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Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens


C'est notre Constitution qui est notre seule arme (et c'est aussi la meilleure) pour contrôler les pouvoirs. À nous d'en parler, entre simples citoyens, pour devenir des millions à l'avoir compris : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Bienvenue :o)


Étienne Chouard
Je cherche ici à mettre en débat ouvert ce dont on ne parle nulle part : les plus grands principes institutionnels dont tous les citoyens (gauche, centre, droite) ont besoin pour se protéger des abus de pouvoir.

Je vous propose d'aller voir le FORUM et de suivre le SOMMAIRE, point par point (un principe par jour pour une digestion facile ?), et de réfléchir à votre propre position : Pour ? Contre ? Partagé ?

Et si personne (ni moi, ni d'autres ici) n'a encore défendu les arguments qui vous semblent importants, formulez-les vous-même : nous progressons ensemble en combinant nos réflexions, démocratiquement et positivement :o)

Suggestion :
pour parler nombreux
sur de nombreux sujets :
. soyons brefs,
. dans le sujet,
. et patients :-)

Une fois les principes bien débattus sur le FORUM, vous pouvez, dans la partie WIKI, écrire vous-mêmes les articles qui vous semblent importants dans une Constitution, aussi bien nationale qu'européenne.

Sur cette partie BLOG, je vous propose de nous parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, histoire, philosophie, sociologie, société, actualité, technique, littérature, etc.), mais qui tournent quand même autour des sujets évoqués sur le forum : on cherche à imaginer ensemble un outil intellectuel, robuste et durable, contre les abus de pouvoir.

J'ai hâte de vous lire :o)

Étienne Chouard


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samedi 14 juillet 2012

« Apaisement » : une analyse roborative, d'Alain Accardo : (7)

une analyse roborative
d'Alain Accardo : «Apaisement»

http://blog.agone.org/post/2012/07/04/Apaisement

Apaisement

Par Alain Accardo, 5 juillet 2012.

« Après quelques vigoureux coups de menton de son candidat – campagne électorale oblige – pour faire croire qu’il était fermement décidé à combattre les inégalités et le pouvoir de l’argent, le parti socialiste a rapidement retrouvé son style habituel, celui qu’incarne si bien dans toute sa personne François Hollande et dont le qualificatif le moins désobligeant pourrait être : lénifiant.

À peine élu, ce parfait représentant de l’inconsistance politique a entonné à nouveau l’antienne chère à tous les partisans de la collaboration de classes, sur le thème iréniste du « nécessaire apaisement » dont les Français auraient, paraît-il, besoin. Et tous les candidats socialistes de bramer à sa suite que « les Français ont besoin d’être rassemblés ».

Quiconque a tant soit peu d’expérience de la vie politique sait que la notion même de « rassemblement » est généralement de droite et qu’elle est pratiquement toujours utilisée, assortie d’une invocation à « l’unité républicaine », pour regrouper le peuple derrière la bourgeoisie dominante. Cela peut se vérifier dans l’histoire de nos cinq Républiques. L’appel à l’unité républicaine – « La République est notre mère à tous » – étant lui-même une version laïque de l’exhortation chrétienne à la fraternité universelle – « Nous sommes tous les enfants du Seigneur » –, on saisit mieux pourquoi, la bénédiction tacite de l’Église aidant, il est si important aux yeux de tous les gouvernements bourgeois, y compris « socialistes » (dont c’est la raison d’être), de réunir le pays sous leur bannière, c’est-à-dire de soumettre l’immense majorité des classes populaires et des classes moyennes à la politique des classes dirigeantes et possédantes. En pratique, « l’unité républicaine », c’est celle du carrosse et de l’attelage, c’est la mise en sourdine des revendications des salariés, la domestication des organisations syndicales, la culpabilisation des oppositions, l’obéissance aux lois du marché, la mobilisation pour le seul « intérêt général » qui vaille, celui des banques et des grandes entreprises ; bref, « l’unité républicaine », c’est l’antidote à la lutte des classes, qui est l’unique danger de nature à inquiéter vraiment les riches et les maîtres.

Eh bien sachez, Mesdames et Messieurs les Rassembleurs de la République, que, pour ma part – et nous sommes quelques-uns de même farine –, je ne veux être ni rassemblé, ni réuni, ni rapproché, si peu que ce soit, et encore moins bien sûr confondu avec la masse d’humanoïdes, gredins et/ou imbéciles qui, pour préserver de dérisoires gratifications présentes ou à venir, s’obstinent à faire le jeu des prédateurs de la féodalité capitaliste et à ne pas reconnaître leur part de responsabilité dans le fonctionnement du système corrompu, perverti et barbare qu’ils osent qualifier de res publica alors qu’il est confisqué par toutes les mafias. Je me refuse à donner l’accolade à tous ceux qui se font, délibérément ou par défaut, les suppôts des partis de l’« alternance », les amis et les serviteurs du grand Patronat, de la Banque, du FMI et de la Commission de Bruxelles, les adeptes des paradis fiscaux, les faux écolos du capitalisme vert, les crypto-fascistes, les cadres de la gestion, de la com, de la pub, du journalisme, et tutti quanti.

Je vous entends ricaner bêtement : « Pauvre vieil atrabilaire, à ce train-là il ne trouvera plus grand monde pour le lire ! » Cela reste à vérifier. Mais se moquer de l’étendue de mes détestations, c’est faire la preuve Cela reste à vérifier. Mais se moquer de l’étendue de mes détestations, c’est faire la preuve qu’on n’a pas encore vraiment compris par quels mécanismes multiformes et inattendus un système social, le nôtre par exemple, parvient à réaliser concrètement sa logique objective, c’est-à-dire à faire avaliser ses aberrations et ses ignominies par la majeure partie d’une population qui, dans le principe, n’est dépourvue ni d’intelligence ni de moralité, mais qu’il transforme bientôt en une troupe de marionnettes hallucinées, avides et dociles.

Alors de grâce, Mesdames et Messieurs les promoteurs d’unité républicaine et autres marchands d’apaisement, laissez-moi le soin de me rassembler moi-même avec ceux qui me ressemblent, et permettez-moi d’exécrer, non pas tous les autres, mais tout ce qui les abîme et les aliène.

Dans son discours de remerciement pour le prix Nobel de littérature (2006), l’écrivain turc Orhan Pamuk résumait en quelques pages admirables les raisons pour lesquelles il avait consacré sa vie à la littérature. Entre autres explications il avançait celle-ci : « J’écris parce que je suis fâché contre vous tous, contre tout le monde. » (...) Lire la suite.

mercredi 6 juin 2012

Sintomer : Tirage au sort et démocratie délibérative, une piste pour renouveler la politique au 21e siècle

Chers amis,

Je n'ai plus besoin de vous présenter Yves Sintomer, car je vous parle de ses recherches presque à chacune de nos rencontres depuis des années.
Voici une synthèse intéressante (avec la vidéo correspondante, au Collège de France, chez Pierre Rosanvallon) pour aider les virus à s'appuyer sur un travail universitaire en cas de besoin :

Tirage au sort et démocratie délibérative
Une piste pour renouveler la politique au XXIe siècle ?

par Yves Sintomer (5 juin 2012)

sur laviedesidees.fr


La pratique de l’échantillon représentatif dans les prises de décision redonne au tirage au sort une place dans les régimes politiques contemporains. La diversité qu’il introduit dans les procédures contribue à renforcer la légitimité démocratique. Il paraît dès lors envisageable, selon Yves Sintomer, d’associer le tirage au sort aux élections elles-mêmes.


Télécharger ce document (en pdf).


Le tirage au sort semble revenir dans des expériences politiques après avoir été éclipsé pendant des siècles [1]. L’expérience islandaise est de ce point de vue emblématique. Après la crise économique de 2008 et la quasi-faillite du pays, la volonté de changer l’équipe gouvernementale et les règles du jeu politique s’exprime lors d’énormes manifestations de rue. Les élections anticipées d’avril 2009 portent au pouvoir une coalition entre les sociaux-démocrates et les Verts – le procès de l’ancien premier ministre a commencé en mars 2012. Parallèlement, en 2009, une Assemblée citoyenne d’un millier de personnes tirées au sort et de quelques centaines de personnalités qualifiées est rassemblée à l’initiative d’associations civiques pour dégager les valeurs sur lesquelles devraient se refonder le pays. L’expérience est réitérée en novembre 2010, cette fois avec le soutien étatique, dans la perspective de l’adoption d’une nouvelle Constitution. La tâche de cette seconde Assemblée citoyenne est de déterminer, en s’appuyant sur les résultats de la première, les grands principes de la future Loi fondamentale. Peu après, un « Conseil constituant » est élu par la population. Il est composé de vingt-cinq citoyens « ordinaires » : les 523 candidatures en compétition sont purement individuelles, les parlementaires ne peuvent se présenter et la campagne électorale est légalement réduite au minimum pour se démarquer des pratiques habituelles d’une classe politique largement discréditée. Ce Conseil travaille sur un nouveau texte constitutionnel au printemps et à l’été 2011. Parmi les principales nouveautés du projet, une réforme profonde de l’équilibre des pouvoirs, une meilleure transparence dans les processus de prise de décision, une forte extension des mécanismes de démocratie participative et de démocratie directe ainsi qu’une meilleure prise en compte de la question écologique méritent d’être notées. Les articles du projet constitutionnel sont mis en ligne au fur et à mesure de leur rédaction, le public pouvant faire des commentaires et émettre des suggestions via les pages Facebook, Twitter ou Flickr du Conseil constituant. Le projet de Constitution est transmis au Parlement à l’été 2011 et devrait être soumis à référendum en 2012 – il s’agira du troisième référendum en quelques années, les deux précédents ayant conduit les Islandais à refuser par deux fois (en mars 2010 et avril 2011) les projets d’accord gouvernementaux sur le paiement de la dette laissée par la faillite des banques. L’État social est pour l’essentiel préservé et une réorientation du modèle économique enclenchée.

Cette expérience n’est que la pointe la plus avancée de centaines, voire de milliers d’autres où intervient la sélection aléatoire. Pour ne mentionner que des exemples français, le groupe de Metz d’Europe-Ecologie-Les Verts a désigné par tirage au sort ses candidats aux cantonales et aux législatives. La Fondation pour l’innovation politique, proche de l’UMP, propose de désigner désormais 10% des conseillers municipaux par tirage au sort [2]. L’Institut Montaigne, centriste, de recourir à une conférence citoyenne pour discuter du financement de la protection sociale. La Fondation Jean Jaurès, liée au Parti socialiste, réfléchit sur les jurys citoyens [3]. La Fondation Hulot réclame pour sa part la création d’une troisième chambre tirée au sort [4] et des dirigeants de l’association ATTAC, proche quant à elle de la gauche critique, parlent de remplacer le Sénat par une chambre ainsi constituée. Au niveau international, le tirage au sort suscite un intérêt croissant dans la théorie politique.

Pourquoi le tirage au sort avait-il disparu dans les démocraties modernes après les révolutions du XVIIe siècle ? Pourquoi fait-il retour aujourd’hui ? Quelles sont les légitimités potentielles qui pourraient justifier un recours significatif à cette procédure dans les démocraties contemporaines ?


La disparition du tirage au sort dans les démocraties modernes

L’expérimentation républicaine et démocratique a rarement joué sur une seule procédure, et la polarisation moderne sur l’élection est plutôt une exception historique. La question de savoir pourquoi le tirage au sort a disparu de la scène politique avec les révolutions modernes a pour la première fois été posée par Bernard Manin [5]. Sa réponse s’appuyait sur deux éléments : d’une part, les pères fondateurs des républiques modernes voulaient une aristocratie élective, et il était donc logique qu’ils rejettent le tirage au sort, associé depuis Platon et Aristote à la démocratie. D’autre part, la théorie du consentement, fortement enracinée dans les théories du droit naturel, s’était diffusée à tel point qu’il semblait difficile de légitimer une autorité politique qui ne soit pas formellement approuvée par les citoyens.

Ces deux arguments sont importants mais ne peuvent à eux seuls épuiser l’explication. En particulier, ils ne permettent pas de comprendre pourquoi des courants radicaux minoritaires mais conséquents qui militaient pour une représentation descriptive (dans laquelle le corps des représentants ressemblerait par ses caractéristiques au peuple tout entier) ne revendiquèrent pas l’usage du tirage au sort en politique, dont le sens démocratique était encore évoqué par Montesquieu ou Rousseau. Pour expliquer cette énigme, il faut abandonner le ciel des idées politiques « pures » et s’intéresser à la façon dont ces idées se matérialisent à travers des techniques de gouvernement, des outils, des dispositifs. La notion d’échantillon représentatif est familière aux lecteurs du XXIe siècle, rendus réceptifs par des décennies de recours intensif aux statistiques et aux sondages d’opinion. Cependant, elle ne fut inventée qu’à la fin du XIXe siècle. Il ne pouvait auparavant y avoir de relation entre tirage au sort et représentation descriptive, car l’idée que la sélection aléatoire mène statistiquement à un échantillon qui possède les mêmes caractéristiques que l’ensemble de départ n’était pas scientifiquement disponible [6].

L’impossibilité de recourir au concept statistique d’échantillon représentatif, alors même que le calcul des probabilités était déjà très développé au moment des révolutions française et américaine, constitue un élément déterminant pour comprendre pourquoi le tirage au sort politique semblait condamné dans les démocraties modernes : leur taille, rappelaient à l’envie la presque totalité des auteurs de l’époque, rendait désormais impossible un autogouvernement similaire à celui des démocraties antiques. Dans ce monde conceptuel, tirer au sort signifiait donner arbitrairement le pouvoir à certains. En l’absence de la notion d’échantillon représentatif, les tenants d’une représentation descriptive étaient du coup condamnés à choisir d’autres outils pour faire progresser leurs idéaux.


Des mini-publics délibératifs

Inversement, la signification actuelle du retour du tirage au sort dans de multiples expériences s’explique largement par la diffusion de la notion d’échantillon représentatif, qui avait au préalable gagné une certaine légitimité politique à travers les sondages d’opinion. Les expériences contemporaines se singularisent en ce qu’elles pensent le tirage au sort comme moyen de sélectionner un échantillon représentatif (ou au moins diversifié) de la population, une sorte de microcosme de la cité, un mini-public qui peut opiner, évaluer, juger et éventuellement décider au nom de la collectivité, là où tous ne peuvent prendre part à la délibération et où l’hétérogénéité sociale interdit de croire que tous les individus sont interchangeables. Des philosophes et historiens des sciences ont décrit comment une « domestication du hasard » avait été permise par le calcul de probabilités à partir du moment où des acteurs s’en sont progressivement saisi pour l’utiliser comme un outil dans leurs pratiques scientifiques, administratives ou commerciales [7]. Il est possible d’étendre ce raisonnement à la politique et d’affirmer que le calcul de probabilités, ou plus exactement, sa déclinaison dans la notion d’échantillon représentatif, y a permis à partir des années 1970 une domestication du hasard sous la forme des mini-publics.

Certains des idéaux classiques tels que l’égalité de tous les citoyens devant la sélection aléatoire ou l’idée que chacun peut apporter une contribution utile à la solution des problèmes collectifs retrouvent une seconde jeunesse avec les expérimentations actuelles. Cependant, dans des cités telles l’Athènes antique et la Florence médiévale ou renaissante, chacun de ceux qui appartenaient au groupe dans lequel on tirait au sort était tour à tour gouvernant et gouverné. Sous cette forme, rotation rapide des charges publiques et sélection aléatoire permettaient un autogouvernement difficilement concevable à l’échelle nationale dans les démocraties modernes. La démocratie délibérative repose sur une autre logique [8]. Elle est fondée sur des mini-publics qui rendent possible la constitution d’une opinion publique contrefactuelle, qui se différencie des représentants élus mais aussi de l’opinion publique du grand nombre. John Adams pouvait réclamer que les représentants « pensent, ressentent, raisonnent et agissent » comme le peuple [9]. Pour les théoriciens de la démocratie délibérative, la similarité statistique entre les représentants « descriptifs » et le peuple n’est qu’un point de départ. Le mini-public, une fois qu’il a délibéré, est censé pouvoir avoir changé d’opinion – un tel changement est même le signe attendu d’une délibération de qualité. Cela est clairement perceptible lorsque James Fishkin présente la logique du sondage délibératif, un instrument qu’il a inventé :


"Prenez un échantillon national représentatif de l’électorat et rassemblez ces personnes venues de tout le pays dans un même lieu. Plongez cet échantillon dans le thème en question, avec un matériel informatif soigneusement équilibré, avec des discussions intensives en petits groupes, avec la possibilité d’auditionner des experts et des responsables politiques ayant des opinions opposées. À l’issue de plusieurs jours de travail en face-à-face, sondez les participants de façon détaillée. Le résultat offre une représentation du jugement éclairé du public."


L’objectif est de se démarquer de la logique épistémologique et politique des sondages classiques : alors que ceux-ci ne représentent « qu’une agrégation statistique d’impressions vagues formées la plupart du temps sans connaître réellement les argumentaires contradictoires en compétition », les sondages délibératifs veulent permettre de savoir « ce que le public penserait s’il avait véritablement l’opportunité d’étudier le sujet débattu » [10].


