Sentinelles du peuple - Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens

Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens


C'est notre Constitution qui est notre seule arme (et c'est aussi la meilleure) pour contrôler les pouvoirs. À nous d'en parler, entre simples citoyens, pour devenir des millions à l'avoir compris : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Bienvenue :o)


Étienne Chouard
Je cherche ici à mettre en débat ouvert ce dont on ne parle nulle part : les plus grands principes institutionnels dont tous les citoyens (gauche, centre, droite) ont besoin pour se protéger des abus de pouvoir.

Je vous propose d'aller voir le FORUM et de suivre le SOMMAIRE, point par point (un principe par jour pour une digestion facile ?), et de réfléchir à votre propre position : Pour ? Contre ? Partagé ?

Et si personne (ni moi, ni d'autres ici) n'a encore défendu les arguments qui vous semblent importants, formulez-les vous-même : nous progressons ensemble en combinant nos réflexions, démocratiquement et positivement :o)

Suggestion :
pour parler nombreux
sur de nombreux sujets :
. soyons brefs,
. dans le sujet,
. et patients :-)

Une fois les principes bien débattus sur le FORUM, vous pouvez, dans la partie WIKI, écrire vous-mêmes les articles qui vous semblent importants dans une Constitution, aussi bien nationale qu'européenne.

Sur cette partie BLOG, je vous propose de nous parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, histoire, philosophie, sociologie, société, actualité, technique, littérature, etc.), mais qui tournent quand même autour des sujets évoqués sur le forum : on cherche à imaginer ensemble un outil intellectuel, robuste et durable, contre les abus de pouvoir.

J'ai hâte de vous lire :o)

Étienne Chouard


Retour à la page centrale :
Le site d'origine s'appelle AEC : "Arc-en-Ciel" (après la pluie le beau temps) :o)


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Commentaires récents (de la partie blog ; voir aussi le forum et le wiki) :

Articles récents :




mercredi 19 mars 2014

Rosa Luxembourg : guerre à la guerre ! (28)

La grande et belle Rosa Luxemburg
n’avait pas la pensée boiteuse !
GUERRE À LA GUERRE !
(vidéo 45’45)

J'ai trouvé ce bout de film très émouvant, et très actuel :

Source : http://mai68.org/spip/spip.php?article6947

Je ne sais pas si quelqu'un peut nous donner un lien vers le film entier.
Et aussi d'autres sources sur Rosa Luxembourg, formidable sentinelle du peuple.

Étienne.

mardi 18 mars 2014

Hors-Série : un site d'entretiens filmés avec de la vraie critique dedans... (6)

HORS-SÉRIE :
un site d'entretiens filmés
avec de la vraie critique dedans...


Hé ! C'est une bonne nouvelle pour l'éducation populaire, ça !
Là, il faut y aller et les aider, les filles : elles donnent l'exemple et elles ont besoin de nous !

L'abonnement n'est pas cher ; c'est là : http://fr.ulule.com/hors-serie/

J'ai hâte de voir ça :)

Étienne.


dimanche 9 février 2014

Entretien important d'Edward Snowden, à propos de BIG BROTHER, relayé et traduit par de simples citoyens, mais qui, curieusement, intéresse très peu nos "journalistes professionnels" (27)

Entretien important d'Edward Snowden,
à propos de BIG BROTHER,
relayé et traduit par de simples citoyens,
mais qui, curieusement, intéresse très peu nos "journalistes professionnels"

Le site de Korben nous informe :
« Dimanche dernier, Edward Snowden qu'on ne présente plus a été interviewé par la télévision allemande.
Cette vidéo ayant été très peu relayée par les médias, je vous mets une version sous-titrée pour que vous puissiez tous en profiter. »

http://korben.info/interview-snowden.html


J'ai d'abord partagé cette info avec notre "cerveau collectif".
Et puis, quand j'ai cherché une transcription,
un gentil virus s'est aussitôt collé au boulot
et il nous a retranscrit carrément tout le texte...
Formidable entraide ! Merci Fred :)

Interview d'Edward Snowden sur la télé allemande NDR

Interview menée le 26/01/2014 par le journaliste Hubert Seipel à Moscou.

Question : Monsieur Snowden avez-vous bien dormi les deux dernières nuits parce que j'ai lu que vous avez demandé une protection policière. Y a-t-il eu des menaces?

Réponse : Il y a des menaces importantes, mais je dors bien. Il y avait un article qui est sorti sur un site appelé BuzzFeed où des espions du pentagone faisant partie de la NSA ont été interrogés, et on leur a donné l'anonymat pour être en mesure de dire ce qu'ils voulaient. Et ce qu'ils ont dit au journaliste était qu'ils voulaient m'assassiner. Ces espions — et ce sont les agissements officiels du gouvernement — ont dit qu'ils apprécieraient volontiers de me mettre une balle dans la tête, de m'empoisonner lorsque je reviendrai de l'épicerie et que je meure sous la douche.

Q : Mais malheureusement, vous êtes encore en vie avec nous.

R : C'est vrai, je suis encore en vie et je ne perds pas le sommeil parce que j'ai fait ce qu'il fallait, je le devais. C'était la bonne chose à faire et je n'ai pas peur.

Q : "Ma plus grande peur...", et je vous cite : "...concernant les informations à fournir, rien ne changera", c'était l'une de vos plus grande préoccupations à cette époque à propos de la situation de la NSA; pas seulement en Amérique, mais aussi en Allemagne et au Brésil et le président Obama a été forcé de rendre public et de justifier que la NSA avait agi sur des bases légales.

R : Ce que nous avions vu comme une réponse à propos des révélations était une sorte de déraillement gouvernemental à propos de la NSA. Au lieu de s'occuper de la population et de la protection de leurs droits, la classe politique s'inquiétait de la sécurité de l'état et de la protection de leurs propres droits. Ce qui était intéressant c'était la réponse initiale. Par la suite, nous avons constaté un ramollissement. Nous avons vu le président le reconnaitre lorsqu'il a déclaré en premier lieu : "nous avons trouvé le bon équilibre, il n'y a pas d'abus", puis nous l'avons vu lui, et ses fonctionnaires admettre qu'il y a eu des abus. il y a eu des milliers de violations par la NSA et d'autres agences et instances au pouvoir chaque année.

Q : Ce discours d'Obama serait-il le commencement d'une véritable réglementation?

R : il est clair qu'avec ce discours, le Président voulait apporter des changements mineurs pour préserver les instances au pouvoir dont nous n'avons pas besoin. Le président a créé une commission d'examen composée de fonctionnaires qui étaient tous des amis personnels, des habitués de la sécurité nationale, d'anciens adjoints de la CIA, des gens qui avaient tout intérêt à être compatissants envers ces programmes et à les voir sous leur meilleur jour. Mais ce qu'ils ont trouvé était que ces programmes n'avaient pas de valeur. Ils n'ont jamais stoppé les attaques terroristes aux États-Unis et ils les ont utilisés en marge pour d'autres choses. La seule chose pour laquelle le programme de surveillance des métadonnées téléphoniques, Section 215 — au passage c'est un programme de collecte plus étendu que le programme de surveillance massive — a servi, c'était pour stopper ou détecter un télépaiement de 8500$ d'un chauffeur de taxi en Californie. C'est ce genre de chose dont nous n'avons absolument pas besoin. Ces programmes ne nous rassurent pas. Ils accaparent une somme importante de ressources alors qu'ils ne nous sont d'aucune valeur. Ils disent "nous pouvons modifier cela". La NSA opère sous l'unique autorité du président. Il peut y mettre fin, modifier ou demander une modification de leurs politiques à tout moment.

Q : Pour la première fois, le président Obama a admis que la NSA collecte et stocke des milliards de données.

R : Chaque fois que vous êtes en train de décrocher le téléphone, de composer un numéro, d'écrire un email, de voyager en bus avec un téléphone portable, d'insérer une carte quelque part, vous laissez une trace. Le gouvernement a donc décidé que c'était une bonne idée de collecter. Tout, même si vous n'avez jamais été suspecté d'un crime. Traditionnellement, lorsque le gouvernement identifiait un suspect, il se rendait devant un juge, et il disait : "ce suspect a commis une infraction". Il obtenait ensuite un mandat afin d'user de son plein pouvoir pour poursuivre l'enquête. De nos jours, ce que nous voyons c'est qu'ils veulent appliquer leur plein pouvoir avant même l'ouverture d'une enquête.

Q : Vous avez initié ce débat. Edward Snowden est devenu entre-temps le nom commun désignant le dénonciateur à l'ère de l'internet. Vous travailliez jusqu'à l'été dernier pour la NSA et pendant ce temps vous avez secrètement rassemblé des milliers de documents confidentiels. Quel a été le moment décisif? Quand était-ce assez? Ou encore qu'est-ce qui s'est passé pour que vous agissiez de la sorte?

R : Je dirai en quelque sorte que le point de rupture est de voir le directeur du renseignement national, James Clapper, mentir sous serment devant le congrès. Il n'y a aucune raison de croire qu'un service de renseignements qui croit qu'il peut mentir au public et aux législateurs, puisse être en mesure d'avoir notre confiance et soit capable de modérer ses actions. En voyant ce que ça signifiait vraiment pour moi, je pense qu'il n'y avait aucun retour en arrière possible. Au-delà de ça, j'ai réalisé avec effroi que personne d'autre ne pouvait le faire. Le public a le droit de connaitre le contenu de ces programmes. Le public a le droit de savoir ce que le gouvernement fait en son nom, et ce qu'il fait contre le public. Mais nous n'avons pu discuter d'aucunes de ces choses, nous n'y avons pas été autorisés, même nos représentants élus ne peuvent pas avoir connaissance ni discuter de ces programmes. C'était dangereux de le faire. La seule critique que nous avons eue fut celle du tribunal secret, la Cour FISA. C'est une autorité soi-disant judiciaire. Lorsque vous vous rendez au travail tous les jours et que vous vous asseyez à votre bureau, vous vous rendez compte du pouvoir que vous possédez. Vous pouvez espionner le président des États-Unis, vous pouvez cibler un juge fédéral et si vous le faites intelligemment personne ne le saura. La seule façon de découvrir les abus de la NSA, c'est l'auto-dénonciation.

Q : Et nous ne parlons pas seulement de la NSA. Il y a un accord multilatéral de coopération entre les services et cette alliance d'opérations de renseignement est connue comme étant les "Five Eyes". Quels sont les agences et les pays concernés dans cette alliance et quel est son but?

R : L'alliance des "Five Eyes" est une sorte d'artefact datant d'avant la Seconde Guerre Mondiale où les pays anglophones qui détenaient les pouvoirs se sont regroupés pour coopérer et partager les coûts d'infrastructures utilisées pour la collecte des renseignements. Ainsi nous avons le GCHQ au Royaume-Uni, nous avons la NSA aux États-Unis, nous avons le C-Sec au Canada, l'ASD en Australie et le DSD en Nouvelle-Zélande. Pendant des décennies ces soi-disant organisations de renseignement supranational ne se plièrent pas aux lois et aux règlements de leur propres pays.

Q : Dans de nombreux pays, comme aux États-Unis, les agences comme la NSA ne sont pas autorisées à espionner à l'intérieur de leurs frontières et encore moins leurs propres citoyens. Ainsi les Britanniques peuvent, par exemple, espionner tout le monde. Ils ne peuvent, contrairement à la NSA, mener une surveillance en Angleterre, ce qui signifie que tous deux peuvent s'échanger des données en respectant les lois.

R : Si vous demandez cela aux gouvernements, c'est sûr qu'ils nieront directement le sujet en argumentant que les accords politiques passés entre les membres du "Five Eyes" ne permettent pas d'espionner les citoyens de chaque pays concerné, mais il y a deux points clés à savoir sur ce sujet. D'abord, leur façon de concevoir l'espionnage n'a à voir avec la collecte massive de données. Le GCHQ recueille une quantité incroyable de données sur les citoyens britanniques. La NSA recueille également des données sur les citoyens américains. Ils expliquent qu'ils ne ciblent personne en faisant cela. Qu'ils n'appréhenderont pas un citoyen britannique. De plus, les accords politiques entre eux mentionnent que les Anglais ne cibleront pas les citoyens américains, et vice-versa, les USA ne cibleront pas les citoyens britanniques. Les protocoles réels d'intention mentionnent spécifiquement qu'ils ne sont pas destinés à imposer une restriction légale à un gouvernement. Ce sont des accords politiques qui peuvent être écartés ou brisés à tout moment. Donc s'ils veulent espionner un citoyen britannique, ils peuvent espionner ce citoyen et même partager les données avec le gouvernement britannique qui lui ne peut pas espionner ses propres citoyens. On peut dire qu'il s'agit d'une sorte de commerce dynamique. Mais, ça ne l'est pas vraiment puisque ce n'est pas officiel. Il s'agit plus d'un coup de coude et d'un clin d'oeil et la clé c'est de se rappeler qu'il n'y a aucun abus lorsqu'on regarde les données. Il y a abus quand on les rassemble en premier.

Q : Comment se présente le rapport entre la coopération allemande des Services secrets du BND et la NSA ainsi que le Five Eyes?

R : Je dirai qu'il est intime. En fait, la première façon dont je l'ai décrit dans l'interview écrite était que les services allemands et les services américains sont dans un même "lit". Ils se partagent non seulement des informations, mais aussi les outils et les infrastructures dont ils ont besoin pour travailler afin d'atteindre un objectif commun et c'est très dangereux dans ce cas-là. L'un des principaux programmes de la NSA qui subit des abus est celui qu'on appelle "XKeyScore". C'est un moteur de recherche leur permettant de visionner tous les enregistrements qu'ils ont collectés chaque jour à travers le monde.

Q : Qu'est-ce que vous feriez si vous étiez à leur place avec ce genre d'outils?

R : Vous pouvez lire les emails de n'importe qui dans le monde. Quelqu'un dont vous avez l'email et qui l'utilise sur un site peut voir ses messages envoyés et reçus être surveillés. Lorsqu'une personne regarde son ordinateur, vous pouvez voir le contenu en même temps, vous pouvez suivre le déplacement d'un ordinateur portable. Bref, c'est le guichet unique pour accéder aux informations de la NSA. Et "XKeyScore". Par exemple, je vous ai rencontré une fois et ce que vous faites est intéressant, il me suffit juste d'accéder aux informations vous concernant et qui me semblent intéressantes. Un autre exemple, disons que vous travaillez pour une société allemand et que je souhaite avoir accès à son réseau, je peux traquer votre nom d'utilisateur stocké quelque part sur un site web. Je peux connaitre votre vraie identité. Je peux trouver toutes les associations desquelles vous êtes membre et je peux même créer ce qu'on appelle une empreinte unique quels que soient votre activité, le lieu où vous vous trouvez n'importe où dans le monde et même si vous essayez de cacher votre présence en ligne, la NSA, et toute personne ou entité autorisée à utiliser ce logiciel, peuvent vous retrouver. L’Allemagne est un des pays qui a accès à "XKeyScore".

Q : Cela semble effrayant. La question suivante est : le BND peut-il fournir des données de source allemande à la NSA? Le BND le fait-il directement ou sait-il que la NSA obtient ces données allemandes.

R : Si elles sont communiquées, je ne peux pas le dire, jusqu'à ce que ce soit publié. C'est confidentiel et je préfère laisser aux journalistes la sagesse de distinguer ce qui est d'intérêt public et ce qui doit être publié. Cependant, ce n'est plus un secret que tous les pays du monde fournissent les données de leurs citoyens à la NSA. Des millions de données venant de l'Allemagne concernant la vie quotidienne, les conversations téléphoniques, les envois de SMS, les visites de site web, les achats en ligne, atterrissent à la NSA et il est raisonnable de penser que le BND est conscient de cela dans une certaine mesure. Maintenant, je ne peux pas dire si oui ou non, ils fournissent encore des informations.

Q : le BND soutient absolument que tout ceci était accidentel et que son filtre de données n'a pas fonctionné.

R : Certes, mais ce dont ils discutent est double. Ils parlent aussi d'infiltration, ce qui signifie que lorsque la NSA installe un serveur secret au sein d'un fournisseur allemand de télécommunications ou pirate un routeur allemand, elle détourne le trafic de façon à orienter les recherches vers autre chose. Ce qu'ils se disent c'est "si je vois un allemand parler avec un autre allemand, je laisse tomber". Mais comment faites-vous pour le savoir? Vous pourriez dire "bien, ces gens parlent la langue allemande, "cette adresse IP semble être celle d'une société allemande comme une autre". Mais ce n'est pas précis et ils n'abandonneront pas tout ce trafic collecté, puisqu'ils peuvent obtenir les données des personnes cibles qui vivent en Allemagne, utilisant la langue allemande. En réalité, lorsqu'ils disent qu'il n'y a aucun espionnage des allemands, cela ne veut pas dire que les données allemandes ne sont pas collectées. Ça ne veut pas dire que les données n'ont pas été volées ou enregistrées. Leurs recherches sur les citoyens allemands ne sont donc pas intentionnelles. Mais on dirait une promesse avec les doigts croisés dans le dos. Ce n'est pas fiable.

Q : Qu'en est-il des autres pays européens comme la Norvège et la Suède par exemple, parce que nous avons, je pense, plusieurs câbles sous-marins qui passent à travers la mer Baltique.

R : C'est l'extension de l'idée précédente. Si la NSA ne recueille pas les informations sur les citoyens allemands en Allemagne, peuvent-ils le faire dès qu'ils quittent les frontières allemandes? la réponse est "oui". La NSA peut intercepter toute communication qui transite sur internet depuis plusieurs points, ils peuvent la voir en Allemagne ou en Suède, ils peuvent la voir en Norvège ou Finlande, en Grande-Bretagne ou encore aux États-Unis. Il suffit que la communication allemande passe par l'un de ces pays pour que les informations soient intégrées et ajoutées à la base de données.

Q : Abordons maintenant le sujet de nos voisins de l'Europe du sud. Qu'en est-il de l'Italie? De la France? Ou encore de l'Espagne? C'est toujours la même histoire. Les espions de la NSA peuvent-ils découvrir le secret du succès de Siemens, de Mercedes, ou des autres compagnies allemandes et avoir l'avantage de savoir ce qui se passe dans le monde scientifique et économique?

R : Je ne veux pas anticiper ce que vont écrire les journalistes, mais je dirais qu'il n'y a aucun doute que les USA se sont engagés dans l'espionnage économique. S'il y a des informations intéressantes chez Siemens, et que celles-ci seront bénéfiques non pas pour la sécurité nationale des USA, mais pour leur intérêt économique, ils seront prêts à se les approprier.

Q : Il y a ce vieux dicton qui dit "Fais ce que tu dois, advienne que pourra" donc, la NSA fait ce qui est techniquement possible.

R : C'est ce que le président a expliqué l'an dernier dans un discours, il a dit que ce n'est pas parce que nous pouvons faire quelque chose, comme mettre sur écoute le téléphone d'Angela Merkel, que nous devions le faire. Et c'est même ce qui s'est passé. Les moyens technologiques qui ont été déployés en raison des niveaux de sécurité faibles dans les protocoles internet et dans les réseaux de communications mobiles ont fait que les services de renseignement sont capables de créer des systèmes qui voient tout.

Q : rien n'a ennuyé plus le gouvernement allemand que de savoir que la NSA a infiltré le téléphone privé de la chancelière allemande Angela Merkel au cours de 10 longues années. Soudainement, cette surveillance secrète a été liée avec un visage connu et non pas avec une personne ayant un passif terroriste connu : Obama a maintenant promis de cesser d'espionner Merkel. Ce qui me fait me poser la question : Est-ce la même bande à la NSA, qui espionnait déjà les précédents chanceliers allemands, qui a fait ça, et pendant combien de temps ont-ils fait cela?

R : Il est pour moi difficile de répondre à cette question délicate, mais c'est une information que je crois fortement être d'intérêt. Cependant, comme je l'ai dit, je préfère que les journalistes prennent ces décisions en premier, qu'ils examinent le matériel par eux-mêmes et qu'ils décident si oui ou non la valeur publique de cette information l'emporte sur le niveau de réputation des fonctionnaires qui ont ordonné la surveillance. Ce que je peux dire c'est que nous savons qu'Angela Merkel a été espionnée par la NSA. La question est de savoir comment est-il raisonnable de supposer qu'elle était la seule fonctionnaire allemande qui a été surveillée? Est-il raisonnable de croire qu'elle était la seule personnalité de premier plan que la NSA observait? Je pense qu'il est déraisonnable de croire que quelqu'un qui se préoccupait des intentions de la direction allemande surveillait uniquement Merkel et ses assistants, sans se soucier des autres responsables étatiques, ni des responsables ministériels, ni même des fonctionnaires locaux du gouvernement.

Q : Comment un jeune homme d'Elizabeth City en Caroline du Nord, de 30 ans fait pour se retrouver dans une telle situation et dans un domaine aussi délicat?

R : C'est une question très difficile à répondre. Globalement, je dirais que c'est le danger de la privatisation des fonctions gouvernementales. Auparavant, j'ai travaillé pour la CIA comme agent du personnel. Mais, j'ai aussi travaillé comme entrepreneur à titre privé. Cela signifie que le gouvernement embauche du personnel habitué à travailler dans des entreprises à but lucratif et dont le rôle est d'espionner, de surveiller, de compromettre les systèmes étrangers. Et ceux qui ont les capacités, qui peuvent convaincre une société privée, qu'ils ont les compétences requises, sauront se faire embaucher par le gouvernement, parfois même sans que ce dernier ne les supervise. Donc, très peu de critique.

Q : Avez-vous été l'un de ces enfants de 12 à 15 ans accros à l'informatique toujours les yeux, rouges, fixés à l'écran de votre ordinateur et dont votre père frappait à votre porte en disant : "Eteins la lumière, il est tard"? Avez-vous acquis vos compétences en informatique de cette façon et quand avez-vous eu votre premier ordinateur?

R : En effet, j'ai eu sans aucun doute, dirons-nous, une éducation accrue et non officielle en informatique et nouvelles technologies. Ca a toujours été fascinant et intéressant pour moi. Pour ce qui est de mes parents qui me disaient d'aller au lit, c'est juste.

Q : Si l'on jette un œil sur les infos vous concernant, rendues publiques, on s'aperçoit que vous avez voulu joindre en mai 2004 les Forces Spéciales pour combattre en Irak, qu'est-ce qui vous a motivé à l'époque? Vous savez que les Forces Spéciales signifie combat agressif et probablement "tuer", ça vous est arrivé en Irak?

