27 mars 2003. L’enseignement informatique est à la dérive

 

Bonjour à tous.

 

La situation de l'enseignement de l'informatique en France (de la bureautique, plus précisément) m'inspire de plus en plus souvent une impression de DÉMISSION de l'institution chargée de la formation et de l'évaluation.

 

Pour résumer, on prétend d'abord en haut lieu que "les élèves sont capables d'apprendre tout seuls le plus gros des connaissances utiles sur PC" (il ne faut donc pas dispenser de cours spécifiques sur PC), et on s'interdit ensuite d'être exigeants à l'examen de façon à bien masquer le niveau calamiteux que l'absence d'enseignement organisé n'a pas manqué de créer.

 

Finalement, on rase gratis...  Les élèves n'auront pas beaucoup d'heures de cours d'info, mais on ne sera pas exigeants à l'examen... 

 

Les ambitions pharaoniques des programmes d'info (7 logiciels en BTS AG !) ne sont qu'un vœu pieux ou une façade pour en mettre plein la vue aux acteurs économiques extérieurs, mais sont impossibles à enseigner correctement sans heures dédiées, sans profs spécialistes du sujet, et ne sont, de toutes façons, pas évaluées, en réalité, lors des épreuves, qui sont trop courtes et dotées d'un barème de plus en plus laxiste et vague...

 

Tout va donc bien se passer, puisqu'on se contente de pas grand-chose en fin de "formation". 

Tout le monde (décideurs, inspecteurs, professeurs, étudiants...) aura ainsi bonne conscience : "vous voyez bien qu'il n'est pas si mauvais, le niveau de cet examen"...

 

Ce laxisme lors de l'évaluation sert surtout à rassurer les professeurs qui vont devoir enseigner des techniques qu'ils maîtrisent forcément mal (qui, parmi vous, sait tout faire bien ?).  En effet, les profs ont peur, et on les comprend : on refuse de les laisser se spécialiser en info, on leur refuse les heures dédiées à l'info et on leur demande quand même d'enseigner et d'évaluer l'info, dont le corpus de connaissances est très riche et très changeant ! Sans compter qu'on va "évaluer" leurs élèves au cours d'épreuves-loterie où il faut évaluer une aptitude complexe en à peine 20 ou 30 minutes, avec une grille imprécise et/ou hors sujet...  Ces perspectives sont effectivement inquiétantes, et le laxisme à l'examen (0 = 5) peut être vécu comme un pis-aller, un moindre mal, une protection contre l'arbitraire...

 

 

Je nous trouve de moins en moins professionnels, de moins en moins crédibles.

 

Si avec ça, on ne fait pas tailler des croupières par des vrais professionnels (privés ?) de l'enseignement bureautique, on a de la chance...

 

 

Il faudrait se donner les MOYENS de ses ambitions :

 

Des PROFESSEURS SPÉCIALISTES EN INFO (comme en français ou en maths, cela n'a rien de choquant), sans dispenser, bien sûr, les autres profs d'un minimum de connaissances informatiques (de la même façon qu'on ne dispense personne d'un minimum de connaissances en français et en maths).

 

Dans l'enseignement supérieur, on admet comme une évidence que les professeurs sont naturellement les spécialistes de leur matière, on exige même systématiquement qu'ils conduisent des recherches dans leur domaine et qu'ils publient des papiers, pour être toujours bien à la pointe du sujet, et ceci même avec des étudiants généralistes, à l'X ou ailleurs !

 

Je ne comprends ni pourquoi ni comment, dans l'enseignement secondaire et en BTS, on exige des professeurs qu'ils soient à la fois performants et pointus en droit, en économie, en compta et en informatique !   Laissez donc les professeurs se spécialiser un peu pour exceller, obtenir ainsi le respect naturel de leurs élèves, favoriser l'évolution des enseignements utiles, et organiser une évaluation intelligente et moderne des candidats !

 

 

Des HEURES DÉDIÉES À L'INFO, et EN NOMBRE suffisant pour répéter, pour transposer réellement, et pour contrôler des méthodes autant que des savoirs.

 

J'ai repéré plus de 1 200 compétences élémentaires sur machine que mes étudiants devraient maîtriser (uniquement avec Windows, Word, Excel, Access, Internet Explorer et Outlook Express !  Donc sans parler de PowerPoint, DreamWeaver, Ciel ou EBP, Ethos ou Sphinx !)...  Et donc 1 200 corrigés... 1 200 procédures à connaître...