Les légitimités politiques du tirage au sort

Tandis que les hybridations foisonnent, plusieurs dispositifs standardisés sont aujourd’hui expérimentés. Le plus ancien, inventé simultanément en Allemagne et aux États-Unis dans les années 1970, est celui des jurys citoyens. Dérivé des jurys d’assises et autres jurys populaires, il permet à un groupe de personnes (de douze à quelques dizaines) tirées au sort de délibérer dans des conditions procédurales optimales, en alternant durant un ou deux week-ends discussions internes et audition d’experts défendant des positions contradictoires. Ces derniers sont sélectionnés parfois en collaboration avec le jury si celui-ci tient plusieurs sessions) par les animateurs de la procédure, qui doivent être indépendants des autorités qui ont lancé le processus. L’objectif du jury est de remettre un avis public sur le thème d’action publique sur lequel il a été convoqué [11]. Les conférences de citoyens (ou de consensus) en sont assez proches. Elles sont nées au Danemark à la fin des années 1980, et portent sur des questions scientifiques et techniques [12]. Les sondages délibératifs, expérimentés par Fishkin à partir des années 1970, se singularisent par la taille (plusieurs centaines de citoyens tirés au sort peuvent être réunis), mais aussi parce qu’ils ne débouchent pas sur un avis consensuel mais sur le sondage d’une opinion éclairée par des débats contradictoires de qualité. À l’inverse, les assemblées citoyennes sur le mode islandais, dont la première s’est tenue en Colombie britannique (Canada) en 2004 [13], sont aussi importantes par la taille que les sondages délibératifs mais sont compétentes pour prendre des décisions ou au moins pour soumettre des projets à référendum devant l’ensemble du peuple.

Quelles sont les sources de légitimité sur lesquelles ces dispositifs sont susceptibles de s’appuyer ? Les mini-publics tirés au sort ne peuvent à l’évidence reposer ni sur la légitimité du nombre, ni sur celle du savoir expert. Cependant, l’expérience historique et la réflexion philosophique nous montrent qu’ils peuvent revendiquer plusieurs types de légitimité.

Une politique plus délibérative. Le postulat sous-tendant les dispositifs contemporains, à savoir qu’une délibération de citoyens « ordinaires » menée dans de bonnes conditions peut mener à des résultats raisonnables, tend à être largement corroboré par les enquêtes empiriques de sciences sociales menées par des observateurs extérieurs aux dispositifs analysés. C’est dans cette mesure que l’opinion des mini-publics tend à être plus « raisonnable » que celle des masses, qu’elle peut influencer en retour si elle trouve un écho dans les médias. Dans un contexte où l’insatisfaction par rapport au système politique est largement partagée, cela peut contrebalancer la politique-spectacle et l’autonomisation de la classe politique, et contribuer à rendre celle-ci plus responsable devant les citoyens. L’objectif est de promouvoir une meilleure communication entre décideurs et citoyens, ainsi qu’une délibération de qualité impliquant ces derniers.

Diversité des expériences sociales. En outre, les dispositifs de délibération qui rassemblent des citoyens ordinaires peuvent avoir des avantages épistémologiques par rapport au gouvernement représentatif et aux comités de sages : une bonne délibération doit inclure des points de vue divers, de telle sorte que la gamme des arguments envisagés soit élargie et que la discussion soit plus inclusive [14]. Dans cette perspective, les mini-publics tirés au sort ont l’avantage d’être socialement – et donc épistémologiquement – plus riches que les comités formés d’experts ou de responsables politiques, mais aussi que les publics participatifs formés sur la base du volontariat ou n’impliquant que la société civile organisée. Leur apport est important dans un monde dont la complexité va croissant.

Un succédané de démocratie radicale. Le troisième argument s’inscrit dans une perspective démocratique radicale. Certains défenseurs du gouvernement représentatif avancent parfois que le meilleur système politique serait sans doute un véritable « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », mais que comme un tel système est impossible dans les États de masse, le gouvernement représentatif représente la moins mauvaise option disponible. Il est cependant possible de soutenir que, dans les démocraties modernes, la solution la moins mauvaise est de substituer le peuple s’autogouvernant, ou au moins de l’épauler, par des mini-publics tirés au sort. De tels dispositifs affirment une valeur démocratique fondamentale, celle de l’égalité, puisque chaque citoyen a une chance égale de participer à la décision et que leur composition sociale reflète celle du peuple dans sa diversité.

L’impartialité. Un quatrième argument en faveur des mini-publics tirés au sort, plus consensuel et découlant d’une vaste expérience historique, repose sur leur impartialité. Les élus, les experts et les intérêts organisés sont fortement enclins à défendre des intérêts particuliers. À l’inverse, la sélection aléatoire tend à recruter des personnes non partisanes, sans intérêts de carrière à défendre et que des règles délibératives procédurales poussent à formuler un jugement tendu vers l’intérêt général. Cette caractéristique est notamment précieuse lorsqu’il s’agit de traiter des enjeux de long terme, comme la préservation des équilibres écologiques et des conditions de vie des générations futures [15].


Les défis de la démocratie délibérative

Les dispositifs tirés au sort sont cependant confrontés à une série de défis.

La délibération face aux inégalités sociales. Comment parvenir à répartir égalitairement la parole dans un groupe socialement et culturellement hétérogène, où certains sont plus habitués que d’autres à parler en public, où le capital culturel tend à lever les inhibitions et à conforter l’assurance de soi, où les experts qui sont auditionnés et les professionnels qui gèrent le dispositif peuvent influer de façon importante sur les débats ? La qualité procédurale des dispositifs tend à minimiser les asymétries : il faut avoir vu des personnes jusque-là muettes s’animer dans les sessions en petits groupes et en revenir avec une capacité accrue à prendre la parole pour comprendre les potentialités à l’œuvre. Cependant, l’égalité n’est jamais parfaite.

Les effets de la délibération sur les individus. Quels sont véritablement les effets de la délibération sur les individus qui participent à ces mini-publics ? Les théoriciens de la démocratie délibérative postulent souvent qu’en discutant de façon informée, les citoyens sont à même de se convaincre mutuellement grâce à la force sans contrainte du meilleur argument. Ce postulat est cependant difficilement démontrable et ce qui se passe réellement dans les délibérations reste largement une « boîte noire ». Des psychologues ont même avancé que la discussion en petits groupes aboutit à renforcer les polarisations préexistantes et à rendre plus difficile la recherche d’un compromis. Si cette logique postulée par les expériences de laboratoire ne semble guère se retrouver dans les pratiques réelles des mini-publics, il faut cependant convenir que les effets précis de la délibération sur les individus restent encore à prouver, même si la littérature sur ce point est en forte croissance [16].

La question de la responsabilité. La question de la responsabilité des citoyens tirés au sort se pose fortement dans les nouveaux dispositifs. À l’époque d’Athènes, ceux qui devenaient membres des magistratures collégiales devaient rendre des comptes sur leur action. Même s’ils sont loin de toujours respecter leurs promesses électorales, les élus sont responsables devant la loi lorsqu’ils occupent des postes exécutifs, et devant leurs électeurs s’ils se présentent à la réélection. Devant qui les jurés actuels doivent-ils rendre des comptes, ou pourraient-ils le faire ?

La délibération contre la publicité ? Si les sondages délibératifs sont publics, ce n’est pas le cas des jurys citoyens et des conférences de consensus, qui se tiennent entièrement à huis-clos même si l’avis final est rendu publiquement. Dans un autre contexte, Jon Elster a avancé que les séances publiques poussent les interlocuteurs à rigidifier leurs positions et à déployer des arguments rhétoriques [17]. D’autres ont ajouté qu’il convenait de préserver les jurés de l’influence des lobbies. Dans une perspective habermassienne ou kantienne, la publicité est au contraire l’une des forces de la discussion en ce qu’elle pousse les locuteurs à se tourner vers l’intérêt général ou du moins à tenter de montrer en quoi leurs arguments sont compatibles avec celui-ci, et la pression de la publicité rend plus difficiles les marchandages que les séances à huis-clos. En tout état de cause, la non-publicité des débats présente l’inconvénient majeur de rendre plus difficile l’implication du grand public.

Délibération des mini-publics contre délibération des masses. Les mini-publics délibératifs, par définition, visent à incarner une opinion contrefactuelle (ce que l’opinion publique pourrait être), mieux informée, bénéficiant d’un cadre assez satisfaisant pour se forger, mais qui du coup peut diverger de l’opinion des masses. La façon dont les recommandations des jurés ont été rejetées dans plusieurs expériences phares démontre amplement que ce risque n’est pas purement spéculatif.

La question de la transformation sociale. Comment les mini-publics pourraient-ils avoir de réelles incidences sur le monde ? Les citoyens tirés au sort sont désencastrés de leurs liens sociaux préalables et sont mis artificiellement en présence. Tant que leur convocation dépend seulement du bon vouloir des autorités publiques, il est improbable qu’ils puissent subvertir vraiment les structures de pouvoir. Pour imposer des transformations positives dans un monde où les résistances structurelles des intérêts dominants sont énormes, l’appel à l’indignation et à une levée en masse contre les injustices et les périls qui menacent la planète n’est-il pas plus efficace que les discussions raisonnables en comités restreints ?


Les mutations de la représentation démocratique

Malgré ces défis, la vague actuelle d’expérimentations ayant recours au tirage au sort est significative d’une tentative d’enrichissement de la démocratie. En témoigne par exemple l’Assemblée citoyenne de Colombie britannique en 2004. Elle s’était vu confier la mission de proposer une réforme du mode de scrutin de cette province canadienne. Ses organisateurs jugeaient qu’il était préférable de ne pas confier aux partis la réforme d’une loi électorale, thème sur lequel il y avait en quelque sorte conflit d’intérêts. Après un an de travail, l’Assemblée citoyenne proposa d’en finir avec le scrutin uninominal à un tour, qui écrase les minorités, et d’introduire une logique plus proportionnelle. Le projet de loi fut proposé tel quel aux citoyens pour qu’ils le ratifient par référendum en mai 2005. Gordon Gibson, conseiller du Premier ministre de Colombie Britannique et créateur de l’Assemblée citoyenne, justifia cette innovation de la façon suivante :


"Nous sommes [...] en train d’introduire de nouveaux éléments aux côtés de la démocratie représentative et de la démocratie directe [...] À l’heure actuelle, les deux voies permettant la prise de décision sont profondément influencées – voire sous la coupe – d’experts et d’intérêts particuliers. L’idée de démocratie délibérative est essentielle pour faire entrer en lice l’intérêt public, porté par des panels de citoyens tirés au sort. Les représentants traditionnels que nous élisons sont choisis à travers un consensus majoritaire, pour une période de temps longue, en tant que professionnels, avec une compétence légale illimitée pour agir en notre nom. Le nouveau type de représentants dont nous parlons sont choisis au hasard, pour une courte période, en tant que citoyens ordinaires et pour des tâches spécifiques et limitées [18]."


Pour prendre la mesure de ces propos, il faut rappeler que l’expérience démocratique moderne ne s’est jamais réduite au seul gouvernement représentatif, c’est-à-dire à l’élection régulière de représentants monopolisant au nom de leurs mandants la prise de décision. La mise en place d’une justice indépendante, l’activité des comités d’experts, la démocratie sociale impliquant les partenaires sociaux ou les éléments de démocratie directe que représentent les référendums et les initiatives populaires ont aussi fait partie du panorama. Or, à l’heure des réseaux sociaux et de la fin des partis de masse, une pluralisation des voies de la légitimité démocratique est perceptible [19].

Dans le futur, il serait souhaitable que le tirage au sort soit de nouveau associé à l’élection, comme il le fut dans la majorité des expériences démocratiques et républicaines de l’histoire. Pour que cette innovation ait vraiment un sens, elle devrait être institutionnalisée légalement et ne pas reposer seulement sur la volonté politique de certains responsables. L’idée n’est bien sûr pas de supprimer les élections, mais d’enrichir la dynamique démocratique en y faisant intervenir ce nouvel élément à une échelle significative. L’expérience islandaise montre bien les potentialités de démocratisation de la démocratie qu’il recèle : quel contraste avec la Grèce, qui a pris quant à elle le chemin d’une réforme par en haut laissant le système institutionnel en l’état !

Il serait en tout état de cause naïf de penser que la politique au XXIe siècle ne fera que prolonger avec des modifications à la marge celle du siècle précédent. Devant l’ampleur de la crise du capitalisme financier et l’impasse croissante dans laquelle nous mène le modèle productiviste suivi jusque-là, devant l’immense discrédit qui frappe la politique institutionnelle aujourd’hui, le statu quo ne semble ni réaliste, ni satisfaisant.

Yves Sintomer



Aller plus loin :

• Dominique Bourg, Daniel Boy, Conférences de citoyens, mode d’emploi, Charles Léopold Mayer/Descartes & Cie, Paris, 2005.
• Dominique Bourg et alii, Pour une sixième République écologique, Odile Jacob, Paris, 2011.
• Hubertus Buchstein, Demokratie und Lotterie. Das Los als politisches Entscheidungsinstrument von der Antike bis zu EU, Campus, Francfort/Main, 2009.
• Michel Callon, Pierre Lascoumes, Yannick Barthe, Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Seuil, Paris, 2001.
• Linn Carson, Brian Martin, Random Selection in Politics, Praeger Publishers, Westport, 1999.
• Collectif, Tirage au sort. Les jeux de la démocratie et du hasard, Territoires, 352, novembre 2010.
• G. Delannoi (dir.), « Le tirage au sort : pour des choix démocratiques », Esprit, août-septembre 2011.
• Gil Delannoi, Oliver Dowlen (dir.), Sortition. Theory and Practice, Imprint Academic, Exeter (UK), 2010.
• Gil Delannoi, Le Retour du tirage du sort en sort en politique, Fondapol, Paris, 2010.
• Peter Dienel, Die Planungszelle, Westdeutscher Verlag, Wiesbaden, 2007.
• Oliver Dowlen, The Political Potential of Sortition. A Study of the Random Selection of Citizens for Public Offices, Exeter (UK)/Charlottesville (USA) : Imprint Academic, 2008
• Jon Elster, « Le tirage au sort, plus juste que le choix rationnel », La Vie des Idées.
• John Gastil, Peter Levine (dir.), The Deliberative Democracy Handbook. Strategies for Effective Civic Engagement in the 21st Century, Jossey-Bass, San Francisco, 2005.
• James Fishkin, The Voice of the People. Public Opinion & Democracy, Yale University Press, New Haven/Londres, 1997.
• Barbara Goodwin, Justice by Lottery, Imprint Academic, Exeter, 2005.
• R.B. Herath, Real Power to the People. A Novel Approach to Electoral Reform in British Columbia, University Press of America, Lanham /Plymouth, 2007.
• Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Flammarion, Paris, 1996.
• Jacques Rancière, La haine de la démocratie, La Fabrique, Paris, 2005.
• Dominique Reynié (dir.), 12 idées pour 2012, Fondapol, Paris, 2012.
• Anja Röcke, Losverfahren und Demokratie. Historische und demokratietheoretische Perspektiven, LIT, Münster, 2005.
• Yves Sintomer, Petite histoire de l’expérimentation démocratique. Tirage au sort et politique d’Athènes à nos jours, La Découverte, Paris, 2011.
• Antoine Vergne, Les Jurys citoyens. Une nouvelle chance pour la démocratie ?, Les notes de la Fondation Jean Jaurès, 12, Paris, mars 2008.
• Mark E. Waren, Hilary Pearse, Designing Deliberative Democracy. The British Columbia Citizens’ Assembly, Cambridge University Press, Cambridge/New York, 2008.

___________

Notes
[1] Version remaniée d’une conférence tenue dans le cadre du séminaire de Pierre Rosanvallon, « L’élection et le vote : État des recherches en science politique et en histoire », Collège de France, 15 février 2012 :

VIDÉO DE LA CONFÉRENCE DE SINTOMER :

http://www.college-de-france.fr/site/pierre-rosanvallon/seminaire-du-15-fevrier-2012-yves-sintomer-tirage-au-sort-et-politique-de-l-autogouvernement-republicain-a-la-democratie-deliber.htm

Fichier MP3 téléchargeable : http://www.college-de-france.fr//audio/rosanvallon/2011-2012/Seminaires/sem-rosanvallon-sintomer-20120215.mp3

[2] Gil Delannoi, Le Retour du tirage au sort en sort en politique, Fondapol, Paris, 2010 ; Dominique Reynié (dir.), 12 idées pour 2012, Fondapol, Paris, 2012.

[3] Antoine Vergne, Les Jurys citoyens. Une nouvelle chance pour la démocratie ?, Les notes de la Fondation Jean Jaurès, 12, Paris, mars 2008.

[4] Dominique Bourg et alii, Pour une sixième République écologique, Odile Jacob, Paris, 2011.

[5] Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Flammarion, Paris, 1996.

[6] Yves Sintomer, Petite histoire de l’expérimentation démocratique. Tirage au sort et politique d’Athènes à nos jours, La Découverte, Paris, 2011.

[7] Gerd Gigerenzer et alii, The Empire of Chance. How Probability Changed Science and Everyday Life, Cambridge University Press, Cambridge, 1989 ; Ian Hacking, The Taming of Chance, Cambridge University Press, Cambridge, 1990 ; Alain Desrosières, La Politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique, La Découverte, Paris, 2000.

[8] Yves Sintomer, « Tirage au sort et politique : de l’autogouvernement républicain à la démocratie délibérative », in Raisons politiques, 42, mai 2011, p. 159-185.

[9] John Adams, « Letter to John Penn », in Thoughts on Gouvernment [1776], cité in Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, op. cit., p. 146.

[10] James Fishkin, The Voice of the People. Public Opinion & Democracy, Yale University Press, New Haven/Londres, 1997, p. 89 et 162.

[11] Peter Dienel, Die Planungszelle, Westdeutscher Verlag, Wiesbaden, 2007 ; Antoine Vergne, Les Jurys citoyens. Une nouvelle chance pour la démocratie ?, Les notes de la Fondation Jean Jaurès, 12, Paris, mars 2008.

[12] Dominique Bourg, Daniel Boy, Conférences de citoyens, mode d’emploi, Charles Léopold Mayer/Descartes & Cie, Paris, 2005.

