Chers amis,

Je vous avais signalé DÉDALE", un bon film militant, reliant finement la détresse sociale pratique à l'analyse théorique de nos impuissances et à une déconstruction/reconstruction indispensable du mot "démocratie". Ce projet est abattu par des gens qui se disent amoureux de la liberté :

"Dédale, un fil vers la démocratie"
Communiqué officiel - Fin de diffusion du film !



C'est avec un immense regret que nous vous annonçons par ce communiqué la fin de la diffusion du film Dédale, un fil vers la démocratie.

Dédale est un film que nous avons construit dans une démarche d'éducation populaire.

La mission que nous confiions à ce film n'était pas d'apporter des réponses ou donner des solutions, mais bien de poser des questions permettant de débattre, discuter et réfléchir ensemble sur des thématiques telles que l'exercice du pouvoir, nos institutions ou encore ce que l'on nomme « démocratie ».

Dédale part du constat de l'insupportable souffrance de la population grecque, imposée par les plans d'austérité successifs, et montre la manière dont la vie s'organise sur place, venant de la population elle-même, de manière autonome, indépendante et autogérée.

Ces témoignages et initiatives à l’œuvre sont complétées dans le film par la parole de deux intervenants : Yannis Youlountas et Étienne Chouard.

Il se trouve qu' Étienne Chouard est très critiqué par certains libertaires, ou groupes d'extrême gauche par rapport à des citations ou prises de paroles publiques qu'il a pu avoir vis à vis d'associations ou personnes affiliées à l'extrême droite, complotistes ou antisémites...

C'est pourquoi, ayant pris connaissance de cette polémique, ou sous la pression de ces groupes précédemment cités, un certain nombre d'intervenants nous ont demandé de choisir entre leur présence dans le film ou celle d'Étienne Chouard.

Il est évident que l'une ou l'autre de ces décisions conduirait inéluctablement à l'effondrement du discours du film, et avec lui à ce projet d'éducation populaire qui nous a animé pendant un an et demi.

Qui plus est, accéder à cette demande, serait pour nous adopter une posture contradictoire au discours tenu par le film, et par ces mêmes intervenants dans le film. Sachant qu'ils ne considèrent pas Étienne Chouard comme un ennemi qui serait lui-même fasciste, nous considérons que lui tourner le dos fait le jeu de ce système qui vise à nous sectariser sur un échiquier politique en nous montant les uns contre les autres.

Il ne nous semble pas que les positions qu'a pu prendre (et que maintient) Étienne Chouard présentent un réel danger au point de devoir en censurer sa parole dans le film concernant la démocratie directe.

Cependant, nous faisons le choix de respecter la demande de ces intervenants qui ont permis que ce film existe, et qui ont généreusement donné leur parole afin de construire ce discours.

C'est donc l'arrêt prématuré de la diffusion de ce film, qui avait pourtant fait ses preuves en tant qu'objet d'éducation populaire après 13 projections et environs 1000 spectateurs pourtant essentiellement affiliés politiquement à gauche.

Si le clivage idéologique entre certains intervenants du film, ainsi qu'entre ces intervenants et nous-mêmes, réalisateurs, conduit à la mort de ce film, il questionne aussi la difficulté de regrouper des luttes ainsi que notre liberté d'expression.

L'équipe de Dédale, un fil vers la démocratie : Alice Tabart, Emmanuel Borgetto, Laurent Lhermite et Christian Vialaret.


Source : http://dedale.cine2000.org/

Lien (et débat) Facebook : http://www.facebook.com/pages/D%C3%A9dale-un-fil-vers-la-d%C3%A9mocratie/622608911087596

Les auteurs du film Dédale n'y peuvent rien : on les met ainsi dans un dilemme qui revient à une censure déguisée.
C'est un coup dur pour eux (on imagine : tout ce boulot, pour rien, à cause d'un caprice partisan).

Je suis désolé d'être à l'origine de leur mésaventure. Je leur demande pardon ; tout ça m'échappe.


Donc, voici la situation : de bien bizarres "libertaires" (des libertaires-qui-se-battent-courageusement-pour-la-liberté-de-ceux-qui-sont-d'accord-avec-eux) ont fait interdire —de fait— le film (passionnant) où on leur avait donné la parole.
Des libertaires qui ont autant l'esprit de parti, c'est quand même strange.

Morale : à l'avenir, si des journalistes veulent rendre compte d'un panorama des pensées alternatives du moment, il auront intérêt à y réfléchir à deux fois avant d'y donner la parole à des étiquetés "libertaires", car ces militants sont capables d'imposer une censure après-coup au nom de leur droit à l'image, et de foutre tout le projet par terre.

Ici, ces "libertaires" ruinent le travail d'un an de toute une équipe, je me mets à la place de ces derniers : c'est à pleurer. J'ai proposé à l'équipe de supprimer les passages où je parle, pour que le film vive encore, mais ils ne veulent pas. Je les trouve courageux. Et je trouve au contraire nos prétendus "libertaires" bien AUTORITAIRES ET PEUREUX.
Et finalement bien nuisibles à l'idée démocratique.

Il reste possible de diffuser — LIBREMENT —, sur le net, autant de copies qu'on trouvera.

Étienne.

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[Mise à jour 24 mars 2014 :
On peut voir sur Preuves-par-image (et il est conseillé de télécharger avant qu'il ne soit retiré) le film interdit. ÉC.]

http://preuves-par-images.fr/#/dedale-un-fil-vers-la-democratie