novembre 2012 - Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens

Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens


C'est notre Constitution qui est notre seule arme (et c'est aussi la meilleure) pour contrôler les pouvoirs. À nous d'en parler, entre simples citoyens, pour devenir des millions à l'avoir compris : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Bienvenue :o)


Étienne Chouard
Je cherche ici à mettre en débat ouvert ce dont on ne parle nulle part : les plus grands principes institutionnels dont tous les citoyens (gauche, centre, droite) ont besoin pour se protéger des abus de pouvoir.

Je vous propose d'aller voir le FORUM et de suivre le SOMMAIRE, point par point (un principe par jour pour une digestion facile ?), et de réfléchir à votre propre position : Pour ? Contre ? Partagé ?

Et si personne (ni moi, ni d'autres ici) n'a encore défendu les arguments qui vous semblent importants, formulez-les vous-même : nous progressons ensemble en combinant nos réflexions, démocratiquement et positivement :o)

Suggestion :
pour parler nombreux
sur de nombreux sujets :
. soyons brefs,
. dans le sujet,
. et patients :-)

Une fois les principes bien débattus sur le FORUM, vous pouvez, dans la partie WIKI, écrire vous-mêmes les articles qui vous semblent importants dans une Constitution, aussi bien nationale qu'européenne.

Sur cette partie BLOG, je vous propose de nous parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, histoire, philosophie, sociologie, société, actualité, technique, littérature, etc.), mais qui tournent quand même autour des sujets évoqués sur le forum : on cherche à imaginer ensemble un outil intellectuel, robuste et durable, contre les abus de pouvoir.

J'ai hâte de vous lire :o)

Étienne Chouard


Retour à la page centrale :
Le site d'origine s'appelle AEC : "Arc-en-Ciel" (après la pluie le beau temps) :o)


Présentation du PLAN C :


Rouages fondateurs d'une vraie démocratie :


Citoyens Européens Contre le Régime Illégitime :


Malformation congénitale de l'Union européenne :


Liberté d'expression :


Vote blanc = protestation légitime:


Henri Guillemin


Jean-Jacques ROUSSEAU


Cornélius Castoriadis


Gentils virus






Commentaires récents (de la partie blog ; voir aussi le forum et le wiki) :

Articles récents :




vendredi 30 novembre 2012

Henri Guillemin explique VOLTAIRE (87)

Demain, je pars retrouver Marion Sigaut à Roubaix, pour un libre examen, contradictoire, de ce qu'on appelle "Les Lumières".

C'est le bon moment pour vous signaler ces deux perles de Guillemin que j'ai dans mes soutes à propos de Voltaire.

• Écoutez d'abord cette passionnante
conférence d'Henri Guillemin sur Voltaire :

Le fichier mp3 à télécharger (clic droit Enregistrer sous..) : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Guillemin_explique_Voltaire.mp3



• Voyez ensuite cette étude d'Henri Guillemin, spécialement consacrée à Voltaire,
publiée dans son livre "Éclaircissements" (paru en 1961 à la NRF),
et intitulée "François-Marie Arouet, dit Zozo, dit Voltaire".



Ça aussi, c'est passionnant.

Après l'avoir scanné et OCRisé, j'ai relu et corrigé cet extrait, pour pouvoir vous le proposer ici, à la fois au format PDF, et ci-dessous, en clair, en attendant vos commentaires :)


Mais avant de le reproduire, je voudrais vous raconter une petite anecdote.

Vous savez comme j'aime cet homme, de plus en plus ; comme il me devient familier, comme il me semble si proche aujourd'hui, à force d'entendre et de réentendre sa voix, à force d'écouter attentivement chacune de ses conférences, stylo et bloc-notes à la main — parfois 5 ou six fois, sans me lasser le moins du monde !
Vous savez comme j'aime sa gentillesse, sa précision, sa modestie, sa politesse, son exigence sociale...

Vous savez aussi comme j'aime les livres en général, ces traces d'intelligence, d'efforts et de découvertes qui nous aident tant à progresser vite (avant de partir à notre tour) : j'en commande beaucoup, toute l'année ; ils m'alimentent, ils me donnent de la force, ils me servent à chercher, à m'orienter, à réfléchir.

Fin mai, je commande et reçois le livre "Éclaircissements", d'occasion : un beau vieux livre comme je les aime.
Je respire son odeur, je l'ouvre...
Et en première page, je tombe sur ça :

L'exemplaire du livre que j'avais commandé avait été, un jour, celui d'un ami d'Henri (un certain Jean Grossin ?) qui lui avait fait cette gentille dédicace ; et cette trace d'encre, dessinée par ce bonhomme que j'aime tant (sans l'avoir même connu de son vivant) devait aboutir un jour dans mon bureau... C'est idiot, je sais, mais je trouve ça émouvant.

Bon, voilà. Pardon.


Voici donc le chapitre de ce livre consacré à Voltaire :

 

Henri Guillemin

 


Éclaircissements

(1961)

 

 

Extrait :

François-Marie Arouet,
dit Zozo, dit Voltaire

 

 

 

Parler de Voltaire avec calme justice, est-ce que c'est possible ?

VICTOR HUGO1.


J'ai voulu en avoir le cœur net.

En somme, Voltaire, je ne l'avais jamais encore abordé un peu sérieusement que dans ses rapports avec Jean-Jacques ; il n'y était pas avenant. Le regarder une bonne fois, l'observer longuement et sous tous les angles, cette entreprise-là je ne l'ai jamais vraiment essayée.

C'est Besterman qui m'a poussé à ce travail. Non qu'il m'y ait expressément incité, mais par le seul fait de son exemple. Voilà quelqu'un, Besterman, qui a fait plus que d'aimer Voltaire ; on peut dire, sans hyperbole, qu'il lui a voué sa vie. Et je le connais, Théodore Besterman ; aussi noble qu'intelligent. Fanatique ? Bien sûr. On ne réalise rien qui vaille, où que ce soit, sans « diable au corps ». Il ne croit pas, en religion, ce que je crois ? Et après ? Il ne s'agit pas ici d'option métaphysique. Il s'agit d'histoire et de connaissance. Il s'agit de savoir qui était Voltaire. Et parce que je suis catholique, ce n'est pas une raison suffisante pour considérer avec horreur l'être humain François-Marie Arouet, dit Voltaire. J'ai même l'impression que c'est exactement l'inverse qui est vrai.

Joseph de Maistre appelait Voltaire « le dernier des hommes, après ceux qui l'aiment » ; il disait qu'admirer Voltaire, se sentir du goût pour lui, c'est « le signe infaillible d'une âme, corrompue ». Mais Lamartine n'était pas une âme pourrie, et il aimait Voltaire, tellement que, dans le manuscrit de son Histoire des Girondins 2, il l'avait salué avec ivresse. Voyez plutôt : « Il y a une incalculable puissance de conviction, et de dévouement à Vidée, dans cette audace d'un seul contre tous [...] Braver le respect humain sans autre applaudissement que sa conscience, le respect humain, cette lâcheté de l'esprit déguisée en respect de l'erreur, affronter les bûchers de la terre et les anathèmes du ciel, c'est de l'héroïsme [...] Voltaire livra volontairement son nom à toutes les colères et à toutes les malédictions du parti qu'il attaquait. Il le dévoua, et pendant sa vie et pendant des siècles, aux ressentiments, aux calomnies, aux injures, aux outrages des chrétiens. Il condamna sa propre cendre à n'avoir même pas de tombe pour que son nom fût le signe, le drapeau déchiré et souillé de la guerre qu'il commençait au nom de la Raison [...] La Raison date de lui dans l'histoire, dans la philosophie, dans la religion. » Et Michelet : « Voltaire est celui qui souffre, celui qui a pris sur lui toutes les douleurs des hommes. » Victor Hugo, après l'avoir maudit, à trente-cinq ans, comme un messager du démon, à la fin de sa vie acclamait, avec les républicains de Paris, son « esprit » et son « cœur ». Le Lamartine des Girondins, le Michelet de l'Histoire de la Révolution française, le Hugo de 1878, ce qu'ils aiment chez Voltaire, c'est une certaine image de lui qui n'est peut-être pas la bonne ; mais les ennemis de Lamartine et de Hugo lorsqu'ils se ruent contre Voltaire, je connais leurs arrière-pensées, je les vois venir, et ils me donnent envie de le rejoindre. Le vieil Hugo qui célébrait Voltaire, c'est le même, à la fin de son William Shakespeare qui, évoquant le « groupe sacré » des Témoins où se rassemblent, à ses yeux, Isaïe et Socrate, Job et Platon, Tacite et saint Paul, Jeanne d'Arc et Voltaire, termine sa phrase par l'exaltation, au-dessus d'eux tous, de « cette immense aurore : Jésus-Christ ». Et je ne peux pas oublier non plus ces mots de William Blake faisant parler Voltaire : « J'ai blasphémé le fils de Dieu, et cela me sera pardonné ; mais eux, ils ont blasphémé l'Esprit-Saint et cela ne leur sera pas pardonné3. »

Un homme qui se bat pour ce qu'il croit la vérité, comment faire, même s'il nous navre, pour lui refuser notre estime ? Voltaire avait devant lui un drôle de catholicisme. Son propre parrain, le galant abbé de Chateauneuf, lui donne à lire, pour sa formation, cette Moïsade où les croyants n'ont le choix, pour l'origine de leur credo, qu'entre la fourberie et la sottise. Il a connu et pratiqué les abbés du Temple, parmi lesquels ce Servien qui mourra, fâcheusement, entre les bras d'un danseur. Ces prêtres qui se divertissent, avec les mondains, des gris-gris dont ils vivent, comme ils changent de visage dans l'exercice de leur métier ! Avec quel aplomb ils se donnent, en chaire, pour « les successeurs des apôtres » ! Que l'élite, que les entretenus s'esclaffent avec eux sur la Vierge ou l'Eucharistie, c'est sans conséquence ; on est entre soi, entre mangeurs. Mais que de vilaines gens endoctrinent les mangés au point de les induire à l'insoumission, halte-là ! L'augure goguenard se mue en inquisiteur. J'ignore ce qu'était, dans sa vie privée, l'abbé de Caveyrac ; c'est lui, en tout cas, au beau milieu du siècle (1758), qui indiquera la bonne méthode pour que les protestants traqués cessent de se plaindre ; si le bras séculier s'occupe d'eux comme il faut, finies les jérémiades ; les protestants auront disparu ; l'abbé de Caveyrac glorifie la Saint-Barthélemy. D'où ceci, d'Arouet-Voltaire : « Croire à l'Évangile est chose impossible quand on vit parmi ceux qui l'enseignent. »

C'est toujours beau, une combustion. Et Voltaire flambe. Son ami Formont, il le trouve agréable, bon garçon, pensant bien ; mais qu'il est mou ! Voltaire ne supporte pas les tièdes. Formont l'agace ; « il n'a pas le cœur assez chaud » ; « le plus indifférent des sages ». Dans cette page si curieuse, non signée, parue en 1734 et qui tente un portrait de Voltaire, le voici défini : « Un ardent, qui va et vient, qui vous éblouit et qui pétille. »

Une manière de brûlot. Et ce feu l'a pris de bonne heure. On répète encore aujourd'hui que l'Angleterre l'a transfiguré. Pas du tout. Lorsque le pouvoir l'embastille, en 1726 (et c'est à la suite de cet incident qu'il ira faire la découverte de la « liberté » britannique), le lieutenant de police reçoit des félicitations pour avoir enfin sévi contre un gaillard qui, « depuis quinze ans », se déclarait publiquement « ennemi de Jésus-Christ », traitait les apôtres d' « idiots » et les Pères de « charlatans » ; 1726 moins quinze, cela nous reporterait à 1711, au petit Arouet de dix-sept ans qui, cette année-là, en août, sortait de chez les jésuites. Le chiffre est excessif, nous en verrons la preuve. La lettre anonyme de 1726 au lieutenant de police n'en établit pas moins que Voltaire, alors, de longue date déjà, pensait ce que nous savons sur ces sujets qui l'auront obsédé toute sa vie. Je dis bien : obsédé. En 1774 ? le 9 décembre 1774 (il a quatre-vingts ans), Mme du Deffand lui murmurera, comme à un complice : « Vous ne sauriez perdre le souvenir de l'événement qui s'est passé il y a mille sept cent soixante-quatorze ans. Tout vous y ramène. »

Aimer quelqu'un qui, en des matières sérieuses, pense contre moi, je sais très bien que je le peux. La politique de Joseph de Maistre est aux antipodes de la mienne, et de Maistre me plaît tout entier. Chez les écrivains d'aujourd'hui, Étiemble est mon ami, et cependant une frénésie l'habite contre cette foi à laquelle j'appartiens. Je ne lui en voudrai jamais de ses coups de bélier contre ma maison. Il suit sa loi. Quiconque a dans le cœur une certitude se doit d'obéir à ses commandements. Moi non plus, je n'aime pas les tièdes, les précautionneux, les amis-de-tout-le-monde. L'homme qui prend des risques parce qu'il a des choses à dire, tant pis s'il me blesse ; je parlerai moi aussi, en sens contraire ; voilà tout. Salubre, l'antagoniste qui se passionne pour ce qui en vaut la peine, l'homme qui n'est pas de ces âmes mortes dont la pestilence vous asphyxie, ni de cette race si bien nommée par J.-P. Sartre4, et si parfaitement discernable : les « salauds ». Je ne me sens pas prêt, devant Voltaire, à lui cracher au visage parce qu'il insulte ce que j'adore. Voltaire croyait le christianisme un mensonge ? Il se devait de le combattre. Les propos qu'il tient sur le Christ, avant de les lui imputer à crime, il faut se mettre dans sa perspective. Voltaire n'outrage pas, diaboliquement, un Dieu fait homme, un Rédempteur. Ces termes-là, pour lui, sont vides. Il voit Jésus comme un prêcheur juif, né probablement d'un adultère, et dont l'aventure finit mal ; un mortel, un triste mortel, comme les autres, assujetti aux misères de notre condition et qui eut peur devant la mort jusqu'à en « tomber de faiblesse ». Qu'il l'ait nommé « le pendu », c'est qu'il le voit tel, en effet, et encombrant, et irritant dans l'exploitation que des habiles ont tirée de son supplice. Qu'il signe « Christ-moque », c'est qu'il nargue, à bon escient, des crédulités imbéciles ; et s'il écrit à Helvétius, le 2 janvier 1761, qu'il « faut hardiment chasser aux bêtes puantes » — les « bêtes puantes », ce sont les prêtres, du papiste ou du calviniste, « tous pétris de la même merde » — c'est que ces gens dont les uns ont fait la Saint-Barthélemy et dont les autres ont brûlé Servet, il les hait d'une haine « sainte ». Et s'il manque délibérément d'élégance, s'il se frotte les mains, en 1765, parce que la Religion « en a dans le cul », c'est que nous n'avons pas affaire, avec lui, à Renan le douceâtre. Entre l'onctueux et l'emporté, ma préférence n'hésite pas. Lorsque Voltaire dit « ces drôles » en parlant des « christicoles », ou ces « gredins » à propos de ceux qui « croient encore au Consubstantiel », j'ai beau me savoir au nombre des gredins et des drôles, je l'aime bien, ce fulgurant. Il est injuste ? Il va trop fort ? On perd le droit, avec Voltaire, quand on ne pense pas ce qu'il pense, d'être autre chose qu'une canaille ou un minus ? Cela ne fait rien. Dans la bagarre, on ne mesure plus ses coups. Les forcenés d'une doctrine, pourvu que je les sente authentiques, pas moyen en moi d'étouffer à leur égard une fraternité inavouable.

 

Donc, je m'y suis mis. Pomeau me tracassait. René Pomeau c'est le spécialiste, le Besterman II. Sa thèse sur la Religion de Voltaire est un de ces ouvrages qui forcent le respect. Que de lectures et de recherches pour un pareil édifice ! Pas le genre essai troussé, où l'auteur, fort de son génie, se persuade que l'intuition suffit à tout et dédaigne l'application des cuistres. Valéry a commis des bévues et je songe, douloureusement, à Claudel et à son Drame de Brangues, sur Stendhal. Pomeau est de cette humble secte, la mienne, où l'on passe des années à s'enquérir. Pomeau, sur Voltaire, mérite qu'on l'écoute. Et son petit livre aussi, dans la collection des Écrivains de toujours, est solide. Il a bien fait, également, de publier (Voltaire l'Impétueux) les notes laissées par André Delattre. Encore un bon travailleur, Delattre, trop tôt parti. Avec le Desnoireterres qui reste irremplaçable, la matière, à présent, ne manque plus — sans parler des Carnets révélés par Besterman et des Lettres à Mme Denis, retrouvées par le même (complément des Lettres d'Alsace fournies par G. Jean-Aubry) et de la Correspondance déjà prodigieusement accrue.

Je me disais : au fond, si je ne l'aime pas, si je n'éprouve pour lui qu'un intérêt hostile, ce doit être faute d'avoir vécu avec lui. Quand on entre pour de bon dans la pensée, dans le destin, dans la vie quotidienne d'un de ces grands morts, quand on se fait son compagnon, quand on touche ces papiers sur lesquels se posèrent ses doigts et qui reçurent son souffle, quand on l'entend respirer, quand on attrape, de temps à autre, son regard même de vivant, invinciblement, n'est-ce pas ? on s'attache à lui, on lui pardonne tout. J'ai connu cela avec Lamartine, avec Jean-Jacques, avec Hugo. Il est vrai que d'autres entreprises similaires ne m'ont pas conduit au même résultat. Vigny, plus je l'ai vu de près, plus la glace m'est entrée dans les veines. Avec Constant, pire ! À cause d'Adolphe, et de Mauriac, et du cher Dubos, je n'avais jamais compris Pauline de Beaumont, « l'hirondelle », Pauline si peu mauvais cœur, et qui traite Benjamin si mal. Je sais aujourd'hui pourquoi elle pouvait écrire à Joubert (qui était bien de son avis) : Constant ? un individu « vraiment haïssable ».

On ne peut se contenter, sur Voltaire, de ces opinions courantes qui ne sont que des défaites : qu'il « échappe », qu'on n'arrive pas à le saisir, que « c'est un être bien singulier » (Mme du Defïand), « sans unité » (Pomeau), « tout en dispersion » (Delattre). « Non vultus, non color unus » (1734). Quelqu'un est toujours quelqu'un, avec son identité. Voltaire est d'une capture difficile ? Il n'y a qu'à s'acharner mieux. C'est lui qui se décrit « vif comme un lézard, flexible comme une anguille ». Il fuit. Mais les lézards et les anguilles, on finit tout de même par mettre la main dessus et il est certainement possible de « saisir » Voltaire. À condition d'ouvrir l'œil, de se méfier, de ne jamais le prendre au mot sur un seul mot, mais de contrôler ce qu'il raconte ici par ce qu'il raconte là. Malin comme pas un. Prêter l'oreille surtout quand il croit qu'on ne l'entend point.

