Approche économique de la souveraineté - Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens

Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens


C'est notre Constitution qui est notre seule arme (et c'est aussi la meilleure) pour contrôler les pouvoirs. À nous d'en parler, entre simples citoyens, pour devenir des millions à l'avoir compris : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.


Bienvenue :o)


Étienne Chouard :o)
Je cherche ici à mettre en débat ouvert ce dont on ne parle nulle part : les plus grands principes institutionnels dont tous les citoyens (gauche, centre, droite) ont besoin pour se protéger des abus de pouvoir.

Je vous propose d'aller voir le FORUM et de suivre le SOMMAIRE, point par point (un principe par jour pour une digestion facile ?), et de réfléchir à votre propre position : Pour ? Contre ? Partagé ?

Et si personne (ni moi, ni d'autres ici) n'a encore défendu les arguments qui vous semblent importants, formulez-les vous-même : nous progressons ensemble en combinant nos réflexions, démocratiquement et positivement :o)

Suggestion :
pour parler nombreux
sur de nombreux sujets :
. soyons brefs,
. dans le sujet,
. et patients :o)

Une fois les principes bien débattus sur le FORUM, vous pouvez, dans la partie WIKI, écrire vous-mêmes les articles qui vous semblent importants dans une Constitution, aussi bien nationale qu'européenne.

Sur cette partie BLOG, je vous propose de nous parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, société, politique intérieure, etc.), mais qui tournent quand même autour des sujets évoqués sur le forum.

J'ai hâte de vous lire :o)

Étienne Chouard


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Commentaires récents (de la partie blog ; voir aussi le forum et le wiki) :

Articles récents :




lundi 1 février 2010

Le piège de l'argent-dette : source d'une rareté non nécessaire, moteur psychologique de la guerre économique de tous contre tous (31)

Un autre film très intéressant, pour comprendre "Le piège de l'argent",
avec une approche plus sociologique, plus sociétale, des techniques bien explicitées dans "L'argent-dette 2", et une variété des témoignages et des explications qui rend l'ensemble vraiment très pédagogique, très clair, ce film formule une analyse très pénétrante, prenant le temps de répéter lentement, pour bien faire comprendre l'essentiel :

Le lien de causalité proposé par le film entre la rareté de l'argent (rareté voulue et maintenue par notre système parasitaire, animé par le concept usuraire des intérêts composés) et la croissance imposée, la compétition générale entre les acteurs, et finalement l'exclusion de tous ceux qui ont des scrupules à dominer leur prochain (et jusqu'aux guerres et aux catastrophes écologiques) est tout à fait éclairant.

En dénonçant l'argent —ce type d'argent-là : l'argent-dette, privé et rare— comme l'origine psychologique de nos comportements modernes les plus mortifères (agressivité, rivalité, cupidité, cynisme...) pour simplement survivre dans un contexte (pourtant non nécessaire) de pénurie d'argent, ce film est tout simplement passionnant.

Je n'en ai pas encore trouvé le script : si quelqu'un sait où trouver ça, qu'il nous donne le lien, please.

L'approche de ce film-là est si originale, par rapport à "L'argent-dette 2" de Paul Grignon, qu'il me semble que cela justifie un fil de discussion particulier.

Film à faire connaître, vraiment.

Étienne.

samedi 9 janvier 2010

L'ARGENT DETTE 2 ("promesses chimériques") est enfin arrivé ! Ne ratez pas ça, et faites-le connaître... (33)

Chers amis,

Je vous recommande chaleureusement de prendre une heure et demie, en famille ou entre amis, pour voir et étudier un film important (*) :


C'est vraiment un texte puissant et important.

Certes, les images et animations sont médiocres, mais le texte n'en est que plus important et audible.

Jugez vous-mêmes, vous verrez. Ça devient de plus en plus fort jusqu'à la fin, vraiment.

Vous êtes personnellement concerné au plus haut point par ce sujet central et urgent.

C'est fin 2006, il y a trois ans déjà, que j'ai ouvert les yeux sur l'arnaque éhontée de la création monétaire privée, et c'est le 1er mai 2007 que j'ai publié une première protestation indignée : "Non, ce n'est pas "trop cher" : le financement des besoins collectifs est rendu sciemment ruineux par un sabordage monétaire étonnant".

Aujourd'hui, ce (deuxième) film de Paul Grignon, "L'ARGENT DETTE 2", est un outil pédagogique très bien fait pour généraliser la prise de conscience citoyenne sur la nécessaire et urgente nationalisation intégrale de la création monétaire.

Je vous laisse voir ça tranquillement. Dès que j'aurai le script, je vous le passerai.

Étienne.

_____________

Le film "L'argent dette 2" remplace et améliore sa première version, "L'argent dette". Pour ma part, j'ai pris 17 pages de notes en regardant ce deuxième film, et ça m'a donc pris 3 ou 4 heures, mais c'est vraiment important, ça vaut le coup.

mercredi 9 décembre 2009

Maurice Allais, Lettre ouverte aux Français : CONTRE LES TABOUS INDISCUTÉS (202)

Chers amis,

Un des derniers journaux libres en France, Marianne, vient de publier (n°659, 5 décembre 2009) un très bon article de Maurice Allais.

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/2009-12-05-Maurice_Allais-Marianne.pdf

Remarque importante : le courage des journalistes de Marianne, chaque semaine, mérite que nous les aidions en nous abonnant. Si on n'aide pas, ici et maintenant, les seuls journalistes qui nous défendent encore, il ne faudra pas venir pleurer quand nous nous retrouverons SEULS face aux barbares prétendument libéraux.

Voici l'appel de Maurice Allais :

Lettre aux Français

Le cri d’alarme du seul prix Nobel d’économie français :

CONTRE LES TABOUS INDISCUTÉS

par Maurice allais

Marianne n°659, 5 décembre 2009.


Le point de vue que j'exprime est celui d'un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m'apparaît fausse, artificielle. L'idéal socialiste consiste à s'intéresser à l'équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l'efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d'une même doctrine. Et c'est précisément à ce titre de libéral que je m'autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d'un libre-échangisme appliqué aveuglément.


Le fondement de la crise : l'organisation du commerce mondial

La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme » , dénonciation absurde à chaque fois qu'elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d'être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j'ai par le passé nommé "des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années » (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l'actuelle crise : l'organisation du commerce mondial, qu'il faut réformer profondément, et prioritairement à l'autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.

Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l'économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d'autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n'est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C'est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d'avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c'est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l'Europe. Il suffit au lecteur de s'interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres - si ce n'est des écarts plus importants encore - pour constater que la concurrence n'est pas viable dans la grande majorité des cas. Particulièrement face à des concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d'œuvre, sont extrêmement compétents et entreprenants.


Il faut délocaliser Pascal Lamy !

Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m'apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d'aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d'un contresens incroyable. Tout comme le fait d'attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l'ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l'arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. Comme je l'ai précédemment indiqué, nous faisons face à une ignorance criminelle. Que le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, ait déclaré : « Aujourd'hui, les leaders du G20 ont clairement indiqué ce qu'ils attendent du cycle de Doha : une conclusion en 2010 » et qu'il ait demandé une accélération de ce processus de libéralisation m'apparaît une méprise monumentale, je la qualifierais même de monstrueuse. Les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu'un moyen. Cet homme, qui était en poste à Bruxelles auparavant, commissaire européen au Commerce, ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante : il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage !

Plus concrètement, les règles à dégager sont d'une simplicité folle : du chômage résultent des délocalisations elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires... À partir de ce constat, ce qu'il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. Depuis plus de dix ans, j'ai proposé de recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales » serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus a certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d'une saine et réelle concurrence entre ses membres associés.