[13] R.B. Herath, Real Power to the People. A Novel Approach to Electoral Reform in British Columbia, University Press of America, Lanham /Plymouth, 2007 ; Mark E. Waren, Hilary Pearse, Designing Deliberative Democracy. The British Columbia Citizens’ Assembly, Cambridge University Press, Cambridge/New York, 2008.

[14] Hélène Landemore, Jon Elster (dir.), La sagesse collective, dossier, Raison publique, 11, mai 2010.

[15] Dominique Bourg et alii, Pour une sixième République écologique, Odile Jacob, Paris, 2011.

[16] Julien Talpin, Schools of Democracy. How Ordinary Citizens (Sometimes) Become More Competent in Participatory Budgeting Institutions, ECPR Press, Colchester, 2011.

[17] Jon Elster, « Argumenter et négocier dans deux assemblées constituantes », Revue française de science politique, 44 (2), avril 1994, p. 249.

[18] Gordon Gibson, « L’assemblée citoyenne de Colombie britannique », in Yves Sintomer (dir.), La Démocratie participative. Problèmes politiques et sociaux, La Documentation française, 959, avril 2009, p. 62-63.

[19] Pierre Rosanvallon, La Légitimité démocratique. Impartialité, réflexivité, proximité, Seuil, Paris.

Source : http://www.laviedesidees.fr/Tirage-au-sort-et-democratie.html


Mon commentaire :

Je retrouve dans cette synthèse bien des points d'histoire que je trouve essentiels (pour le bien commun) et dont je parle partout depuis sept ans. Bien.

Mais je m'étonne du peu de place qu'Yves Sintomer donne encore à la qualité du processus constituant. Certes, il évoque clairement le conflit d'intérêts bien évité dans l'exemple de la Colombie Britannique, mais sans s'y arrêter une seconde ! Je trouve que ce point central, cardinal, décisif est encore incroyablement sous-estimé par ce penseur que j'estime pourtant beaucoup.

Ceci dit, je suis content car je vais sans doute bientôt pouvoir lui en parler de vive voix : un pont a enfin été créé entre nous deux et nous venons de commencer un échange de lettres qui me donne plein d'espoir. Je vous en reparlerai.

Disons que ça continue de germer un peu partout.

Mais le temps presse, ça urge !

Étienne.

PS : "pour aller plus loin" à la mode du père Chouard, je suggère de mon côté :

• Page dédiée au sujet : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php

jeudi 22 décembre 2011

Utopies réalisée : CUBA, MARINALEDA... (21)

Deux documents récents attirent notre attention sur la possibilité de voir des utopies naître :


• Témoignage passionnant de VIKTOR DEDAJ SUR CUBA.

Je recommande à chacun, avant de porter un jugement sur Cuba, d'écouter attentivement la défense (évidemment) ; et je trouve que celle de Viktor Dedaj est simple et convaincante.

Sur ce sujet comme sur d'autres, nous manquons de débats contradictoires honnêtement conduits et nourris, et nous sommes la cible quotidienne de propagandes manifestement malhonnêtes (dénoncer les contreperformances de Cuba et sa pauvreté sans rappeler le blocus illégal qui l'étrangle depuis des décennies est simplement une crapulerie journalistique).

[Mise à jour 20 sept. 2012 :

la vidéo sur Cuba de Viktor Dedaj n'est plus disponible : le lien ci dessous est le témoignage audio

http://www.legrandsoir.info/cuba-modele-de-resistance-ou-resistance-d-un-modele-conference-debat-audio.html


Merci Louisette :) ÉC]


D'un autre côté, je me souviens du livre d'Hubert Matos, "Et la nuit est tombée", réquisitoire terrible contre Fidel Castro par un des ses meilleurs généraux, que Castro a jeté en prison (et torturé) pendant vingt ans pour s'être fermement opposé à lui ; ce livre m'a retourné, et j'en porte encore des traces, bien sûr.

J'imagine bien que le monde n'est pas noir ou blanc ; mais il faudrait que j'en parle à Viktor Dedaj pour essayer d'en avoir le cœur net.

Cuba, sujet important pour la démocratie - Conférence remarquable.

Le livre que Viktor Dedaj a écrit avec Danielle Bleitrach, "Cuba est une île" est très intéressant :
http://www.amazon.fr/Cuba-est-une-Danielle-Bleitrach/dp/2841094995
Il est malheureusement devenu indisponible.

Si vous avez des informations FIABLES, d'un côté comme de l'autre, je suis preneur.


• MARINALEDA, une utopie réalisée.

Encore une enquête passionnante de LBSJS (Là-bas si j'y suis).

C'est une rediffusion, et c'est encore plus enthousiasmant quand on l'écoute une deuxième fois... Avec tous les détails, plus sympas les uns que les autres...

EXPÉRIENCE FORMIDABLE, À CONNAÎTRE.

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2329

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Lire aussi :

"Marinaleda : un modèle d’auto-gestion unique en Europe", par Andrea DUFFOUR :

http://www.legrandsoir.info/Marinaleda-un-modele-d-auto-gestion-unique-en-Europe.html

Elle est enthousiasmante, cette expérience !

Étienne.

mercredi 9 novembre 2011

Yves Sintomer : La révolution du tirage au sort (21)

Un texte intéressant d'Yves Sintomer, sur laviedesidees.fr :

La révolution du tirage au sort

par Yves Sintomer, 8 novembre 2011 :


« Pour fêter le centenaire de la VIe République (2012), dont la création est due à l’introduction du tirage au sort dans les procédures démocratiques françaises, le ministère de l’Instruction et de la Citoyenneté a demandé à un collectif d’historiens de revenir, à l’intention des jeunes générations, sur ce tournant décisif.

Rétrospectivement, les années 2010-2013 apparaissent dans l’histoire comme le moment de basculement du système politique français. Les contemporains ne saisirent pas tout de suite l’importance de la mutation en cours. Et pourtant, des signes s’accumulaient.


Premières expérimentations

Le 12 décembre 2010, le groupe local d’Europe Écologie-Les Verts de Metz s’était réuni pour tirer au sort les candidats qui allaient le représenter à l’occasion des élections cantonales de mars 2011. Trois chapeaux étaient disposés sur la table, contenant respectivement les noms des quatre cantons dont le siège était à pourvoir et ceux des membres du groupe qui s’étaient portés volontaires, avec d’un côté les hommes, et de l’autre côté les femmes. Une militante tira successivement le nom du premier canton, un nom masculin et un nom féminin pour le titulaire et la suppléante – et alternativement un nom féminin et un nom masculin, afin qu’une fois tous les cantons attribués, hommes et femmes se répartissent à part égale entre titulaires et suppléants. Le recours à cette procédure permit de faire surgir des vocations. Des personnes qui n’auraient pas imaginé se lancer dans la bataille électorale se sentirent finalement habilitées à participer. Tous ceux qui avaient eu un mandat dans le passé, même minime comme celui de conseiller communal, avaient été préalablement écartés.


EELV Tirage au sort par laviedesidees


L’engagement était de travailler étroitement en équipe pendant la campagne et d’appuyer les candidats pour qu’ils puissent se former. Si la procédure fit grincer des dents, les candidats tirés au sort reçurent l’appui de José Bové (un leader paysan, pionnier de l’agriculture durable qui s’est imposée peu à peu au XXIe siècle, qui s’était fait connaître à la fin des années 1990 en démontant un magasin MacDonald, une enseigne très connue à l’époque), venu à Metz pendant la campagne. Malgré les craintes, le résultat électoral fut satisfaisant : avec 10 % en moyenne, le groupe fit un score comparable à la moyenne départementale. Si les relations restèrent tendues avec certains élus, les militants qui s’étaient engagés dans l’aventure apparaissaient très soudés et le fonctionnement collectif de l’équipe sembla remarquable. Résumant l’intérêt de l’initiative, l’une des candidates, venue du monde associatif, expliqua que « le tirage au sort permet d’expliquer aux gens qui font de la politique depuis toujours et qui considèrent que c’est leur chasse gardée qu’en fait, ce n’est pas le cas ». Faisant un parallèle avec le militantisme contre le nucléaire, longtemps marginal mais dont l’action aboutit à l’abandon de l’énergie atomique suite à l’accident de Fukushima le 11 mars 2011, un autre candidat décrivait ainsi la dynamique engagée : « Le tirage au sort fait partie de cette frange souterraine qui travaille » et qui pourrait un jour déboucher sur des mutations d’ampleur.

Les dimanche 9 et 16 octobre 2011, les électeurs de gauche se déplacèrent en masse pour désigner leur candidat aux élections présidentielles, démentant les sceptiques qui étaient légion quelques mois auparavant. L’expérience marqua les esprits. Les réformateurs qui pensaient que ce processus suffirait à redonner leur souveraineté aux citoyens furent cependant déçus. L’histoire s’accéléra : la Grèce fit faillite à la fin 2011, le Portugal et l’Irlande suivirent début 2012. En juin de la même année, ce fut le tour de l’Italie. La victoire de la gauche aux élections présidentielle et législatives de mai-juin 2012 intervint dans un contexte explosif. Les banques étaient dans la tourmente, la note de la France était fortement dégradée, la zone euro en plein désarroi. La dette souveraine du pays menaçait de devenir ingérable. Le mécontentement des citoyens explosa, à la mesure des angoisses. Il se manifesta par un soutien massif aux mouvements sociaux qui agitaient l’Hexagone. Menés par Stéphane Hessel (nonagénaire, cet ancien résistant avait un connu un succès planétaire inattendu en 2010 avec la publication d’un petit livre intitulé Indignez-vous !), les Indignés, un mouvement de base indépendant des partis politiques, clamèrent leur refus de payer pour les erreurs des banquiers et des politiques. Ils occupèrent la place de la Bastille. En juillet, le chaos menaçait. La droite était hors de combat, mais la concurrence s’aiguisait à gauche. Écologistes et communistes claquèrent la porte du gouvernement, Arnaud Montebourg et Ségolène Royal, qui avaient sans succès tenté d’être désignés comme candidats officiels du Parti socialiste lors des primaires, appelèrent à de nouvelles élections. Le nouveau président de la République, François Hollande, était sur la défensive. Martine Aubry, la Première Ministre, en profita pour affirmer son autorité. Elle parvint alors à convaincre la majorité de gauche à l’Assemblée et au Sénat de radicaliser le processus de révision constitutionnelle.


Le précédent islandais

L’expérience de Metz était vivement discutée à cette époque, mais c’est surtout l’Islande qui s’imposa comme point de référence : elle venait d’adopter par référendum une nouvelle Constitution à l’issue d’une expérimentation démocratique inédite. Après la faillite des banques en 2008, d’énormes manifestations avaient imposé des élections anticipées qui portèrent au pouvoir une coalition de gauche. Par deux référendums successifs, les Islandais rejetèrent les accords concoctés par les banquiers et les gouvernements. Parallèlement, une Assemblée citoyenne de 1 200 personnes tirées au sort et de 300 personnalités était rassemblée à l’initiative d’associations civiques pour dégager les valeurs fondamentales sur lesquelles le système politique et économique devrait se baser. L’expérience fut réitérée en novembre 2010, cette fois avec le soutien étatique. La tâche de l’Assemblée citoyenne, composée d’un millier de personnes sélectionnées de façon aléatoire sur la base de quotas permettant la parité hommes / femmes et une représentation de toutes les régions, était de faire ressortir les axes sur lesquels devait porter la réforme constitutionnelle. Son fonctionnement fut exemplaire : les travaux en petits groupes, animés par des facilitateurs neutres et préalablement formés, furent synthétisés en suivant la procédure du town meeting électronique.

Dans la foulée, un Conseil constituant fut élu, composé de 25 citoyens « ordinaires ». Les 523 candidatures étaient individuelles, et la campagne électorale réduite au minimum. Les articles du projet constitutionnel furent ensuite mis en ligne au fur et à mesure de leur rédaction, le public pouvant faire des commentaires et émettre des suggestions via des pages Facebook, Twitter ou Flickr, les grands médias sociaux de l’époque. L’assemblée législative accepta de soumettre le projet au peuple en n’y apportant que des modifications secondaires.


Le passage à la VIe République : un bouleversement politique

Sous la pression, les députés et sénateurs français décidèrent à l’été 2012 de confier à une Assemblée citoyenne, tirée au sort, le soin d’élaborer un nouveau projet de constitution, s’inspirant au passage de l’expérience de la Colombie britannique, qui avait au cours des années 2000 vu une telle institution rédiger un projet de loi sur les modes de scrutins.

Début août, 1 000 citoyens furent ainsi sélectionnés, qui représentaient un mini-public représentatif de la diversité de la société française. Rémunérés comme des députés, ils alternaient pendant quatre mois travail en petits groupes et séances plénières, auditionnant des experts et des responsables politiques ou associatifs. Les contributions qui affluèrent on-line contribuèrent à renforcer l’audace des propositions. Certaines sessions furent retransmises par la télévision, et toutes pouvaient être visionnées sur Internet. L’opinion publique se passionna pour ces débats. Les responsables politiques les plus novateurs chevauchaient le mouvement pour s’imposer contre leurs adversaires. En décembre 2012, le projet issu des travaux de cette Assemblée citoyenne fit l’objet d’un référendum. Les citoyens l’approuvèrent à une large majorité : la VIe République était née.


Le système politique français en fut bouleversé. Si le président restait élu au suffrage universel, ce n’était plus lui qui gouvernait. Son rôle était seulement d’incarner la Nation et d’être le garant des institutions et du long terme. À tous les échelons de gouvernement, la fonction de la tête de l’exécutif était redimensionnée selon la même logique. Le cumul des mandats était désormais strictement interdit. La proportionnelle avec prime majoritaire devint la règle pour tous les scrutins. Le référendum d’initiative populaire ayant valeur décisionnelle fut légalisé à toutes les échelles, du quartier à la Nation. Une troisième Chambre, composée de représentants tirés au sort, fut également créée. Elle était chargée de veiller à la préservation des équilibres du long terme, et se vit dotée d’un pouvoir de veto suspensif. Elle pouvait juger les responsables politiques mis en cause devant la justice durant leur mandat. Elle fut enfin chargée d’élaborer les futures modifications des règles du jeu politique, celles-ci devant en tout état de cause être validées par référendum.


La procédure de désignation des élus fut réformée en profondeur par des dispositions législatives précises. Les candidats à l’élection présidentielle et les deux têtes de liste (une femme et un homme) dans les autres scrutins devaient être désignés à l’issue de primaires, qui pouvaient être ouvertes à tous les citoyens ou aux seuls sympathisants (les petits partis voulant ainsi éviter d’être en butte à des tentatives de manipulation). Les autres candidats étaient tirés au sort sur la base d’un vivier que les partis étaient libres de désigner comme ils le souhaitaient, mais qui devait compter au moins quatre fois plus de noms que de places à pourvoir et qui devait respecter la parité hommes / femmes.


La prise de décision et la sélection des dirigeants s’effectuaient donc désormais à travers un mixte d’élections, de référendum et de tirage au sort. Grâce aux primaires, les citoyens pouvaient mieux qu’avant choisir les gouvernants aux plus hautes fonctions, mais l’enjeu présidentiel était moindre. Le suffrage universel continua de déterminer les équilibres politiques majeurs. Les éléments de démocratie participative et directe permettaient l’intervention du peuple dans la législation. La suppression du cumul des mandats et le recours au tirage au sort élargissaient et diversifiaient considérablement la représentation politique. La sélection aléatoire, qui jouait dans la constitution des listes des candidats, contribuait aussi à réduire les conflits de personnes qui pourrissaient la vie partidaire. Elle garantissait l’impartialité de la troisième Chambre : tournée vers le futur, garante des règles du jeu, elle se voyait découplée des enjeux électoraux de court terme.

La sortie de la crise économique s’effectua peu à peu, à la suite de décisions courageuses alliant justice sociale, modernisation de l’État, reconversion écologique et rigueur budgétaire. Le nouveau dispositif institutionnel facilita les choses, en favorisant la qualité du débat démocratique et en diminuant fortement l’autisme de la classe politique. L’équilibre qu’il instaura fut par la suite considéré comme une base durable, bien mieux adaptée aux exigences démocratiques et écologiques du XXIe siècle. »

Yves Sintomer


Source :
Yves Sintomer, « La révolution du tirage au sort », La Vie des idées, 8 novembre 2011.
ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-revolution-du-tirage-au-sort.html


Mon commentaire :

Je suis juste étonné (et un peu triste, bien sûr) qu'Yves Sintomer (depuis des années que je parle de lui et de son travail partout en France) ne dise toujours pas un mot de notre propre travail, ici, sur les nombreuses branches interactives de ce site consacrées spécifiquement à ce sujet précis depuis six ans. C'est dommage.

Sans rancune, j'attends avec impatience le prochain livre de Sintomer, qui devrait sortir ce mois-ci et s'intituler
"Petite histoire de l'expérimentation démocratique. Tirage au sort et politique d'Athènes à nos jours", Paris, La Découverte, novembre 2011.

Étienne.

jeudi 3 novembre 2011

PSYWAR : une histoire passionnante de "la manufacture du consentement" et des institutions oligarchiques aux USA (14)

PSYWAR : la guerre psychologique
une histoire de la manufacture du consentement aux États-Unis
avec Chomsky, Lippman, Bernays, et toute une kyrielle d'acteurs et d'analystes PASSIONNANTS.

- On y étudie les techniques de manipulations de l'opinion, les relations publiques, le story telling, les opérations sous faux drapeau, la science du mensonge d'État, l'intox industrielle pour conduire les opinions à vouloir la guerre, des outils absolument stratégiques pour les crapules qui nous gouvernent...