 

Pomeau a une bonne remarque, concernant Faguet. Ledit Faguet, dans un de ses morceaux de bravoure, présente la philosophie de Voltaire et, pour conclure, se tient les côtes. « Élaborée par Emile Faguet », écrit excellemment Pomeau, la philosophie de Voltaire « ne manquait pas d'être absurde » et M. Faguet, ensuite de s'étonner, avec humour, « que Voltaire eût été si sot 5 ». Faguet dénaturait le système idéologique de Voltaire afin de s'en gausser. Mais il aurait pu s'épargner cette ruse. Je vois, dans le camp d'en face, J.-R. Carré qui s'évertue à donner « consistance » à la philosophie voltairienne. Il vous bâtit une belle construction, mais c'est du Carré, pas du Voltaire, tout comme faisait Emile Faguet dans une intention opposée. Pomeau, la loyauté même, reconnaît que la pensée métaphysique d'Arouet n'offre à l'esprit, quand on l'examine, qu' « un ensemble faiblement organisé, un peu flottant ». Euphémisme. J'ai fait le travail. Ça n'existe pas, la pensée philosophique de Voltaire, du vent ; et son Traité de métaphysique est la plus involontaire mais la meilleure de ses bouffonneries. Rien de plus verbal et de plus frêle que ses démonstrations inlassables d'un Dieu créateur et « horloger ». Voltaire n'a pas la tête métaphysique, et pas la tête scientifique non plus. Il a fait de valeureux efforts, à Cirey. En pure perte. L'ennui, c'est qu'il ne s'en rend pas compte du tout, qu'il se figure vraiment avoir fait le tour des connaissances humaines. Il effleure et croit avoir pénétré. Intelligent, certes, mais pas assez pour prendre conscience de ses limites. Diderot a d'autres dimensions. Je ne souscris pas au scientisme, mais c'est un système cohérent. Voltaire n'est « scientiste » à aucun degré. Voltaire n'attend rien de l'« avenir de la science ».

Au terme de son enquête, si scrupuleusement conduite, sur la pensée religieuse de Voltaire, à quoi aboutit Pomeau ? Pomeau estime que Lanson n'avait point à balancer. Ce qu'il avait écrit un jour, Lanson (mais, au sein du même ouvrage, n'hésitant pas à se contredire) : que Voltaire était déiste « gravement, chaleureusement », c'est, dit Pomeau, la pure vérité. Tout son gros livre est fait pour soutenir cette thèse, en démontrer l'exactitude. Or il ne m'a pas convaincu ; absolument pas. Que Voltaire ne puisse concevoir l'univers sans un géomètre préexistant, d'accord. Que la « raison » de Voltaire — et même, en lui, quelque besoin compensatoire — exigent un Artisan premier, un Maître universel, d'accord également. Mais Voltaire « chaleureusement » déiste, la chaleur impliquant au moins un commencement d'amour, je le nie. Pomeau prend au sérieux le Voltaire officiel, le Voltaire public qui s'adresse au Grand Être :

Je ne suis pas chrétien, mais c'est pour t'aimer mieux

et qui récidive, à trente ans de distance :

O Dieu qu'on méconnaît, ô Dieu que tout annonce,

  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  . 

Si je me suis trompé, c'est en cherchant ta loi.
Mon cœur peut s'égarer mais il est plein de toi !

Attention. Quand Voltaire se fait imprimer (j'entends : sous son nom), c'est là qu'il est le plus inquiétant. Et peut-être, dans ces cris fameux, peut-être qu'il s'émeut lui-même ; mais cette émotion est d'une nature particulière. Voltaire verse de vraies larmes, ses sanglots sont incontestables, lorsqu'il incarne en scène Lusignan (« Grand Dieu, j'ai combattu soixante ans pour ta gloire ! » et la suite). Quantité d'acteurs, au théâtre pleurent des larmes brûlantes, et c'est une habitude des gens de lettres, lorsqu'ils lisent leurs œuvres tout haut, de s'étrangler malgré eux, quelquefois même à la seule approche des passages émouvants. Trois témoignages attestent que le froid Constant s'étouffait, bouleversé, en donnant lecture de son Adolphe, et Dieu sait pourtant qu'il était payé, Benjamin (payé, on ne saurait mieux dire), pour connaître les cartes truquées avec lesquelles il menait son jeu. Il pleurait tout de même ; tant ont peu de rapports la littérature et la vie.

 « Dieu est l'éternel Géomètre, mais les géomètres n'aiment point. » Ce texte-là, des Notebooks, est instructif. Comment veut-on que le cœur s'embrase pour cet Architecte impassible ? Lamartine qui, sur Voltaire, perdait un peu la tête, n'en a pas moins marqué ceci, qui l'attristait : « Une seule chose lui manqua » ; chez lui, « plutôt la haine contre l'erreur que l'amour pour la vérité ». Dans ces alexandrins de parade que nous venons de reproduire, les mots-clefs ne sont pas ceux que Voltaire pousse en avant ; pas « t'aimer mieux » ; pas « plein de toi », mais les hémistiches antérieurs. Son homélie est la suivante : si vous voulez — et vous le voulez, n'est-il pas vrai ? hommes de bonne volonté, mes frères — si vous voulez rendre au Tout-Puissant un culte digne de sa grandeur, cessez de le « méconnaître », cessez de l'amoindrir comme font ces pauvres chrétiens. Offensive, l'idée. Sous couleur d'hommage, une incrimination. Voltaire attaque. Et son sketch de l'aurore, raconté par lord Brougham, ses transports sur la montagne devant le petit Latour médusé, son agenouillement de vieillard sublime, son apostrophe à l'Éternel dans la gloire du soleil levant : « Je crois ! Je crois en Toi ! », c'est le post-scriptum qui lui confère sa valeur enseignante ; « tout à coup, se redressant, il remit son chapeau, secoua la poussière de ses genoux, reprit sa figure plissée : — Quant à Monsieur le Fils et à Madame sa mère, c'est une autre affaire. » L'exercice sur la colline est de 1775. À cette date, Voltaire se bat sur deux fronts ; entre lui et les holbachiens, la cassure s'est faite. Le Voltaire des années ultimes a connu la même aventure qui sera celle de Victor Hugo. Tous deux, à la fin, sont en butte, pour leur déisme, aux sarcasmes d'anciens amis qui les trouvent maintenant attardés. Zola, en 1881, traite de « gâteux » l'auteur de l'Âne ; Diderot, après 1770, juge que Voltaire n'est qu'un « cagot » et la Correspondance littéraire nous apprend que, dans le groupe du baron, Voltaire est tenu pour un « capucin ». L'homme du Dictionnaire philosophique parle à présent des « énergumènes athées » qu'il jette au même fumier que les « énergumènes chrétiens ».

Étrange ; car enfin, à bien recueillir ses confidences, on le voit mal sûr que son Architecte soit autre chose qu'une abstraction. Il a passé son temps à le réputer si lointain, tellement incommensurable à notre petitesse qu'on se demande vraiment pourquoi les négateurs de ce fantôme le désobligent à ce point. La Providence, depuis Zadig (Zadig, ou La vertu est toujours punie), chacun sait le cas qu'il en fait. « Mes chères puces, vous êtes l'ouvrage chéri de Dieu et tout cet univers a été créé pour vous. » Voltaire pouffe de rire au nez des prédicateurs. L'homme centre de la création ? Il n'y a guère de jobarderie qui l'amuse davantage. Tout au plus sommes-nous « les souris du bateau » et le grand vaisseau du monde roule dans l'inconnu, sans plus se soucier des hommes qui s'agitent, imperceptibles, à la surface de la terre (goutte de boue, elle-même, infime) que les marchands dont le navire fait route vers les Indes ne s'intéressent aux rongeurs trottinant dans les cales. Ils les ignorent, comme l'univers nous ignore. Et si Voltaire, d'un bout à l'autre de sa vie, s'est ingénié à contredire Pascal, à le faire taire, à montrer comme il est facile de clouer ce rhéteur et de dénuder ses sophismes, l'image du « roseau pensant », pour lui, penseur, est non avenue. La pensée de l'homme, quelle pitié ! Nous ne savons rien et nous ne pouvons rien savoir. Nous balbutions dans l'incompréhensible. Des insectes, les humains, de ridicules insectes, éphémères et malpropres, « petits embryons nés entre de l'urine et des excréments », « invisibles marionnettes » qui s'en vont, en une seconde, « de Polichinelle au néant ».

Il y a ce que Voltaire professe, et il y a sa « doctrine secrète ». Pour écarter la Révélation, il déclare que la conscience est là, présence et parole de Dieu en nous. « Dieu parle à tous les cœurs... La conscience qu'il a donnée à tous les hommes est leur loi naturelle » ; « toute la nature vous a démontré l'existence du Dieu suprême ; c'est à votre cœur à sentir l'existence du Dieu juste ». Mais Rousseau l'importune avec son « sentiment intérieur » et ces « premiers principes » où reparaît cette « connaissance du cœur » d'où Pascal tirait argument. Et Voltaire se transforme en sourd, raillant (Lettre au Dr Pansophe) « cette voix divine qui parle si haut dans le cœur des illuminés, et que personne n'entend ». La loi morale, la « loi naturelle », constamment, paraît-il, dictée par Dieu à l'homme, comment parviendrait-elle à ce ciron, à ce parasite burlesque et minuscule ? Dieu ne s'occupe que des soleils. De minimis non curat praetor. « Que Néron assassine sa mère, cela n'est pas plus important pour l'Être éternel que des moutons mangés par des loups, ou par nous, et des mouches dévorées par des araignées. Il n'y a point de mal pour le Grand Être » ; son affaire est « le jeu de la grande machine » et non point nos comportements que notre orgueil dérisoire se plaît à tenir pour sérieux et qui sont, dans l'ordre des mondes, exactement comme s'ils n'étaient point, indifférents, indiscernables. Devant Boswell qui l'interviewe et qui boit ses paroles, Voltaire exécute, ravi, son numéro du Sage, et il veut bien, hochant la tête, et le menton dans les narines, lâcher ce cruel aveu que, sur l'article de notre âme, ses certitudes manquent d'assurance ; mais à Mme du Deffand, qui l'entendra, il dédie, là-dessus, cette toux discrète et dubitative qui, dans la bonne compagnie, tient lieu d'hilarité. « Là-haut », « là-bas », pour Voltaire, écrit René Pomeau, sagace, c'est « nulle part ». Où allons-nous ? « À l'abîme du néant. » Et quand Voltaire ôte sa perruque et ses manchettes, il se débonde : Dieu ? Un Dieu créateur de l'humanité ? Allons ! Pas d'offense à ce grand concept ! « Comment un Dieu aurait-il pu former ce cloaque épouvantable de misères et de forfaits ? » Si vigilant que se soit fait René Pomeau, il a trop oublié la différence qui sépare le Voltaire déclamateur du Voltaire confidentiel. Deux plans. Deux registres à ne pas confondre. S'imaginer qu'on peut retenir comme valable ce que Voltaire débite lorsqu'il est sur ses tréteaux, c'est aller au-devant de mécomptes. Voltaire prodigue la fausse monnaie. Pour cesser de le dire « multiple », il n'est que de savoir son code et d'affecter ses paroles du signe, chaque fois, qu'elles comportent : le signe de la suspicion lorsqu'il s'agit de propos forains, discours en vers et autres traités ; l'estampille de crédibilité, au contraire, lorsque Voltaire parle à voix basse et s'adresse au « petit troupeau ». C'est le Voltaire grimé qui fait vibrer sa voix dans le Traité de la Tolérance, mais c'est Voltaire au naturel qui chuchote avec Damilaville ou d'Alembert ; et dans ces lettres-là, l'Être infini du forum ne s'appelle plus que « Brioché », et l'inscription haute et grave que le châtelain de Ferney a fait graver sur sa chapelle : Deo Erexit Voltaire s'accompagne de cette glose aimable : « un beau mot entre deux grands noms ».

La « chaleur » du déisme voltairien existe, mais en un certain sens seulement. Non pas la brûlure d'un amour, mais réchauffement d'une colère. Toujours anti, Voltaire-le-déiste ; anti-Pascal, d'abord ; anti-d'Holbach ensuite et par surcroît. S'il lève des yeux noyés vers le ciel du Grand Géomètre, ses mains s'affairent en même temps, et tandis que l'assistance éblouie suit son regard vers les nuages, ses doigts industrieux tordent le cou, plus bas, aux gêneurs, gêneurs chrétiens qui voudraient lui gâter ses plaisirs, gêneurs athées qui mettent en péril ses jouissances. Pomeau se trompe quand il assigne aux dernières années de Voltaire les raisons pratiques, les raisons de propriétaire qu'on lui voit, pour la défense de l'idée de Dieu. Les mêmes mots lui viennent, en 1750, contre La Mettrie, qu'il dirigera en 1770 contre d'Holbach. « Il y a une grande différence, avait-il écrit, entre combattre les superstitions des hommes et rompre les liens de la société » et dans son Histoire de Jenni, voici sa formule identique : si l'athéisme se répand, « tous les liens de la société sont rompus » ; cette fois, une précision supplémentaire : et « le bas peuple ne sera plus qu'une horde de brigands ». C'est à ce moment (1770) que Voltaire fait sa trouvaille illustre :

Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer,

avec ce commentaire qui ne laisse à sa pensée rien d'obscur :


.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  . 
et ton nouveau fermier,

Pour ne pas croire en Dieu va-t-il mieux te payer ?

 

Sa correspondance est d'une limpidité totale : « La croyance des peines et des récompenses après la mort est un frein dont le peuple a besoin » ; « il est fort bon de faire accroire aux hommes qu'ils ont une âme immortelle et qu'il y a un Dieu vengeur qui punira mes paysans s'ils me volent mon blé et mon vin ». Et ceci encore, qui est dans l'A. B. C. : « Je veux que mon procureur, mon tailleur, ma femme même croient en Dieu, et je m'imagine que j'en serai moins volé et moins cocu. » L'effroi qu'inspire l'athéisme au seigneur de Ferney le guide à des prévenances inattendues. En 1763, exempt encore de toute angoisse, car l'athéisme restait le fait d'amis distingués, Voltaire daubait sans retenue, dans son Pot Pourri, sur le Christ. Après le Système de la Nature, il se prend soudain pour le Nazaréen d'une benoîte estime, et, dans cet étonnant article Religion II des Questions sur l'Encyclopédie, dans ces pages que Pomeau appelle « son Mystère de Jésus », l'auteur du Sermon des Cinquante s'abandonne au lyrisme ; une « vision » l'entraîne dans les bocages élyséens ; il y rencontre tous les sages, Pythagore, Thaïes, Zoroastre, Socrate, puis, « au-dessus » d'eux tous, pour finir, « un homme d'une figure douce et simple, âgé d'environ trente-cinq ans » ; son cœur se serre, car les pieds de cet homme sont « enflés et sanglants ; les mains de même » ; il a « le flanc percé, les côtes écorchées de coups de fouet ». « J'ai vécu dans la pauvreté », dit ce Juste qui a souffert, et qu'enseigne-t-il ? « Aimez Dieu et votre prochain comme vous-même. » À ces mots, Voltaire s'écrie : « Je vous prends pour mon seul maître ! » Et voici la péroraison : « Alors il me fit un signe de tête qui me remplit de consolation. La vision disparut et la bonne conscience me resta. » Voltaire n'a jamais souhaité voir les curés disparaître ; il le désire moins que jamais depuis que d'Holbach s'est permis d'écrire : « La religion est l'art d'enivrer les hommes pour détourner leur esprit des maux dont les accablent ceux qui gouvernent. À l'aide des puissances invisibles dont on les menace, on les force à souffrir en silence les misères qu'ils doivent aux puissances visibles. » Joli travail, cette prédication ! Celle des curés est là, par bonheur, pour maintenir dans l'obéissance les analphabètes. Loin d'envisager un pays sans prêtres, Voltaire voudrait en France un vaste clergé fonctionnaire, mais ignare, paysan, dûment bridé et mené par le pouvoir civil. Dès le 22 février 1763, Voltaire donne en exemple sa principauté de Ferney où « le peuple ne se mêle de rien que de brailler [à l'église] un latin qu'il n'entend pas » mais qui lui apprend la résignation. Et quand, au bout de Zadig, un ange, inexplicable mais opportun, vient conclure tout à trac : « adore », créature humaine, adore et « soumets-toi » ; quand, avec une gravité de pontife, Voltaire répète à son tour la leçon du messager divin : « Prier, c'est se soumettre », comprenons bien à qui s'adressent l'ange et son porte-voix. Pauvres, soumettez-vous ! Rien ne doit être changé à l'ordre « providentiel » tel que Voltaire l'a résumé lui-même : « Le petit nombre fait travailler le grand, est nourri par lui, et le gouverne. » (Œuvres, xii, 433.)

Naigeon, qui est du vilain clan, s'impatiente d'autant plus contre le Voltaire « cagot » qu'il est renseigné sur sa « doctrine secrète » : Voltaire hausse les épaules devant la Providence ; Voltaire n'arrive pas à voir où pourrait se loger l'« âme immortelle » des pucerons humains ; Voltaire plisse dangereusement les yeux lorsqu'il s'exprime sur « Brioché ». Toute la Somme de René Pomeau n'a fait que me convaincre de l'athéisme voltairien. Voltaire athée en fait, c'était aussi le sentiment, contre Lanson, de Daniel Mornet. Et c'est l'avis de Besterman, peu négligeable caution.

Malheureux dont le cœur ne sait pas comme on aime
Et qui n'ont pas connu la douceur de pleurer...

Ces alexandrins en loukoum, qu'on croirait du pur Musset, sont bien de Voltaire. Ils lèvent le voile, comme chacun sait, sur la tendresse qui se blottit, secrète, derrière le « hideux sourire » (tiens ! de Musset, justement, cette méchanceté devenue banale au point qu'elle reparaît dès qu'on dit Voltaire, ou Ferney, ou Fréron, comme sous l'effet d'un déclic infaillible). Voltaire gentil, Voltaire affectueux, Voltaire aimant, galéjades ? C'est à voir. Bien des côtés, chez ce féroce, sont peu conformes à sa légende. Et je ne parle pas du Voltaire de vingt ans, que je tiens en réserve. Je parle du monsieur de cinquante ans, de soixante ans et au-delà, qu'on aurait tort de se représenter griffu sans cesse et sardonique. « Je vous aimerai tendrement toute ma vie. Je croirai ce que vous voudrez. J'approuverai ce que vous ferez. Votre âme est la moitié de la mienne... » Quand il écrit ces choses à Marie-Louise Denis, ce n'est plus un gamin ; il a cinquante-cinq ans. Et j'entends bien qu'il a envie d'elle et que le désir est imbattable pour contrefaire le dévouement ; mais Voltaire, avec Marie-Louise, a fait ses preuves ; avant de la désirer, il l'aimait ; il l'aimera encore lorsqu'il ne la désirera plus. C'est de sa sœur, la mère de Marie-Louise, qu'il disait, en 1722 : « Mon cœur a toujours été tourné vers elle. » Il est capable de patiente bonté, avec Thiriot par exemple. Il dit : « Si on a des amis, c'est pour se battre pour eux. » Il se dépensera pour « Belle et Bonne » ; et Marie Corneille, il l'a vraiment aidée. Secourir Marie Corneille, c'était payant ; soit ; bienfait spectaculaire ; et je sais aussi que plus une plaisanterie est révoltante, moins il a le bon goût de se l'interdire, et qu'en conséquence, recommandant Marie à J. R. Tronchin pour le passage de la jeune fille à Lyon, il conseille à son correspondant une vérification de pucelage, et même un peu plus si le cœur lui en dit ; c'est une corvée qu'il réclame au banquier Tronchin en faveur de sa protégée et un banquier n'est pas homme à donner son temps gratis ; qu'il se paye donc en nature. Les facéties de Voltaire sont lourdes, mais il est rafraîchissant de l'entendre lui-même blaguer ses bonnes actions. « J'ai fait un peu de bien ; c'est mon meilleur ouvrage ; » ce ton-là, chez lui, m'exaspère. Quand, se conduisant bien, rendant service effectivement à quelqu'un, plutôt que de s'admirer dans la componction, il fait le pitre, à sa manière, bravo ! Marie Corneille ne saura rien de cette abominable indécence et Voltaire parle à Tronchin un langage qui ravit ce demi-dieu de la H. S. P.