Un protectionnisme raisonné et raisonnable

Ma position et le système que je préconise ne constitueraient pas une atteinte aux pays en développement. Actuellement, les grandes entreprises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt à adopter mon principe et à s'unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour développer à leur tour ensemble un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs pays de l'est de l'Union européenne, qui ont été intégrés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais aussi ceux d'Afrique ou d'Amérique latine.

L'absence d'une telle protection apportera la destruction de toute l'activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c'est-à-dire de toutes les industries de l'Europe de l'Ouest et celles des pays développés. Car il est évident qu'avec le point de vue doctrinaire du G20, toute l'industrie française finira par partir à l'extérieur. Il m'apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu'elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneumatiques pour automobiles, avec les annonces faites depuis le printemps par Continental et par Michelin. Si aucune limite n'est posée, ce qui va arriver peut d'ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d'emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l'industrie, mais tout autant dans l'agriculture et les services.

De ce point de vue, il est vrai que je ne fais pas partie des économistes qui emploient le mot « bulle ». Qu'il y ait des mouvements qui se généralisent, j'en suis d'accord, mais ce terme de « bulle » me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. L'essentiel du chômage que nous subissons —tout au moins du chômage tel qu'il s'est présenté jusqu'en 2008 — résulte précisément de cette libération inconsidérée du commerce à l'échelle mondiale sans se préoccuper des niveaux de vie. Ce qui se produit est donc autre chose qu'une bulle, mais un phénomène de fond, tout comme l'est la libéralisation des échanges, et la position de Pascal Lamy constitue bien une position sur le fond.


Crise et mondialisation sont liées

Les grands dirigeants mondiaux préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu'une partie des causes du problème. Crise et mondialisation : les deux sont liées. Régler seulement le problème monétaire ne suffirait pas, ne réglerait pas le point essentiel qu'est la libéralisation nocive des échanges internationaux, Le gouvernement attribue les conséquences sociales des délocalisations à des causes monétaires, c'est une erreur folle.

Pour ma part, j'ai combattu les délocalisations dans mes dernières publications (2). On connaît donc un peu mon message. Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l'Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s'en défendre devenait illusoire. Certains de nos dirigeants, après cela, viennent s'étonner des conséquences !

Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décennies, il constaterait que les événements que nous vivons y ont été non seulement annoncés mais décrits en détail. Pourtant, ils n'ont bénéficié que d'un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s'interroger.


Un prix Nobel... téléspectateur

Les commentateurs économiques que je vois s'exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l'actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n'avaient pas annoncé l'arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d'entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n'étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j'annonçais, et j'écrivais, il y a plus de dix ans, qu'une crise majeure accompagnée d'un chômage incontrôlé allait bientôt se produire, je fais partie de ceux qui n'ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu'ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j'ai fait transmettre à certaines émissions économiques auxquelles j'assistais en téléspectateur le message que j'étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n'est venue d'aucune chaîne de télévision et ce durant des années.

Cette attitude répétée soulève un problème concernant les grands médias en France : certains experts y sont autorisés et d'autres, interdits. Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante : je suis un téléspectateur. Un prix Nobel... téléspectateur, Je me retrouve face à ce qu'affirment les spécialistes régulièrement invités, quant à eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains universitaires ou des analystes financiers qui garantissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu'il faut faire. Alors qu'en réalité ils ne comprennent rien. Leur situation rejoint celle que j'avais constatée lorsque je m'étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l'objectif d'étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri : il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. Aujourd'hui également, ces experts se trompent dans leurs explications. Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d'autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français.

Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l'intelligence, par le fait d'intérêts particuliers souvent liés à l'argent. Des intérêts qui souhaitent que l'ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu'il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d'un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu'il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale.


Question clé : quelle est la liberté véritable des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu'aux sphères de la politique.

Deuxième question : qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu'un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ?

Dernière question : pourquoi les causes de la crise telles qu'elles sont présentées aux Français par ces personnalités invitées sont-elles souvent le signe d'une profonde incompréhension de la réalité économique ? S'agit-il seulement de leur part d'ignorance ? C'est possible pour un certain nombre d'entre eux, mais pas pour tous. Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs. •

Maurice Allais.

_________________

(1) L'Europe en crise. Que faire ?, éditions Clément Juglar. Paris, 2005.

(2) Notamment La crise mondiale aujourd'hui, éditions Clément Juglar, 1999, et la Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l'évidence empirique, éditions Clément Juglar, 1999.

* * * * *

Le Prix Nobel iconoclaste et bâillonné

La « Lettre aux Français » que le seul et unique prix Nobel d'économie français a rédigée pour Marianne aura-t-elle plus d'écho que ses précédentes interventions ? Il annonce que le chômage va continuer à croître en Europe, aux États-Unis et dans le monde développé. Il dénonce la myopie de la plupart des responsables économiques et politiques sur la crise financière et bancaire qui n'est, selon lui, que le symptôme spectaculaire d'une crise économique plus profonde : la déréglementation de la concurrence sur le marché mondial de la main-d'œuvre. Depuis deux décennies, cet économiste libéral n'a cessé d'alerter les décideurs, et la grande crise, il l'avait clairement annoncée il y a plus de dix ans.


Éternel casse-pieds

Mais qui connaît Maurice Allais, à part ceux qui ont tout fait pour le faire taire ? On savait que la pensée unique n'avait jamais été aussi hégémonique qu'en économie, la gauche elle-même ayant fini par céder à la vulgate néolibérale. On savait le sort qu'elle réserve à ceux qui ne pensent pas en troupeau. Mais, avec le cas Allais, on mesure la capacité d'étouffement d'une élite habitée par cette idéologie, au point d'ostraciser un prix Nobel devenu maudit parce qu'il a toujours été plus soucieux des faits que des cases où il faut savoir se blottir.

« La réalité que l'on peut constater a toujours primé pour moi. Mon existence a été dominée par le désir de comprendre ce qui se passe, en économie comme en physique ». Car Maurice Allais est un physicien venu à l'économie à la vue des effets inouïs de la crise de 1929. Dès sa sortie de Polytechnique, en 1933, il part aux États-Unis. « C’était la misère sociale, mais aussi intellectuelle : personne ne comprenait ce qui était arrivé. » Misère à laquelle est sensible le jeune Allais, qui avait réussi à en sortir grâce à une institutrice qui le poussa aux études : fils d'une vendeuse veuve de guerre, il a, toute sa jeunesse, installé chaque soir un lit pliant pour dormir dans un couloir. Ce voyage américain le décide à se consacrer à l'économie, sans jamais abandonner une carrière parallèle de physicien reconnu pour ses travaux sur la gravitation. Il devient le chef de file de la recherche française en économétrie, spécialiste de l'analyse des marchés, de la dynamique monétaire et du risque financier. Il rédige, pendant la guerre, une théorie de l'économie pure qu'il ne publiera que quarante ans plus lard et qui lui vaudra le prix Nobel d'économie en 1988. Mais les journalistes japonais sont plus nombreux que leurs homologues français à la remise du prix : il est déjà considéré comme un vieux libéral ringardisé par la mode néolibérale.