 

Et je ne parle pas des méthodes de travail, de la façon d'approcher les problèmes, de les décortiquer, de les reformuler pour permettre l'utilisation de l'ordinateur, de la protection des données, de leur centralisation, du contrôle de leur cohérence et de leur fiabilité, etc.

 

IL FAUT DES HEURES POUR APPRENDRE TOUT ÇA ET IL FAUT ARRÊTER DE DIRE QUE CHACUN VA SE DÉBROUILLER SEUL POUR APPRENDRE.  Le résultat de cette chimère, c'est que des générations entières, profs et élèves, cro-magnonent comme des brutes.

 

UN VRAI ENSEIGNEMENT DE LA BUREAUTIQUE RENDRAIT TOUT LE MONDE BEAUCOUP PLUS PERFORMANT, MAIS CELA DEMANDE DU TEMPS ET DES SPÉCIALISTES, des profs qui s'y investissent plus que les autres !

 

 

On m'a déjà répondu qu'il faut que les élèves apprennent à apprendre, qu'ils sachent utiliser l'aide en ligne et la doc des logiciels, parce que les savoirs informatiques évoluent sans cesse et qu'il ne faut pas figer ces savoirs... Bien sûr qu'il faut apprendre aux élèves à utiliser l'aide en ligne, bien sûr...

 

Mais QUELLE DÉMISSION que de dire qu'on va réduire l'enseignement de l'informatique au bon usage de l'aide en ligne des logiciels ! Et la perspective d'avoir à continuer d'apprendre toute sa vie ne dispense nullement d'apprendre correctement les bases au début de sa vie !  En français et en maths, on n'imagine pas de renvoyer les élèves à leurs dictionnaires et autres bouquins en disant "il faut apprendre à vous débrouiller seul, c'est important..." ! Ce serait choquant, n'est-ce pas ?

 

Alors pourquoi ce traitement de défaveur en informatique, technique absolument stratégique pour les générations à venir ?

 

Parce que quelques décideurs ont eu personnellement l'impression de bien se débrouiller tout seuls sous Word et sous Excel ? Il faudrait d'urgence montrer à ces décideurs "autonomes" qu'ils sont NULS sous Word et sous Excel, et que, sans le savoir, ils cro-magnonent lamentablement (j'exagère à peine), et qu'en institutionnalisant cette façon d'apprendre l'informatique, ils rabaissent gravement le niveau des milliers d'élèves qui ont pourtant tellement besoin de "l'informatique vraiment maîtrisée" comme atout formidable d'intégration dans l'entreprise !

 

Quand je parle des "décideurs", je ne sais pas précisément de qui je parle, et je n'en veux à personne individuellement, bien sûr. Sans doute sont-ils plusieurs, sans doute sont-ils charmants, pleins de bonne intentions et je suis sûr qu'ils ne se rendent pas compte des effets désastreux de cette décision de refuser un enseignement spécifique de l'utilisation des PC.

 

Il y a sûrement un effet de groupe parmi les décideurs, avec une pensée "informatiquement correcte" qui a globalement mis au ban tous les modes opératoires, en vrac, en jetant ainsi le bébé de l'apprentissage pas à pas avec le bain des mauvaises dérives bachotesques...

 

Quelqu'un s'est mis à mépriser les "cours d'informatique", certains même les considèrent comme nuisibles !!!  et beaucoup ont suivi sans anticiper les déplorables conséquences pour des centaines de milliers de personnes !

 

Au niveau du pays, c'est plus qu'une erreur, c'est une FAUTE.  Nous prenons du retard, beaucoup de retard.

 

LES HUMAINS ONT UN VRAI GRAND BESOIN D'ENSEIGNEMENT FORMALISÉ DE LA PRATIQUE SUR ORDINATEUR PERSONNEL. IL FAUT CRÉER CETTE DISCIPLINE, QUI N'A RIEN À VOIR AVEC L'INFORMATIQUE DES SECTIONS IG QUI EST L'INFORMATIQUE DES SPÉCIALISTES (très utile par ailleurs, évidemment, mais dont le public est moins nombreux et où les savoirs enseignés sont radicalement différents).

 

Je parle de l'informatique POUR TOUS LES TECHNICIENS TERTAIRES. 

Appelons-la "BUREAUTIQUE" pour la distinguer de l'INFORMATIQUE DE GESTION (IG).

 

 

Une EXIGENCE D'INTELLIGENCE À L'EXAMEN : il nous faut, à mon sens, des candidats capables d'imaginer "en direct" une solution informatique cohérente à un problème de gestion simple et réel.

