décembre 2013 - Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens

Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens


C'est notre Constitution qui est notre seule arme (et c'est aussi la meilleure) pour contrôler les pouvoirs. À nous d'en parler, entre simples citoyens, pour devenir des millions à l'avoir compris : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Bienvenue :o)


Étienne Chouard
Je cherche ici à mettre en débat ouvert ce dont on ne parle nulle part : les plus grands principes institutionnels dont tous les citoyens (gauche, centre, droite) ont besoin pour se protéger des abus de pouvoir.

Je vous propose d'aller voir le FORUM et de suivre le SOMMAIRE, point par point (un principe par jour pour une digestion facile ?), et de réfléchir à votre propre position : Pour ? Contre ? Partagé ?

Et si personne (ni moi, ni d'autres ici) n'a encore défendu les arguments qui vous semblent importants, formulez-les vous-même : nous progressons ensemble en combinant nos réflexions, démocratiquement et positivement :o)

Suggestion :
pour parler nombreux
sur de nombreux sujets :
. soyons brefs,
. dans le sujet,
. et patients :-)

Une fois les principes bien débattus sur le FORUM, vous pouvez, dans la partie WIKI, écrire vous-mêmes les articles qui vous semblent importants dans une Constitution, aussi bien nationale qu'européenne.

Sur cette partie BLOG, je vous propose de nous parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, histoire, philosophie, sociologie, société, actualité, technique, littérature, etc.), mais qui tournent quand même autour des sujets évoqués sur le forum : on cherche à imaginer ensemble un outil intellectuel, robuste et durable, contre les abus de pouvoir.

J'ai hâte de vous lire :o)

Étienne Chouard


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Le site d'origine s'appelle AEC : "Arc-en-Ciel" (après la pluie le beau temps) :o)


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jeudi 26 décembre 2013

Remous à gauche de la gauche à propos de notre rencontre d'Aimargues (725)

Remous à gauche de la gauche
à propos de notre rencontre d'Aimargues

Chers amis,

 

La (passionnante) réunion avec le Café Repère d'Aimargues (près de Nîmes) la semaine dernière a suscité bien des remous :
je viens de recevoir par mail (plusieurs fois, de la part de personnes pas contentes de ça)
une copie d'une lettre circulaire qui parcourt les rangs d’un parti que je considère comme très proche
des valeurs humanistes auxquelles je tiens le plus, et j'ai été surpris d'y retrouver
les calomnies des prétendus "antifas" qui me persécutent depuis deux ans.

Je prends donc ma plume pour exprimer rapidement ce que ça m'inspire, point par point :

(Fichier PDF de ce document)

 

 

Note interne destinée aux militants du [parti], 19 déc. 2013 (extrait)

 

 

 

Ce que ça m'inspire, 26 déc. (extrait) :

 

 

"Il faut aussi signaler le cas d'Étienne Chouard, qui a joué un rôle déterminant lors du débat concernant le Traité Constitutionnel Européen.

 

 

Le bon vieux temps… les copains d'Attac… 

 

Je fais juste remarquer qu’il vaudrait mieux parler de Traité Inconstitutionnel Européen : écrire la Constitution par voie de traités est une véritable félonie de la part des ministres et des parlementaires payés pour nous défendre et pas pour nous vendre ; nous devrions montrer, par notre REFUS d’utiliser les mots menteurs, que nous avons compris et que nous combattons toujours cette escroquerie institutionnelle.

 

 

Il se réclame également de cette conception désincarnée de la démocratie selon laquelle il faudrait débattre avec tout le monde,

 

 

 

Désincarnée ? Pas du tout ! Projet pragmatique et réaliste, au contraire: l'isegoria, droit de parole pour tous à tout moment et à tout propos est un pilier porteur de toute démocratie incarnée digne de ce nom. Sans isegoria, on a affaire à des escrocs despotiques, pas à des démocrates.

 

Je suis strictement sur la ligne de Rosa Luxembourg et de Chomsky (excusez-moi) :

 

« La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d'un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n'est pas la liberté. La liberté, c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement. »      

Rosa Luxembourg (La révolution russe).

 

« Si l'on ne croit pas à la liberté d'expression pour les gens qu'on méprise, on n'y croit pas du tout. »

Noam Chomsky.

 

 

sans voir qu'il joue par là un rôle de porte-parole avec des gens avec qui nous devons absolument garder nos distances et établir un cordon sanitaire.

 

 

D’abord, je "porte la parole" de tout ce qui me semble intelligent et utile au bien commun (excusez-moi encore).

 

Ensuite, quand je parle sur un média, je ne porte pas la parole du média mais la mienne C’est une erreur d’assimiler le locuteur au média qu’il utilise ici ou là.

 

Enfin, je ne suis pas raciste : je travaille idée par idée,  et non PAS  'race de penseurs' par 'race de penseurs'.

 

Il faudrait que les pharisiens (*) du « cordon sanitaire » m'expliquent ce que c’est, concrètement (de façon incarnée, hein, s'il vous plaît), qu’une «démocratie-où-TOUS-les-citoyens-ne-peuvent-PAS-débattre»…

 

Dans le système d'apartheid politique prôné par les tenants du « cordon sanitaire » (apartheid, oui, avec une race de sous-hommes définitivement interdits de débats politique, tenus à l'écart par une élite (auto-labellisée "de gauche" sans doute) qui, elle, a droit aux débats, et seulement avec ceux qu'elle choisit…), dans ce système raciste, donc, qui va décider qui peut débattre et qui ne peut pas ?

 

Et cette décision d'exclusion politique permanente sera prise sous le contrôle de qui ?

 

Et puis, est-ce que les citoyens interdits peuvent espérer un jour sortir de cette prison politique ? Ou bien sont-ils condamnés à vie à cet ostracisme du seul fait de leur nature (leur race quoi), qui a le malheur d'être déclarée du mauvais côté du « cordon sanitaire » (concept antidémocratique au possible) ?

 

Et le militant dévoué, à qui ses chefs donnent ainsi des consignes strictes sur qui lire, qui écouter, qui aller voir débattre : où est sa dignité d'homme libre ? Où est le respect de son discernement autonome et adulte ? Qui se permet de préjuger qui il doit écouter en politique ?

 

Et sur le plan des résultats du parti (incarnés, bien sûr), est-ce que ça marche bien, le "cordon sanitaire" ? 

 

Je signale enfin qu’il y a bien d’autres communautés qui essaient également de créer de tels interdits sectaires (**) antidémocratiques : tels militants redoutent et détestent les « socialo-communistes » et voudraient qu’on les fasse taire pour nous protéger tous du goulag ; tels autres voudraient que les « sionistes » soient muselés pour les empêcher de coloniser le pays en douce ; tels autres veulent faire taire les antisionistes en les assimilant à de dangereux « antisémites » ; tels autres veulent interdire aux « infidèles » à leur religion le droit de « blasphémer » publiquement ; etc. Va-t-on les laisser faire ?

 

Toutes ces tentations et tentatives de prise de contrôle du monopole de la parole publique s’apparentent à du communautarisme, c’est sectaire par définition, ça empêche la recherche de la concorde, et le fait de permettre aux chefs de clans de mettre en place leurs muselières politiques signerait la mort de la République (déjà largement dévoyée).

 

Je trouve important de remarquer que ce sont toujours des CHEFS de clan (ou des ASPIRANTS CHEFS) qui instrumentalisent la ZIZANIE, en attisant les querelles intestines de la Cité — et en interdisant aux soldats ennemis de fraterniser (comme les Allemands et les Français l’avaient fait en pleine guerre de 14-18) — pour que la guerre politique s’éternise à tout propos, discorde contraire à l’intérêt général mais absolument nécessaire aux chefs de guerre, pour justifier leur existence même.

Selon moi (mais je peux me tromper, ce n’est que mon avis), cette domination des chefs est suscitée et entretenue par l’existence des partis, machines de guerre politique qui nous condamnent tous à l’affrontement global et permanent ; partis qui eux-mêmes ne sont rendus absolument nécessaires QUE PAR l’institution calamiteuse du prétendu et faux « suffrage universel », qui réduit la politique (au sens noble du terme) à la désignation de MAÎTRES qui vont TOUT décider à notre place pendant cinq ans (politique au sens ignoble du terme).