Car, s'il croit à l'efficacité du marché, c'est à condition de le « corriger par une redistribution sociale des revenus illégitimes ». Il a refusé de faire partie du club des libéraux fondé par Friedrich von Hayek et Milton Friedman : ils accordaient, selon lui, trop d'importance au droit de propriété... « Toute ma vie d'économiste, j'ai vérifié la justesse de Lacordaire : entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime et la règle qui libère", précise Maurice Allais, dont Raymond Aron avait bien résumé la position : « Convaincre des socialistes que le vrai libéral ne désire pas moins qu'eux la justice sociale, et des libéraux que l'efficacité de l'économie de marché ne suffit plus à garantir une répartition acceptable des revenus. » Il ne convaincra ni les uns ni les autres, se disant « libéral et socialiste ».

Éternel casse-pieds inclassable. Il aura démontré la faillite économique soviétique en décryptant le trucage de ses statistiques. Favorable à l'indépendance de l'Algérie, il se mobilise en faveur des harkis au point de risquer l'internement administratif. Privé de la chaire d'économie de Polytechnique car trop dirigiste, « je n'ai jamais été invité à l'ENA, j'ai affronté des haines incroyables ! » Après son Nobel, il continue en dénonçant « la chienlit laisser-fairiste » du néolibéralisme triomphant. Seul moyen d'expression : ses chroniques touffues publiées dans le Figaro, où le protège Alain Peyrefitte. À la mort de ce dernier, en 1999, il est congédié comme un malpropre.

Il vient de publier une tribune alarmiste dénonçant une finance de « casino» : « L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile, jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s'était constatée. Jamais, sans doute, il est devenu plus difficile d'y faire face, jamais, sans doute, une telle instabilité potentielle n'était apparue avec une telle menace d'un effondrement général. » Propos développés l'année suivante dans un petit ouvrage très lisible* qui annonce l'effondrement financier dix ans à l'avance. Ses recommandations en faveur d'un protectionnisme européen, reprises par Chevènement et Le Pen, lui valurent d'être assimilé au diable par les gazettes bien-pensantes. En 2005, lors de la campagne sur le référendum européen, le prix Nobel veut publier une tribune expliquant comment Bruxelles, reniant le marché commun en abandonnant la préférence communautaire, a brisé sa croissance économique et détruit ses emplois, livrant l'Europe au dépeçage industriel : elle est refusée partout, seule l'Humanité accepte de la publier...

Aujourd'hui, à 98 ans, le vieux savant pensait que sa clairvoyance serait au moins reconnue. Non, silence total, à la notable exception du bel hommage que lui a rendu Pierre-Antoine Delhommais dans le Monde. Les autres continuent de tourner en rond, enfermés dans leur « cercle de la raison » •

Éric Conan

* La Crise mondiale aujourd'hui, éditions Clément Juglar, 1999.

Source : Marianne, n°659, décembre 2009.

Finalement, ce sont peut-être les citoyens qui vont arriver à réinstaller (imposer ?) le libéral-socialiste Maurice Allais dans le débat public, vent debout contre les ennemis publics que sont devenues, à l'évidence, les multinationales et les banques.

Bien à vous.

Étienne.

lundi 30 novembre 2009

« L’argent, mode d’emploi » : un commentaire, par André-Jacques Holbecq (10)

Bonjour à tous.

Après six mois passés sans publier un billet (ni actualiser ma page de ‘Liens’, signe de découragement profond, inédit depuis cinq ans), c’est avec plaisir que j’accueille ici la réflexion d’un homme qui est devenu un ami cher : André-Jacques Holbecq a préparé un commentaire très intéressant au récent livre de Paul Jorion, « L’argent, mode d’emploi », commentaire qui tâche de rapprocher les points de vue après dix-huit mois de riches débats sur le blog de Paul, et de clarifier les points qui restent en controverse.

Paul n’a pas accepté de publier ce commentaire en billet invité. Pourtant, cette réflexion, je trouve, avait sa place chez Paul car de nombreux lecteurs y sont aguerris aux discussions monétaires, et aussi parce que c’est dans la controverse que tout le monde progresse, pas dans le consensus (surtout contraint…). Mais Paul semble fatigué de ce débat et refuse de plus en plus de contributions sur ce sujet qu’il estime épuisé.

C’est dommage, mais nous n’y pouvons rien.

Par contre, nous pouvons publier chez nous ce que bon nous semble, et je soumets donc au feu de votre critique cette synthèse intéressante d’André-Jacques.

Ne ratez pas l'exemple du petit banquier directeur d'agence, et le point de vue des employés de chaque banque : c'est une très utile explication pour comprendre la controverse avec les professionnels de la finance comme Paul. Les coups de surligneur sont de moi, comme d'habitude ;-)

André-Jacques, je te laisse la parole :o)

Étienne.


« L’argent, mode d’emploi » : un commentaire, par A-J Holbecq

Comme sans doute beaucoup de lecteurs du blog de Paul Jorion, j’ai terminé la lecture de « L’argent, mode d’emploi », et j’aurais aimé que Paul me permette de m’exprimer dans un billet invité. Il m’a dit qu’il n’en a pas le temps, dont acte. Mais comme Étienne m’a gentiment proposé de publier cette réflexion sur son propre blog, c’est ce que je vous propose aujourd’hui.

Il est indéniable que beaucoup de points nous rapprochent, Paul Jorion et moi. Par exemple, pour ne prendre qu’eux, nos analyses sur la spéculation, l’intérêt et les paradis fiscaux.

Néanmoins, deux points importants nous séparent encore, et je vais tenter de m’expliquer sur les deux : nous mettre d’accord sur ceux-ci permettrait d’effacer beaucoup d’incompréhensions mutuelles, mais surtout de mieux œuvrer pour le bien commun.


1 - Sur la monnaie (ou l’argent, appelons-les comme nous voulons), nos définitions sont évidemment différentes

Le « système bancaire » considère la monnaie fiduciaire et la monnaie scripturale (peut-on les appeler argent fiduciaire ou argent scriptural ?), ainsi que les masses monétaires de la plus liquide (M1 ; monnaie fiduciaire + dépôts à vue) à la moins liquide (M3), « placée » jusqu’à 24 mois.

Mais on peut se demander : « pourquoi pas à 2 ans et 1 jour ? »

Simplement parce qu’il faut bien une limite. Au dessus de cette limite, et également en ce qui concerne d’autres actifs, les placements ne sont plus considérés comme de la monnaie mais comme de l’épargne.

Pour ma part, et bien que n’étant globalement pas d’accord avec ces actuelles définitions de ce qu’est la monnaie, je pense que pour se comprendre, il est nécessaire de parler la même langue et donc, j’accepte, faute de mieux, leurs définitions et leurs classements : mais nous pourrons en débattre.

Je rajoute, pour être tout à fait clair, que toute la monnaie des banques commerciales (plus de 92% de M3), — que Paul Jorion appelle « reconnaissances de dettes » —, est à mon sens de la « fausse monnaie » qui devrait être interdite à la fabrication privée et remplacée par de la monnaie centrale scripturale ; sommes-nous d’accord sur ce point ?


2 – Sur la création monétaire ou plutôt la création de « reconnaissances de dettes » par le système bancaire privé.

Là, il me semble que Paul et d’autres ont mal compris le fonctionnement du système. Il est possible que les explications n’aient pas été assez claires, il est possible que certains se soient un peu « mélangé les pinceaux ». Et à partir de ces prémisses fausses qui ont été retenues dans la critique, se gausser de ceux qui défendent l’existence d’une possibilité « boule de neige » lors de la création de « monnaie dette » (monétisation de créances) par les banques commerciales devient évidemment facile.