 

Accepter de réduire la prestation info des candidats à une simple restitution de chien savant (savoir refaire exactement tel cas revu 20 fois en classe et appris tel quel par cœur) est, pour moi, une grave démission. J'interroge ainsi moi-même quand je fais passer des candidats, bien sûr, pour être juste et noter comme tout le monde, mais je peste de constater tant d'erreurs profondes et de renoncements déplorables !

 

Exemple important de ce que pourrait très bien être une interrogation et une prestation intelligentes avec un tableur : le patron parle à son assistant : il a besoin sur cette page du nom du client et de toutes les infos sur le client : son numéro, son adresse, son téléphone, etc. Mais il ne veut pas saisir tout ça, évidemment. Comment faire pour ne saisir que le nom du client et que l'ordinateur récupère automatiquement tout le reste ? Et notre candidat, confronté à ce nouveau problème jamais étudié tel quel en classe, mais correctement formé à utiliser quotidiennement la commande Données Validation et la fonction Recherchev, notre candidat devrait être capable, il me semble, de bâtir spontanément sa petite table Clients dans un classeur à part, avec une première colonne qui contient le nom des clients (avec un cas zéro dans la table pour simplifier d'un coup toutes les formules recherchev à venir), de nommer sa table (des colonnes entières pour permettre les ajouts !) pour rédiger des formules lisibles, de prévoir, dans un nouveau classeur, une cellule une saisie contrôlée du nom du client (avec une liste déroulante, c'est très facile : il faut 25 secondes avec Données Validation... et c'est important), et de fabriquer seul et sans effort les formules recherchev qui vont récupérer le reste (avec FAUX au quatrième argument pour accepter une table en désordre).

 

Il me semble que cet exemple d'objectif est à la fois réalisable et souhaitable. Temps de réalisation : 10 ou 15 minutes. Les compétences évaluées seront utiles toute la vie, quel que soit le tableur, que ce soit en entreprise ou ailleurs.

 

Qu'on ne me dise pas que nos élèves savent repérer seuls que les compétences que je viens de décrire sont utiles (ils n'ont aucune expérience pour distinguer ce qui sert tout le temps, dans Excel ou ailleurs, de ce qui sert rarement), ni qu'ils sont capables ensuite de les apprendre seuls comme il faut (en repérant seuls les pièges et les maladresses habituelles), ni qu'ils sauront s'exercer seuls sur des applications variées pour tester leur propre adaptabilité (où trouveraient-ils la volonté, la science et la rigueur nécessaires ? C'est un métier de prof que de rassembler les exercices adaptés pour apprivoiser un comportement utile) : les étudiants ne peuvent pas faire tout ça sans prof pour les guider, les motiver, les conseiller : cet apprentissage autonome est un phantasme, un rêve, ce n'est pas une réalité, même avec de bons élèves...

 

 

Le candidat devrait donc pouvoir (devoir) montrer son intelligence, autant que ses connaissances, sur cette épreuve essentielle. Un bon élève devrait être, à mon avis, un bon imagineur de solutions informatiques simples aux problèmes de gestion simples de l'entreprise.

 

 

Bien sûr, avec des sujets aussi ouverts, on risque de partir dans tous les sens, et de transformer l'épreuve en piège imprévisible, d'où le complément suivant : (je rappelle qu'on vise rien moins que L'INTELLIGENCE de cohortes d'élèves, ça vaut le coup de se creuser la tête et de changer un peu nos mauvaises habitudes !)

 

 

Une BANQUE DE SUJETS D'ORAL : nous devrions tomber tous d'accord sur de nombreux sujets d'oral, "simples et réels", débattus entre collègues, (avec des professionnels qui nous aideraient à cibler leurs besoins réels les plus fréquents), à la fois "faisables" dans les temps impartis et suffisamment riches pour être discriminants.

 

Il faudrait 50 ou 60 sujets par logiciel pour éviter le bachotage idiot, mais tous les sujets seraient bâtis autour d'une série d'objectifs limités, généraux et communs : sous Excel, on se donnerait par exemple 15 OU 20 COMMANDES ET FONCTIONS JUGÉES PRÉCIEUSES et "fréquemment utiles à tout".

 

ON DONNERAIT CLAIREMENT LE CONTENU MINIMUM DE LA BOÎTE À OUTILS : pas de boîte à outils sans pince, sans tournevis (plat et cruciforme), sans marteau... Tout le monde est d'accord ? OK.  Maintenant, on peut juger COMMENT l'élève UTILISE ses outils... Mais il faut bien lister les outils, que diable ! Non ?