Ce que nous relate le prince de Ligne n'est pas désagréable non plus sur Voltaire qui, le dimanche, à Ferney, mettait « un habit mordoré uni », veste à grandes basques galonnées d'or et des manchettes de dentelle allant « jusqu'au bout des doigts » : avec cela, disait-il, « on a l'air noble. » C'est très bien. L'habit fait le moine ; il se déguise donc et pousse du coude un « vrai » prince, car l'origine des princes et des rois, il sait ce qu'elle vaut : « brigands heureux », bandits arrivés. Sur « la vie de Paris et de Versailles », d'excellentes choses aussi dans son Épître à Mme Denis (1749) ; ce jacassement de volailles, la laideur, la stupidité de cette foire aux jalousies, avec cette réflexion d'honnête homme :

Comment aimer des gens qui n'aiment rien ?

Et de même, cela fait plaisir de le voir s'irriter contre les amorphes, ceux qui disent que tout va mal mais qu'on n'y peut rien, que c'est comme ça, qu'ainsi va le monde : « — Eh bien, il faut s'en occuper ! » Et ceci, dans ses Notebooks, assez, comment dirais-je, claudélien : sur la cécité des humains qui s'ébahissent, les niais, devant un funambule, un orateur, un marquis, et qui n'ont pas l'air de s'apercevoir qu'au-dessus de leur tête, et perpétuellement à leur disposition, il y a un spectacle un peu plus propre à leur couper le souffle : ces mondes qui volent, ce miracle ininterrompu des constellations. Est-ce bien sûr que Voltaire se couvre, lorsque, dans un coin de son Siècle de Louis XIV, il écrit sur les religieuses ce paragraphe si peu « voltairien » : une jeune fille, librement, qui voue sa vie à la prière ou au service des malades et des pauvres, « peut-être n'y a-t-il rien de plus grand sur la terre ». La phrase est bien là, sous nos yeux, signée du monstre. Calcul ? Je ne sais pas ; je ne crois pas. Et ce qui suit n'est pas moins déconcertant : « Les peuples séparés de la communion romaine n'ont imité qu'imparfaitement une charité si généreuse. » J'ai cru pouvoir, il n'y a pas longtemps, opposer Voltaire à Hugo, pour accabler Voltaire, sur ce point même : leurs réflexes comparés devant ces oblations ; je ne connaissais pas encore (j'aurais dû) cette page du Siècle de Louis XIV ; et sa lettre à Mme d'Egmont sur le Carmel, il faut également lui rendre cette justice qu'elle ne contient pas l'ombre d'une goguenardise. J'ignorais aussi cette allusion pensive, ailleurs, à une parente qu'il a chez les sœurs grises, et dont il rapporte — sans que je distingue le son réel de sa voix — une parole qui lui est restée : « elle m'écrivit un jour qu'elle aimait Jésus et Marie plus que sa vie ».

 

 

L'actif, dans ce bilan que j'essaie, n'est pas nul. Mais le passif ! Terrible, le passif.

Sur le chapitre de l'argent, Voltaire n'est pas beau à voir. « Une morale de coulissier ; le mépris du petit gain journalier ; le respect du gros négoce et de la spéculation. » Ces duretés sur son compte ne viennent pas du R. P. Condamin ; constatations, affligées, de Lanson. Pour s'enrichir, il est prêt à tout. Il grappille les pensions à droite et à gauche ; il a tenté de se glisser dans les services secrets de Dubois, car l'espionnage rapporte et plaît à sa nature ; il trafique dans les loteries et tripote dans l'agiotage ; toujours « à cheval sur le Parnasse et la rue Quincampoix », dit d'Argenson. Il revend (200 000 NF) sa charge de gentilhomme du roi, tout en obtenant le maintien des privilèges attachés à ce titre. Pour aller chez Frédéric II, il exige un contrat en règle : pension, 70 000 NF ; frais de voyage, 35 000 NF, — plus le cordon de l'ordre du roi, plus la clef de chambellan ; et il spéculera en outre, frauduleusement, sur les billets de la Banque de Saxe (ces billets, dépréciés, la Banque a été contrainte de les rembourser, au pair, aux sujets de Frédéric II, mais à eux seuls ; Voltaire s'arrange pour en faire une rafle en Hollande) ; ce sont les fournitures militaires qui sont la source permanente de ses plus gros profits ; l'improbité y est de règle ; c'est un pillage organisé du Trésor. Entretenu par la collectivité à partir de 1734, Voltaire ne dédaignait pas de l'être, précédemment, par autrui ; quand trépasse Mme de Fontaines, en janvier 1733, il en est marri : « J'ai perdu une bonne maison dont j'étais le maître et 40 000 livres de rente qu'on dépensait pour me divertir. »

Le 4 mai 1767, il indique à son banquier lyonnais : « Le capital qui est entre vos mains se monte à 524 000 livres (disons 1 300 000 NF) indépendamment des intérêts de 445 000 livres (disons 1 500 000 NF). » En 1778, il aura, en chiffres ronds, 500 000 NF de rente. Parti de rien, je suis « parvenu », dit-il en propres termes, « à vivre comme un fermier général » ; et « par quel art ? » Réponse : parce qu' « il faut être, en France, enclume ou marteau » et qu'il a su choisir le bon côté, celui qui écrase.

Bâtonné, à trente et un ans, par les soins d'un aristocrate, est-il en révolte ? Tout se passe, au contraire, comme si ce massage n'avait fait que lui assouplir mieux l'échine. Il en est repoussant. Rien ne lui coûte lorsqu'il s'agit de flagorner qui peut lui être utile. Il veut entrer à l'Académie et les Jésuites y sont puissants ? Voltaire écrit à l'un des « bons pères » une lettre ostensible et dévote. Jeanne Poisson devenue Pompadour est maintenant la maîtresse du roi ; Voltaire la comble d'hommages ; il la félicite, en « bon citoyen », du gracieux travail qu'elle assume et qui doit « faire le charme de tous les honnêtes gens » ; s'il pouvait l'avoir pour alliée ! aussi ne néglige-t-il pas d'ajouter, concertant son vocabulaire, que seuls lui seront ennemis les « frondeurs jansénistes ». Voltaire est l'amant de Mme du Châtelet, mais Frédéric II est d'une autre importance qu'Émilie pour son avancement ; Frédéric II n'aime pas les femmes ; aussi Voltaire l'assure-t-il (31 décembre 1740) qu'il n'a point à être jaloux :

Un ridicule amour n'embrase pas mon âme
Et je n'ai pas quitté votre adorable cour
Pour soupirer en sot aux genoux d'une femme.

« Héroïsme », disait Lamartine ; « audace d'un seul contre tous » ; Voltaire qui « brave le respect humain » ; Voltaire qui « affronte les bûchers »... Le dithyrambe de Lamartine est un monument de candeur. Voltaire n'est pas « seul contre tous ». Quand il entame, vers 1716, sa bataille contre la superstition, il sait qu'il va plaire à quantité de gens qui serviront son arrivisme. Avec le Régent au pouvoir, le bon ton est d'être esprit fort et Voltaire se met en flèche, car il souhaite qu'on le regarde, qu'on applaudisse, qu'on se récrie : quel homme ! Quels dons ! il est inouï ! Il aime « effrayer les badauds » (Épître à Horace). Mais quand il croit le moment venu de se hisser aux honneurs, on note dans sa trajectoire un palier de sagesse. Il y a eu le départ à grand fracas, pour se faire connaître, et il y aura, plus tard, un certain travail enragé ; entre les deux, une période surveillée, le temps de la sourdine, l'époque où Voltaire « réalise » et convertit sa notoriété en places et en titres : 1er avril 1745, historiographe du roi ; 25 avril 1746, l'Académie ; 22 décembre 1746, « gentilhomme ordinaire ». S'il pouvait s'incruster à Versailles ! Mais c'est en vain que, prosterné et l'œil caressant, il demande à Louis XV si « Trajan » est content de lui ; Trajan se détourne de ces reptations. Aucun « bûcher » ne le menace mais il craint ce donjon de Vincennes où Diderot a fait un stage. Voltaire est extrêmement prudent. Jean-Jacques signe ce qu'il publie, comme Hugo signera, le 2 décembre, cette affiche au bas de laquelle il met sa tête. Voltaire ne signe rien de ce qui pourrait lui valoir des ennuis. « Frappez et cachez votre main » ; telle est sa devise. Il s'est tapi à Ferney dans un terrier à double issue. Préservée dans un tel abri, et sous tant de millions, sa sécurité est entière ; mais s'il s'applique à « écraser l'Infâme » par des agressions anonymes, que cela surtout n'aille point jusqu'à endommager sa paix. Son Sermon des Cinquante est une jolie fougasse dont il est satisfait. Mais écoutons-le, qui ne badine pas, s'expliquer à sa nièce Fontaine sur ce mauvais livre (11 juin 1761) : « Je ne sais ce que c'est que le Sermon des Cinquante dont vous me parlez. Si c'était quelque sottise antichrétienne et que quelque fripon osât me l'imputer, je demanderais justice au Pape, tout net. Je n'entends point raillerie sur cet article. » La sincérité frémit dans sa voix au point qu'il en est pathétique.

Les égards que voue Arouet à la protection de son repos n'ont pas de bornes. En 1768 et 1769, non qu'un danger se dessine, mais seulement parce qu'il souhaiterait que l'on fût moins froid pour lui à Versailles, Voltaire fait ses Pâques. Ses « amis » parisiens en sont interloqués et demandent des explications. Voltaire se justifie comme il peut, c'est-à-dire ignominieusement. Il dit que cette singerie était nécessaire, que, fidèle à la Cause, bien sûr — les « frères » le connaissent ! ce n'est pas lui qui désertera ! — et plus que jamais nasardant, incognito, les christicoles, il s'est vu, toutefois, contraint à des ménagements ; « il y a des temps où il convient d'imiter leurs contorsions ». Et il ajoute, pour être drôle, à propos de ce pain azyme qu'il lui a fallu se laisser mettre sur la langue : certains « craignent de manier les araignées », mais d'autres, intrépides, « les avalent » ; pareille performance doit arracher les ovations. (Au demeurant, si ce n'est que du pain, l'hostie, pourquoi parler d' « araignée » ? Un texte comme celui-là donnerait des idées à l'Inquisition. Montaigne communie sans émoi, en toute quiétude, en tout sommeil ; mais cette horreur physiologique, c'est à croire qu'elle est démoniaque. Détendons-nous. Voltaire, en absorbant l'hostie n'a pas eu de spasme dans la gorge ; il n'a pas non plus, après son exploit, éclaté d'un rire infernal ; il n'écrit « araignée » qu'à l'intention des camarades et pour leur prouver vigoureusement, qu'ils peuvent toujours lui faire confiance.) Il est peureux. Tous ses familiers le savent. Dauber sur les Pompignan, le poète et l'évêque, c'est un délice gratuit ; mais qu'un troisième Pompignan, insoupçonné, sorte de l'ombre et déclare — il est dans les carabiniers — son intention de venir couper les oreilles à Voltaire, celui-ci, terrifié, appelle au secours Choiseul contre ce spadassin. Frédéric était convaincu que « Christmoque » s'effondrerait devant la mort. On se souvient de Lamartine : Voltaire qui « condamne », en héros, « sa propre cendre à n'avoir même pas de tombe ». Arouet, au contraire, attache le plus grand prix à être enseveli chrétiennement. Qu'est-ce que cela peut bien lui faire ? Il a communié, jadis, pour plaire au roi, mais c'est pour plaire à qui, cet enterrement catholique qu'il veut avoir, à toutes forces ? Une dernière victoire sur l'Église ? Contraindre à l'honorer, mort, ces gens qu'il a souffletés, vivant ? Ou peut-être, cette proscription de sa dépouille, s'il meurt irréconcilié, un opprobre que sa famille ne doit pas subir ? Les mondains eux-mêmes les plus « affranchis » tiennent aux funérailles rituelles. Cela se fait. Va pour les baladins, la sépulture honteuse. M. de Voltaire ne saurait tolérer que l'on traitât mal son cadavre. L'enterrement civil, au xviiie siècle, n'a pas encore son droit de cité. Je demeure perplexe. N'y eut-il pas eu réprobation sociale, Voltaire aurait-il agi autrement ? Toujours est-il qu'il s'est platement rétracté, renié, et qu'il a signé ceci, le 2 mars 1778 : « Je meurs dans la religion catholique où je suis né, espérant de la miséricorde divine quelle daignera pardonner toutes mes fautes, et si j'avais jamais scandalisé l'Église, j'en demande pardon à Dieu et à elle. » Dans l'histoire, malpropre, de sa communion pascale, l'évêque Biort lui avait rappelé, le 5 mai 1769, que « manquer à la bonne foi » est toujours chose déshonorante, mais jamais autant que « dans une circonstance » qui exclut, « essentiellement » la « dissimulation » et l'« artifice ». Les mêmes mots, syllabe par syllabe, sont valables pour Voltaire en présence des derniers sacrements.

La « bonne foi » est sans doute la vertu qui lui manque le plus. Delattre et Pomeau conviennent tristement que « le mensonge lui est naturel » ; « il ment à ses amis ; il ment quand il fait une affaire ; il ment quand il a un procès ». Il attaque, puis, si l'on riposte, pousse des cris assourdissants ; « vos prêtres, dit-il à Tronchin, à propos des pasteurs de Genève, vos prêtres qui m'ont insulté d'une manière si lâche et si odieuse... » Il redoute si fort de voir la géologie de Buffon confirmer la Bible qu'il se jette, sur les fossiles, dans un enfantillage dont il mesure parfaitement l'ineptie, mais qui prendra peut-être, chez les simples. Et dans l'affaire Saurin, telles pièces renversant ses dires, il lacère les documents et mutile les registres pour avoir raison contre la vérité. Et son apostolat en faveur de la « tolérance » ! Et sa fièvre, annuelle, de la Saint-Barthélemy ! (Cette date le tue ; chaque 24 août, il a des sueurs, des vertiges, son cœur s'arrête, il faut qu'il s'alite.) Et cette participation visionnaire, insoutenable et qui le brise, aux tortures de Jean Calas ! Curieux comme d'autres tortures le laissent désinvolte. Calas sur la roue le rend malade, mais Jeanne d'Arc le met en joie ; pour cette Pucelle qui joignait les mains, la dérision ne suffit pas ; il faut la couvrir d'immondices ; il importe de la montrer obscène, à la façon d'une rustaude que les bêtes, bien armées, séduisent ; et Voltaire de décrire Jeanne offrant, dans l'attitude adéquate, son corps à un âne :

De son cul brun les voûtes se levèrent

(Etc.)

Littérature, dirons-nous ; un peu gênante tout au plus. Malheureusement Voltaire ne s'en tient pas à ces exercices de style. Il aime à recourir au bras séculier. Le libraire Grasset l'a compromis, à propos de la Pucelle précisément (Grasset, sans permission, a imprimé le livre à Genève, sachant qu'il aurait un succès de vente, car les manuscrits de l'ouvrage qui circulent dans les salons de la ville haute engendrent, dit Du Pan, genevois doré, « de beaux éclats de rire chez nos dames »). Grasset va payer cher sa tentative. Voltaire est déchaîné. « Je l'ai dénoncé au Conseil ; il a été mis en prison et chassé de la ville... En quelque lieu que soit Grasset, j'informerai partout les magistrats » ; et il a essayé de le faire lyncher, aux Délices, par ses domestiques. Le curé de Moëns, Ancian, qui s'est mis dans un mauvais cas, Voltaire fait de son mieux auprès de la police pour qu'il aille aux galères. Mais c'est l'incident des Lettres écrites de la Montagne qui nous en apprend sur lui le plus long. Il vaut mieux n'en pas trop parler. On me l'a fait comprendre, autrefois, lorsque j'ai appelé, là-dessus, l'attention. Raison de plus pour que je recommence. Jean-Jacques a osé, dans ses Lettres, nommer le Sermon des Cinquante sans mettre en doute que ce pamphlet soit de Voltaire. La vengeance de Voltaire est affreuse. Il sait que Jean-Jacques est redouté des grands bourgeois de Genève, car il a la plèbe avec lui ; son livre, du reste, expose comment la « République » est devenue la proie des nantis. Aussitôt Voltaire s'ingénie à faire peur aux riches encore davantage, pour qu'ils agissent, sans perdre une minute, et que Rousseau soit arrêté, et qu'on le tue. « Cachant sa main », Voltaire travaille à faire exécuter Jean-Jacques. D'une pierre deux coups : on le débarrassera d'un très déplaisant adversaire (« Quel temps a-t-il pris pour rendre la Philosophie odieuse ? Le temps où elle allait triompher ! » 12-1-65) et il pourra, si son plan réussit, tomber ensuite sur les pasteurs, coupables de ne vouloir point être « sociniens » et qui brûlent les penseurs libres. Voici le texte qu'il fait répandre ; non signé, bien entendu, de telle manière qu'il puisse jurer en ignorer tout, et qui eut passer pour le cri d'alarme de quelque ami de ordre ; c'est un appel au Conseil, un avertissement à mille exemplaires : « Le Conseil aura trop de prudence et trop de fermeté pour s'amuser seulement à faire brûler un livre auquel la brûlure ne fait aucun mal... Il punira, avec toute la sévérité des lois, un blasphémateur séditieux » ; si le Conseil ne bouge pas, s'il reste stupidement inerte, « il sera traîné dans les boues par la populace » ; vite, vite, « un jugement qui mette fin à l'audace d'un scélérat ! » Ce n'est pas assez. Voltaire invente, en même temps, une intervention ecclésiastique et lance ce Sentiment des Citoyens où il a pris le ton calviniste afin que le libelle anonyme paraisse venir d'une plume « sacrée » ; la conclusion est la même : « On punit capitalement un vil séditieux. » Les jours passent et rien ne se produit. Voltaire n'y tient plus ; il lève le masque, mais en grand secret, pour François Tronchin qui est sûr, qui ne le découvrira pas ; et il lui hurle (billets des 12 et 22 janvier 1765) : Mais allez-y ! allez-y donc ! Mais qu'est-ce que vous attendez 6 !

Tel est, en actes et dans le concret, l'homme du Traité de la tolérance, le sanglotant du procès Calas. Les « crimes » lui mettent l'âme en feu, sauf s'ils s'accordent à ses desseins. Catherine II a du sang sur les mains ? Peccadille, puisqu'elle protège les philosophes. « Je sais bien qu'on lui reproche quelque bagatelle au sujet de son mari, mais ce sont des affaires de famille dont je ne me mêle pas. » Voltaire-le-tolérant déplore avec bonhomie la « rage » qu'ont les gens à « forcer les autres à boire de leur vin », il tonne contre les dragonnades, mais il compte sur les bataillons de Frédéric II pour un prosélytisme selon son cœur : « Si j'avais 100 000 hommes, je sais bien ce que je ferais... » L'abbé Galiani, son disciple, expliquera sans ambages à Mme d'Épinay, le 22 juin 1771, ce que c'est que la Tolérance : « Si l'on rencontre un prince sot, il faut lui prêcher la tolérance afin qu'il donne dans le piège » et qu'ainsi, « par la tolérance qu'on lui accorde », le parti des lumières puisse se mettre en mesure d' « écraser » le parti des ténèbres. Au moment où Calas expire, victime de juges monstrueux, Voltaire ne s'émeut nullement. Ce parpaillot ne l'intéresse pas ; il en veut à mort, à cette date, aux pasteurs de Genève ; tant pis pour l'énergumène du Midi, lui aussi, après tout, christicole. S'en prendre à des juges, qui sont, plus ou moins, aux ordres du Pouvoir, Voltaire, en outre, a peu de penchant pour de semblables témérités. Puis il s'aperçoit que l'heure est bonne : nos armées battues par les hérétiques, le Pouvoir incline à flatter les vainqueurs ; le ministère, nos caisses vides, cherche à placer des emprunts à Genève, et ne vient-on pas, chose inouïe, d'accorder une ferme générale à un protestant (J. R. Tronchin) ? Allons, l'entreprise est décidément sans périls et permet contre « l'Infâme » la plus belle manœuvre. Encore faut-il que Voltaire s'entoure, d'abord, de hautes protections. Le terrain prêt, il s'avance avec son artillerie et ses larmes. Zola risquera gros, dans l'affaire Dreyfus. Aucun désagrément à redouter, des profits seulement à recueillir, pour Voltaire, dans l'affaire Calas. L'opération achevée, Calas ne sera plus, pour Voltaire, que « le roué de Toulouse », comme l'Autre était « le pendu » de Jérusalem, et la veuve du roué « une huguenote imbécile ».