Pour Paul (si j’ai réussi à suivre son raisonnement qui n’est évidemment pas le mien), si Casimir dépose 100 de monnaie scripturale sur son compte à sa banque (dépôt à vue), le système de réserves fractionnaires (disons de 10%) permettrait à sa banque de prêter 90 à Oscar en les retirant (sans le lui dire) des 100 de Casimir, qui, les déposant à sa propre banque pourrait ainsi prêter à Auguste 81 en les retirant du compte d’Oscar (toujours sans le dire), etc. (p.142 et suivantes).

Chacun pense donc qu’il détient une certaine somme correspondante à ce que lui indique son relevé bancaire, alors qu’elle ne serait que de 10%, si l’on suit ce raisonnement.

J’ignore d’où vient cette mauvaise compréhension qui part sur l’idée que les banquiers prêtent une partie des dépôts à vue de leurs clients et gardent 10% (ou tout autre montant) en « réserves fractionnaires »; ne serait-ce pas de la réflexion des banquiers qui considèrent que pour prêter il leur faut des ressources ?

Plutôt que de répéter la démonstration qu’on trouve habituellement dans tous les livres d’économie, à savoir l’explication par étape en considérant d’abord que tout le système n’existe qu’au sein d’une seule banque, puis en introduisant deux banques avec des parts de marché différentes, puis pour finir en introduisant une banque centrale dans la démonstration, (banque centrale qui seule peut satisfaire à la demande de monnaie centrale, la plus connue étant la monnaie dite « fiduciaire »), essayons de nous mettre à la place du « petit » banquier, simple directeur d’agence.

Dans son activité, ce banquier, trésorier d’agence, ne s’inquiète pas de savoir s'il crée de la monnaie ou pas : le banquier-trésorier va uniquement chercher à équilibrer ses comptes à la Banque Centrale (la « banque des banques »), par rapport aux autres banques. Si sa banque prête trop par rapport aux autres, c'est le système qui va la rappeler à l'ordre, car il faudra soit qu'il s'endette auprès des autres banques (et les lignes de crédit ne sont pas illimitées), soit qu'il mobilise des actifs sur le marché monétaire (et là non plus, son bilan n'est pas inépuisable....)


1 - Au niveau d'une banque prise isolément, les deux positions suivantes correspondent à l'expérience du banquier :

a) il crée des dépôts en achetant (en monétisant) une créance (une reconnaissance de dette) et en payant cet achat de créance par une inscription immédiate du montant au crédit du compte à vue du client, lequel pourra utiliser ce compte pour régler ses dépenses.

b) il a besoin de dépôts pour le financer car il va devoir financer son déficit de trésorerie vis à vis des autres banques.

Donc le banquier isolé n'a pas le sentiment qu'il peut créer de la monnaie avec son stylo, parce qu'il faudra bien qu'il "finance" le prêt qu'il a accordé.


2 - Au niveau du système bancaire dans son ensemble, toutes les banques prêtent (elles font toutes le point 1a ci-dessus), et vont donc (pas forcément consciemment) se refinancer les unes les autres.

Prenons un cas très simple où la monnaie n'est composée que de dépôts bancaires (pas de réserves obligatoires ni de demande de billets de la part de sa clientèle, la seule nécessité restant la compensation interbancaire) et où l’ensemble des dépôts des clients dans tout le réseau bancaire est de 100 000.

Supposons une toute petite banque A qui fait 1% de part de marché de l'ensemble des dépôts toutes banques confondues. Les dépôts de ses clients sont donc de 1 000 et la part de marché des autres banques prises dans leur ensemble est donc de 99% de l’ensemble des dépôts, ce qui représente un total de 99 000

Supposons que cette banque A augmente ses crédits (et donc – instantanément - ses dépôts à vue) de 100 (10%). Elle va devoir financer 99 (la quasi totalité) qui part vers les autres banques (les fuites), puisque 99% des comptes à vue sont détenus par des clients dans les autres banques (toutes choses égales par ailleurs).

Mais, heureusement, les autres banques vont aussi prêter (si elles ne le faisaient pas, elles perdraient une partie de leur clientèle qui irait vers la banque prêteuse et donc des dépôts), c'est-à-dire créer des dépôts et subir des sorties qui vont aller vers les autres banques.

Supposons donc que les autres banques augmentent leurs crédits/dépôts à vue de 10% également, c'est-à-dire de 9 900. Elles vont subir globalement une fuite de 1% de 9 900 vers la banque A soit 99.

La banque A reçoit donc ces 99 sous forme de dépôts, lesquels vont "financer" le crédit qu'elle a consenti, mais on comprend bien que le crédit qu’elle a fait précède les dépôts.

Donc, le système bancaire dans son ensemble aura créé 10 000 de monnaie de crédit, mais chaque banquier-trésorier aura eu le sentiment qu'il les a financés par des dépôts venant des autres banques et qu'il a ainsi mobilisé de l'épargne préexistante. Ainsi, le témoin extérieur de cette opération aura l’impression que ce sont les dépôts à vue qui sont prêtés, alors qu’il s’agit de création monétaire par le crédit, créant ces dépôts.

Dans ce qui précède la simplification est patente. Un réseau bancaire (« une banque »), lorsqu’il monétise des créances, est tenu de disposer :

a) Dans son bilan, de sensiblement 8% (qui peut descendre à 4%) des crédits en cours sous forme de capitaux propres pondérés formant une « base de capital » (ratio Mac Donough dans le cadre des règles de Bâle II). Il n’y a évidemment pas de dépôt de ces 8% en banque centrale, mais ce sont ces besoins de 8% de fonds propres qui expliquent l’idée que les banques peuvent créer 12,5 fois la monnaie qu’elles détiennent.

b) d’une certaine quantité de monnaie centrale correspondant à ce que l’on nomme « fuites », et qui correspond 1) à la demande de monnaie fiduciaire par le secteur non bancaire, 2) aux réserves obligatoires – montant bloqué en Banque Centrale – et correspondant à 2% des dépôts (dépôts à vue, dépôts à terme d’une durée inférieure ou égale à deux ans, dépôts remboursables avec un préavis inférieur ou égal à deux ans, titres de créances d’une durée initiale inférieure ou égale à deux ans), 3) aux besoins de compensation qui se produisent dans les cas montrés ci-dessus.

S’il est connu que l’ensemble des réseaux bancaires (puisque les compensations entre les banques s’annulent), peut émettre une quantité limitée de monnaie scripturale (reconnaissances de dettes), à partir d’une quantité donnée de monnaie centrale qu’il détient ou qu’il peut se procurer. Ce coefficient multiplicateur est connu de tous les économistes et il est égal à 1 / [X + Z (1 – X)] (avec X le coefficient de préférence pour les billets et Z celui des réserves obligatoires).

Un exemple avec X=13% des dépôts et Z=2% des crédits donne ce multiplicateur théorique (encore faut-il la demande ou la faiblesse d’une épargne préalable proposée sur le marché) à 6,7842.

Néanmoins, dans un document récent (6 mai 2009), Patrick Artus a confirmé que les banques n’utilisaient pas totalement ce pouvoir de création monétaire : « Une porosité entre base monétaire et masse monétaire est le multiplicateur monétaire. Or, il s’est effondré. Alors que les banques européennes génèrent habituellement 4800 euros à partir de 1000 euros de monnaie banque centrale, leur capacité de création monétaire est tombée à 3500 euros depuis Lehman. »

Pour finir n’oublions pas de préciser que lorsqu’un emprunteur rembourse, à sa banque, le capital emprunté (et dépensé), sa banque efface sa reconnaissance de dette : la monnaie est ainsi détruite (nous ne parlons pas ici des intérêts). En effet la création de monnaie scripturale par un réseau bancaire est stricto sensu l’inscription simultanée du montant du crédit sur le compte de l’emprunteur qui va ainsi pouvoir payer ses fournisseurs, parallèlement à l’inscription de la dette (je préfère dire « la garantie »), à l’actif du bilan de la banque. Inversement, le remboursement du prêt équivaut à la suppression simultanée de l’inscription à l’actif et du montant équivalent sur le compte de l’emprunteur (qui avait donc dû le rendre créditeur du même montant) : il n’y a pas de transfert du capital remboursé de la part de l’emprunteur vers la banque.

