Atelier constituant AUTONOME
Ça commence enfin ! :)

Enfin ! Les ateliers constituants commencent à se former tout seuls, sans avoir besoin de moi pour les animer. Si cette autonomisation ne se généralise pas, c'est que cette idée est mauvaise ; elle ne marchera pas. IL FAUT ABSOLUMENT "déchouardiser" cette idée et que les gens normaux se l'approprient, pour la défendre pied à pied, un peu partout et tout le temps. Cet atelier-là est un très bon signe, je trouve. Pourvu qu'il fasse des petits ! :)


Compte rendu (très intéressant) :

https://www.facebook.com/notes/j%C3%A9r%C3%B4me-bardet/atelier-constituant-du-22-septembre-2013-a-montpellier/659083454131981

(Pardon pour le retard : j'ai mis un temps fou à relayer cette expérience épatante, je suis vraiment un affreux jojo...
Et si vous voyiez la hauteur de la pile d'infos "À SIGNALER / important et urgent" sur mon bureau, vous m'en voudriez encore plus de laisser accumuler tant de retards... Pardon.)

ATELIER CONSTITUANT
DU 22 SEPTEMBRE 2013
À MONTPELLIER

Nous nous sommes réunis ce dimanche 22 septembre à Montpellier, en clôture de la semaine internationale du Revenu de Base et dans le cadre de la « Faites de l’abondance partagée notre nouvelle réalité » en cette fin de semaine ou nous avons planté des Incroyables Comestibles dans un espace municipal. Nous avons pu réaliser entre les personnes présentes et intéressées un atelier constituant. Nous étions une vingtaine.

Nous ne nous sommes pas présentés, car nous sommes partis du fait que toute personne prise au hasard parmi les citoyens devrait être en mesure de « Constituer », quelle que soit sa vie.

Nous avons procédé à deux tours de parole ou toutes les personnes présentes étaient invitées à parler à tour de rôle, pour qu’il ne s’établisse pas une monopolisation de la parole par les plus éloquents et les moins timides :

- Un premier tour de parole ou nous avons pu exprimer chacun notre vision d’une constitution, pour ne pas partir dans un cadre prédéfini d’avance.

- Un deuxième tour de parole pour exprimer ce que nous imaginons chacun être le ou les éléments les plus importants à apporter pour une constitution, et débouchant sur un débat libre.


Je vais essayer de résumer l’ambiance de chacune de ces écoutes collectives, en laissant à la suite la prise de note chronologique, avec l’idée forte soulignée, de chaque prise de paroles.


Qu’est ce que la constitution pour vous ?

Nous avons bien fait de définir chacun ce qu’est une constitution, car nous avons tout de suite constaté que nous n’avions pas la même définition. Beaucoup d’entre nous avaient cette idée d’un texte écrit et formel d’une loi au dessus de toutes les autres lois, et au dessus des différents pouvoirs, afin de protéger le peuple par le peuple. Mais nous avons entendus quelques avis différents concernant la forme de cette constitution.

La notion de territoire définissant les limites d’une constitution revient souvent, qu’elle soit nationale pour exprimer la volonté d’une nation, plus précisément locale pour être adaptée à chaque lieu de vie, ou internationale car nous formons une même espèce humaine sur un tout petit morceau de l’univers. Non pas universelle car ce serait un peu prétentieux et forcement conquérant. Une notion de territoire fortement liée à celle de « collectifs », ou de communautés, qui composent ce territoire, et donc qui constituent ensemble les bases d’un « vivre ensemble ».

La notion de protection revient aussi souvent, contre les forts, contre les riches, contre tous les pouvoirs, contre nous-mêmes en quelque sorte. Il faut pour cela graver cette constitution dans le marbre, sans pour autant la figer puisque le monde change en permanence, et l’étudier et la comprendre dès l’enfance, afin que tout le monde ait le pouvoir de vérifier que son application soit omniprésente sur notre lieu de vie ou dans le monde.