Ce que Voltaire ne peut souffrir, plus encore que la croix, c'est l'odeur des pauvres. La « populace » l'incommode, et elle l'inquiète pour l'avenir. Dès 1755, il a flairé, dans le deuxième Discours de Jean-Jacques (sur « l'origine de l'inégalité »), « la philosophie d'un gueux », et si Jésus l'horripile, c'est aussi qu'il sort « de la lie du peuple ». « Nous ne nous entendons pas sur l'article du peuple, écrit Voltaire, cassant, à Damilaville, le 1er avril 1766 ; j'entends par peuple la populace qui n'a que ses bras pour vivre [...] Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants. » Les gueux n'ont nul besoin de savoir lire7 ; s'ils se mettaient à réfléchir, cela pourrait déranger tout. Des gens qui n'ont pas voix au chapitre. Des méprisables. À Biort l'évêque, Voltaire n'omet point de jeter au visage qu'il est le fils d'un maçon, au jésuite Nonotte qu'il descend d'un fendeur de bois, à J.-B. Rousseau que son père était cordonnier ; et il admire « l'insolence » de ces prêtres « qui vous disent : je veux que vous pensiez comme votre tailleur et votre blanchisseuse ». S'il est énergiquement antisémite, ce n'est pas seulement parce que la Bible vient des juifs, mais parce qu'ils peuplent, en Europe, la pouillerie des ghettos. « Les juifs ne connaissent ni l'hospitalité, ni la liberté, ni la clémence » ; ils ont « cet esprit de lucre inspirateur de toute lâcheté » (une merveille, cette phrase, sous une telle plume) ; c'est une « nation atroce » ; les juifs « sont les ennemis du genre humain ».

Saisissante, la remarque d'André Delattre (p. 34) : « L'imposteur que voyait Voltaire en tout fondateur de religion, il n'avait pas à aller loin pour en trouver le modèle. » Exact. Littéralement exact. Voltaire, sur le trépied, enseigne aux démunis le Dieu « rémunérateur et vengeur », alors qu'il pouffe, entre intimes, sur ce croquemitaine. Voltaire prêcheur déiste n'est pas le « cagot » qu'imaginaient les holbachiens ; un fourbe, tout bonnement ; c'est Tartufe.

Ozanam déclarait : Voltaire « n'a pas de plus grand ennemi que l'Histoire ». On dirait bien que c'est vrai. L'enquête sur son compte, quand on la mène loyalement, conduit à des conclusions sinistres. « Il est trop facile de faire le portrait de Voltaire en éliminant ce qui gêne » ; cette mise en garde de R. Pomeau n'est pas superflue, car on en ramasse à la pelle de ces « portraits » fumants et burlesques où, selon que le peintre est d'un clan ou de l'autre, de chez Condamin ou de chez Bayet, du Pèlerin ou de la Lanterne, Voltaire est l'un des dieux de l'Olympe laïc ou une incarnation de Satan. Je suis parti dans ma recherche avec la passion d'y voir clair, sans savoir où j'aboutirais, espérant (à cause de Besterman) que j'allais trouver enfouies dans ce destin des choses exaltantes. Voltaire rebute. Cette main, d'homme à homme, qu'on souhaitait de lui tendre, elle retombe. Jean-Jacques disait de lui : une « âme basse » (lettre à Vernet, 29 novembre 1760). Quand je le regarde dans beaucoup de ses voies, quand je l'entends prescrire à d'Alembert (6 janvier 1761) : « Marchez toujours en ricanant, mes frères, dans le chemin de la vérité », quand il s'avance, ce jour qu'elle n'oubliera plus, sur Mme du Châtelet, une dague à la main (et ce n'est pas une scène de jalousie), malgré moi s'évoque, sous le nom de Voltaire, ce personnage entrevu par Charles-Louis Philippe : un homme raclant un « violon rouge » et qui, par-dessus l'instrument à la « voix grimaçante », vous fixe « avec des yeux aigus où passent des étincelles et du sang ».

Jean-Jacques écrit encore — cette fois, dans ses Confessions — : « En feignant de croire en Dieu, Voltaire n'a jamais cru qu'au diable », et c'est mal ; dit-il, de s'appliquer, comme il l'a fait, à « désespérer » les gens. Où est-elle, en effet, la leçon de Voltaire ? Son message, comme on dit, en quels termes le résumerons-nous ? Rassemblant dans notre esprit son œuvre pour l'écouter, nous aurons, avec Delattre, cette observation préalable, que, chez lui, « la proportion du déchet » est exceptionnellement « élevée », et que « ses œuvres manquées sont constamment celles sur lesquelles il comptait » pour perpétuer sa gloire à travers les siècles. La Henriade est illisible, ses tragédies sont « flasques » et ses comédies « pitoyables ». Scolaire, jusqu'à la fin, dans les genres nobles où il croit régner, où il se regarde comme égal à Virgile, comme plus grand que Racine. Le bon élève ; le fort en thème (il sait le latin, mais pas le grec). Toutes les fleurs en papier, tous les faux ornements, toutes les ficelles de la rhétorique. La poésie, qu'il a pourtant, semble-t-il, discernée chez Shakespeare, il est incapable d'en recréer l'ombre. Et s'il esquisse, en décasyllabes, quelques sautillements çà et là, son inspiration se limite (Pomeau) à « d'aigres musiques pour danse macabre ».

Passons sur son Charles XII et sur son Siècle de Louis XIV, écrits valables, à leur date ; mais est-ce bien par ces livres-là qu'il survit ? Ce que l'on continue à lire, de Voltaire, ce sont ses contes, quelques-uns de ses pamphlets, et Candide. Ses pamphlets font pâle figure à côté des Provinciales et si ses contes séduisent, ils le doivent surtout à ce mélange qui les constitue « d'anticléricalisme et de polissonnerie » (Delattre) — deux sûrs articles de consommation. Reste Candide, chef-d'œuvre, réussite parfaite. Alors, sa « parole » ? Cette chose qu'il avait à nous dire ? L'annonce qu'il avait à nous faire ? L'avis qu'il entendait nous laisser ? Sa « vue-du-monde », son testament, sa raison d'être ? René Pomeau le place « entre Montaigne et Gide » ; il a, dit-il, « vécu et défendu la leçon humaniste ». Et Spenlé, de même, le range parmi « les grands maîtres de l'humanisme européen ». C'est usuel, mais je demande pourquoi. J'ai beau chercher, je ne vois pas dans le « message » de Voltaire ce contenu qui le classerait « humaniste », — ou peut-être ne suis-je pas doué pour pénétrer le sens de ce vocable. Humaniste, Voltaire qui, loin de célébrer la dignité de l'homme ou les pouvoirs de sa pensée, ne se lasse pas de nous redire que nous sommes infimes et bornés, nocturnes et répugnants, plus négligeables que des « souris », plus mauvais que des « puces » ? Si l'humanisme est un hédonisme, dans ce cas, oui. Voltaire est l'humaniste-type, car sa doctrine est sans mystère : « unum est necessarium » ; il le déclare à d'Alembert, en ces termes même, le 31 janvier 1770 : la santé, pour le plaisir ; c'est l'écho, à soixante-seize ans, de ce qu'il exposait « à Mme de G. », dans cette épître qu'il lui dédiait, à vingt-deux ans :

Le plaisir est l'objet, le devoir et le but
De tous les êtres raisonnables.

Entre les deux, ceci, des Notebooks : « Le bonheur est un mot abstrait composé de quelques idées de plaisir8. »

Sur la « morale » de Candide, André Delattre s'interroge : ne serait-ce pas, « peut-être », un « retour au catéchisme » ? Si Voltaire, en prenant congé, nous recommande de « cultiver notre jardin », c'est que l'homme, selon le Livre, « a été mis sur la terre pour qu'il la travaillât ; ut operaretur... » (Delattre, op. cit., p. 85). Béni soit ce « peut-être », à la dernière seconde, qui sauve l'exégète ! Si Delattre n'avait pas eu cette hésitation bienheureuse, j'entends d'ici, dans les nuées, la crécelle du rire voltairien ; elle n'en finirait plus ; elle en serait inextinguible. Candide issu du catéchisme ! Quel triomphe ! La morale de Candide, mais c'est Voltaire lui-même qui nous la commente, explicite à souhait : « Ce monde est un grand naufrage. Sauve qui peut ! » (XXXIX, 210.) « La destinée se moque de nous... Vivons tant que nous pourrons, et comme nous pourrons » (2 juillet 1754). Que chacun s'arrange. Place aux adroits, à ceux que n'empêtre pas la naïveté des scrupules. L'important est de savoir nager, pour aborder à un bon coin et s'y creuser un trou confortable, une « bonne loge » (XXXIX, 203) d'où l'on assiste, « très à son aise », à la noyade générale. Le voilà, le jardin de Candide, qui s'appelle domaine de Ferney, avec 20 000 livres à dépenser par mois — fruit de rapines et de brigandages — pour la cour qu'on y entretient, et ce « petit carrosse à l'italienne, à trois glaces et doublé de soie », que Voltaire trouvait ravissant. « Je mets en pratique ce que j'ai dit dans le Mondain : Oh, le bon temps que ce siècle de fer ! Toutes les commodités de la vie en ameublement, en équipages, en bonne chère... Il y a là de quoi faire crever de douleur plus d'un de mes chers confrères. » Ainsi parle, celui que Michelet, délirant, saluait comme un immolé. L' « homme qui souffre », l'homme « qui a pris sur lui toute la douleur du monde », écoutons-le encore ; 14 octobre 1758 : « Que la guerre continue, que les hommes s'égorgent ou se trompent, vivamus et bibamus ! » La politique de Voltaire, les réformes qu'il aurait proposées, son effort pour quelque progrès ? Zéro. Voltaire a trop bien su tirer parti du désordre établi en son temps pour vouloir qu'on y touche. Son régime idéal est le « despotisme éclairé », autrement dit, pesant sur la masse qui travaille pour nourrir ceux qui ne travaillent pas, un pouvoir dispensateur de prébendes, avec une armée forte et une puissante police, et la gendarmerie « complémentaire » d'un clergé pour les imbéciles, étant entendu que ces prêtres n'importuneront point l'élite et ne la dérangeront pas dans ses jeux. Nul n'a mieux défini la pensée politique et sociale de Voltaire que Robespierre, à la Convention, dans son rapport du 18 floréal : « Cette espèce de philosophie pratique qui, réduisant l'égoïsme en système, regarde la société comme une guerre de ruse, le succès comme la règle du juste et de l'injuste, le monde comme le patrimoine des fripons adroits. »

Humanisme ? moi je veux bien. Et si Paul Souday, célébrant Voltaire l'anti-Pascal, s'envolait dans un geyser : « Il a vraiment ôté le poids de nos épaules. Il nous a tirés du cachot et nous a ramenés à la lumière. Joie ! Rires de joie ! Grâce à Voltaire, on respire, on vit ! », si M. Maurras, à ce que nous confie Bainville, relisait Candide une fois par année, afin de se bien nettoyer l'âme, et se plaisait à répéter : « Maintenant, la voie est libre ! », je m'en voudrais de les en blâmer. Trahit sua... Mais je comprends mieux Flaubert, que Candide attirait aussi, pour d'autres raisons ; parce que Voltaire est sans espoir, parce qu'il nous montre la créature hagarde, errant sous un ciel « de fer », parce que Candide est un livre noir, un livre amer, « bête comme la vie ». Mais Candide est pour les lettrés. Pour la foule, ce qui subsiste de Voltaire, c'est ceci :

Les prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense ;
Notre crédulité fait toute leur science.

Rien d'autre. Cela n'est pas peu, direz-vous. Question qui n'est pas la mienne. Je n'avais qu'un propos : savoir quel homme était cet homme et ce qu'il nous avait apporté.

Est-ce que je le sais, à présent, qui c'était ? Mal. À peine. Il y a ce cri, cet élan, dans une lettre de Mme de Grafigny : « Je l'aime, oui, je l'aime, et il a tant de bonnes qualités que c'est une pitié de lui voir des faiblesses si misérables. » Il y a le témoignage de Mme de Genlis, qui s'est rendue à Ferney sans amitié aucune pour Voltaire, sûre d'avance que cette expérience l'ancrera dans son aversion. Stupeur. Un charme est sorti de lui. Mme de Genlis n'est pas convertie, mais elle est ébranlée. Qu'il est différent, ce vieux magicien, de ce qu'elle attendait ! Dans ses yeux, « quelque chose de velouté, et d'une douceur inexprimable. » S'il est un mot, n'est-ce pas, qui ne lui va guère : chaleur humaine, si ce don du contact, du rayonnement, du cœur à cœur, Voltaire en paraît privé plus que quiconque, voici pourtant, en toutes lettres, ce que lui écrivait Moultou : « vos conversations », qu'elles me font du bien ! Mon âme s'y ranime à « cette chaleur d'humanité qui fait la vie de la vôtre » (sic).

Ces choses-là ne peuvent être omises. Étudions bien, aussi, les visages de Voltaire. Ils ne sont pas tous « ricanants ». Le pastel de Nicolas Cochin, que Besterman a reproduit (l'original est en Amérique), on n'a jamais fini de le scruter. Un Voltaire qui doit avoir la cinquantaine ; son dos se voûte ; il serait presque gras ; un essai de sourire ; mais l'œil, bleu, ne rit pas ; il guette, de côté, attentif, sans bonheur. Et le regard qu'a vu Mme de Genlis, je le reconnais dans un des dessins de Huber. Voltaire, très vieux, qui n'a pas cet air corrosif qu'on lui voit si souvent ; il lève la tête ; il regarde quelque chose ; il écoute quelqu'un, peut-être, qui lui parle, debout, tandis que lui-même est assis. Et là, comme pour « chaleur humaine », un mot, encore, s'impose à nous, imprévisible, presque incroyable : enfance. Sur ce visage sérieux, aux grands yeux clairs, oui, je ne sais quelle enfance.

Pomeau, Delattre se heurtent à une énigme : la raison, la raison déterminante de cette grande haine qu'a portée Voltaire au christianisme, où se cache-t-elle ? Le motif demeure « obscur » ; ils le disent, l'un et l'autre. Et il est bien vrai que nous manque, là, un élément d'intellection capital. Qu'est-ce qui a bien pu, dans la vie secrète de Voltaire, allumer un tel brasier ? Il ne s'agit pas seulement, chez lui, de rébellion de l'intelligence, d'indignation du sens commun ; il s'agit d'un règlement de comptes. Même révoltée, même indignée, la raison n'a pas de ces flamboiements. Un feu sauvage. Il dit qu'il « éclaire », mais ce qu'il veut, surtout, c'est ravager et anéantir. Sa besogne ressemble moins à l'accomplissement d'une mission qu'à l'assouvissement d'une vengeance. Pomeau et Delattre cherchent tous deux ce qu'ils appellent, chez Voltaire, un « traumatisme » originel. Ils sont persuadés qu'il est arrivé quelque chose à François-Marie Arouet, qu'il a reçu, enfant, une profonde blessure, et ils reprennent l'hypothèse du « jansénisme », à la maison, oppresseur, le frère Armand sombre dévot, le père sans tendresse, la « fixation » de l'enfant sur sa mère. Conjectures faiblement étayées ; car enfin, ce père, ce n'est pas chez les oratoriens jansénistes qu'il a mis en pension François après Armand, c'est chez les jésuites, autrement faciles et « mondains » ; et François n'y sera pas malheureux ; il n'en veut pas à ses anciens maîtres ; il aimait le P. Porée, il admirait le P. Tournemine. Quant au « jansénisme » tel qu'il l'a connu, ce jansénisme du xviiie siècle, cette mystique tournée en opposition bourgeoise et gallicane, un rationalisme déjà le pénètre qui l'écarté immensément, chez les laïcs, chez ces gens de robe parmi lesquels Voltaire a grandi, de ce qu'évoquent pour nous les noms de Nicole et d'Arnauld. Quand Voltaire dit « jansénisme », c'est « christianisme » qu'il entend, deux mots, pour lui, interchangeables, mais il préfère le premier, polémique, et qui porte tort.

Je crois, moi aussi, qu'un événement intérieur, lourd de conséquences, a eu lieu chez l'enfant Arouet, l'adolescent Arouet. Il ne s'en ouvrira à personne et tous ses biographes ont noté à quel point il est silencieux sur ses années premières. Ce qui n'est pas une conjecture, mais un fait, c'est le renversement qui s'est produit en lui entre sa dix-neuvième et sa vingt-deuxième année. François Arouet a quitté le collège en août 1711 (dix-sept ans) ; il n'écrit plus sous la dictée ; ce qu'il compose en 1713, il l'écrit parce qu'il le veut bien ; il est libre. Or son Épître sur les Malheurs de ce Temps condamne le monde des mondains, dénonce les exactions et le vice. Admettons que le jeune Arouet vise à plaire au vieux roi et qu'il tienne en 1713 ce langage pour la même raison qu'il tiendra le langage inverse lorsque la cour ne sera plus celle de Mme de Maintenon mais du Régent. Reste son amour pour Olympe Dunoyer. Là nous ne sommes plus dans la littérature, mais dans la vie. Et François Arouet se jette dans cet amour à cœur perdu. Lui qu'on verra, si vite, n'avoir plus qu'une pensée : se pousser, s'enrichir, lui qui veillera avec un tel soin aux intérêts de son avancement, il fait, alors, « cent folies », c'est-à-dire qu'il compte pour rien les chances qui sont les siennes dans la carrière diplomatique, qu'il néglige tout, qu'il ignore tout, pourvu que « Pimpette » soit sa femme. Il l'aime. Il est le contraire d'un libertin avec elle ; il ne songe pas à la prendre, jouir de son corps, et passer à une autre ; il l'aime ; il lui écrit : « Notre amour est fondé sur la vertu ; il durera autant que notre vie. » C'est un enfant ? Précisément, je ne dis pas autre chose. Je dis qu'il y a eu, à dix-neuf ans, un Voltaire qui ne s'appelait pas Voltaire, qui n'avait encore ni changé de nom ni perdu ses prénoms, un être en qui ne s'annonçait point celui qui le supplantera. Entre les deux, une béance. Un François Arouet au cœur pur, avant le Voltaire, bientôt, qui rira, cynique, de son « cœur très immonde ».

La métamorphose, d'où vient-elle ? D'une mue toute simple ? Quelqu'un qui a fait ses classes, qui a ouvert les yeux sur la réalité, les réalités, et qui a mesuré sa méprise ? Cette fureur qui va l'emplir, est-ce d'avoir été une dupe, d'avoir cru à la pureté, à la droiture, à des puérilités absurdes, et à la sincérité de ces prêtres dont il découvre de toutes parts, dans cette terrible levée des masques dont s'accompagna la mort du « grand roi », l'incroyance et l'infamie ? L'explication est encore trop courte. Ceux qui parlent, chez Arouet, d'un « complexe » au creux duquel serait sa mère — cette femme dont nous savons si peu de chose, cette mère qui est morte quand il avait sept ans, cette maman qui appelait « Zozo » son petit François (François-Marie ; elle l'avait mis, à sa naissance, sous la double protection de saint François d'Assise et de la sainte Vierge) — j'ai bien l'impression qu'ils brûlent, qu'ils sont sur une piste. Mais ils ne prennent pas garde assez au contenu précis des deux seules allusions que je connaisse — en ai-je laissé échapper d'autres ? — de Voltaire à celle qui l'avait porté dans son ventre, puis dans ses bras, et qu'il avait chérie. Deux allusions publiques et horribles. Car c'est par lui, son fils, que cette mémoire d'une inconnue est une mémoire souillée. C'est lui, Voltaire, qui fait entendre que le chansonnier Rochebrune est son père autrement que dans l'art des vers ; c'est lui qui, s'esclaffant parce que Duché, plaisantin, l'a comparé au Messie, répondra tout haut :

Je n'ai de lui que sa misère
Et suis bien éloigné, ma foi,
D'avoir une vierge pour mère.