R : Non, ça ne m'est pas arrivé. Une des choses intéressantes à propos des Forces Spéciales c'est qu'elles ne sont pas réellement affectées à un combat direct Elles sont ce qu'on appelle des renforts. Elles sont infiltrées derrières les lignes ennemies. C'est une équipe composée de différents spécialistes qui apprennent et qui permettent à la population locale de résister à l'ennemi ou de soutenir les forces américaines. De cette façon, la population locale détermine son propre destin. J'ai senti que c'était la chose à faire la plus noble qu'il soit. Au fil du temps, certaines justifications de nos missions en Irak n'étaient pas tellement fondées et je pense qu'on n'a pas rendu vraiment service à tout le monde.

Q : Qu'est-il arrivé à la suite de votre aventure?

R : Je me suis cassé les jambes quand j'étais en formation alors je me suis retiré.

Q : Donc en d'autres termes, c'était un brève aventure?

R : C'était un brève aventure.

Q : En 2007 la CIA vous a affecté sous couverture diplomatique à Genève en Suisse? Pourquoi avez-vous rejoint la CIA de cette façon?

R : Pour l'instant je ne suis pas en mesure de vous répondre

Q : Oubliez, mais pourquoi avez-vous rejoint la CIA?

R : À bien des égards, je continue à faire tout mon possible pour poursuivre l'intérêt public de la manière la plus efficace et c'est en parallèle avec mon service au sein du gouvernement que j'ai essayé d'utiliser mes compétences techniques dans les conditions les plus difficiles? Et c'est au sein de la CIA que j'ai pu les trouver.

Q : Si nous résumons : Forces Spéciales, CIA, NSA, ce n'est pas vraiment la description d'un homme qui milite pour les droits de l'homme et encore moins celui qui devient lanceur d'alerte. Que vous est-il arrivé?

R : Je pense que ça raconte une histoire, mais la question n'est pas à quel point un individu est impliqué dans le gouvernement. Peu importe sa fidélité envers le gouvernement, peu importe ses convictions à propos des causes gouvernementales comme ce qui m'est arrivé pendant la guerre d'Irak, les gens peuvent apprendre. Ils peuvent découvrir par eux-mêmes la ligne de démarcation entre le comportement du gouvernement approprié et celui inapproprié. Pour moi, c'est clair que la ligne a été franchie.

Q : Vous avez travaillé pour la NSA à travers un entrepreneur privé du nom de Booz Allen Hamilton, l'un des grands dans le domaine de l'industrie. Quel est l'avantage pour le gouvernement ampéricain ou la CIA de travailler avec un entrepreneur privé et de sous-traiter la fonction centrale du gouvernement?

R : La culture de la sous-traitance de la sécurité nationale aux États-Unis est un sujet complexe. Il s'ensuit plusieurs intérêts, d'un côté il faut limiter le nombre d'employés directs du gouvernement et d'un autre il faut assurer le maintien des groupes de lobbying au conseil général des entreprises telles que Booz Allen Hamilton. Le problème c'est que vous vous trouvez dans une situation où les politiques du gouvernement sont influencées par les entreprises privées dont les intérêts n'ont absolument rien à voir avec l'intérêt général. Ce qui en résulte, chez Booz Allen Hamilton par exemple que ce sont de simples particuliers qui ont accès aux données du gouvernement et qui sont capables de faire sortir des millions de documents à n'importe quel moment. Il n'y a aucune responsabilité, aucune surveillance, aucune vérification. Le gouvernement ne sait même pas qui ils sont.

Q : Finalement, vous vous retrouvez en Russie. Beaucoup de services de renseignement vous suspectent d'avoir négocié des ententes louches, ici en Russie.

R : Le chef de l'équipe spéciale chargée de mon dossier a récemment dit en décembre que dans leur enquête, il n'avait découvert aucune preuve, aucune indication démontrant que je recevais des aides extérieures ou que j'ai conclu un marché pour accomplir ma mission. J'ai travaillé seul. Je n'ai pas eu besoin d'aide. Je n'ai aucun lien avec les gouvernements étrangers et je suis encore moins un espion pour a Russie ou la Chine ou tout autre pays. Si je suis un traître qui est-ce que j'ai trahi? J'ai donné toutes les informations au peuple américain, aux journalistes américains qui enquêtent sur ces ces questions. S'ils voient cela comme une trahison, je pense vraiment que les gens ont besoin de se demander qui est-ce qui travaille réellement pour eux. Le public est supposé être leur patron et non leur ennemi. Au-delà de ça, tant que je m'inquiète pour ma sécurité personnelle, je ne serai jamais totalement sûr du système jusqu'à ce qu'il ne change.

Q : Après vos révélations aucun des pays européens ne vous a accordé l'asile. Où avez-vous sollicité l'asile en Europe?

R : Je ne me souviens pas de la liste des pays parce qu'ils étaient nombreux, mais la France, l'Allemagne étaient certainement là. Tout comme le Royaume-Uni. Malheureusement, tous ont pensé que faire une bonne action était moins important que de soutenir les préoccupations politiques des États-Unis.

Q : la NSA est aux aguets en ce moment, en raison des pays comme l'Allemagne qui comptent créer des internet nationaux pour tenter de forcer les sociétés Internet de conserver leurs données dans leur propre pays. Est-ce possible?

R : Ça ne va pas arrêter la NSA. Je vais le dire de cette façon : La NSA va là où les données sont. Si la NSA peut pirater des messages textuels sur les réseaux de télécommunications chinois, ils peuvent probablement réussir à récupérer des messages d'un Facebook localisé en Allemagne. Finalement, la solution à cela n'est pas de confiner le tout dans un espace clos, malgré la complexité et le niveau de sophistication dont relève la collecte d'information. Il est plus simple de sécuriser les informations internationalement contre tout le monde plutôt que de s'amuser à "allons déplacer les données". Le déplacement des données n'est pas une solution au problème. c'est le fait de les sécuriser qui en est un.

Q : En ce moment même, le président Obama ne se soucie pas trop du message de ces fuites. Et avec la NSA, ils se préoccupent surtout du responsable de ces fuites. Obama a demandé au président russe à plusieurs reprises de vous extrader. Mais Poutine ne l'a pas fait. Il semble que vous allez probablement passer le reste de votre vie en Russie. Quelle est votre position vis-à-vis de la Russie à ce sujet? Est-ce une solution au problème?

R : Je pense qu'il devient de plus en plus clair que ces fuites n'ont pas causé de préjudice. En fait, elles ont été utiles. À cause de cela, je pense qu'il sera difficile de maintenir une sorte de campagne de persécution contre quelqu'un qui a servi le public au nom de l'intérêt général.

Q : Le New York Times a écrit un très long article et a demandé une clémence pour vous. Le titre est "La Révélation d'Edward Snowden" et je cite : "Le public a appris en détail comment l'agence a élargi son mandat et a abusé de son pouvoir". Et le New York Times termine par "Le Président Obama devrait dire à ses attachés de trouver une manière de mettre fin à la diffamation que subit M. Snowden et l'inviter à retourner au pays". Avez-vous reçu un appel de la maison blanche?

R : Je n'ai jamais reçu un appel de la maison blanche et je n'attends pas de coup de téléphone. Mais j'apprécierai le moment où l'on pourra parler de ce sujet et que chacun peut s'entendre sur un compromis. Je pense qu'il y a des moments où l'on distingue ce qui est licite de ce qui est légitime. Il y a un instant dans tout ça où un Américain ou un Allemand peut penser que pour la première fois dans l'histoire de son pays, la loi permet au gouvernement de faire des choses injustes.

Q : Le président Obama semble actuellement ne pas être convaincu de cela, en raison des trois charges qui pèsent sur vous et je cite : "Si vous, Edward Snowden, croyez que vous avez fait ce qui est juste, vous devriez revenir en Amérique et comparaître devant un tribunal avec un avocat pour plaider votre cas". Est-ce une solution?

R : c'est intéressant parce qu'il en mentionne trois, mais ce qu'il oublie de dire c'est que les crimes dont on m'accuse ne constituent pas un dossier. Ils ne me permettent pas de me défendre devant un tribunal ouvert au public et de convaincre le jury que ce que j'ai fait était à leur avantage. La loi sur l'espionnage n'a été votée qu'en 1918. Elle n'est cependant pas destinée à poursuivre les sources journalistiques, les gens qui apportent des informations pour défendre l'intérêt public. Elle a été conçue pour les individus qui vendent des documents secrets à des gouvernements étrangers, qui bombardent des ponts, qui sabotent les communications. Mais pas à des individus qui se mettent au service du public. Donc pour ma part, je dirai que le propos du président n'est qu'une image : il insiste sur le fait que l'individu doit suivre la musique alors qu'il sait que la musique n'est qu'un simulacre de procès.


Source : http://korben.info/interview-snowden.html

dimanche 2 février 2014

ANALYSE DE LA NOUVELLE CONSTITUTION TUNISIENNE, par Mata'i Souchon : encore une assemblée constituante ÉLUE, DONC encore un régime OLIGARCHIQUE démophobe (14)

ANALYSE DE LA NOUVELLE CONSTITUTION TUNISIENNE

par Mata'i Souchon :

encore une assemblée constituante ÉLUE,
DONC encore un régime OLIGARCHIQUE démophobe

https://www.facebook.com/groups/gentilsvirus/permalink/710753522282544/

Du bon boulot de gentil virus :)
Merci.
Étienne.

L'assemblée constituante tunisienne est en train de voter sa Constitution.
[EDIT : Ça y est, elle est adoptée.]

Une constituante... ÉLUE, bien sûr :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Assembl%C3%A9e_constituante_tunisienne_de_2011#.C3.89lection


Et, oh ! surprise ! Le projet de constitution (http://www.marsad.tn/fr/constitution) ne prévoit pas une démocratie mais une oligarchie !

[EDIT : Constitution définitive : http://dldweb.info/dl.php?f=resext/Constitution%20tunisienne%20du%2025-01-2014.pdf]

Non... C'est moi qui suis mauvaise langue, en fait ils parlent dans le préambule « d’un régime républicain démocratique et participatif, dans le cadre d’un État civil reposant sur la loi et sur la souveraineté du peuple qui s’exerce à travers l’alternance pacifique au pouvoir, par l’organisation d’élections libres. » donc tout va bien :)


Le projet de constitution est calqué sur la Constitution française, on reconnaît pas mal de similitudes. Mais surtout, il prévoit :

L'absence totale de toute forme de contrôle ou d'exercice du pouvoir par le peuple réuni directement en assemblées locales ou dans des assemblées tirées au sort.
Article 3 : « Le peuple est souverain et il est source de tous les pouvoirs, qu’il exerce par le biais de ses représentants élus ou par référendum. ».
[EDIT : l'article est devenu « Le peuple est le détenteur de la souveraineté, source des pouvoirs qu'il exerce à travers ses représentants élus ou par voie de référendum. », cela aurait été dommage de laisser « source de tous les pouvoirs » !]

L'absence de mandat impératif.

L'irresponsabilité juridique du Président pendant son mandat et l'irresponsabilité politique absolue (article 86).
[EDIT : c'est devenu l'article 87]

L'irresponsabilité absolue des députés : « Aucune poursuite judiciaire civile ou pénale ne peut être engagée contre un membre de l’Assemblée des Représentants du Peuple. » (article 67) sauf « flagrant délit » (article 68).
[EDIT : l'article 68 (ex-67) a été modifié, l'immunité ne vaut plus que pendant le mandat : « Un membre de l’Assemblée des représentants du peuple ne peut, pendant son mandat, être poursuivi sur le plan civil ou pénal [...] »]

L'absence de référendum obligatoire, par exemple pour la ratification des traités et accords qui peuvent être adoptés par simple vote des députés (article 66).
[EDIT : devenu article 67]

L'absence de référendums d'initiative populaire.

Un référendum-plébiscite bien encadré. Article 81 : « Le Président de la République peut, exceptionnellement, proposer un référendum sur des projets de lois relatifs à la ratification des traités, aux libertés et aux droits de l’Homme, ou au statut personnel, qui ont été ratifiés par l’Assemblée des Représentants du Peuple, et qui ne sont en contradiction avec la Constitution, conformément à une décision de la Cour constitutionnelle. Le recours au référendum est considéré comme une renonciation au droit de réponse. ».
[EDIT : l'article 82 (ex-81) prévoit maintenant que « Le Président de la République peut, exceptionnellement, durant les délais de renvoi, soumettre au référendum les projets de lois qui portent sur l'approbation des traités internationaux ou sur les droits de l'Homme et les libertés ou sur le statut personnel, adoptés par l'Assemblée des représentants du peuple. Le recours du référendum est considéré comme un abandon du droit de renvoi. » —> hors délai, pas de référendum !]

Le vote de la loi électorale par les députés eux-mêmes (article 64).
[EDIT : devenu article 65]

Des mandats longs pour les députés : 5 ans (article 55) sans révocation possible en cours de mandat. Mais bon, c'est pas grave parce qu'ils prêtent serment (article 57). Comme chacun sait, un élu ne ment jamais.
[EDIT : devenus articles 56 et 58]

La nécessité pour candidater à la présidence de la République d'avoir 40 [EDIT : 35 à présent] ans au moins et de « recueillir la signature d’un certain nombre de membres de l’Assemblée des Représentants du Peuple ou des Présidents des Conseils des collectivités locales élues ou des électeurs inscrits conformément à la loi électorale » (article 73).
[EDIT : l'article 74 (ex-73) prévoit maintenant une COOPTATION plutôt qu'un recueil de signatures : « Le candidat doit être coopté par un certain nombre de membres de l’Assemblée des représentants du peuple ou de Présidents de conseils des collectivités locales élus ou d'électeurs inscrits, tel que prévu par la loi électorale. »]

Un scrutin majoritaire à deux tours pour le Président, élu pour un mandat long de 5 ans sans révocation possible en cours de mandat (article 74). Mais ce n'est pas grave : il prête serment (article 75).
[EDIT : devenus articles 75 et 76]

L'impossibilité de présenter une proposition de loi à moins de 10 députés, la priorité des projets de loi gouvernementaux sur les propositions de lois parlementaires, la compétence exclusive du chef du gouvernement pour les projets de loi de finances et de ratification des traités (article 61).
[EDIT : devenu article 62]

L'impossibilité pour les députés de porter « atteinte aux équilibres financiers préalablement fixés dans les lois de finances. » (article 62).
[EDIT : l'article 63 (ex-62) parle maintenant d'« atteinte à l'équilibre financier de l'Etat tel qu'établi par la loi de finances. »]

La possibilité pour le Président et le Chef du gouvernement de nommer à eux seuls la moitié des candidats à la Cour constitutionnelle (article 115).
[EDIT : l'article 118 (ex-115) remplace le Chef du gouvernement par le Conseil supérieur de la magistrature.]

La « démocratie participative » dans les communes, mais sans précision du pouvoir concrètement accordé aux citoyens : « Les collectivités locales utilisent les mécanismes de la démocratie participative, et les principes de la gouvernance ouverte, afin de garantir une plus large participation des citoyens et de la société civile à l’élaboration des programmes de développement et d’aménagement du territoire ainsi que le suivi de leur exécution conformément à ce qui est fixé par la loi. » (article 136).
[EDIT : l'article 139 (ex-136) a été reformulé ainsi : « Les collectivités locales adoptent les instruments de la démocratie participative et les principes de la gouvernance ouverte afin d’assurer la plus large participation des citoyens et de la société civile dans la préparation de projets de développement et d'aménagement du territoire et le suivi de leur exécution, et ce, conformément à ce qui est prévu par la loi. » —> « la plus large » est meilleur que « une plus large », mais la « participation » des citoyens reste indéfinie et limitée à un domaine de compétence restreint (le « développement et [l']aménagement du territoire »).]

L'obligation pour le Président, le gouvernement et les députés de déclarer leur patrimoine (article 11). Mais aucun contrôle sur ces déclarations n'est prévu par la Constitution.

La liberté de créer des partis politiques, des syndicats et des associations (article 34).
[EDIT : devenu article 35] Les associations servent à atomiser le corps social et à maintenir les citoyens hors du champ politique.


Et le meilleur pour la fin : l'impossibilité pour le peuple de réviser sa Constitution... « L’initiative de la révision de la Constitution revient au Président de la République ou au tiers des membres de l’Assemblée des Représentants du Peuple. L’initiative du Président de la République bénéficie de la priorité d’examen. » (article 140).
[EDIT : GROSSE AGGRAVATION ICI, la nouvelle rédaction remplace le « ou » par « ainsi qu' », ce qui donne de fait un DROIT DE VÉTO au Président pour toute nouvelle révision constitutionnelle. Son accord est dorénavant incontournable.]
Mais ce n'est pas grave, car « Le Président de la République peut la soumettre au référendum » (article 142).
[EDIT : devenu article 144.]

Les Tunisiens peuvent dormir tranquilles.

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Voilà les ravages auxquels il faut s'attendre avec une constituante élue. Une oligarchie qui se fait passer pour « un régime républicain démocratique et participatif » mais qui programme l'impuissance politique la plus totale des électeurs. Et ce n'est même pas ce qui occupe les débats, comme le révèle l'article de blog suivant :
http://blogs.rue89.nouvelobs.com/tunisie-libre/2014/01/07/tunisie-les-ambivalences-constructives-de-la-constitution-232044.

[EDIT : En complément, voyez l'article de Mediapart sur la constitution définitivement adoptée pour une analyse politique détaillée de cette constitution :
http://dldweb.info/dl.php?f=resext/article%20Mediapart%20-%20Tunisie,%20la%20constitution%20en%20bloc%20et%20en%20d%C3%A9tail.pdf

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Il faut noter l'ajout d'un nouvel article entre le 12e et le 13e, ce qui a décalé la numérotation. Ce nouvel article 13 prévoit que « Les ressources naturelles sont la propriété du peuple tunisien, la souveraineté de l’État sur ces ressources est exercée en son nom. », ce qui est louable mais en même temps réaffirme que le peuple tunisien n'exerce pas directement sa souveraineté, il faut que quelqu'un le fasse « en son nom »...

Deux articles ont été ajoutés et un supprimé :

— Un nouvel article a été créé au numéro 99 (suite renumérotée) pour instaurer un vote de confiance facultatif (« Le Président de la République peut demander à l’Assemblée des représentants du peuple de procéder à un vote de confiance au gouvernement [...] »).

— Un nouvel article a été créé au numéro 105 (suite renumérotée) pour protéger le métier d'avocat : « L’avocat bénéficie des garanties légales qui lui assurent une protection et lui permettent l’exercice de ses fonctions. ».

— L'article 141 a été supprimé (suite renumérotée). Il interdisait les révisions constitutionnelles sur certains points (« L’islam comme religion d’État, La langue arabe comme langue officielle, Le régime républicain, Le caractère civil de l’État, Les acquis des droits de l’Homme et des libertés garantis par la Constitution, Le nombre et la durée de mandats présidentiels dans le sens leur augmentation »). Cette interdiction a été rétablie directement dans les articles qui en parlent (1, 2, 49 et 75).]



Source : https://www.facebook.com/groups/gentilsvirus/permalink/710753522282544/

Merci Mata'i, c'est du bon boulot :)

Étienne.

____________________


PS : Mata'i, c'est ce jeune homme épatant qui a créé ce site formidable (bien clair, bien structuré, comme devrait être le mien ;) ) :

"LA VRAIE DÉMOCRATIE, ce n'est pas ce que vous croyez"



http://lavraiedemocratie.fr/

samedi 4 janvier 2014

Les vœux pour l’an 2014 d'Ariane Mnouchkine (51)

Les vœux pour l’an 2014 d'Ariane Mnouchkine



« Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,

À l’aube de cette année 2014, je vous souhaite beaucoup de bonheur.

Une fois dit ça… qu’ai-je dit? Que souhaité-je vraiment ?

Je m’explique :

Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier.

D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.

Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur.

Une fois réussie cette difficile évasion, je nous souhaite un chantier, un chantier colossal, pharaonique, himalayesque, inouï, surhumain parce que justement totalement humain. Le chantier des chantiers.

Ce chantier sur la palissade duquel, dès les élections passées, nos élus s’empressent d’apposer l’écriteau : “Chantier Interdit Au Public“

Je crois que j’ose parler de la démocratie.

Être consultés de temps à autre ne suffit plus. Plus du tout. Déclarons-nous, tous, responsables de tout.

Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité. Juste besoin de confiance. De regards. D’écoute. De constance.


L’état, en l’occurrence, c’est nous.

Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence.

Ajoutons partout, à celles qui existent déjà, des petites zones libres.

Oui, de ces petits exemples courageux qui incitent au courage créatif.

Expérimentons, nous-mêmes, expérimentons, humblement, joyeusement et sans arrogance. Que l’échec soit notre professeur, pas notre censeur. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. Scrutons nos éprouvettes minuscules ou nos alambics énormes afin de progresser concrètement dans notre recherche d’une meilleure société humaine. Car c’est du minuscule au cosmique que ce travail nous entrainera et entraine déjà ceux qui s’y confrontent. Comme les poètes qui savent qu’il faut, tantôt écrire une ode à la tomate ou à la soupe de congre, tantôt écrire Les Châtiments. Sauver une herbe médicinale en Amazonie, garantir aux femmes la liberté, l’égalité, la vie souvent.


Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.

Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.

Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.

Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient.


Qu’attendons-nous ? L’année 2014 ? La voici »

Ariane Mnouchkine


Les vœux de l'an 2014 d'Ariane Mnouchkine par Mediapart

jeudi 10 octobre 2013

Contre la guerre, inlassable, Michel Collon. Travail exemplaire, travail de sentinelle. (338)

Contre la guerre, inlassable, Michel Collon.
Travail exemplaire, travail de sentinelle.

Merci à Frédéric Taddéi, de donner la parole à ce courageux donneur d'alerte.

Remarque : Michel Collon est calomnié et traqué par de très anonymes, très pacifiques et très courageux "antifas" (c'est cela, oui).

Le site de Michel Collon est littéralement passionnant, une mine de dossiers importants, il s'appelle
Investig'Action : http://www.michelcollon.info/.

Je rappelle qu'on peut aider Michel : il faut de l'argent pour résister comme il le fait, sur tous les fronts de guerre, et il en a bien sûr besoin.
Voici deux adresses où vous pouvez faire quelque chose, personnellement, contre les guerres :

http://www.michelcollon.info/-Faire-un-don-.html?lang=fr

http://dons.michelcollon.info/

Amitiés à tous :)

Étienne.

mercredi 25 septembre 2013

13 sept 2013 : rencontre avec Antoine Chollet à Grenoble, autour de la <pléonasme>démocratie directe</pléonasme> (26)

13 sept 2013 à Grenoble :
rencontre avec Antoine Chollet, autour de la
<pléonasme>"démocratie directe"</pléonasme>

La semaine dernière, j'ai pu échanger quelques mots avec Antoine Chollet, professeur à Lausanne et défenseur de la "démocratie directe". En voici une trace :


CauseToujours - Entretien Antoine Chollet... par --Near-

Merci à Valentin et Olivia d'avoir organisé cette soirée.