Mais le terme même de « constitution » fait débat, car si nous pouvons l’écrire, il nous faut avant tout la définir, la comprendre, l’expliquer, pas forcement la rédiger. C’est pourquoi le fait qu’une constitution soit locale est déterminant pour se l’approprier et en débattre autour de soi. Qui s’intéresse à une constitution écrite à Bruxelles par des personnes que nous ne rencontrerons jamais, et en quoi cette constitution doit-elle s’intéresser à nous, ici ? Par contre il en est différemment si elle est internationale, ce qui déterminerait qu’elle ait sa place et qu’elle soit acceptée dans n’importe quel endroit du monde par tous les êtres humains. Et il n’y a pour cela pas forcement besoin de l’écrire, cela peut être un état de conscience de l’Homme, dès l’enfance, que de vivre dans la communauté humaine de son village ou sa ville, étendu au delà à plusieurs milliards d’individus. Un état d’esprit compréhensif de cette nécessité globale à la pérennité humaine d’intégrer tous les autres dans sa pensée comme dans son entourage ; soit, contrairement à cette croyance à caractère plutôt matérialiste que ma liberté s’arrête là ou celle des autres commence, peut-être comme le disait Bakounine que : « la liberté des autres étends la mienne à l’infini » ; ouvrir notre petit espace aux autres plutôt que de s’y enfermer tout seul nous ouvre l’espace des autres et donc le monde entier. Et Plutôt que par le monde clos des juristes ou politiciens affiliés à leur travail et au salaire qui va avec, ce peut être par le rassemblement de grandes idées issues des besoins et envies de l’association de collectifs et de gens désintéressés que nous concevrions la constitution.


Quel est le point le plus important dans une constitution selon vous ?

Le constat est lancé que les constitutions actuelles n’en sont pas vraiment car ce sont de très mauvaises constitutions qui ne permettent rien pour les citoyens. Pour cette raison ainsi que la suivante, la plupart des gens ne s’y intéressent pas malgré l’importance de ce contrat social commun, car même les bonnes constitutions (ex : déclaration de 1789 qui prône un réel partage) ne sont pas appliquées en pratique. Nous avons également pu lire au hasard un article de la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, ainsi qu’un article de la « constitution » Européenne (traité de Lisbonne), le premier tout à fait clair en contraste avec le second exprimé en langage juridique et renvoyant constamment à d’autres articles annexes, texte pour le moins incompréhensible pour le commun des mortels.

Les points qui reviennent beaucoup sont ceux du partage des ressources planétaires, eau, nourriture, énergie, partage de la propriété et de la terre aussi, dans une notion d’usage des besoins essentiels pour vivre et dans une limite de leur accumulation en capital. Un changement de paradigme peut être amené par la distribution égale des ressources.

La limitation des pouvoirs qui, comme les enfants qui appréhendent le monde, ne s’arrêtent que lorsqu’ils trouvent une limite, élément essentiel de leur stabilité mentale, comme de la stabilité d’une société. Pour limiter les pouvoirs, il faut être un nombre important. Si nous divisons le pouvoir entre tous, plus personne ne peut prendre le pouvoir puisque tout le monde l’a. En prenant chacun le pouvoir qui lui incombe, la responsabilité par rapport à soi et aux autres augmente, on augmente ainsi la part de liberté de chacun, et ce faisant on augmente la paix entre les gens responsabilisés et libres.

Il est aussi question d’institutionnaliser le bonheur, de lui redonner son importance première en l’incluant comme un élément à part entière dans la constitution, dans la loi, et plus seulement un vague concept lié à son pouvoir d’achat ou au PIB. C’est ce qu’essaye de mettre en pratique l’Observatoire International du Bonheur (OIB) dans le contexte du droit international et en réformant l’ONU, en incluant le concept immatériel qu’est le Bonheur humain.

Plus proche d’un contexte réalisable à plus court terme, il faut définir les personnes ou les institutions en charge des pouvoirs pour les affaiblir. Une séparation minimale du pouvoir législatif, de l’exécutif, du judiciaire, mais aussi du financier et du médiatique parait beaucoup plus juste qu’actuellement avec les trois premiers qui n’ont même pas de distinctions franches. D’ailleurs l’argent ne devrait-il pas avoir des devoirs et des limites clairement établis dans cette constitution ?

Mais même si tout cela serait à inscrire dans la constitution, son application concrète et pratique ne le serait pas moins, car à quoi servent les belles paroles rédigées si nous n’appliquons pas ou détournons ce qui est écrit, comme le droit et la politique actuelle savent si bien le faire. Il faut également pour concrétiser cette application, s’entrainer, s’éduquer, appliquer cette constitution, « constituer » régulièrement en quelques sorte, mais nous allons voir ça au paragraphe suivant.


Si nous avons beaucoup parlé de rédiger la constitution, la définition de ce qu’est le pouvoir du peuple rendu au peuple dans son ensemble, une notion assez singulière s’est détachée de ce contexte formel d’écriture. A mon grand étonnement et intérêt, de nombreuses personnes prenant la parole manifestaient le désir de - ne pas – écrire la constitution, au point que plus d’un quart des personnes présentes ont levés la main à la question « Qui pense que la constitution ne devrait pas être écrite? ».