Est-ce que ce serait là son secret ? Est-ce qu'il y aurait eu « traumatisme », en effet, blessure énorme ? Mais pas dans le sens où on l'imagine. Une révélation qu'on lui a faite (Chateauneuf ?) engendrant une commotion ? François Arouet n'en laisse rien voir. Ce qui se passe au tréfonds de lui ne regarde personne. Mais de là naîtrait le ricanement...

Hypothèse que je propose à mon tour, et il est bien possible que je me trompe. Si j'avais raison, cependant, bien des choses deviendraient claires, et ce refus, par exemple, que tous ceux qui ont approché Voltaire ont observé chez lui, ce refus de se souvenir. Il vit à la pointe extrême de l'instant ; il est toujours au sommet de la vague ; il n'a jamais, dirait-on, de regard en arrière. Il est l'homme du « divertissement », le docteur du divertissement. Dans cette Épître même à Mme Denis contre Paris, contre Versailles, dans ce texte de 1749 qui est son propre Anti-Mondain, à la fin, ce gémissement : tout cela qui est faux, tout ce hideux tumulte, comment s'en passer ? « Où fuir loin de moi-même ? »

Il s'installe — de force — à la campagne, mais il lui faut une rumeur de foule et des adulations, et la maison de ce solitaire est un caravansérail. Mensonges, la Vierge et le Christ ! Mensonge, la Pucelle ! Mensonges, le Bien et le Mal. Il n'y a rien. « La vie n'est que de l'ennui ou de la crème fouettée. » Fouettons la crème et mangeons-la, en attendant le seul bonheur, celui du néant.

 

 

Notes :

1. Hugo, L'Archipel de la Manche, ch. x.

2. Si Lamartine n'a pas maintenu dans l'imprimé ces paragraphes, c'est pour éviter le scandale, pour épargner aussi à sa femme, très pieuse, le chagrin qu'elle en aurait eu.

3. Dans le Journal intime, inédit, de Claudel, on découvre, parmi ses notes de 1908, celle-ci qui est pittoresque : « L'imbécile et dégoûtant Voltaire, pareil à un grand vieux singe pisseur. »

4. Après Péguy.

5. Je fais partie de ces générations de lycéens qui ont été élevées dans le culte de Brunetière-Faguet-Lemaitre. Nous apprenions ce que ces trois grands avaient prononcé ; leurs sentences étaient des dogmes dont on ne pouvait s'écarter. J'ai mis du temps à m'apercevoir que ces trois rois étaient aussi trois bourgeois conservateurs et qui s'appliquaient à nous indiquer, par le biais littéraire, ce que nous devions penser, petits Français, des malfaiteurs à la Jean-Jacques et des primaires à la Hugo. Ainsi, dans les lycées d'une République complaisante, la classe dirigeante, par le truchement de ses « critiques », s'occupait de nous diligemment. Et l'on nous enseignait, de même, dans Sorel et dans Madelin, la version requise de l'Histoire, l'Histoire selon les possédants.

6. En 1950 (Bulletin du Bibliophile, n° 4) M. Bernard Gagnebin, conservateur des manuscrits à la Bibliothèque de Genève, a révélé une autre lettre, ultra-confidentielle, adressée, par Voltaire, à son imprimeur et complice Gabriel Cramer ; « il faut », lui dit-il, que les conseillers « engagent adroitement les ministres [les pasteurs] à faire des représentations ; il faut qu'ils animent la voix des meilleurs citoyens ; il faut qu'ils réduisent la canaille au silence en faisant connaître les endroits [du livre de Jean-Jacques] blasphémateurs et séditieux et qu'ensuite ils punissent non pas un livre, qu'on ne peut punir, mais un coquin digne des châtiments les plus sévères ».

7. Voltaire a consenti tout de même qu'un maître d'école vînt à Ferney, mais qu'il n'ennuie personne ! Pour amortir le zèle éventuel de cet instituteur, Voltaire a fixé son traitement à 50 francs par mois (180 NF à peu près), sur quoi lui sont retenus 120 NF par mois, pour son loyer.

8. Voltaire est en retrait par rapport à Gide, et moins bon « humaniste » que lui. L'immoralisme est sa méthode, mais non point ouvertement sa doctrine, crainte des conséquences qu'en pourrait subir son repos. Jezrad, l'ange de Zadig, sait que la « doctrine secrète » est faite pour demeurer telle, car, « sur ce principe » (que le Bien et le Mal sont de pures fictions) « ils » (les hommes) « s'abandonnent à des excès », ce qui ne vaut rien pour le « lien social » et sa douce efficacité. Ce n'est pas Voltaire, c'est La Mettrie qui aurait pu concevoir Lafcadio. Voltaire ne s'aventurerait pas à pareille imprudence. La Mettrie, au contraire, prononce : « Celui qui aura une plus grande satisfaction à faire le mal sera plus heureux que quiconque aura moins de plaisir à faire le bien. » La Mettrie expulse remords et mauvaise conscience ; il y met bon ordre, comme l'auteur du Journal ; ces choses-là, écrit-il, sont pour « les sots » ; et il donne d'avance à la pensée de Gide sa forme entière : « Il ne faut cultiver son âme que pour procurer plus de commodités à son corps. »


* * * * *

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Henri_Guillemin_Eclaircissements_1961_François-Marie_Arouet_dit_Zozo_dit_Voltaire.pdf

* * * * *


• Je signale aussi, à ceux qui l'auraient raté, ce billet important où
Guillemin explique ROUSSEAU
(et où Voltaire en prend pour son grade) :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/06/10/220-preface-de-guillemin-aux-reveries-de-rousseau


Je sais que Marion a mille choses à nous dire, elle aussi, sur Voltaire.
J'ai hâte de voir ce qu'elle nous a préparé :)

Étienne.

mercredi 28 novembre 2012

Les partis sont des machines de guerre politique condamnées à la discorde (86)

Les partis sont des machines de guerre politique
condamnées à la discorde

Une ITV pour TerraEco.net :

http://www.terraeco.net/elections-PS-UMP-partis-democratie,47130.html


Étienne Chouard est enseignant en économie et en droit. Blogueur, il s’est fait connaître en 2005 en menant une campagne contre [l'anti-]Constitution européenne

----

Terra eco : Au regard de la guerre interne à l’UMP, la confiance s’érode. Et vous, pensez-vous que les partis sont toujours utiles ?

Étienne Chouard : La discussion sur les partis politiques est secondaire. Avant, il faut tomber d’accord sur ce qu’on appelle la démocratie. Si l’on accepte — ce qui est pour moi une erreur centrale et majeure — d’appeler démocratie un faux "suffrage universel" qui [se limite] à désigner des maîtres qui décideront de tout à notre place et qui resteront en place même s’ils nous trahissent au cours de leur mandat, on ne peut pas se plaindre d’avoir des partis (qui naissent précisément des élections). Des structures qui sont de véritables machines de guerre.

Les élections n’ont rien à voir avec la démocratie. Certes, on peut avoir des élections dans une démocratie mais à condition qu’elles servent à élire des gens à des fonctions qui nécessitent une compétence. Pas pour exercer le pouvoir politique. Il ne peut pas y avoir de démocratie, du grec dêmos (peuple) et kratos (pouvoir) sans tirage au sort. C’est la seule procédure dans une démocratie digne de ce nom. Cela a été très bien connu pendant longtemps, d’Aristote jusqu’à Montesquieu. Et puis, il y a eu la Révolution française et l’avènement de l’école républicaine au XIXe siècle. On a alors oublié ce qu’était une vraie démocratie. Quand on nous rabâche dans les journaux, dans les livres, à la télé que démocratie = élections, on le croit. C’est un outil de formatage dont il est difficile de s’extraire ensuite. Pourtant, il suffit de travailler un peu, de revoir l’histoire de la pensée politique : Machiavel, Montesquieu, Rousseau… pour voir qu’une élection est aristocratique et non pas démocratique. Elle consiste à choisir le meilleur, aristos en grec. Ce n’est même pas objet de polémique. Il suffit de mettre les mots à l’endroit. Mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas bien. Je suis capable d’imaginer une aristocratie désirable. Si c’est bien les meilleurs qu’on élit, qu’on les contrôle tous les jours et qu’ils peuvent être virés à tout moment, ça peut être mieux qu’une démocratie. Je ne dis pas que c’est mal, je dis simplement que nous ne sommes pas en démocratie.


Une aristocratie désirable, vraiment ?

Le problème, c’est que cette aristocratie est devenue une ploutocratie parce qu’il n’y a pas de primaires et parce que les plus riches la financent. Dans une ploutocratie élective, c’est naturel que les partis soient condamnés à la discorde, à la guerre politique. Aujourd’hui, il y a six, sept partis à gauche, si on exclut le PS. Ils nous empêchent de fraterniser parce qu’ils ont des intérêts divergents à ceux de leurs membres, un peu comme une entreprise a un mobile de profit différent de ses salariés. Les gens du Parti communiste et du Front national auraient intérêt à fraterniser pour défendre le système de retraite par répartition mais leurs partis leur interdisent de faire combat commun.


Vous dites qu’il n’y a pas de primaires, il y en a pourtant désormais…

Des primaires qui sont faites entre des candidats désignés à l’avance... Ce sont des élections qui ne satisfont pas beaucoup d’entre nous. À Cuba, il n’y a qu’un seul parti, mais ce n’est pas le parti qui désigne les candidats. Ce sont les gens eux-mêmes. Ils peuvent désigner le boulanger par exemple. Résultats : ils n’ont pas les mêmes gens que nous au pouvoir.


Mais ne faut-il pas une certaine expertise pour gouverner un pays ?

Certains postes peuvent être désignés au détour d’élections : les Athéniens élisaient leurs militaires par exemple et les comptables publics. Vous savez, le capitaine du navire, il faut qu’il sache naviguer alors on peut l’élire. Mais l’armateur, ce n’est pas la peine. L’expertise de l’élu ne vient pas du fait qu’il soit élu. Vous prenez n’importe quel jeune député médecin, c’est un bleu au départ. C’est son boulot qui le rend compétent. Ce serait la même chose s’il était tiré au sort.


Par quoi faut-il commencer selon vous, par supprimer les partis ?

Non, il faut d’abord écrire une constitution. [Nous n'avons pas] de constitution (au sens d’un texte qui nous protège). Aujourd’hui notre constitution est une prison, qui nous laisse juste choisir nos maîtres... C’est le contraire d’une garantie contre les abus de pouvoir.
Partout dans le monde, c’est la même chose.
Nous laissons les gens au pouvoir écrire les règles qu’ils devraient craindre.
Il faut écrire la constitution nous-mêmes. C’est indispensable.
Alors au moins, même si on doit continuer d’élire nos dirigeants, on gardera le contrôle sur eux.
Alors, les partis politiques deviendront secondaires ou disparaîtront. Ils prendront la place que nous leur laisserons.
Je ne dis pas qu’il faut interdire les partis politiques. Je suis pour la liberté de réunion et la constitution de courants de pensée.
Mais si on procède par tirage au sort et qu’on écrit notre constitution, les partis changeront de sens d’eux-mêmes.
Quand on aura compris qu’il faut mettre tout ça en place, qu’on portera notre constitution dans notre poche comme notre meilleur gardien, les partis perdront leurs travers corrupteurs et guerroyant.


Source : http://www.terraeco.net/elections-PS-UMP-partis-democratie,47130.html

Éric Hazan raconte la Révolution française (et Robespierre) (11)

Éric Hazan raconte la Révolution française (et Robespierre)

Éric Hazan est un type épatant.

Son dernier bouquin — Une histoire de la Révolution française — est passionnant.

Et quand il signale, lui aussi, Henri Guillemin, c'est émouvant : tout le monde se réveille en ce moment.
C'est ce qu'il a fait chez Kathleen Evin, dans l'Humeur vagabonde du 27 novembre 2012, sur France Inter :


Il y a aussi cet entretien avec Joseph Confraveux sur Médiapart :


Éric Hazan est un habitué de Là-bas si j'y suis (mon émission radio préférée) : tous ses entretiens donnent des forces :)

Pour mémoire : http://www.la-bas.org/recherche.php3?recherche=hazan


J'aime beaucoup les Éditions La Fabrique : on y trouve de très nombreux livres décapants, généreux, utiles.

Hazan est un type important et attachant ; à connaître, je crois.

Étienne.

dimanche 25 novembre 2012

Rendez-vous à GRENOBLE le 7 décembre, pour écrire nous-mêmes quelques articles de constitution (9)

Rendez-vous à GRENOBLE
le 7 décembre 2012,
avec les "Indignés" et ATTAC Grenoble,
pour écrire nous-mêmes
quelques articles de constitution :

• L'annonce blog : http://www.causetoujours.fr/agenda.php?date=2012-12-07

• L'annonce Facebook : http://www.facebook.com/events/288441757933602/

Adresse :
Maison des Associations:
6 Rue Berthe de Boissieux
38000 Grenoble


Les expériences épatantes des ateliers de La Réunion (avec le Repaire de Là-bas si j'y suis et le Parti Pirate, le 7 novembre) et de Toulon (avec les "Indignés", le 24 novembre) me portent à penser que ces ateliers devraient se multiplier : on en sort avec un sentiment particulièrement fort (et durable ?) que l'on peut faire (enfin) quelque chose (de radical), et même qu'on a commencé ! — et qu'il faut continuer, surtout SANS le père Chouard :)

Au (vif) plaisir de vous y retrouver.

Étienne.

PS : je vais demander au père Bachaud s'il peut nous rejoindre : sur le RIC, c'est LE meilleur !

Loi de 73 : une conversation avec Magali Pernin (1er novembre 2012) (8)

Loi de 73 :
une conversation avec Magali Pernin


(1er novembre 2012)

Après une conférence (avec Florence Gauthier) lors de l'Université d'automne du M'Pep, j'ai fait un brin de causette avec Magali :

J'aime bien Lior et Magali :) qui, en plus d'être sympas et astucieux, mènent —sur ce sujet de la loi de 1973 et sur d'autres— un travail d'enquête bien utile qui nous aide tous à progresser. Certes, il me semble qu'ils commettent, eux aussi, quelques erreurs sur cette fichue loi, mais je détaillerai ça dans un prochain billet : il est urgent que je tape une mise au point sur la loi de 1973 (c'est déjà rédigé en bonne partie).

Mais pour que je puisse le faire, il faut que j'arrête de quitter ma maison toutes les semaines (pour vous rejoindre) :-)

Encore deux semaines, et ça va se tasser, normalement (je ne dis plus 'oui' depuis des mois...)

Merci pour tous ces mails d'encouragement, messages enthousiastes qui pleuvent chaque jour dans ma BAL et auxquels, affreux jojo que je suis, je ne peux répondre ; mais je vous lis, et vous me donnez bien de la force.

Bien amicalement.

Étienne.

Traces chaleureuses d'un voyage lointain, à La Réunion (2)

Très en retard (pardon), voici quelques traces du voyage étonnant que j'ai eu la chance de faire, il y a peu de temps, au bout du monde : du 4 au 9 novembre dans l'île de La Réunion.


http://www.partipirate.re/


CONTRE LA CRISE : LA CRÉATION MONÉTAIRE ET LE REVENU DE BASE
Lundi 5 novembre 2012 à 20h - Les Récréateurs (Saint Denis)


Petite ITV radio (6 minutes, aux deux tiers de l'enregistrement, environ), le matin du 6 novembre :
http://www.antennereunion.fr/C-est-vous-qui-faites-l-info/C-est-vous-qui-faites-l-info-emission-du-06-11-2012


POUR LA DÉMOCRATIE : LE POUVOIR CONSTITUANT AUX CITOYENS
Mardi 6 novembre 2012 à 20h - Le Repaire 974- Noméovildes (Saint Louis)


LE RÉFÉRENDUM D'INITIATIVE POPULAIRE
Mercredi 7 novembre 2012 à 18h - Conférence, Espace Leconte de Lisle (Saint Paul)
Mercredi 7 novembre 2012 à 20h - Atelier d'écriture d'articles de constitution, sur le RIC, Le Repaire 974 - La Cerise (Saint Paul)

J'espère qu'on aura bientôt la trace de l'atelier du 7, qui a été (aussi) un moment épatant :-)


Ce fut une semaine formidable et je remercie du fond du cœur tous ceux qui ont organisé cette rencontre, le Parti Pirate de la Réunion, le Repaire de Là-bas-si-j'y-suis réunionnais, tous les copains militants de là-bas et notamment ceux qui m'ont accompagné tous les jours pour me faire découvrir leur île, chacun leur tour, avant les conférences et ateliers : Pierre, Pierre, Marie, Polo, Loïc, Tibor, Denis, Jean-Marc, Philippe, Céline, Paula, Dominique, Joss, Marie-France, Victor, et tous les autres dont j'oublie le prénom (fichus vieux neurones) mais dont je me souviens du sourire...

Formidables souvenirs, vraiment. Mille mercis à tous !

Étienne.

La Pandémie du Nouveau Monde, L'Eveil des consciences citoyennes : un film à aider (8)

La Pandémie du Nouveau Monde,
L'Éveil des consciences citoyennes

est un film autoproduit, débuté en 2009.

http://pandemie-nouveaumonde.fr/

J'ai moi-même longuement répondu à toutes les questions de Nazzarréna, qui a ainsi filmé, pendant plus de deux ans, de nombreux militants. Le montage est pratiquement fini, je crois.

Il y a quelques extraits là : http://pandemie-nouveaumonde.fr/#lefilm

Grâce à une souscription sur le site participatif Ulule, une somme de 8 000 € a pu être réunie.

Ils sont actuellement dans la dernière ligne droite du montage du film et d'une enquête bonus.
Vous pouvez les aider.

Étienne.

Conférence à deux voix, à Roubaix, samedi 1er décembre, avec Marion Sigaut (52)

Prochaine conférence, à deux voix,
à Roubaix, samedi prochain 1er décembre 2012,
avec Marion Sigaut :

J'ai rencontré Marion Sigaut l'année dernière, à l'occasion d'une conférence qu'elle a organisée près de chez elle, à Saint-Sauveur-en-Puisaye (le 24 mars 2012), et j'ai découvert une chic fille, une femme passionnante et attachante, en plein travail de recherche de la vérité historique sur l'Ancien régime, dans l'esprit humaniste qui m'est familier mais avec des angles d'approche (et des points de vue) qui m'étaient inconnus.

Incroyablement censurée par le monde de l'édition en France — depuis 30 ans ! —, elle a fini par trouver refuge chez E&R, qui est considéré par certains comme diabolique et par d'autres comme héroïque (à chacun de juger, sur pièce), mais qui, en tout cas, ne manque pas de courage.

Le travail de Marion Sigaut (avec sa contre-histoire de l'Ancien régime et des Lumières) me fait penser à (et me permet de compléter) celui de Michel Onfray (avec sa contre-histoire de la philosophie), de Benoît Collombat et d'Annie Lacroix-Riz (avec leur contre-histoire du patronat avant, pendant et après la deuxième guerre mondiale), et de Bernard Manin et d'Henri Guillemin (avec leur contre-histoire du gouvernement représentatif, fallacieusement étiqueté "démocratie" ou "république") : marre des bobards, marre de l'histoire officielle mensongère écrite et imposée par les vainqueurs, allons chercher les sources historiques originales et revisitons librement les "pensées établies" (comme disait Maurice Allais — encore un iconoclaste avec qui j'ai eu la chance de beaucoup discuter).