- mais on y examine aussi les choix de gouvernement (Quelle "démocratie" ? Quel rôle pour le peuple ?), et la pensée de Hamilton, Jefferson, Madison, et puis toute la clique des oligarques des siècles suivants...

Un documentaire RE-MAR-QUA-BLE !
Tout citoyen devrait connaître ces sujets sur le bout des doigts (pour ne pas trop se faire enfumer et garder un bon esprit critique).

Ne ratez pas ça, c'est très utile, même quand on connaît déjà bien le sujet.

Étienne.

vendredi 1 juillet 2011

Pourquoi des chefs PROFESSIONNELS deviendront TOUJOURS des TYRANS : fondement RATIONNEL du tirage au sort GÉNÉRALISÉ en politique. (6)

Pourquoi des chefs PROFESSIONNELS deviendront TOUJOURS des TYRANS :
fondement RATIONNEL du tirage au sort GÉNÉRALISÉ en politique.

Chers amis,

Je voudrais aujourd’hui vous signaler un livre remarquable que je suis en train de découvrir, une analyse pénétrante, utile, à ne pas laisser sombrer dans l’oubli. Vous allez tout de suite voir les liens nombreux qui existent entre les réflexions de cet homme et mon travail sur les abus de pouvoir.

Ce petit livre a été écrit en 1911 et il me semble que tout citoyen digne de ce nom devrait CONNAÎTRE LES DANGERS QUE SES PROPRES DÉSIRS FONT COURIR À SA PROPRE LIBERTÉ, dangers que ce petit livre détaille intelligemment.

Il s’agit du livre de Robert Michels, « Les partis politiques. Essais sur les tendances oligarchiques des démocraties. » (1911).

Autre source : http://www.archive.org/details/lespartispolitiq00michuoft

Je vais en reproduire quelques pages, et parfois le commenter [entre crochets].

• Mais avant de commencer cette lecture, je voudrais vous demander de garder en tête ce point essentiel : le mot DÉMOCRATIE est piégé si on l’utilise pour désigner le GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF, qui a précisément été pensé et voulu —dès l’origine— comme L’EXACT CONTRAIRE de la démocratie. Il faut donc bien garder en tête cette nécessaire rigueur terminologique, à mon avis.

• D’autre part, l’idée du tirage au sort GÉNÉRALISÉ en politique sert précisément à éviter cette prise du pouvoir par les professionnels de la politique, elle sert au peuple à SE PROTÉGER DES VOLEURS DE POUVOIR par un AMATEURISME politique GÉNÉRALISÉ et IMPOSÉ. Si on a en tête cette alternative prometteuse, la lecture de Robert Michels n’est pas déprimante, mais stimulante : elle nous pousse à imaginer un système astucieux, robuste. Vous allez voir que Robert Michels parle des (intéressantes) tentatives d’utilisation du tirage au sort au sein des partis les plus démocratiques, et de l’échec de ces tentatives avec la croissance du parti et les exigences de compétences pour survivre dans la compétition électorale générale.

Mais précisément, c’est bien l’institution d’une compétition électorale généralisée (en dehors des partis) qui pousse les hommes à s’organiser en partis et à tout faire pour rendre leur parti victorieux ; les partis ne servent qu’à gagner les élections, et ils sont indispensables pour les gagner. Mais inversement, si on instituait un régime vraiment démocratique, sans aucune élection, où le peuple voterait directement dans les assemblées locales, le moteur qui pousse si fort (qui contraint même) à l’oligarchie disparaîtrait.

LA CAUSE DES CAUSES, C’EST LA DÉSIGNATION DE REPRÉSENTANTS AU SUFFRAGE UNIVERSEL : si on instituait le tirage au sort GÉNÉRALISÉ, les humains n’auraient PLUS BESOIN de mettre en avant les plus compétents d’entre eux pour gagner une compétition, faute de compétition… Et nous cesserions de fabriquer nous-mêmes nos prochains bourreaux politiques : nous nous donnerions à nous-mêmes le droit de suffrage universel DIRECT, le seul droit de suffrage universel digne de ce nom.

• Enfin, l’histoire de cet auteur montre qu’il a mal tourné puisqu’il est devenu un supporter de Mussolini après la première guerre mondiale. On peut donc constater que la critique radicale du système représentatif est défendue d’une part par ceux (à droite, côté fascistes, royalistes…) qui réclament un pouvoir central fort, un sauveur naturellement vertueux, et d’autre part par ceux (à gauche, côté anarchistes, libertaires…) qui refusent de déléguer le moindre pouvoir hors du contrôle sourcilleux et quotidien des citoyens eux-mêmes.

Les deux thèses partagent le dégoût de la situation actuelle, mais diffèrent totalement sur les alternatives, évidemment. Il est donc erroné (ou trompeur si c’est fait sciemment) de les amalgamer : ces deux familles politiques n’ont rien à voir, leurs projets sont opposés.

Mais, bien sûr, on peut lire la critique menée par un auteur sans partager (du tout) avec lui l’ensemble de son travail ; cela va sans dire pour un citoyen sans parti, mais il vaut mieux le rappeler pour ceux qui ne voient la vie politique que comme une guerre de tranchées, où ne s’expriment que « des amis » ou « des ennemis », et personne d’autre…

Voici donc quelques pages que je trouve vraiment stimulantes pour la pensée, et qui montrent bien que nous devrons être TRÈS VIGILANTS, AU JOUR LE JOUR, si nous voulons instituer une démocratie DURABLE. Il ne suffira pas d’écrire une bonne Constitution (condition nécessaire, mais non suffisante).

Bonne lecture.

Robert Michels,
« Les partis politiques. Essais sur les tendances oligarchiques des démocraties. » (1911)
Extraits :

(…)

CHAPITRE PREMIER. Introduction. Nécessité de l'organisation

La démocratie ne se conçoit pas sans organisation. La démonstration de cette thèse peut se faire en peu de mots.

Une classe qui arbore en face de la société le drapeau de revendications déterminées et aspire à réaliser un ensemble d'idéologies, ou d'«idéaux», découlant des fonctions économiques qu'elle exerce, a besoin d'une organisation. Qu'il s'agisse en effet de revendications économiques ou politiques, l'organisation apparaît comme le seul moyen de créer une volonté collective. Et en tant qu'elle repose sur le principe du moindre effort, c'est-à-dire de la plus grande économie de forces, l'organisation est, entre les mains des faibles, une arme de lutte contre les forts.

Une lutte ne peut avoir des chances de succès que dans la mesure où elle se déroule sur le terrain de la solidarité entre individus ayant des intérêts identiques. Les socialistes, ces partisans les plus fanatiques de l'idée d'organisation, énoncent donc un argument qui s'accorde bien avec les résultats de l'étude scientifique de la nature des partis, lorsqu'ils objectent aux théories anarchistes et individualistes que rien ne serait plus agréable aux patrons que de voir les forces ouvrières se disperser et se désagréger.

Nous vivons à une époque où l'idée de la coopération a poussé dans les esprits des racines tellement profondes que les millionnaires eux-mêmes aperçoivent la nécessité d'une action commune. Aussi conçoit-on que l'organisation, dont l'absence rend tout succès impossible a priori, soit devenue le principe vital de la classe ouvrière. Le refus de l'ouvrier de participer à la vie collective de sa classe ne peut avoir pour lui que des conséquences funestes. Par son degré de culture, par ses conditions économiques, physiques et physiologiques, le prolétaire est l'élément le plus faible de notre société. L'ouvrier isolé se trouve en fait livré sans défense à l'exploitation de ceux qui sont économiquement plus forts. C'est en s'agglomérant et en donnant à leur agglomération une structure que les prolétaires acquièrent la capacité de la résistance politique, en même temps qu'une dignité sociale. L'importance et l'influence de la classe ouvrière sont en raison directe de son nombre. Or, pour représenter un nombre, il faut s'organiser, se coordonner. Le principe de l'organisation doit être considéré comme la condition absolue de la lutte politique conduite par les masses.

[ÉC : pas du tout : cette conclusion n’est valable qu’en régime représentatif, avec des élections à tos les étages. Une autre façon de protéger les pauvres (isolés mais nombreux) contre les riches (unis mais peu nombreux) est le tirage au sort des représentants et le suffrage universel DIRECT du peuple à l’Assemblée.]

Mais le principe, politiquement nécessaire, de l'organisation, s'il permet d'éviter la dispersion des forces propice aux adversaires, recèle d'autres périls. On n'échappe à Scylla que pour s'échouer contre Charybde. C'est que l'organisation constitue précisément la source d'où les courants conservateurs se déversent sur la plaine de la démocratie et occasionnent des inondations dévastatrices qui rendent cette plaine méconnaissable.


CHAPITRE II :
Impossibilité mécanique et technique du gouvernement direct des masses

L'idéal pratique de la démocratie consiste dans le self-government des masses, conformément aux décisions des assemblées populaires. Mais s'il est vrai que ce système limite l'extension du principe de la délégation, il n'offre en revanche aucune garantie contre la formation d'un état-major oligarchique. Sans doute, il enlève aux chefs naturels toute qualité de fonctionnaires, puisque c'est la masse elle-même qui remplit toutes les fonctions. Mais, d'un côté, la masse se laisse facilement suggestionner par l'éloquence de puissants orateurs populaires ; et, d'un autre côté, le gouvernement direct du peuple, avec son système qui n'admet ni discussions sérieuses, ni délibérations réfléchies, facilite singulièrement les coups de main que pourraient tenter des hommes exceptionnellement audacieux, énergiques et habiles.

Il est plus facile de dominer la masse qu'un petit auditoire. L'adhésion de celle-là est en effet tumultueuse, sommaire, inconditionnée. Une fois suggestionnée, elle n'admet pas volontiers les contradictions, surtout de la part d'individus isolés. Une grande multitude réunie dans un petit espace est incontestablement plus accessible à la panique aveugle ou à l'enthousiasme irréfléchi qu'une petite réunion dont les membres peuvent tranquillement discuter entre eux.

C'est un fait d'expérience journalière que de gigantesques réunions populaires approuvent généralement par acclamation ou par des votes en bloc des résolutions auxquelles ces mêmes assemblées, divisées en sections de cinquante personnes, par exemple, se garderaient bien de donner leur adhésion. Ainsi procèdent les grands partis dans leurs congrès où se trouve pourtant réunie l'élite de leurs adhérents. Actes et paroles sont moins pesés par la foule que par les individus ou les petits groupes dont elle se compose. C'est là un fait incontestable. Il est une des manifestations de la pathologie de la foule. La multitude annihile l'individu, et, avec lui, sa personnalité et son sentiment de responsabilité.

Mais l'argument le plus formidable contre la souveraineté de la masse est tiré de l'impossibilité mécanique et technique de sa réalisation. Rien qu'en voulant réunir régulièrement des assemblées délibérantes de mille membres, on se heurterait aux plus grosses difficultés de temps et d'espace. Et la chose deviendrait, au point de vue topographique, tout à fait impossible, si le nombre de membres atteignait, par exemple, dix mille. Même en imaginant des moyens de communication plus parfaits que ceux dont nous disposons, comment pourrait-on réunir de pareilles multitudes dans un endroit donné, à heure fixe et avec la fréquence qu'imposent les exigences de la vie d'un parti ? Et nous ne parlons plus de l'impossibilité physiologique où se trouverait l'orateur même le plus puissant de se faire entendre par une foule de dix mille personnes.

Mais il est d'autres raisons encore, d'ordre technique et administratif, qui rendent le gouvernement direct de vastes groupes irréalisable. Si Jacques se rend coupable d'une injustice à l'égard de Pierre, il est de toute impossibilité que tous les autres citoyens accourent pour se livrer à une enquête personnelle sur le cas et prendre, le cas échéant, parti pour Pierre et contre Jacques. C'est ce qui arrive d'ailleurs dans les partis démocratiques modernes, où la collectivité est hors d'état de résoudre directement les controverses qui surgissent dans son sein.

Ainsi s'impose le besoin de délégués, susceptibles de représenter la masse et d'assurer la réalisation de sa volonté. Même dans les groupes les plus sincèrement démocratiques, on confie nécessairement à des individus les affaires courantes, la préparation et l'accomplissement des actes les plus importants. À l'origine, le chef n'est que le serviteur de la masse. L'organisation est fondée sur l'égalité absolue de tous ceux qui en font partie. Il s'agit primitivement d'une égalité générique entre hommes comme tels. Dans beaucoup de pays, par exemple dans l'Italie idéaliste (et dans quelques régions de l'Allemagne où le mouvement socialiste n'en est encore qu'à ses débuts), cette égalité se manifeste, entre autres, par l'usage commun à tous les membres du parti de se tutoyer mutuellement : le journalier le plus misérable interpelle comme son pair, en le tutoyant, tel intellectuel illustre.

Mais à la conception de l'égalité générique se substitue peu à peu celle de l'égalité entre camarades faisant partie de la même organisation. Tous les membres de celle-ci jouissent des mêmes droits. Le principe démocratique entend garantir à tous, dans la gestion des intérêts communs, une influence et une participation égales. Tous sont électeurs, tous éligibles. Le postulat fondamental de la Déclaration des Droits de l'Homme trouve ici son application théorique. Toutes les charges sont d'émanation électorale. Les fonctionnaires, en tant qu'organes exécutifs de la volonté générale, ne jouent qu'un rôle subordonné, dépendent constamment de la collectivité et sont à tout instant révocables et amovibles. À l'égard de ses conducteurs, la masse du parti jouit d'un pouvoir illimité.

On cherche d'abord à s'écarter le moins possible de la démocratie pure en subordonnant complètement les délégués à la volonté de la masse. À l'origine du mouvement des ouvriers agricoles italiens, le chef de la ligue ne pouvait être élu qu'à la majorité d'au moins quatre cinquièmes des voix. En cas de divergences avec les patrons, divergences motivées par des questions de salaires, le représentant de l'organisation devait, avant d'entamer des pourparlers, se munir d'une procuration en règle. Par cette procuration, chaque membre de la coopération autorisait individuellement la démarche du représentant, en y apposant sa signature.

En même temps, toute la comptabilité était constamment à la disposition des associés, afin que chacun pût à tout instant en prendre connaissance. Cette mesure était dictée par deux raisons : en premier lieu, on ne voulait pas laisser se répandre dans la masse la méfiance, «ce poison qui ruine peu à peu même l'organisme le plus fort» ; en deuxième lieu, cet usage permettait à chacun des associés de se mettre au courant de la tenue de livres et d'acquérir sur le fonctionnement de la corporation des connaissances susceptibles de le rendre apte à assumer à son tour, le cas échéant, la direction de la ligue.

Il est évident que des mesures démocratiques de ce genre ne sont applicables que sur une très petite échelle. À l'aurore du mouvement corporatif anglais, les délégués d'un grand nombre de trade-unions étaient, soit désignés à tour de rôle par leurs coassociés, soit tirés au sort. Mais peu à peu la tâche des délégués se complique ; elle exige une certaine habileté individuelle, le don oratoire et un grand nombre de connaissances objectives. Aussi ne pouvait-on plus confier à l'aveugle hasard de la succession alphabétique ou de l'ancienneté le choix d'une délégation dont les membres, pour s'acquitter utilement de leur mission, devaient posséder des aptitudes personnelles spéciales.

Telles étaient les méthodes à l'aide desquelles on cherchait, à l'origine du mouvement ouvrier, à faire participer les masses à l'administration du parti et des syndicats. De nos jours, ces méthodes sont en train de tomber en désuétude. Dans les partis politiques modernes, on réclame pour les chefs une sorte de consécration officielle et on insiste sur la nécessité de former une classe de politiciens professionnels, de techniciens de la politique, éprouvés et patentés.

Parmi les socialistes, les uns préconisent l'institution, sous le contrôle du parti, d'examens réguliers, en vue de la nomination aussi bien des candidats du parti aux élections que des secrétaires du parti. D'autres vont plus loin encore et prétendent que les grandes associations professionnelles ne pourront se maintenir longtemps, si elles persistent à confier la direction de leurs affaires à des individus sortis des rangs mêmes de la profession. On cite, à ce propos, l'exemple des unions patronales qui fonctionnent en grande partie avec un personnel de provenance universitaire. Et on prévoit que dans un avenir très rapproché les organisations ouvrières seront obligées de renoncer, à leur tour, à l'exclusivisme prolétarien et de donner la préférence à des individus munis d'une instruction supérieure : économique, juridique, technique, commerciale.

De nos jours déjà, les candidats au poste de secrétaire de syndicat sont soumis à un examen destiné à établir leurs connaissances juridiques et leurs capacités de correspondants. Les organisations socialistes aux tendances politiques s'occupent, elles aussi, activement de la formation directe de leurs fonctionnaires.

On voit surgir un peu partout des sortes de «pépinières», destinées à fournir rapidement aux organisations des fonctionnaires pourvus de quelque «culture scientifique». Il existe à Berlin, depuis 1906, une Parteischule où se font des cours spéciaux à l'usage de ceux qui veulent devenir employés du parti

(…)

Il est cependant indéniable que tous ces instituts d'éducation destinés à fournir des fonctionnaires au parti et aux organisations ouvrières contribuent, avant tout, à créer artificiellement une élite ouvrière, une véritable caste de cadets, d'aspirants au commandement des troupes prolétariennes. Sans le vouloir, on élargit ainsi de plus en plus le fossé qui sépare les dirigeants des masses.

La spécialisation technique, cette conséquence inévitable de toute organisation plus ou moins étendue, rend nécessaire ce qu'on appelle la direction des affaires. Il en résulte que le pouvoir de décision, qui est considéré comme un des attributs spécifiques de la direction, est à peu près retiré aux masses et concentré entre les mains des chefs seuls. Et ceux-ci qui n'étaient au début que les organes exécutifs de la volonté collective, ne tardent pas à devenir indépendants de la masse, en se soustrayant à son contrôle.

