (problèmes trop techniques, trop abstraits…).

 

Et les problèmes informatiques que, de mon côté, j’observe en entreprise sont très concrets : les humains auraient besoin de maîtriser les techniques (banales mais très nombreuses) relatives à leur poste de travail (réseau compris), à leur texteur, à leur tableur et à l’internet.   Tout ça sous un angle très pratique, et c’est notre point de désaccord.

 

Je pense qu’on ne rendra pas tous ces humains plus efficients dans leur travail avec une analyse théorique du système d’information.   Je suis même tout à fait sûr de cela.

 

>

> Le programme de première présente les principales technologies

> informatiques qui sont mises en œuvre dans les organisations pour

> assurer les services que doit rendre le SI. Il me semble que cela relève

> aujourd'hui de la culture générale d'un futur gestionnaire, surtout à

> l'heure où l'écart ne cesse de se creuser entre ceux qui maîtrisent les

> TIC et ceux qui en sont écartés.

 

** ÉC : je crois qu’ici, il doit y avoir un débat : jusqu’où est-il nécessaire d’aller ? 

 

La « connaissance des principales technologies informatiques comme élément de culture générale du gestionnaire », ce n’est pas, à mon sens, la connaissances des différentes couches du réseau ou les protocoles (DHCP, DNS…) qui lui permettent de fonctionner, c’est encore moins la connaissance du SQL ou de l’algèbre relationnelle.

 

Je suis donc d’accord avec ta phrase qui reste assez générale pour qu’un malentendu soit possible, mais après avoir lu la proposition de programme rénové, je sais que le détail des enseignements prévus est, par endroits, tout à fait exagéré et souvent décalé par rapport aux besoins que je peux personnellement constater  (comme de nombreux professeurs d’ÉG, et plus encore en tant que coordonnateur, je suis souvent en contact avec de nombreuses entreprises de tailles diverses).

 

D’autres points du programme, la plupart d’ailleurs, sont bien sûr parfaitement pertinents, comme la maîtrise des outils logiciels liés à l’Internet, mais mon propos est ici uniquement de montrer des dérives nuisibles, avant qu’il ne soit trop tard.

 

 

>

> Les notions proposées dans les programmes de première permettent à

> l'élève d'acquérir le vocabulaire et d'appréhender la logique de base du

> système informatique d'une organisation.  Les "indications

> complémentaires" délimitent assez nettement le niveau

> d'approfondissement, peut-être moins, il est vrai, que le volume horaire

> impartis ;-) Mais vouloir faire plus d'informatique ici impose de faire

> moins d'autre chose ailleurs..

 

** ÉC : d’abord, la tenaille de l’horaire imparti ne peut être sérieusement évacuée d’un clin d’œil, même sympathique.

 

Presque tous nos débats devraient être comme polarisés, conditionnés, modelés, autour de cette contrainte centrale.   Ceci est essentiel.

 

 

Ensuite, le vocabulaire et la logique de base du système informatique d’une organisation, c’est-à-dire du gros système,  de l’informatique des informaticiens de métier,  n’intéressent en fait que les informaticiens de métier, pardon d’insister :

Je rappelle qu’on parle en ce moment de LA seule heure par semaine consacrée à l’informatique en Première STT : on n’a pas le droit  de se tromper de cible :

 

q      La question à poser n’est pas  « Qu’est-ce qui est INTÉRESSANT ? ».

 

q      La question centrale est plutôt « Qu’est-ce qui est URGENT et TRÈS IMPORTANT ».
On n’aura pas de temps de traiter le reste.

 

Alors,  est-ce que  « le vocabulaire et la logique de base du système informatique »  sont INDISPENSABLES  à toutes les Premières STT ?

 

Moi, je dis NON, et j’aimerais bien savoir combien de professeurs de base sont de cet avis.

 

>

> Les contenus nouveaux rassurent rarement quand ils apparaissent dans les

> programmes. Les "capacités attendues" du "cadre technologique" du

> programme d'IGC ont aussi provoqué, très légitimement, bien des

> réticences et des inquiétudes à la rentrée 2000. Je partage complètement

> les avis de ceux, nombreux, qui demandent un réel effort en matière

> d'équipement, d'information et de formation. J'imagine que les éditeurs

> privés vont s'y investir, j'espère que notre employeur nous donnera les

> moyens nécessaires, mais je suis sûr qu'à l'instar de qui s'est passé

> pour l'IGC, de nombreuses ressources libres et aisément accessibles

> seront proposées à tous sur les sites académiques, nationaux et

> personnels.