Nous avons longuement devisé, chez elle et chez moi, souvent en marchant, dans la campagne autour de nos maisons. Et tout en bavardant des sujets qui nous tiennent tant à cœur tous les deux, on s'est dit : "chacun de nous est en train d'apprendre de l'autre des tas de trucs utiles pour comprendre l'actualité => ce serait bien de reproduire (un peu de) cet échange en public, pour en partager les fruits avec tous ceux que ça intéresse".

Cette conférence va donc essayer de donner corps à cette idée : Marion découvre derrière les beaux principes des Lumières un groupe d'acteurs souvent indignes de les représenter (Voltaire en tête) ; cela me surprend souvent mais je recoupe ça, progressivement, avec ce que j'apprends de mon côté avec Guillemin et Onfray, et je vais tâcher de lui renvoyer la balle du mieux que je peux pour la conduire à nous expliquer tout ça en détail.

Ce que Marion Sigaut trouve dans les archives sur l'histoire des riches physiocrates et de leurs complices banquiers — et surtout sur celle des résistances populaires farouches, déjà — est absolument passionnant (c'est une partie de la genèse de l'ultralibéralisme), et bien utile pour comprendre en profondeurs les causes véritables de nos prétendues >crises< modernes.

Il nous reste quelques bons sujets de désaccord, bien sûr, mais nos échanges sont toujours bienveillants et fraternels ; constructifs. J'aime bien cette femme ; elle est généreuse et courageuse, et elle a plein de choses importantes à nous dire.

Au plaisir de vous retrouver samedi prochain.
Je pense que vous ne vous ennuierez pas ;)

Étienne.

_____________


PS : quelques vidéos de Marion, pour la découvrir un peu, si vous ne la connaissez pas encore :


Voyez aussi ces textes courts et intéressants, sur lesquels je reviendrai un jour en détail, c'est sûr :

http://www.egaliteetreconciliation.fr/-L-absolutisme-royal-et-ses-opposants-.html



Attention !
Regroupement de
moutons noirs ;)



[Mise à jour sam. 28 déc. 2013 :

La vidéo de la conférence à deux voix évoquée dans ce fil est (enfin) disponible ici :
https://archive.org/details/EtienneChouardMarionSigaut


On peut la télécharger (il me semble qu'il vaut mieux le faire).
Amitiés à tous.
Étienne.]

mercredi 21 novembre 2012

Rendez-vous à TOULON, samedi 24 novembre : ET SI ON PARLAIT DÉMOCRATIE ? (13)

Rendez-vous à TOULON
samedi prochain, 24 novembre 2012 :
ET SI ON PARLAIT DÉMOCRATIE ?


- Annonce sur le site des organisateurs : http://indignesduvar.over-blog.fr/article-pique-nique-citoyen-du-24-novembre-a-toulon-112391655.html

- Annonce sur Facebook : http://www.facebook.com/events/502979396379731/


Programme :

• Le matin, je propose de résumer rapidement "ce qui compte le plus" (pour nous) dans une vraie Constitution => institutions à surveiller absolument, en cas de processus constituant, en mettant un coup de projecteur particulier sur le Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC) => lecture ensemble des fragments des constitutions suisse, italienne, française et vénézuélienne qui concernent le RIC, pour nous donner des idées (ce sont des exemples à adapter/améliorer librement).

Documentation :

J'ai reproduit les articles de constitutions étrangères (qu'on lira ensemble, mais que vous pouvez déjà imprimer chez vous et bosser un peu à l'avance :) ) à la fin du texte suivant :

- http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Documents_conferences/01_DDHC_Preambule46_C58.pdf,

et la liste des institutions à surveiller, selon moi, dans une constitution digne de ce nom est là :

- http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Documents_conferences/02_Comparaison_de_projets_constituants.pdf


• Si tout se passe bien, l'après-midi, chacun (seul ou en groupe, librement) essaiera d'écrire un article "pour de vrai" : on se concentrera sur le thème vu le matin, et on tâchera d'instituer ensemble un vrai RIC : on pourrait mettre en commun nos réflexions de groupes en deuxième partie d'après-midi.

Deux heures pour ce travail collectif, c'est très court, mais on fera ce qu'on peut ; et c'est peut-être un moteur qui démarrera ce jour-là (et qui continuera à tourner ensuite tout seul).


Je rappelle que, dans mon esprit, ce type d'ateliers a une vocation pédagogique : il s'agit de MONTRER, concrètement,
1) que nous en sommes capables : des gens dont ce n'est pas le métier peuvent très bien écrire une constitution, leur Constitution,
et
2) que c'est beaucoup mieux : quand on a soigneusement évité le conflit d'intérêts dans le processus constituant, on voit apparaître, comme par magie, la puissance populaire et les contrôles des représentants qui nous manquent tant d'habitude.

Au plaisir de vous y rencontrer.
(Venez avec de quoi écrire ;) )

Étienne.


[Mise à jour : traces vidéos de notre (chouette) rencontre :

Etienne Chouard à Toulon avec les Indignés from collectif hyeres on Vimeo.

Conférence d'Etienne CHOUARD sur le referendum d'initiative populaire from mucius83 on Vimeo.

dimanche 18 novembre 2012

Prochains rendez-vous à Toulouse, jeudi prochain (22 novembre 2012) (89)

Bonsoir à tous.

Prochains rendez-vous à Toulouse, jeudi prochain (22 novembre 2012)

- J'y serai d'abord pour des étudiants de l'ISAE, à 11 h, mais je crois que cette rencontre n'est pas publique => nous nous verrons donc après :

- Rendez-vous public à 18 h : Galerie Paladion, 19 rue de la Colombette :

http://lesplanade.org/rencontre-avec-etienne-chouard-jeudi-22-novembre/

---------------


Voici l'histoire de ce rendez-vous, improvisé au dernier moment :

Il y a quelques semaines, le créateur du film "La Cause et l'usage" (un film qui montre et prouve, à travers une enquête sur une campagne électorale de Serge Dassault, des manifestations particulières des turpitudes politiciennes que je dénonce pour ma part de façon générale) m'a appelé pour me demander de participer à un débat après une projection de son film (en tournée en ce moment). Cherchant un de mes voyages compatibles avec son propre planning, il m'a demandé de prolonger mon voyage à Toulouse et, au lieu de rentrer à la maison le soir, de rester et de participer au débat ce soir-là, au cinéma Utopia. J'ai bien sûr accepté ; l'organisateur de mon voyage a lui aussi (très gentiment) accepté et fait changer les billets ; il a aussi, soit dit en passant, pris en charge les frais d'hébergement supplémentaires ; et les militants d'Utopia ont alors annoncé la rencontre sur leur blog : http://www.cinemas-utopia.org/toulouse/index.php?id=1798&mode=film.

Tout allait bien.

Mais en rentrant de La Réunion, j'ai appris que la soirée avait été annulée (sans qu'on en parle ensemble avant).
Voici le communiqué d'Utopia : http://www.cinemas-utopia.org/U-blog/toulouse/index.php?post/2012/11/07/Communiqu%C3%A9-sur-l-annulation-de-la-venue-d-%C3%89tienne-Chouard.

On peut y laisser des commentaires.

Pour ma part, je ne vais pas longuement commenter cette décision, pour éviter d'envenimer une (mauvaise) querelle avec des militants que je considère comme très proches sur le projet de "société juste" qui nous anime.

J'ai, depuis, parlé à Rodolphe, qui semblait partagé entre sa première volonté (c'est lui qui m'avait d'abord invité, je crois) et sa seconde volonté (après moult discussions avec les militants du FDG, paraît-il). Bref, apparemment, nous sommes bien d'accord sur le diagnostic d'impuissance populaire et sur l'intérêt de débattre de ce que je propose (écrire enfin nous-mêmes notre constitution, pour nous protéger des voleurs de pouvoir et des riches qui les paient), mais voilà : il y a UN lien (au milieu d'une longue liste) que je conseille sur mon site web qui n'est pas acceptable à leurs yeux… de démocrates… Et par un surcroît d'ouverture d'esprit, impossible de débattre (avec moi) de cela même.

Bon…

Je n'ai pas le temps de polémiquer ; je trouve simplement cette décision idiote : je pense que les banquiers doivent bien se marrer, à nous voir nous déchirer entre nous pour des conneries (il n'y a pas d'autre mot), au lieu de les prendre eux, les banquiers, pour cible commune prioritaire.

Idiote ? Sauf si, au fond, on défend le système capitaliste crapuliste… auquel cas, c'est très malin, bien sûr. Mais je n'ose pas croire que ça soit possible de la part de militants de gauche ; pas sciemment en tout cas.

---------------


Cette annulation me fait penser à celle de Besançon, le 27 octobre dernier, cette fois sous la menace de violences physiques, proférées par de prétendus "antifas".

À ce sujet, il est utile, je crois, de lire les regrets d'avoir annulé notre soirée soigneusement explicités par les membres du CA d'ATTAC Besançon ; on ne reprendra plus ces militants, apparemment, à céder à de telles intimidations (assez peu démocratiques, à l'évidence) :

COMMUNIQUÉ D'ATTAC BESANÇON
RELATIF À LA CONFÉRENCE D’ÉTIENNE CHOUARD ANNULÉE
ET À L'ANTIFASCISME


http://attacbesac.canalblog.com/archives/2012/11/13/25481306.html
et surtout :
http://p6.storage.canalblog.com/63/41/521598/80654764.pdf

---------------


Sur ces entrefaites, apprenant l'annulation de mon invitation à Toulouse, André Bellon, — ancien parlementaire défendant mordicus le faux >"suffrage universel"< et détestant le tirage au sort (au point de me traiter, en substance, de fasciste et de m'interdire ensuite —courageusement— tout droit de réponse, en censurant toutes mes protestations sur son site) — André-Bellon-le-démocrate, donc, a trouvé bonne cette occasion pour remettre une couche de calomnies, sous le titre (trompeur) Vive le suffrage universel !.

On peut y laisser des commentaires.

Là encore, puisque André Bellon refuse expressément tout débat (en se défendant de tout sectarisme, bien sûr :) ), je ne vais pas mener seul cet échange.

Je me contenterai de noter que cet article aligne les escroqueries politiciennes courantes : la plupart des mots importants sont mis à l'envers (c'est une habitude pour les pros de la politique) et utilisés à contresens ; et je laisse chacun juger sur pièce. Je le signale quand même ici, car je trouve que l'aveu (explicite) de la censure (systématique) qu'André Bellon m'impose sur son site depuis le début de cette querelle (alors qu'il se permet lui-même de m'insulter publiquement) est assez intéressant, de la part d'un prétendu démocrate.

Tout ça est déplorable, car sur le fond (un projet de société humaniste), je partage plein de convictions avec cet homme (que j'ai reçu plusieurs fois à la maison).

Mais manifestement, la perspective du chômage politique (liée à la vraie démocratie et donc au tirage au sort) met en pétard tous les professionnels de la politique.

Difficile de leur en vouloir, en fait : c'est naturel.

---------------

Ce sont donc des déçus de l'annulation d'Utopia Toulouse qui ont organisé au dernier moment ce rendez-vous de L'Esplanade.

Ce sera sûrement bien sympa.

Au plaisir de vous y retrouver, jeudi prochain, à 18 h.

Étienne.


[Mise jour 20 novembre 2012, 5h50 :

PS :

Pour mémoire, aux calomnies des prétendus "antifas", j'ai déjà répondu plusieurs fois :


http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/09/12/141-qui-est-d-extreme-droite

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/09/15/142-le-fascisme-n-est-pas-assimilable-a-l-antisemitisme

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/06/01/225-henri-guillemin-le-fascisme-en-france


Étienne Chouard : Hugo Chavez / La sottise des... par cinequaprod
(je parle des "antifas" à partir de la minute 14, en gros, après avoir signalé l'enjeu social majeur du tirage au sort en politique)

• On trouvera aussi des réponses aux insinuations/intimidations du même ordre (prétendue proximité avec l'extrême droite de tous ceux qui osent contester l'évidente escroquerie parlementaire) dans le passionnant fil de la controverse avec Raoul Marc Jennar et François Asselineau : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/05/30/127-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie-la-video.
Dans le même fil, on trouvera aussi quelques unes de mes réponses à André Bellon et à son "Canard Républicain" (sic).]



[Mise à jour 23 décembre 2012 : voici les vidéos de cette soirée improvisée, juste avant la projection au cinéma Utopia :

Si certains d'entre vous ont été ensuite au cinéma Utopia, peut-être pourraient-ils nous raconter un peu comment ça s'est passé ;) ]

samedi 3 novembre 2012

Henri Guillemin, suite : Danton, Voltaire, Vallès, Marie-Antoinette... (19)

Chers amis,

Juste avant de partir pour La Réunion, je trouve cette
nouvelle mine de conférences d'Henri Guillemin :

http://www.demystification.fr/lecons-dhistoire-2/henri-guillemin/

J'ai repéré (et mémorisé pour écouter dans l'avion — 10 h de vol, j'ai le temps :) ) Danton, Voltaire, Marie-Antoinette, Vallès, Trotsky, Robespierre, Napoléon (nouvelles ?)...

J'ai trouvé ce lien sur le forum d'ASI (Arrêt sur Images) consacré spécialement à Guillemin :
http://www.arretsurimages.net/forum/read.php?3,1259381
forum faisant suite à l'autre forum — étonnant et intéressant — sur mon entretien avec Maja de cet été :
http://www.arretsurimages.net/forum/read.php?3,1259381

Je vous laisse les clefs du site, soyez sages :)

Bien amicalement.

Étienne.

vendredi 2 novembre 2012

VANDONCOURT, un village auto-géré depuis 1971 (21)

VANDONCOURT,
un village auto-géré depuis 1971 :

démocratie participative-délibérative & contrôle populaire



Créons 1000 Vandoncourt !


http://matricien.org/politique/anarchisme/vandoncourt/

Banqueroutes frauduleuses, crise du climat, chômage, pollutions, exclusions… S’il est un sentiment largement partagé par la population dans son ensemble, c’est bien celui de l’impuissance généralisée du citoyen face aux grands problèmes de notre temps. La démocratie représentative a réussi ce tour de force de détourner le pouvoir de l’individu au profit d’assemblées et d’états sans pouvoirs et sans scrupules face aux diktats économiques de la pensée unique. Le comble du cynisme, ou du ridicule, est atteint, en plus, lorsqu’on le considère comme responsable de tous les maux, et qu’on lui enjoint de changer d’attitude pour sauver la planète : veillez à bien fermer le robinet d’eau quand vous vous lavez les dents ! Pour les retraites, désolé, mais il n’y a pas d’autre solution ! Que faire, sinon baisser les bras dans ce désert politique ? Et pourtant…


VANDONCOURT, LE VILLAGE QUI ÉLÈVE LA VOIX

Le Jura, c’est comme le nord de la chanson, c’est d’abord un gros cœur, depuis longtemps. Ce haut lieu d’expérimentation sociale, qui a vu naître le théoricien anarchiste Proudhon et les coopératives ouvrières, a gardé, au fond de son âme, le goût de l’initiative et de l’innovation sociale. Souvenons nous de la lutte héroïque des LIP et des tentatives autogestionnaires. Pas très loin de Peugeot/Sochaux, niché à quelques centaines de mètres d’altitude, un village sans doute très peu différent de beaucoup de villages français, avec son église et sa mairie, Vandoncourt. Ce petit village du Doubs, pourtant, expérimente le pouvoir réel aux citoyens, la démocratie directe, depuis quarante ans, et ça marche ! Là se joue sans doute, à l’insu des protagonistes peut-être, une des plus formidables expérimentations d’avenir : la reprise en main du pouvoir global par la population, en un mot, la vraie démocratie. Petit cours d’utopie pratique.


Inspiré d’un système communautaire traditionnel

En 1970, « 68 » n’est pas très loin, et il va laisser un parfum libertaire qui va se répandre entre des habitants du cru, lassés de la somnolence municipale, et deux personnes, de retour de Madagascar, et tombées amoureuses là-bas des célèbres « conseils des sages » sous les arbres à palabres. La rencontre entre une effusion qui va bouleverser la France pour longtemps et une pratique authentique millénaire va être détonante. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, dans un village aseptisé par manque de projets, un sondage est organisé, un programme élaboré, une liste déposée, un slogan diffusé : on est plus intelligents à plusieurs que seul ! La liste l’emporte. Elle se donne en plus une contrainte majeure : on fonctionne au consensus, pas à la majorité, comme à « Mada » ! Dame, les pauvres auraient-ils quelque chose à nous apprendre ?


Démocratie directe, autogestion et contrôle populaire

Une fois en place, la nouvelle équipe met en pratique les principes qui l’ont fait élire : information libre et transparente, aucun sujet tabou, commissions extra-municipales en place sur divers sujets (enfance, bâtiments, budget…) ouvertes à tous, réunions publiques mensuelles informant ceux qui ne peuvent se rendre aux réunions préparatoires, conseil des jeunes, des anciens, des associations ! Les structures démocratiques se multiplient, et provoquent une libération de l’expression. Le village devient un village sans maire, sans hiérarchie, autonome. Démocratie directe va de pair avec autogestion et contrôle populaire…On essaie de donner à cette démocratie que l’on réinvente toute sa dimension émancipatrice.


Exemples de questions traitées par les conseils populaires

Ainsi, Vandoncourt est la seule commune de France où les électeurs, français et étrangers, peuvent participer dès l’âge de 15 ans. Ensuite, le projet final chiffré est présenté au conseil municipal qui valide les décisions prises par les diverses commissions, le tout dans les formes légales imposées par la loi. Quelques exemples parmi d’autres : la commission du budget pose la problématique suivante, après avoir affiché tous les postes de dépenses : faut-il reporter certains travaux, ou augmenter les impôts ? Solution mitigée, on fait un peu des deux, après débat général. D’autres fois, des solutions sortent du cadre strictement marchand : pour la décoration du village, la mairie achète des fleurs, mais ce sont les habitants qui s’en occupent toute l’année. Les fontaines du village sont en mauvais état : on organise un chantier participatif avec les associations locales, voire internationales. Pour le POS, création de collèges d’élus, d’agriculteurs, de propriétaires résidents… Des représentants sont désignés pour discuter avec les autres partenaires (DDE, services techniques de l’Etat…). Plus les avis divergent, plus le débat est riche. Un parmi les sujets qui ont le plus fâché : le remembrement ! Et une des solutions originales trouvées : s’échanger l’usage plutôt que la propriété.


ÉCOLOGIE SOCIALE

Vandoncourt n’est pas en reste en ce qui concerne l’un des problèmes majeurs de notre temps, l’écologie. C’est là que fut créé le premier tri sélectif des déchets il y a trente ans, c’est là que l’on commença à s’opposer à l’enrésinement, c’est là que l’on prit position très tôt dans les grandes luttes nationales (Larzac, canal Rhin-Rhône, fusées pluton, nucléaire…). Localement, un chauffage collectif des bâtiments communaux à base de bois déchiqueté a été installé, bois provenant de la forêt communale de 300 ha qui appartient au village, exemple typique de développement de circuits courts. Mairie, école, foyer, salles communales, distillerie de cidre, pompiers, bibliothèque, 5 logements collectifs et un atelier communal bénéficient ainsi de la chaufferie, et économisent non seulement les finances, mais aussi les énergies fossiles. Les tailles des arbres fruitiers resservent sur place sous forme de BRF, un verger pédagogique, un projet pour relier à pied ou en vélo plusieurs villages alentour, développement d’habitat léger… Il y a autant de projets que d’habitants. On peut recenser 20% des habitants qui participent ainsi activement à cet essai réussi de démocratie générale, et la moitié de la population qui fait partie des 28 associations qui préparent la vie communale. Qui dit mieux ? L’avancée régulière des travaux est inscrite dans la « Damassine », publication trimestrielle, et relayée dans les deux publications locale et régionale. L’école participe activement à la mise en place des actions des commissions, offrant ainsi aux enfants, dès le primaire, les moyens de s’impliquer dans la vie démocratique de la commune ainsi qu’aux actions des associations…Nul doute, si l’on se projette dans le futur, que des citoyens ayant pratiqué une telle démocratie dès le plus jeune âge, dans des projets de développement locaux, ne puisse construire, dans la même logique, une société plus à même de répondre aux gigantesques défis qui nous attendent. Peut-être est ce là même la seule issue.