Débats Agoravox sur cet entretien :
http://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/entretien-antoine-chollet-etienne-40796

lundi 5 août 2013

Honneur à Bruno Boulefkhad, seul face aux banksters depuis des mois dans la rue (68)

Honneur à Bruno Boulefkhad,
seul face aux banksters depuis des mois dans la rue.

Sa rencontre avec Nicolas Dupont-Aignan :

Bruno a besoin d'aide, et il ne peut compter que sur nous (les 99 %) pour l'aider : ne compter ni sur les "politiciens" au pouvoir (scandaleusement au service des banques), ni sur les prétendus "médias" (évidemment aux mains des banques aussi). Compter (peut-être) sur certains avocats et sur certains juges ? En tout cas, pour tenir, financièrement et moralement, Bruno compte sur nous.

Je trouve ce gars exemplaire, emblématique : si on était tous déterminés et courageux comme lui, ça bougerait plus vite, non ?

Son site : http://www.bruno-boulefkhad.fr/

Sa page facebook : https://www.facebook.com/pages/Bruno-Boulefkhad-communauté/126560767501862

L'adresse à utiliser avec Paypal pour lui verser de l'argent, ponctuellement ou régulièrement, à : bruno.boulefkhad@orange.fr

Bon courage, Bruno !

Étienne.

samedi 13 juillet 2013

Sommes-nous en démocratie ? - Conférence théâtralisée (Sylvain Rochex et Gérard Volat) (290)

Sommes-nous en démocratie ?
Conférence théâtralisée
par Sylvain Rochex et Gérard Volat

Ça germe, ça foisonne, et c'est bien savoureux :)

Merci à tous les gentils virus, présents et à venir !

L'excellent site
"La Catalyse" :
(avec des profs es désenfumage)

http://www.scoplacatalyse.org/

Sur facebook :
https://www.facebook.com/scoplacatalyse

Je vous recommande les textes de Sylvain Rochex, souvent passionnants :

http://www.facebook.com/sylvain.rochex

mardi 16 avril 2013

Promouvoir nous-mêmes la prochaine mise en scène de Frédéric Lordon par Judith Bernard : "Bienvenue dans l'angle Alpha" (177)

Promouvoir nous-mêmes
la prochaine mise en scène
de Frédéric Lordon par Judith Bernard :
"Bienvenue dans l'angle Alpha"


Chers amis,

Vous savez l'importance que j'accorde au travail de Frédéric Lordon : c'est le seul qui résiste en réclamant prioritairement des réformes de structure au lieu de focaliser sur la petite vertu des personnes. Il ne lui manque que l'objectif opérationnel du tirage au sort des auteurs de ces nouvelles structures pour que nous soyons bien synchrones tous les deux (il progresse vite ces temps-ci, il a trouvé épatant le film Dédale, m'a-t-il dit) :)

Je suis allé voir récemment la mise en scène par Judith Bernard de la pièce de Frédéric "D'un retournement l'autre". Avant de voir la pièce, au cinéma puis au théâtre, j'aimais déjà ce texte puissant, amusant et décapant, mais la mise en scène de Judith et le jeu des acteurs m'ont enthousiasmé : j'ai trouvé ce spectacle épatant (et je peste qu'il n'y en ait pas de trace vidéo complète).

Frédéric a écrit bien d'autres livres, bien sûr, mais l'un d'entre eux, excellent lui aussi, a tapé dans l’œil de Judith qui projette de l'adapter à la scène. Je trouve l'idée stimulante car j'aime bien le couple Lordon/Bernard et j'ai hâte de voir comment Judith va reformuler/mettre en scène Frédéric, en convoquant Spinoza dans notre bagarre moderne contre les tyrans.


Mais il faut des sous pour préparer un spectacle, et dans notre pays, si j'ai bien compris, les pouvoirs publics n'aident que les théâtres publics, et presque pas les théâtres privés. Ce qui fait que Judith risque fort de ne pas décrocher les aides publiques pour préparer son (pourtant très modeste) spectacle.

Je relaie donc ici son appel à l'aide, qui nous propose une souscription, c'est-à-dire une participation financière préalable de tous ceux qui aimeraient bien voir à nouveau du Lordon sur scène et qui comprennent bien que c'est à nous d'aider les artistes que nous aimons, un peu comme font (très bien) les Mutins de Pangée quand ils nous appellent à cofinancer par souscription les prochains films de Daniel Mermet sur Noam Chomsky ou Howard Zin.

Première lettre de Judith Bernard, aux fidèles de la troupe ADA :

Chers amis,

Vous le savez sûrement, la compagnie ADA-Théâtre prépare désormais son prochain spectacle, Bienvenue dans l’angle Alpha – d’après Capitalisme, désir et servitude, de Frédéric Lordon. La création est programmée pour le 7 janvier 2014 au Théâtre de Ménilmontant. Et vous le savez aussi, ADA ne dispose à l’heure actuelle d’aucune subvention ; ce qui veut dire : aucun moyen pour louer un espace de répétition, et faire fabriquer le premier (et seul) élément de décor dont nous avons besoin pour répéter (une échelle-double un peu magique).



Aussi ADA a-t-elle décidé de s’en remettre à vous : vous êtes le "premier cercle", celui des amis, des proches, des potes, qui nous connaît, a souvent vu nos spectacles avant, et sait pouvoir nous faire confiance. Si vous voulez soutenir le projet, et ainsi permettre au spectacle d’advenir, vous pouvez faire un geste, via le site de financement participatif Ulule : vous pourrez en retour obtenir des invitations pour le spectacle, des albums photos des spectacles, des affiches dédicacées… Même un petit geste (les dons commencent à 10€) est extrêmement précieux : c’est la part du colibri, une marque d’affection, la foi dans le collectif, une manière d’être utile, et toujours bienvenu… dans l’angle Alpha !

Si nous parvenons à mettre en place un début de financement via le cercle des proches, le projet devient public, et la campagne de collecte peut être diffusée très largement... Ainsi la collectivité aura-t-elle permis qu'advienne ce spectacle que nous lui destinons.

Pour consulter le projet, vous faire une idée, poser une question, et pourquoi pas faire un don, c’est là : http://fr.ulule.com/langle-alpha/

...

Deuxième lettre de Judith :

Chers amis,

Vous avez été épatants ! Votre promptitude et votre générosité ont permis à notre projet d'atteindre 28% de financement en une semaine ! Si nous gardons ce rythme, nous pourrons atteindre l'objectif des 3500€, et ainsi percevoir en effet vos dons (si l'objectif n'est pas atteint au 10 mai, les donateurs sont remboursés et la compagnie ne touche rien). Si vous songez à des personnes dans votre entourage susceptibles de s'intéresser à notre projet et d'aider à sa naissance, ou si parmi vous certains ont eu envie de faire un geste, mais n'en ont pas trouvé le temps/l'humeur/l'élan, n'hésitez pas : il n'est pas trop tard !

Ça se passe ici : http://fr.ulule.com/langle-alpha/

La démarche est significative et peut vous sembler étrange : en contribuant ainsi par vous-mêmes à la production de ce spectacle, vous vous substituez à la puissance publique. Elle ne nous a jamais soutenus - pour plein de raisons : elle a de moins en moins de moyens, étranglée par des politiques qui ne lui sont pas favorables, et nous n'avons pas l'heur de lui plaire, ne jouant que dans les théâtres privés qu'elle ignore, pour des publics qui ne sont pas ceux des théâtres publics en vogue, et loin des réseaux qu'il convient d'infiltrer...

Nos spectacles nous paraissent pourtant avoir une véritable utilité publique, soucieux de produire un théâtre à la fois critique et ludique, capable de réjouir tous les publics tout en armant une pensée critique redoutablement aiguisée. Bienvenue dans l'angle Alpha s'inscrit dans cette démarche, en proposant de mettre de la philosophie politique sur un plateau plein de joie... Beau défi, difficile aussi, que nous œuvrons déjà à relever dans le laboratoire de nos premières répétitions ; vous savoir avec nous est la plus belle récompense de nos efforts.

Merci à tous, pour ce qui a déjà été fait, pour ce qui sera fait encore,
et à bientôt,

Judith.


Voilà, j'espère que vous serez assez nombreux avec moi pour aider Judith, et que nous aurons bientôt le plaisir de goûter du bon Lordon la prochaine saison :)

Étienne.

_________________


PS : pour ceux qui l'auraient raté, le dernier billet de Frédéric sur la Pompe à phynance est savoureux :


Le balai comme la moindre des choses



http://blog.mondediplo.net/2013-04-12-Le-balai-comme-la-moindre-des-choses

et le fil de commentaires y est très instructif
(Il y a un 'Étienne' (qui n'est pas moi) qui questionne Frédéric et qui est bien intéressant).


Quelques perles lordonesques, arbitrairement surlignées par le père Chouard :)

"la bouse soudainement posée n’en a pas moins le mauvais goût de tomber au plus mauvais moment — il est bien vrai que le spectacle de la cupidité déboutonnée, lors même que le corps social en bave comme jamais, donne quelques envies de coups de fourche."

"De même que Churchill promettait aux munichois, qui espéraient avoir évité la guerre au prix du déshonneur, d’avoir et le déshonneur et la guerre, le socialisme de collaboration — vrai nom du « socialisme de l’offre » — aura l’échec en plus de la honte."

"l’accord ANI dit de « sécurisation de l’emploi » — ajoute l’ignominie de son appellation à l’ignominie de ses contenus"

"l’ANI ajoute l’inepte à l’ignoble — entendre l’inefficacité économique à la démission politique. Les entreprises ne manquent pas de flexibilité, elles manquent de demande !"

"Cette ânerie de force 7, connue depuis les années 1980 sous le nom grotesque de « théorème de Schmidt », s’est révélée incurablement fausse pour ignorer ce mécanisme élémentaire que les entreprises n’étendent leurs capacités de production qu’à la condition d’anticiper une demande suffisante (pour le reste, elles procèdent à des investissements de rationalisation qui augmentent la productivité mais en détruisant de l’emploi). On peut les laisser empiler du profit autant qu’elles le veulent : pas de demande, pas d’investissement."

"la capacité de l’Etat colonisé à persévérer au service des intérêts de ses colonisateurs."

"La déflation, c’est-à-dire la baisse des prix et des salaires nominaux, a été la plaie des années trente, dont les institutions salariales du fordisme nous auront vaccinés en opérant la déconnexion de leur formation d’avec la conjoncture, seul moyen de réintroduire des forces de rappel, donc de la stabilité macroéconomique quand tous les ajustements procyliques du néolibéralisme ne font qu’amplifier les chocs et produire de la divergence. En dépit des attaques répétées, tout n’a pas été démantelé de cet acquis institutionnel du fordisme, et c’est à cela seulement que nous devons de ne pas avoir sombré dans la spirale dépressionnaire.

Raison pour quoi sans doute le gouvernement n’a rien de plus pressé que de laisser l’ANI démanteler ce qui nous a à peu près protégés ! En effet l’ANI prévoit explicitement la possibilité pour les entreprises d’imposer des baisses de salaire — au nom de la « protection de l’emploi »… — c’est-à-dire de réarmer localement les mécanismes procycliques que les conquêtes fordiennes étaient parvenues à neutraliser. Que ces ajustements viennent à se généraliser et c’est l’économie tout entière qui se verra de nouveau contaminée par l’instabilité, au terme d’une magnifique expérience en vraie grandeur de reconstitution des années trente !"

"la rationalité capitaliste individuelle qui cherche à minimiser les salaires versés (et pourquoi pas les annuler) ne produit aucune rationalité capitaliste collective, puisque si aucun capitaliste ne verse de salaire, aucun capitaliste ne vendra quoi que ce soit…"

"l’obscénité des pulsions cupides entièrement libérées, soustraites à toute régulation de la décence"

"Au mépris de toute logique, politique aussi bien qu’économique, le gouvernement socialiste, rendu au dernier degré de l’intoxication intellectuelle, a donc pris pour ligne stratégique de s’en remettre en tout, et pour tout, à la fortune du capital, sans doute sur la base des allégations répétées, et désormais prises pour argent comptant, que « seuls les entrepreneurs créent des emplois », proposition pourtant doublement fausse : d’abord parce que c’est la conjoncture d’ensemble qui détermine l’emploi — et les entreprises ne font qu’opérer (localement) des créations d’emploi en fait déterminées au-dessus d’elles ; ensuite parce que, depuis trente ans, les « entrepreneurs » ont bien davantage démontré leur capacité à détruire des emplois que leur capacité à en créer…"

"Quand Jean-Marc Ayrault se rend, tel le bourgeois de Calais, à l’université d’été du MEDEF pour livrer au patronat les clés de la cité, [...] il révèle par la même la vérité ultime du capitalisme comme prise d’otage de la société par le capital."


[Pour produire le concept ou les critères de "gauche"] : "On pouvait déjà trouver l’un de ces critères dans le rapport au « cadre » constitué par les structures de la mondialisation, soit : le plain-pied concurrentiel du libre-échange international ; la déréglementation financière ; l’orthodoxie de la politique économique sous surveillance des marchés de capitaux ; la droite se définissant alors comme le renoncement à contester le cadre et le choix de se soumettre à ses contraintes, la gauche comme projet alternatif de refaire le cadre, ou bien d’en sortir."

[sur l'évidence que le parti prétendument socialiste est (depuis toujours ?) un parti de droite dure :] "Il est certain en tout cas que le corps social prendrait une vue sensiblement différente sur la compétition électorale qu’on lui vend comme « démocratie », à partir du moment où il verrait clairement qu’elle n’a pour enjeu que de départager la droite et la fraction modérée de la droite. Encore qualifier le Parti socialiste de « fraction modérée de la droite » demeure-il sujet à discussion si l’on considère que les avancées du rapport Gallois et de l’ANI vont au-delà des ambitions de la droite sans complexe, comme l’atteste le succès parlementaire que rencontre, auprès même des députés UMP, le projet de loi transcrivant l’accord sur l’emploi. Voilà donc peut-être comment il faudrait dire les choses plus justement : l’alternance UMP-PS n’est rien d’autre que celle de la droite décomplexée et de la droite complexée."

"Ca n’est donc pas seulement, comme on dit parfois, que « le poisson pourrit par la tête », le corps primitivement sain n’étant gagné que par après, mais que la pourriture de la tête révèle la malfaçon de l’ensemble."


Tout ce qui manque à Frédéric, je trouve, c'est l'objectif central d'auto-formation populaire pour MUTER EN PEUPLE CONSTITUANT, de façon à écrire enfin nous-mêmes la structure, les règles de contrôle permanent de tous les pouvoirs.

Sans cela, le coup de balai verra revenir les mêmes voleurs de pouvoir dès que les gens seront rentrés chez eux, comme en Tunisie, et comme partout ailleurs : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir, et c'est à nous, individuellement, de comprendre d'abord, de vouloir ensuite et d'imposer enfin le respect de ce principe fondateur d'hygiène politique de base.

La démocratie, ce n'est pas l'élection de maîtres mais le tirage au sort de serviteurs (et le contrôle permanent des tirés au sort), pour protéger durablement la souveraineté permanente des citoyens contre les voleurs de pouvoir.

Le tirage au sort est un antidote (universel) contre les tendances oligarchiques (universelles).
Il n'y a que le peuple lui-même qui puisse promouvoir cette exigence démocratique.
Les "élus" ne le feront JAMAIS, JA-MAIS !

Étienne.

jeudi 11 avril 2013

Gérard Filoche explique l'ANI, Accord National Interprofessionnel, du 11 janvier 2013 (83)

Gérard Filoche explique l'ANI
Accord National Interprofessionnel,
du 11 janvier 2013


Gérard Filoche est toujours PA-SSIO-NNANT.

Ceci est une IMPORTANTE LEÇON de droit du travail comme outil POLITIQUE, à ne pas rater, à travailler stylo à la main, et à faire connaître :


Sur les 27 articles de l'ANI, PAS UN progrès, PAS UN SEUL !



Pour ceux qui avaient raté ce coup de gueule contre le Ministre du Budget qui s'avère être un fraudeur fiscal, je le rappelle ici :

Il force un peu, quand même, quand il essaie de nous faire croire que tout le monde est honnête au PS :o)

Au parti prétendument "socialiste", Gérard Filoche est un type formidable noyé au milieu d'une bande de crapules.

C'est un type bien. Précieux, même, pour nous autres salariés (plus de 90% de la population active).

Étienne.

lundi 1 avril 2013

Dédale, un fil vers la démocratie, un film de Christian Vialaret (30)

Dédale,
un fil vers la démocratie

un film de Alice Tabart, Emmenuel Borgetto, Laurent Lhermite, et Christian Vialaret





Le site dédié au film :
http://dedale.cine2000.org/


Un extrait plus long (15 minutes) :


J'ai reçu à la maison, il y a quelques mois, des jeunes gens qui revenaient de Grèce avec plein d'images dans leurs caméras pour nous faire connaître le quotidien populaire, le vécu, de la "crise" grecque ; "crise" qui est, en fait, un sale coup d'usuriers de métier — les banques — contre les Grecs qui, comme nous, n'ont pas de Constitution, mais qui, petit pays, étaient plus faciles, pour des salopards, à frapper en premier : rappelez-vous de l'explication incroyable de Myret, à Genève, sur l'origine réelle de la "crise grecque" : un sale coup de traders cupides et sans morale ni freins.


Cette équipe de documentaristes (sentinelles du peuple) vient donc de publier un film qui est bon, intéressant, tonique, il nous servira, "Dédale, un fil vers la démocratie", et que nous devrions aider, je pense, en allant le voir bien sûr, et en en parlant autour de nous, mais aussi en organisant des projections/débats/programmation-d'ateliers-constituants :) dans nos villages et nos quartiers. De l'éducation populaire, quoi, entre nous.


La catastrophe sociale grecque est la première d'une longue série, si les peuples menacés par les usuriers ne prennent pas le problème par le bon bout : il est urgent que nous instituions notre propre puissance, et cela n'arrivera jamais par les >élus<, JAMAIS : si on veut une Constitution, il faudra qu'on l'écrive nous-même !

Ce n'est pas si compliqué, mais personne ne le fera à notre place => il serait temps de se bouger et d'organiser des ateliers constituants un peu partout.


Apparemment, ce film passe à Port-de-Bouc, près de Marseille, le dimanche 7 avril, et comme je serai rentré de Paris, j'y serai. C'est peut-être une occasion de se rencontrer, entre virus provençaux, si on en discute après, sur place ou dans un bar du coin :)

Au plaisir de vous y retrouver, donc, peut-être :)

Étienne.

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[Mise à jour 4 avril 2014 :
On peut voir ici (et il est conseillé de télécharger avant qu'il ne soit retiré) le film interdit.

jeudi 14 mars 2013

Keny Arkana : l'ordre mondial (33)

>"L'ordre mondial"<
vu par Keny Arkana

« Je suis là, partout, j'ai resserré les murs
J'ai imposé ma surveillance, caméra partout dans les rues
J'ai approfondi les frontières, un rempart pour le Tiers Monde
Un champ de tir pour les sans faf, histoire que les affaires montent
Je ne défends pas l'être humain, je défends les capitaux
J'instaure les règles du commerce en faveur des occidentaux
Je suis l'art de piller, en faisant croire qu'on ne vole rien
Au service de la croissance, tes droits de l'Homme, j'en rigole bien !


Je me cache derrière des idéologies pour que l'opinion soit d'accord
J'ai imposé la biométrie sur vos passeports
J'ai fabriqué la peur, pour que tout le monde soit sur écoute
Car moi je veux tout répertorier, moi je veux des chiffres et des codes barre
Je contrôle vos esprits par le biais des médias, vous êtes à ma merci
Les pieds embourbés dans l'inertie
Car vous vous croyez libre, mais formatés depuis l'école
Pour vous apprendre la hiérarchie, à toujours obéir aux ordres.


Je suis l'ordre mondial
L'ordre créé par les puissants,
Confréries, chefs de multinationales
Politiques économiques, je suis la conjoncture
Imposée à la planète, j'ai instauré ma dictature.

J'ai anéanti le pouvoir national, j'impose ma loi dans les pays
C'est le jeu de l'illusion que vous appelez "démocratie"
Car l'ordre vient de moi, certainement pas d'un peuple
Je vous façonne à mes choix dès que vous tombez dans la peur
je suis le produit des tyrans, la structure qui détruit
Au nom des valeurs marchandes, implantées jusqu'à vos esprits
Je pompe le sang du Tiers Monde, j'chope leur politique
Leur ordonne de nous vendre tous leurs services publics

Un peuple qui se lève ? Moi je lui couperai ses vivres
Pour mieux alimenter sa haine et l'emmener en guerre civile
Car y'a pas meilleur profit que le bizness de la mort
Destruction, reconstruction, investissement, marché des armes,
Pro-guerre, prospère je fais monter la sauce
Vous monte les uns contre les autres, pour mieux alimenter ma force
Car mon règne prend son ampleur dans toutes vos divisions
Libéralement capitaliste, au service de vos illusions.


Je suis l'ordre mondial
L'ordre créé par les puissants,
Confréries, chefs de multinationale
Politiques économiques, je suis la conjoncture
Imposée à la planète, j'ai instauré ma dictature.

Tout est profit, tout est marchandise telle est ma devise
J'ai inventé les classes pour que vous vous trompiez d'ennemi
Je vous ai donné des outils pour lutter contre moi
Des syndicats, quelques partis mais toujours cadrés par mes lois
Oui je détruis la Nature car ce qui m'importe, c'est la croissance

Votre planète, elle est devenue mon esclave
Je la nourris de déchets, la pollue jusqu'à la racine
Pendant que je me rassasie de nouvelles mesures assassines

J'empoisonne vos corps d'aliments trafiqués
Génétiquement modifiés car le mal ça fait du chiffre
J'ai déréglé le climat, déshumanisé les Hommes
Dénaturé le vital, flingué l'espoir en plein essor
J'ai réussi à vous faire croire que la Vie se résumait à consommer, consommer
Consommer pour mieux construire mon empire
Je suis capable du pire, pour vous faire croire en ce qu'il faut,
Si je contrôle vos esprits, c'est grâce à la culture du profit.

Je suis l'ordre mondial
L'ordre créé par les puissants,
Confréries, chefs de multinationale
Politiques économiques, je suis la conjoncture
Imposée à la planète, j'ai instauré ma dictature. »

Keny Arkana.


J'aime bien cette jeune fille :)

Étienne.

samedi 9 mars 2013

Il faut aider Alain de Halleux, autant que nous le pouvons. (24)

Il faut aider Alain de Halleux,
autant que nous le pouvons.