Qui dit organisation, dit tendance à l'oligarchie. Dans chaque organisation, qu'il s'agisse d'un parti, d'une union de métiers, etc., le penchant aristocratique se manifeste d'une façon très prononcée. Le mécanisme de l'organisation, en même temps qu'il donne à celle-ci une structure solide, provoque dans la masse organisée de graves changements. Il intervertit complètement les positions respectives des chefs et de la masse. L'organisation a pour effet de diviser tout parti ou tout syndicat professionnel en une minorité dirigeante et une majorité dirigée. Toute organisation solidement constituée, qu'il s'agisse d'un État démocratique, d'un parti politique ou d'une ligue de résistance prolétarienne, présente un terrain éminemment favorable à la différenciation des organes et des fonctions. Plus l'appareil d'une organisation se complique, c'est-à-dire plus elle voit le nombre de ses adhérents augmenter, ses caisses se remplir et sa presse se répandre, et plus le gouvernement direct de la masse perd du terrain et est supplanté par le pouvoir croissant des comités.

Chaque parti laisse s'insinuer dans son sein le système électoral indirect qu'il combat avec la plus grande véhémence dans la vie publique. Et, pourtant, ce système doit exercer une influence plus néfaste dans le cercle étroit de la vie d'un parti que dans la sphère infiniment plus étendue de l'État. Jusque dans les congrès, qui représentent cependant la quintessence du parti passée à travers sept cribles, nous voyons de plus en plus s'établir l'usage de renvoyer les questions importantes aux commissions qui délibèrent à huis clos.

La croissance de l'organisation a pour effet de rendre la tâche de l'administration plus difficile et plus compliquée : ses devoirs s'élargissent et se spécialisent en effet au point qu'il devient impossible de les embrasser d'un coup d'œil d'ensemble. Dans un mouvement qui est en voie de progrès rapide, ce n'est pas seulement la quantité croissante de nouveaux adhérents qui favorise et hâte la différenciation des fonctions : c'est aussi leur qualité. Nominalement, et d'après la lettre des statuts, tous les actes des chefs sont soumis à la surveillance incessante des administrés. Théoriquement, le chef n'est qu'un employé lié par les instructions qu'il tient de la masse. Sa fonction consiste à recevoir et à exécuter les ordres de celle-ci, dont il n'est qu'un simple organe d'exécution.

Mais, en réalité, à mesure que l'organisation grandit, le droit de contrôle reconnu à masse devient de plus en plus illusoire. Les adhérents doivent renoncer à diriger ou même à surveiller toutes les affaires administratives. Ils se voient obligés de confier cette charge à des personnes sûres, spécialement nommées à cet effet, à des fonctionnaires rétribués par l'organisation. La masse en est réduite à se contenter de comptes rendus plus que sommaires ou à avoir recours à des commissions de contrôle.

Cette métamorphose ne découle ni de conventions spéciales, ni de changements des statuts. C'est par la force des choses qu'un simple employé réussit à s'élever à la qualité de chef et à acquérir une liberté d'action qu'il ne devrait pas posséder. Le chef prend alors l'habitude d'expédier la plupart des affaires importantes et de résoudre un nombre de plus en plus grand de questions se rattachant à la vie du parti : et cela de sa propre initiative, sans prendre l'avis ni demander le concours de la masse.

C'est ainsi que la sphère du contrôle démocratique se rétrécit progressivement, pour se trouver finalement réduite à un minimum insignifiant. Dans tous les partis socialistes, le nombre des fonctions retirées aux assemblées électorales et transférées aux conseils de direction augmente sans cesse. Il s'élève de la sorte un puissant édifice, d'une structure compliquée. Le principe de la DIVISION DU TRAVAIL s'imposant de plus en plus, les juridictions se divisent se subdivisent. Il se forme une BUREAUCRATIE rigoureusement délimitée et hiérarchisée. L'observation rigoureuse des règles hiérarchiques devient le premier article du catéchisme qui précise et définit les devoirs du parti. Cette hiérarchie est l'effet de besoins techniques et la condition la plus essentielle du fonctionnement régulier de la machine du parti.

Les chefs ont existé à toutes les époques, à toutes les phases de développement, dans toutes les branches de l'activité humaine. Il est vrai que certains militants, surtout parmi les marxistes orthodoxes du socialisme allemand, cherchent à nous persuader aujourd'hui que le socialisme n'a pas de chefs, mais tout au plus des employés, parce qu'il est un parti démocratique et que l'existence de chefs est incompatible avec la démocratie. Mais une pareille assertion, contraire à la vérité, ne peut rien contre une loi sociologique. ELLE A, AU CONTRAIRE, POUR EFFET DE FORTIFIER LA DOMINATION DES CHEFS, EN DISSIMULANT AUX MASSES UN PÉRIL QUI MENACE RÉELLEMENT LA DÉMOCRATIE.

Une organisation forte exige, pour des raisons aussi bien de technique administrative que de tactique, une direction également forte. Tant qu'une organisation est lâche et vague, elle est impuissante à faire naître une direction professionnelle. Les anarchistes, qui ont en horreur toute organisation fixe, de quelque nature qu'elle soit, n'ont pas de chefs revêtus de fonctions régulières.

Aux débuts du socialisme allemand, l'homme de confiance, le Vertrauensmann, continuait d'exercer sa profession ordinaire. Lorsqu'il recevait une rétribution, elle était des plus modestes et ne lui était accordée qu'à titre temporaire. Sa fonction n'était pas, pour lui, une source de revenus. L'employé de l'organisation était encore le simple compagnon de travail de ses coassociés dont il partageait et le genre de vie et la condition sociale. Aujourd'hui, il est remplacé le plus souvent par le politicien professionnel, le Bezirksleiter, etc.

À mesure que le parti moderne évolue vers une forme d'organisation plus solide, on voit s'accuser davantage la tendance à remplacer les chefs occasionnels par des chefs professionnels. Toute organisation de parti tant soit peu compliquée exige un certain nombre de personnes qui lui consacrent toute leur activité. La masse délègue alors le contingent nécessaire ; et ces délégués, munis d'une procuration régulière, représentent la masse d'une façon permanente et vaquent à ses affaires.

Mais la première éclosion d'une direction professionnelle marque pour la démocratie le commencement de la fin. Et cela tout particulièrement à cause de l'impossibilité logique du système représentatif lui-même, qu'il s'agisse du parlementarisme ou de la délégation de parti.

Les théoriciens de la démocratie ne se lassaient pas de répéter que si, en votant, le peuple fait acte de souverain, il renonce en même temps à sa souveraineté. Le père du suffrage universel et égal en France, le grand démocrate LEDRU-ROLLIN lui-même, en vint à exiger QU'ON SUPPRIME PRÉSIDENT ET PARLEMENT ET QU'ON RECONNAISSE DANS LE COMICE POPULAIRE LE SEUL ORGANE LÉGISLATIF. Il motivait sa proposition en disant que le peuple, qui perd tous les ans tant de temps en fêtes, vacances et désœuvrement, pourrait bien en faire un emploi plus utile, en le consacrant à «cimenter son indépendance, sa grandeur et sa prospérité».

VICTOR CONSIDERANT avait combattu radicalement et à outrance la théorie de la souveraineté populaire soi-disant garantie par le système représentatif. Même en admettant, disait-il, en théorie et d'une façon abstraite, que le parlementarisme incarne vraiment le gouvernement des masses, il n'en est pas moins vrai qu'en pratique il ne saurait être autre chose qu'une fraude continuelle exercée par les hommes au pouvoir. Il ne subsisterait plus alors, entre la démocratie et la monarchie, qui toutes deux ont leur racine dans le système représentatif, qu'une différence des plus insignifiantes ; et cette différence porterait non sur la nature des deux régimes, mais uniquement sur leur rythme. Au lieu d'un seul roi, le peuple se donnerait une foule de roitelets ; et n'ayant pas la liberté et l'indépendance nécessaires pour diriger la vie de l'État, il se laisserait dépouiller docilement de son droit fondamental. Il ne se réserverait que le droit « climatérique et dérisoire » de se donner de temps à autre de nouveaux maîtres.

On peut compléter cette critique du système représentatif par cette observation politique de PROUDHON : « Les représentants du peuple», disait-il, «n'ont pas plutôt conquis le pouvoir, qu'ils se mettent à consolider et à renforcer leur puissance. Ils entourent sans cesse leurs positions de nouvelles tranchées défensives, jusqu'à ce qu'ils réussissent à s'affranchir complètement du contrôle populaire. C'est un cycle naturel et que parcourt tout pouvoir: issu du peuple, il finit par s'élever au-dessus du peuple ».

Aux environs de 1840, ces idées étaient très répandues et à peu près universellement admises. En France tout particulièrement, ceux qui s'occupaient de sciences sociales et les politiciens aux idées démocratiques étaient profondément convaincus de leur vérité. Les cléricaux eux-mêmes mêlaient leurs voix à celles qui condamnaient le système représentatif. Le catholique Louis Veuillot disait: « Quand j'ai voté, mon égalité tombe dans la boîte avec mon bulletin; ils disparaissent ensemble ».

De nos jours, cette théorie est professée par les diverses écoles anarchistes qui la défendent avec beaucoup de force et d'éloquence. Les périls qui découlent de la représentation, alors même que celle-ci est issue du suffrage universel, sont enfin reconnus par Marx et Engels. Ce qui n'empêche pas les marxistes de se servir largement du parlementarisme dans lequel leur théorie voit une arme entre tant d'autres, mais qui constitue en réalité leur seul et unique moyen d'action. Il est bon de noter toutefois que tout en signalant les périls de la représentation, les marxistes s'empressent d'ajouter que le parti socialiste n'a pas à les craindre.

[ÉC : vous allez voir que certains de nos élus marxistes modernes vont nous tenir le même langage.. C’est couru.]

De nos jours, le fait de la souveraineté populaire a été soumis à une critique approfondie par un groupe de savants italiens aux tendances conservatrices. Gaetano Mosca parle de la «fausseté de la légende parlementaire». Il dit que cette façon de concevoir la représentation du peuple comme un transfert libre et spontané de la souveraineté des électeurs (collectivité) à un certain nombre d'élus (minorité) repose sur une prémisse absurde : elle suppose en effet que la minorité peut être rattachée à la volonté de la collectivité par des liens indissolubles. Rien n'est plus faux : une fois le geste électoral accompli, le pouvoir des électeurs sur leurs élus prend fin. Le délégué se considère comme l'arbitre autorisé de la situation. Et il l'est en effet. S'il se trouve encore dans la masse des individus capables d'exercer quelque influence sur le représentant du peuple, ils ne sont jamais bien nombreux : ce sont ceux qu'on appelle les grands électeurs, les gros bonnets de la circonscription et du parti local. Ce sont, en d'autres termes, des individus qui, tout en faisant partie, par leur situation sociale, de la masse souveraine, n'en savent pas moins se glisser dans les groupes oligarchiques, qui tiennent cette masse souveraine sous leur joug.

Cette critique du système représentatif vaut tout spécialement pour la vie moderne qui revêt tous les jours des formes plus complexes. Et à mesure que ces formes se compliquent, il devient de plus en plus absurde de vouloir «représenter» une masse hétérogène, dans tous les innombrables problèmes que fait naître la différenciation croissante de notre vie politique et économique. Représenter signifie faire accepter, comme étant la volonté de la masse, ce qui n'est que volonté individuelle. Il est possible de représenter, dans certains cas isolés, lorsqu'il s'agit par exemple de questions ayant des contours nets et souples et lorsque, par surcroît, la délégation est de brève durée. Mais une représentation permanente équivaudra toujours à une hégémonie des représentants sur les représentés.

(…)

C. FACTEURS INTELLECTUELS

Supériorité intellectuelle des chefs professionnels.
Incompétence formelle et réelle des masses.

Dans l'enfance du parti socialiste, alors que l'organisation, encore faible et aux rangs clairsemés, s'attache surtout à propager les principes élémentaires du socialisme, les dirigeants professionnels sont peu nombreux. La direction du parti est alors assurée par des personnes qui n'y voient qu'une occupation accessoire.

Mais les progrès de l'organisation font surgir sans cesse, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du parti, des besoins toujours nouveaux. Et il arrive un moment où ni l'idéalisme et l'enthousiasme des intellectuels, ni la bonne volonté et le travail dont les prolétaires se chargent spontanément aux heures libres du dimanche ne suffisent plus à satisfaire aux exigences de la situation. C'est alors que le provisoire cède la place au permanent et le dilettantisme au travail professionnel, au métier.

[ÉC : Je voudrais signaler que C’EST PROBABLEMENT LÀ QUE TOUT SE JOUE : c’est parce que le parti doit faire face à une concurrence électorale acharnée (contre les autres partis) que les militants sont ainsi conduits à chercher la performance de leurs chefs à tout prix. Ils y sont conduits mécaniquement à cause du contexte électoral, à cause du système du gouvernement représentatif ; mais cette recherche de la compétence maximale n’est pas inéluctable puisque l’on peut proposer un autre système, sans élections. Dans un système fondé sur le tirage au sort, nous aurions TOUS de PLUS MAUVAIS chefs (beaucoup plus FAIBLES, d’ailleurs), EXPRÈS, parce que c’est précisément ce qui correspond à l’intérêt général.]

Avec la naissance d'une direction professionnelle, s'accentue la différence qui existe entre les chefs et la masse au point de vue de l'instruction. Une longue expérience nous enseigne que parmi les facteurs qui assurent la domination de minorités sur des majorités : l'argent et ses équivalents (supériorité économique), la tradition (supériorité historique), la première place revient à l'instruction formelle de ceux qui prétendent à la domination, c'est-à-dire à la supériorité intellectuelle. Or, l'observation la plus superficielle nous montre que dans les partis du prolétariat, les chefs sont par l'instruction, supérieurs à la masse.

En outre, le mécanisme du parti socialiste offre aux ouvriers, grâce aux nombreux postes rétribués et honorifiques dont il dispose, une possibilité de faire carrière, ce qui exerce sur eux une force d'attraction considérable. Il en résulte qu'un certain nombre d'ouvriers, plus ou moins bien doués au point de vue intellectuel, se trouvent transformés en employés menant une existence de petits bourgeois, mis dans la nécessité et ayant l'occasion d'acquérir aux frais de la masse une instruction supérieure et une vision plus nette des rapports sociaux.

Tandis que le travail professionnel et les exigences de la vie quotidienne rendent inaccessible à la masse une connaissance approfondie de l'engrenage social, et surtout du mouvement et du fonctionnement de la machine politique, l'ouvrier devenu chef est, au contraire, à même, grâce à sa nouvelle situation, de s'initier à tous les détails de la vie publique et d'accroître ainsi sa supériorité sur ses mandants.

À mesure que le métier politique se complique et que les règles de la législation sociale se multiplient, il faut pour s'orienter dans la politique, posséder une expérience de plus en plus grande et des connaissances de plus en plus vastes. Aussi le fossé qui sépare les chefs du gros du parti s'élargit-il également de plus en plus, et il arrive UN MOMENT OÙ LES PREMIERS PERDENT TOUT SENTIMENT DE SOLIDARITÉ AVEC LA CLASSE DONT ILS SONT ISSUS. Il se produit alors une véritable division en sous-classes : celle des capitaines ex-prolétaires et celle des soldats prolétaires. En se donnant des chefs, les ouvriers se créent, de leurs propres mains, de nouveaux maîtres dont la principale arme de domination consiste dans leur instruction plus grande.

Ces maîtres ne font pas seulement sentir leur influence dans l'organisation syndicale, dans l'administration et la presse du parti : ex-ouvriers ou ex-bourgeois, ils monopolisent également la représentation parlementaire de celui-ci.

Tous les partis poursuivent de nos jours un objectif parlementaire. Leur activité évolue sur le terrain électoral et légalitaire, leur fin immédiate consistant dans l'acquisition d'une influence parlementaire, leur fin ultime dans ce qu'on appelle la «conquête des pouvoirs publics».

C'est pour réaliser cette conquête que les représentants des partis révolutionnaires entrent dans le corps législatif. Mais le travail parlementaire qu'ils y accomplissent, d'abord à contrecœur, puis avec une satisfaction et un zèle professionnel croissants, les éloignent de plus en plus de leurs électeurs. Les questions qui se posent devant eux et qui exigent, pour être comprises, une préparation sérieuse, ont pour effet d'élargir et d'approfondir leur compétence technique et d'augmenter d'autant la distance qui les sépare des autres camarades. C'est ainsi que les chefs en arrivent à posséder, s'ils ne la possédaient déjà auparavant, une «instruction» réelle. Et instruction signifie possibilité d'exercer sur les masses un pouvoir de suggestion.

À mesure qu'ils s'initient aux détails de la vie politique, qu'ils se familiarisent avec les différents aspects des questions d'impôts et de douanes et avec les problèmes de la politique extérieure, LES CHEFS ACQUIÈRENT UNE IMPORTANCE QUI LES RENDRA INDISPENSABLES, tant que les partis pratiqueront la tactique parlementaire et peut-être même après qu'ils l'auront abandonnée.

Rien de plus naturel, d'ailleurs, puisque ces chefs ne peuvent être remplacés séance tenante, tous les autres membres du parti étant étrangers au mécanisme bureaucratique, absorbés qu'ils sont par leurs occupations quotidiennes. Grâce à la compétence qu'elles procurent dans des métiers peu ou pas accessibles à la masse, les connaissances techniques des chefs leur assurent virtuellement une INAMOVIBILITÉ qui n'est pas sans porter atteinte aux principes de la démocratie.