 

Sur la plupart des sujets de société (retraites, sécurité sociale, choix de société vital entre chômage et inflation, indexation des salaires sur les prix, justice fiscale, choix entre libre-échange pour les multinationales ou protectionnisme pour les citoyens, contrôle des capitaux, politique monétaire, droits constitutionnels garantis à tous les êtres vivants et sensibles, traités internationaux, référendums d’initiative populaire, guerres d’agression prétendument humanitaires, néocolonialisme, école publique, énergie publique, gratuité des transports collectifs, grande distribution publique, information des citoyens, interdiction de la prise de contrôle de grands médias par les industriels et les banquiers, strict respect de la vie privée, liberté d’expression réelle, criminalisation du lobbying auprès des parlementaires, responsabilité réelle des acteurs publics, non cumul des mandats, lutte réelle contre la corruption, choix d’investissements publics, revenu minimum et maximum, patrimoine minimum et maximum, services publics, nationalisations, privilèges, etc.), les citoyens des TOUS les partis pourraient tomber d’accord, contrairement à la GUERRE TOTALE que leurs chefs de partis leur imposent de faire, projet de société global’ contre projet de société global’.

 

Ne me faites pas dire que je nie la lutte des classes, je dis précisément le contraire : pendant que les chefs de partis se rendent indispensables en nous conduisant à de fausses disputes sur de mauvais clivages (et rendent ainsi éternelle la lutte des classes), pendant ce temps, la classe des loisirs, comme le disait bien Thorstein Veblen, la classe oisive s’amuse et se goinfre à nos dépens.

 

Si on veut venir à bout (vraiment) de la lutte des classes (et du capitalisme), il faut arrêter de nous disputer sur des couillonnades (des conséquences de notre impuissance) et plutôt empêcher radicalement et prioritairement les ultra-riches d’écrire eux-mêmes les INSTITUTIONS (source PREMIÈRE du pouvoir), institutions corrompues qui leur permettent ensuite d’entretenir — et de gagner — la lutte GUERRE (dixit Warren Buffet lui-même) que leur propre classe-qui-ne-fait-rien (c’est le nom exact que donnait Veblen aux parasites qui nous gouvernent) mène contre la classe-de-ceux-qui-travaillent.

 

Je répète ma question principale, (qui me semble rédhibitoire : on ne peut pas y répondre sans tuer la République) : QUI VA DÉCIDER du prétendu « cordon sanitaire » ?

 

De mon point de vue, le concept même de « cordon sanitaire » est ANTIPOLITIQUE, antidémocratique, despotique : des institutions vraiment démocratiques, par définition, nous imposent de parler précisément à ceux que nous détestons le plus, et elles nous forcent ainsi à démontrer publiquement, de façon construite et argumentée, convaincante pour tous les citoyens spectateurs de cette mise en scène des conflits, l’inanité ou la dangerosité des thèses que nous combattons.

 

Ceux qui défendent ce « cordon sanitaire » (le leur, bien entendu…) voudraient gagner la bataille politique sans avoir à prouver qu’ils ont raison à l’occasion de débats publics permanents et variés. C’est la négation même de l’idée démocratique. Que ses défenseurs en soient conscients ou pas, cette position est parfaitement antidémocratique.

 

Chacun fait comme il veut, bien sûr, mais pour ma part, je trouve dans cette affaire de nouvelles raisons de me réjouir de n'appartenir à aucun parti, à aucune de ces armées politiques où règne une telle police de la pensée. Homme libre, libre de soutenir toute idée que je trouve utile à l'intérêt général, je ne risque pas de me plier à ce genre d’injonctions comminatoires infantilisantes.

 

 

Étienne Chouard publie et recommande des articles ou ouvrages de fascistes, négationnistes ou complotistes notoires : il conseille vivement la lecture des ouvrages d'Eustace Mullins, théoricien négationniste, antisémite et révisionniste ;

 

 

Ben voyons… dit comme ça, c'est de la diffamation : on dirait que je suis carrément un propagandiste nazi… Parmi mille autres livres, je recommande UN et un seul livre d'Eustace Mullins, un livre qui n'est absolument PAS antisémite (je combats l'antisémitisme qui est une saloperie, comme tous les racismes), et j’en parle parce que c'est un livre formidable pour comprendre en détail l'origine et les méthodes de l'incroyable et scandaleuse escroquerie bancaire qui nous afflige aujourd'hui. S'interdire de lire ce livre, c'est s'exposer à ne rien comprendre à la prétendue "Réserve Fédérale Américaine" (les trois mots sont faux), ni à ses équivalents dans le monde.

 

Vous remarquerez, c'est intéressant, que tous ceux qui incriminent sérieusement les grandes banques d'affaires sont aussitôt accusés d'antisémitisme.  C'est lamentable.

 

 

il conseille la lecture d'Antony Sutton, intellectuel qui est l'un des principaux théoriciens conspirationnistes américains ;

 

 

Et alors ? S'il y en a qui trouvent que Sutton dit des sottises ou des horreurs (ce qui est tout à fait possible : c'est même précisément pour le savoir qu'on en parle publiquement), eh bien qu'ils le prouvent ! voilà tout.

 

Je déplore ce mot de "conspirationniste" qui est une véritable agression contre l'intelligence critique : je note d'ailleurs que les mots "conspirationniste" et "complotiste" sont systématiquement utilisés pour discréditer un donneur d'alerte (institution FONDAMENTALE dans une démocratie digne de ce nom), et ces mots eux-mêmes sont devenus pour moi un révélateur, un indicateur : ceux qui utilisent les mots "conspirationniste" et "complotiste" sont des flics en civil du système ; consciemment ou inconsciemment, ils le sont DE FAIT.

 

J'attire votre attention sur ce qui suit, qui est très important à mes yeux :

 

Un militant de gauche ne peut pas s'interdire de dénoncer les multiples conspirations des puissants sans devenir par là même INUTILE.

 

À QUOI SERT UN MILITANT DE GAUCHE QUI SE SENT COUPABLE
(ET DONC S'INTERDIT) DE DÉNONCER UN COMPLOT ?    À RIEN.

 

Et c'est probablement le but de toute cette fumeuse théorie de "la théorie du complot" : neutraliser les luttes sociales radicales (celles qui pourraient servir à quelque chose).

 

Je suis donc très inquiet que les mouvements de gauche vraie (***) se mettent, eux aussi, à traquer les "conspirationnistes" : s'ils laissaient grandir cette infirmité en eux, ils ne serviraient strictement plus à rien dans les luttes réelles.  Ceux qui sèment — et imposent ! — cette zizanie à gauche sont terriblement malfaisants.

 

 

il fait la promotion du site Reopen911 qui est un site conspirationniste ;

 

 

• D'abord, je trouve effectivement REMARQUABLE le travail d'information et de recherche de la vérité des lanceurs d'alertes de ReOpen911. Une bonne invitation au débat démocratique. Un site d'utilité publique.

 

• Ensuite, je trouve minable (c'est bien le mot) l'argument sec de "conspirationnisme". C’est indigent. Affligeant. Absolument PAS convaincant.

 

Ceux qui se laissent intimider par cette insulte ("complotiste") sont des trouillards. Chacun son truc. Moi, je n'obéis pas aux injonctions de penser, je pèse les arguments sur une balance avec mes valeurs, honnêtement, et je tiens à la pluralité (à la biodiversité politique) de mes informations.

 

Là comme ailleurs, chacun doit se déterminer tout seul, en conscience.

 

Les milliers de militants de ReOpen réclament une enquête indépendante sur les attentats du 11 septembre, et ils argumentent pour en prouver l'urgente nécessité. La belle affaire ! C'est quand même très anodin, et pas du tout criminel, de seulement réclamer une enquête, juste parce qu'on ne croit pas sur parole, effectivement, les menteurs criminels qui sont aux manettes de la machine de guerre américaine…

 

Mais là encore, il y a un marqueur, regardez bien : la plupart des gens qui diabolisent ReOpen911 sont des chiens de garde du système. Diaboliser les sceptiques, ça leur sert de marqueur entre eux, entre collabos : si tu ne diabolises pas ReOpen, tu seras persécuté à ton tour par le système.  Et ça fait peur aux autres.