À cela plusieurs raisons. Beaucoup parmi nous se sont dit inspiré des Accords Toltèques (Que votre parole soit impeccable - Ne réagissez à rien de façon personnelle - Ne faites aucune suppositions - Faites toujours de votre mieux - Soyez septique, mais apprenez à écouter).

Mais nous avons dès le début constaté que l’application d’une constitution passait beaucoup plus par l’action, l’enthousiasme, la contagion des idées entre les gens, bref par le contact et le lien social, que par l’intellectualisation et la connaissance d’un texte supérieur qui retrace les grandes lignes d’un « Vivre ensemble ». Même dans les collectifs associatifs, non marchands par essence, il peut exister des prises de pouvoir par les plus « sachants », les plus compétant, les plus beaux parleurs. C’est pourquoi l’apprentissage de tous par tous est déterminant pour changer la verticalité de cette société, la hiérarchisation des Hommes, et avancer vers un nouveau paradigme horizontal ou personne n’a plus d’importance que l’autre. Même si tout le monde ne peut pas tout savoir (et même personne, nos centres d’intérêt et nos degrés de connaissance divergent), les bases d’une société plus égale et plus saine dans laquelle l’argent n’a plus une position centrale, mais plutôt la personne, peuvent être mise en œuvre grâce à l’expérimentation et à l’échange d’expériences permanent entre les membres d’une civilisation, locale ou intercontinentale. Il s’agit en fait de « constituer » en permanence, d’appliquer tous les jours dans nos actes et nos paroles cette constitution, écrite ou non. S’entrainer à constituer pour ne plus en avoir besoin. C’est un état de conscience plutôt qu’un texte à apprendre par cœur comme un devoir d’école, un droit et un devoir universel remis en cause, débattu, une responsabilisation et une implication supérieures plutôt qu’un texte supérieur. Aller d’une société de l’Avoir (avoir une constitution) vers une société de l’Être (être constituant). La constitution d’ailleurs, c’est en première définition ce dont une chose est faite, la constitution de notre corps, alors pourquoi pas de notre esprit dont notre corps fait partie.


Mais bien sûr, une « oralisation » totale de la constitution pose problème, ne serait-ce qu’à petite échelle parce que dans une société autogérée, il suffit d’une seule personne déséquilibrée ou malintentionnée pour anéantir les règles de vies établies. Et puis l’écriture c’est la mémoire et nous étions nombreux à défendre cette idée de rédaction (sans ce compte-rendu il n’y aurait d’atelier constituant que dans les mémoires des participants), sans pour autant qu’il y ait de clivage ; car les formes de rédaction peuvent être diverses et variées. Ne venions-nous pas « d’écrire » un article de constitution en plantant des Incroyables Comestibles en place publique ? Ce bac restera là témoin de ce que peuvent faire les humains pour être autonomes alimentairement. L’oral peut être écrit par l’acte, par l’action. Après tout, les enfants réussissent à organiser des règles de vie sans pour autant rédiger de règlement lorsqu’on leur en laisse l’occasion dans une colonie de vacance. Quitte à l’écrire, pourquoi ne pas le faire sous forme poétique diront certains, car cela donne bien plus envie. Ou même la dessiner… Notre plaisir, notre « Eros », ayant été abandonné à la société capitaliste porteuse d’un bonheur matériel irréaliste et mortifère avec l’aide de la publicité, nous devons le retrouver dans la joie de co-construire ensemble un monde auquel nous aspirons. La déclaration des droits de l’Homme, du Citoyen et de la Nature ? Avec le respect du vivant comme dans la nouvelle constitution Bolivienne ! Les panneaux rectangulaires sur lesquels nous avons inscrit des slogans pour le bac des Incroyables Comestibles devraient être ronds et non carrés, pour ne pas enfermer les idées dans un cadre. L’idée d’un globe terrestre sur lequel serait écrite la constitution autour du monde dans toutes les langues germe.


Nous voyons bien en cette fin d’atelier que les deux statuts, de conscience et d’écrit, de cette constitution, non seulement sont possibles, mais sont indissociables. « L’Université du Nous » applique cette approche d’écriture de la conscience (http://universite-du-nous.org ). Le pouvoir, constitutionnel ou non, est passé de la religion à la royauté, et maintenant à la politique marchande. Il est temps, d’après l’intérêt que portent de plus en plus de monde à la vraie politique citoyenne, à ce nouveau militantisme qui s’inscrit dans l’action joyeuse de notre « Eros » retrouvé, non pas de changer le pouvoir de main, mais de transformer le pouvoir institutionnel en une responsabilité constitutionnelle. Ne vivons plus comme des esclaves, le pouvoir ne doit plus être au dessus de nous, mais en nous, et que ceux qui désirent le déléguer soient minoritaires. C’est là une certitude de lui mettre une camisole, c’est là que s’opèrera un changement de paradigme. « Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde » s’applique ici comme ailleurs, par notre présence dans la société et notre implication dans le monde.