Je précise bien que nous avons parlé ici de la création de « monnaie » bancaire privée scripturale et non du second rôle des banques, celui de « circulateur d’épargne », comme l’écrit André Chaîneau : «L'étonnant est que pendant très longtemps - et peut-être même encore ! - la création monétaire a été ignorée comme élément des moyens de financement de l'économie ! En effet, la théorie limitait l'offre de fonds prêtables à n'être qu'une offre de ressources épargnées par les agents du secteur non bancaire, une offre qui ne débordait pas du cadre de ce secteur non bancaire. En conséquence, le secteur bancaire était ignoré! Mais le problème que les banques vont maintenant poser n'est évidemment pas celui de leur existence, mais celui de leur double fonction. Elles ne sont pas seulement les institutions créatrices de monnaie étudiées jusqu'à maintenant; elles sont également des institutions collectrices d'épargne. Aussi participent-elles au financement de l'économie non seulement en y injectant de la monnaie, mais également en y faisant circuler l'épargne.»

Mais, d’où vient cette épargne préalable ? Qui l’a « fabriquée » à l’origine? Je vous laisse y réfléchir

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Il faut aussi répondre à deux questions souvent posées.

a) - « pourquoi les banques devraient se prêter de l’argent entre elles, ou, à défaut, se refinancer à la banque centrale si elles peuvent créer de la monnaie ? »

La réponse est simple : si elles peuvent (sous certaines conditions) créer leur propre monnaie, leurs concurrentes n’acceptent, elles, que de la monnaie banque centrale, qu’aucune banque commerciale ne peut créer. On se retrouve dans le cas explicité précédemment, à savoir que les « fuites » vers d’autres réseaux sont proportionnelles à la part de marché des dépôts. Créer de la monnaie pour elles mêmes aurait comme conséquence que cette monnaie va fuir vers d’autres banques au prorata des parts de marché de ces dernières.

b)- « pourquoi les banques, si elles peuvent créer la monnaie, peuvent-elles faire faillite » ?

La réponse est quasiment la même que celle de la question précédente. Néanmoins nous avons tenté de préciser et les réponses, un peu trop longues pour que cet article reste digeste, sont visibles sur la page http://monnaie.wikispaces.com/Dette-FAQ.

Il reste que, aussi bien Paul que moi-même, appelons de nos vœux un système bancaire plus sain dans lequel les banques commerciales ne puissent plus demander des intérêts sur ces « reconnaissances de dette » communément nommées « monnaie scripturale » ni spéculer en prenant des risques inconsidérés.

Tiens, c’est justement ce que propose Maurice Allais depuis des lustres !

J’espère qu’ayant lu ce billet, le point de vue de Paul Jorion sur la création « monétaire » pourra évoluer.

A-J Holbecq

jeudi 9 août 2007

« Nous sommes déjà dans un Armageddon financier ! » ?! (27)

J'ai reçu ce matin ce mail de Pierre Bonnefoy, qui travaille avec Jacques Cheminade (un homme cultivé et passionnant) ; je vous livre son message tel quel...

Bonjour à tous,

Même si vous ne comprenez pas l'Anglais, je vous invite à écouter la vidéo suivante:

http://www.youtube.com/watch?v=-p5JiPOpPpI&mode=related&search=

L'individu quelque peu agité qui s'exprime ici est Jim Cramer, un grand analyste financier américain interviewé dans le contexte de l'effondrement de la banque Bear Srearns, et de la décision de la Réserve Fédérale américaine de ne pas baisser les taux d'intérêt, et donc de tarir la pompe à finances sur les marchés.

À la question de la journaliste "Mais abaisser les taux provoquerait un Armageddon financier?", Cramer qui réclame évidemment l'ouverture des vannes financières répond : "Mais nous sommes déjà dans un Armageddon financier !".

Et il explique même qu'il ne s'agit pas simplement d'une question financière "Si Bear Stearns part en faillite, il y aura une réaction en chaîne", mais que l'économie physique — c'est-à-dire notre survie immédiate à nous tous — est directement menacée : "7 millions de personnes (...) vont perdre leur maison".

Voyez également notre site :

LaRouche : les banques centrales ont décidé de « laisser le système éclater »
http://www.solidariteetprogres.org/spip/sp_article-breve.php3?id_article=3185

L’effondrement financier et la désindustrialisation causent une hyperinflation des matières premières
http://www.solidariteetprogres.org/spip/sp_article-breve.php3?id_article=3178

Ceci rappellera un refrain connu à ceux qui ont suivi la campagne présidentielle de Cheminade en 1995. La réaction paniquée de Cramer montre simplement qu'il n'y a pas de solution à la crise mondiale dans le cadre des règles du jeu financières actuelles (monter, maintenir ou baisser les taux d'intérêt).

Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de solution du tout. C'est justement parce que nous nous battons depuis longtemps pour ces solutions sur le plan international, qu'il ne vous a pas été permis d'avoir une candidature Cheminade en 2002 et 2007.

L'automne sera chaud, mais pas dans le sens de ceux qui croient encore au catastrophisme écologiste. Plus sérieusement, aidez-nous dès maintenant.

Pierre Bonnefoy

PS: nous allons traduire en français les paroles de Cramer dans notre site

mardi 1 mai 2007

Non, ce n'est pas "trop cher" : le financement des besoins collectifs est rendu sciemment ruineux par un sabordage monétaire étonnant (154)

Je suis en train de découvrir le détail d'une situation financière incroyable.

Vous croyez que la monnaie est créée par l'État ? Vous vous trompez : ce sont les banques privées qui créent la monnaie, et qui en perçoivent le prix (l'intérêt).

Si c'était l'État qui créait la monnaie, il pourrait l'investir directement lui-même (sans devoir payer le moindre intérêt jusqu'au remboursement) ; il pourrait aussi prêter cette monnaie nouvelle aux banques (charge à elles de la prêter à leur tour) et en percevait le premier intérêt (des milliards d'euros), ce qui pourrait aussi financer les services publics, au lieu de garnir des poches de soie au prix d'un déficit paralysant pour l'État.

L'État (c'est-à-dire nous tous) a perdu le droit de battre monnaie et ce sont des banques privées à qui nos soi-disant "représentants" ont abandonné ce pouvoir décisif.

Vous pensez que la monnaie est un outil qui sert l'intérêt général ? Vous vous trompez : la monnaie est devenu (discrètement) un outil qui sert d'abord des intérêts privés.

La construction de l'Union européenne pourrait bien être motivée principalement par ce détournement de la richesse publique, notamment à travers à l'article 104 du traité de Maastricht : « Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées « banques centrales nationales » d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publiques des États membres; l’acquisition directe des instruments de leur dette, auprès d’eux, par la BCE ou les banques centrales nationales, est également interdite. »
Par cet article (repris quasiment tel quel dans le TCE, art. III-181), les États (c'est-à-dire nous tous) ne peuvent plus financer les investissements publics qu'en empruntant à des acteurs privés, et en leur payant un intérêt.

Cette prise de conscience m'a conduit à écrire un billet à Judith Bernard, sur le Big Bang Blog, qui s'inquiétait du sort des services publics et de leur financement prétendument problématique (d'après nos représentants politiques).