- Il faut de l'argent pour produire nous-mêmes les outils de notre éducation populaire.

- Il est essentiel que ceux qui produisent notre information soient INDÉPENDANTS des industriels et des banquiers.

- Évidemment, cette indépendance PASSE PAR notre aptitude à aider nous-mêmes, directement, personnellement, nos meilleurs "donneurs d'alerte" (en anglais, on dit "whistleblowers").

- Je connais ce gars-là : c'est un chic type, courageux, dévoué au bien commun, il bosse sur un sujet capital pour nous tous, nous tous sur terre.

- Il faut l'aider.

Étienne.



Alain de Halleux sur Facebook


Message in a bottle
Carnets de voyages / Fukushima

http://message.in.a.bottle.over-blog.com/article-carnet-de-voyage-87627327.html


THE GREY ZONE
http://www.indiegogo.com/projects/the-grey-zone?website_name=greyzone


Alain de Halleux - Nucléaire, une caricature de notre système


Pour voir l'ensemble des films d'Alain :
http://lindi25.wix.com/alain-de-halleux




vendredi 18 janvier 2013

Le message — court mais fort — de la vraie démocratie (113)

Une nouvelle synthèse
(de la recherche de la cause des causes),
composée par un gentil virus : Le Renifleur :)

L'idée, c'est que 4 ou 5 h d'explications c'est trop long ! :) Alors, les GV tâchent de tailler à la serpe dans tout ça pour faire un truc 0% MG...

On sait pas quand, mais on va le trouver, le buzz de la mort qui tue, contre l'oligarchie :)

Étienne.

mercredi 26 décembre 2012

Matt Taibbi, journaliste exemplaire contre les pires gredins : après Goldman-Sachs, HSBC ! (27)

Chers amis,

Retenez bien ce nom :

Matt Taibbi

Matt Taibbi est un journaliste remarquable — et le site "Le Grand Soir" aussi.

Matt TAIBBI est une "sentinelle du peuple", comme on disait des (vrais) journalistes en 1789.

Je reproduis ici deux articles bouleversants :

• D'abord le plus récent où, à l'occasion du scandale HSBC + Lanny Bauer, Matt Taibbi dénonce avec les mots qu'il faut la coalition de fripouilles mafieuses "banques + gouvernement" qui est en train de plonger le monde dans la servitude.

• Ensuite, plus ancien mais encore ébouriffant, cet article de 2009 où Matt Taibbi détaillait les crapuleries à niveau de nuisance mondiale (depuis les années 20 !) de l'affreuse banque Goldman-Sachs.

La plupart des gens savaient déjà. C’est désormais officiel.
Le scandaleux arrangement financier avec la banque HSBC prouve que la guerre contre la drogue n’est qu’une farce.

par Matt Taibbi (pour Rolling Stone)

Source : http://www.legrandsoir.info/le-scandaleux-arrangement-financier-avec-la-banque-hsbc-prouve-que-la-guerre-contre-la-drogue-n-est-qu-une-farce-rolling-stone.html



photo : Lanny Breuer, Ministère de la Justice US.


Si vous avez déjà été arrêté pour une affaire de drogues, si vous avez déjà passé ne serait-ce qu’une nuit en prison pour la possession d’une dose de marijuana ou de « matériel destiné à la consommation de la drogue » dans votre sac de sport, le Ministre de la Justice et vieux copain de Bill Clinton, Lanny Breuer, a un message pour vous : allez vous faire foutre.

Cette semaine Breuer a signé avec le géant bancaire HSBC un accord qui constitue l’insulte suprême à tous les gens ordinaires qui ont vu leurs vies basculer à la suite d’une affaire de drogue. Malgré que HSBC ait avoué le blanchiment de milliards de dollars des cartels de la drogue colombiens et mexicains (entre autres) et la violation de toute une série de lois importantes sur les pratiques bancaires, Breuer et le Ministère de la Justice US ont choisi de ne pas poursuivre la banque, optant pour la signature d’un accord historique de 1,9 milliards de dollars, ce qu’un commentateur a fait remarquer est l’équivalent de cinq semaines de chiffre d’affaires de la banque.

Les transactions de blanchiment étaient menées si ouvertement qu’elles auraient probablement pu être repérées depuis l’espace. Breuer a admis que les trafiquants de drogue se présentaient dans les filiales mexicaines de HSBC et « déposaient des centaines de milliers de dollars en espèces, en une seule journée, sur un seul compte, en utilisant des boites fabriquées expressément pour passer par les trous dans les fenêtres des guichets ».

Cela vaut la peine d’être répété : pour déposer efficacement autant d’argent sale que possible dans une banque « sérieuse » comme la HSBC, les trafiquants de drogues avaient expressément fait fabriquer des boites pour passer par les fenêtres des guichets. Même les hommes de Tony Montana (personnage du film Scarface, NdT) qui transportaient des sacs remplis de billets vers une « American City Bank » imaginaire à Miami étaient plus subtils que les cartels qui blanchissaient leur argent via une des institutions financières les plus respectées de Grande-Bretagne.



Sans être explicite, le raisonnement du gouvernement US derrière l’abandon de poursuites contre la banque est apparemment basé sur le risque que l’emprisonnement pour trafic de drogue des dirigeants d’une « importante institution charnière » pourrait menacer la stabilité du système financier. Le New-York Times l’exprime ainsi :

« les autorités fédérales et centrales ont choisi de ne pas inculper HSBC, une banque basée à Londres, pour une vaste opération de blanchiment qui durait depuis longtemps, par crainte que les inculpations ne déstabilisent la banque et, par conséquent, ne mettent en danger tout le système financier ».

Pas besoin d’être un génie pour comprendre qu’un tel raisonnement est totalement faussé. Lorsqu’on prend la décision de ne pas poursuivre des banquiers pour des crimes qui se chiffrent en milliards de dollars et en relation avec le trafic de drogue et le terrorisme (certains des clients Saoudiens et Bengalis de HSBC ont des liens avec le terrorisme, selon une enquête du Sénat), ceci n’a pas pour effet de protéger le système bancaire mais tout le contraire. Elle terrifie tous les investisseurs et épargnants en donnant l’impression que même les banques les plus « réputées » peuvent en réalité être instrumentalisées par des dirigeants qui se mettent au service (on ne le répétera jamais assez) d’assassins et de terroristes.

Plus choquant encore, la réaction du Ministère de la Justice en apprenant cette affaire a été de faire exactement la même chose que les cadres de HSBC faisaient avant de se faire prendre : accepter de l’argent en échange de son silence.

Ils se sont non seulement vendus aux trafiquants de drogue, mais l’ont fait pour une somme modique. On va entendre l’administration Obama cette semaine se vanter comment elle a infligé une amende record à HSBC, mais ce sera une plaisanterie. Certaines amendes vont vous faire littéralement exploser de rire. Voici un extrait du communiqué de Breuer :

« En conclusion de l’enquête gouvernement, HSBC a … « récupéré » en différent les primes de certains de ses plus hauts dirigeants américains des services juridiques et de lutte contre le blanchiment, et a accepté de différer partiellement les primes de ses plus hauts dirigeants pendant une période de cinq ans. »

Wouaaah... Ainsi les dirigeants qui ont passé des décennies à blanchir des milliards de dollars verront leur primes partiellement différées pendant cinq ans ? Vous vous foutez de nos gueules ? C’est ça, la punition ? Les négociateurs du gouvernement n’ont pas pu faire preuve de fermeté et obliger les dirigeants de HSBC à abandonner totalement leurs primes imméritées ? Ils ont du négocier un paiement différé « partiel » ? Chaque procureur digne de ce titre aux États-Unis doit être en train de vomir ses tripes devant une telle négociation. Quelle était donc l’offre initiale du Ministère de la Justice – que les dirigeants limitent leurs vacances aux Caraïbes à neuf semaines par an ?

On peut se poser la question, quelle est l’amende appropriée pour une banque telle que HSBC ? Quelle est la somme qu’il faut soutirer à une société qui a éhontément tiré profit de ses affaires avec des criminels pendant des dizaines d’années ? N’oublions pas que nous avons affaire à une société qui a avoué toute une série de délits bancaires graves. Le procureur les tient par les couilles. Alors, quelle est la somme qu’il faudrait leur infliger ?

Pourquoi ne pas prendre tout ? Pourquoi ne pas saisir jusqu’au dernier centime gagné par la banque depuis le début de ses activités illégales ? Que diriez-vous de vous pencher sur chaque compte de chaque dirigeant concerné par cette affaire et confisquer toutes les primes qu’il a jamais gagnées ? Saisissez ensuite leurs maisons, leurs voitures, leurs tableaux achetés aux enchères chez Sotheby, leurs vêtements, toute la petite monnaie qui traîne, absolument tout. Prenez tout et n’y réfléchissez pas à deux fois. Ensuite, vous les jetterez en prison.

Ça vous paraît sévère ? Le seul problème est que c’est exactement ce qui arrive aux gens ordinaires lorsqu’ils sont pris dans une affaire de drogue.

Il serait intéressant, par exemple, de demander aux habitants de Tenaha, Texas, ce qu’ils pensent de l’accord passé avec la HSBC. C’est la ville où la police locale contrôlait régulièrement les automobilistes (en majorité noirs) et, lorsqu’ils trouvaient de l’argent, leur offrait l’alternative suivante : ils pouvaient soit laisser la police saisir leur argent, soit être accusés de blanchiment et de trafic de drogues.

Nous pourrions poser la question à Anthony Smelley, de l’Indiana, qui a obtenu une indemnisation de 50.000 dollars pour un accident de la route et qui transportait environ 17.000 dollars de cette somme lorsqu’il a été arrêté. Les flics ont fouillé son véhicule et ont fait intervenir des chiens renifleurs : les chiens ont donné l’alerte à deux reprises. Aucune drogue n’a été trouvée, mais la police a quand même confisqué l’argent. Même après que Smelley ait présenté les documents pour prouver d’où venait l’argent, les officiels de Putnam County ont tenté de garder l’argent en arguant qu’il aurait pu utiliser cet argent pour acheter de la drogue dans le futur.

Non, ce n’est pas une blague. Ça arrive tout le temps, et il arrive même que le propre Ministère de la Justice de Lanny Breuer soit de la partie. Pour la seule année de 2010, le Ministère public a déposé près de 1,8 milliards de dollars dans les comptes du gouvernement provenant de saisies, la plupart en relation avec le drogue. Voici les propres statistiques du Ministère :



Aux États-Unis, si vous êtes contrôlé en possession d’une somme d’argent et que le gouvernement pense qu’il peut s’agir d’argent de la drogue, l’argent sera saisi et servira dés le lendemain à acheter un tout nouveau véhicule de service au Shérif ou Chef de Police local.

Et ça c’est uniquement la cerise sur la gâteau. Si vous êtes connecté d’une manière ou d’une autre avec la drogue, le véritable prix que vous aurez à payer est une amende outrageusement exorbitante. Ici à New York, un procès sur sept est une affaire de marijuana.

L’autre jour, alors que Breuer annonçait sa petite remontrance contre les blanchisseurs d’argent de la drogue les plus prolifiques du monde, j’étais dans un tribunal à Brooklyn en train d’observer comment ils traitaient les gens. Un avocat de la défense a expliqué l’absurdité des arrestations pour drogue dans cette ville. En fait, à New York, les lois sur la drogue sont relativement tolérantes en ce qui concerne l’herbe – la police n’est pas censée vous arrêter en cas d’usage privé. Alors comment fait la police pour contourner le problème et procéder à 50.377 arrestations par an, uniquement dans cette ville ? (chiffres de 2010 ; en 2009, le nombre était de 46.492)

« Ce qu’ils font, c’est qu’ils vous arrêtent dans la rue et vous demandent de vider vos poches » a expliqué l’avocat. « Au moment même où une pipe ou un brin d’herbe sort de votre poche... boom, ça se transforme en usage public. Et ils vous arrêtent. »

Les personnes passent des nuits en prison, ou pire. À New-York, même s’ils vous relâchent après une courte peine pour un délit, vous devez payez 200$ et subir un prélèvement de votre ADN – qu’il faudra payer aussi (50$ de plus). Cela dit, il ne faut pas chercher bien longtemps pour trouver des affaires où des peines draconiennes, stupides, sont infligées pour des affaires de drogue non-violentes.

Demandez à Cameron Douglas, le fils de Michael Douglas, qui s’est vu infliger une peine de 5 ans de prison pour simple possession. Ses geôliers l’ont maintenu en isolement 23 heures par jour pendant 11 mois et ont refusé les visites d’amis ou de proches. Le détenu typique pour une affaire de drogue non-violente n’est pas le fils blanc d’une célébrité, mais généralement un usager appartenant à une minorité et qui reçoit des peines bien plus lourdes que les gosses de riches pour les mêmes délits – on se souvient tous du controverse de crack-contre-cocaïne lorsque les instructions délivrées par les autorités fédérales et nationales faisaient que les usagers de crack (la plupart issus des minorités) se voyaient infliger de peines pouvant aller jusqu’à 100 fois celles infligées aux usagers de cocaïne, à majorité blanche.

Une telle partialité institutionnelle constituait un scandale raciste, mais cet accord avec HSBC vient de tout balayer. En abandonnant des poursuites contre des blanchisseurs majeurs d’argent de drogue sous prétexte (prétexte totalement absurde, soi-dit en passant) que leur inculpation pourrait mettre en péril le système financier mondial, le gouvernement vient d’officialiser le deux-poids deux-mesures.

À présent ils disent que si vous n’êtes pas un rouage important du système financier global, vous ne pourrez pas vous en tirer, pour quoi que ce soit, même une simple possession. Vous serez emprisonné et tout l’argent qu’ils trouveront sur vous sera confisqué sur le champ et servira à l’achat de nouveaux joujoux pour la GIGN locale qui sera déployée pour défoncer des portes des maisons où vivent d’autres économiquement insignifiants dans votre genre. En d’autres termes, si vous n’avez pas un job essentiel au système, le gouvernement considère que vos biens peuvent être confisqués et employés à financer l’appareil de votre répression.

D’un autre côté, si vous êtes quelqu’un d’important, et que vous travaillez pour une grosse banque internationale, vous ne serez pas poursuivi même si vous blanchissez neuf milliards de dollars. Même si vous êtes activement complice avec des gens placés au sommet du trafic international de drogues, votre punition sera de loin plus légère que celle d’une personne placée tout en bas de la pyramide. Vous serez traité avec plus de respect et de compréhension qu’un junkie affalé sur les banquettes du métro à Manhattan (occuper deux sièges constitue un délit dans cette ville). Un trafiquant de drogue international est un criminel et généralement aussi un assassin ; un drogué qui marche dans la rue est une de ses victimes. Mais grâce à Breuer, nous sommes officiellement passés à une politique d’emprisonnement des victimes et de tolérance envers les criminels.

Nous touchons le fond du fond. Cela n’a aucun sens. Il n’y a aucune raison qui justifierait que le Ministère de la justice n’arrête pas toutes les personnes chez HSBC impliquées dans le trafic, les inculpe pour crimes, et fasse appel aux organismes de contrôle pour assurer la continuité de l’activité de la banque pendant la période de transition. Il s’avère que la HSBC a dû procéder au remplacement de pratiquement tous ses hauts dirigeants. Les coupables n’étaient donc apparemment pas si indispensables que ça à la bonne marche de l’économie mondiale.

Il n’y a donc aucune raison pour ne pas les inculper. Le fait qu’ils ne le soient pas est un signe de lâcheté et de corruption pure et simple, et rien d’autre. En approuvant cet accord, Breuer a détruit toute l’autorité morale du gouvernement pour poursuivre quiconque dans une affaire quelconque de drogue. La plupart des gens savaient déjà que la guerre contre la drogue n’est qu’une farce. C’est désormais officiel.


Matt Taibbi

Source : http://www.rollingstone.com/politics/blogs/taibblog/outrageous-hsbc-settlement-proves-the-drug-war-is-a-joke-20121213#ixzz2EywCnsTV

Traduction "lorsqu’on disait bankster, on ne croyait pas si bien dire" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et lignes de coke habituelles.

URL de cet article 18756 :
http://www.legrandsoir.info/le-scandaleux-arrangement-financier-avec-la-banque-hsbc-prouve-que-la-guerre-contre-la-drogue-n-est-qu-une-farce-rolling-stone.html



Voici maintenant, publié en français sur Agoravox, un deuxième article de Matt Taibbi, lui aussi profondément révoltant.

[Je signale que le mot "bubble" en anglais ne signifie PAS QUE "bulle" : il signifie aussi "chimère", "projet imaginaire", "foutaise" (c'est John Kenneth Galbraith qui m'a appris ça, dans "L'argent") => Donc, choisir le mot "bulles" pour désigner les mensonges dolosifs de GM est beaucoup trop gentil : ça dédouane les escrocs, je trouve. ÉC]

Goldman-Sachs
La grande machine à bulles

Par Matt Taibi (Rolling Stone), traduit par Jean Lasson sur Agoravox

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/goldman-sachs-la-grande-machine-a-59168

Depuis le début du mois, un important article paru dans le numéro de juillet du magazine Rolling Stone fait beaucoup de bruit dans la blogosphère ainsi que dans les médias traditionnels du monde entier. Il expose le rôle de la banque d’affaires Goldman Sachs dans presque toutes les crises financières depuis plus de 80 ans. Il apporte un éclairage cru sur les évènements financiers et économiques passés et contemporains. L’auteur, Matt Taibbi, est un journaliste d’investigation au courage, à mon avis, comparable à celui de Denis Robert. Le sujet est primordial, l’enquête sérieuse, les informations explosives, le ton incisif. Matt Taibbi appelle un chat un chat. L’ensemble est compréhensible par les non-initiés en finance.

Depuis la parution de cet article, Goldman Sachs a publié ses résultats : ils sont meilleurs que jamais. Et les bonus sont en augmentation. Ces dernières nouvelles sont une parfaite confirmation de l’enquête de Matt Taibbi.

À celles et ceux qui le peuvent, je conseille de lire l’article dans sa version originale, le style y est excellent. Pour les autres, comme il n’existait pas, à ma connaissance, de version française, j’en ai fait une traduction. La voici ci-dessous.

Liens vers la version originale : ici et pour une version scannée de l’article papier, , et pour une version texte après traitement par reconnaissance des caractères (c’est en fait la même version mais quelques mots ont été volontairement changés par l’internaute qui a opéré la reconnaissance de caractères). La version vraiment authentique est bien celle du scan. J’ai pris connaissance de l’article de Matt Taibbi par le site contreinfo.info et j’ai utilisé pour la traduction cette version, mais en corrigeant les différences que j’ai pu détecter. [Jean Lasson].




La grande machine à bulles américaine
Matt Taibbi
Rolling Stone – juillet 2009

Traduit de l’anglais par J.L.

Des actions technologiques au prix élevés de l’essence, Goldman Sachs a fabriqué toutes les manipulations du marché depuis la Grande Dépression – et elle s’apprête à recommencer.


La première chose qu’il faut que vous sachiez sur Goldman Sachs, c’est qu’elle est partout. La banque d’investissement la plus puissante du monde est une formidable pieuvre vampire enroulée autour de l’humanité, enfonçant implacablement son suçoir partout où il y a de l’argent. En fait, l’histoire de la récente crise financière, qui est aussi l’histoire de la chute de l’Empire américain ruiné par des escrocs, se lit comme le Who’s Who des diplômés de Goldman Sachs.

Aujourd’hui, la plupart d’entre-nous connaît les principaux acteurs. En tant que dernier ministre des finances de George Bush, l’ancien PDG de Goldman Henri Paulson a été l’architecte du renflouage, un plan louche pour détourner des milliers de milliards de VOS dollars vers une poignée de ses vieux copains de Wall Street. Robert Rubin, ex-ministre des finances de Bill Clinton, passa 26 ans chez Goldman avant de devenir président de Citigroup – banque qui, en retour, reçut de Paulson 300 milliards de dollars d’argent public. Il y a John Thain, cet enfoiré de patron de Merryl Lynch, qui s’offrit un tapis à 87.000 $ pour son bureau alors que sa société implosait. Ancien de chez Goldman, Thain bénéficia d’un don de plusieurs milliards de dollars de Paulson, lequel utilisa aussi des milliards d’argent public pour aider Bank of America à sauver la société sinistrée de Thain. Il y a Robert Steel, ancien de Goldman et patron de Wachovia, qui s’est accordé 225 millions de dollars de parachutes dorés, pour lui et ses cadres dirigeants, tandis que sa banque s’autodétruisait. Il y a Joshua Bolten, directeur de cabinet de Bush durant le renflouage, et Mark Patterson, en charge des finances dans le cabinet de Bush, qui était encore un lobbyiste de Goldman un an avant. Et Ed Liddy, un ancien directeur de Goldman que Paulson a chargé du renflouage du géant de l’assurance AIG[1]. Après l’arrivée de Liddy, AIG a versé 13 milliards de dollars à Goldman. Les directeurs des banques centrales du Canada et d’Italie sont des anciens de Goldman, comme le sont le directeur de la Banque Mondiale, le directeur du New York Stock Exchange[2], les deux derniers directeurs de la Réserve Fédérale de New York – laquelle est, à propos, maintenant chargée du contrôle de Goldman – sans parler de…

Mais toute tentative de construire la narration autour de tous les anciens de Goldman qui occupent des positions influentes devient un exercice absurde et sans objet, un peu comme essayer d’établir la liste de toutes les choses sur Terre. Ce que vous devez voir est le plan d’ensemble : si l’Amérique est aspirée par un siphon, Goldman Sachs a trouvé le moyen d’être ce siphon – une lacune extrêmement malheureuse dans le système capitaliste occidental, qui n’a jamais prévu que, dans une société qui se laisse passivement gouverner par le Marché libre et des élections libres, la rapacité organisée gagne toujours sur la démocratie désorganisée.

La puissance et le pouvoir sans précédent de la banque lui ont permis de transformer l’Amérique en une pompe à fric géante, manipulant pendant des années des secteurs économiques entiers, déplaçant ses pions quand tel ou tel marché s’effondre, et tout le temps se gorgeant de coûts cachés qui brisent des familles partout – prix du pétrole, taux des crédits à la consommation, fonds de pension à moitié mangés, licenciements massifs, futurs impôts pour rembourser les renflouages. Tout cet argent que vous perdez, il va quelque part et, au sens propre comme au figuré, il va à Goldman Sachs. Cette banque est une immense machine, hautement sophistiquée, pour convertir la richesse utile en la substance la moins utile, la plus gâchée qui soit – le pur profit d’individus déjà riches.