 

** ÉC : Il est inutile de former tout le monde là-dessus si ça ne sert à rien.


Il faut D’ABORD DÉMONTRER que les bases de l’informatique de métier sont aussi indispensables que ça à tous les STT  non IG.

 

Comment allez-vous montrer que ces connaissances toutes théoriques sont plus importantes pour nos enfants que la maîtrise de leur PC en bureautique (tableur, texteur…) ?

 

Je suis curieux de voir cette démonstration.

 

 

>

> A propos du tableur, il s'agit fondamentalement d'un logiciel conçu pour

> être utilisé par une personne (SI personnel), à lui seul cet outil n'est

> pas à même de prendre en compte le système d'information d'une

> organisation.

 

** ÉC : Que veux-tu dire ? J’essaie de comprendre : « Prendre en charge », non, ce n’est pas le rôle du tableur, c’est clair.   Personne, je crois, ne le prétend.   « Prendre en charge le système d’information »,  c’est sûrement le boulot des informaticiens de métier, non ?

 

Mais « prendre en compte », comme tu le dis, pourquoi pas le tableur ?

 

Le tableur peut fort bien s’alimenter avec des infos provenant du gros système, il peut les prendre en compte, on le voit souvent sur le terrain, et c’est précisément à nous d’apprendre sérieusement à nos élèves à récupérer et traiter ces infos avec rigueur. 

 

Vaste programme, beaucoup plus passionnant que les imbuvables formes normales, je trouve…

 

 

Idée importante :

C’est précisément parce que personne n’a jamais montré à l’ensemble des élèves (toutes classes confondues, littéraires, scientifiques, techniques…) les pièges d’un tableur (liberté / facilité = risque de dégradation rapide de l’information) que les employés utilisent aujourd’hui massivement leur tableur à tort et à travers !

 

L’anarchie dont je parlais naguère dans l’utilisation du tableur en entreprise, on ne la doit pas au tableur lui-même : c’est bien plutôt la faute de l’Éducation Nationale qui,  faute de temps et de feuille de route précise,  n’a pas enseigné  l’usage rigoureux du tableur,  en harmonie et dans le respect des informations fiables du système central.

 

On a bien compris qu’ici, je ne blâme évidemment pas les profs, mais bien le système dans lequel on les force à travailler, par manque de bon sens, de réalisme.

 

 

> Par exemple, Bernard vient d'annoncer la disponibilité

> d'une application accessible en ligne et développée par Marc : un

> 'annuaire des professeurs d'économie et gestion de l'Académie

> d'Aix-Marseille' (vaste organisation !). On peut lire les logos suivants

> en bas de page : "PHP" et "MySQL'. Ceci correspond en fait à  :

> algorithme, langage de programmation, SGBDR, SQL.

 

** ÉC : Qu’est-ce que tu veux dire ?

Tout ça, c’est le boulot des informaticiens de métier, n’est-ce pas ? 

 

Toutes ces techniques sont totalement  TRANSPARENTES  pour les utilisateurs. 

 

On est bien d’accord ?   Rassure-moi.

 

>

> Ce propos ne retire rien à la qualité du tableur qui est effectivement

> très largement utilisé et enseigné à tous les niveaux de l'école

> primaire au DESS.

 

** ÉC : Là, tu rêves complètement. J’ai quatre enfants qui sont tous passés par l’école primaire : pas un seul de mes enfants n’y a vu le moindre ordinateur !

 

Si le tableur était aussi largement utilisé et enseigné, de l’école primaire au DESS, on n’aurait pas 90% de cancres dans les entreprises.

 

> Le tableur est  d'ailleurs explicitement cité dans le

> projet de programme pour sa capacité à effectuer des simulations, il

> serait sans doute souhaitable de dire qu'il peut servir à illustrer et à

> mettre en pratique bien d'autres notions de gestion.