 

Tiens, voilà une autre phobie de nos décideurs : pas de liste d'aptitudes ! sous prétexte que cette liste limitative serait un carcan rendant tout le monde débile, profs, examinateurs et élèves...  "Il faut rester très général, très ouvert, prêts pour les évolutions techniques inévitables..."

 

Mais le remède est pire que le mal !  À vouloir rester si "ouverts", et en ne fixant pas précisément les limites, on terrorise tout le monde et les profs se protègent de toutes parts pour éviter les injustices !

 

Alors qu'UNE BONNE LISTE D'OUTILS IMPORTANTS À CONNAÎTRE, REMISE À JOUR TOUS LES ANS POUR TOUT LE PAYS,  permettrait à tous les acteurs, profs, élèves et examinateurs, de savoir exactement où ils vont, ce qu'ils doivent maîtriser AU MINIMUM, chacun étant libre d'en faire plus s'il le peut et s'il le veut.

 

Une actualisation annuelle serait prévue, à la fois pour s'adapter aux évolutions (les profs apprendraient plein de nouveautés de leurs collègues pendant ces réunions de mise au point des sujets d'oral : FORMATION CONTINUE automatique, tous les ans), mais aussi pour corriger les erreurs éventuelles.

 

Aucune crétinisation ou obsolescence n'est à redouter puisque :

- l'épreuve est intelligente (solution informatique à créer "en live" par le candidat le jour de l'épreuve),

- que les items sont souvent actualisés,

- et que c'est un minimum, pas un maximum.

 

Par exemple, sous Excel, il me semble que cette liste devrait contenir, entre autres, (et c'est précisément de cette liste que des "professionnels de l'enseignement", que nous sommes, paraît-il, devraient discuter, au lieu de fuir cette discussion comme si elle était farfelue) :

 

* Contrôle de saisie avec une liste déroulante alimentée par une liste de cellules (dans un classeur externe, s'il le faut)

* Dénomination des cellules

* Recherchev avec VRAI (seuils et taux)

* Recherchev avec FAUX (fichiers avec identifiant)

* Protection des cellules et chemin de saisie (avec TAB).

* Organisation des données de base en une table centrale unique (la table de toutes mes ventes, par exemple, toutes années confondues, tous vendeurs confondus, toutes régions confondues, etc.), avec des colonnes discriminantes (date de la vente, vendeur, région, ...), et création de données de SYNTHÈSE en utilisant des tris, des filtres, des tableaux croisés et les fonctions NB.SI, SOMME.SI et SOUS.TOTAL. 

 

Attention : je parle là de connaissances essentielles. Si vous avez l'impression que ce n'est pas important, vous êtes sans doute de ceux qui ont appris seuls et qui pensent utiliser l'outil comme il faut, en ratant pourtant des outils importants. Ce que je viens de décrire est à la fois simple à maîtriser et incroyablement performant, pour toute la vie, dans tous les secteurs, pour tous les humains qui vont travailler sur un PC !

 

Si vous avez peur des tableaux croisés dynamiques, si vous les rangez en "Niveau 2", si vous les réservez aux étudiants exceptionnels, c'est qu'aucun prof ne vous a jamais montré la fabuleuse simplicité, l'extraordinaire performance, l'enthousiasmante aide à la décision que constitue cette simple commande d'Excel.   Je vous dis qu'on a besoin de profs d'info, c'est vrai !

 

Peut-être ai-je tort. Peut-être vais-je trop loin. OK, mais ce que je demande, c'est qu'on en parle, ouvertement, intelligemment et précisément.

 

Ce que je veux dire, c'est qu'en ne formalisant pas cet objectif avec une liste officielle, les décideurs ne se débarrassent du problème qu'en apparence : ils créent d'autres problèmes, pires encore que la rigidité qu'ils veulent éviter : le niveau actuel des étudiants est très insuffisant. Il nous faut une liste des choses à faire sur laquelle tout le monde soit à peu près d'accord.

 

De toutes façons, entre nous, profs chargés de l'info, nous ne parlons que de ça, bien sûr, mais sous le manteau, en se cachant, parce que ce n'est pas à la mode, parce que c'est mal vu  des autorités de dresser des listes de compétences et de rédiger des modes opératoires... Mais en travaillant seuls et cachés, nous travaillons mal.

