De : pouplier.thierry [mailto:pouplier.thierry@free.fr]
Envoyé : samedi 24 mai 2003 21:54
À : Etienne Chouard; 'asere'; ecogest@cru.fr
Cc : cgo@phobos.ac-grenoble.fr
Objet : Re: [CGO] RE : [métier] 100 fois sur le ...

 

Bonsoir Etienne,

 Etienne l'apprentissage d'Access ne peut-il pas être le pivot, le centre d'abstraction et d'attraction de l'apprentissage structuré des tableurs et des texteurs ?

 

quelques exemples:

 

==> le publipostage (pour les ACC ET ACA)

 

            * à partir de l'ensemble des clients

            * à partir d'une requête ....

 

==> l'export d'une partie des tables ou requêtes sur EXCEL pour réaliser des Graphiques ou des calculs avancés.

 

==> la fonction RECHERCHE sur Excel est elle plus facile ou moins facile à appréhender qu'une requête ?

==> La fonction filtre automatique fait un peu pâle figure sur EXCEL face à ACCESS avec les requêtes. 

==> Toujours pour les commerciaux un formulaire avec sous formulaire des clients avec leurs commandes en cours....

 

Très honnêtement celui qui maîtrise ACCESS a t'il encore besoin de WORD ou d'EXCEL ? (pardon j’abuse un peu là…)

 Pour EXCEL :OUI certainement mais pour les fonctions avancées seulement : Tableaux croisés dynamiques/ SOLVEUR/Valeur cible/PLAN/AUDIT/Graphique croisé dynamique

Pour Word : pour les modèles, la saisie d'un rapport...peut être même une première approche de réalisation d’un site Internet pour les secondes.

 

 En effet il me semble très intéressant de pouvoir relier les trois logiciels via une base de données comme Access et de manière beaucoup plus professionnelle, avec des applications qui trouveront une place dans la vie des entreprises.

 

L’argument principal est : ACCESS n'est pas utilisé dans les entreprises. OUI c'est vrai car les salariés ne l'ont pas appris...

 

Je n’ai pas de solution miracle pour l’apprentissage de l’informatique. Mais il me semble que la rénovation est cohérente dans le sens ou le SGBDR peut  être le noyau de l’apprentissage d’EXCEL et de WORD.

 

Cordialement

 

THIERRY POUPLIER
LYCEE ARTHUR RIMBAUD(istres)
AIX-MARSEILLE

 


Réponse d’Étienne :
25 mai 2003.

 

Bonjour Thierry, bonjour à tous.

 

Je vais te surprendre, peut-être, mais je suis, sur certains points, vraiment d’accord avec toi :

 

L’idéal (aujourd’hui inaccessible) serait d’enseigner correctement (avec des cours, des exercices, des contrôles) à la fois le SGBDR (avec une positon centrale, c’est vrai, pour créer des solutions professionnelles, cohérentes et fiables), et le tableur pour la souplesse des solutions individuelles complémentaires aux problèmes de calculs, et le texteur pour ses forces spécifiques totalement irremplaçables (sur le publipostage et la rédaction de documents imagés et structurés, notamment).

 

MAIS, car il y un gros MAIS, pour enseigner l’informatique comme ça, IL FAUT DU TEMPS.

                             

Faites vos comptes de toutes les heures dont vous avez besoin pour enseigner correctement un tableur, un texteur et un SGBDR.

 

Je dirais qu’il faut au moins 6 heures par semaine, pendant deux ans, le SGBD en consommant à lui seul 3 ou 4. 

 

Si on n’a pas le temps nécessaire, on ne fait que le début du boulot et on se moque du monde, Thierry, parce que, concrètement, les élèves sont finalement très loin de l’objectif,  ils ne sont pas formés, et globalement on a perdu son temps.

 

Cette difficulté-là est centrale, décisive, Thierry !

 

Si on passe dessus en parlant d’autre chose (parce qu’il y a d’autres problèmes), ON PLANE, et on prend des décisions inapplicables et qui débouchent sur l’échec : l’illettrisme technologique DE FAIT que nous déplorons TOUS aujourd’hui.

 

Il ne suffit pas d’être ambitieux pour réussir, il faut se donner les moyens de ses ambitions, sinon on échoue, simplement.

 

Et c’est précisément ce qui se passe aujourd’hui.

Il y a d’autres difficultés, importantes et qui ne doivent pas être repoussées du revers de la main, comme la compétence des professeurs pour enseigner la programmation, parce qu’il s’agit bien de ça, Thierry : sous Access, si on est sérieux, on programme.

Autre difficulté (de taille) : l’immense majorité des élèves n’auront, en réalité, pas l’occasion (pas le poste, pas la liberté, pas le temps, pas le goût, pas la force… et j’en oublie) d’utiliser en entreprise un outil aussi puissant que le SGBDR qui est un outil de professionnel.  J’écris depuis longtemps qu’utiliser un SGBDR est un métier : en le survolant, on joue, on fait semblant, on perd son temps. Alors, s’ils ne s’en servent finalement pas, est-ce qu’il était raisonnable d’y passer tant de temps ?

À propos de RECHERCHEV et des filtres automatiques, qui sont à mon avis parmi les 10 outils essentiels à maîtriser absolument dans un tableur (quel que soit le fabriquant, Microsoft ou un autre), je n’ai pas le temps de détailler ici leur potentiel extraordinaire, dans mille situations courantes, leur enseignement est une affaire sérieuse, déterminante de la compétence réelle des élèves sur tableur, et j’y passe presque autant de temps que sur les requêtes (entre les cours, les exercices, les contrôles)… J’exagère un peu, parce que les requêtes, c’est vraiment très riche, et pas simple du tout dès qu’on veut calculer ou regrouper, mais c’est pour te montrer que l’enseignement du tableur, à mon avis, est bâclé.

Attention : encore une fois, je ne reproche rien aux profs : on nous conduit à bâcler, à la fois en ne nous donnant pas de liste d’aptitudes claires, et en ne nous donnant pas un nombre d’heures suffisant.

Il n’est pas normal que tu trouves que les filtres automatiques, enthousiasmants de simplicité, de souplesse et d’efficacité, te semblent faire pâle figure face aux requêtes : on ne les utilise pas dans les mêmes situations, ils sont complémentaires, pas concurrents.  Et les filtres auto serviront à tout le monde, tout le temps, puisque, de fait, le tableur est installé partout dans les entreprises, alors qu’Access non.

 

Je conclus parce que je parle trop, pardonnez-moi :

L’enseignement informatique, en France, dysfonctionne complètement pour trois raisons graves :

q      On ne prévoit pas assez d’heures pour enseigner correctement l’informatique.

q      On ne fixe pas d’objectifs précis, aux professeurs et aux élèves, en rêvant qu’on peut commencer par la fin (activités, projets ou autres méthodes inductives), et en prétendant que les cours structurés ne sont pas utiles en informatique.

q      On oublie les outils de base, dont l’apprentissage est pourtant important et difficile, au profit d’outils professionnels inaccessibles et finalement inutiles, dans les faits, au bureau, pour le commun des mortels non informaticiens.

Je vais bientôt vous interroger directement tous sur ces trois points précis : il faudrait vite savoir combien nous sommes à être de cet avis.

Très cordialement.

Étienne.

Lycée Marcel Pagnol, Marseille.
etienne.chouard@arc-en-ciel.info
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