 

** ÉC : Est-ce que tu es de bonne foi ? Tu trouves vraiment que le tableur est en bonne place dans la proposition de rénovation ?   Le tableur est « explicitement cité », c’est vrai… Et on se contente de ça ?  Ça va ? On peut maintenant passer aux clefs primaires, aux clefs externes, aux dépendances fonctionnelles et aux contraintes d’intégrité ?   Pas de remords ?

 

Ne vous méprenez pas sur ce que je dis : ici, sur les fondements même des relations entre les tables,  j’aimerais avoir les heures pour les enseigner (simplement, hé !) car je sais bien que ces fondements sont utiles et que ça passe bien auprès des élèves. Je les trouve sensiblement moins utiles que le tableur et le texteur, qui sont eux carrément indispensables, mais très utiles quand même.


OK.


Mais NÉCESSITÉ FAIT LOI
 : utiles ou pas, si je n’ai pas le temps, je suis pragmatique :
pas de temps, pas d’enseignement.

 

>

> A mon sens le bornage des fonctionnalités à enseigner est un exercice

> très difficile dès lors qu'on considère que les besoins de gestion sont

> premiers (ils constituent le véritable objet de notre enseignement) et

> que les fonctionnalités, qui peuvent être sensiblement différentes d'un

> logiciel à l'autre, évoluent à un rythme soutenu.

 

** ÉC : On est tous d’accord pour dire que les besoins de gestion sont le véritable objet de notre enseignement.   Qui dirait le contraire ?

 

Mais c’est un sophisme, une apparence trompeuse de cohérence, que d’opposer ainsi les enseignements de Gestion ("véritable objet…") et l’enseignement de la Bureautique ("pas véritable objet…"), car ces enseignements ne sont pas opposés : on n’est pas obligé de choisir l’un OU l’autre, on a besoin de l’un  ET de l’autre.

 

Et l’enseignement d’un outil ne doit pas être vilipendé, écarté, sous prétexte que c’est un outil, c’est folie !

La Bureautique est suffisamment centrale dans la productivité des individus et complexe à maîtriser pour faire l’objet d’un enseignement sérieux, structuré, avec des heures dédiées et un contrôle spécifique, à côté des enseignements de gestion, en renfort de ces enseignements majeurs, pour servir d’outil de performance accrue, systématiquement appliqué à des objectifs de gestion.

 

 

J’ai l’impression que vous n’avez pas senti une inflexion fondamentale depuis la version 97 d’Office (peut-être même depuis la version 95) :

 

1.       Les fonctionnalités essentielles des texteurs et tableurs n’évoluent plus du tout depuis longtemps. La situation s’est stabilisée depuis des années : l’innovation logicielle s’est beaucoup calmée en matière bureautique, et les versions successives actuelles ne sont plus que des remaquillages à vocation commerciale qui n’apportent quasiment plus rien sur le fond.

Presque tout ce qui est très utile aujourd’hui existait déjà il y a 10 ans ! (dans Excel 5 et Word 6) (c’est un peu moins vrai avec Access qui a continué de progresser un peu plus longtemps) : tableaux croisés, filtres, validation des données, formats conditionnels, protection des cellules, fonctions de calcul avancées, graphiques de gestion, publipostage, styles de titres, abréviations, objets graphiques positionnables librement sur la feuille, etc.  et on pourrait étendre la description au système d’exploitation : Presse-papiers, Explorateur, Navigateur, client de messagerie, etc.,

Il est temps d’intégrer dans nos raisonnements cette forte et importante réalité, non ?

Les savoirs sur machine (ceux dont je parle) ne sont pas du tout éphémères, comme je l’entends ressasser régulièrement. 

Il faut tordre le cou à cette vieille idée qui n’est plus d’actualité.
 
La stabilité de fait des fonctionnalités, voilà peut-être un point qui vous rapprochera de mon analyse, non ?

 

2.       Par ailleurs,  les fonctionnalités essentielles existent dans tous les clones d’Office, quasiment à l’identique.

Les différences ne sont souvent que des détails.

On ne va pas renoncer à apprendre à conduire une auto en général, sous prétexte que le levier de frein à main n’est pas toujours au même endroit, selon les modèles d’auto, n’est-ce pas ?

1.       On peut donc aujourd’hui délimiter un corpus stable de compétences bureautiques essentielles pour tout le monde, quel que soit le métier.

