28 mars 2003.  Spécialisation nécessaire et apprentissage des meilleurs raccourcis clavier.

 

Bonjour Françoise, bonjour Sylvain, bonjour à tous :o)

 

J'ai dû mal m'exprimer : il faut effectivement que les élèves restent assez longtemps des généralistes (ils finiront par se spécialiser à leur tour, probablement, mais plus tard).

 

C'est  NOUS qui devrions être plus spécialistes qu'actuellement, surtout dans les grandes classes, pour assurer un vrai bon niveau. Je pense souvent à l'école polytechnique qui forme de bons généralistes avec des profs hyper-spécialisés. Les niveaux (des élèves au départ et à l'arrivée, ainsi que des profs) sont sans commune mesure, bien sûr, mais je ne vois pas pourquoi le principe changerait radicalement selon le niveau d'ensemble : une meilleure efficacité naît de l'expertise de l'enseignant.   Par exemple, je sens bien que je ne rendrais pas du tout les mêmes services, à mon lycée et à mes élèves, si je ne m'étais pas spécialisé.  Ça, j'en suis vraiment sûr.

 

 

À propos du cloisonnement, je ne sens pas du tout ce risque souvent évoqué : AUCUN des cas que je fais avec mes élèves en info n'est déconnecté d'un problème réel à régler. Je suis comme obsédé par l'apprentissage UTILE : n'apprenons que ce qui a de bonnes chances de servir souvent, quel que soit le secteur où l'on travaillera. Probablement parce que j'ai été généraliste auparavant, je ne suis pas gêné par ma spécialisation, qui ne me donne presque que de la force (c'est ce que je sens, en tout cas). 

 

Autre risque redouté : "l'info comme une fin en soi".  À mon sens, ça n'existe pas : je n'ai jamais vu ou entendu quelqu'un défendre cette idée ou la pratiquer, je ne comprends pas bien ce que ça veut dire. L'info sert à régler des problèmes ; est-ce qu'on peut la déconnecter de ces problèmes ? Je ne vois pas comment.

 

 

Alors c'est vrai que, comme le suggère très bien Françoise en évoquant l'enseignement supérieur, le problème se pose sûrement différemment dans les petites classes : il faut bien que l'instituteur soit savant en tout, et donc pas spécialiste du tout, et ça convient probablement parce que les petits bouts ont tant de choses à apprendre qu'un petit niveau les occupe déjà beaucoup... Mais plus on se rapproche des grandes classes, plus l'objectif de niveau est élevé, et plus les profs doivent se spécialiser pour "assurer".   Nous y voilà.   Le fait que je n'ai plus que des classes de BTS depuis des années explique donc probablement ce besoin particulièrement intense de spécialisation.

 

Ceci dit, j'aimerais enseigner en seconde (j'aurais peut-être d'ailleurs de mauvaises surprises en termes de discipline et de motivation, n'est-ce pas ?), où j'ai la conviction que le fait d'enseigner très tôt les bonnes habitudes, les bons outils, rendrait plus efficace toute la chaîne ultérieure des enseignements informatiques. Parce que je peux vous dire que les élèves qui débarquent de Terminale en première année de BTS ont vraiment, sur machine, (ne prenez pas ombrage de cette critique), des moeurs de cro-magnon !

 

Parlons justement des raccourcis-clavier : il ne faut pas les rejeter ou les mépriser en bloc, malheureux !  Je ne sais pas à quoi sert ALT + F8 (c'était sans doute une image, pour Françoise),  mais ALT + TAB  ou CTRL + Z, ça change la vie !

 

Par exemple, quand Word transforme les guillemets " en chevrons «,  alors que je suis en train de taper la syntaxe d'une formule sous Excel, quel plaisir de controlzéder la transformation et de continuer mon chemin en souplesse...  Je m'amuse, ici, pour montrer que les meilleurs raccourcis clavier, soigneusement sélectionnés par le vieux crabe de prof qui roule sa bosse depuis longtemps, ces raccourcis-là valent de l'or...

 

Et  leur apprentissage comme une denrée rare, transmise de sorcier père en sorcier fils, crée une complicité amusée entre le prof et les élèves qui adorent jouer. Qu'est-ce qu'on se marre la première fois que je dis "N'oubliez pas de controlaisser toutes les 2 minutes, du verbe CTRL + S, je controlaisse, tu controlaisses, etc".

 

Autre exemple, parce que je ne vous sens pas tout à fait convaincus : sous Excel, on a quelquefois à nommer des colonnes entières, mais sans les premières lignes. Par exemple, on veut sélectionner toutes les cellules de A3 jusqu'à A65536 (tout en bas, quoi...). Et bien avec la souris, c'est une purge sans nom ! On clique sur A3 et puis on glisse vers le bas de l'écran et on attend, on attend...   Alors qu'avec un clavier bien maîtrisé, on sait que MAJ étend la sélection, on sait aussi que CTRL + flèches file de bloc en bloc, et on sélectionne donc l'ensemble avec CTRL + MAJ + flèche bas.   Le ratio est de 1 à 1 000 !...

 

Vous en connaissez beaucoup, des domaines où on peut améliorer sa productivité de 1 à 1 000 ? C'est pourtant précisément l'enjeu de l'apprentissage du clavier, en remplacement de la souris, partout (et seulement) où c'est (très) utile.

 

Ne méprisez pas les raccourcis clavier en bloc, vous allez cro-magnoner, je le sens...   :o)

 

Il est très important, j'en suis sûr, d'apprendre rapidement aux élèves à se libérer de la souris, rassurante pour les débutants mais très pénalisante pour les experts, et de découvrir les meilleures touches, les grands raccourcis, ceux qui changent la vie, tous les jours de toute la vie. 

 

Le spectacle d'un élève sur machine qui a bien digéré ce qu'il peut gagner en productivité à combiner le clavier dans une main et la souris dans l'autre fait plaisir à voir : on le sens souple et rapide, très à l'aise... Alors que, prisonnier de son escargotique souris, le pauvre élève qui n'a jamais entendu parler de l'appel des commandes les plus courantes avec ALT, se traîne à tout propos, au long des mille petites manips qui forment le quotidien sur machine.

 

La performance sur machine est un tout, où les méthodes, l'analyse, la rigueur, le goût du contrôle des données, la connaissance par coeur des principales fonctions et de leur syntaxe et des meilleurs raccourcis clavier vont ensemble.

 

Ne dissociez pas de l'objectif la maîtrise intelligente du clavier, s'il vous plaît ! C'est une erreur.

 

Mais pour enseigner ça, il faudrait que nous autres profs ayons compris nous-même les enjeux et appris les bonnes manips ! N'est-ce pas ?

  

Mais on progresse, on progresse.

 

De la discussion jaillit la lumière   :o)

 

Très cordialement.

Étienne.

Lycée Marcel Pagnol, Marseille.

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