 

Et inversement, le simple scepticisme sur cette affaire devient un signe d'indépendance intellectuelle (et de courage) pour les autres : les résistants.      

 

Étonnante régularité de cette observation.

 

 

il relaie et soutient

Thierry Meyssan ;

 

 

 

Ah ! Thierry Meyssan… Mais qu'est-ce qu'il vous a fait, cet homme-là ? Il lutte contre l'extrême droite depuis toujours, il dénonce (courageusement, et dans une logique sociale évidemment de gauche) les infâmes mensonges médiatiques montés pour conduire les opinions publiques à accepter les GUERRES coloniales de l'OTAN, qu'est-ce qu'il vous faut de plus pour AU MOINS l'écouter ? D'une oreille critique, évidemment, mais intéressée quand même, non ? Vous en connaissez beaucoup, vous (à part Michel Collon — autre journaliste anti-guerre, lui aussi persécuté par les prétendus "antifas" qui sont de fait une fausse "gauche", favorable aux projets de domination de l'OTAN), vous en connaissez beaucoup, donc, des journalistes qui dénoncent fortement les média-mensonges et les guerres à répétition menée au loin en notre nom ? Vous en connaissez assez pour faire la fine bouche et tenir à l'écart celui-ci et celui-là, emprisonné par un "cordon sanitaire" (sic) déterminé par on ne sait qui ?

 

Écoutez : moi, je peux me tromper bien sûr, mais jusqu’à plus ample informé, je crois que Meyssan est honnête et qu'il nous donne, pour l'essentiel (je ne lis pas tout de lui, loin de là), une information de (vraie) gauche  (anti-guerre, anti-impérialiste et anticoloniale, moi ça me va) bien utile pour comprendre et pour résister à l'empire des néoconservateurs, qui grandit partout dans le monde. Si vous estimez qu'il se trompe, prouvez-le, simplement, mais ne diabolisez pas ceux qui signalent (certaines de) ses alertes, car ça, c'est vraiment nous prendre pour des enfants ou pour des idiots.

 

 

il diffuse la production

d'Alain Soral ;

 

 

Quelle exagération… Parmi 20 000 liens sur mon site, j'ai mis UN lien vers Soral, un lien tout simple et sans commentaires, alors tu parles d'une "diffusion de production"… Calomnie toujours…

 

À part ce lien (que j'assume), je ne parle JAMAIS de Soral (car je sais que c'est interdit par les chefs de la pensée, que Soral n’est pas irréprochable, et que cette partie de la résistance me coûte trop de temps : je m'épuise avec ce truc qui n'est PAS mon sujet principal), je n’en parle pas sauf quand on m'y conduit de force, comme ici, car j'assume ce que je fais, comme un adulte libre. Si je me trompe, je le reconnais et je progresse. Mais PAS SUR ORDRE : il faut me prouver que je me trompe, bien sûr.

 

J'ai mis ce lien (avant de savoir la haine féroce que Soral inspirait aux privilégiés du système) parce que j'ai trouvé chez Soral — en plus de certaines de ses analyses que je trouve pertinentes, et de son courage qui est évident —, j'ai trouvé, donc, une alerte et des documents très utiles sur un sujet important dont j'ignorais presque tout et qui semble largement méconnu à tort : LE SIONISME.

 

Excusez-moi mais c'est Soral qui m'a fait découvrir les livres bouleversants et passionnants de Bernard Lazare, d'Israël Shahak, de Norman Finkelstein, de Gilad Atzmon

 

Je combine toutes ces informations avec ce que j'apprends par ailleurs sur Là-bas si j'y suis (la meilleure radio d’éducation populaire du pays, selon moi), avec Shlomo Sand, Gideon Levy, Éric Hazan

 

Je les combine encore avec tous les témoignages et commentaires importants que signale Michel Collon sur le même sujet.

 

Et je les combinerai encore avec les prochaines informations que je découvrirai sans doute à l’occasion des prochaines controverses sur la question.

 

Excusez-moi de m'informer librement, par différentes voies, et de recouper les infos.

 

Si on me signale un projet de domination dont je n’avais pas conscience jusque-là, si les preuves semblent sérieuses, je ne me contente évidemment pas d’une (trop commode et creuse) accusation de « racisme » ou de « complotisme » en retour pour abandonner l’affaire : vous faites comme vous voulez, mais moi, je n’ai pas envie d’être dominé… Tout mon travail depuis huit ans consiste à rendre impossible tout projet de domination (partout sur terre) ; alors je ne vois pas pourquoi je devrais m’interdire de travailler ce projet-là (ou un autre).

 

L’ONU elle-même (résolution 3379) a dénoncé solennellement le sionisme comme « forme de racisme et de discrimination raciale ». Ici et maintenant, je trouve donc scandaleux de criminaliser la simple aspiration au débat, sur ce point comme sur d’autres : si vous pensez — c’est votre droit le plus strict — que le sionisme n’est pas un projet de domination raciste mais plutôt un projet humaniste pacifique et non raciste, ce qui est peut-être vrai, prouvez-le, mais sans museler personne.

 

 

Exactement comme tous mes autres liens, le lien vers Soral est donc une invitation à discuter : je ne dis pas la messe, comme le ferait un chef de parti, je participe à un "cerveau collectif" où les controverses sont quotidiennes, et je cherche à y voir clair, à comprendre où je me trompe, et éventuellement où on me trompe.

 

Il est assez inquiétant (et ça recoupe d’ailleurs ce qu’expliquent tous les livres ci-dessus) que le débat sur le sionisme soit interdit en France : LES DÉFENSEURS DU SYSTÈME FONT TOUT POUR CONFONDRE L'ANTISIONISME (QUI EST UN ANTIRACISME) AVEC L'ANTISÉMITISME (QUI EST UN RACISME).

 

On n'arrive pas à penser à l'endroit si on mélange tout et si on laisse mettre les mots important à l'envers. J'ai l'impression qu'il y a là une CONFUSION décisive qui sème la zizanie à gauche et nous empêche de résister au capitalisme. Le plus troublant est que ceux-là mêmes qui entretiennent cette confusion première (probablement des sionistes) se posent en donneurs de leçon contre le soi-disant « confusionnisme » des antisionistes…  C'est gonflé, c'est assez malin, mais ça commence à se voir (quand on se documente).

 

Comme pour Meyssan ou d'autres, si vous trouvez que Soral se trompe ou qu'il nous trompe, PROUVEZ-LE et laissez-le SE DÉFENDRE point par point, mais ne vous contentez pas de les traiter tous de "racistes", lui et ses lecteurs, alors que son mouvement (E&R) est à l’évidence un exemple de mosaïque de couleurs et de religions (on peut sûrement leur reprocher plein de trucs, évidemment, mais l'accusation de racisme ne tient pas debout, à mon sens).

 

Puis, quand les calomnies ont démarré et qu'on a commencé à me menacer si je ne retirais pas ce lien de mon site, après un moment de surprise devant la disproportion entre l'acte et l'attaque, je me suis arc-bouté parce que résister aux menaces injustes est une forme de courage que je veux assumer, et aussi parce que j'ai horreur qu'on m'impose ce que je dois faire ou penser, et j'ai laissé le lien : je ne lynche pas, même sur ordre. J'attends donc des débats contradictoires honnêtes où Soral pourra être attaqué point par point et pourra se défendre. Normalement, quoi. Et puis alors, on verra. L'ambiance de lynchage obligatoire  (sous l'étendard fallacieux "antifa") qui se développe en France est inquiétante, je n'y participerai pas.

 

Pourtant, je me sens moi-même profondément "antifa" : ce à quoi je travaille jour et nuit, la mutation contagieuse des électeurs en constituants et l'institution d'abord (et la défense quotidienne ensuite) par le peuple lui-même d'un régime vraiment démocratique, processus que je défends (concrètement) de toutes mes forces, empêchera DURABLEMENT toute forme de fascisme (rouge, vert, brun ou que sais-je). L'accusation de sympathie fasciste dont on m'accable est donc stupide (enfin, pas si stupide que ça pour la ploutocratie qui se défend).