Ce corpus bien délimité (avec des possibilités de MAJ souples) et expressément affirmé, ce corpus de connaissances bureautiques indispensables  aidera tout le monde à travailler : professeurs, élèves et examinateurs !  C’est une bonne bataille !


 

Finalement, c’est la bonne idée de B2i,  mais poussée en avant pour avoir les moyens de réussir : il faut des heures, et de l’esprit pratique.  Sinon, on n’arrivera à rien de bon.

Il faut cesser d’avoir peur d’une liste d’aptitudes minimales  que l’Éducation Nationale devrait être capable de certifier au cœur d’un diplôme sans se substituer à l’essentiel.

 

>

> Souhaiter permettre aux élèves d'acquérir une réelle maîtrise du tableur

> et, plus largement, des logiciels bureautiques est certainement un

> objectif légitime.

 

** ÉC : et bien alors, nous sommes d’accord ?...   :o)

 

> Je pense simplement que cette ambition ne peut être

> assumée par la seule classe de première (et par ses enseignants) sauf à

> y consacrer un volume horaire qui serait sans rapport avec les objectifs

> de la formation.

 

** ÉC : OK, on continuera en Terminale, et encore après. 

 

Mais ce n’est pas parce qu’on ne peut pas tout voir sur le tableur en Première qu’on doit évacuer complètement (ou quasiment complètement) le tableur des lignes du programme de Première : de fait, c’est aujourd’hui presque le cas dans la proposition de rénovation.

 

De ce point de vue, l’intervention de Jacques Saraf me rassure un peu : on va peut-être voir apparaître quelques nouveautés sur ce point après la consultation ?

 

>

> Dans le cadre d'un enseignement technologique qui a l'ambition de

> préparer à la poursuite d'études (le nôtre !), plus que d'enseigner des

> techniques et des manipulations forcément éphémères,

 

** ÉC : ceci est une grave erreur, je crois.  Je l’ai dit.  Je n’y reviens pas.

 

> Ne faudrait-il pas

> enseigner le "comment apprendre à faire" et développer chez les élèves

> une capacité à utiliser les ressources des logiciels de façon

> progressivement autonome ? Ceci pour ouvrir et prolonger le débat...

 

** ÉC : Tout le monde,  je pense,  donne une importance centrale à l’autonomie des élèves et à leur aptitude à continuer à progresser seuls,  sans les professeurs. 

 

Tout le monde sait que c’est le bon objectif, le Graal, souvent hors de portée mais qui donne le cap à suivre.

 

Mais prétendre que cet objectif final peut tenir lieu de méthode d’apprentissage est une vraie grosse erreur. Ça ne fonctionne pas bien  et  ça prend un temps fou :

 

En laissant les élèves apprendre seuls, dès le départ, on arrive à un apprentissage lacunaire (et les lacunes varient d’un élève à l’autre !  Ça part dans tous les sens, le professeur n’a plus le contrôle, on ne peut pas garantir un niveau), et surtout, un apprentissage totalement bâclé : une bande de Cro-magnons ! Les mêmes que ceux qu’on rencontre en entreprise, puisqu’ils apprennent de la même manière, sans professeur, sans cours digne de ce nom.

 

Je n’appelle pas ça « enseigner l’informatique ».  La bureautique mérite mieux que ça.

Simplement, comme ailleurs, on ne doit pas commencer par la fin.

 

Les seuls professeurs que je vois s’en sortir correctement ne jouent pas ce jeu-là et dispensent, en fait, les précieux cours structurés qui font avancer tout le monde à un bon rythme, en explicitant les bonnes armes pour les prochains exercices.

 

J’enseigne passionnément la bureautique depuis environ 15 ans, avec le fort sentiment de rendre de grands services à mes élèves, et pour longtemps : je prétends que les manipulations que j’enseigne aux élèves ne sont pas éphémères, qu’elles serviront à tous pendant de longues années, et que pour bien expliquer tout ça, il faut du temps, un programme précis  et  des modes opératoires intelligents, c’est-à-dire truffés de conseils, d’explications, de prises de recul, d’invitation à la réflexion, de démonstrations, d’exercices nombreux et variés (pris dans la réalité de la gestion quotidienne), etc.

EN SITUATION, tous ces conseils théoriques, analytiques, sont vraiment DIGESTES.

