Carte blanche à Philippe Desbrosses

 

 

 

OGM : l’heure est grave !

 

Le ministre de l’agriculture Dominique Bussereau a confirmé qu’un décret sortirait prochainement. La confusion est totale est probablement volontaire pour permettre une contamination illégale du territoire, sans possibilité de retour en arrière.

 

Comme je l’ai indiqué précédemment (Nouveau Consommateur n°18), nous assistons à un détournement de la justice opéré en catimini au profit des multinationales du génie génétique.

 

En effet tout agriculteur dont les cultures sont contaminées par des OGM, n’est plus propriétaire de ses récoltes et de ses semences en raison des brevets déposés par la firme à qui appartient ces OGM. Étant donné qu’il n’existe aucun moyen pour un agriculteur de se protéger de cette contamination, les pollueurs acquièrent un droit de fait.

 

Par ailleurs les faucheurs volontaires sont poursuivis pour « atteinte au droit de propriété », même lorsque l’autorisation délivrée par le ministre de l’agriculture a été annulée par le tribunal administratif.

 

Si le droit de propriété ouvre sur des abus tels qu’il devient impossible aux consommateurs  de refuser les OGM et aux paysans de refuser de les cultiver, que reste-il du sens du droit dans ce pays ?

 

Nous avons l’exemple de Percy Schmeiser au Canada, producteur de semences paysannes de colza depuis des années. Un jour les détectives de Monsanto, averti par des voisins malveillants (la firme a institué en Amérique du Nord un système de délation rémunérée pour s’assurer le contrôle total des cultures), viennent prélever des plantes dans les champs de Percy Schmeiser et découvrent des traces de leur colza transgénique. Immédiatement ils engagent une procédure contre l’agriculteur et réussissent, contre toute attente, à le faire condamner sur un vice de forme à une très lourde somme de dommages et intérêts. Percy, ruiné, sillonne la planète pour mettre les agriculteurs et les politiques en garde contre les agissements de cette société.

 

Il est même venu faire, il y a 4 ans, un très long exposé devant les députés français à l’Assemblée Nationale. L’intervention filmée et diffusée par la télévision avait suscité une grande émotion à l’époque.

 

D’autre part, après huit années d’expérimentation, toutes les cultures de colza du territoire canadien sont désormais contaminées. Il n’est plus possible, par exemple, de certifier un colza non OGM ou un colza AB. Et dans la famille des crucifères, les mauvaises herbes apparentées au colza, sont devenues indestructibles, de même que les repousses intempestives de colza transgénique, malgré l’utilisation de 4 herbicides.

 

Apparemment le gouvernement actuel n’en a pas connaissance.

 

Pas plus que la tragédie du soja transgénique en Argentine, diffusée par ARTE le 26 octobre 2005, où après 7 années de culture de soja transgénique, la moitié des terres sont stérilisées par le Roundup. Les paysans n’avaient pas prévu l’apparition de mauvaises herbes résistantes. Ils sont obligés d’utiliser deux fois plus de pesticides qu’auparavant pour venir à bout des repousses de soja résistant. Ces épandages massifs anéantissent les autres cultures et provoquent des problèmes de peau, de thyroïde et des complications respiratoires… S’y ajoute une catastrophe écologique avec la déforestation et l’érosion des terres arables. (reportage d’ARTE 26 octobre 2005)

 

De nombreux avatars se sont produits tout au long de la courte carrière des OGM, qui, pour l’instant, n’ont accumulé que des inconvénients et aucun des avantages annoncés. Les risques imprévisibles que comportent pour la santé humaine les aliments génétiquement manipulés ont été illustrés par des accidents survenus aux États-Unis en 1989 avec l’utilisation d’un acide aminé L-Tryptophane, produit à partir d’une bactérie OGM. Plusieurs dizaines de personnes sont décédées et plus de 300 autres ont été victimes de lésions irréversibles.

 

Il faut également rappeler la présence anormale d’un maïs transgénique dans des produits alimentaires aux États-Unis, ayant provoqué une allergie grave, avec coma, parmi la clientèle d’un restaurant en Californie. On s’est aperçu alors que le maïs Starlink d’Aventis, n’était pas homologué pour l’alimentation humaine et n’aurait pas du se trouver dans des lots de maïs ordinaires. Il fut retiré d’office sur tout le territoire américain avec un préjudice financier considérable, près d’un milliard de dollars, pour la firme qui a aujourd’hui disparu et racheté par Bayer. Toutes ces alertes, comme l’affaire PUTZAI en Grande-Bretagne, où les rats présentaient des tumeurs au cerveau après 3 semaines de consommation de pommes de terre transgéniques, étaient contestées par les arguties juridiques de leurs promoteurs…

 

Mais le 14 mars dernier, des conférences de presse à Paris et à Berlin ont annoncé une première mondiale, la publication dans une grande revue scientifique, de la contre-expertise effectuée par une équipe française réputée, celle du professeur Gilles-Eric Séralini, qui a permis de confirmer les risques sur la santé du maïs OGM de Monsanto (MON 863) autorisé récemment par Bruxelles. Sa toxicité hépatique et rénale avérée, devrait le faire retirer du marché et un moratoire sur l’ensemble des OGM devrait être institué.

 

À part ça, ni Monsieur Bussereau ministre de l’agriculture, ni Monsieur Sarkosy, le seul candidat à la présidence de la République à ne pas se prononcer sur cette question, n’ont d’état d’âme à l’égard des OGM. Ils veulent que les français en mangent de gré ou de force, parce que, dixit Dominique Bussereau, c’est le progrès… Comme pour l’amiante et la vache folle.

 

 

 

Philippe Desbrosses, agriculteur – Docteur en sciences de l’environnement, Expert consultant auprès de l’U.E. et administrateur du CRII-GEN (Comité de Recherche et d’Information Indépendant sur le Génie Génétique).

 

 

Revue " Nouveau Consommateur " n° 19 - avril-mai 2007