 

 

il défend Robert Ménard, soutien du Front National et défenseur de la peine de mort ;

 

 

Sans blague, "je défends Ménard"… J'ai dit trois mots (ce que je pensais, quoi) sur Ménard… Je l'ai trouvé courageux de défendre mordicus la liberté d'expression au milieu des molosses qui luttent contre la liberté d'expression dans le pays. Et le procès qu'on me fait juste pour avoir dit ça montre bien que la liberté d'expression est effectivement en recul en France, et que le danger ne vient PAS de là où les chiens le prétendent en aboyant.

 

Par ailleurs, je suis CONTRE la peine de mort et contre TOUS les partis (qui, selon moi, confisquent la politique aux individus et nous condamnent à une guerre politique permanente, mal ciblée et non nécessaire), et c'est une calomnie de ne pas le rappeler dans la note, en laissant même mensongèrement supposer le contraire. La personne qui a écrit ce papier est quand même sacrément déloyale.

 

 

il admire Cheminade, le mentor du groupe solidariste.

 

 

 

"J'admire Cheminade, le mentor…" C'est un art, de calomnier, vraiment : résumer avec les mots qui blessent et pas avec les mots qui comptent pour dire vrai… C'est un art de faussaire, mais c'est un art.

 

Je ne connais pas le mot "solidariste" (c'est nouveau, ça) ; ça ne sonne pas mal à mes oreilles, en première approche. Mais apparemment c'est interdit aussi, d'être "solidariste" ? Il faudrait expliquer les néo-insultes, svp. 

 

Alors, qu'en est-il EN FAIT ? Je trouve admirable (et je l'assume, que croyez-vous, comme le reste) la ténacité de ce vieux monsieur qui a voué sa vie (et qui s'est exposé et ruiné pour ça) à la lutte contre ce cancer antisocial qu'il appelle (très opportunément selon moi) le "fascisme financier", qui ronge nos sociétés.

 

Et alors ? Il y en a, dans votre parti « à gauche de la gauche », qui ne sont pas d'accord avec la lutte contre le fascisme financier, peut-être ? Et au point de diaboliser un résistant de la première heure, en montant en épingle deux ou trois couillonnades sans importance ? Mais de quelle gauche on parle, là ?

 

Donc, de mon point de vue, cet humain (Jacques Cheminade) qui a abandonné sa carrière confortable pour se bagarrer DEPUIS VINGT ANS CONTRE LA FINANCE APATRIDE, sans aucun moyen, malgré le mépris et les calomnies des prétendus "journalistes professionnels", avec son microscopique parti de jeunes bénévoles, celui-là, oui, il mérite une certaine admiration. Et je trouve des tas de choses utiles (pas tout, évidemment) dans son travail.

 

Et j'ai lu ce qu'on lui reproche en détail : c'est accablant de bêtise et de mauvaise foi.

 

 

Pour toutes ses raisons, nous appelons solennellement les camarades à ne pas faire écho par quelque moyen que ce soit à ces groupes ou individus.

 

"Ne pas faire écho à ces individus"… Mais dans nos ateliers constituants, on ne parle PAS de ces individus, figurez-vous !  

 

Mais ce dont je parle vraiment, principalement, cette note "d'information politique" a l'air de s'en ficher totalement.

 

Quand les militants (de toutes sortes) m'invitent, on parle de ce dont devrait parler un mouvement de gauche digne de ce nom (donc ça ne devrait pas faire peur à un parti de gauche véritable) : on parle de la racine institutionnelle de notre impuissance populaire, des causes premières des injustices plutôt que de leurs conséquences, on fait entre nous, SANS CHEFS, de l'éducation populaire, on fait monter notre niveau de conscience de façon autonome, on se prépare comme à l'entrainement pour être nombreux à être prêts, nombreux à savoir constituer nous-mêmes, le jour de la prochaine nouvelle donne… On se traite les uns les autres en adultes, sans s'imposer quoi que ce soit, surtout pas de police de la pensée, on cherche.

 

Et ça, l'aspiration à l’autonomie réelle des humains, de leur propre initiative, leur mutation en adultes politiques, ça fait peut-être peur aux chefs, on peut comprendre.

 

 

L'assimilation qui serait faite entre eux et le [parti] serait non seulement exploitée par des gens qui ne nous veulent pas du bien, mais irait à l'encontre de notre devoir d'éducation politique et populaire, en laissant croire qu'ils sont fréquentables et leurs thèses des arguments audibles et discutables sereinement."

 

C'est étonnant d'avoir ainsi peur de son ombre, peur d'être assimilé à quelqu'un d'autre, comme si on n'était pas sûr de soi et de ses convictions humanistes. Êtes-vous donc si fragiles dans vos valeurs que simplement débattre avec un adversaire risquerait de vous faire changer de valeurs ?... Êtes-vous si méfiants des convictions profondes des soldats de votre armée politique que vous craignez carrément qu'ils passent à l'ennemi au moindre échange intellectuel ?

 

 

Ce que je vais dire maintenant est, pour moi, essentiel :

 

Traiter ses adversaires politiques de "NON FRÉQUENTABLES", c'est ANTI-POLITIQUE et C'EST DU RACISME : c'est naturaliser l'opinion (pourtant forcément passagère) de son adversaire ; c'est l'enfermer dans ce qu'il a dit ou pensé par le passé ; c'est présupposer qu'il pense ce qu'il pense PAR NATURE et qu'il NE PEUT PAS changer d'avis ; c'est donc RENONCER À la politique ; c'est donc nous exposer à la castagne ; c'est juste effrayant ; j'insiste : c'est raciste.

 

Si, pour vous, faire de la politique c'est ne débattre QUE avec des amis ou des alliés (et traiter tous les autres de "racistes"), on n'ira pas loin, et les maîtres-chanteurs des banques et des multinationales vont nous voler et nous exploiter encore longtemps.

 

Vous savez (je vous parle en ami de vos méthodes que je ne partage pas), si 1) vous traitez de "racistes" (ou de "fascistes"…) ceux qui ne pensent pas exactement comme nous (sur la question des étrangers notamment), et si 2) vous refusez les débats approfondis avec ceux qui vous contredisent, vous passez littéralement pour des tyrans, vous faites peur ; c'est complètement contradictoire avec votre message de fraternité universelle et j’imagine que ça ne donne pas du tout envie de vous rejoindre ou même de voter pour vous.

 

Enfin, je dis ça, c'est pas mes oignons, moi je ne suis candidat à rien, je fais juste en conscience de mon mieux : pour ma part, je ne crois plus du tout au faux "suffrage universel" que je considère comme une escroquerie montée et défendue exclusivement par des voleurs de pouvoir, et je préfère concentrer mon énergie sur les causes premières des injustices plutôt que perpétuellement brailler contre les conséquences sans jamais rien changer.

 

J'ai compris que nous ne gagnerons JAMAIS les élections, parce que le jeu est truqué, et j'en ai marre de jouer avec des tricheurs : je veux qu'on réécrive nous-mêmes les règles du jeu social et pour cela, je ne reconnais PAS les fausses divisions, les fausses oppositions, auxquelles le jeu de dupes électoral voudrait nous faire adhérer et qui nous affaiblissent dramatiquement.

 

L'ennemi de classe (le vrai néofascisme : la mainmise totale des plus riches sur l'État, les lois, la force publique et les impôts) est DÉJÀ AU POUVOIR, autant grâce à "l'UMP" que grâce au "PS", et LE DANGER N'EST PAS DANS LES PETITS PARTIS QUI SERVENT DE LEURRES AU SYSTÈME, de muleta pour nous détourner de l'essentiel, petits partis auxquels on ne donne la parole (mais JAMAIS assez pour emporter une élection) que pour donner l'illusion de la pluralité et pour entretenir ainsi l'espoir qui nous maintient à la maison alors que nous devrions sortir de chez nous, nous parler et nous révolter.

 

 

Avant de vous laisser, je suggère que les auteurs de cette objurgation aux militants humanistes nous indiquent des DÉFINITIONS PRÉCISES pour les insultes qu’ils réservent à ceux avec qu’ils ne veulent pas (ou ne peuvent pas) débattre (adjectifs excluants que personne ne revendique, il est important de le remarquer : c'est vous qui posez les étiquettes infamantes qui vous dispensent ensuite commodément de débattre) : "extrême droite", "fasciste", "raciste", "xénophobe", antisémite", "complotiste", "conspirationniste", "confusionniste", etc.