 

Si vous rendez l’informatique trop abstraite, trop lointaine, vous allez arriver, comble du comble ! à générer de l’ENNUI !   Ennuyer avec l’informatique, ça paraît incroyable !...

 

Et bien je suis prof de P10 (l’informatique en BTS CGO), et je peux vous dire que c’est possible : il y a une informatique qui génère de l’ennui chez les  non informaticiens,  chez les élèves qui n’ont pas pris le cap de l’informatique comme métier : les formes normales, les SQL, MOTA, MOD et autres outils décalés de MERISE 2, ça vous dégoûte les meilleurs élèves, les plus travailleurs… 

 

Et pourtant, j’ai de l’énergie à revendre, et je sais mettre en scène les concepts les plus abstraits pour leur donner de la vie !  J’adore faire ça, même.  Comme bien d’autres profs, je suis un clown, un acteur, quand il faut faire passer un concept difficile.  C’est notre métier.

 

Mais les élèves ne sont pas bêtes : ils sentent très bien ce qui ne leur servira jamais à rien.

 

Et il y a des limites à l’indigestion : le P10, c’est le pompon.  Certains points sont passionnants, mais la partie analyse conceptuelle poussée (MERISE 2) est totalement imbuvable pour de nombreux étudiants.

 

Et bien je peux vous dire qu’un très bon élève, un élève exemplaire, qui jette l’éponge parce qu’il en a marre de ces c…  Pour un prof qui adore ce qu’il fait, c’est révoltant !

 

C’est dans ces impressions fortes, blessantes, vécues cette année en P10 deuxième année, que je trouve la force de me battre ici pour que ça n’arrive pas partout, dès la Première !!!! 

 

Il faut arrêter cette dérive vers l’informatique de métier qui n’est pas utile à tous.

 

Il faut comprendre qu’un élève I G,  qui a donc fait le pari de se spécialiser en informatique,  n’a pas la même disposition intellectuelle,  et donc pas la même force, pas les mêmes résistances, envers ces concepts ésotériques, et qu’il est naturel qu’il les accepte beaucoup mieux que les autres élèves.

 

IL NE FAUT PAS GÉNÉRALISER LES BASES DE L’IG À TOUS LES STT !

 

 

 

 

Est-ce que toi, Éric, par exemple, tu as déjà vraiment enseigné les formes normales et le SQL à un public de Premières STT non IG ?  Est-ce que c’est possible ?  Est-ce que c’est utile ?

 

Je pose la même question à Jacques (Boutet) et Sylvain, à Alain et Alain, et même, finalement à Jacques Saraf lui-même, qui est notre guide à tous, dans cette épreuve, si j’ai bien compris.

 

Est-ce que vous avez déjà fait  vous-mêmes,  une seule fois,  ce que vous vous apprêtez à nous demander de faire pendant 10 ans auprès d’un  million d’élèves ?

 

Je ne suis pas impertinent, je suis très honnêtement à la recherche de la bonne voie pour les élèves de STT,  et je sais que de la discussion jaillit la lumière. 

 

 

Je sais bien que je peux me tromper, mais j’attends toujours qu’on me le démontre.

 

 

>

> Puisqu'il est de bon ton de proposer des citations, je vous propose une

> variante du paradoxe de Solow : "on voit l'informatique partout, sauf

> dans les programmes d'enseignement' ;-)

>

> Eric X

>

 

 

** ÉC : iconoclaste par principe,  je n’ai pas de citation à proposer    :o(

Mais j’aimerais bien tous vous rencontrer…    :o)

 

 

Chers amis, dans le secret de votre ordinateur, si vous trouvez comme moi ce débat crucial pour TOUS les professeurs ÉG et pour tous les élèves de STT,  je vous invite à :

 

1.       inciter fortement tous vos collègues à s’inscrire urgemment à la liste EcoGest, au moins pour un mois, pendant qu’il est temps de participer au débat utile.

2.       à imprimer et afficher en salle des profs les messages passés qui vous semblent les plus importants pour aider les professeurs non connectés à vite prendre part au débat.

 

Il ne nous reste que quelques jours.  C’est urgent !

 

 

Très cordialement.

 

Étienne.

 

Lycée Marcel Pagnol, Marseille.

etienne.chouard@arc-en-ciel.info

www.arc-en-ciel.info