Je reproduis ci dessous le billet en question et je le fais suivre de quelques citations importantes pour étayer mon propos. Tout ça est un peu long mais de la plus haute importance : avec le contrôle de l'argent, on est au coeur du problème des hommes avec le pouvoir : ça vaut le coup de lire pour comprendre. Les citoyens sont fous de ne pas approfondir personnellement cette cause majeure de leur travail forcé.

Non, ce n'est pas "trop cher" : pour financer nos services publics, il nous suffit de reprendre aux banques privée la création monétaire que la puissance publique n'aurait jamais dû abandonner

27 avril 2007.

Bonjour Judith,

D’abord, merci pour tout ; d’ordinaire silencieux, je savoure vos textes, forts et beaux, dans mon coin, comme on goûte du lait au miel :o)

Ceux qui vous maltraitent cette fois, en faisant comme si vous étiez à la fois utopique et irresponsable à tant apprécier la dépense publique sans vous soucier des financements, ceux-là se trompent : nous n’aurions aucune peine à financer TOUS les investissements utiles à notre collectivité si nous avions le contrôle de notre monnaie, au lieu de l’avoir — c’est proprement incroyable — abandonné aux banques privées.

Ceux qui vous vilipendent font comme si la monnaie, aujourd’hui rare, était forcément rare, ce qui n’est pas le cas. Ils vous enferment ainsi dans une économie de rareté. Mais cette rareté est artificielle, elle est voulue, elle est fabriquée, et elle est la source de la richesse immense de certains acteurs qui savent rester discrets.

Bien sûr, si la monnaie est rare, elle est chère et son prix s’ajoute aux prix de toutes choses ; les échanges sont pénalisés par le coût des crédits. Mais la monnaie pourrait être abondante, ou plus exactement suffisante. Pour cela, il faudrait que l’État (c’est-à-dire nous) ait le contrôle de sa création.

Or il se trouve — vous n’allez pas me croire — que les États ont abandonné la création monétaire aux banquiers privés. Les États (c’est-à-dire nous) ne peuvent plus créer la monnaie dont ils ont besoin pour fluidifier l’économie. Quand l’État (c'est-à-dire nous) a besoin d’argent (pour construire des hôpitaux ou des crèches), il doit aujourd’hui emprunter cet argent aux acteurs privés et leur payer un intérêt, au lieu de créer lui-même l’argent dont il a besoin. C’est idiot. Non, c’est criminel. En tout cas, ce n’est pas une fatalité : c’est un choix politique et un choix qui n’a rien à voir avec l’intérêt général.

Quand une banque vous prête 100 000 €, elle ne les a pas. Elle les crée (par une simple écriture) pour vous les prêter, et elle les détruira quand vous lui rendrez. Mais au passage, elle aura perçu un intérêt (considérable) qui ne correspond à aucun service, aucune privation de sa part : l’intérêt que perçoivent les banques privées sur la monnaie créée ex nihilo (à partir de rien) est foncièrement injuste, une sorte de paiement de l’indu, un racket gigantesque de toute l’économie par des acteurs privilégiés.

Quelle est la raison de ce sabordage monétaire qui asphyxie notre économie ? Une volonté politique. Un phénomène réversible, donc. Il ne tient qu’à nous de récupérer notre souveraineté monétaire.

Tous les citoyens devraient prendre quelques heures pour étudier l’histoire du racket financier imposé par les banques (en France, en Europe, aux États-Unis) : ils comprendraient les solutions qui s’imposent, à la fois simples et fortes ; la création monétaire doit impérativement et exclusivement relever de la puissance publique.

Ne croyez pas les épouvantails et autres chiffons rouges qu’on va agiter devant vos yeux pour vous persuader que l’État créateur de monnaie est forcément imbécile : de bons contrôles sont évidemment imaginables pour que la création publique de monnaie soit raisonnable. Ce qu’on appelle la « planche à billet » n’est pas forcément une catastrophe, bien au contraire, c’est le sens de mon message : c’est l’abus de la planche à billets qui est une catastrophe, OK ; mais son utilisation raisonnable est non seulement utile, mais indispensable pour un bon fonctionnement de l’économie. Ceux qui prétendent le contraire ont souvent une idée derrière la tête et pas seulement l'intérêt général en ligne de mire.

D’ailleurs, la masse monétaire augmente d’environ 10% tous les ans sans déclencher d’inflation, ce qui est bien la preuve que ce spectre de la planche à billets n’est qu’un épouvantail (bien commode pour nous conduire à accepter que l'État soit dépouillé de ce droit essentiel).

Par contre, les banques privées devenues créatrices (et vendeuses) de notre monnaie (ces banques à qui on a abandonné la « planche à billets », précisément) sont, effectivement, de véritables parasites, à très grande échelle. Rien n’impose, économiquement, que ce soit des acteurs privés qui maîtrisent la planche à billets, au contraire.

Nous sommes fous d’accepter de perdre ce levier vital des politiques publiques, aussi bien en France qu’en Europe.

Les soi-disant "libéraux" font tout pour ruiner les États, ce qui offrira plusieurs avantages aux acteurs privés déjà très riches : une fois ruiné, l’État ne pourra plus assumer que les fonctions sécuritaires (armée, police, justice), bien utiles aux très riches (ces fonctions étatiques là, ils y tiennent, curieusement). Une fois ruiné, l’État vendra les services publics aux copains privés des prétendus « hommes d’État » complaisants. Je vous laisse imaginer les yeux cupides avec lesquels les compagnies d’assurance lorgnent le marché du financement de la santé publique, pour s’en tenir à votre exemple. Les "libéraux" vont leur vendre tous nos plus précieux services publics.

Et l’Union européenne, l’OMC, le FMI sont leurs principaux outils de désarmement politique des populations, d’affaiblissement des États, de renoncement au peu de démocratie que ces populations avaient pourtant chèrement payée.

Si on ne se paie pas de mots en ne lisant, dans les institutions, que les préambules et les généreuses déclarations d’intention liminaires, si on va lire tous les articles en détail pour contrôler que la séparation des pouvoirs existe bien, vérifier si le contrôle des pouvoirs est effectif, surveiller l’indépendance des juges qui doit être réelle, s’assurer que l’information honnête des citoyens soit protégée et garantie, prendre garde à ce que des moyens soient offerts aux citoyens pour résister vraiment à d’éventuels abus de pouvoir, si on contrôle tout ça, Judith, et bien c’est une catastrophe : ils sont en train de nous piquer la démocratie. Et en jurant le contraire !

Et pour l’urgence, il y a un des deux candidats qui nous promet de nous violer dès qu'il sera élu (au moins, on est prévenus) : le « mini traité » imposé par voie parlementaire, c'est un cauchemar : c'est dans la partie 1 que se trouvent les dispositions les plus dangereuses pour la démocratie (les autres parties sont déjà en vigueur et le resteront : ça ne les gêne pas de les retirer de la "réforme").

Lire à ce sujet C'est la partie 1 du TCE qui est la plus dangereuse, celle qui nous retire la démocratie : pas question de l'accepter sans référendum].

Mais le cœur de l’impuissance politique grandissante des hommes est encore plus difficile à percevoir : comme je vous le disais, la grande absente de nos débats publics est la monnaie. Pourtant, nous pourrions satisfaire bien des besoins vitaux en reprenant son contrôle.