 

 

 

Et n'oubliez pas  — à graver sur la porte du local :-)  :

 


« LA LIBERTÉ SEULEMENT pour les partisans du gouvernement, POUR LES MEMBRES D'UN PARTI, aussi nombreux soient-ils, CE N'EST PAS LA LIBERTÉ.

 

LA LIBERTÉ, C'EST TOUJOURS LA LIBERTÉ DE CELUI QUI PENSE AUTREMENT. »    

 

Rosa Luxembourg.

 

  

 

Sans rancune,
mais toujours libre, pour l'instant.

 

Étienne Chouard,  

le 26 décembre 2013.

 

 

 (*) PHARISIEN : personne qui, observant strictement les préceptes moraux, s'attache plus à leur formalisme qu'à leur contenu, et se donne une bonne conscience avec laquelle elle juge sévèrement la conduite d'autrui (source : ATILF).

 

(**) SECTAIRE, adj. et subst.

I. Adjectif

A. [En parlant d'une pers. ou d'un groupe de pers.] Qui fait preuve d'intolérance plus ou moins agressive et d'étroitesse d'esprit à l'égard des opinions religieuses, philosophiques ou politiques d'autrui. Synon. fanatique, intolérant; anton. éclectique, libéral, tolérant.

 

(***) Le mot « GAUCHE » a été usurpé (c’est le mot parfait) par des riches prédateurs menteurs dès le début des révolutions « libérales » du 18e siècle (voir les formidables explications d’Henri Guillemin à ce sujet) ; il est donc essentiel de se méfier des étiquettes comme « centre gauche » (l’affreux parti d’Adolphe-Thiers-le-massacreur-de-la-Commune et de ses complices industriels, banquiers et royalistes) ou comme « socialiste » ou « populaire », et de les évaluer rigoureusement pour ne pas élire nous-mêmes nos propres maîtres-chanteurs esclavagistes.

 

 

lundi 9 décembre 2013

Frédéric Lordon prône la suppression de la Bourse, conchie l'Union européenne et l'euro, défend la nation, la souveraineté populaire et leurs institutions (277)

Frédéric Lordon sur France Culture
prône la suppression de la Bourse,
conchie l'Union européenne et l'euro,
défend la nation, la souveraineté populaire,
la monnaie nationale et leurs institutions

J'ai trouvé sur le blog Médiapart de Brigitte Pascall (merci à elle)
cette retranscription (partielle mais utile et bien ciblée) :

Frédéric Lordon : "On peut envisager de changer l’Europe, de faire un autre euro, un euro qui soit plus social et progressiste à la place de l'euro austéritaire. Mais j'ajoute aussitôt : cette transformation-là est UN RÊVE DE SINGE".
[...]
Frédéric Lordon : La transformation de l'UE est impossible pour un certains nombre de raisons très très profondes. C'est-à-dire passer d'une Europe néo libérale et austéritaire présente à une Europe qui serait sociale et progressiste, sans transition. C'est pourquoi je pense que le retour aux monnaies nationales se fera, de toutes façons, du seul fait qu'émergerait même un projet de transformation de l'Euro. Et pourquoi ? C'est que l'euro actuel est un outil qui a été conçu pour donner toute satisfaction aux marchés financier. Je pourrais vous reprendre le détail des règles de politiques économiques et des agencements institutionnels un par un.

Par conséquent, tout projet de transformation significatif de l'euro ne pourrait avoir pour objet que de soustraire la monnaie européenne à l'empire de la finance et des marchés de capitaux. Ce que voyant, l'empire des marchés de capitaux déchainerait immédiatement une spéculation d'où résulterait l'éclatement de la zone euro et le retour forcé aux monnaies nationales.

Je dis que ce retour aux monnaies nationales n'est PAS normativement parlant une catastrophe, qu'il nous permettrait de recouvrer de nombreux degrés de liberté économique et politique.

L Adler : Vous êtes pour le retour à la souveraineté nationale ?

Frédéric Lordon : Oui absolument, le retour à la souveraineté nationale car je ne vois pas comment on peut contester, plus exactement le retour à la souveraineté populaire, car je ne vois pas comment on peut contester l'idée de souveraineté populaire d'un point de vue de gauche.

Et c'est pas parce que le FN ou les mouvements de droite à la droite de l'UMP ont essayé de capter — et réussi à capter semble-t-il ce thème — qu'il faut se laisser faire pour autant. Car de dépossession en dépossession, nous finirons à poil.

Qu'est ce que c'est que la souveraineté populaire ? La souveraineté populaire c'est la capacité d'une communauté politique à décider collectivement de son propre destin. C'est une idée qui nous a été léguée par les Lumières, par la Révolution Française, et je refuse le stigmate du FN et que l'on nous vole cette idée.

La souveraineté populaire d'ailleurs, c'est un petit peu plus que la souveraineté nationale, et ce serait cela la différence qu'il faudrait marquer entre les deux.

Et de même, pour l'idée de Nation. (Si j'avais su que je serais venu parler de ce thème, je serais venu avec quelques munitions.) Et en particulier avec une définition de la nationalité qui avait été donnée dans l'article 4 de la constitution de 1793, la constitution de Robespierre. C'est une définition de la Nation par la citoyenneté et c'est une définition de la Nation qui est absolument admirable. Car la Nation, si elle est une communauté finie - la souveraineté populaire ne peut s'exercer que dans le périmètre d'un territoire finie (n'en déplaisent au cosmopolitisme car on n'a pas vu encore l'ombre d'une communauté politique mondiale qui n’existe qu'en fantasme) - donc si la Nation lieu d'exercice de la souveraineté populaire est une communauté finie, elle n'est pas pour autant une communauté close. Et rien n'interdit que des étrangers prennent la nationalité française définie comme citoyenneté.

En particulier, tous les travailleurs qui sont actuellement clandestins, qui payent des impôts, leurs cotisations sociales, ces gens-là ont droit à la nationalité française, précisément parce qu’ils s'acquittent de leur devoir de citoyen le plus fondamental qui est celui du consentement fiscal, là où des Bernard Arnaud, des Jérôme Cahuzac, des Depardieu et des Johnny se baladent dans le monde comme dans un self service à passeports pour faire de l'optimisation fiscale.

Et donc voila ma redéfinition de la Nation française. Et celle-là elle ne va pas plaire au FN. B Arnaud, pas Français. Johnny, Cahuzac : pas Français ; mais tous les travailleurs clandestins qui aspirent à payer des impôts, sont français de plein droit."

Frédéric Lordon, sur France Culture, lundi 9 décembre 2013

Pour info, l'article 4 dont parle Frédéric est celui-ci :

De l'état des citoyens

Article 4. - Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; - Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année - Y vit de son travail - Ou acquiert une propriété - Ou épouse une Française - Ou adopte un enfant - Ou nourrit un vieillard ; - Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l'humanité - Est admis à l'exercice des Droits de citoyen français.

Source : http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/constitutions/constitution-de-1793-an1.asp

Étienne.



PS : pour mémoire, certains arguments expliqués par Frédéric :

Et si on fermait la Bourse...

C’était il y a un peu plus d’un an : les gouvernements secouraient les banques aux frais du contribuable. Mission accomplie. Mais à quel prix ? L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) évalue à 11 400 milliards de dollars les sommes mobilisées par ce sauvetage. Soit 1 676 dollars par être humain... Mais la finance n’est pas qu’affaire de banquiers. C’est aussi celle des actionnaires. Une proposition pourrait ne pas leur plaire : fermer la Bourse.

par Frédéric Lordon, février 2010

Pour un peu, le grand spectacle de ces deux dernières années nous l’aurait presque fait oublier : là où la finance « de marché »* (les astérisques renvoient au glossaire), appellation un peu idiote mais il en faut bien une pour faire la différence, semble s’activer dans un univers clos, loin de tout et notamment du reste de l’économie, la finance actionnariale*, celle des propriétaires des moyens de production, campe à l’année sur le dos des entreprises — et, comme toujours, en dernière analyse, des salariés. Il a fallu la « mode du suicide » si délicatement diagnostiquée par M. Didier Lombard, président-directeur général (PDG) de France Télécom, pour offrir l’occasion, mais si peu saisie dans le débat public, de se souvenir de ce dégât quotidien de la finance actionnariale dont les injonctions à la rentabilité financière sont implacablement converties par les organisations en minimisation forcenée des coûts salariaux, destruction méthodique de toute possibilité de revendication collective, intensification épuisante de la productivité et dégradation continue des conditions matérielles, corporelles et psychologiques du travail.