La loi est l’expression de la volonté du peuple

Dès lors qu’il y a débat et contrôle populaire, alors le circuit des décisions est neuf : on pèse, on argumente, on teste, mais on se laisse pas imposer les solutions d’ailleurs. La gestion populaire remet forcément en cause les paradigmes de la croissance et de la représentation obligée servis à longueur d’antenne par un questionnement permanent : est-il normal que l’eau de la piscine soit au même prix que celle de la cuisine ? Entre la gratuité des parkings ou celle de la cantine, que choisir ? Les structures de démocratie directe, par le fait même qu’elles prennent du temps, aident à construire une société différente où la décision n’est pas subie mais construite, en même temps qu’elles instaurent entre les participants l’attention, le respect, le dépassement du conflit. La Loi n’est-elle pas l’expression de la volonté générale, comme le stipule la déclaration des droits de l’homme et du citoyen (art VI), et ceux-ci n’ont-ils pas le droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation ?


PERSPECTIVE JOYEUSE : vers une économie et une finance alternatives ?

Il existe en France plusieurs collectivités qui ont mis la démocratie directe à leur programme (Eourres (05), Grigny (69)…). De par le monde, on connait depuis longtemps aussi le budget participatif de Porto Alègre au Brésil. La commune de Marinaleda, en Espagne, est allée plus loin encore, en intervenant directement dans l’économie, installant une conserverie de légumes après avoir redistribué les 1 200 hectares d’un grand propriétaire terrien.

Alors, posons les vraies questions :

• La démocratie communale, qui permet réellement aux citoyens d’exercer leur pouvoir, n’est-elle pas le meilleur moyen de dépasser l’impuissance caractérisée de nos sociétés ?

• Ne pourrions nous imaginer, en France, 15 000 communes de 4 000 habitants, taille qui permet des assemblées générales (soit environ mille personnes, de quoi remplir un cinéma) de toute une population ?

• Ne pourrions nous imaginer la fin des régions, communautés, départements, et un unique échelon territorial, la commune, disposant de tous les pouvoirs et financements (éducation, formation, routes, etc.) des divers échelons actuels ?

• Ne pourrions nous imaginer la possibilité d’intervention des dites communes dans l’économie, dans la satisfaction des besoins exprimés par la population dans des assemblées générales régulières ?

• Ne pourrions nous imaginer des banques municipales, où les habitants d’une même commune mettrait leur argent, qui pourrait servir directement sur le territoire de la commune, dotées ou pas de monnaies nouvelles et permettant une relocalisation de la production ?

• Ne pourrions nous imaginer des coopératives communales pour sortir de la concurrence débile et mortifère ?


Utopisons plus loin encore : et si, pour les prochaines élections municipales, nous décidions, dans un premier temps, de créer 1 000 Vandoncourt, c’est à dire 1 000 communes autonomes fonctionnant en démocratie directe? Que chacun, ici et maintenant, chez lui, se dise :

• oui, c’est possible,

• oui, nous n’allons pas nous laisser imposer un enième supermarché,

• oui, nous devons protéger nos terres agricoles,

• oui nous devons lutter à notre niveau contre l’uniformatisation du monde,

• oui nous devons régénérer la démocratie,

• oui nous devons, nous pouvons reprendre le pouvoir, notre pouvoir, pas dans les stériles agitations médiatiques et politiques des partis, mais dans de vrais débats au sein de vraies assemblées, contradictoires, conflictuelles, mais qui toutes auraient comme fin l’amélioration immédiate du quotidien, le pouvoir de le faire, et l’anticipation de l’avenir.

Un tel saut démocratique ne porte t-il pas en germe, appliqué de partout, la véritable solution aux problèmes majeurs de notre temps, puisque, par définition, le peuple ne peut agir contre lui même ? Car Vandoncourt nous oblige à nous poser cette autre question : pourquoi donner son pouvoir à des partis par essence ultra-minoritaires, plutôt que de s’en servir soi-même ? Alors, chiche, on renverse la vapeur ?

Joël Feydel



Un village sans maire – Retour au bons vieux temps – Une tribu à la Française ?

La démocratie participative est une forme de partage et d’exercice du pouvoir, fondée sur le renforcement de la participation des citoyens à la prise de décision politique. On parle également de « démocratie délibérative » pour mettre l’accent sur les différents processus permettant la participation du public à l’élaboration des décisions, pendant la phase de délibération.

Vandoncourt est une commune française située dans le département du Doubs et la région Franche-Comté. Ses habitants sont appelés les Damas. En 1971 le village est passé en démocratie participative. Le fonctionnement est de type autogestion.

La vie démocratique s’organise grâce à :

• Un conseil de treize membres élus ;

• Un conseil des jeunes ;

• Un conseil des anciens ;

• Un conseil des associations.

Les conseils se réunissent, au moins chaque mois, ce sont là soixante citoyens rassemblés.

Sept commissions sont mises en place (scolaire, budget, technique, développement économique, sociale, fêtes et cérémonies, environnement). Ce sont elles qui s’informent des besoins, qui élaborent les solutions pratiques et qui contrôlent les réalisations. Elles sont sous le contrôle des conseils. Ainsi la commission des finances est composée d’élus et de non-élus.


La révolution au village ou la démocratie participative au quotidien

Il était une fois un petit village bâti sur le flanc de la montagne jurassienne, entre quatre cents et six cents mètres d’altitude, à douze kilomètres seulement de Sochaux. Un vieux village de quelques six cents âmes, d’où les hommes partent pour travailler. D’où les hommes partent ailleurs… définitivement. Avec de moins en moins de jeunes. Ils quittent le village-dortoir, mais aussi le village-maison de retraite.


Le maire gérait en père de famille et tranche en autocrate

Comme des milliers d’autres villages de France, Vandoncourt somnole. L’imagination, c’est le moins qu’on puisse dire, n’est pas au pouvoir à Vandoncourt. Il y a un Conseil Municipal à Vandoncourt, comme dans toutes les communes de France. Les électeurs en entendent parler régulièrement, tous les six ans. Ils l’élisent même. Il défend, paraît-il, les intérêts communaux. C’est ce que les candidats proclament, dans leur profession de foi, la seule information qu’ils adressent à leur concitoyens… Tous les six ans. Le maire gère en père de famille et tranche en autocrate. Si conflit il y a, c’est lui qui décide ; le Conseil entérines tous les trimestres. Il sait déterminer seul, ou presque, ce qui est bon pour la population… et c’est qui ne l’est pas.


Un village au bord de l’extinction

A Vandoncourt, y a plus de dimanche, y a plus de bon pain, y a plus de village. Les villages de villageois, l’exode rural les a presque tous tués. L’école aussi se meurt. Les instituteurs ne veulent pas rester.


Créer une association pour ressusciter le village

C’est de là que part la révolte, en 1969. In extremis, les parents créent une association, veulent faire participer les élus à la rénovation du village. En commençant par l’école, que l’on voudrait sans mur, sans piège. Une vraie école du peuple. Une équipe d’animation apparaît, sous l’impulsion de quelques uns, de retour au pays, après des années passées en Afrique. Aide aux Tiers-Monde, Noël des enfants déshérités, soirées dédiées aux anciens, soirées des nations où les étrangers du village, Suisses, Arabes, Italiens et Espagnols présentent des danses et des histoires du pays. Des fêtes à la fois folkloriques, gastronomiques et antiracistes. Le village grouille tout à coup de vie, d’activité.


Et la municipalité, elle continuait à gérer, comme si rien ne se passait ? Qui plus est, cette renaissance irrite.

Puisqu’il en est ainsi, l’équipe d’animation décide de se présenter aux élections municipales de 1971. Un questionnaire est lancé. Destiné à une centaine de personnes choisies dans le village en fonction de leur appartenance à différentes communautés (hommes, femmes, jeunes, vieux, professions libérales, ouvriers, paysans…), il porte sur la vie du village, l’animation culturelle, la participation de la jeunesse à la prise de responsabilité, les liens des associations entre elles, l’administration du village et « notre avis sur l’avenir du village ». Sur Cent questionnaires distribués, il y a soixante-douze réponses. Celles-ci sont anonymes et la synthèse réalisée constitue un programme cohérent qui reste encore aujourd’hui la base de l’action municipale à Vandoncourt. Avec un nouveau slogan pour la campagne électorale: « Voter pour nos candidats, c’est voter pour vous ».


C’est ainsi qu’une équipe toute neuve entre à la Mairie, rapidement renforcée par les jeunes et par ceux qui animent les associations.


Un village sans maire

Démocratie, contrôle populaire, autogestion c’est désormais de cela qu’il s’agit à Vandoncourt. Pour l’équipe de départ, de vingt ans en moyenne plus jeune que la précédente, il s’agit bien de donner à la démocratie toute sa dimension. En associant les forces vives à la gestion. En développant la démocratie au quotidien. En multipliant les structures de concertation. En informant complètement et régulièrement. En limitant la délégation de pouvoir par une pratique permanente de la démocratie directe.


Pour retrouver l’identité d’une commune vivante et décentraliser les initiatives

Treize élus pour administrer, où plutôt pour animer la commune, c’est trop peu ! C’est même dérisoire, injuste et scandaleux. Le village a besoin de tous pour se régénérer, pour retenir et accueillir. Tous ? Impossible sans doute. Mais le plus grand nombre :

• Pour donner au village sa propre vie.

• Pour faire émerger les besoins.

• Pour retrouver l’identité d’une commune vivante.

• Pour décentraliser les initiatives.

• Pour créer des canaux qui permettent à chacun de s’exprimer.

• Pour informer. Pour imaginer…


Le conseil des conseils, sans vote, ni contrainte

Imaginer, imaginer. Les projets ne manquent pas à Vandoncourt. On ne parle plus de réunion du conseil municipal, mais de réunion des conseils. Un conseil de treize membres, bien sûr. Comme dans toute commune de cette taille. Mais il ne se réunit pas sans les trois autres conseils : Celui des jeunes, celui des anciens, celui des associations, un véritable petit parlement où sont représentés tous les groupes et clubs. Les conseils se réunissent, au moins chaque mois, ce sont là soixante citoyens rassemblés. Parfois, il se transforme en réunion publique, la mairie en forum. Sans vote, ni contrainte. Il s’agit de libérer au maximum l’expression. Pas de maire, pas de chef à Vandoncourt.


La commission des finances, pour des comptes transparents

Sept commissions sont mises en place (scolaire, budget, technique, développement économique, sociale, fêtes et cérémonies, environnement). Ce sont elles qui s’informent des besoins, qui élaborent les solutions pratiques, qui contrôlent les réalisations. Elles sont sous le contrôle des conseils. Ainsi la commission des finances, elle est composée d’élus et de non-élus. Elle publie dans le bulletin du village le budget et le compte administratif en expliquant et en commentant les chiffres. Au mois de novembre, la mairie organise des journées de discussion sur le budget. Tous les postes sont retranscrits sur des grandes feuilles accrochées au mur, dans différents points du village et dans le préau de l’école. On peut ainsi voir l’évolution des dépenses et des recettes, année par année. Les conseils, la commission des finances et la population peuvent ainsi confronter leurs idées.


Votes des mineurs et des étrangers, référendum et propositions de projets

Les électeurs, français et étrangers (que la loi française exclut de tout scrutin), peuvent voter dès l’âge de 15 ans pour élire les membres des conseils, pour s’exprimer sur telle affaire importante. Vandoncourt à ses référendums pour briser le cercle toujours trop étroit de la participation populaire. N’importe quel groupe, individu, association (il y en a une vingtaine) peut proposer un projet. Les conseils en apprécient l’urgence, les commissions – ouvertes – en étudient la mise en pratique. Pour définir ce fonctionnement local, aux antipodes des règlements préfectoraux et des structures légales, « un règlement intérieur » a été mis aux points les premiers temps, puis modifié à plusieurs reprises.


Toutes les sources documentaires sont libres d’accès, sauf cas sociaux et judiciaires

La démocratie directe s’est rapidement mise en place dans les structures. On délivre encore des fiches d’état-civil, on y reçoit toujours des demandes de renseignement, mais la marie est avant tout le centre de l’effervescence démocratique, le laboratoire des propositions et des analyses populaires. Un « café du commerce » parfois.

On entre dans la mairie, on accède librement à toutes les sources documentaires, on se sert comme chez soi. Sauf cas social ou judiciaire, le courrier est à la disposition de tous. Le matériel municipal n’a d’autre vocation que de servir la vie locale. Pas besoin de quérir une autorisation pour utiliser photocopieuse, téléphone locaux, panneaux municipaux. Il y a parfois encombrement, pléthore d’informations, télescopage de convocations. C’est la rançon d’un système qui pousse très loin la liberté d’expression. A Vandoncourt au moins, le vocable de maison commune n’est pas usurpé.


Tu as envie, tu veux… fais-le ! Le village t’aidera !

Ainsi naissent et se développent de multiples activités au village. A défaut de moyens financiers -le village n’est pas riche -On ne manque pas de compétences locales qui puissent répondre aux besoins. Encouragement à l’initiative, utilisation des compétences, bénévolat: C’est sur ce triptyque que s’appuie l’animation permanente du village. « L’animation c’est la politique! ». La politique ce n’est pas ce passage successif sur les tréteaux ou les écrans d’un certain nombre de professionnels patentés et homologués -par qui ? -mais la prise en charge de la vie quotidienne du plus grand nombre; vingt- cinq siècle après une définition de Périclès: la politique, gestion de la cité. Par tous, c’est à dire à l’inverse de ceux qui détiennent habituellement le monopole du gouvernement et de l’information, dévoyant ainsi la démocratie politique. « Gouverner, c’est faire croire », disait Machiavel. Mais au contraire, ANIMER c’est rendre, c’est redonner, c’est permettre, c’est critiquer, c’est devenir libre.


Un village pionnier des grandes luttes nationales

La majorité de la population de Vandoncourt pratique l’autogestion – ou plutôt un contrôle populaire sur la vie quotidienne – sans le savoir. Peut-être certains préféreraient-ils parler de démocratie, de fraternité, d’honnêteté ou de participation. Ou encore de liberté !

• C’est à Vandoncourt que fut créé le premier tri sélectif des déchets. Il y a 30 ans !

• C’est à Vandoncourt que l’on s’opposa à l’enrésinement. La population empêcha l’office national des forêts de planter dix hectares d’épicéas qui auraient détruit une partie de la flore.

• C’est à Vandoncourt que l’on pris très tôt position dans les grandes luttes nationales (Larzac, canal Rhin-Rhône, fusées Pluton, nucléaire civil et militaire,…).


La fin est contenue dans les moyens, comme l’arbre dans la semence

Contre le pouvoir centralisateur, paperassier, contrôleur de toutes les initiatives, gérant de la bonne norme contre toutes les déviances, la population de Vandoncourt répond à la manière de Gandhi: « La fin est contenue dans les moyens, comme l’arbre dans la semence » . On y souligne volontiers la nécessaire concordance entre les exigences de demain et le comportement d’aujourd’hui.


Ne rien changer : La position confortable des élus

Ailleurs, les élus dénoncent vaillamment un pouvoir qui les empêche de réaliser cette démocratie locale, cet apprentissage de l’autogestion qu’ils réclament dans les motions, les conseils, assemblées, assises, séminaires, forums, carrefours, meetings… Mais le pouvoir et la loi deviennent vite pour eux l’alibi qui autorise à ne rien changer, la diversion qui permet d’interdire aux groupes concernés de réfléchir collectivement à leur devenir.


Autonomie individuelle et collective pour reconstruire

À Vandoncourt, rarement la démocratie directe a été portée aussi loin. Mais à la différence de l’autre démocratie – formelle et déléguée -celle-ci est une lutte permanente contre l’autorité ; et plus encore contre le conditionnement de l’individu.

Des années après, beaucoup sont encore surpris du chemin parcouru, surpris de l’autonomie individuelle ou collective acquise, surpris de cette capacité à reconstruire parfois le quotidien.

Vandoncourt cherche, se cherche, existe… Avec la volonté de créer un devenir qui ne soit pas un simple prolongement ou une vague adaptation du présent, mais une rupture, un dépassement.


Gestion populaire et identité communautaire

Les prémices apparaissent d’une information, d’une gestion populaire, d’une identité et d’une communauté retrouvée, qui remettent en cause le modèle de croissance dominant, qui contestent, par le bas, les mécanismes de pouvoir et d’aliénation.

Les structures de démocratie directe, participative ne sont pas seulement le remède aux maladies de carences, aux esclavages nouveaux engendrés par notre société, mais l’un des moyens pour un autre type de société.


La réalisation concrète de nouvelles formes d’existence

En France, les structures de démocratie participative ont encore du mal, ne serait-ce que parce qu’elles progressent dans un environnement hostile (état centralisateur, notables, presse locale, mentalités d’assistés). La population de Vandoncourt essaient de conjuguer ce que notre société libérale ignore si profondément : La réalisation concrète de nouvelles formes d’existence avec ce que cela suppose de fureur de vivre, d’aptitude à un bien être qui ne soit pas seulement matériel et, par ailleurs, la possibilité de se réunir pour forger des outils, la capacité de prendre en charge son propre développement, de maîtriser sa propre évolution.

Lorsqu’on cherche les moyens d’un développement, on oublie trop souvent, même quand on affirme le contraire, que les masses populaires sont le seul moyen vraisemblable d’une évolution. Mais il faut alors admettre qu’elles doivent aussi être les seules bénéficiaires. Comment pourrait-on les mobiliser en vue de « leur » développement, si on hésite à leur donner des pouvoirs à la mesure de leurs responsabilités ?


La démocratie déléguée : l’état sans contrôle populaire

A la « démocratie déléguée », qui ôte toute initiative au peuple et n’assure en aucune façon un contrôle de celui-ci sur l’état, succéderait une démocratie directe, les populations exerçant eux-mêmes tous les pouvoirs qui le sont aujourd’hui – au demeurant fort mal – par un certain nombre d’institutions et de ministères.

Le socialisme pourrait dès lors cesser d’être un but à atteindre dans un cadre plus ou moins socialisé, c’est à dire un idéal indéfiniment repoussé, un vœu pieux. Il pourrait être ce qu’il doit être : une méthode de gouvernement. C’est à cette condition qu’il permettrait la mise en forme d’un nouveau modèle de développement, le départ d’une nouvelle civilisation.

À son échelle, Vandoncourt et ses pareils, dans des villes et villages du Brésil, de l’Inde, d’Espagne et d’ailleurs, sont de petits laboratoires. Ils sont un espoir pour des lendemains qui chanteraient.

Jean Louis BATO.