Ils réalisent cela en utilisant encore et toujours le même protocole. La formule est relativement simple : Goldman se place au milieu d’une bulle spéculative, vendant des investissements qu’ils savent être de la merde. Ils aspirent alors de vastes sommes des classes moyennes et basses de la société, avec l’aide d’un État invalide et corrompu qui leur permet de réécrire les règles en échange de quelques pourboires que la banque jette aux politiciens. À la fin, quand la bulle éclate, laissant des millions de citoyens ordinaires sur le carreau, ils recommencent tout le processus, venant à notre rescousse pour nous prêter avec intérêt notre propre argent, tout en se présentant comme des hommes désintéressés, juste une bande de chics types qui sont là pour aider la machine à tourner. Ils nous ont fait le même coup encore et encore depuis les années 1920 – et aujourd’hui, ils se préparent à le faire encore en créant ce qui pourrait bien être la plus grande et plus impudente bulle de tous les temps.

Si vous voulez comprendre comment nous sommes entrés dans cette crise financière, vous devez d’abord comprendre où tout l’argent est allé – et pour comprendre ça, vous devez comprendre comment Goldman s’est débrouillé dans le passé. C’est une histoire longue de cinq bulles exactement – y compris le pic du prix du pétrole l’an dernier, étrange et apparemment inexplicable. Il y eut beaucoup de perdants dans chacune de ces bulles, ainsi que dans le renflouage qui suivit. Mais Goldman n’était pas parmi eux.


Bulle n° 1
La grande Dépression



Goldman n’a pas toujours été le colosse de Wall Street, trop-gros-pour-faire-faillite, qu’il est devenu depuis longtemps. La banque a été fondée en 1869 par un immigrant allemand du nom de Marcus Goldman, qui l’a développée avec son gendre Samuel Sachs. Ils ont été les pionniers de l’utilisation du « papier commercial », ce qui est juste une façon chic de dire qu’ils ont fait de l’argent en prêtant à court terme à des emprunteurs occasionnels de Manhattan.

Vous pouvez probablement deviner l’évolution de Goldman dans ses 100 premières années : la courageuse banque, dirigée par des immigrants, gagne ses paris, se développe et se fait des tonnes de fric. Dans cette histoire ancienne, il n’y a vraiment qu’un épisode qui mérite l’intérêt, à la lumière des récents événements : la désastreuse incursion de Goldman dans la folie spéculative de Wall Street durant les années 1920, avant le crash.

Ce grand Hindenburg de l’histoire financière a quelques caractéristiques qui semblent familières. À l’époque, le principal instrument financier utilisé pour traire les investisseurs s’appelait un « investment trust[3] ». Semblables aux actuels fonds mutualisés, les trusts prenaient l’argent liquide des investisseurs, petits et grands, et (au moins en théorie) l’investissaient dans une palette de valeurs de Wall Street, mais les valeurs et leur montant étaient souvent cachés du public. Ainsi, un type normal pouvait investir 10 ou 100 $ dans un trust et se sentir comme un grand joueur. A peu près comme dans les années 1990, quand de nouveaux instruments tels que la spéculation intraday[4] ou la spéculation en ligne attirèrent des wagons de nouveaux pigeons qui s’imaginaient des caïds de la finance, les investment trusts attirèrent une nouvelle génération de types normaux dans le jeu spéculatif.

Débutant un processus qui se répètera encore et toujours, Goldman entra dans le jeu de l’investment trust tardivement, puis y plongea à fond et se goinfra. La première étape fut la Goldman Sachs Trading Corporation ; la banque émit un million d’actions à 100 $ pièce, acheta toutes ces actions avec son propre argent, puis en revendit 90 % à 104 $ à un public affamé. La Trading Corporation acheta alors sans relâche des actions, faisant monter les prix toujours plus haut. Finalement, elle se débarrassa d’une partie de ses avoirs et finança un nouveau trust, la Shenandoah Corporation, émettant des actions de ce fonds pour des millions de dollars – lequel à son tour finança encore un nouveau trust, la Blue Ridge Corporation. De cette façon, chaque investment trust servait de façade à une pyramide infinie d’investissements : Goldman se cachant derrière Goldman se cachant derrière Goldman. Sur les 7.250.000 actions initiales de Blue Ridge, 6.250.000 étaient en fait détenues par Shenandoah – laquelle, bien sûr, était en grande partie détenue par Goldman Trading.

Le résultat final (ça ne vous rappelle pas quelque chose ?) était une guirlande d’argent emprunté, du genre délicieusement vulnérable à une baisse de performance en n’importe quel point de la chaîne. L’idée de base n’est pas difficile à voir : vous apportez un dollar et en empruntez neuf ; puis vous utilisez ces 10 $ pour en emprunter 90 ; puis ces 100 $ servent à emprunter et investir 900 $, tant que le public continue à prêter. Si le dernier trust de la chaîne commence à perdre de la valeur, vous n’avez plus l’argent nécessaire pour rembourser vos investisseurs et tout le monde est massacré.

Dans un chapitre intitulé « En Goldman Sachs nous croyons » de son livre The Great Crash, 1929, le célèbre économiste John Kenneth Galbraith prend les trusts Blue Ridge et Shenandoah comme des exemples classiques de la folie de l’endettement par effet de levier[5]. Les trusts, écrit-il, ont été une cause majeure du crack historique ; en dollars d’aujourd’hui, les pertes des banques s’élevèrent à 475 milliards. « On ne peut s’empêcher de s’émerveiller de l’inventivité qui a conduit à cette gargantuesque folie », observe Galbraith, comme un Keith Olbermann en tenue de soirée[6]. « Dans le domaine de la folie, l’échelle de celle-ci relève de l’Épopée. »


Bulle n° 2
Les valeurs technologiques (la bulle de l’Internet)



Avance rapide d’environ 65 ans. Non seulement Goldman survécut au Crack [NdT : de 1929] qui balaya tant d’investisseurs qu’elle avait grugés, mais elle est devenue la principale mandatrice[7] des plus riches et puissantes compagnies du pays. Grâce à Sidney Weinberg, qui s’éleva du rang de concierge jusqu’à la tête de la firme, Goldman a été pionnière de l’introduction en bourse des sociétés, un des principaux et plus efficace moyen par lequel les sociétés lèvent de l’argent. Durant les décennies 1970 et 1980, Goldman n’était peut-être pas encore l’Etoile de la Mort dévoreuse de planètes, politiquement influente, qu’elle est devenue aujourd’hui, mais elle était déjà dans le haut du panier, avec la réputation d’attirer les plus brillants talents de Wall Street.

Étrangement, la banque avait la réputation de respecter la déontologie bancaire et d’avoir une approche patiente de l’investissement excluant le profit rapide ; ses cadres étaient entraînés à intégrer le mantra de la firme : « avide de long terme ». Un ancien banquier de Goldman qui a quitté la firme au début des années 1990, se souvient d’avoir vu ses supérieurs renoncer à une affaire très profitable sur la base qu’elle serait perdante sur le long terme. « Il nous est arrivé de rendre de l’argent à des grandes sociétés adultes qui voulaient mener des opérations non éthiques avec nous », dit-il. « Tout ce que nous avions fait était légal et honnête – mais notre crédo ``avide de long terme’’ nous imposait de ne pas faire tel profit si le prix collectif à payer était de nuire à la place financière. »

À cette époque, quelque chose se passa. Il est difficile de dire quoi exactement ; c’est peut-être le fait que le co-président de Goldman au début des années 1990, Robert Rubin, suivit Bill Clinton à la Maison Blanche où il dirigea le Conseil économique national et devint finalement le ministre des Finances[8]. Tandis que les médias américains tombaient amoureux de la paire de baby-boomers nichant à la Maison Blanche, des yuppies ayant eu 20 ansdans les années 60, il y eut aussi un franc béguin pour Rubin, qui fut présenté comme la plus brillante personne qui ait jamais existé, sans l’ombre d’un doute laissant Newton, Einstein, Mozart et Kant loin derrière.

Rubin était l’archétype même du banquier de Goldman. Il était probablement né dans un complet à 4.000 $, il avait sur le visage une expression qui semblait signifier « pardon d’être tellement plus intelligent que vous » et, tel un monsieur Spock, il ne semblait éprouver aucune émotion. Le seul sentiment humain qu’on aurait pu lui attribuer serait le cauchemar d’avoir à voyager en classe touriste. Il devint un cliché national que tout ce que Rubin pensait était le mieux pour l’économie – un phénomène qui atteint son apogée en 1999, quand Rubin fit la couverture du Time avec son adjoint aux Finances Larry Summers et le patron de la Fed[9], Alan Greenspan, sous le titre LE ComitÉ POUR SAUVER LE MONDE. Et « ce que pensait Rubin » essentiellement, c’était que l’économie américaine et en particulier les marchés financiers, étaient sur-règlementés et avaient besoin d’être libérés. Durant son passage aux Finances, la Maison Blanche de Clinton prit une série de mesures qui eurent des conséquences radicales sur l’économie mondiale – à commencer par l’échec complet de Rubin à contrôler son ancienne firme quand elle se lança dans sa première course folle aux profits immédiats et obscènes.

Le principe de l’escroquerie de la bulle Internet est très facile à comprendre, même pour les nuls en finance. Des sociétés, qui ne valaient guère plus que des idées trouvées sous l’influence du cannabis et écrites sur un coin de nappe par des fumeurs de joints attardés, furent introduites en bourse[10], leur promotion assurée par les médias et vendues au public pour des milliards. C’était comme si les banques, dont Goldman, avaient emballé dans un joli papier-cadeau des pastèques, les avaient lâchées du 50e étage tout en décrochant les téléphones pour les mettre aux enchères. Dans ce jeu, vous ne gagnez que si vous récupérez votre argent avant que la pastèque n’atteigne le trottoir.

Ça semble évident maintenant, mais ce que l’investisseur moyen ne savait pas à ce moment-là, c’est que les banques avaient changé les règles du jeu pour améliorer l’apparence de ces affaires. Elles avaient mis au point un système d’investissement à deux classes – une pour les initiés qui connaissaient les vrais chiffres et l’autre pour les profanes qui étaient invités à suivre des prix gonflés que les banques elles-mêmes savaient être irrationnels. Alors que l’ancien fonctionnement de Goldman était de profiter des changements législatifs, son innovation clé durant les années Internet a consisté à abandonner ses propres normes de contrôle de qualité.

« Depuis la Grande Dépression, il existait de strictes règles de mandatement financier que Wall Street suivait lors de l’introduction en bourse », dit le gérant d’un des premiers hedge-funds[11]. « La société doit exister depuis au moins 5 ans et elle doit avoir dégagé un bénéfice pendant au moins 3 années consécutives. Mais Wall Street a jeté ces règles à la poubelle ». Goldman a complété le rideau de fumée en gonflant les actions contrefaites : « leurs analystes disaient partout que Connerie.com valait 100 $ l’action ».

Le problème c’est que personne n’avait dit aux investisseurs que les règles avaient changé. « Tout le monde dans les banques savait », dit le gérant. « Il est absolument sûr que Bob Rubin connaissait les règles de l’introduction en bourse. Elles n’avaient pas bougé depuis les années 1930 ».

Jay Ritter, professeur de finances à l’Université de Floride, spécialiste des introductions en bourse, dit que les banques comme Goldman savaient parfaitement que de nombreuses sociétés qu’elles introduisaient en bourse ne feraient jamais un centime de bénéfice. « Au début des années 1980, les plus grandes banques exigeaient 3 années bénéficiaires. Puis, ça a été un an, puis un trimestre. Au moment de la bulle Internet, les banques ne demandaient même pas une prévision de rentabilité ».

Goldman a nié avoir changé les normes de l’introduction en bourse durant les années Internet, mais ses propres statistiques démentent son affirmation. Comme elle avait fait pour les investment trusts dans les années 1920, Goldman commença doucement les années Internet et finit surexcité. Après avoir introduit en bourse en 1996 une société peu connue, Yahoo !, Goldman devint ensuite rapidement le roi de l’introduction en bourse de l’ère Internet. Parmi les 24 sociétés que la banque introduisit en bourse en 1997, un tiers perdaient de l’argent au moment de l’introduction. En 1999, au sommet de la bulle, la banque introduisit en bourse 47 sociétés, parmi elles des mort-nées comme Webvan et eToys, des offres d’investissement qui ressemblaient beaucoup à Blue Ridge et Shenandoah. Dans les quatre premiers mois de l’année suivante, Goldman introduisit en bourse 18 sociétés dont 14 perdaient de l’argent à ce moment-là. Comme premier mandataire des actions Internet durant la bulle, Goldman produisit un résultat beaucoup plus volatile que ses concurrents : en 1999, les actions des sociétés introduites en bourse par Goldman montèrent de 281 % au dessus de leur prix d’introduction, comparé à une moyenne de 181 % pour Wall Street.

Comment Goldman réalisa-t-elle des résultats aussi extraordinaires ? Une réponse est qu’ils utilisèrent une pratique appelée « laddering[12] », ce qui n’est qu’un mot chic pour dire qu’ils ont manipulé les prix des actions offertes. Voici comment ça marche : disons que vous êtes Goldman Sachs et que la société Connerie.com vient vous voir pour vous demander de l’introduire en bourse. Vous vous mettez d’accord sur les conditions habituelles : vous évaluez l’entreprise, déterminez le nombre d’actions offertes au public et embarquez le PDG de Connerie.com en tournée pour papoter avec les investisseurs, tout ça pour une commission substantielle (typiquement 6 à 7 % du capital récolté). Vous promettez alors à vos meilleurs clients le droit d’acheter de gros paquets d’actions au prix d’introduction – disons que Connerie.com débute à un prix de 15 $ l’action – en échange de la promesse que ces clients achèteront encore d’autres actions plus tard, sur le marché. Cette exigence, apparemment innocente, vous donne une connaissance d’initié de l’évolution du prix de l’action, connaissance qui n’était pas partagée avec les couillons de traders banals, lesquels n’avaient que le prospectus pour se faire une idée. Vous savez que certains de vos clients qui ont acheté X actions à 15 $ vont aussi en acheter Y de plus à 20 ou 25 $, ce qui garantit pratiquement que le prix va monter jusqu’à 25 $ et au-delà. De cette façon, Goldman pouvait faire monter artificiellement le prix de l’action, ce qui, évidemment, profitait à la banque – une commission de 6 % sur 500 millions de dollars, c’est de l’argent.

Goldman fut poursuivi plusieurs fois par des actionnaires pour s’être livré au laddering à l’occasion de l’introduction en bourse de plusieurs sociétés Internet, dont Webvan et NetZero. Ces manœuvres frauduleuses attirèrent aussi l’attention de Nicholas Maier, manager de Cramer & Co., le hedge fund dirigé à l’époque par le maintenant célèbre animateur de télévision, cet enfoiré de Jim Cramer, lui-même un ancien de Goldman. Maier dit à la SEC[13] que, quand il travaillait pour Cramer entre 1996 et 1998, il a été forcé à plusieurs reprises de participer à des opérations de laddering pour les introductions en bourse de Goldman.

« D’après ce dont j’ai été témoin, Goldman était la pire délinquante », dit Maier. « Ils ont complètement nourri la bulle. Et c’est précisément ce genre de comportement qui a causé l’effondrement du marché. Ils ont bâti ces actions sur une base illégale – ont manipulé le prix à la hausse – et, vers la fin, ce sont les petits qui ont fini par acheter ». En 2005, Goldman accepta de payer 40 millions de dollars pour ses fraudes de laddering – une amende ridicule comparée aux énormes profits que la banque a réalisés. (Goldman, qui a nié avoir mal agi dans tous les procès qu’elle a arrêtés par une négociation, a refusé de répondre aux questions concernant cette histoire.)

Une autre pratique à laquelle Goldman s’est livrée durant la bulle Internet était le « spinning », mieux connu sous le nom de corruption. Dans ce cas, la banque offrait aux cadres dirigeants de la société mise en bourse des actions à un prix très préférentiel, en échange de leur clientèle future. Les banques qui pratiquaient le spinning sous-estimaient le prix initial d’introduction, s’assurant ainsi que ce prix bas, dont elles faisaient profiter les initiés, allait très probablement monter rapidement, apportant ainsi des gains immédiats aux cadres favorisés. Ainsi, au lieu de Connerie.com offert à 20 $, la banque approchait le PDG de Connerie.com et lui offrait un millions d’actions de sa propre société à 18 $ en échange de sa clientèle – avec comme effet de voler tous les nouveaux actionnaires de Connerie.com en détournant vers le compte privé du PDG des liquidités qui, sinon, seraient allées sur le compte de la société.

Dans un cas, on prétend que Goldman aurait ainsi offert plusieurs millions de dollars au PDG d’eBay Meg Whitman, lequel rejoignit plus tard le directoire de Goldman, en échange de la clientèle future d’eBay. D’après un rapport du comité des services financiers de la Chambre des représentants, Goldman a fait cette offre spéciale aux cadres dirigeants de 21 sociétés qu’elle a introduites en bourse, y compris le cofondateur de Yahoo ! Jerry Yang et deux des plus grands gredins de l’âge des scandales financiers – Dennis Kozlowski de Tyco et Ken Lay d’Enron. Goldman dénonça avec colère le rapport, le qualifiant de « flagrante distorsion des faits » - peu de temps avant de payer 110 millions de dollars pour mettre fin à une enquête sur le spinning et autres malversations lancée par les autorités de l’État de New York. « Le spinning lors des introductions en bourse n’était pas une peccadille sans importance », dit le procureur général de l’époque, Eliot Spitzer. « Au contraire, c’était une partie intégrante d’un schéma frauduleux destiné à gagner des parts du marché de la banque d’affaires. »

De telles pratiques ont contribué à faire de la bulle Internet un des plus grands désastres de l’histoire : quelques cinq mille milliards de dollars de richesse furent effacés sur le NASDAQ seulement. Mais le vrai problème n’est pas l’argent perdu par les actionnaires, c’est l’argent gagné par les banquiers d’affaires, qui reçurent de copieuses primes pour avoir faussé le marché. Au lieu d’avoir appris à Wall Street que les bulles finissent toujours par dégonfler, les années Internet ont démontré aux banquiers que, à l’âge du capital circulant librement et des sociétés financières privées, les bulles sont incroyablement faciles à créer et les primes individuelles sont en fait plus grosses quand la folie et l’irrationalité l’emportent.

Nulle part ceci n’a été plus vrai que chez Goldman. Entre 1999 et 2002, la firme a versé 28,5 milliards de dollars de primes – en gros une moyenne de 350.000 $ par an et par employé. Ces montants sont importants parce que l’héritage clé de la bulle Internet est que l’économie est maintenant conduite en grande partie par le maintien des énormes salaires et bonus que de telles bulles rendent possibles. Le mantra de Goldman, « avide de long terme », s’est évanoui quand le jeu est devenu toucher son chèque avant que la pastèque ne touche le trottoir.

Le marché n’était plus un lieu gouverné par la raison pour développer des entreprises rentables : il était devenu l’immense océan de l’argent des autres où les banquiers attiraient de vastes sommes par tous les moyens imaginables, pour essayer de convertir cet argent en bonus et salaires le plus vite possible. Vous avez fait du laddering et du spinning avec 50 introductions de sociétés Internet, et alors ? Le temps que la SEC vienne vous mettre une amende de 110 millions de dollars, le yacht que vous avez acheté avec vos bonus avait déjà 6 ans. De plus, vous n’étiez probablement plus chez Goldman à ce moment-là, en charge des finances du pays ou de l’État du New Jersey. (Un des moments vraiment comiques de l’histoire de l’effondrement de la bulle Internet fut quand le gouverneur du New Jersey Jon Corzine, qui dirigea Goldman de 1994 à 1999 et partit avec 320 millions de dollars grâce aux introductions en bourse, affirma en 2002 : « Je n’avais jamais entendu le terme laddering jusqu’à aujourd’hui. »)

Pour une banque qui paye 7 milliards de dollars par an en salaires, 110 millions d’amendes à payer 5 ans plus tard étaient rien moins que dissuasives – c’était une plaisanterie. Une fois que la bulle Internet avait éclaté, Goldman n’avait aucune incitation à réexaminer sa nouvelle stratégie de recherche du profit ; la banque chercha juste une autre bulle à gonfler. Il s’avéra que, en grande partie grâce à Rubin, une autre était prête.


Bulle n° 3
La vogue de l’immobilier



Le rôle de Goldman dans le désastre absolu que fut la bulle immobilière n’est pas difficile à retracer. Là aussi, la combine de base fut une dégradation des règles bancaires, bien que dans ce cas il ne s’agissait pas des règles d’introduction en bourse, mais de celles des prêts immobiliers. Maintenant, presque tout le monde sait que, pendant des décennies, les prêteurs exigeaient des emprunteurs qu’ils soient capables de fournir au moins 10 % d’apport personnel, qu’ils aient des revenus réguliers, une bonne côte de crédit ainsi qu’un vrai prénom et patronyme. Mais, à l’aube du nouveau millénaire, les prêteurs jetèrent subitement tout ce caca par la fenêtre et commencèrent à signer des prêts sur des serviettes en papier à des serveuses et d’ex-taulards ayant en poche cinq balles et une barre de Mars[14].

Rien de cela n’aurait été possible sans les banquiers d’affaires comme Goldman, qui créèrent des véhicules pour emballer ces adorables prêts et les vendre en masse à des compagnies d’assurance et des fonds de pension sans défiance. Ceci créa un marché de masse pour la dette toxique qui n’aurait jamais existé avant. Dans l’ancien temps, aucune banque n’aurait voulu avoir en portefeuille le prêt d’un quelconque ex-taulard camé, sachant la probabilité qu’il ne soit pas remboursé. En d’autres mots, vous ne pouvez signer de tels prêts que si vous avez quelqu’un à qui les vendre, quelqu’un qui ignore ce qu’ils sont en réalité.

Goldman utilisa deux méthodes pour dissimuler la saleté qu’ils vendaient. En premier lieu, ils ont fait des liasses de centaines de différents prêts immobiliers dans des instruments appelés CDO[15]. Ensuite, ils ont vendus aux investisseurs l’idée que, parce qu’une liasse de ces prêts se comporterait bien dans l’ensemble, il n’y avait pas de raison de s’inquiéter trop des « adorables[16] ». Le CDO, dans son ensemble, était solide. Ainsi, les prêts notés comme des déchets ont été transformés en investissements notés AAA[17]. En second lieu, pour se couvrir contre le risque sur ses propres paris, Goldman obtint une assurance de compagnies comme AIG[18] – assurance connue sous le nom de CDS[19] – sur les CDO. Les CDS étaient fondamentalement un pari sur une course de chevaux entre AIG et Goldman : Goldman parie que les ex-taulards vont faire défaut sur leur prêt, AIG parie qu’ils le rembourseront.