Contre toutes les tentatives de dénégation dont on entend d’ici les accents scandalisés, il faut redire le lien de cause à effet qui mène du pouvoir actionnarial, dont plus rien dans les structures présentes du capitalisme ne retient les extravagantes demandes, à toutes les formes, parfois les plus extrêmes, de la déréliction salariale. Et si les médiations qui séparent les deux bouts de la chaîne font souvent perdre de vue la chaîne même, et ce que les souffrances à l’une des extrémités doivent aux pressions exercées depuis l’autre, si cette distance demeure la meilleure ressource du déni, ou des opportunes disjonctions dont le débat médiatique est coutumier, rien ne peut effacer complètement l’unité d’une « causalité de système » que l’analyse peut très bien dégager (1).

Si donc la refonte complète du jeu de la finance « de marché », réclamée avec d’autant plus de martiale véhémence par les gouvernements qu’ils ont moins l’intention de l’accomplir, occupe le débat public depuis un an, il s’agirait de ne pas oublier que, au moins autant, la finance actionnariale est en attente elle aussi de son « retour de manivelle »... Sous ce rapport il n’y a que le PDG de Libération Laurent Joffrin, joignant la paresse intellectuelle au désir de ne rien rencontrer qui pourrait le contrarier, pour soutenir qu’il n’y a pas d’idées à gauche (2) — sans doute pas dans Libération ni au Parti socialiste en effet (mais on a dit : à gauche). Du vide dans le regard de Laurent Joffrin, on ne conclura donc pas pour autant qu’il n’y a rien. Le SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin ou marge actionnariale limite autorisée) est une idée (3). L’abolition de la cotation en continu, et son remplacement par un fixing mensuel ou plurimestriel, en est une autre (4). Vient toutefois un moment où l’on envisage la question autrement : et fermer la Bourse ?

Des chroniques débonnaires du regretté Jean-Pierre Gaillard, longtemps journaliste boursier sur France Info, à l’apparition des chaînes boursières, en passant par l’incessante répétition « CAC 40 - Dow Jones - Nikkei », la Bourse aura bientôt quitté le domaine des institutions sociales pour devenir quasiment un fait de nature — une chose dont la suppression est simplement impensable. Il est vrai que deux décennies et demie de matraquage continu ont bien œuvré à cette sorte de naturalisation, et notamment pour expliquer qu’une économie « moderne » ne saurait concevoir son financement autrement que par des marchés et, parmi eux, des marchés d’actions* (la Bourse au sens strict du terme).

Bien sûr, pour continuer de se dévider, ce discours nécessite de passer sous silence l’ensemble des destructions corrélatives de l’exercice du pouvoir actionnarial ; la simple mise en regard de ses bénéfices économiques supposés et de ses coûts sociaux réels suffirait à faire apparaître tout autrement le bilan de l’institution « Bourse ». Encore faudrait-il questionner la division entre bénéfices économiques et coûts sociaux car les tendances à la compression salariale indéfinie qui suivent de la contrainte de rentabilité actionnariale ne sont pas sans effets macroéconomiques. La sous-consommation chronique qui en résulte a poussé les géniaux stratèges de la finance à proposer aux ménages de « faire l’appoint » avec du crédit, devenu la béquille permanente de la demande manquante — on connaît la suite. Evidemment les bilans sont toujours plus faciles avec une seule colonne qu’avec deux, particulièrement, aurait ajouté l’humoriste Pierre Dac, quand on enlève la mauvaise. Mais vienne la « bonne » à se montrer elle-même défaillante, que peut-il alors rester de l’ensemble ?

Or c’est peu dire que les promesses positives de la Bourse sont douteuses. Sans elle, paraît-il, pas de financement de l’économie, plus de fonds propres pour des entreprises alors vouées à l’insolvabilité, encore moins de développement des start-up annonciatrices des révolutions technologiques ? En avant, dans l’ordre et méthodiquement.


Les investisseurs pompaient,
pompaient !


Sur le papier, le plan d’ensemble ne manquait pas d’allure. Des agents (les épargnants) ont des ressources financières en excès et en quête d’emploi, d’autres (les entreprises) sont à la recherche de capitaux : la Bourse est cette forme institutionnelle idoine qui mettrait tout ce beau monde en contact et réaliserait la rencontre mutuellement avantageuse des capacités de financement des uns et des besoins des autres. Elle ferait même mieux encore : en apportant des ressources permanentes (à la différence de l’endettement, les capitaux propres, levés par émission d’actions, ne sont pas remboursables), elle stabiliserait le financement et en minimiserait le coût. Patatras : rien de tout ça ne tient la route.

La Bourse finance les entreprises ? Au point où on en est, ce sont plutôt les entreprises qui financent la Bourse ! Pour comprendre ce retournement inattendu, il faut ne pas perdre de vue que les flux financiers entre entreprises et « investisseurs » sont à double sens et que si les seconds souscrivent aux émissions des premières, ils ne manquent pas, symétriquement, de leur pomper régulièrement du dividende (en quantité croissante) et surtout du buy-back*, « innovation » caractéristique du capitalisme actionnarial par laquelle les entreprises sont conduites à racheter leurs propres actions pour augmenter mécaniquement le profit par action et, par là, pousser le cours boursier (donc la plus-value des investisseurs) à la hausse.

La cohérence dans l’incohérence du capital actionnarial atteint d’ailleurs des sommets car, imposant des normes de rentabilité financière exorbitantes, il force à abandonner bon nombre de projets industriels, incapables de « passer la barre », laissant les entreprises avec des ressources financières inemployées... aussitôt dénoncées comme « capital oisif », avec prière de le restituer instamment aux « propriétaires légitimes », les actionnaires — « puisqu’ils ne savent pas s’en servir, qu’ils nous le rendent ! ». Dorénavant, ce qui sort des entreprises vers les investisseurs l’emporte sur ce qui fait mouvement en sens inverse... et donnait son sens et sa légitimité à l’institution boursière. Les capitaux levés par les entreprises sont devenus inférieurs aux volumes de cash pompés par les actionnaires, et la contribution nette des marchés d’actions au financement de l’économie est devenue négative (quasi nulle en France, mais colossalement négative aux Etats-Unis, notre modèle à tous (5)).

Il y a de quoi rester interloqué devant pareil constat quand, dans le même temps, les masses financières qui s’investissent sur les marchés boursiers ne cessent de s’accroître. Le paradoxe est en fait assez simple à dénouer : faute de nouvelles émissions d’actions pour les absorber, ces masses ne font que grossir l’activité spéculative sur les marchés dits « secondaires »* (les marchés de revente des actions déjà existantes). Aussi leur déversement constant a-t-il pour effet, non pas de financer des projets industriels nouveaux, mais de nourrir la seule inflation des actifs financiers déjà en circulation. Les cours montent et la Bourse va très bien, merci, mais le financement de l’économie réelle lui devient chose de plus en plus étrangère : le jeu fermé sur lui-même de la spéculation est très suffisant à faire son bonheur et, de fait, les volumes de l’activité dans les marchés secondaires écrasent littéralement ceux des marchés primaires* (les marchés d’émission).

Que la Bourse comme institution de financement, par là différenciée de la Bourse comme institution de spéculation, soit devenue inutile, ce sont les entreprises qui pourraient en parler le mieux. Le problème ne se pose simplement pas pour les petites et moyennes... qui ne sont pas cotées, mais dont on rappellera tout de même qu’elles font l’écrasante majorité de la production et de l’emploi — on répète pour bien marquer le coup : l’écrasante majorité de la production et de l’emploi se passe parfaitement de la Bourse. Plus étonnamment, les grandes entreprises y ont fort peu recours également — sauf quand leur prend l’envie de s’amuser au jeu des fusions et des offres publiques d’achat (OPA). Car lorsqu’il s’agit de trouver du financement, le paradoxe veut que les fleurons du CAC 40 et du Dow Jones aillent le plus souvent voir ailleurs : dans les marchés obligataires, ou bien, par une inavouable persistance dans l’archaïsme... à la banque ! Une succulente ironie veut qu’il y ait là moins l’effet d’une réticence philosophique qu’un effet de plus de la contrainte actionnariale elle-même, qui voit dans toute nouvelle émission l’inconvénient de la dilution, donc de la baisse du bénéfice par action. En somme, le triomphe du pouvoir actionnarial consiste à dissuader les entreprises qui le pourraient le plus de se financer à la Bourse !