La compétence technique qui, nous l'avons vu, élève définitivement les chefs au-dessus de la masse et assujettit celle-ci au commandement de ceux-là, se trouve renforcée plus tard par d'autres facteurs, tels que la routine, le savoir-faire social que les députés acquièrent à la Chambre, et leur spécialisation au sein des commissions. Ces chefs cherchent ensuite naturellement à appliquer à la vie normale des partis les manœuvres apprises dans le milieu parlementaire et grâce auxquelles ils réussissent souvent à endiguer facilement des courants qui leur sont contraires.

Les parlementaires sont passés maîtres dans l'art de diriger les assemblées, d'appliquer et d'interpréter les règlements, de proposer des motions en temps opportun, bref, d'user de toutes sortes d'artifices pour soustraire à la discussion des points controversés, pour arracher à une majorité hostile un vote qui leur soit favorable ou, tout au moins et dans le cas le plus défavorable, pour réduire cette majorité au silence. Et, pour atteindre ce but, les moyens ne manquent pas : depuis la façon habile et souvent ambiguë de poser la question au moment même du vote, jusqu'à l'action suggestive qu'on exerce sur la foule à l'aide d'insinuations qui, tout en n'ayant aucun rapport avec la question, ne laissent pas d'impressionner l'assistance.

En leur qualité de rapporteurs et d'hommes compétents, connaissant les dédales les plus secrets des affaires qu'il s'agit de traiter, beaucoup de députés savent, à force de digressions, de périphrases et de subtilités terminologiques, faire de la question la plus simple et la plus naturelle du monde un mystère sacré dont ils possèdent seuls la clef. Avec tout cela, qu'ils soient de bonne ou de mauvaise foi, ils réduisent les grandes masses, dont ils devraient être les «interprètes théoriques», à l'impossibilité de les suivre et de les comprendre, et à plus forte raison d'exercer sur eux un contrôle technique quelconque. Ils sont les vrais maîtres de la situation, au sens le plus complet du mot.

L'intangibilité des députés s'accroît encore et leur position privilégiée se consolide, grâce à la renommée que leur procurent, aussi bien auprès de leurs adversaires politiques que dans l'opinion publique de leurs partisans, leur talent d'orateur ou de spécialiste, ou le charme de leur personnalité intellectuelle et même physique.

Le renvoi par les masses organisées d'un leader universellement estimé jetterait sur le parti, même aux yeux du pays, un profond discrédit.

Si les masses composant le parti poussaient jusqu'à l'extrême de la séparation un désaccord avec les chefs, il en résulterait pour elles un dommage politique énorme. D'un côté, il s'agirait de remplacer immédiatement dans leurs fonctions les chefs démissionnaires qui ne sont parvenus à se familiariser avec la matière politique qu'après des dizaines d'années de travail pratique inlassable ; or, quel est le parti qui puisse trouver du jour au lendemain des forces nouvelles en nombre suffisant et de qualité voulue pour opérer cette substitution? D'un autre côté, n'est-ce pas à l'influence personnelle de leurs vieux chefs parlementaires que les masses doivent une bonne part de leurs succès dans le domaine de la législation sociale et dans la lutte pour la conquête de libertés politiques générales?

Les masses démocratiques subissent ainsi, et là-dessus aucun doute n'est possible, une restriction de leur volonté, lorsqu'elles sont obligées de revêtir leurs chefs d'une autorité qui, à la longue, détruit le principe même de la démocratie. C'est dans leur indispensabilité que réside le titre le plus efficace des chefs.

Quiconque est indispensable soumet à son pouvoir tous les puissants et seigneurs de la terre.

L'histoire des partis ouvriers nous offre tous les jours des cas où les chefs s'étant mis en contradiction flagrante avec les principes fondamentaux du mouvement, les militants ne se décident pas à tirer de cette situation toutes les conséquences qui en découlent logiquement.

(…)

DEUXIÈME PARTIE LE CARACTÈRE DOMINATEUR DES CHEFS

(Lire la suite… Ce livre est passionnant. À lire et à relire. À travailler.)

PLAN : (en gras, les extraits reproduits ci-dessus)

PREMIÈRE PARTIE : LES CHEFS DANS LES ORGANISATIONS DÉMOCRATIQUES

A. - Causes déterminantes d'ordre technique et administratif

CHAPITRE PREMIER. - Introduction. Nécessité de l'organisation
CHAPITRE II. - Impossibilité mécanique et technique du gouvernement direct des masses

CHAPITRE III. - Le parti démocratique moderne comme parti militant. Le «militantisme»

B. - Causes déterminantes d'ordre psychologique

CHAPITRE PREMIER. - Le droit moral à la délégation
CHAPITRE II. - Le besoin de chefs chez les masses
CHAPITRE III. - La gratitude politique des masses
CHAPITRE IV. - Le besoin de vénération chez les masses
CHAPITRE V. - Caractères accessoires des chefs

C. - Facteurs intellectuels

Supériorité intellectuelle des chefs professionnels
Incompétence formelle et réelle des masses

DEUXIÈME PARTIE : LE CARACTÈRE DOMINATEUR DES CHEFS

CHAPITRE PREMIER. - La stabilité des chefs
CHAPITRE II. - La puissance financière des chefs et du parti
CHAPITRE III. - Les chefs et la presse
CHAPITRE IV. - L'attitude des chefs à l'égard des masses
CHAPITRE V. - La lutte pour le pouvoir entre les chefs CHAPITRE VI. - Bureaucratisme. Tendances centralisatrices et décentralisatrices

TROISIÈME PARTIE : L'EXERCICE DU POUVOIR ET SES RÉACTIONS PSYCHOLOGIQUES SUR LES CHEFS

CHAPITRE PREMIER. - La métamorphose psychologique des chefs
CHAPITRE II. - L'idéologie bonapartiste
CHAPITRE III. - Identification du parti et du chef. «Le parti, c'est moi»

QUATRIÈME PARTIE : ANALYSE SOCIALE DES CHEFS

CHAPITRE PREMIER. - Introduction : la lutte de classes et son action dissolvante sur la bourgeoisie
CHAPITRE II - Les chefs socialistes d'origine bourgeoise
CHAPITRE III. - Les transformations sociales produites par l'organisation
CHAPITRE IV. - Le besoin de différenciation dans la classe ouvrière
CHAPITRE V. - Les chefs ouvriers d'origine prolétarienne
CHAPITRE VI. - Les partis ouvriers et la question dite des intellectuels

CINQUIÈME PARTIE : ESSAIS DE LIMITATION DU POUVOIR DES CHEFS

CHAPITRE PREMIER. - Le référendum
CHAPITRE II. - Le postulat du renoncement
CHAPITRE III. - L'action prophylactique du syndicalisme
CHAPITRE IV. - L'action prophylactique de l'anarchisme

SIXIÈME PARTIE : SYNTHÈSE: LES TENDANCES OLIGARCHIQUES DE L'ORGANISATION

CHAPITRE PREMIER. - La base conservatrice de l'organisation
CHAPITRE II. - La démocratie et la loi d'airain de l'oligarchie
CHAPITRE III. - Considérations finales

Source : http://www.archive.org/details/lespartispolitiq00michuoft


Encore un commentaire :

Je vois dans ces analyses UN FONDEMENT RATIONNEL POUR UN TIRAGE AU SORT GÉNÉRALISÉ EN POLITIQUE, de façon à éviter cette compétition politique générale, entre des camps retranchés et ennemis, qui condamne les humains à se regrouper en partis pour voir reconnus leurs points de vue.

La critique du système représentatif est menée sur deux fronts n’ayant pas grand-chose à voir ensemble : PAR LA DROITE (les privilégiés qui ne veulent donner au peuple AUCUN pouvoir et rétablir un système de castes aristocratiques) ET AUSSI PAR LA GAUCHE (les anarchistes et libertaires qui veulent que le peuple ait TOUT le pouvoir, sans aucune représentation).

Mais traiter de « fascistes » TOUS ceux qui remettent en cause la représentation politique (et l’inacceptable réduction du précieux « suffrage universel » à « la seule élection de représentants »), MÊME CEUX qui veulent remplacer le gouvernement représentatif par une vraie démocratie, mélanger ainsi toutes les critiques radicales par le seul fait qu’elles soient toutes radicales, c’est faire le jeu des vrais fascistes, eux qui haïssent le gouvernement représentatif tout en haïssant plus encore la démocratie véritable.

Selon LE RÉGIME QUE L’ON VEUT METTRE À LA PLACE du gouvernement représentatif (une monarchie, une aristocratie, une tyrannie ou une démocratie vraie), on mène une critique ‘redoutable’ ou ‘remarquable’ des impostures actuelles : MÉLANGER TOUTES CES CRITIQUES COMME ‘DÉTESTABLES’ est, au mieux, une erreur, au pire une trahison.

C’est aux citoyens de décider eux-mêmes s’ils veulent être représentés où pas, et si oui, comment.

Ce n’est certainement pas aux représentants, ni aux professionnels de la politique (tous en conflit d’intérêts évident en la matière), de décider si les citoyens doivent être représentés et comment.

Étienne.

mardi 8 février 2011

L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie ! Oui, mais pas de démocratie sans tirage au sort ! (28)

Journaliste au Monde, spécialiste de l'écologie et animateur du site Reporterre.net, Hervé Kempf vient d'écrire à nouveau un bon livre : "L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie !".

C'est un bon récapitulatif des turpitudes, des malhonnêtetés, de la corruption généralisée de nos prétendues élites, sous couverture (prétendument) démocratique.

Tous les faits sont bien sourcés (c'est l'exigence d'un bon journaliste du Monde — il y en a encore quelques uns — qui veut ça) : on pourra donc puiser là de bonnes raisons de s'indigner, preuves à l'appui.

Mais si ce n'était que ça, il ne serait pas le premier et ce ne serait pas très original. J'ai à la maison quelques autres ouvrages qui décrivent en détail (depuis des siècles) les intrigues et les outils des riches d'une l'époque pour conserver et accroître leurs privilèges : tyrannie, empire, colonisation, terreur, propagande, mensonges, traîtrises, idéologie de la propriété et du travail forcé, institutionnalisation du chômage qui rend tout le monde docile, prise de contrôle de la création monétaire, puis des partis, donc des élus, financement des fascismes et des totalitarismes (de gauche comme de droite), novlangue, storytelling, fabrique du consentement, diabolisation des opposants anti-oligarchiques significatifs, focalisation de l'opinion sur de faux ennemis (appelés "barbares" puis "terroristes", ou "extrémistes" ou "antirépublicains"), attentats sous faux drapeau, lobbying, pantouflage, corruption, guerre 1) brutale quand la révolution menace trop les riches et 2) permanente pour faire tourner les usines et pour entretenir un besoin de sécurité (techniques classiques de la maffia historique : terroriser, puis se présenter en protecteur, en échange de la docilité et du travail forcé)...

Voyez cet aperçu, la meilleure moitié de ce que j'ai sur la question (cliquer pour agrandir, puis Ctrl+roulette pour agrandir encore) :


Bibliographie personnelle sur LES MÉFAITS ET MÉTHODES DES RICHES, partout sur terre.

Pour une biblio complémentaire et spécifique sur le hold-up des riches sur la création monétaire, voyez ici.

En plus de proposer un florilège personnel — dense, court et fiable, donc utile à tous — des pires corruptions et trahisons du moment, l'originalité du livre d'Hervé Kempf est surtout de mettre UN NOM — OLIGARCHIE — sur cette corruption des pouvoirs politiques publics par des puissances économiques privées, et au passage, de nettoyer, de décaper un peu — mais pas assez à mon avis, pas jusqu'au bout, j'y reviendrai — un autre nom galvaudé, déformé, inverti — DÉMOCRATIE.

Extraits :

Certains écologistes doutent de la sagesse du peuple et, plutôt que la démocratie, recommandent un pouvoir autoritaire. Mais ils commettent une erreur fondamentale : ils croient que nous sommes en démocratie. En réalité, le capitalisme finissant glisse vers une forme oubliée de système politique. Ce n'est pas la démocratie — pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple —, ce n'est pas la dictature — pouvoir d'un seul aux fins qui lui sont propres —, c'est l'oligarchie : le pouvoir de quelques-uns, qui délibèrent entre eux des solutions qu'ils vont imposer à tous.

Il est de l'intérêt des puissants de faire croire au peuple qu'il est en démocratie. Mais on ne peut pas comprendre le moment présent si l'on n'explore pas la réalité soigneusement occultée : nous sommes en oligarchie, ou sur la voie de l'oligarchie. Ce livre mène cette exploration.

(...)

Le sociologue anglais Colin Crouch, dans un essai remarquable, a décrit la situation politique sous le terme de « postdémocratie », qui correspond assez bien à la forme actuelle du régime oligarchique : « Même si les élections existent et peuvent changer les gouvernements, le débat électoral est un spectacle soigneusement contrôlé et géré par des équipes rivales de professionnels experts dans les techniques de persuasion. Le débat porte sur le petit nombre de dossiers sélectionnés par ces équipes. La masse des citoyens joue un rôle passif, voire apathique, en ne réagissant qu'aux signaux qui lui sont envoyés. Derrière le spectacle du jeu électoral, la politique réelle est définie en privé dans la négociation entre les gouvernements élus et les élites qui représentent de manière écrasante les intérêts des milieux d'affaires. »

Répétons-le : l'oligarchie, ce n'est pas la dictature, c'est le gouvernement par le petit nombre des puissants. Entre eux, ils discutent, réfléchissent, s'opposent, rivalisent. Ils font « démocratie », mais entre eux, sans le peuple. Et quand la décision est prise, elle s'impose, même si l'on y mettra les formes en habillant avec un art consommé la procédure électorale et la discussion publique.

La classe ouvrière a perdu sa conscience unitaire, le peuple ne se voit plus comme tel, la société se croit une collection indistincte d'individus segmentée en communautés ethniques, religieuses, régionales ou sexuelles. L'oligarchie, elle, a une conscience de classe aiguisée, une cohérence idéologique sans faille, un comportement sociologique parfaitement solidaire.

Elle a gagné, et il faut vraiment faire profession de politologue pour affecter de ne pas le savoir. L'un des trois hommes les plus riches du monde, Warren Buffet, le dit sans ambages. Il reçoit en 2006 un journaliste, qui raconte la scène : « Il s'avéra que M. Buffet, avec un revenu immense, payait une fraction beaucoup plus petite, mais vraiment beaucoup plus petite de son revenu en impôt que les secrétaires ou employés travaillant dans ses bureaux. Durant la discussion, il apparut que M. Buffet n'utilisait aucune ruse fiscale. Il payait juste ce que les services des impôts demandaient. "Comment est-ce possible, comment cela peut-il être juste ?", demanda-t-il. J'étais d'accord avec lui, mais je lui dis que quiconque essaierait de poser ce problème serait accusé de fomenter la lutte des classes. "Il y a une lutte des classes, tout à fait", répliqua M. Buffet, "Mais c'est ma classe, la classe des riches, qui mène la guerre, et nous la gagnons". »

(...)

Vingt ans plus tard, le fait que des chefs d'État à la retraite fassent commerce de leur célébrité et de leur influence ne choque plus personne. Tony Blair, ex-Premier ministre britannique, peut atteindre un cachet de 616000 dollars pour deux conférences de trente minutes, Bill Clinton, ex-Président des États-Unis, est coté jusqu'à 450000 dollars la conférence - entre 2001 et 2007, il a ainsi accumulé 40 millions de dollars -, Al Gore, ex-vice président, prend la parole pour 100000 dollars. Pour José Maria Aznar, Premier ministre d'Espagne retraité, comptez 40000 euros, pour John Major, ex-Premier ministre britannique, 60000 dollars, pour Helmut Kohi, chancelier d'Allemagne... ah, le tarif n'est pas public, mais Gerhard Schrôder, autre chancelier, animera votre soirée pour 75 000 dollars.

Beaucoup de ces hommes politiques complètent leurs honoraires de conférences par des conseils rémunérés aux entreprises, banques, fonds d'investissement et par la participation à des conseils d'administration. Notez que les figures cataloguées comme « de gauche », Tony Blair et Gerhard Schröder, comptent parmi les plus brillants affairistes du lot, sans trop s'embarrasser d'éventuels conflits d'intérêt : Schröder a ainsi été embauché comme conseiller, à 250 000 euros par an, par la firme russe Gazprom, alors que, en tant que chancelier, il avait signé deux mois auparavant, en septembre 2005, un accord gazier avec la Russie, Quant à Tony Blair, il a accumulé 17 millions d'euros en moins de trois ans, après son départ de Downing Street, en 2007 - et opérait un astucieux montage fiscal pour échapper au percepteur ». Il suivait l'exemple de l'ancien Premier ministre du Canada, Jean Chrétien, devenu homme d'affaires après qu'il eut quitté le pouvoir en 2003, scellant de nombreux contrats aux quatre coins de la planète - dernier en date : un casino de plusieurs milliards de dollars à Hô Chi Minh-Ville, au Vietnam.

(...)

En oligarchie, la réussite signifie notamment la mise en coupe réglée de l'État Le mot «réglé» est ici important: il ne s'agit pas de le ruiner, comme dans une dictature africaine où une extraction trop violente des richesses maintient le peuple dans la misère, mais de « régler » le prélèvement sans tuer la bête. Tout l'art consiste à ne pas déclencher au sein de populations chez qui subsistent des réflexes démocratiques une rébellion qui menacerait la pérennité de l'exploitation. L'adéquat niveau de prélèvement et les formes selon lesquelles il s'exerce attestent du savoir-faire de l'oligarchie. Ils varient selon les pays, les cultures nationales, les histoires. Partout, cependant, un mouvement général de privatisation du bien commun a été entrepris avec le rebond du capitalisme dans les années 1980. La hausse stupéfiante des inégalités manifeste le succès de cette entreprise.