Il y avait un seul problème avec ces affaires : toute leur mécanique était exactement le genre de spéculation dangereuse que les agences fédérales sont supposées refréner. Les produits financiers dérivés comme les CDO et les CDS avaient déjà provoqué une série de catastrophes financières : Procter & Gamble et Gibson Greetings y perdirent tous deux des fortunes. En Californie, le comté d’Orange fut forcé de se déclarer en cessation de paiement en 1994. Cette année-là, un rapport du bureau de comptabilité du Gouvernement[20] recommandait de réglementer strictement ce type d’instruments financiers – et, en 1998, la présidente de la commission des transactions à terme sur les matières premières[21] [CFTC], Brooksley Born, confirma cette recommandation. En mai 1998, elle écrivit une lettre à l’administration Clinton et aux dirigeants économiques suggérant que les banques soient tenues de fournir plus de détails sur le négoce des dérivés et qu’elles soient aussi tenues de faire des provisions pour amortir les pertes.

Plus de règlementation n’était pas exactement ce que Goldman avait en tête. « Les banques sont furieuses – elles veulent bloquer la réforme », dit Michael Greenberger, qui travaillait pour Born comme directeur des marchés et des transactions financières à la CFTC et qui est maintenant professeur de droit à l’université du Maryland. « Greenspan, Summers, Rubin et [le patron de la SEC Arthur] Levitt veulent aussi la bloquer. »

Cette bande des quatre de Clinton régnant sur l’économie – « spécialement Rubin », selon Greenberger – convoqua Born pour une réunion et ils plaidèrent leur cause. Malgré cela, Born refusa de faire machine arrière et continua à demander une meilleure règlementation des dérivés. Aussi, en juin 1998, Rubin dénonça publiquement la position de Born, recommandant finalement que la CFTC soit privée de son pouvoir de règlementation. En 2000, le dernier jour de sa législature, le Congrès adopta la – maintenant fameuse – loi de modernisation des transactions à terme sur les matières premières[22], loi qui fut insérée à la dernière minute dans un collectif budgetaire de plus de 1000 pages, avec presqu’aucun débat au Sénat. Les banques étaient maintenant libres d’échanger des CDS en toute impunité.

Mais l’histoire ne se termina pas là. En 2000, AIG, le principal fournisseur de CDS, approcha le département des assurances de l’État de New York pour lui demander si les CDS seraient règlementés en tant qu’assurances. À l’époque, le bureau des assurances était dirigé par Neil Levin, un ancien vice-président de Goldman. Celui-ci décida que les CDS ne seraient pas règlementés. Devenue libre d’émettre des CDO et d’acheter des CDS autant qu’elle voulait, Goldman se jeta frénétiquement dans le marché du prêt immobilier. En 2006, à l’apogée de la bulle, Goldman avait émis pour 76,5 milliards de dollars de produits dérivés basés sur des prêts immobiliers – un tiers de ces prêts étant des subprime -, la plus grande part de ces produits étant vendue à des investisseurs institutionnels comme des fonds de pension et des compagnies d’assurance. Et, dans ces émissions massives, il y avait de vastes marécages de merde.

Prenons une émission de cette année-là, GSAMP Trust 2006-S3 pour 494 millions de dollars. De nombreux prêts correspondaient à un second emprunt par les emprunteurs et leur capital moyen ne valait que 0,71 % de leur emprunt. De plus, 58 % des prêts étaient peu ou pas documentés – pas de nom de l’emprunteur, pas d’adresse, juste le code postal. Malgré cela, les deux principales agences de notation, Moody’s et Standard & Poor’s, donnèrent à 93 % de l’émission la note « qualité pour investisseur »[23]. Moody’s prédisait que moins de 10 % des prêts feraient défaut. En réalité, 18 % furent en défaut de paiement dans les 18 mois.

Mais Goldman n’était pas exposée au risque. La banque pouvait acheter ces prêts affreux, complètement irresponsables, à des firmes pires que des gangsters comme Countrywide et les revendre à des municipalités et des retraités – des vieux, bon sang ! – en affirmant que ce n’était pas la pire bouse de vache qu’on ait jamais vue. Mais tout en faisant cela, la banque prenait des positions à la baisse sur ce marché. En clair, elle pariait contre la merde qu’elle-même vendait. Pire encore, Goldman s’en félicitait publiquement. « Le secteur du prêt immobilier continue à être faible », se vantait David Viniar, responsable financier de la banque, « en conséquence, nous avons subi des pertes sur nos positions acheteuses… Cependant, notre gestion du risque sur ce marché consistait à être baissier et notre position nette vendeuse a été bénéficiaire ». En d’autres termes, les dérivés de prêts immobiliers que Goldman vendait étaient pour les crétins. On ne pouvait gagner de l’argent qu’en pariant contre ces mêmes prêts immobiliers.

« Voilà jusqu’où ces salopards ont osé aller », dit le gérant d’un hedge fund. « Au moins, avec les autres banques, vous pouviez dire qu’elles étaient seulement stupides – elles croyaient à ce qu’elles vendaient et elles ont implosé avec la bulle. Goldman savait ce qu’elle faisait ». Je demande au gérant comment il se peut que vendre quelque chose et parier contre – surtout si vous en savez plus sur les faiblesses des produits que le client – ne soit pas considéré à un délit d’initié.

« C’est exactement un délit d’initié », dit-il, « c’est le cœur même du délit d’initié ».

Finalement, de nombreux investisseurs fâchés se sont regroupés. Après l’éclatement de la bulle immobilière, comme une répétition virtuelle de la bulle Internet, Goldman fut touché par une vague de procès, dans lesquels la banque fut accusée d’avoir caché l’information pertinente sur la qualité des prêts immobiliers qu’elle émettait. Les autorités de l’État de New York poursuivent Goldman ainsi que 25 autres courtiers pour avoir vendu des liasses des prêts merdeux de Countrywide à des fonds de pension de fonctionnaires, lesquels ont perdu 100 millions de dollars sur leur investissement. Le Massachusetts aussi a enquêté sur Goldman pour les mêmes raisons, agissant au nom de 714 détenteurs de prêts prédateurs. Mais cette fois encore, Goldman s’en est sortie pratiquement indemne, écartant les menaces en acceptant de payer une somme dérisoire, 60 millions de dollars – environ ce que son département des CDO gagnait en un jour et demi pendant le boom immobilier.

Les conséquences de la bulle immobilière sont toutes bien connues – elle a conduit, plus ou moins directement, à l’effondrement de Bear Stearns, Lehman Brothers et AIG, dont le portefeuille toxique de CDS était composé, pour une part significative, d’assurances que des banques comme Goldman avaient achetées pour couvrir le risque de leur propre portefeuille immobilier. En fait, au moins 13 milliards de dollars d’argent public, donnés à AIG pour son renflouage, sont allés à Goldman, ce qui signifie que la banque a gagné deux fois sur la bulle immobilière : elle a d’abord arnaqué les investisseurs qui ont acheté ses CDO pourris en pariant contre ses propres produits merdeux, puis elle s’est retournée et a arnaqué le contribuable en le faisant payer ces mêmes paris.

Et de nouveau, tandis que le monde s’effondrait autour de la banque, Goldman s’assura que tout irait très bien du côté des rémunérations. En 2006, le montant des rémunérations grimpa à 16,5 milliards de dollars – une moyenne de 622.000 $ par employé. Comme l’expliqua un porte-parole de Goldman, « Nous travaillons très dur ici ».

Mais le meilleur était encore à venir. Tandis que l’effondrement de la bulle immobilière expédia la plupart du monde financier vers la sortie ou la prison, Goldman doubla la mise – et, presque seul, créa encore une autre bulle, une dont le monde ignore encore que la firme y est impliquée.


Bulle n° 4
4 $ le gallon



Au début de 2008, le monde financier était en plein désarroi. Wall Street avait passé les 25 dernières années à provoquer un scandale après l’autre, ce qui ne laissait pas grand-chose à vendre qui ne fût avarié. Les termes junk bond[24], IPO, subprime mortgage[25] et autres mets financiers qui furent en vogue un temps, étaient maintenant fermement associés à des escroqueries dans l’esprit du public. Les termes CDS et CDO allaient bientôt les rejoindre. Les marchés de crédit étaient en crise et le mantra qui avait sous-tendu l’économie fantasmatique des années Bush – la croyance que les prix de l’immobilier ne baissent jamais – n‘était plus qu’un mythe effondré, laissant Wall Street réclamer à grand cris un nouveau paradigme de connerie à lancer.

Où aller ? Avec un public réticent à mettre de l’argent dans quoi que ce soit qui ressemble à un investissement papier, la Street déménagea en douce le casino vers le marché des matières premières physiques[26] – les trucs que vous pouvez toucher : maïs, café, cacao, blé et, avant tout, les matières premières énergétiques, surtout le pétrole. En conjonction avec la baisse du dollar, la restriction du crédit[27] et l’effondrement de l’immobilier provoquèrent une « fuite vers les matières premières »[28]. En particulier, le prix du pétrole à terme[29] est monté en flèche, le baril passant de 60 $ mi-2007 à un plus haut de 147 $ à l’été 2008.

Cet été là, tandis que la campagne présidentielle montait en puissance, la raison donnée pour expliquer la montée du prix de l’essence jusqu’à 4,11 $ le gallon[30] était que le monde faisait face à un problème d’approvisionnement en pétrole. Dans un classique exemple de la façon dont Républicains et Démocrates répondent aux crises par de féroces polémiques sur des points stupides et hors-sujet, John McCain prétendait que mettre fin au moratoire sur l’exploitation en mer[31] serait « très utile à court terme », tandis qu’Obama, en bon yuppie libéral, défendait l’idée qu’un investissement fédéral dans la voiture hybride était la solution.

Mais tout était mensonger. Il est vrai que la production pétrolière globale va finir par s’épuiser, mais la production à court terme était en fait en augmentation. Selon l’administration pour l’information sur l’énergie[32], dans les six mois qui ont précédé l’envolée des prix, l’offre mondiale de pétrole était passée de 85,24 millions de barils par jour à 85,72 millions. Sur la même période, la demande avait chuté de 86,82 millions de barils par jour à 86,07 millions. Non seulement l’offre à court-terme avait augmenté, mais la demande avait baissé – ce qui, en termes économiques classiques, aurait dû faire baisser les prix à la pompe.

Alors d’où provenait l’énorme hausse des prix du pétrole ? Devinez. Évidemment, Goldman a été aidé – il y avait d’autres joueurs dans le marché des matières premières physiques - mais la cause initiale a tout à voir avec le comportement d’un petit nombre de puissants acteurs déterminés à transformer en casino spéculatif ce marché qui avait été, jusque-là, sérieux. Goldman procéda en convaincant des fonds de pension et d’autres grands investisseurs institutionnels d’investir dans le marché à terme du pétrole[33] – en acceptant d’acheter du pétrole à un certain prix à une date fixée à l’avance. L’initiative transforma la nature du pétrole : d’une matière première rigidement soumise à la loi de l’offre et de la demande, il devint un objet de paris, comme les actions. Entre 2003 et 2008, le volume d’argent spéculatif dans les matières premières passa de 13 milliards à 317 milliards de dollars, un accroissement de 2.300 %. En 2008, un baril de pétrole changeait de main, sur le papier, 27 fois en moyenne avant d’être livré et consommé.

Comme c’est souvent le cas, il existait une loi, datant de la Grande Dépression, pour empêcher spécifiquement ce genre de choses. Le marché des matières premières était d’abord destiné à aider les agriculteurs. Un cultivateur préoccupé par une éventuelle future baisse des prix pouvait signer un contrat de vente de son maïs à un certain prix, pour une livraison plus tard ; grâce à cela, il lui était moins utile de stocker lui-même sa récolte. Quand personne n’achetait du maïs, l’agriculteur pouvait vendre à un intermédiaire appelé « spéculateur traditionnel », lequel stockait le grain pour le vendre plus tard, quand la demande était plus forte. De cette façon, il y avait toujours quelqu’un pour acheter à l’agriculteur, même quand le marché n’avait pas besoin, temporairement, de sa récolte.

Cependant, en 1936, le Congrès reconnu qu’il ne devait jamais il y avoir plus de spéculateurs dans ce marché que de producteurs et de consommateurs. Si cela arrivait, les prix seraient alors affectés par autre chose que l’offre et la demande et la manipulation des cours s’ensuivrait. Une nouvelle loi donna le pouvoir à la CFTC[34] – le même organisme qui tenta vainement plus tard de règlementer les CDS – d’imposer des limites aux opérations spéculatives sur les matières premières. Grâce à la supervision de la CFTC, la paix et l’harmonie régna sur les marchés de matières premières pendant plus de 50 années.

Tout cela changea en 1991 quand, à l’insu de presque tout le monde, J. Aron, une filiale de Goldman spécialisée dans le négoce des matières premières, écrivit à la CFTC en utilisant un argument inhabituel. Les agriculteurs possédant de gros stocks de maïs, argumentait Goldman, n’étaient pas les seuls qui avaient besoin de se couvrir contre le risque de baisse des prix – les négociants de Wall Street qui font de gros paris sur le prix du pétrole avaient, eux aussi, besoin de se couvrir contre leur risque, parce que, eh bien, eux aussi risquaient de perdre beaucoup d’argent.

C’était vraiment n’importe quoi – la loi de 1936, rappelez-vous, avait été écrite pour faire spécifiquement la distinction entre les négociants qui achetaient et vendaient une marchandise réelle, tangible et ceux qui traitaient seulement du papier. Mais la CFTC, étonnamment, accepta l’argument. Elle donna à la banque un laissez-passer, appelé « exemption pour couverture de bonne foi »[35], permettant à la filiale de Goldman de se prétendre négociant de matières premières réelles et d’échapper ainsi à toutes les limites imposées aux spéculateurs. Dans les années qui ont suivi, la commission accorda discrètement des exemptions à 14 autres compagnies.

Goldman et d’autres banques étaient alors devenues libres d’attirer plus d’investisseurs dans les marchés de matières premières, permettant aux spéculateurs de faire des paris de plus en plus gros. Cette lettre de Goldman en 1991 conduisit plus ou moins directement à la bulle pétrolière de 2008, quand le nombre des spéculateurs sur le marché – motivés par la crainte de la chute du dollar et l’effondrement de l’immobilier – submergea finalement producteurs et consommateurs. En 2008, les trois quarts au moins de l’activité sur les marchés de matières premières était spéculative, selon un employé du Congrès qui a étudié les chiffres – et ce chiffre est probablement sous-évalué. Vers le milieu de l’été 2008, malgré une offre en hausse et une demande en baisse, nous payions 4 $ le gallon chaque fois que nous nous arrêtions à la pompe.

Ce qui est encore plus stupéfiant c’est que la lettre d’exemption à Goldman, ainsi que la plupart de celles qui ont suivi, furent données plus ou moins en secret. « J’étais le chef de la division des marchés et Brooksey Born était la patronne de la CFTC », dit Greenberger, « et ni elle ni moi ne connaissions l’existence de cette lettre ». En fait, les lettres ne furent connues que par accident. L’année dernière, un employé du comité pour l’énergie et le commerce de la Chambre[36] se trouvait à une réunion quand des officiels de la CFTC firent une référence impromptue aux exemptions.

« J’avais été invité à une réunion que la commission organisait sur l’énergie », raconte l’employé, « et, soudain, au milieu de la réunion, ils commencent à dire ``Ouais, nous écrivons ces lettres depuis des années maintenant’’. J’ai levé la main et dit ``Vraiment ? Vous avez écris une lettre ? Puis-je la voir ?’’ Ils firent des ``Hum, hum’’ d’embarras, la discussion tourna en rond un moment et à la fin, ils ont dit ``Il nous faut l’accord de Goldman Sachs’’. J’ai demandé ``Qu’est-ce que vous voulez dire par `demander l’accord de Goldman Sachs ?’’’ »

La CFTC cita un règlement qui interdisait de communiquer toute information concernant la position courante d’une société sur le marché. Mais la demande de l’employé concernait une lettre écrite 17 ans plus tôt. Elle n’avait plus aucun rapport avec la position courante de Goldman. De plus, l’article 7 de la loi de 1936 sur les matières premières donne au Congrès le droit d’obtenir de la CFTC toute l’information qu’il veut. Pourtant, dans une parfaite illustration de la mainmise totale de Goldman sur le gouvernement, la CFTC attendit l’accord de la banque avant de transmettre la lettre.

Armée de son exemption à moitié secrète conférée par le gouvernement, Goldman était devenu l’architecte en chef d’une gigantesque salle de paris. Son Goldman Sachs Commodities Index – indice qui suit les prix des 24 principales matières premières, mais dans lequel le pétrole est surpondéré – devint le lieu où les fonds de pension, les compagnies d’assurance et d’autres investisseurs institutionnels pouvaient placer des paris massifs à long terme sur les prix des matières premières. Tout aurait été très bien s’il n’y avait eu quelques petits problèmes. L’un de ces problèmes était que les spéculateurs sur indice font surtout des paris à la hausse[37] et rarement sur la baisse[38]. Si ce type de comportement est bon pour un marché d’actions, il est désastreux pour les matières premières, parce qu’il fait continuellement monter les prix. « Si les spéculateurs sur l’indice avaient aussi pris des positions à la baisse comme à la hausse, vous auriez vu les prix monter et descendre », dit Michael Masters, gérant d’un hedge fund qui a contribué à révéler le rôle des banques d’affaires dans la manipulation du prix du pétrole. « Mais ils poussent les prix dans une seule direction : vers le haut. »

Pour aggraver encore le problème, Goldman elle-même a utilisé toute sa puissance pour encourager la hausse du prix du pétrole. Arjun Murti, un analyste de Goldman, salué comme un « oracle du pétrole » par le New York Times, prédit un « super pic », pronostiquant un prix du baril à 200 $. Dans le même temps, Goldman était lourdement investie dans le pétrole, à travers sa filiale J. Aron ; la banque possédait aussi une part d’une des plus grandes raffineries dans le Kansas, où elle stockait le brut qu’elle achetait et vendait. Bien que l’offre de pétrole suivît la demande, Murti lançait en permanence des alertes de pénurie mondiale de pétrole, allant jusqu’à révéler publiquement qu’il possédait deux voitures hybrides. Le prix élevé, prétendait la banque, est d’une certaine façon la faute de ce cochon de consommateur américain. En 2005, les analystes de Goldman répétaient qu’on ne saurait pas quand le prix allait cesser de monter tant qu’on ne saurait pas « quand les consommateurs américains arrêteront d’acheter des SUV[39] gouffres à essence et chercheront des alternatives moins gourmandes. »

Mais ce n’était pas la consommation réelle de pétrole qui faisait monter les prix – c’était le négoce du pétrole papier. À l’été 2008, les spéculateurs sur les matières premières avaient acheté et empilé assez d’options sur le pétrole[40] pour remplir 1,1 milliards de barils de pétrole ; ce qui signifie que les spéculateurs possédaient plus de pétrole à terme, sous forme papier, qu’il n’y avait de pétrole physique stocké dans toutes les cuves de stockage du pays, y compris celles de la Réserve Stratégique[41]. C’était une répétition à la fois de la bulle Internet et de la bulle immobilière, quand Wall Street faisait exploser les profits du jour en vendant à des idiots des parts d’un avenir fantasmatique où les prix monteraient éternellement.

Dans ce qui était devenu un processus douloureusement familier, la pastèque du pétrole frappa brutalement le trottoir durant l’été 2008, causant une perte massive de richesse ; le prix du brut plongea de 147 $ à 33 $[42]. À nouveau, les grands perdants étaient des gens ordinaires. Les retraités, dont les fonds de pension avaient investi dans cette merde, furent massacrés : CalPERS[43], le fonds de pension des fonctionnaires de Californie, avait 1,1 milliard de dollars investi dans les matières premières quand la chute arriva. Et les dégâts ne provenaient pas que du pétrole. Gonflés par la bulle des matières premières, les prix alimentaires provoquèrent des catastrophes sur toute la planète, réduisant à la famine environ 100 millions de personnes et allumant des émeutes de la faim dans tout le tiers-monde.

Aujourd’hui, le prix du pétrole monte à nouveau : il a pris 20 % au mois de mai et a, jusqu’à présent, doublé cette année. À nouveau, le problème n’est pas l’offre et la demande. « L’offre de pétrole est au plus haut des 20 dernières années », dit Bart Stupak, député démocrate du Michigan, membre du comité sur l’énergie de la Chambre. « La demande est au plus bas des 10 dernières années. Et pourtant, le prix est à la hausse. »

Quand on lui demande pourquoi les politiciens continuent à rabâcher des choses comme forer de nouveaux puits ou les voitures hybrides, alors que l’offre et la demande ne sont pas la cause du prix élevé, Stupak secoue la tête. « Je pense qu’ils ne comprennent pas très bien le problème », dit-il. « Vous ne pouvez pas l’expliquer en 30 secondes, donc les politiciens l’ignorent. »


Bulle n° 5
La magouille du renflouage



Après l’implosion de la bulle pétrolière à l’automne 2008, il n’y avait plus de nouvelle bulle pour faire ronronner la machine – cette fois, l’argent semble vraiment parti, comme dans une dépression mondiale. Le safari financier a donc déménagé ailleurs et le gros gibier de la chasse a été le seul tas de capital restant, bête et non gardé : l’argent des impôts. C’est ici, dans le plus grand renflouage de l’Histoire, que Goldman Sachs a vraiment commencé à montrer ses muscles.

Ça a débuté en septembre 2008, quand le ministre des finances d’alors, Paulson, prit une série de décisions essentielles. Bien qu’il ait déjà organisé le renflouage de Bear Stearns quelques mois auparavant et qu’il ait aussi renfloué les prêteurs quasi-privés Fannie Mae et Freddie Mac, Paulson choisit de laisser Lehman Brothers – un des derniers concurrents réels de Goldman – s’effondrer sans intervention. (« Le statut de super héros de Goldman resta intact », dit l’analyste du marché Eric Salzman, « et un concurrent dans la banque d’affaires, Lehman, disparaissait. ») Le lendemain même, Paulson donna le feu vert au renflouage massif – 85 milliards de dollars – d’AIG, lequel se retourna immédiatement et paya à Goldman 13 milliards de dollars qu’il lui devait[44]. Grâce au sauvetage, la banque finit donc par être payée en totalité pour ses mauvais paris. Par contraste, les retraités de l’industrie automobile qui attendent le renflouage de Chrysler auront de la chance s’ils reçoivent 50 cents sur chaque dollar qui leur est dû.