Il tient aux journalistes et aux citoyens « donneurs d’alerte » de faire monter le sujet sur la place publique : je vous conseille la lecture de cette page « La vérité sur la dette » (http://tiki.societal.org/tiki-index.php?page=La+v%C3%A9rit%C3%A9+sur+la+dette), mais aussi celle d’un petit livre formidable et important : « Les 10 plus gros mensonges sur l’économie » (http://www.10mensonges.org/) ; ne pas rater les mensonges 1 à 4, essentiels.

Prenez surtout le temps d’étudier le tableau de la page 73 qui montre de façon pédagogique que toute somme dépensée par l’État se retrouve dans ses caisses au bout de quatre ou cinq ans d’impôts (ce qui montre la bêtise des politiques frileuses réclamant un État pingre) et que cet investissement a été multiplié (on parle d’ailleurs de multiplicateur d’investissement) et a répandu ses bienfaits dans des proportions immenses.

Les difficultés financières de l'État ne viennent pas du tout de son incurie, mais de sa pauvreté artificiellement programmée à travers un système bancaire inique, un privilège de type féodal discrètement consenti aux banques privées —le droit de créer la monnaie et de prélever un intérêt sur cette monnaie neuve, et l'obligation pour l'État de s'endetter auprès des acteurs privés pour financer les besoins publics— système bancaire qui met le pays en coupe réglée, sans aucun espoir de jamais rembourser une dette sans fin puisque la création monétaire est rançonnée.

Nous sommes victimes d’un sabordage monétaire de la part de nos propres « représentants » et la construction européenne permet de verrouiller ce sabordage monétaire au plus haut niveau : européen et constitutionnel. Normalement, si leur plan aboutit, aucun peuple ne pourra plus jamais s’affranchir de la tutelle du système financier privé.

Consultez aussi le site passionnant http://www.fauxmonnayeurs.org/.

Pour relier cette affaire à mon idée fixe — « ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir » ; il nous faut un processus constituant honnête pour nous protéger enfin des abus de pouvoir ; les candidats pour l’assemblée constituante ne doivent surtout pas être désignés par les partis —, je pense que les politiciens professionnels actuels, tels qu’ils sont élus, ont trop d’"ascenseurs à renvoyer", ils sont trop ligotés par ceux qui ont financé leurs campagnes électorales : seul le référendum d’initiative populaire rendra aux peuples le pouvoir d’imposer, avec une légitimité politique incontestable, aux acteurs privés les plus puissants ce que les hommes politiques ne peuvent déjà plus faire.

Nous sommes donc au cœur de votre billet : dans l’état actuel d’affaiblissement des puissances publiques face aux multinationales privées, la protection des services publics passe, à mon sens, par une réforme institutionnelle qui rend du pouvoir aux peuples, pouvoir nécessaire pour défendre eux-mêmes les services auxquels ils tiennent, et cette réforme n’est possible que si l’assemblée constituante n’est pas composée d’hommes de partis car les partis ont un intérêt personnel à l’impuissance politique des citoyens, ce qui explique qu’ils ne nous donneront jamais le pouvoir qui nous est dû. Cela vaut pour la France comme pour l’Europe.

Je sais que tout cela n’est pas très poétique, pardonnez-moi, mais les attaques qui fusent contre vous sont injustes et me hérissent car elles révèlent et défendent une idéologie inepte (ou plutôt très intelligente) qui nous ruine tous, chaque jour un peu plus.

Amicalement.

Étienne.
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Liens.php
(Cette page de ‘liens et documents’ est assez lourde à charger (environ 4 Mo), mais elle est incroyablement riche en informations pour résister ; je l’actualise presque tous les jours.)

PS : encore un mot, chère Judith : je suis sûr que vous apprécierez les derniers textes que j’ai publié sur la partie blog de mon site : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php.

Je découvre et dévore des auteurs immenses comme Alain (extraordinaire blogueur), Jacques Duboin, Simone Weil, George Orwell… autant de résistants dont les pensées gagnent à être remises en avant pour nous défendre contre les affreux.

PPS : l'immense économiste Maurice Allais (http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Allais) ("prix Nobel" d'économie, considéré à l'étranger comme un vrai génie) —assez à droite sur certains points, mais plutôt à gauche sur d'autres—, traite les banques privées de « faux-monnayeurs », et il le démontre fortement. Il écrit : « Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n'hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. »

PPPS : il faut aussi lire deux petits livres formidables, de Jacques Généreux, chez Seuil : "Les vrais lois de l'économie" et "Pourquoi la droite est dangereuse". Ce sont deux petits bijoux d'intelligence, de concision, de précision... Cet homme porte bien son nom et ferait un excellent Président.

Au passage, je réclame le droit d'élire un citoyen non candidat. Pourquoi sommes-nous limités à l'offre politique des partis, pourquoi devons-nous choisir parmi ceux qui veulent le pouvoir alors qu’ils sont sans doute les plus dangereux pour l'exercer ? Bon, j'arrête, car je suis intarissable là aussi... :o)

Merci pour tout ce que vous faites, ne changez pas :o)

Voici maintenant quelques citations importantes pour appuyer mes dires (ne ratez pas les textes formidables de Bernard Maris) :

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lundi 30 avril 2007

Pourquoi la (nouvelle) droite est dangereuse (Jacques Généreux) (25)

Je considère Jacques Généreux comme un grand homme. Ce qu’il écrit m’aide à comprendre le monde de façon modérée, calme, humaniste, intelligente, à la recherche de la concorde.

Son dernier livre, « Pourquoi la droite est dangereuse » (Seuil, février 2007), est un petit bijou, un phare qui éclaire l’essentiel dans la confusion ambiante et les mensonges politiciens les plus éhontés. Jacques Généreux m’aide à comprendre les différences acceptables entre la gauche et la droite, il m’aide à percevoir les frontières d’une droite inacceptable.

Jacques Généreux met en lumière les vrais ressorts du recul de la démocratie que je dénonce depuis trois ans.

Je retranscris ici pour vous à la main les premières pages de ce livre que je vous invite à lire entièrement de toute urgence, avant qu’il ne soit trop tard.

Étienne.

« 1 Prologue

J’ai grandi dans une famille « de droite », à une époque où la droite était gaulliste. Pourtant, j’ai toujours voté à gauche et j’ai adhéré au Parti socialiste à 24 ans. Mais ne voyez pas là un effet de réaction contre ma famille. Mon engagement à gauche est, au contraire, la conséquence naturelle des valeurs qui ont nourri mon enfance : le sens du service, l’amour et le respect d’autrui, le primat de l’intérêt général sur l’intérêt personnel. Et, longtemps encore, j’ai pu croire que ce fonds de valeurs communes pouvait bien se traduire par des choix politiques opposés.

Je n’ai en effet pas connu le climat de guerre civile qui a caractérisé le conflit gauche droite avant guerre. J’ai côtoyé la culture d’une droite qui ne méprisait ni l’État, ni les biens publics, ni la protection sociale, ni même les aspirations de ses adversaires de gauche à plus d’égalité et de justice, aspirations qu’elle jugeait seulement irréalistes ou dévoyées par l’emploi de moyens inadaptés ou dangereux pour les libertés.

La droite se méfiait des utopies socialistes quand la gauche croyait transformer la société par l’action politique ; la droite se fiait d’avantage au génie d’individus méritants qu’à celui des délibérations et des actions collectives ; la gauche préférait la loi au contrat libre qui laisse les faibles à la merci des forts ; l’éthique sociale de la droite privilégiait le sens de la responsabilité et des devoirs individuels, celle de la gauche mettait l’accent sur les droits sociaux des individus et sur la responsabilité de la société ; la droite croyait (modérément) aux vertus de la concurrence, quand la gauche comptait davantage sur la planification et les entreprises publiques ; etc.