(...)

Et comme dans la Russie post-soviétique, ce sont des hauts fonctionnaires, formés à l'Ecole nationale d'administration (ENA) qui se sont trouvés les mieux placés pour profiter des privatisations qu'ils pilotaient depuis les cabinets ministériels.

Une nouvelle carrière des honneurs s'est ainsi mise en place, que résume à merveille ce dialogue entre deux notabilités « socialistes » : « En juin 1984, Pierre Moscovici, sorti sixième de l'ENA, téléphone à celui qui fut son professeur [Dominique Strauss Kahn] pour lui demander ce qu'il pense de l'Inspection des finances [un corps d'État prestigieux qui accueille les meilleurs élèves de l'ENA] : "C'est la meilleure business-school française. Vous y restez quatre ans et vous gagnez plein de fric." Et le Trésor ? "C'est un peu moins bien, mais, là aussi, vous faites quatre ans et vous gagnez du fric." »

(...)

Les allers-retours entre postes de la haute administration et conseils d'administration des grandes entreprises se sont aussi multipliés. La présidence de George W. Bush (de 2001 à fin 2008) allait pousser cette osmose à un degré sans doute jamais atteint. Une enquête du Denver Post montrait par exemple en 2004 que plus de cent lobbyistes avaient été embauchés dans les services d'État chargés de contrôler les industries qui les employaient juste auparavant !

Le président Obama a desserré la longe avec les milieux d'affaires, mais pas au point de creuser un fossé infranchissable. M. Obama, qui avait collecté deux fois plus de fonds pour financer sa campagne présidentielle en 2008 que son rival McCain (745 millions de dollars contre 368), a intégré dans son équipe gouvernementale des personnalités venues du monde financier, comme Lawrence Summers, Timothy Geithner et Peter Orszag, tous trois très liés avec Robert Rubin, ex-président de Goldman Sachs et artisan, sous Bill Clinton dont il était le secrétaire au Trésor, d'une accélération de la dérégulation financière. Le ministre de la Justice, Eric Holden, a quant à lui travaillé chez Covington & Burting, un cabinet juridique défendant les intérêts des grandes entreprises, tandis que Dennis Blair, directeur jusqu'en mai 2010 des services d'espionnage, le National Intelligence, était auparavant membre du conseil d'administration d'une compagnie de matériel militaire, EDO Corp. James Jones, conseiller pour la Sécurité nationale, était pour sa part l'un des directeurs de Boeing et de Chevron. D'autres représentants des corporations ont été nommés par la nouvelle administration à des postes moins visibles, tels Isi Siddiqui, ancien vice-président de Croplife, association des entreprises de pesticides et de biotechnologies végétales, comme négociateur pour les questions agricoles, Michael Taylor, ancien vice-président de Monsanto, comme commissaire adjoint à l'Agence de l'alimentation et des médicaments (FDA), ou William Lynn, ancien lobbyiste pour la firme d'électronique militaire Raytheon, au poste de ministre adjoint à la Défense. Au total, le journaliste Timothy Carney a recensé 45 ex-lobbyistes à des positions importantes de l'administration Obama. Et moins de deux ans après l'entrée en fonction du Président, certains commençaient à quitter le gouvernement, pour rejoindre... des cabinets de lobbying. C'est le cas de Darnon Munchus, un adjoint de Timothy Geithner, reparti au printemps 2010 vers Cypress Group, qui défend les intérêts des hedge funds et autres gérants de produits dérivés.

(...)


Un ami qui veut votre bien public

Le deuxième volet de la marchandisation de la sphère publique a consisté à engager un mouvement général de privatisation des entreprises détenues par l'État. Lancé dans les années 1980, il avait un but autant pratique qu'idéologique: fournir des recettes aux États tout en faisant reculer la possibilité d'intervention de ceux-ci dans la vie économique. Mais la chrysalide idéologique s'est vite transformée en papillon cupide : comme on l'a vu à travers quelques exemples précis, la privatisation a enrichi ceux qui la mettaient en œuvre comme ceux qui s'appropriaient les biens publics, dans la mesure où les entreprises cédées l'ont souvent été à des prix amicaux. Un exemple intéressant est celui des sociétés d'auto-routes françaises privatisées en 2005 pour 11 milliards d'euros, alors que, largement amorties, elles dégageaient plus d'un milliard d'euros de bénéfices par an. Le vol du bien public était si flagrant que le gouvernement dut l'imposer à l'Assemblée nationale par un débat sans vote.

Un si délicieux exemple - lui-même inspiré des privatisations espagnoles - ne pouvait manquer de susciter la même idée au Royaume-Uni où Margaret Thatcher et Tony Blair n'ont pas réussi à tout dénationaliser : la banque Rothschild a donc proposé en 2010 un plan massif de privatisation des autoroutes britanniques.

La France de M. Sarkozy, qui concourt pour la médaille d'or - très disputée - du régime oligarchique le plus cynique d'Occident, a renchéri en privatisant l'activité des jeux de hasard et des paris sur Internet par une loi d'urgence, votée toutes affaires cessantes en mai 2010, cassant le vieux monopole d'État sur les loteries et autres paris hippiques. C'est qu'il s'agissait d'assurer aux amis du président de la République, patrons de sites de jeux comme Stéphane Courbit et Dominique Desseigne, ou directeurs de chaînes de télévision comme Martin Bouygues et Vincent Bolloré, la part du gâteau en pleine expansion des paris sportifs sur Internet Que la loi dépouille l'État de ses recettes, affaiblisse sa capacité de régulation, et développe les comportements addictifs des joueurs - autant de gens qui ne penseront pas à être citoyens - n'est pas seulement une négligence : c'est bel et bien le but recherché. La discussion parlementaire avait donné lieu à un échange intéressant entre le député socialiste Gaétan Gorce et le ministre du Budget, Éric Woerth. « Certaines sociétés de télévision, expliquait M. Gorce, pourront faire des résultats à la fois sur leur activité de radiodiffusion, sur les paris qu'elles organisent, sur les retransmissions qu'elles présentent et sur la publicité qu'elles touchent. Telle est la conception que vous avez de la concurrence. Nous avions un monopole public, nous allons vers un oligopole privé. » Réponse d'Éric Woerth : « Nous faisons très attention aux conflits d'intérêts. Peut-être n'en avons-nous pas tout à fait la même notion. » M. Woerth parle d'or : les oligarques n'ont pas la même notion des conflits d'intérêts - le mélange entre une position publique et des intérêts privés - que les démocrates.

Après avoir d'abord rendu aux intérêts privés les entreprises industrielles, les gouvernements oligarchiques se sont attaqués aux activités de services (transports, électricité, télécommunications, jeux), encouragés par une Commission de Bruxelles poussant le principe de la concurrence jusqu'à l'absurde.

Enfin, absurde du point de vue de l'intérêt général, mais pas de celui des bénéfices privés. Comme l'écrit James Galbraith, « les membres de cette nouvelle classe ont décidé de s'emparer de l'État et de le gérer, non pour mettre en œuvre un projet idéologique, mais de la façon qui leur rapporte le plus d'argent, qui perturbe le moins leur pouvoir et qui leur offre le plus de chances d'être renfloués au cas où quelque chose tournerait mal. Bref, ils ont décidé d'agir en prédateurs vis-à-vis des institutions existantes ».

Quand, faute de gibier, le plaisir de la privatisation des entreprises publiques tend à s'éteindre, on procède par d'autres voies au démantèlement de l'État : par exemple en stimulant la concurrence privée sur de grands services publics comme la santé ou l'éducation. La méthode est simple : d'une part assèchement en douceur mais régulier des budgets publics et d'autre part encouragement par diverses mesures discrètes du secteur privé. Ainsi, le secteur public se dégrade peu à peu, et ceux qui peuvent payer placent leurs enfants ou se font soigner dans le privé, ce qui justifie de nouveaux encouragements étatiques au secteur privé, en arguant de l'« inefficacité du public ».

Une autre méthode de prédation des biens publics se présente sous l'appellation de « partenariat public-privé ». L'ami qui vous serre la main droite en plongeant sa main gauche dans votre poche pour prendre votre portefeuille est un partenaire. Initiée en Grande-Bretagne, sous le nom de «private finance initiative », la démarche consiste à faire financer par le secteur privé un investissement d'intérêt public, tel que faculté, prison, palais de justice, gendarmerie, hôpital. Construction, entretien et fonctionnement du projet sont assurés par le « partenaire », dont la rémunération est assurée par un loyer que lui verse l'État pendant plusieurs dizaines d'années. L'État continue ainsi à lancer des projets jugés utiles, sans recourir directement à l'endettement. Discutable sur le fond - c'est une façon de creuser la dette publique sans que cela apparaisse dans les comptes comme tel -, le procédé assure un bénéfice appréciable à l'entrepreneur privé, sans garantie de meilleure efficacité (...)

Le partenariat public-privé présente deux autres intérêts pour les prédateurs : d'une part, le procédé accroît le pouvoir des grandes entreprises, les seules à mêmes d'emporter le marché global - alors que quand le projet est mené par une collectivité publique, ses divers lots sont accessibles à des PME (petites et moyennes entreprises). Et d'autre part, ils légitime insidieusement le fait que le secteur privé assume, au moins partiellement, des charges relevant des fonctions dites régaliennes de l'État, comme la justice.

(...)

C'est au cœur même des institutions politiques que la dégénérescence de la démocratie serait engagée, selon Arundhati Roy: « La majorité des députés sont millionnaires. Vous ne pouvez gagner que si vous êtes appuyé par les grandes compagnies. Savez-vous que la campagne électorale en Inde a coûté plus cher que la présidentielle aux États-Unis ? » Quant aux contre-pouvoirs, tels que la Cour suprême ou les médias, ils seraient pour l'essentiel passés aux mains des élites américanisées. « Toutes les institutions de la démocratie ont été vidées de leur sens et travaillent ensemble au bénéfice des élites », affirme-t-elle. « Il y a une infiltration de tous les instruments de l'État, une érosion des libertés publiques, des injustices quotidiennes mais peu spectaculaires. » Quand on lui fait valoir qu'elle est libre de s'exprimer, d'écrire et de parler, elle répond : « Ce n'est pas ça, la démocratie. La démocratie, c'est le gouvernement du peuple et pour le peuple. »

Dans ces conditions, y a-t-il un espoir ? « Il y a une chose très positive en Inde: les gens sont exceptionnellement conscients de ce qui se passe. Les élites et les médias, non. Mais, sur le terrain, les gens savent. » (...)


La liste des dégueulasseries ploutocratiques (que je n'ai pas la place ni le temps de détailler toutes) est édifiante, révoltante : les agences de notation (totalement corrompues mais jamais inquiétées), les lobbyings très lucratifs et la pourriture profonde des élus achetés comme des truands, la propagande médiatique devenues une science exacte du mensonge et de la manipulation grâce à l'emprise inédite (et l'appropriation par les riches) de la télévision, la disparition des ouvriers des écrans prostitués, les journalistes décorés eux aussi prostitués et collabos du régime, les faux débats et la dépolitisation, la terreur infligée aux vrais journalistes (Denis Robert, par exemple) pour dissuader les autres, la passivité du corps social face aux agressions infinies des riches de plus en plus décomplexés, l'hypnose par la réclame et par les éditoriaux des éditocrates, le prêt à penser des partis politiques homogénéisés en bipartisme de façade, la relégation des rebelles à leur solitude, la lutte égoïste pour le confort matériel et la rivalité ostentatoire du haut en bas de la pyramide sociale, l'entretien et la mise en scène de l'extrême pauvreté pour inquiéter de proche en proche tous les travailleurs par la peur de régresser, les truanderies électorales et autres coup d'État comme le traité de Lisbonne et sa ratification parlementaire, l'aveuglement des politiciens face à l'urgence écologique, la nécessaire reconquête de la démocratie, la solution du vote écologiste (bof), le regain du débat sous la pression citoyenne (hum), la nécessaire vertu qui doit animer la Cité démocratique (erreur fondamentale, je pense : si on compte sur la vertu de qui que ce soit, on rêve, on va attendre longtemps... La vertu, ça s'incite et surtout, ça se contrôle)......

Un livre très riche, donc, très intéressant.

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MAIS,
• nulle part, Hervé ne fait le lien entre ces abus de pouvoirs des riches et LE DROIT qui permet aux riches de perdurer ;
nulle part Hervé ne considère L'ÉLECTION comme LA procédure mensongère et corruptrice,
• nulle part, malgré nos conversations passées, Hervé n'analyse encore l'élection comme LA modalité incompatible avec la démocratie, la cause des causes, celle qui introduit durablement dans la Cité le ver de l'aristocratie et de la corruption,
• NULLE PART HERVÉ N'IDENTIFIE LE TIRAGE AU SORT COMME L'ÉLÉMENT FONDATEUR ET PROTECTEUR DE TOUTE DÉMOCRATIE DIGNE DE CE NOM.

Il manque donc un chapitre —et un sous-titre— au livre d'Hervé, qui seraient :
L'ÉLECTION ÇA SUFFIT, PAS DE DÉMOCRATIE SANS TIRAGE AU SORT !

Je le lui dirai bientôt (affectueusement), puisqu'il nous rend visite en Provence les jours prochains :

• mercredi 9 février 2011, à Aix en Provence, à Sciences Po (25 rue Gaston de Saporta), à 18h15,
• jeudi 10 février 2011, à Marseille, à l’Equitable Café (54 Cours julien), à 19 h 30,
• et vendredi 11 février, à Draguignan, à l'IUFM, à 18 h 30.

Merci Hervé, pour ce nouveau livre. C'est de plus en plus clair.

Étienne.

lundi 10 décembre 2007

Maxi traité compliqué, imposé par violence, mais toujours avec l'interdiction faite aux États de créer la monnaie, hara-kiri monétaire qui entraîne chômage et pauvreté (27)

« Le traité européen de Lisbonne est-il fondamentalement différent de celui rejeté en 2005 ? »

Je vous donne rendez-vous jeudi 13 décembre 2007 à 14 h sur le site lemonde.fr
pour un débat en direct avec les internautes (un "chat"), pendant une heure :

http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-3214,55-987730,0.html

 


J’espère qu’on aura un peu de temps pour débattre du hara-kiri monétaire de l’
article123 du TME (Traité modifié de Lisbonne),
cet article qui nous ruine tous et qu’on n’arrive pourtant pas à faire apparaître dans le débat public.

 

   
Article 123
du traité consolidé :
 
  1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées "banques centrales nationales", d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l'acquisition directe, auprès d'eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.
 


Commentaire important : le commun des mortels ne peut pas comprendre la gravité de cet article.
 
Pour comprendre la portée de cette interdiction pour l’État d’emprunter à sa banque centrale, il faut savoir que
c’est en empruntant auprès de leur banque centrale que les États créent créaient la monnaie.
 
Il y a longtemps que les États ont accepté de partager ce pouvoir immense de battre monnaie avec les banques privées. (Et ce n'est pas parce que c'est une vieille affaire que c'est une affaire honnête, ni une bonne affaire.)
 
Mais, depuis 1974 en France — et depuis 1992 en Europe (article 104 de Maastricht, transformé en article 123 dans le TME) —, la création monétaire n’est même plus partagée entre les États et les banques privées : la création monétaire est devenue l’exclusivité des banques privées  et tout le monde — y compris l’État ! — doit, depuis, leur payer des intérêts ruineux ! C’est un cauchemar : cela signifie concrètement que tout investissement public coûte désormais beaucoup plus cher que son prix puisqu’il faut payer des intérêts ! Le coût des investissements peut dépasser le double du prix quand on rembourse sur 15 ou 20 ans. Le double... Mais pour quoi faire ? Pour quelle bonne raison s'impose-t-on de payer le double tout ce dont on a besoin ? Pour l'intérêt de qui ?
 
 Or, il faut bien garder en tête que ce n’est pas du tout une fatalité, car l’État n’a pas à payer d’intérêts (aucun !) sur la monnaie qu’il crée lui-même en empruntant (et qu’il détruit en remboursant). Si nous devons payer tous ces intérêts, ce n’est donc pas du tout une fatalité : c’est le résultat d’une politique ; une politique critiquable qui ressemble beaucoup à un hara-kiri.
 
Et en montant cette interdiction au plus haut niveau du droit, international et constitutionnel, par le moyen génial (pour les banques) des traités de l’Union européenne, nos représentants ont rendu ce sabordage quasiment IRRÉVERSIBLE !
 
Le grand inspirateur de l'Union Européenne, Jean Monnet, était un banquier américain, ça se voit partout dans les institutions européennes — lire l'excellent petit livre de Jean-Pierre Chevènement, "La faute de Monsieur Monnet", il faut le lire assis, c'est consternant —, c'est bien clair, mais décidément, tout cela n'a pas grand chose à voir avec l'intérêt général.
 
Je ne sais pas comment les banques ont fait pour obtenir de nos gouvernements ce privilège extravagant et ruineux (pour nous tous), ça m’intéresserait de le savoir.
 
Je voudrais bien qu’on m’explique en quoi ce sabordage monétaire sert l’intérêt général.
 
Et ne me parlez pas de "planche-à-billet-source-d'inflation", s'il vous plaît : en effet, cette "planche à billet" ne s'est pas du tout arrêtée en 1974 : elle a seulement changé de mains... et elle tourne ! L'augmentation de M3 (la masse monétaire) est de 11% par an sur la zone euro ! Elle chauffe, même, cette planche à billets, dans les mains des banquiers... Alors qu'on ne vienne pas me dire qu'elle crée plus d'inflation quand c'est l'État qui s'en sert et que le sabordage monétaire s'impose pour nous protéger de l'inflation, ça ne tient pas.
 