Immédiatement après le renflouage d’AIG, Paulson annonça le sauvetage de l’industrie financière par le gouvernement fédéral, un plan de 700 milliards de dollars appelé le TARP[45], « programme de soulagement des avoirs en déshérence » et plaça un banquier de Goldman, Neel Kashkari, âgé de 35 ans et jusqu’alors inconnu, en charge de gérer ce fonds. Afin de profiter de l’argent du sauvetage, Goldman annonça qu’elle se transformait en une holding bancaire, cette conversion lui donnait accès non seulement à 10 milliards de dollars du TARP, mais aussi à toute une galaxie de financements publics moins voyants – notamment des prêts à taux réduits de la Réserve Fédérale. Fin mars 2009, la Fed aura prêté ou garanti au moins 8.700 milliards de dollars, pour une série de nouveaux renflouages – et grâce à une obscure loi autorisant la Fed à refuser la plupart des audits du Congrès, les montants versés et leurs bénéficiaires demeurent presqu’entièrement secrets.

Se convertir en holding bancaire présente également d’autres avantages : l’organisme chargé du contrôle de Goldman est maintenant la Réserve fédérale de New York, dont le président au moment de l’annonce de la conversion était Stephen Friedman, un ancien co-président de Goldman Sachs. Friedman violait les principes de la Réserve fédérale en conservant son poste chez Goldman alors qu’il était supposé contrôler la banque. Pour régler le problème, il demanda et obtint du gouvernement une exonération pour conflit d’intérêts. Friedman devait aussi se débarrasser de ses actions de Goldman après que la banque soit devenue une holding[46], mais, grâce à l’exonération, il fut autorisé à acquérir 52.000 actions supplémentaires de son ancienne banque, ce qui le rendit plus riche de 3 millions de dollars. Friedman quitta son poste en mai 2009, mais l’homme qui est maintenant responsable du contrôle de Goldman – le président de la Fed de New York William Dudley – est encore un ancien de Goldman.

Le message global de tout ceci – le renflouage d’AIG, l’approbation immédiate de la conversion en holding bancaire, les fonds du TARP – est que quand il s’agit de Goldman Sachs, il n’est plus question de marché libre. Le gouvernement pourrait laisser d’autres joueurs du marché mourir, mais il ne laissera tout simplement pas Goldman échouer, en aucun cas. Son emprise sur le Marché est soudain devenue une déclaration publique de privilège suprême. « Dans le passé, c’était un avantage implicite », dit Simon Johnson, professeur d’économie au MIT[47] et ancien officiel du Fonds monétaire, qui compare le renflouage au capitalisme de copinage qu’il a vu dans les pays du tiers-monde. « Maintenant, c’est plus un avantage explicite. »

Une fois les renflouages en place, Goldman retourna immédiatement aux affaires habituelles, rêvant à des schémas toujours plus alambiqués pour nettoyer la carcasse américaine de son capital mal gardé. Un de ses premiers actes de la période d’après renflouage a été de repousser discrètement le calendrier qu’elle suit pour annoncer ses résultats, essentiellement pour effacer de ses comptes décembre 2008 et ses pertes de 1,3 milliard de dollars avant impôt. En même temps, la banque annonça un profit hautement suspect de 1,8 milliards de dollars pour le premier trimestre 2009 – profit qui incluait apparemment une grosse part d’argent payé par les contribuables via le renflouage d’AIG. « Ils ont complètement truqué les résultats du premier trimestre », dit un gérant de hedge fund. « Ils ont caché les pertes dans le mois orphelin et appelé bénéfice l’argent du renflouage. »

Deux chiffres de plus ressortent de ce stupéfiant retournement au premier trimestre 2009. La banque a payé la somme incroyable de 4,7 milliards de dollars en bonus et primes, soit une augmentation de 18 % par rapport au premier trimestre 2008. Elle a aussi levé 5 milliards de dollars par émission de nouvelles actions juste après avoir publié son résultat trimestriel. Considérés ensemble, ces deux chiffres montrent que, au bout du compte, Goldman a emprunté pour payer 5 milliards de dollars de primes à ses cadres, et cela au beau milieu d’une crise économique mondiale qu’elle a contribué à provoquer, usant d’artifices comptables douteux pour embobiner des investisseurs, quelques mois à peine après avoir reçu des milliards des contribuables.

Encore plus stupéfiant, Goldman fit tout ça juste avant que le gouvernement n’annonce les résultats de son nouveau « test de stress » pour les banques cherchant à rembourser l’argent du TARP – ce qui suggère que Goldman savait exactement ce qui allait arriver. Le gouvernement essayait de planifier soigneusement les remboursements pour tenter de prévenir de futurs problèmes dans les banques qui ne pourraient pas rembourser immédiatement. Mais Goldman balaya ces préoccupations, étalant effrontément son statut d’initié. « Ils semblaient connaître tout ce dont ils avaient besoin avant que le test de stress ne sorte, contrairement à tous les autres qui devaient attendre la sortie du test », dit Michael Hecht, directeur de gestion chez JMP Securities. « Le gouvernement vint déclarer ``Pour rembourser le TARP, vous devez avoir émis de la dette à 5 ans qui ne soit pas assurée par le FDIC[48] – ce que Goldman venait de faire une semaine ou deux plus tôt. »

Et voici le coup de grâce. Après avoir joué un rôle central dans quatre bulles catastrophiques, après avoir contribué à faire disparaître du NASDAQ 5.000 milliards de dollars de richesse, après avoir refilé des milliers de prêts immobiliers toxiques à des retraités et des municipalités, après avoir contribué à pousser le prix de l’essence jusqu’à 4 $ le gallon et provoqué la faim de 100 millions de personnes dans le monde, après avoir mis la main sur des dizaines de milliards de dollars des contribuables à travers une série de renflouages gérés par son ancien PDG, combien Goldman Sachs rendit au peuple des États-Unis en 2008 ?

Quatorze millions de dollars.

C’est ce que la firme a payé en 2008, un taux effectif d’imposition d’exactement un, vous lisez bien, un pourcent. La banque a payé 10 milliards de dollars en primes et bonus la même année et a fait un bénéfice de plus de 2 milliards de dollars – pourtant, elle a payé au Trésor moins d’un tiers de ce qu’elle a casqué à son PDG Lloyd Blankfein, qui a reçu 42,9 millions de dollars l’année dernière.

Comment est-ce possible ? Selon le rapport annuel de Goldman, le faible niveau d’impôts est dû en grande partie à des changements dans la « répartition géographique des profits ». En d’autres mots, la banque a déplacé son argent de manière à ce que ses profits soient situés dans des pays étrangers ayant de faibles taux d’imposition. Parce que notre système d’imposition des grandes sociétés est complètement foutu, des sociétés comme Goldman peuvent expédier leurs revenus dans des paradis fiscaux et reporter indéfiniment les impôts sur ces revenus, même si elles réclament par avance des déductions sur ces mêmes revenus non imposés. C’est pourquoi n’importe quelle grande société avec un expert-comptable qui soit à jeun au moins de temps en temps, peut, en général, trouver une façon de réduire à zéro ses impôts. En fait, un rapport du bureau de Comptabilité du gouvernement[49] a trouvé qu’entre 1998 et 2005, environ deux tiers de toutes les grandes sociétés opérant aux États-Unis n’y ont payé aucun impôt.

C’est un scandale qui justifierait une levée de fourches – mais je ne sais comment, quand Goldman publia son imposition d’après le renflouage, c’est à peine si quelqu’un le commenta. Un des peu nombreux qui remarquèrent le scandale fut le représentant Llyod Doggett, un Démocrate du Texas qui siégea au comité des moyens et solutions[50] de la Chambre. « Tandis que la main droite mendie l’argent du renflouage », dit-il, « la gauche le cache dans des paradis fiscaux ».


Bulle n° 6
Le réchauffement global



Avance rapide jusqu’à aujourd’hui. Nous sommes début juin à Washington D.C., Barack Obama, un jeune politicien populaire dont le plus important contributeur privé à sa campagne électorale fut une banque d’affaires du nom de Goldman Sachs – ses employés ont donné quelques 981.000 $ pour sa campagne – occupe la Maison Blanche. Ayant navigué sans encombre dans le champ de mines politique de l’ère du renflouage, Goldman est à nouveau retournée à ses affaires habituelles, cherchant des failles dans un nouveau marché créé par le gouvernement, avec l’aide d’un nouveau groupe d’anciens de la banque occupant des positions clé au gouvernement.

Hank Paulson et Neel KashKari sont partis ; à leur place se trouvent le directeur du cabinet des Finances Mark Patterson et le patron du CFTC Gary Gensler, tous deux anciens de Goldman (Gensler était le co-directeur financier de la firme). Et à la place des dérivés de crédit ou des CDO ou des options sur le pétrole, les crédits de carbone sont le nouveau jeu à la mode – un marché de mille milliards de dollars en plein essor, qui existe encore à peine, mais qui existera si le Parti Démocrate, qui a reçu 4.452.585 $ de ce marché lors de la dernière élection, se débrouille pour créer une nouvelle bulle de matières premières qui fera trembler la Terre, déguisée en « plan environnemental » appelé cap-and-trade[51].

Le nouveau marché des crédits de carbone est une répétition virtuelle du casino des matières premières qui a été si bon pour Goldman, sauf qu’il a une savoureuse nouvelle particularité : si le plan avance comme attendu, la montée des prix sera imposée par le gouvernement. Goldman n’aura même pas à truquer le jeu. Il le sera dès le départ.

Voici comment ça marche : si la loi passe, pour les usines et installations fonctionnant au charbon, les distributeurs de gaz naturel et de nombreuses autres industries, il y aura des limites sur les émissions de carbone (dioxyde de carbone, gaz à effet de serre) qu’elles peuvent produire chaque année. Si une société dépasse son quota, elle pourra acheter des « allocations » ou crédits à d’autres sociétés qui ont produit moins d’émissions de carbone. Le président Obama estime qu’au minimum 646 milliards de dollars de crédits de carbone seront mis aux enchères dans les sept premières années. Un de ses principaux conseillers économiques prédit que le chiffre réel sera deux, voire trois fois plus élevé.

La particularité de ce plan qui lui confère un attrait spécial pour les spéculateurs, c’est que le contingent[52] sera continuellement diminué par le gouvernement, ce qui signifie que les crédits de carbone deviendront, année après année, de plus en plus rares. Il s’agit donc d’un marché tout à fait inédit, où il est garanti que la matière première négociable verra son prix monter au cours du temps. Le volume en valeur de ce nouveau marché s’élèvera jusqu’à dépasser mille milliards de dollars par an. Pour comparaison, le chiffre d’affaires combiné de toutes les compagnies d’électricité aux États-Unis est de 320 milliards de dollars par an.

Goldman veut cette loi. Le plan est (1) d’entrer sur terrain d’une législation qui change de paradigme, (2) de s’assurer que la banque aura bien la part rentable de cette législation et (3) de s’assurer que cette part sera une grosse part. Goldman a commencé à faire pression pour l’adoption du cap-and-trade il y a longtemps, mais les choses n’ont vraiment décollé que l’année dernière, quand la firme a dépensé 3,5 millions de dollars pour du lobbying sur les questions climatiques (un de leurs lobbyistes à ce moment était Patterson, maintenant directeur du cabinet des Finances). En 2005, quand Hank Paulson était PDG de Goldman, il participa personnellement à la rédaction de la politique environnementale de la banque, un document qui contient des éléments surprenants pour une firme qui, dans tous les autres domaines, a été constamment opposée à toute règlementation gouvernementale. Le rapport de Paulson défendait l’idée que « l’action volontaire seule ne peut résoudre le problème du changement climatique ». Quelques années plus tard, le chef du secteur carbone de la banque, Ken Newcombe, soutenait que le cap-and-trade seul ne serait pas suffisant pour régler le problème du climat et demandait des investissements publics en recherche et développement. Ce qui est pratique si l’on considère que Goldman a investi tôt dans l’énergie éolienne (elle a acquis une filiale du nom de Horizon Wind Energy), le biodiesel (elle a investi dans une société appelée Changing World Technologies) et l’énergie solaire (elle a un accord de partenariat avec BP Solar), exactement le genre d’affaires qui vont prospérer si le gouvernement force les producteurs d’énergie à utiliser de l’énergie plus propre. Comme Paulson l’avait dit à l’époque, « nous ne faisons pas ces investissements pour perdre de l’argent. »

Goldman possède une part de 10 % dans la bourse d’échange de carbone de Chicago[53], où les crédits de carbone seront négociés. De plus, la banque possède une part minoritaire dans Blue Source LLC, une société de l’Utah qui vend le type de crédits de carbone qui sera très recherché si la loi passe. Le lauréat du prix Nobel Al Gore, qui est intimement impliqué dans la programmation du cap-and-trade, a cofondé une société du nom de Generation Investment Management avec trois anciennes huiles de Goldman Sachs Asset Management, David Blood, Mark Ferguson et Peter Harris. Leur domaine ? Investir dans les crédits de carbone. Il y a aussi un fonds de 500 millions de dollars, Green Growth Fund, créé par un ancien de Goldman pour investir dans les technologies vertes… La liste peut continuer ainsi indéfiniment. Goldman est à nouveau en avance des annonces, attendant juste que quelqu’un fasse pleuvoir au bon endroit. Ce marché sera-t-il plus gros que le marché à terme sur l’énergie[54] ?

« Oh, il va le dépasser de plusieurs têtes », dit un ancien membre du comité sur l’énergie de la Chambre[55].

Bon, vous pourriez dire, quelle importance ? Si le cap-and-trade réussit, ne serons-nous pas tous sauvés de la catastrophe du réchauffement global ? Peut-être – mais le cap-and-trade, vu par Goldman, est juste un impôt sur le carbone bâti de telle façon que des intérêts privés en collectent le produit. Au lieu d’imposer simplement une taxe gouvernementale fixe sur la pollution par le carbone et obliger les producteurs d’énergie sale à payer pour la pollution qu’ils engendrent, le cap-and-trade va permettre à une petite tribu de Wall Street de se goinfrer comme des porcs en transformant encore un autre marché de matière première en système de collecte privée d’un impôt. Ceci est pire que le renflouage : ça permet à la banque de capter l’argent du contribuable avant même qu’il soit collecté.

« Si ça doit être une taxe, je préfèrerais que Washington la mette en place et la collecte », dit Michael Masters, le directeur de hedge fund qui a dénoncé la spéculation sur le marché à terme du pétrole, « mais nous sommes en train de parler de Wall Street déterminant la taxe et Wall Street la collectant. C’est la dernière chose au monde que je veuille. C’est complètement dingue. »


Le cap-and-trade va arriver. Ou, sinon, quelque chose du même genre arrivera. La morale est la même que pour toutes les autres bulles que Goldman a contribué à créer, de 1929 à 2009. Dans presque tous les cas, la même banque qui s’est comportée de manière irresponsable pendant des années, surchargeant le système par des prêts toxiques et de la dette mortelle, ne produisant rien d’autre que des bonus énormes pour quelques patrons, cette même banque donc a été récompensée par des montagnes d’argent pratiquement donné et la garantie du gouvernement – tandis que les vraies victimes de ce désordre, les contribuables ordinaires, sont ceux qui payent pour lui.

Il n’est pas toujours facile d’accepter la réalité de ce que nous laissons faire impunément à ces gens ; il y a une sorte de déni collectif qui s’enclenche quand un pays traverse ce que l’Amérique a subi ces derniers temps, quand un peuple perd autant de son prestige et de son statut que nous ces dernières années. Vous ne pouvez pas vraiment prendre acte du fait que vous n’êtes plus un citoyen d’une démocratie prospère de premier plan, que vous n’êtes plus à l’abri de vous faire voler en plein jour ; parce que, tel un amputé, vous pouvez encore sentir des choses qui ne sont plus là.

Mais c’est ainsi. C’est le monde dans lequel nous vivons maintenant. Et dans ce monde, certains doivent jouer suivant les règles, tandis que d’autres obtiennent un mot du Principal les dispensant de faire leur
travail jusqu’à la fin des temps, plus 10 milliards de dollars dans un sac en papier pour s’acheter leur déjeuner. C’est un État gangster, vivant sur une économie de gangster où même les prix ne signifient plus rien : dans chaque dollar que vous payez se cachent des taxes. Et peut-être bien que nous ne pouvons plus l’arrêter, mais nous devons au moins savoir où tout cela nous conduit.

Matt Taibbi (2009)
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Notes :

[1] NdT : American International Group, AIG, géant de l’assurance.
[2] NdT :le New York Stock Exchange, NYSE, est la principale bourse de New York.
[3] NdT : un investment trust était l’équivalent d’un fonds d’investissement.
[4] NdT : la spéculation intraday est une méthode de spéculation avec laquelle toutes les positions sont ouvertes en début de séance et fermées en fin de la même séance.
[5] NdT : l’effet de levier désigne le mécanisme consistant à emprunter 9 avec 1, par exemple.
[6] NdT : Keith Olbermann est le chroniqueur de l’émission Countdown sur la chaîne du câble MSNBC. Libéral au sens américain, il est connu pour ses critiques sans concession des politiques.
[7] NdT : underwriter, mandataire.
[8] NdT : Treasury Secretary, l’homologue d’un ministre des Finances.
[9] NdT : la Fed, ou Federal Reserve, est la banque centrale – privée – des États-Unis.
[10] NdT : Initial Public Offering, IPO, introduction en bourse avec levée de capital par vente d’actions au public.
[11] NdT : un hedge-fund, ou « fonds de couverture » est en fait souvent un fonds spéculatif.
[12] NdT : laddering pourrait se traduire par « échelonnement ».
[13] NdT : Securities and Exchange Commission, SEC, le gendarme de la bourse new-yorkaise.
[14] NdT : il s’agit ici d’une description, volontairement caricaturale, des souscripteurs des fameux prêts « subprime », considérés comme déclencheurs de la crise financière de 2008.
[15] NdT : Collateralized Debt Obligations, CDO, des obligations garanties sur de la dette, en l’occurrence des prêts immobiliers.
[16] NdT : il s’agit des prêts « subprime ».
[17] NdT : la note AAA est la plus élevée, en principe réservée aux investissements les plus sûrs.
[18] NdT : American International Group, AIG, géant de l’assurance.
[19] NdT : Credit-Default Swap, CDS, assurance couvrant le risqué de défaillance de l’emprunteur.
[20] NdT : Government Accountability Office.
[21] NdT : Commodity Futures Trading Commission, CFTC.
[22] NdT : Commodity Futures Modernization Act.
[23] NdT : la note investment grade, qui est une bonne note.
[24] NdT : obligation pourrie.
[25] NdT : prêt immobilier subprime.
[26] NdT : commodities, les matières premières minières et aussi agricoles : or, fer, pétrole, gaz, charbon, uranium, blé, maïs, etc.
[27] NdT : credit crunch.
[28] NdT : flight to commodities.
[29] NdT : oil futures.
[30] NdT : le gallon US est un volume de 3,785 litres.
[31] NdT : offshore, il s’agit ici d’un moratoire sur l’installation de nouvelles plateformes pétrolières sur le plateau continental le long des côtes états-uniennes.
[32] NdT : Energy Information Administration, EIA, une des deux agences de référence sur l’énergie.
[33] NdT : oil futures.
[34] NdT : Commodity Futures Trading Commission, CFTC.
[35] NdT : BonaFide Hedging Exemption.
[36] NdT : House Energy and Commerce Committee.
[37] NdT : to make a long bet ou to be long signifie parier sur la hausse.
[38] NdT : to take a short position ou to be short signifie parier sur la baisse.
[39] NdT : sport utility vehicles, SUV.
[40] NdT : oil futures, options d’achat (ou de vente) de pétrole à terme.
[41] NdT : Strategic Petroleum Reserve.
[42] NdT : la baisse de 147 $ à 33 $ a pris moins de cinq mois...
[43] NdT :California Public Employees’ Retirement System, CalPERS.
[44] NdT : cette somme correspond aux CDS que Goldman avait achetés à AIG pour couvrir son risque dans l’immobilier.
[45] NdT : Troubled Asset Relief Program, TARP.
[46] NdT : En devenant une holding, Goldman Sachs tombait sous la juridiction de Friedman en tant que président de la Réserve fédérale de New York.
[47] NdT : Massachussetts Institute of Technology, MIT, une des universités et centres de recherche les plus réputés au monde.
[48] NdT : Federal Deposit Insurance Corporation, FDIC, institution qui assure les dépôts bancaires des particuliers ainsi que, désormais, certaines dettes des institutions financières.
[49] NdT : Government Accountability Office, GAO.
[50] NdT : House Ways and Means Committee.
[51] NdT : il s’agit d’une législation, non encore définitivement adoptée, qui organise le commerce (trade) d’une marchandise – en l’occurrence l’autorisation d’émission de gaz carbonique – tout en contingentant cette marchandise (cap).
[52] NdT : the « cap ».
[53] NdT : Chicago Climate Exchange.
[54] NdT : energy-futures market.
[55] NdT : House Energy Committee.

Source (et débats) : http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/goldman-sachs-la-grande-machine-a-59168

mardi 25 décembre 2012

Discours de Julian Assange (20/12/2012) "Apprenez. Défiez. Agissez. Maintenant ! (140)

Discours de Julian Assange (20/12/2012) :
"Apprenez. Défiez. Agissez. Maintenant !


Discours de Julian Assange, fondateur de... par mansan


Un puissant message de Julian Assange. La fin est remarquable. Il faudrait avoir le texte écrit ; c'est fort.


« La vraie démocratie est la résistance des peuples, armés de savoir (...)

La démocratie c'est la liberté de parole et la dissidence, car dès que nous, le peuple, cessons de dire ce qu'il y a à dire et cessons de nous révolter, dès que nous sommes distraits ou pacifiés, dès que nous nous détournons les un des autres, nous cessons d'être libres.

Car la vraie démocratie est la somme — LA SOMME — de notre résistance.

Si vous ne vous exprimez pas, si vous abandonnez ce qui est uniquement à vous en tant qu'être humain, si vous abandonnez votre conscience, votre indépendance, votre sens de ce qui est bien et de ce qui est mal, en d'autres termes — peut-être sans le savoir — vous devenez passif et sous contrôle, incapables de vous défendre et de défendre ceux que vous aimez.

Les gens me demandent souvent : "que puis-je faire ?" La réponse n'est pas si compliquée : apprenez comment fonctionne le monde, remettez en question les déclarations et les intentions de celles et ceux qui cherchent à nous contrôler, derrière une façade de démocratie ou de monarchie.

Unissez-vous pour un but commun et un principe commun, afin d'imaginer, construire, documenter, financer et défendre.

Apprenez. Défiez. Agissez. Maintenant. »


Je trouve ce type épatant.

Étienne.

dimanche 25 novembre 2012

La Pandémie du Nouveau Monde, L'Eveil des consciences citoyennes : un film à aider (8)

La Pandémie du Nouveau Monde,
L'Éveil des consciences citoyennes

est un film autoproduit, débuté en 2009.

http://pandemie-nouveaumonde.fr/

J'ai moi-même longuement répondu à toutes les questions de Nazzarréna, qui a ainsi filmé, pendant plus de deux ans, de nombreux militants. Le montage est pratiquement fini, je crois.