 

LE FLOU ACTUEL EST DÉVASTATEUR ! NOUS NE SOMMES PAS HARMONISÉS. L'ÉPREUVE SUR MACHINE EST AUJOURD'HUI PARTOUT UNE LOTERIE RÉVOLTANTE.

 

 

• Il nous faut aussi impérativement UNE GRILLE NATIONALE, TRÈS PRÉCISE ET QUI RESPECTE LE SUJET (qui ne dévie pas inutilement sur la communication, par exemple) pour assurer au candidats une équité minimum. C'est vrai que l'harmonisation parfaite est impossible, mais nous devons "faire de notre mieux", et cela passe, au minimum, par une bonne grille commune.

 

 

• Il nous faut enfin des ÉPREUVES LONGUES : au moins une heure, en fait DEUX HEURES SUR MACHINE sont indispensables pour faire un tour réel, honnête, probant, de la compétence forcément complexe d'un candidat qui est censé avoir beaucoup travaillé. Sans ça, on joue aux devinettes, on est approximatif, on n'est pas "pro" du tout...

 

En AG-PME on évalue 7 logiciels en moins de 30 minutes. C'est une pantalonnade !

 

 

 

Hum, je sens que mon ton va me valoir quelques retours de flamme...

 

Mais je me relis, et je signe... :o)

 

 

Pardon pour la longueur de ce mail fleuve...

 

Très cordialement.

 

Étienne.

 

Lycée Marcel Pagnol, Marseille.

etienne.chouard@arc-en-ciel.info

www.arc-en-ciel.info

 

 

 


28 mars 2003.  GROGNON, BOUGON, PARDON…  L’enseignement informatique a de l’avenir !!!

 

Bonjour.

 

En me relisant quelques heures plus tard, je me trouve un peu grincheux et pessimiste, parfois brutal. Pardonnez-moi.

 

Je suis un peu double : quand je réfléchis à un problème important, je change, je suis un peu trop le nez dans le guidon, les mains dans le cambouis, j'argumente, j'imagine des causes, des conséquences, des solutions... et j'oublie complètement le décor, le reste... Ce n'est pas très performant, je dois bien l'avouer.

 

Je m'aperçois ainsi qu'on pourrait comprendre dans mes lignes que je trouve les profs d'info incapables de faire ce qu'ils ont à faire : je dois absolument préciser ce point : je pense à moi aussi, bien sûr, quand je dis que personne n'est capable d'être bon à tout : JE suis INCAPABLE d'enseigner correctement à la fois le droit, l'éco, les techniques administratives ou commerciales ou comptables ET l'info. Et je prétends que PERSONNE n'en est capable : il va falloir maltraiter (en un ou deux mots) quelque chose.

 

Par exemple, et très concrètement, je suis juriste de formation, j'étais très pointu en droit (il y a longtemps :o), j'ai adoré l'éco... Mais j'ai croisé l'info naissante et je suis tombé dedans quand j'étais petit : depuis, contre la doctrine officielle qui l'interdit (et mon propos est précisément de dire que cette interdiction est une bêtise), je me suis spécialisé, j'ai installé des centaines d'ordinateurs, je les ai connectés entre eux, puis avec les autres, sur le net, j'ai construit et amélioré de très beaux cas pratiques sur PC pour mes élèves (en tout cas, on va dire qu'ils ne sont pas mal...) pour couvrir vite et bien des sujets au départ complexes avec très peu de temps en classe...

 

Et, soyons clair : je suis devenu bon en info, mais JE SUIS AUSSI DEVENU NUL EN DROIT ET EN ÉCO... NUL DE CHEZ NUL ! En techniques commerciales, je n'y connais rien, en compta, je suis un légume, en fiscal, je suis un cave... J'ai pourtant enseigné le droit fiscal, à fond, en TS compta, pendant des années... Et bien aujourd'hui, en fiscal, je suis nul !

 

Mais je n'ai pas honte : c'est normal, ça ne peut pas être autrement : c'est déjà un boulot de jour et de nuit d'être bon dans UN domaine... Qui peut être aussi bon dans plusieurs ?  Si on est bon à tout, il faut mettre des guillemets au mot "bon"...

 

Par contre, en info, je rends de vrais grands services (je crois), à la fois à mon lycée qui a besoin d'administrateurs de parc, et à mes élèves qui adorent ces cours où on pousse loin le bouchon, où ils sentent qu'ils apprennent des choses qu'ils vont être les seuls à savoir faire en entreprise. Ça leur donne des ailes, aux élèves, de savoir qu'ils vont devenir des experts assez rapidement, et qu'ils vont enfin être utiles "pour de vrai"... Et ça donne des ailes au prof aussi : on se régale !... MAIS, c'est très exactement parce que je me suis spécialisé que cette précieuse alchimie est aussi forte !