Remarques complémentaires intéressantes :
 

• Depuis 1974, la dette et le chômage augmentent sans cesse.
 
Est-ce une coïncidence, un détail ? Vous êtes sûr que ça n’a pas de rapport avec la création monétaire insuffisante ou trop coûteuse ? Alors lisez la suite.

• Dans toutes les expériences de monnaies libres, quand les hommes excédés par la misère et le chômage s’émancipent autoritairement de la férule des banques pour produire librement une monnaie non pas abondante (source d’inflation) mais suffisante, le chômage et la misère disparaissent dans les semaines qui suivent. Moi, je trouve cette information intéressante. Pas vous ? 
Et ce n’est pas tout : dans ces expériences, passionnantes, le chômage et la misère réapparaissent dès que la Banque centrale intervient pour supprimer la monnaie libre et réimposer sa monnaie rare et chère… C’est quand même interpellant, non ? Ça ne vous tire pas le neurone ? On ne pourrait pas avoir un petit débat sur le sujet ?

Je me trompe peut-être, OK, mais on pourrait creuser un peu la question, non ? Faire des enquêtes, des expériences, des études poussées, non ? Au lieu de ce silence radio désespérant… 
Que font donc les journalistes « professionnels » ? Ils dorment ? Trop occupés avec les jeux de balle, les faits divers et les recettes de cuisine ? Où sont donc les sentinelles du peuple, ces indispensables inquiéteurs de pouvoirs ? Comment pourrions-nous faire surgir les vraies questions importantes dans le débat public ?!
 
Cette affaire d'État impacte fortement presque TOUS les dossiers qui comptent... et on n'en parle pas.
 
Comment parler de pouvoir d'achat sans évoquer la création monétaire définitivement abandonnée aux banques privées ?
 
Comment parler de la dette publique, des dépenses publiques "impossibles" (c'est trop cher), des "déficits" de la sécu et de la "faillite" de l'État sans accuser au premier chef l'incurie de ceux qui ont délibérément contraint la puissance publique à payer des intérêts inutiles aux agents les plus oisifs et les plus inutiles de la société ?
 
Comment chercher honnêtement des moyens de lutter contre le chômage et la pauvreté sans au moins envisager la rareté — totalement artificielle — de l'argent permanent et gratuit ?
La monnaie d'endettement — la seule qu'on nous laisse aujourd'hui — est de l'oxygène toxique pour l'économie, de l'air qu'il faudra rendre en retenant sa respiration d'autant, et même augmenté des intérêts... C'est un processus asphyxiant, c'est une cage.
 
Comment trouver des ressources pour l'université, la recherche et la justice alors que nos propres gouvernants ruinent littéralement l'État en le privant définitivement d'une ressource essentielle ? Où est la cohérence des ces prétendus "grands argentiers" qui vendent aujourd'hui un à un tous les biens de l'État pour simplement finir les fins de mois, alors qu'ils ont garanti aux prêteurs privés oisifs une rente qui leur permet d'attendre simplement sans rien faire que les intérêts tombent chaque mois sur leur tas d'or ?
 
 
Je viens d’apprendre que Marx disait que la première condition de la liberté de la presse, c’est de ne pas être un métier. C’est intéressant, non ?
 
Mais il n'y a pas que les "journalistes" qui restent cois : que font donc les militants politiques, les syndicats, les associations, et tous les citoyens intellectuellement actifs, à ce sujet ?
 
Nous avons là un boulevard pour émanciper le plus grand nombre du chômage et de la misère... et ce boulevard reste désespérément vide.
 
Cette affaire coûte à la France environ 80 milliards d'euros ! Tous les ans... Et le problème est le même dans tous les pays de la zone euro.
Moi, je trouve que ça vaut bien un débat national, sérieux, honnête et approfondi...
 
Non ?
 
Pour une référence solide sur la monnaie, lire Maurice Allais, un grand libéral, Prix Nobel d’économie 1988, grand spécialiste de la monnaie sur laquelle il a travaillé toute sa vie : lire et relire ce texte absolument essentiel où il condamne sans réserve le scandale de l’abandon de la création monétaire par les États aux banques privées :

« La crise mondiale d’aujourd’hui - Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires »

 
Mais allez aussi lire le billet de blog sur la monnaie, ainsi que le forum sur la monnaie. Voyez aussi "Le site dénonçant les faux-monnayeurs", précieuse ressource.

  Et on en parle en direct jeudi après-midi, sur le site du Monde, si le cœur vous en dit.
 
Étienne.
 

samedi 27 octobre 2007

Exigence populaire que tout nouveau traité soit soumis à référendum : pour une pétition unique. (13)

Comme ils l'ont toujours fait depuis cinquante ans, les gouvernements européens ont à nouveau décidé de modifier eux-mêmes les institutions européennes sans consulter leur peuple par référendum.

Les pétitions exigeant un référendum fleurissent un peu partout sur Internet contre cet abus de pouvoir évident.

La plupart semblent souhaiter se regrouper pour former une seule et même pétititon, plus puissante qu'une multitude de petites. Mais rien n'arrive encore.

En attendant que cette pétition fédératrice voie le jour, je propose de lister les pétitions actuellement en ligne, pour nous aider à LES SIGNER TOUTES.

Cette liste est là :
http://etienne.chouard.free.fr/wikiconstitution/index.php?title=Liste_des_p%C3%A9titions_exigeant_que_tout_trait%C3%A9_soit_soumis_%C3%A0_r%C3%A9f%C3%A9rendum

Chacun peut participer à la mise à jour de cette liste en la corrigeant lui-même.

mardi 2 octobre 2007

Naissance de l'Université Populaire et Citoyenne du Pays d'Aix (UPCPA), avec des ateliers d'écriture des institutions par de simples citoyens (20)

  « Naissance de l’Université Populaire et Citoyenne du Pays d’Aix :UPCPA »

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Plaquette_UPCPA.pdf



Présentation
du projet
et des intervenants : mercredi 3 octobre 2007, à 18h30
à l’Auberge de Jeunesse (à côté de la Fondation Vasarely,
quartier du Jas de Bouffan), à Aix en Provence.

Le principe des Universités populaires est bien décrit sur Wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_populaire

Voyez notamment cette belle
« Allocution prononcée par Anatole France à la fête inaugurale de L’Émancipation,
université populaire du XVe arrondissement, le 21 novembre 1899 :

http://fr.wikisource.org/wiki/Allocution_prononc%C3%A9e_%C3%A0_la_f%C3%AAte_inaugurale_de_l%E2%80%99%C3%89mancipation
 


Pour ma part, j’aurai le plaisir et l’honneur d’animer
— avec Emmanuel Le Masson, de la Faculté d’Aix —
à l’Université Populaire et Citoyenne du Pays d’Aix
une douzaine de séances (de deux heures) portant sur les institutions :
« Comprendre, écrire et protéger nous-mêmes notre Constitution »
 

1.      Introduction – Objectifs et méthodes. (Étienne Chouard Lundi 8 octobre)

2.      L’idée d’une Constitution pour affaiblir les pouvoirs : pourquoi faire et comment faire ? L’exemple athénien d’une démocratie directe. Quels rapports entre la Constitution et nos problèmes quotidiens ? (Étienne Chouard, Lundi 15 octobre)

3.      Nation, citoyenneté : le modèle de la démocratie républicaine (Emmanuel Le Masson, lundi 22 octobre)

4.      De la démocratie républicaine à une démocratie pré-totalitaire ? Du gouvernement à la gouvernance. (Emmanuel Le Masson, Lundi 29 octobre)

5.      Constitutionnalisme et État de droit : de quoi parle-t-on ? (Emmanuel Le Masson, lundi 5 novembre)

6.      Nécessaire vigilance des citoyens : quels sont les points décisifs à surveiller dans une constitution ? (Étienne Chouard, Lundi 12 novembre)

7.      Régime parlementaire, régime présidentiel et régime présidentialiste : les principales formes d’organisation de la démocratie représentative (Emmanuel Le Masson, Lundi 19 novembre)

8.      Au coeur de toute constitution : la séparation des pouvoirs. (Étienne Chouard, Lundi 26 novembre)

9.      La Vème République : quel régime institutionnel ? Quelle démocratie ? Un pouvoir exécutif dominant ? (Emmanuel Le Masson, Lundi 3 décembre)

10.  Protection décisive contre la corruption : la rotation des charges. (Étienne Chouard? 10 décembre)

11  La Vème République : quel régime institutionnel ? Quelle démocratie ? Un parlement croupion ? (Emmanuel Le Masson, Lundi 17 décembre)

12.  Mode de scrutin et démocratie (Emmanuel Le Masson)

13.  Contrôle des représentants et initiative populaire. (Étienne Chouard)

14.  Quels mandats, quels scrutins et comment mettre en œuvre la responsabilité des élus ? Qui décide de tous ces points cardinaux ? (Étienne Chouard)

15.  Le débat libéraux/communautaristes/communautariens : quelles implications sur les formes de la démocratie et sur la question de la neutralité de l’État ? (Emmanuel Le Masson)

16.  Indépendance et responsabilité des médias d’information. Quelles bonnes institutions pour le nouveau pouvoir de la télévision ? (Étienne Chouard)

17.  La France, l’Union européenne et les services publics : Quid de la démocratie sociale ? (Emmanuel Le Masson)

18.  Quels servicespublics et quelles fonctions régaliennes ? (Étienne Chouard)

19. Faut-il rompre avec la Vème République, et comment ? (Emmanuel Le Masson)

20.  Quel processus constituant et quel contrôle de constitutionnalité ? (Étienne Chouard)

21.  Le cas de l’Europe. (Étienne Chouard)

22.  Conclusion : Alors ? Quelles réformes ? (en France et en Union Européenne). (Étienne Chouard)

23.  À déterminer en fonction des attentes…

 

Le plan ci-dessus pourra changer, en cours d’année, en fonction de la volonté des participants,
puisque notre travail sera, par définition, une collaboration plutôt qu’un enseignement.


Les séances sur les institutions sont programmées
le lundi de 18h30 à 20h30 ,
exposé pendant 1h maxi, suivi de questions/réponses
et/ou de travail collaboratif d’écriture pendant 1h mini —
à la Bibliothèque Municipale des Deux-Ormes,
Allée des Amandiers, Jas de Bouffan, 13090 Aix-en-Provence
Tél. : 04 42 59 08 15. Plan d’accès.

(cliquez ici pour voir le planning)

Voyez la plaquette de présentation générale de l’UPCPA.
 

 

Mise à jour de mon document « Une bonne Constitution… »
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Bonne_Constitution_Guerison_Democratie.htm

avec notamment des liens vers des textes de référence pour ceux qui se sont mis en tête de
ne pas laisser aux experts le soin d’écrire seuls notre pacte de défiance envers les pouvoirs :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Bonne_Constitution_Guerison_Democratie.htm#TextesDeReference

jeudi 14 juin 2007

Le coup de poing dans la figure du film Earthlings (Terriens). Le sort que les animaux "hommes" réservent aux autres terriens — l'abus de pouvoir généralisé, cruel et industriellement quotidien — est un traitement digne des nazis. (111)

Je suis secoué.

Je viens de prendre dans la figure



Un film bouleversant.
J’ai honte d’être un homme.
Je ne veux plus manger de viande.

La façon dont nous traitons les animaux — exactement comme des nazis —donne une clef pour comprendre le malheur des hommes :

ce que nous sommes capable de faire sans remord aux animaux, nous le ferons bientôt à des hommes, ravalés au rang d’animal.

Le lien est intime entre le malheur et l'abus de pouvoir, tendance profonde mais pas irrésistible, je l'espère.

La solution institutionnelle me semble évidente, malgré qu'elle soit encore balbutiante (largement détournée par les voleurs de pouvoir), faute d’une vigilance suffisante des futures victimes : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Une bonne Constitution, en plus de protéger les animaux humains contre les abus de pouvoir, protègerait peut-être aussi les autres animaux, plus faibles mais pas moins dignes de respect.

Léonard de Vinci, je crois, prédisait déjà qu'un jour, on considèrerait comme une barbarie inacceptable le fait de manger les animaux.

Tant qu'il y aura des abattoirs, il y aura des champs de bataille. Léon Tolstoï.

Merci à Bellaciao de m'avoir donné ce coup sur la tête.

J'ai hâte de connaître votre avis.

jeudi 17 mai 2007

Wikipédia : vraiment libre ou menacée par une police de la pensée ? (79)

Vous connaissez sans doute le site de l’écosociétalisme, http://tiki.societal.org/tiki-index.php, car je signale souvent des documents importants en provenance de cette bonne source d'information.

Son animateur, André-Jacques Holbecq, a écrit plusieurs livres passionnants pour défendre une thèse économique hétérodoxe — et séduisante — selon laquelle les humains rendraient possible la prospérité générale et favoriseraient la liberté de tous en reprenant aux banques (privées) la maîtrise de la monnaie (publique).

Cette thèse (que je trouve fondamentale) trouve un appui théorique considérable dans l’œuvre de Maurice Allais ("prix Nobel" d’économie) qui a passé sa vie à étudier les enjeux et les mécanismes de la monnaie et qui, lui aussi, vitupère depuis longtemps contre le droit exorbitant accordé aux banques privées de créer la monnaie ex nihilo (à partir de rien), aux dépens de l’intérêt général.

André-Jacques Holbecq et l’écosociétalisme avaient évidemment des articles dans l’encyclopédie libre Wikipédia.
Mais ces articles sont menacés de suppression par quelques « administrateurs » dont l’intolérance et l’arrogance font penser à la « police de la pensée » d’Orwell. (Tous les administrateurs ne se comportent évidemment pas comme ça : le travail des administrateurs de Wikipédia est le plus souvent remarquable, mais on constate encore, ici comme ailleurs, que tout pouvoir porte en lui-même un risque majeur d’abus de pouvoir.)

Ces manœuvres réussiront sans doute car ces inquisiteurs sont « chez eux » — sauf peut-être si nous sommes nombreux à dire un mot pour défendre la présence des thèses d’AJH dans une encyclopédie du savoir humain —, mais en tout état de cause, cette situation de fragilité d'un savoir naissant pourra sans doute servir d’exemple académique pour illustrer les rouages de l’esprit d’orthodoxie décrit et dénoncé par Jean Grenier.

Je vous invite à aller découvrir comment se passe une censure sur Wikipédia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Pages_%C3%A0_supprimer/%C3%89cosoci%C3%A9talisme

Je crois que vous pouvez prendre position (Wikipédia est encore ouverte à tous les humains, en principe).

Amicalement.

Étienne.

jeudi 5 avril 2007

Laïcité : Lettre de Henri Pena-Ruiz au Ministre de l'Intérieur (13)

Je viens de recevoir ce texte important, écrit par un homme modéré et intelligent, très attachant, qui voue sa vie à la défense de la laïcité et qui écrit des livres passionnants sur ce sujet. Ne trouvant cette lettre ouverte sur aucun site, je la retranscris ici tel quel.

  • Première question. Les humanistes athées doivent-ils jouir des mêmes droits que les croyants ?
  • Deuxième question. Quelle égalité s’agit-il de promouvoir ?
  • Troisième question. Quelle priorité pour les pouvoirs publics ?
  • Quatrième question. Quelle conception de la lutte contre le fanatisme ?
  • Cinquième question. Que reste-t-il de la laïcité, et de la République, si on rétablit un financement discriminatoire ?
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jeudi 25 janvier 2007

Excellent plaidoyer pour le tirage au sort de nos représentants : arguments pour instituer la CLÉROCRATIE

Chers amis,

Je vous signale ici (à commentaires fermés pour ne pas multiplier inutilement les lieux de discussions) un livre extraordinairement clair et convaincant pour critiquer notre prétendue "démocratie" et pour proposer la clérocratie qui est, en fait, une authentique démocratie.

Son titre est plutôt mal choisi, je trouve, pour un livre qui défend la vraie démocratie, mais ce qui compte, c'est le texte, que je trouve lumineux et décapant.

"Pour en finir avec la démocratie"
par François Amanrich (Éditions Papyrus, 180 pages)

J'ai reproduit le sommaire intégral (passionnant) sur le forum pour permettre une discussion, dans le fil "Désignation des représentants politiques : élections ou tirage au sort ?"

Au plaisir de lire bientôt vos réactions (sur le forum).

Amicalement.

Étienne.

jeudi 16 février 2006

Voleurs de richesses protégés par des voleurs de pouvoir ? (39)

« Les entreprises de l'indice CAC 40 soignent leurs actionnaires :

Les actionnaires des entreprises du CAC 40 sont gâtés. Les 40 plus importantes sociétés françaises cotées leur ont versé pas moins de 30,2 milliards d'euros en 2005 sous la forme de rachats d'actions ou de dividendes, selon les données compilées par Vernimmen.net. Un montant en augmentation de 19 % par rapport à 2004. » (…)

Comme en 2004, les actionnaires récupèrent environ la moitié des profits des groupes du CAC 40. Au-delà de la volonté de soigner leurs actionnaires et de la hausse des bénéfices, certains observateurs voient dans cette allocation des profits un manque d'imagination quant à l'emploi des liquidités par les entreprises. »
(Les Échos du 7 février 2006 : http://www.lesechos.fr/info/rew_marches/4380050.htm)

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samedi 11 février 2006

Libertés locales et démocratie participative (9)

Un court article d'Anne-Marie LE POURHIET, professeur de droit public à l'université de Rennes I.

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vendredi 10 février 2006

Gérard Filoche était sur Là-bas si j’y suis ce 7 février (2)

Gérard Filoche parle des Contrats Précarité Exclusion (CPE) :

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Proposition de résolution pour retirer la proposition de directive "services" (dite "Bolkestein") (1)

Il y a encore quelques (rares) sénateurs qui défendent leurs électeurs contre l’oppression :

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