19 mai 2003.  DÉNI D'ENSEIGNEMENT INFORMATIQUE

 

Bonsoir.

Pour comprendre les invraisemblables lacunes du référentiel « rénové » des Premières STT, j’ai récupéré, découvert et lu attentivement tous les programmes de techno de 6ème, de 5ème, de 4ème, de 3ème et de seconde IGC…

Chers amis, c’est édifiant !

Ne vous étonnez pas qu’en arrivant en seconde, les enfants ne sachent RIEN faire sur un ordinateur : tout est prévu pour atteindre ce résultat. C’est simplement incroyable.

Chaque fois qu’on pourrait imaginer d’enseigner tel ou tel outil, il est expressément spécifié que les outils (les logiciels) ne sont pas des objets d’enseignement en eux-mêmes.

En France, en 2003, de la maternelle au baccalauréat, aucun cours structuré de bureautique (tableur, TDT, Préao) n’est prévu. AUCUN !

Je pensais quand même (naïvement) que la totale vacuité de nos programmes de Première se justifiait par une réelle ambition, des acquis, des pré requis (bla bla bla)  dans les grandes classes du collège… Que nenni ! Vous chercherez vainement toute trace d’un objectif d’utilisation autonome du tableur dans ces programmes.  On dirait que tout le monde s’en fout.

Le B2i qui n’est pas un référentiel mais un test ne visant que quelques élèves, est (pour l’instant) une supercherie qui ne masque à personne le niveau lamentable des enfants en fin de Troisième.

Le programme « rénové » des STT qu’on nous propose (qu’on nous impose ?) est dans le droit fil de cette « stratégie » d’enseignement qui consiste à ne rien enseigner : tout est prévu pour que les enfants ne sachent quasiment rien faire au bac.

C’est du déni d’enseignement.   De mon point de vue, c’est une honte.

Je le constate d’ailleurs en tant que parent d’élève : j’ai quatre enfants : AUCUN de mes enfants n’a JAMAIS suivi de cours sur Excel ou Word, de la maternelle à la fac ou à l’IUT : c’est la bidouille improvisée  instituée en système généralisé !

J’enrage ! Mais faut-il que nous soyons tous une bande de nullos, nous autres profs, pour laisser jouer une aussi mauvaise partition sans même être capable d’ouvrir le bec pour dire que c’est regrettable !

 

Chers amis, je me sens seul dans ce combat, sur cette liste où nous sommes pourtant quelques centaines, je crois.

Qu’en pensez-vous ? Dites-le, c’est important ! Je me trompe ? Où ?

Par votre silence assourdissant, vous cautionnez, vous validez, vous approuvez tous ces programmes qui ont radicalement exterminé tout apprentissage méthodique des logiciels courants en France ?

Je n’arrive pas à croire ça.

On me dit que les profs ont peur. Mais de quoi ? C’est du bon sens, ce que je dis là !  Rien de révolutionnaire !

Pour apprendre les fonctionnalités vraiment utiles des logiciels (et pas les autres), les domaines d’application les plus courants de ces fonctionnalités, leurs performances, leurs limites, il faut une EXPLICATION PRÉALABLE (j’appelle ça un cours, bêtement) et des tas d’EXERCICES D’APPLICATION, concrets, répétitifs, variés, pour être bien sûr que tout le monde a bien compris.  

On apprend d’abord quelles sont les pièces de lego dont on dispose, on observe minutieusement des assemblages exemplaires créés par d’autres, et APRÈS, après seulement, bon sang !, on assemble soi-même les pièces de lego, avec talent, pour se rendre utile sur de nouveaux objectifs…  Après.  Non ?

Vous aimiez, vous, que le prof de maths vous prive de ces nombreux exercices, apparemment fastidieux mais finalement salutaires car c’était le Nième exercice (pas le même pour tout le monde) qui vous faisait enfin percuter, comprendre, l’utilité de la leçon ?  Non : vous aviez BESOIN de ces exercices. TOUT LE MONDE en a besoin. 

Qui peut apprendre sans leçon ? Qui peut apprendre sans exercices répétitifs ? Qui a du talent sans être passé D’ABORD par cette phase d’apprentissage, un peu laborieux, mais structuré et solide pour construire la suite ? QUI ?

Qui sont les mauvais farceurs qui prétendent qu’on peut apprendre tout seul à maîtriser un bijou comme Excel quand on a 17 ans et qu’on ne connaît rien aux problèmes de gestion qui peuvent se poser en entreprise et encore moins aux solutions qu’on peut créer avec un tableur ?

Qui osera, avec moi, tempêter contre ce détestable DÉNI D’ENSEIGNEMENT ?

Je pleure sur cette erreur historique. 

Et elle se répète.  Et elle s’étend...

Notre situation, au plan national, est calamiteuse : profs et élèves cro-magnonent quotidiennement, sans remord, sur leur TDT et leur tableur.  Nous ne progressons pas.  Excel est une calculette et Word un machine à écrire.

Pas même 10% de nos élèves, les meilleurs, en fin de BTS, ne sont finalement autonomes pour créer des solutions informatiques inédites, avec un poste de travail maîtrisé, après tant d’années à faire semblant de faire de l’informatique et à s’épuiser sur des tables et des relations dans des bases de données qui ne leur serviront quasiment jamais à RIEN puisque ce ne sera pas leur métier et qu’il n’ont pas eu le temps d’apprendre tout ce qu’il faut pour être autonomes.

Est-ce que c’est moi qui me trompe ?

Est-ce quelqu’un, parmi vous, sait rendre performant et autonome un enfant sur son tableur SANS LUI MONTRER EXPLICITEMENT COMMENT FAIRE ????

Est-ce qu’il faut s’en foutre complètement ?

Excel n’a-t-il peut-être aucune importance, au bureau, au quotidien ?

Ce qui compte, pour tous les STT, c’est les BDD et l’analyse conceptuelle ?  C’est tout ?

Est-ce que c’est moi qui déraille et qui délire ?

Allo ?

Y a quelqu’un ????

Qu’en pensez-vous ????

HELP !!!

Étienne.

Lycée Marcel Pagnol, Marseille.
etienne.chouard@arc-en-ciel.info
www.arc-en-ciel.info

 

PS : je sais parfaitement ce qu’on peut tirer d’une BDD, moi qui en développe souvent, grandeur nature. Je ne dis donc pas d’abandonner l’apprentissage d’Access pour me défiler : personnellement, je prendrais beaucoup de plaisir à enseigner Access, qui est un outil puissant et agréable, très attachant, et que je connais comme ma poche. 

Mais je dis et je répète que pour enseigner Access, il faut enseigner l’analyse qui précède, et que d’abord ça prend un temps fou, et qu’ensuite, il faut avoir soi-même programmé pour correctement l’enseigner, c’est facile à comprendre, non ?

Or nous n’avons ni l’un ni l’autre : ni le temps en classe d’enseigner Access comme il faut,  ni les profs programmeurs d’applications (en nombre suffisant) qu’il faudrait pour enseigner ça comme il faut à tous les STT.

Il y a tant à faire pour expliquer aux élèves les pures merveilles d’automatismes qu’ils pourront créer tout seuls avec Excel, « pour de vrai », sans faire semblant, sans se payer de mots,  tant à faire donc, qu’il est farfelu, saugrenu, malvenu, de s’épuiser, de gaspiller, de dilapider nos rares heures de cours dans une quête perdue d’avance sur l’analyse conceptuelle et les BDD.

Je suis donc seul à penser ça ??????

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