 

Les têtes pensantes qui voudraient que nous soyons performants en toutes matières se trompent. Je suis certain qu'elles sont incapables elles-mêmes de relever l'invraisemblable défi qu'elles nous imposent. Je suis d'ailleurs sûr qu'elles le savent, mais qu'elles y sont contraintes pour des histoires de gros sous.

 

 

Voilà ce que je veux dire quand je souligne que les profs ont peur devant une mission impossible : ils sentent bien, et ils ont raison, qu'ils ne pourront pas être vraiment bons s'ils ne se spécialisent pas un peu.

 

Mais je respecte infiniment, évidemment, tous ces collègues qui se donnent tant de mal pour contourner cette criante difficulté, et qui arrivent à de spectaculaires résultats avec des élèves enthousiasmants d'astuce et de brio sur machine. Dans le contexte qui était le leur, chapeau bas !

 

 

Je suis sûr que vous êtes comme moi : vous sentez bien que l'informatique est pour de nombreux élèves en difficulté une carte maîtresse, un atout majeur pour renouer avec la réussite, pour montrer qu'ils sont enfin utiles, performants, et pour finalement s'intégrer dans un groupe, d'abord en classe, puis en entreprise où on a besoin de techniciens aguerris sur ces sujets, plus que de simples bidouilleurs... Cette discipline, en tant que telle, appliquée à de vrais problèmes bien réels de gestion, est un laboratoire formidable où beaucoup d'élèves découvrent enfin pourquoi il faut être rigoureux, organisé, intelligent...

 

Globalement, notre enseignement est sûrement beaucoup trop théorique pour de nombreux élèves. L'informatique sur machine ramène tout le monde à des problèmes concrets, des réflexions concrètes, des solutions concrètes, des contrôles concrets, de vraies mesures de performances, de la vraie reconnaissance : des 20/20 de la part des profs heureux, des félicitations chaleureuses et sincères de la part de vrais patrons...  Hé ! ça vaut de l'or pour motiver les jeunes, ça !!!

 

Je crois que l'informatique (la bureautique) est un formidable levier pédagogique pour emmener de nombreux élèves vers le succès, l'intégration et, pardonnez mon optimisme pas si béat, vers le bonheur, tout simplement, parce que tout est lié.

 

Et notre BTS AG est vraiment bien pour ça : la corde informatique associée aux compétences multiples permet d'envisager de nombreux métiers aux activités et responsabilités variées.

 

Je trouve simplement dommage qu'on ne se donne pas les vrais bons moyens pour que l'informatique soit, pour TOUS les élèves, un vrai atout maître pour s'intégrer.

 

 

Encore juste un mot sur ce que j'appelle les "décideurs"....

 

Je pense que le problème de l'enseignement du travail sur PC est NATIONAL, et que la solution n'est aujourd'hui que locale, alors qu'elle devrait être nationale : aujourd'hui, par un véritable travail de fourmis, année après année, les profs, les inspecteurs, les acteurs quoi, se réunissent, échangent, discutent, essaient d'interpréter comme ils peuvent les documents et consignes nationales pour limiter les injustices les plus criantes... Heureusement qu'on fait ce travail !!! Qu'est-ce que ce serait sans cela ?!    Mais il nous faut probablement une solution générale qui vienne d'en haut.

 

Les décideurs auxquels je pense sont sans doute très haut placés. Il faudrait pouvoir leur dire. Il faudrait qu'ils sachent qu'il y a quelque chose d'important à faire pour changer profondément un aspect de notre performance nationale.


Savez-vous
qui a le pouvoir de créer une discipline "Bureautique", avec des heures dédiées, dans toutes les sections tertiaires,  et d'autoriser quelques profs d'éco-gestion (volontaires) à se spécialiser pour bien l'enseigner et l'évaluer ?

C'est le ministre ? Un sous-ministre ?


Vous savez comment parler à un ministre, vous ?

Comment faire pour que notre mammouth chéri évolue comme il faut ?

  

 

Bon, j'avais dit "Ce coup-ci tu fais court : t'as une heure et une page..."... C'est encore raté... Je suis vraiment mauvais, pardon pour la longueur...

 

Très cordialement.

 

Étienne.

Lycée Marcel Pagnol, Marseille.
etienne.chouard@arc-en-ciel.info
www.arc-en-ciel.info

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