Il y a quelques extraits là : http://pandemie-nouveaumonde.fr/#lefilm

Grâce à une souscription sur le site participatif Ulule, une somme de 8 000 € a pu être réunie.

Ils sont actuellement dans la dernière ligne droite du montage du film et d'une enquête bonus.
Vous pouvez les aider.

Étienne.

lundi 10 septembre 2012

La révolution de Cheran : un exemple de révolte citoyenne (19)

La révolution de Cheran :
un exemple de révolte citoyenne

Un très bon petit article, de Machiavel1983, sur Agoravox :

http://www.agoravox.tv/actualites/citoyennete/article/la-revolution-de-cheran-un-exemple-36278

Le moment où se forme le ciment social autour des feux de camps est très émouvant !
Et l'interdiction-formelle-des-partis-parce-qu'ils-divisent-au-lieu-de-rassembler est formidable : dans ce contexte de population ultra-mobilisée, pas besoin de partis ; au contraire !

Cette vidéo est une trouvaille :

La révolution de Cheran :
un exemple de révolte citoyenne

Cheran est un village autochtone P’urhépecha de 16 000 habitants, situé dans les montagnes de l’état Mexicain de Michoacan.

Depuis 2008, il est soumis au harcèlement des coupeurs de bois qui, protégés par des groups armés du crime organisé, détruisent les bois de la région (80 % des forets alentour ont été dévastés en seulement 3 ans), enlèvent, torturent et assassinent les villageois, violent les femmes, mettent le feu à leurs ranchs, volent des outils et le bétail et, en général, ils humilient les gens.

L’État mexicain a abandonnés les habitants : les maintes dénonciations que les gens de Cheran ont logées auprès des autorités de l’état et fédérales ont été laissées sans réponse, sans aucune action qui soit pour les protéger. Quant aux autorités municipales, cela a été pire encore : la police locale a agi en complicité avec les malfaiteurs et elle a aussi tué des gens.

Un jour les bûcherons braconniers sont entrés à la source de la « Cofradia » qui pourvoit la communauté en eau. Grave erreur ... trop c’est trop. Les habitants de Cheran en ont assez de baisser la tête. Le 15 avril 2011, les cloches de l’église du village ont sonné pour appeler les habitants à mettre fin au saccage. Les femmes de Cheran les premières se sont mobilisées pour arrêter les activités des délinquants en diffusant des tracts, et ensuite soutenues par leurs hommes, elles sont arrivées à les expulser du village, incluant la police et le maire corrompus.

Armés de bâtons, de pierres, de machettes, de pioches, de pelles et de tout ce qu’ils avaient sous la main, ils ont occupé les bâtiments officiels et les commissariats pour ensuite monter des barricades et des feux de camp autour de la ville.

À partir de ce moment, la vie quotidienne de Chéran a changé.

En respectant diverses lois nationales et internationales, ils ont obtenu l’autonomie et reçu le droit de former leur propre gouvernement. Plus de campagnes politiques, d’élections ou de partis. Leur mouvement « Ya basta » est contrôlé par le peuple lui même et est à la charge du gouvernement local.

Les habitants défendent les limites de la ville avec des patrouilles communautaires. Aujourd’hui, le défi est, en plus de continuer à protéger les forêts qui leur restent, de reconstituer le tissu communautaire et d’organiser sa gouvernance en accord avec leurs normes et leur autonomie.

La ville de Cheran est un magnifique exemple de révolte citoyenne.

Les braves habitants de Cheran incarnent avec excellence la devise du cercle des volontaires « ce qui nous unis est plus fort que ce qui nous divise ».

Machiavel1983

Source : http://www.agoravox.tv/actualites/citoyennete/article/la-revolution-de-cheran-un-exemple-36278


Merci Machiavel1983, pour cette info épatante : on a envie d'en savoir plus ! (et ça donne plein d'idées...) :)

Étienne.

lundi 27 août 2012

France Culture : exemple vécu d'une (petite) censure (peut-être ordinaire, mais un peu amère) (76)

J'aime bien Emmanuel Laurentin. Mais ses copains de travail (probablement) viennent de me jouer un tour.

Comme vous le savez, j'ai été gentiment invité par France Culture et Le monde aux Rencontres de Pétrarque 2012 pour parler autour du thème "Notre avenir est-il démocratique ?"

Malheureusement, cette gentillesse a été un peu gâtée par une indélicatesse : une partie de mon propos du deuxième jour (déjà pas très long) a été carrément coupée au montage.

Pour des propos sans intérêt peut-être ? Je vous propose de juger par vous-même si les analyses ainsi censurées étaient sans importance ou en dehors du sujet de l'émission.

C'est assez amusant, de VOIR aussi clairement les idées que les journalistes du service public ne veulent PAS voir diffuser sur LEURS ondes.

Heureusement, un gentil virus était dans l'assistance et a filmé mes interventions, ce qui m'a permis, d'abord de vous en rendre compte tout de suite, mais aussi de comparer point par point l'original avec le podcast final.

• J'étais invité sur deux jours. Le premier jour, j'étais prévu dans les invités du "premier cercle" et tout s'est plutôt bien passé ; mais je n'ai pas eu le temps de dire une chose qui me paraît très importante : la citation de Sieyès en 1789, "celle qui tue" (le gouvernement représentatif), celle qui permet de tout comprendre à l'escroquerie politique de nos régimes politiques modernes. J'avais fait passer la citation, sur une feuille de papier, à Emmanuel Laurentin, animateur de l'événement et spécialiste en historiographie, pour qu'il la dise lui-même rapidement à ma place ; mais il n'avait pas eu le temps de le faire. Damned. Bon. J'allais donc tâcher le lendemain d'exprimer publiquement cette importante référence antidémocratique, très utile (à mon sens) pour éclairer tous les débats de cette semaine de Pétrarque.

Vous pouvez entendre cette première émission "La crise économique éclipse-t-elle le politique ? " ici :
http://www.franceculture.fr/emission-les-rencontres-de-petrarque-la-crise-economique-eclipse-t-elle-le-politique-2012-08-18


• Le lendemain, donc, j'étais prévu dans le "deuxième cercle" (un peu en retrait donc, au départ) et il y avait deux invités passionnants, Fabrice Epelboin et Dominique Cardon (si vous les avez ratés, je vous recommande de les écouter, ils ont des choses importantes à dire sur Internet), et le temps passe... Nous arrivons à la toute fin de l'émission, il ne reste que quelques minutes et je n'ai pas encore dit un mot (grrrr) ; je suis donc dans les starting blocks, prêt à parler peu mais parler bien. Résumé :

La question du jour était à double ou à triple sens : "Internet, stade final de la démocratie ?". J'ai peu de temps, je vais parler réellement sept minutes (sur les 120 minutes de l'émission ; mais c'est encore trop, vous allez voir) en me concentrant sur l'essentiel de l'essentiel, et je réponds en trois temps :

1) On devrait plutôt se demander : "Internet, stade INITIAL de la démocratie ?", puisque l'Internet donne ENFIN au peuple un semblant d'ISEGORIA, pilier fondateur de toute démocratie digne de ce nom, alors que, jusque là, le peuple n'avait (quasiment) rien pour s'exprimer seul, de façon autonome, sans >représentants<.

2) Mais surtout, si le peuple veut la démocratie, il faut que le peuple arrête d'appeler "démocratie" son strict contraire, et pour cela que le peuple comprenne ce que voulaient expressément les "pères fondateurs" de la >République française<, et pour cela que le peuple connaisse cette citation fondamentale de Sieyès (que je martèle proprement au micro), ainsi que le livre de Bernard Manin qui compare honnêtement l'élection et le tirage au sort.

3) Mais, pour conclure, j'insiste sur le fait que, quant à l'idéal démocratique, il ne faut rien attendre des élus (qui ont un intérêt personnel contraire à la démocratie), et ne compter que sur nous-mêmes, à la base, sous la forme de l'éducation populaire.


Vous allez juger vous-même de ce-qui-semble-"pas-assez-important"-pour-être-diffusé-sur-les-ondes-du-service-public : j'ai retranscrit mes 7 minutes d'intervention, et dans ce texte j'ai simplement barré ce qui a été censuré par France Culture (comme ça, c'est bien clair) :


(Minute 77'40 du podcast de France Culture)

- (Emmanuel Laurentin) : Alors, en Tunisie il y était il n'y a pas très longtemps, Étienne Chouard, deuxième cercle, vous avez pris énormément de notes, c'est votre mode de fonctionnement ; quelques remarques ? Quelques façons de percevoir ce débat sur Internet et la démocratie ? On a dit que vous étiez un pionnier dans ce domaine puisque vous étiez déjà en 2005 en train de disséquer la future constitution européenne. Étienne Chouard.

- (ÉC) Alors, de mon point de vue, Internet nous rend un des piliers de la démocratie qui était l'iségoria, c'est-à-dire le droit de parole pour tous, à tout moment et à tout propos. Les Athéniens y tenaient plus qu'à l'isonomia (l'égalité devant le droit) ; c'était quelque chose de très important qui permettait à chaque citoyen athénien de se comporter possiblement comme une sentinelle : la démocratie avait organisé ses sentinelles, sa protection, sachant qu'elle était fragile, par le droit de parole donné à tous, sans savoir à l'avance qui allait dire une bêtise et qui allait dire quelque chose de très important ; et c'est cette iségoria que nous rend, d'une certaine façon, imparfaite je trouve bien sûr, mais précieuse puisqu'on n'a plus que ça, [l'Internet].

Ceci dit, ce serait tout à fait erroné, je crois, d'assimiler (ou de rapprocher… oui d'assimiler) l'internet, l'iségoria, à la démocratie : la démocratie, c'est beaucoup plus que l'iségoria. La démocratie, c'est avant tout, je crois, — POUR PERMETTRE L'AUTONOMIE, c'est-à-dire, la possibilité pour les citoyens de produire eux-mêmes les normes auxquelles ils consentent à obéir—, c'est — pour les protéger (les citoyens) —, c'est L'AMATEURISME, la garantie de l'amateurisme des acteurs politiques.

La DÉPROFESSIONNALISATION DE LA POLITIQUE par une procédure qui était centrale — et repérée comme centrale par tous les philosophes à l'époque d'Athènes — qui était LE TIRAGE AU SORT.

D'ailleurs, les "Indignés" sont en train — évidemment, puisqu'ils cherchent la démocratie —, il sont en train de s'emparer de l'idée du tirage au sort, on la voit germer partout, je la vois germer au Québec, je la vois germer partout où les… les 'Occupy', les 'Anonymous'… sont en train d'essayer de s'auto-organiser… Le tirage au sort a servi pendant 200 ans à protéger les humains, tous les humains, absolument tous les humains, contre ceux que j'appelle, pour faire simple parce que comme ça, c'est clair, "les voleurs de pouvoirs".

ON AURA TOUJOURS DES VOLEURS DE POUVOIR, IL Y A TOUJOURS DES GENS QUI VEULENT DÉCIDER À LA PLACE DES AUTRES, MAIS LE TIRAGE AU SORT SERT À NOUS PROTÉGER COLLECTIVEMENT (SANS QU'ON SACHE À L'AVANCE LESQUELS) DE CES VOLEURS DE POUVOIRS EN AFFAIBLISSANT LES REPRÉSENTANTS : le principe de la démocratie… Enfin, on parle de "démocratie" partout… je dois avoir 3 ou 400 livres spécifiquement sur la >démocratie< => il n'y en a PAS UN qui parle de démocratie (à part quelques uns que j'aime particulièrement) mais la plupart parlent du gouvernement représentatif, qui n'est PAS — depuis le début — une démocratie : je prends juste 30 secondes, mais à peine (même pas : 15 secondes) pour vous lire, parce que je trouve que c'est très important pour comprendre : JE VOUS PROUVE CE QUE JE DIS, QUAND JE DIS "NOUS NE SOMMES PAS EN DÉMOCRATIE", ce n'est pas une conversation de café (encore que dans les conversations de café on puisse trouver des choses très intéressantes à signaler), mais VÉRITABLEMENT, CEUX QUI ONT CONÇU LE RÉGIME DANS LEQUEL NOUS VIVONS ÉTAIENT DES HELLÉNISTES, ILS CONNAISSAIENT TRÈS BIEN LA GRÈCE ANTIQUE, ET ILS SAVAIENT QU'ILS NE VOULAIENT PAS DE DÉMOCRATIE.

Je vais vous lire une phrase de Sieyès, très vite, SIEYÈS : UN FONDATEUR DU RÉGIME DANS LEQUEL NOUS VIVONS : ouvrez les guillemets, je n'invente pas, texto, c'est dans le… (j'ai oublié le titre exact du document mais c'est très facile à trouver) [C'est le Dire sur le véto royal, 7 septembre 1789] :

« Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi. Ils n'ont pas de volontés particulières à imposer. S'ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif, ce serait un État démocratique. Le peuple (Sieyès parle, l'abbé Sieyès, 1789, septembre), je le répète, dans un pays qui n'est PAS une démocratie (et la France ne saurait l'être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants »

[Alors, ] on peut ne pas être démocrate…

- (Emmanuel Laurentin) On est en 89… Il faut tout recontextualiser à propos de l'abbé Sieyès… mais enfin bon… Étienne Chouard…

- ÉC : oui mais je trouve que tous les indices que la CONCEPTION de la >démocratie< depuis… ROSANVALLON EXPLIQUE BIEN LE MOMENT OÙ, AU DÉBUT DU 19E SIÈCLE, ON S'EST MIS À APPELER >DÉMOCRATIE< CE QUI ÉTAIT CONÇU, PENSÉ COMME SON VÉRITABLE CONTRAIRE…

Et je vous recommande… Il y a un livre qui peut changer votre vie, vraiment, qui n'a pas un titre sexy => si on ne vous en parle pas, vous ne le choisirez pas en le voyant sur un rayon de bibliothèque, et pourtant c'est un livre essentiel, c'est un livre qui fait la balance entre le tirage au sort et l'élection, honnêtement, c'est Bernard Manin qui a écrit ça, qui est un prof à New York, prof [aussi] à l'EHESS, et qui a fait UN LIVRE ESSENTIEL POUR NOUS TOUS, avec un titre qui n'est pas appétissant, qui cache une merveille : les premiers paragraphes, vous allez voir, c'est tout de suite passionnant. Il s'appelle "Principes du gouvernement représentatif"…

EN FAIT, CE GARS-LÀ S'ÉTONNAIT QUE NOUS APPELIONS >DÉMOCRATIE< UN SYSTÈME QUI A ÉTÉ PENSÉ DÈS LE DÉPART COMME UNE ANTI-DÉMOCRATIE, QUI EST ENCORE AUJOURD'HUI, PRÉCISÉMENT UNE ANTI-DÉMOCRATIE : QUAND ON DÉSIGNE DES MAÎTRES POLITIQUES QUI VONT TOUT DÉCIDER À NOTRE PLACE, NOUS NE SOMMES PAS DES CITOYENS, AUTONOMES, QUI PRODUISONS NOUS-MÊMES NOTRE DROIT, NOUS SOMMES DES ÉLECTEURS, C'EST-À-DIRE QUE NOUS SOMMES HÉTÉRONOMES, NOUS SUBISSONS LA LOI ÉCRITE PAR D'AUTRES… (C'est possiblement meilleur, j'imagine bien, moi, une véritable aristocratie dans laquelle nous choisirions VRAIMENT les meilleurs, que nous tiendrions vraiment sous contrôle, tous les jours, révocables, rendant des comptes, une véritable aristocratie, ce serait possible, hein, il n'y a pas que la démocratie…) MAIS QUE NOUS APPELIONS >DÉMOCRATIE< LE RÉGIME DANS LEQUEL NOUS VIVONS AUJOURD'HUI, C'EST L'ACCEPTATION D'UNE INVERSION DES MOTS QUI NOUS INTERDIT DE MÊME VOULOIR L'ALTERNATIVE DONT NOUS AVONS BESOIN. Et donc je pense qu'il faut vraiment… qu'il y a un travail de remise à l'endroit des mots importants…

- (Emmanuel Laurentin) Et si on revient sur le terrain même de l'internet, justement, vous disiez au départ "c'est l'iségoria", c'est donc le rapport à…

- (ÉC) Oui, eh ben justement, Bernard Manin, précisément, parlait de l'Internet pour le rapprocher de la démocratie, et il disait (et je suis tout à fait d'accord avec ça), il disait : faites attention : on ne peut pas réduire Internet à la démocratie parce qu'il n'y a pas d'organisation des débats, il n'y a pas de MISE EN SCÈNE DES CONFLITS ; une démocratie, ça met en scène les opinions contraires, pour avoir une décision qui soit la plus éclairée possible, or c'est précisément le rôle d'un parlement ou d'une assemblée démocratique que de donner la parole à tout le monde pour que tous les points de vue aient été mis en scène et, à l'issue de cette mise en scène, on s'assure qu'on prendra la moins mauvaise décision possible.

Internet ne permet pas ça : Bernard Manin souligne qu'on va naturellement vers des forums qui nous sont favorables, parce qu'on ne va pas y être exposés à la controverse, à la contradiction, donc c'est plus confortable, donc nous allons vers le confort et donc, nous nous radicalisons de cette façon. Et Bernard souligne qu'il y a quand même un aspect propice au débat, sur Internet, qui est Google qui, quand on fait une recherche, ne nous propose pas que des sites qui nous sont favorables et nous amène PAR HASARD, encore le hasard, à découvrir des pensées vers lesquelles nous n'aurions pas été naturellement et qui finalement nous enrichissent parce que … mais vraiment le tirage au sort, je crois… il n'y a pas de démocratie sans tirage au sort, hein, je crois que c'est clair… (bruits et rires) mais enfin, il ne faut pas compter sur les élus pour nous le dire, ils ne nous le diront jamais, c'est à nous de nous passer le mot entre nous. (applaudissements)

- (Emmanuel Laurentin) Heu, une question de Monsieur (ce sera la dernière)…

(minute 81'40 du podcast officiel, soit 4 minutes diffusées sur 7 enregistrées.)


Au passage, je remercie le gentil virus (merci Nat !) qui a filmé ça : sans lui, j'aurais juste le VAGUE souvenir que j'avais dit plus de choses (et plus importantes) que ce qui a été finalement diffusé. Grâce à ce forban et à sa vidéo pirate, je peux évaluer PRÉCISÉMENT (et prouver) le travail des ciseaux des >journalistes< au montage.

Je survivrai très bien à cette petite muselière, bien sûr (notamment parce que j'ai mon propre média, précisément), mais je trouve que c'est un bon petit sujet, bien énervant, pour Arrêt sur Images :)

Rappel : la vidéo (pirate mais fidèle) est là, alors que l'émission diffusée (officielle mais infidèle) est là : "Internet, stade final de la démocratie ?".

Merci à tous, pour tout ce que vous faites pour l'éducation populaire : grâce à Internet, le peuple forme le peuple, sans passer par les (sans dépendre des) pouvoirs institués et leurs médias disciplinés.

Étienne.



PS : puisque nos maîtres n'ont pas envie, en haut lieu, de voir ce texte diffusé, je suggère que nous le diffusions particulièrement intensément, bien en clair, en gros et gras, pas caché du tout, nous les manants, avec les moyens du bord... :)

On aura toujours des voleurs de pouvoir, il y a toujours des gens qui veulent décider à la place des autres, mais le tirage au sort sert à nous protéger collectivement de ces voleurs de pouvoirs (sans qu'on sache à l'avance lesquels) en affaiblissant les représentants : le principe de la démocratie… enfin... on parle de >démocratie< partout… mais je dois avoir 3 ou 400 livres spécifiquement sur la "démocratie => il n'y en a PRESQUE PAS qui parlent de démocratie (à part quelques uns que j'aime particulièrement), mais la plupart parlent du 'gouvernement représentatif', qui n'est PAS une démocratie — et depuis le début ! : je prends juste 30 secondes, mais à peine (même pas : 15 secondes) pour vous lire, parce que je trouve que c'est très important pour comprendre : je vous PROUVE ce que je dis, quand je dis "nous ne sommes PAS en démocratie": véritablement, ceux qui ont conçu le régime dans lequel nous vivons étaient des hellénistes, ils connaissaient très bien la Grèce antique, et ils savaient qu'ils ne voulaient PAS de démocratie.

Je vais vous lire une phrase de Sieyès, très vite, Sieyès : un fondateur du régime dans lequel nous vivons : ouvrez les guillemets, je n'invente pas, texto, c'est dans le Dire sur le véto royal, 7 septembre 1789 :



« Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi. Ils n'ont pas de volontés particulières à imposer. S'ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif, ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n'est PAS une démocratie (et la France ne saurait l'être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants »


Rosanvallon explique bien le moment où, au début du 19e siècle, on s'est mis à appeler >démocratie< ce qui était conçu, pensé, comme son véritable contraire…

Et je vous recommande un livre qui peut changer votre vie, vraiment, qui n'a pas un titre sexy => si on ne vous en parle pas, vous ne le choisirez pas tout seul en le voyant sur un rayon de bibliothèque… Et pourtant c'est un livre essentiel, c'est un livre qui fait la balance entre le tirage au sort et l'élection, honnêtement, c'est Bernard Manin qui a écrit ça, un prof à New York, prof [aussi] à l'EHESS, et qui a fait UN LIVRE ESSENTIEL POUR NOUS TOUS, avec un titre qui n'est pas appétissant qui cache une merveille : les premiers paragraphes, vous allez voir, c'est tout de suite passionnant. Il s'appelle "Principes du gouvernement représentatif"…


En fait, ce gars-là [Bernard Manin] s'étonnait que nous appelions >démocratie< un système qui a été pensé dès le départ comme une anti-démocratie, qui est encore aujourd'hui, précisément une anti-démocratie : quand on désigne des maîtres politiques qui vont tout décider à notre place, nous ne sommes pas des citoyens, autonomes, qui produisons nous-mêmes notre droit, nous sommes des électeurs, c'est-à-dire que nous sommes hétéronomes, nous subissons la loi écrite par d'autres…

(C'est possiblement meilleur, j'imagine bien, moi, une véritable aristocratie dans laquelle nous choisirions VRAIMENT les meilleurs, que nous tiendrions vraiment sous contrôle, tous les jours, révocables, rendant des comptes, une véritable aristocratie, ce serait possible, hein, il n'y a pas que la démocratie…)

Mais que nous appelions >démocratie< le régime dans lequel nous vivons aujourd'hui, c'est l'acceptation d'une inversion des mots qui nous interdit de même vouloir l'alternative dont nous avons besoin. Et donc je pense qu'il faut vraiment remettre à l'endroit les mots importants…