D’autres promesses,
d’autres menaces


Ce qui reste de financement brut apporté par la Bourse se fait-il au moins pour les entreprises au coût avantageux promis par tous les discours de la déréglementation ? On sait sans ambiguïté ce que coûte la dette : le taux d’intérêt qu’on doit acquitter chaque année. Le « coût du capital » (ici le coût des fonds propres) est une affaire moins évidente à saisir. Par définition les capitaux propres (levés par émissions d’actions) ne portent pas de taux de rémunération prédéfini comme la dette. Ça ne veut pas dire qu’ils ne coûtent rien ! Mais alors combien ? Très symptomatiquement, la théorie financière ne cesse de s’intéresser au « coût du capital »... mais sous le point de vue exclusif de l’actionnaire (lire « Le coût du capital du point de vue de l’actionnaire ») ! Ceci ne dit rien de ce qu’il en coûte concrètement à l’entreprise de se financer en levant des actions plutôt que des obligations*, ou encore en allant à la banque — et c’est là une question dont la théorie financière, qui révèle ainsi ses points de vue implicites (pour ne pas dire : pour qui elle travaille), se désintéresse presque complètement.

Or ce qu’il en coûte à l’entreprise tient en trois éléments : les dividendes et les buy-backs sont les deux premiers, à quoi il faut ajouter également les coûts d’opportunité liés aux projets d’investissement écartés pour cause de rentabilité insuffisante, c’est-à-dire tous ces profits auxquels l’entreprise a dû renoncer sous l’injonction actionnariale... à ne pas investir.

Tout ceci, qui commence à faire beaucoup, ne se met cependant pas aisément sous la forme d’un « taux » qui pourrait être directement confronté au taux d’intérêt afin d’offrir une comparaison terme à terme des coûts des différentes formes de capital (fonds propres versus dette). Le fait que la dette soit remboursable et non les capitaux propres est une première différence perturbatrice ; inversement, du dividende est payé éternellement sur des actions bien après la fin du cycle de vie de l’investissement qu’elles ont servi à financer ; les actions confèrent en assemblée générale un pouvoir que ne donne pas la dette (et auquel on pourrait assigner une valeur), etc. A défaut de comparaison directe, on peut au moins faire une comparaison différentielle, et observer que l’un des deux coûts, celui des fonds propres, a connu une évolution très croissante : les buy-backs qui étaient inconnus se sont développés dans des proportions considérables ; quant aux dividendes, on peut mesurer leur croissance à la part qu’ils occupent désormais dans le produit intérieur brut, où ils sont passés de 3,2 % à 8,7 % entre 1982 et 2007, et ceci, il faut le redire, du fait même de l’exercice du pouvoir actionnarial, pour qui la déréglementation boursière a été faite... sur la foi d’une baisse du coût de financement des entreprises !

Reprenons : contribution nette négative, et contribution brute hors de prix là où elle avait été promise à coûts sacrifiés... On se demande ce qui reste à la Bourse pour se maintenir dans l’existence — à part les intérêts particuliers du capital financier, il est vrai d’une puissance tout à fait admirable. La réponse est : d’autres menaces et d’autres promesses.

La menace agite le spectre d’une « économie sans fonds propres ». Au premier abord, elle ne manque pas de poids, spécialement en une période où l’on dénonce, non sans raison, la croissance hors de contrôle des dettes privées. Or refuser aux entreprises les bienfaits de la Bourse, n’est-ce pas les renvoyer aux marchés obligataires ou au crédit bancaire, c’est-à-dire à plus de dette encore — et tout le pouvoir aux banquiers, espèce que la crise nous a rendue si sympathique (6) ? Mais une économie sans Bourse n’est pas du tout une économie privée de fonds propres. Trop occupée à vanter ses propres charmes, la Bourse a fini par oublier que l’essentiel des fonds propres ne vient pas d’elle... mais des entreprises elles-mêmes, qui les sécrètent du simple fait de leurs profits, transformés en capital par le jeu de cette opération que les comptables nomment le « report à nouveau » : chaque année le flux de profit dégagé par l’entreprise vient grossir le stock de capital inscrit à son bilan… du moins tant qu’elle ne l’abandonne pas aux actionnaires sous la forme de dividendes.

On dira cependant que l’apport de fonds propres externes (ceux d’actionnaires donc) revêt une importance particulière quand précisément l’entreprise va mal et, par elle-même, ne dégage plus assez de fonds propres internes par profit et « report à nouveau ». Le sauvetage d’entreprises en difficulté ne révèle-t-il pas l’ultime vertu de l’intervention actionnariale, et seules des injections providentielles de capitaux propres ne peuvent-elles pas y pourvoir ? La belle idée : en général, les repreneurs s’y entendent pour mettre au pot le moins possible et pour mener leur petite affaire soit en empochant les subventions publiques, soit en ayant prévu de revendre quelques morceaux de gré à gré, soit en profitant du règlement judiciaire pour restructurer les dettes et larguer du salarié ; et le plus souvent par un joyeux cocktail mélangeant agréablement tous ces bons ingrédients — fort peu actionnariaux.

Comme le cercle commence à se refermer méchamment et que la liste des supposés bienfaits est déjà à l’état de peau de chagrin, on aura bientôt droit au cri désespéré : « Et les start-up ? » Les start-up, la révolution technologique en marche, celle qui nous a donné Internet (juste après que l’armée eut posé les tuyaux et les chercheurs inventé les protocoles...), celle qui enfin nous offrira bientôt des gènes refaits à neuf, comment les ferait-on éclore sans la Bourse ? Bien sûr on a pu se tromper un peu quant à la réalité de ses bienfaits, mais tout sera pardonné quand on aura redécouvert ses véritables, ses irremplaçables prodiges : des promesses d’avenirs radieux.

C’est peut-être dans ce registre prophétique des lendemains technologiques que le discours boursier, par ailleurs si déconsidéré, trouve son ultime redoute — avec parfois l’improbable secours de technologues de gauche, écolos amis de la chimère ayant reçu pour nom « croissance verte », ou enthousiastes du « capitalisme cognitif » (certains, pas tous...) qui nous voient déjà savants et émancipés par le simple empilement des ordinateurs connectés en réseau.

Or il est exact que le financement des start-up semble échapper au système financier classique, et notamment bancaire. Le propre de ces entreprises naissantes tient en effet à la difficulté de sélection qu’elles présentent aux financeurs potentiels du fait même du caractère inédit de leurs paris techniques et de la très grande incertitude qui en découle, faute de références passées auxquelles les comparer. On connaît l’argument : sur dix start-up soutenues, neuf seront d’épouvantables bouillons mais peut-être la dixième une magnifique pépite qui, bien poussée jusqu’à l’introduction en Bourse, décrochera la timbale — comprendre : enrichira ses actionnaires de départ, qu’on nomme, tout ridicule abattu, des business angels (« anges des affaires »), et fera mieux que les réconforter de leurs pertes sur les neuf autres.

Cette économie de la péréquation très particulière, propre aux entreprises technologiques naissantes, rendrait donc « indispensable » la sortie en Bourse et impossible le financement par le crédit : le banquier facturant en gros le même taux d’intérêt aux dix perdrait tout, intérêt et principal, sur neuf et ne gagnerait que ses quelques pour-cent sur la dixième ; bien trop peu pour que l’opération globale ne soit pas très perdante, et par suite définitivement abandonnée.

Il faut reconnaître que l’argument ne manque pas de sens. Il manque juste à être irrésistible. Car il ne faut pas beaucoup d’imagination pour envisager un taux d’intérêt qui soit, non plus fixe, mais défini comme une certaine part des profits, éventuellement révisable (à la hausse) sur les premières étapes du cycle de vie de l’entreprise. Si celle-ci est effectivement un bingo, elle le prouvera par ses bénéfices, et cette péréquation-là réjouira le banquier comme la péréquation boursière avait réjoui le business angel. Creusant un tout petit peu plus cependant, on finira par tomber sur la réalité moins glorieuse des mobiles qui font tenir les discours généraux du financement en capital des start-up et des héros technologiques.