Si j’en parle au passé, ce n’est pas parce que j’estime ces diverses alternatives désormais obsolètes ; c’est qu’alors, dans son immense majorité, la classe politique était en quête d’un équilibre entre les principes opposés constituant ces alternatives. Il ne s’agissait pas de choisir entre le principe du marché et le principe de la planification, entre la responsabilité individuelle et les droits sociaux, entre la loi et le contrat, entre initiative privée et biens publics ; il s’agissait de concilier ces principes. Les divergences quant à leur combinaison idéale étaient certes profondes, mais, dès lors que personne ou presque n’entendait imposer le primat absolu d’un principe sur un autre, la recherche pacifique d’un compromis politique était possible.

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mardi 24 avril 2007

La grande relève qui permet enfin le chômage, libération des travaux forcés (12)

Chers amis,

Je viens de taper pour vous un extrait important d'un livre merveilleux que je viens de recevoir. Merci à Bernard Maris d'avoir signalé cette perle (voir ses précieuses chroniques, sur le site de France Inter, et notamment : Où va l'argent ?). Il est épuisé, pour l'instant, et on le trouve d'occasion, ce qui n'est pas si mal car le livre d'origine, très ancien, est d'autant plus émouvant. On dirait vraiment un trésor. Bonne lecture.

Étienne

La grande relève
des hommes par la machine
de Jacques Duboin, 1932

(…)

(Extrait, page 287 s., chapitre intitulé "La grande relève" : Hermodan, sage ermite vivant sur une montagne, prend la parole :)

— (…) Je ne vois pas pourquoi la race humaine serait condamnée au travail à perpétuité. Ou alors il ne fallait pas la doter d’un cerveau grâce auquel elle oblige la matière à travailler à sa place. Des trésors de patience et d’intelligence ont été dépensés par des générations et des générations, pour inventer et mettre au point des machines qui, de plus en plus, remplacent le travail des hommes. Nous assistons aujourd’hui à la grande relève des travailleurs par la matière disciplinée et animée d’une force de production. Ne peut-on concevoir une évolution du capitalisme qui tienne compte de cette relève, sans obliger l’armée qui descend des lignes à mourir de faim ?

Au cours des siècles passés, tous les hommes, sans exception, étaient mobilisés pour la guerre, incessante et sans merci, que la faim, la soif et le froid font à notre pauvre humanité. Tout le monde devait gagner sa vie au prix de la sueur de son front, et passer tous les jours dans les tranchées du champ de bataille.

Mais voici que, comme au cours de la grande guerre, la défense s’organise, le matériel vient se substituer, en partie, aux poitrines vivantes. Il faut des effectifs de plus en plus réduits pour tenir les lignes contre l’ennemi héréditaire : la misère humaine. Les hommes sont relevés de la fournaise ; petit à petit, ils sont libérés de l’obligation de lutter pour leur vie. Ces soldats qui descendent vers l’arrière, ce sont des libérés, des hommes dont on n’a plus besoin puisque, sans leur présence au chantier, la communauté possède enfin tout ce qui lui est nécessaire.

Les libérés d’autrefois s’appelaient les rentiers. Aujourd’hui, ce sont les chômeurs. Les uns comme les autres ne sont pas indispensables pour la production des richesses. Jamais les récoltes n’ont été plus abondantes, ni les stocks plus élevés.

Un pays devrait être fier du nombre d’hommes dont le progrès permet d’économiser l’effort. Le chômeur, au lieu d’être la rançon de la science, devrait en être la récompense. Plus il y a de chômeurs dans un pays, plus le niveau intellectuel, plus l’étiage économique est élevé. Théoriquement, n’est-ce pas vrai ?

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dimanche 28 janvier 2007

Urgente lutte de survie du peuple tout entier contre les banques privées

Chers amis,

je commence à penser que le fil de discussion le plus important de tous — au même niveau que la préparation d'une Constitution d'origine citoyenne écrite par des auteurs désintéressés — est le fil sur la réappropriation de la monnaie par la puissance publique.

Ne manquez pas cette discussion essentielle : http://etienne.chouard.free.fr/forum/viewtopic.php?id=81 (il y a plusieurs pages) : nous ne changerons aucun cap important, écologique notamment, tant que nous accepterons le racket des banques privées.

et notamment les argumentaires récemment découverts d'Alain Vidal, ceux d'André-Jacques Holbecq, ainsi que les commentaires importants de Sam17.

Je ferme les commentaires ici pour que nous ayons un point de discussions centralisé (le forum, en l'occurrence).

Amicalement.

Étienne.

Un lieu pour réagir : Reprendre le pouvoir sur notre monnaie

dimanche 14 mai 2006

Chômage, dividendes et Constitution d'origine citoyenne (123)

La seule vraie solution contre le chômage de masse est, pour les citoyens, d’écrire eux-mêmes une Constitution qui impose la démocratie dans l’entreprise rendant enfin possible une juste répartition des richesses.

Il me semble que, pour les syndicats, pour les militants, pour tous les démocrates, cette lutte institutionnelle devrait être prioritaire sur toutes les autres : en effet, à quoi bon obtenir une hausse des salaires, ou une amélioration des conditions de travail, si la tutelle des actionnaires perdure et leur permet aussitôt de récupérer, progressivement, les gains de cette prétendue "victoire" ?

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lundi 8 mai 2006

« Clearstream : l'obscure affaire » (5)

Forte émission d’Arrêt sur image, sur la 5, ce dimanche 7 mai 2006.

L’invité unique y est Denis Robert :

http://www.france5.fr/asi/007548/34/134427.cfm

(1h22, avec une séquence "off" après le générique)

Nos journalistes français persistent à ne nous parler chaque jour que du minuscule aspect franco-français ("le corbeau") de cette affaire de portée mondiale : mais cette affaire de corbeau n’a aucun intérêt en regard du scandale révélé par Denis Robert.

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dimanche 30 avril 2006

« Dette publique, rente privée » (19)

Une excellente démonstration de Michel Husson
http://hussonet.free.fr/detpub7.pdf

Extraits : « Depuis plusieurs années, les libéraux tirent la sonnette d’alarme à propos du montant de la dette publique (…) cette dramatisation repose sur un diagnostic erroné qui a pour fonction de légitimer la réduction des dépenses de l’État et les effectifs de fonctionnaires.

(…) [On nous répète tous les jours] un discours simpliste qui s’appuie sur le sens commun : on ne peut durablement dépenser plus qu’on ne gagne, et par conséquent il faut dépenser moins et ajuster les dépenses aux recettes. Sinon, on accumule une dette qui viendra peser sur les générations futures. Cet argumentaire semble si bien ficelé qu’il ne reste plus au fond qu’à décider dans quel budget il faut couper !

Pourtant, ce raisonnement apparemment irréfutable est un tissu d’absurdités et de contresens. Pour commencer, l’État dispose de la possibilité - à vrai dire assez peu répandue chez les particuliers - de fixer lui-même ses recettes ; et ses dépenses peuvent elles mêmes engendrer des recettes. La dette de l’État n’est en aucun cas assimilable à celle d’un ménage : l’horizon de l’État est bien plus long, et on peut dans l’abstrait définir les conditions d’un recours stable à l’emprunt, comme alternative à l’impôt.

Quant aux intérêts de la dette, ils ne seront pas payés demain par nos enfants, mais le sont par les contribuables contemporains. Enfin, la montée de la dette de l’État est principalement liée à une baisse de ses recettes, et cette configuration permet de comprendre pourquoi un tel déficit public n’a pas les vertus keynésiennes attendues. (…)

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