Constituons le changement !


Prise de notes :


Qu’est ce que la constitution pour vous ?

- Une loi au dessus de tout

- Un exercice oral. Il faut retrouver le sens des mots, non pas dire « constitution » mais expliquer ce concept avec des mots simples.

- Une expression locale.

- Constitution est un terme d’après guerre. On disait par exemple « déclaration » en 1789.

- Un texte gravé.

- L’expression d’une Nation.

- Une expression collective.

- Une protection contre les pouvoirs.

- Un partage des grandes idées par de multiples collectifs, comme en mode Wiki, et contrairement à ce qui s’est passé en Tunisie.

- En Grande Bretagne il n’y a pas de constitution écrite. La centralité est discutable.

- Une association de gens plein d’amour dans un lieu de la démocratie.

- Un texte non figé.


Quel est le point le plus important dans une constitution selon vous ?

- Définir un partage des ressources pour nourrir et loger tous les enfants de la terre, et prévoir son application concrète inscrite noir sur blanc.

- L’action, l’enthousiasme, la contagion par le contact entre les gens.

- Le pouvoir au peuple, avec cette définition.

- Le respect de tout ce qui est vivant (constitution Bolivienne).

- Les droits de l’Homme, du citoyen et de la nature, et aussi une définition des limites et des devoirs de l’argent.

- Les Accords Toltèques.

- La limite du droit à la propriété, mais une propriété d’usage pour tout le monde.

- Qui doit être interdit d’écriture de la constitution.

- Pour une constitution, un territoire est à définir.

- La constitution est aussi la constitution de l’Être Humain, ce dont nous sommes faits, la constitution des choses.

- Le pouvoir du droit constitutionnel peut amener une augmentation de la Liberté des gens, qui elle-même amènera une augmentation de la Paix entre les gens.

- Dans une société autogérée avec une constitution organique non écrite, un seul déséquilibré peut semer la zizanie.

- L’écriture c’est la mémoire (comme ce compte rendu). Le pouvoir partagé par tous empêche l’appropriation du pouvoir par quelques-uns.

- Le changement de paradigme peut advenir par la distribution égale des biens.

- Affaiblir le pouvoir. Définir qui ou quelle institution s’occupe de quels pouvoirs.

- Anecdote : dans certaines sociétés africaines, l’élu est la personne la plus pauvre du village. Il doit offrir tout ce qu’il possède pour se consacrer à aider les autres, et ne doit faire signe d’aucune autorité sous peine d’être radié de la tribu pour toujours. C’est une mission, comme un mandat impératif, le village est heureux par ce sacrifice.

- Il est possible de faire rédiger le cadre des règles de vie par les enfants eux-mêmes dans une colonie de vacance par exemple.

- Dans les statuts associatifs (non marchands), il y a des prises de pouvoir (outils conscients).

- Une constitution peut-être à la fois les deux statuts de conscience et d’écrit (ex : université du Nous).

- Constituer par l’expérimentation, par la pratique, par notre quotidien. Atelier constituant permanent.

- Le bonheur institutionnel (Observatoire International du Bonheur).

- A l’origine, le pouvoir était à la religion. Il est passé à la royauté, puis à la politique marchande.

- Une constitution Orale peut aussi être écrite par l’Acte. Ex : un bac des Incroyable Comestible est comme un article de la constitution.

- Une écriture poétique d’une constitution peut donner plus envie qu’une écriture formelle. Il s’agit de récupérer notre « Eros » délégué à la pseudo « consommation matérielle/bien-être ».

- Dessiner la constitution plutôt que de l’écrire. Commencer par faire des affichettes rondes plutôt qu’un « cadre » rectangulaire pour les informations des bacs.

- S’entrainer à constituer, le faire tous les jours, pour ne plus avoir besoin de l’écrire.

- Une camisole du pouvoir.

- Il faut être un nombre important de personnes pour pouvoir limiter les pouvoirs.

- Aujourd’hui, tout le monde s’en fiche de la constitution pour la raison qu’elle n’est même pas appliquée.

-Nous avons actuellement une très mauvaise constitution qui ne permet rien.


Compte-rendu par Jérôme Bardet



Source : https://www.facebook.com/notes/j%C3%A9r%C3%B4me-bardet/atelier-constituant-du-22-septembre-2013-a-montpellier/659083454131981