L’introduction en Bourse a pour finalité essentielle... d’enrichir à millions les créateurs d’entreprise et leurs « anges » accompagnateurs. On les croyait mus par l’idée générale du progrès technique, le bien-être matériel de l’humanité et la passion d’entreprendre : ils n’ont le plus souvent pas d’autre idée que de faire fortune aussi vite que possible et de prendre une retraite très avancée — il n’y aurait pas de test plus dévastateur que de voir ce qui, la promesse de fortune boursière retirée, resterait des troupes des vaillants entrepreneurs. Des cohortes boutonneuses de la nouvelle économie, combien n’avaient pour idée fixe que de bricoler au plus vite une petite affaire susceptible d’être revendue et de faire la culbute patrimoniale ?

On fera remarquer que c’est l’essence même du capitalisme que les agents ne s’y activent pas pour des prunes. Sans doute, mais d’une part on pourrait, du coup, nous épargner le gospel entrepreneurial, et d’autre part c’est une chose de désirer s’enrichir de sa création d’entreprise, mais c’en est une autre de ne s’y livrer qu’à la condition (même si elle n’est qu’à l’état d’espoir) de s’enrichir hors de proportion, comme c’est devenu la condition implicite mais sine qua non des créateurs de start-up. Et il est vrai : ce n’est plus la simple rémunération du travail, ou même le revenu tiré du profit d’entreprise qui peut enrichir à cette échelle, mais bien la timbale boursière et elle seule.

Et c’est ici le terminus du discours de la Bourse. La Bourse n’est pas une institution de financement des entreprises — elles n’y vont plus sauf pour s’y faire prendre leur cash-flow* ; elle n’est pas le roc d’une « économie de fonds propres » — pour l’essentiel ceux-ci viennent d’ailleurs : des entreprises elles-mêmes ; elle n’est pas la providence qui sauve les start-up de l’attrition financière — on pourrait très bien agir autrement.Elle est une machine à fabriquer des fortunes. Et c’est tout. Bien sûr, pour ceux qui s’enrichissent, ça n’est pas négligeable. Mais pour tous les autres, ça commence à suffire.


Cupidité déboutonnée

Ainsi, faire la critique de la Bourse conduit immanquablement à retrouver les vraies forces motrices que le galimatias entrepreneurial s’efforce de recouvrir : il n’y est en fait question que d’enrichissement. Non pas que tous les entrepreneurs soient par principe affligés de cette cupidité déboutonnée — ceux qui ont vraiment l’envie de construire quelque chose sont mus par d’autres ressorts et se passent de la fortune patrimoniale pour s’activer (on n’en fera pas des saints pour autant...). Mais seule la Bourse pouvait installer dans le corps social, ou plutôt dans ses parties les plus concernées, ce fantasme, désormais fait mentalité, de la fortune-éclair, légitime récompense des élites économiques, entièrement due à leur génie créateur et sans laquelle on déclarera qu’on veut faire fuir le sel de la terre, tuer la vie entrepreneuriale, peut-être même la vie tout court.

Fermer la Bourse n’a donc pas seulement la vertu de nous débarrasser de la nuisance actionnariale pour un coût économique des plus faibles, mais aussi le sens d’extirper l’idée de la fortune-flash, devenue référence et mobile, cela-va-de-soi pour bien-nés et normalité du « mérite », pour rappeler que l’argent ne se gagne qu’à hauteur des possibilités de la rémunération du travail, ce qui, dans le cas des individus qui nous intéressent, est déjà la plupart du temps largement suffisant. La Bourse comme miroir à la fortune aura été l’opérateur imaginaire, aux effets bien réels, du déplacement des normes de la réussite monétaire, et il n’est pas un ambitieux dont le chemin ne passe par elle — pour les autres, il y a le Loto, et pour plus personne en tout cas, rapporté à cette norme, le travail.

Aussi la Bourse a-t-elle cette remarquable propriété de concentrer en un lieu unique la nocivité économique et la nocivité symbolique, en quoi on devrait voir une raison suffisante d’envisager de lui porter quelques sérieux coups. On ne dit pas que les arguments qui précèdent closent définitivement la discussion de la fermeture de la Bourse, et il y a sûrement encore bien des objections à réfuter pour se convaincre définitivement de joindre le geste à la parole. On ne le dit pas donc, mais on dit seulement qu’au moins il est temps de cesser de s’interdire d’y penser.

Frédéric Lordon
Economiste, auteur de La Crise de trop. Reconstruction d’un monde failli, Fayard, 2009.

Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2010/02/LORDON/18789

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(1) La Crise de trop, chapitres IV et V.

(2) « La gauche ne dit rien sur la crise financière », assénait-il encore le 20 septembre 2008 sur France Inter.

(3) Lire « Enfin une mesure contre la démesure de la finance, le SLAM ! », Le Monde diplomatique, février 2007.

(4) Lire « Instabilité boursière : le fléau de la cotation en continu », La pompe à phynance, Les blogs du Diplo, 20 janvier 2010.

(5) Entre 2003 et 2005 la contribution nette des marchés d’actions au financement des entreprises françaises est de l’ordre d’à peine quelques milliards d’euros. Aux Etats-Unis, elle passe de — 40 milliards à — 600 milliards d’euros sur la même période ! Seule la crise financière interrompt (provisoirement) ces mouvements massifs de buy-back (« Rapport annuel de l’Autorité des marchés financiers », Paris, 2007).

(6) Comme souvent, c’est l’occasion de se rendre compte que les transformations radicales se font moins « par parties » que par « blocs de cohérence ». Refaire les structures de la finance nécessite de s’en prendre aux marchés, mais aussi aux structures bancaires. Cf., à ce propos, La Crise de trop, op. cit., chapitre III.


Voyez aussi :


http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/04/24/122-la-limpide-synthese-d-un-lordon-atterre-il-faut-arraisonner-la-finance-privee

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/10/15/151-frederic-lordon-lbsjs-sept-2011



LA BOURSE EST LE CASINO DES ULTRA-RICHES.

C'est à la Bourse que vont (en pure perte) les milliers de milliards des "QE", produits à nos frais pour les sauver de la ruine.

La Bourse est un fléau pour le peuple, le royaume des accapareurs.

NOUS N'AVONS PAS BESOIN DE L'ARGENT DES RICHES POUR FINANCER L'ÉCONOMIE.

Voir le travail de Bernard FRIOT : • http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2013/06/07/331-passionnant-bernard-friot-explique-l-enjeu-des-retraites-par-repartition-resister-a-la-reforme-capitaliste-et-assumer-cette-autre-definition-de-la-valeur-economique

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/04/12/205-bernard-friot-l-enjeu-du-salaire

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/04/12/204-passionnant-bernard-friot-distinguer-la-propriete-d-usage-de-la-propriete-lucrative-pour-etendre-la-premiere-et-interdire-la-seconde

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/02/06/190-guerre-des-salaires-il-faut-aider-le-soldat-friot

dimanche 8 décembre 2013

La Contre Élection Européenne expliquée en images (39)

La Contre Élection Européenne expliquée en images


IDÉE des jeunes gens de http://www.democratiereelle.eu/ :

• se servir du prochain FAUX "suffrage universel" (celui qui nous condamne à ne voter que pour ou contre DES ROIS)

• pour parler et faire parler du VRAI suffrage universel (celui qui consisterait à permettre à chaque humain de voter pour ou contre SES LOIS) :


J'aime bien le mot ILLUSOIR :) :



Pour plus d'informations, et POUR LES AIDER, allez voir leur site : http://www.democratiereelle.eu/

mercredi 4 décembre 2013

14 décembre 2013, Café Repère à Aimargues (11)

14 décembre 2013,
Café Repère à Aimargues (30470)


14 h, Salle des traditions : ateliers constituants


Notre prochain rendez-vous est près de VAUVERT, entre Marseille et Montpellier :)

http://gard.demosphere.eu/rv/1234

Au plaisir de vous y retrouver :)

Étienne.