Sources: – « A Vandoncourt, c’est tous les jours dimanche » de Christophe Wargny (1980) – Enquêtes à Vandoncourt ( 1979)

- L’Écho de notre village (association pour l’information des habitants de Vandoncourt)

jeudi 1 novembre 2012

No Democracy without Sortition => the cause of the causes of our powerlessness is that we let the political professionals draw up and modify the Constitution (1)

No Democracy without Sortition :
the cause of the causes of our powerlessness
is that we let the political professionals draw up
and modify the Constitution


First, here is the text (complete) of the 15 minutes synthesis
that I had prepared for the TEDx conference (on March 22nd, 2012 in Paris) :

pdf file:
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Etienne_Chouard_2012_No-democracy-without-Sortition.pdf

PowerPoint ppt file:
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Etienne_Chouard_2012_No-democracy-without-Sortition.ppt

Mp3 file:
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Etienne_Chouard_2012_No-democracy-without-Sortition.mp3

L'homme qui parle anglais ci-dessus s'appelle Michael. Il habite non loin de chez moi. Il m'aide énormément à m'exprimer en anglais, à l'écrit et à l'oral, ici et ailleurs (et donc à semer nos graines d'idées plus loin, à travers le monde). Je dois lui dire ma profonde reconnaissance. Quand il parle anglais, c'est de la musique. Il est le plus gentil des hommes. Merci Michael.



I also prepared my contribution for the Sortition Workshop in Trinity College of Dublin (Ireland, 12 October 2012):

Bilingual pdf file:
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/20121011_No_democracy_without_sortition-Workshop_at_Dublin-Etienne_Chouard.pdf


Étienne Chouard
Marseille, France
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/



Lottery workshop at Trinity College of Dublin
11-12 October 2012
http://www.tcd.ie/policy-institute/events/Lottery_workshop_Oct12.php

.


This workshop, which was about Sortition as a democratic Institution, was based on an initial text by Peter stone, Gil Delannoi and Oliver Dowlen: http://www.tcd.ie/policy-institute/events/Lottery_workshop_Oct12.php

In order to be able to make an oral commentary on the initial text, I had to prepare the following written document. I hope that you find it useful.

Thank you for your kind invitation and for your attention.

Étienne Chouard,
31 October 2012,
http://etienne.chouard.free.fr/Europe

PS: I don’t know if you wanted this translated but it is something I had already corrected.




Comments on Peter Stone’s report (Dublin)


On Part 1
(benefits of drawing by lots in politics)

I have, myself, drawn up a list which recaps on the vices of elections and the virtues of sortition (Cf. Annexes). I have found most of these virtues in your report, and I shall therefore not insist on our numerous points of agreement.

I should nevertheless like to highlight some important, but frequently neglected points:

1. The equalizing virtue of sortition (the rulers of today are the ruled over of tomorrow) must be defended not only for itself but for its main consequence i.e. rulers (producers of the law) who know that they will soon become ruled over (subject to the laws in question) will naturally and mechanically take decisions that are in accordance with the public interest (because they know that they will be personally impacted), whereas elections, on the contrary, incite elected representatives to draw up laws that are all the more severe and contrary to the public interest since they know that they themselves will be sheltered from them (this always happens when they are the people who draw up the constitution).

2. This same virtue works the other way around (the ruled over of today will be the rulers of tomorrow) and has another important and pedagogical knock-on effect that is well expressed by de Tocqueville:

« The jury is above all a political institution.

[...]

By the jury I mean a certain number of citizens drawn by lot, and invested with a temporary right of judging.

[...]

The jury, and more especially the jury in civil cases, serves to communicate the spirit of the judges to the minds of all the citizens; and this spirit, with the habits which attend it, is the soundest preparation for a free people.

It imbues all classes with a respect for the thing judged, and with the notion of right. If these two elements be removed, the love of independence is reduced to a mere destructive passion.

It teaches men to practice equity, every man learns to judge his neighbor as he would himself be judged.

[...]

The jury teaches every man not to recoil before the responsibility of his own actions, and impresses him with that manly confidence without which political virtue cannot exist.

It invests each citizen with a kind of magistracy, it makes them all feel the duties which they are bound to discharge towards society, and the part which they take in the Government. By obliging men to turn their attention to affairs which are not exclusively their own, it rubs off that individual egotism which is the rust of society.

The jury contributes most powerfully to form the judgment and to increase the natural intelligence of a people, and this is, in my opinion, its greatest advantage. It may be regarded as a gratuitous public school ever open, in which every juror learns to exercise his rights, enters into daily communication with the most learned and enlightened members of the upper classes, and becomes practically acquainted with the laws of his country, which are brought within the reach of his capacity by the efforts of the bar, the advice of the judge, and even by the passions of the parties.

[...]

I do not know whether the jury is useful to those who are in litigation; but I am certain it is highly beneficial to those who decide the litigation; and I look upon it as one of the most efficacious means for the education of the people which society can employ.

What I have hitherto said applies to all nations »

(Source: Tocqueville.)

3. The second virtue that we should highlight:

Sortition (just like real democracy) is based on a healthy and constructive MISTRUST of any power: it does NOT assume the virtue of the people who are designated (unlike election), and this powerful feature of REALISM explains the multitude of finicky and permanent CONTROLS that necessarily go with sortition.

This makes the drawing by lots a much safer procedure for those who are being governed, and by definition, a real (sustainable) guarantee against the abuse of power.

It should also be noted that this fact makes sortition (with its permanent controls) a much better procedure for assigning positions in large political communities.

4. If I only had 5 minutes to talk about the political benefits of sortition, I would particularly insist on a very striking (and totally misunderstood) feature, if compared to elections:

In Athens, during the 200 years of sortition, the RICH people NEVER conducted the affairs (rich people were never numerous enough to take decisions at the Assembly), while, during the 200 years of elections, the rich have ALWAYS been the ones who govern (rich people can easily help their servants to capture the political power by financing their electoral campaigns; and this plutocratic regime was kindly called "capitalism"), as if the election always gave power to the rich.

Please, note this.

I believe this systemic delinking (uncoupling) of economic power and political power (by putting political power out of reach of the rich) is the most important effect of the drawing by lots and the inseparable characteristic of a democracy worthy of the name.


On part 2
(HOW to integrate drawing by lot in the institutions)

I see several ways of using sortition in politics, and it is important to distinguish these different uses to avoid confusion, because the arguments differ from one case to another:

1. Full direct democracy, like the Athenian one: representatives chosen by drawing by lots are weakened, so that representatives remain servants and can never become masters. Sortition is then used by the people to protect their own power at the assembly against their representatives.


2. Representative government improved by integrating citizens in the exercise of power:

• In addition to the House of Parties, composed of professional representatives like today, a second Legislative Chamber could be chosen at random: it would be called the "House of Citizens' => composed of amateurs, it would reflect the nation.

• All established bodies could be placed under the daily supervision of several Control Chambers, all drawn by lot.

• A "House of Referendum", chosen at random, could examine all suggestions, even the individual ones, to choose those to be submitted to (the very essential) popular initiative referendum.

3. But (by far) the most important use of drawing by lot is that of the Constituent Assembly: indeed, whatever the modality chosen to integrate sortition in our institutions (drawing by lot all officials so that all citizens can be legislators, drawing by lot of one of the two legislative chambers, drawing by lot of the different Control Chambers...), NONE of these reforms, absolutely none, will ever be implemented by an elected Constituent Assembly. EVER!

Any Constituent Assembly elected among professional politicians will always - by definition and inevitably be poisoned by the most serious conflicts of interest.

Elected officials will never be able to institute (against themselves) the controls that we all need.

It is therefore of the utmost importance (and the motivation of my trip here is to come and talk about it), it is completely strategic, to place the drawing by lots of the Constituent Assembly at the forefront of our priorities.

If not, we are condemned to sterile chatter of a people rendered powerless by a false constitution, because we do not attack the problem at its root, because we gesticulate about consequences without identifying the cause of causes, while politicians continue to establish the finest workings of the plutocracy which guarantees their antisocial privilege.

Thank you for your kind invitation and for your attention.

Étienne Chouard

http://etienne.chouard.free.fr/Europe




Annexes

The election is THE CAUSE which allows merchants to colonize the City

Many of us complain about the colonization of our imagination by merchants (that is to say, ultimately, by the bankers, that are always becoming the richest merchants): gradually, merchants succeed in making us believe that yarn that "everything that has a price has a value and that everything that has no price has no value" while, on the contrary, all that really matters (love, quietude, happiness, peace, passion, fulfillment, joy, honour ...) does not have a price, and what has a price often has little or no real value.

But the nuclear heart of this colonization of our imagination (and of our institutions) by merchants, is the election because it is the election that allows the rich merchants to help the elected to be elected in order to make the elected DEPENDENT on the rich, INDEBTED so to speak.

Somehow, ELECTION enables the generalization in the political arena SERVITUDE BY DEBT, developed by the money merchants to force all people to work for them.

Through the political mechanism of the election, the merchants place their merchant priests throughout the social body in a position to influence public choices to their advantage.

THE WEAK LINK of this colonization of politics by economics, IS THE ELECTION!

And this Achilles' heel of the rich is within the reach of the poor, but only if the poor stop being so proud, thinking stupidly (and denial of all the contrary facts that prove their error) that their collective will (though easily deceived) is better than chance (yet incorruptible) in the designation of political servants of the city.

It would be easy and judicious to replace election by chance, the usual gamemaster in nature, and —experience proves— always respectful of equilibrium and the survival of all.

THINGS ARE WELL DONE BY CHANCE, we forget it because of our pretentiousness: chance is a probability that is not subject to our control (itself vulnerable to bullshit, easy to deceive); CHANCE IS INCORRUPTIBLE.

The ELECTION, IDEALISM supposing TRUST (before abandoning the idea of governing)-vs- SORTITION, REALISM supposing MISTRUST (before organizing to govern)

It is important to understand a paradox (or a contradiction): contrary to appearances, the election is based on trust, while the sortition is based on mistrust. The election is based on an ideal (in my opinion perfectly inaccessible and masking a fraud) that an elected official would be righteous by the mere fact of being elected and would remain durably due to the same election (also intended to enable a sanction by non-reelection), the people being supposed to be able to choose their masters... which is extravagant, a true myth, completely unrealistic.

Whereas, on the contrary, the Athenians, very pragmatic, knew themselves well, distrusted each other and built institutions acknowledging the reality of their imperfections and based on distrust, on permanent control of the representatives who were the masters of nobody; institutions relying on the staging of conflicts, on contradictory arguments, during public debates, in which no decision could be taken without all having been forced to listen and publicly refute the arguments of the worst opponents.

The election is a political abdication, renunciation, a gesture of trust before consenting to obey for several years; it is a political organization that only leaves to people the hopeless right to choose their masters.

Whereas sortition is at the heart of a political organization which embodies a desire of all men to keep political power and to appoint only servile executors to represent them.

It must not be forgotten that in a democracy, it is not the people who have been drawn by lot that are in power (they used to be called "magistrates"): it is the Assembly of People in body that exercises full political power. The people drawn by lots only serve to perform the tasks that the Assembly can not perform itself: e.g., the preparation and publication of the agenda, the execution of the decisions of the Assembly, the physical organization of the draw, the accountability, etc.


7 vices of the election and 11 virtues of sortition, let's recap:

7 VICES OF THE ELECTION:

1. The election leads to lying: first to come to power and secondly to keep it, because candidates can not be elected, and re-elected, unless their image is good: it mechanically leads to lying, about the future and the past.

2. Election leads to corruption: “sponsored” politicians must inevitably "return the favor" to their sponsors, those who have financed their election campaign: so, corruption is inevitable, by the very existence of the campaign, the cost of which is inaccessible to the candidate alone. The system of election therefore allows, and even imposes, the corruption of politicians (which probably suits some wealthy economic actors).

Thanks to the principle of ruinous campaigns, our representatives are for sale (and our freedoms along with it).

3. The election encourages the grouping into leagues and submits political action to clans and especially to their leaders, with its procession of turpitudes linked to the logic of hierarchical organizations and the ultra priority (critical) the quest for power.

Political parties impose their candidates, which makes our choices artificial. Because of the participation of political groups in electoral competition (unfair competition), the election deprives the most isolated individuals of any chance to participate in government of the City and this fosters the lack of political interest (or even rejection) by the citizens.

4. The election delegates… and therefore exempts (keep away) citizens from daily political activity and promotes the formation of castes of elected people, political professionals for life, moving away from their constituents to finally no longer represent anyone but themselves, turning the protection promised by the election into a political muzzle.

5. The election only ensures the legitimacy of elected people without any guarantee of distributive justice in the distribution of charges: an Assembly of officials and doctors can not understand the common good as would an Assembly drawn by lot.

An elected Assembly is never representative.

6. Paradoxically, the election stifles resistance against the abuse of power: it reduces our precious freedom of speech to an episodic vote every five years, vote perverted by a fake bipartism offering only false choices. The advice of "useful vote" is a political gag.

7. The election selects by definition those who seem "the best", some citizen deemed to be superior to the voters, and thereby forfeits the principle of equality (yet posted everywhere, falsely): by construction, the election designates more leaders who look for power (dominators) instead of representatives who accept power (mediators, listening and serving the citizens).

The election is deeply aristocratic, not democratic at all. The term "democratic election" is an oxymoron (a blend of contradictory words).

A major disadvantage of this elite, it is this feeling of power that develops in the elected representatives to the point where they finally take any liberties.

IN FACT, for 200 years (since the early 19th century), the election has always given political power to the rich and only to them, never to the others: the election of political representatives enables COUPLING political power and economic power, in a lasting manner, gradually creating irresponsible and unaccountable monsters writing the laws for themselves and appropriating the monopoly of public power for private gain.

11 VIRTUES OF SORTITION:

1. The procedure of the draw is fair and impartial: it ensures distributive justice (logical consequence of the principle of political equality stated as central goal of democracy).

2. The draw prevents corruption (it even deters corrupters: it is impossible and unnecessary to cheat, it avoids intrigues): leaving no room for any will, neither for the one nor the other, it gives no chance to cheating or manipulation of of people’s will.

3. The draw never creates rancour: no vanity to have been chosen, no resentment at not having been chosen: it has virtues to pacify the City, systemically.

4. All participants, representatives and represented are really made equal.

5. Chance, reproducing rarely twice the same choice, naturally leads to the rotation of responsibilities and mechanically prevents the formation of a politician class always tending to pride themselves on their condition and always seeking to enjoy privileges.

The major protective principle is this: the governors are more respectful of the governed when they know with certainty that they will soon return themselves to the ordinary condition of the governed.

6. The draw is easy, fast and economical.

7. Chance and large numbers naturally and mechanically, make for a representative sample. Nothing better than the draw to compose an Assembly that looks exactly like the people who want to be represented. No need for quotas, no risk of intrigues.

8. Knowing that he may be drawn encourages every citizen to learn and to participate in public controversy: it is a pedagogical way of intellectual emancipation.

9. Having been drawn pushes citizens to forget their personal preoccupations and to be concerned about the common world; their designation and the public eyes placed upon them encourage them to learn and to develop skills through their work, just as it does for politicians: it is a pedagogical way towards citizen responsability, all citizens.

10. To prefer the drawing by lots is to refuse giving up power of direct suffrage to the Assembly, and it is to attribute the highest importance to effective controls of all representatives: so, the draw accompanied by drastic controls at all levels, is better suited than the election (which assumes that voters are familiar with elected officials and their daily actions) to large entities. (While we usually hear the opposite.)

11. IN FACT, for 200 years of drawing by lots every day (the fifth and fourth century before JC in Athens), the rich NEVER governed, and the poor always did. (The rich lived very comfortably, do not worry, but they could not just grab without limitation, for want of political control.)

This is essential: mechanically, inevitably, irresistibly, the draw uncouples political and economic power. This is a very clever way to weaken the powers in order to prevent abuse.

It is therefore tempting to think that it is the election of politicians who made "capitalism" possible (we should better say "scumism"), and that the draw would deprive the capitalists of their principal tool of domination.

Étienne Chouard

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/traductions



Tocqueville, « Democracy in America »,
Chapter XVI: Causes Mitigating Tyranny in the United States –
Part II Trial by Jury in the United States Considered as a Political Institution

Since I have been led by my subject to recur to the administration of justice in the United States, I will not pass over this point without adverting to the institution of the jury.

Trial by jury may be considered in two separate points of view, as a judicial and as a political institution.

If it entered into my present purpose to inquire how far trial by jury (more especially in civil cases) contributes to insure the best administration of justice, I admit that its utility might be contested.

As the jury was first introduced at a time when society was in an uncivilized state, and when courts of justice were merely called upon to decide on the evidence of facts, it is not an easy task to adapt it to the wants of a highly civilized community when the mutual relations of men are multiplied to a surprising extent, and have assumed the enlightened and intellectual character of the age.*

[*The investigation of trial by jury as a judicial institution, and the appreciation of its effects in the United States, together with the advantages the Americans have derived from it, would suffice to form a book, and a book upon a very useful and curious subject.
The State of Louisiana would in particular afford the curious phenomenon of a French and English legislation, as well as a French and English population, which are gradually combining with each other. See the “Digeste des Lois de la Louisiane,” in two volumes; and the “Traite sur les Regles des Actions civiles,” printed in French and English at New Orleans in 1830.]

My present object is to consider the jury as a political institution, and any other course would divert me from my subject.

Of trial by jury, considered as a judicial institution, I shall here say but very few words. When the English adopted trial by jury they were a semi-barbarous people; they are become, in course of time, one of the most enlightened nations of the earth; and their attachment to this institution seems to have increased with their increasing cultivation. They soon spread beyond their insular boundaries to every corner of the habitable globe; some have formed colonies, others independent states; the mother-country has maintained its monarchical constitution; many of its offspring have founded powerful republics; but wherever the English have been they have boasted of the privilege of trial by jury.* They have established it, or hastened to re-establish it, in all their settlements.

A judicial institution which obtains the suffrages of a great people for so long a series of ages, which is zealously renewed at every epoch of civilization, in all the climates of the earth and under every form of human government, cannot be contrary to the spirit of justice.**

[*All the English and American jurists are unanimous upon this head. Mr. Story, judge of the Supreme Court of the United States, speaks, in his “Treatise on the Federal Constitution,” of the advantages of trial by jury in civil cases: – “ The inestimable privilege of a trial by jury in civil cases -a privilege scarcely inferior to that in criminal cases, which is counted by all persons to be essential to political and civil liberty… .” (Story, book iii., chap. viii.)

**If it were our province to point out the utility of the jury as a judicial institution in this place, much might be said, and the following arguments might be brought forward amongst others: –

By introducing the jury into the business of the courts you are enabled to diminish the number of judges, which is a very great advantage. When judges are very numerous, death is perpetually thinning the ranks of the judicial functionaries, and laying places vacant for newcomers. The ambition of the magistrates is therefore continually excited, and they are naturally made dependent upon the will of the majority, or the individual who fills up the vacant appointments; the officers of the court then rise like the officers of an army.

This state of things is entirely contrary to the sound administration of justice, and to the intentions of the legislator. The office of a judge is made inalienable in order that he may remain independent: but of what advantage is it that his independence should be protected if he be tempted to sacrifice it of his own accord? When judges are very numerous many of them must necessarily be incapable of performing their important duties, for a great magistrate is a man of no common powers; and I am inclined to believe that a halfenlightened tribunal is the worst of all instruments for attaining those objects which it is the purpose of courts of justice to accomplish.

For my own part, I had rather submit the decision of a case to ignorant jurors directed by a skilful judge than to judges a majority of whom are imperfectly acquainted with jurisprudence and with the laws.]

I turn, however, from this part of the subject. To look upon the jury as a mere judicial institution is to confine our attention to a very narrow view of it; for however great its influence may be upon the decisions of the law courts, that influence is very subordinate to the powerful effects which it produces on the destinies of the community at large.

The jury is above all a political institution, and it must be regarded in this light in order to be duly appreciated.

By the jury I mean a certain number of citizens drawn by lot, and invested with a temporary right of judging.

Trial by jury, as applied to the repression of crime, appears to me to introduce an eminently republican element into the government upon the following grounds:-

The institution of the jury may be aristocratic or democratic, according to the class of society from which the jurors are selected; but it always preserves its republican character, inasmuch as it places the real direction of society in the hands of the governed, or of a portion of the governed, instead of leaving it under the authority of the Government.

Force is never more than a transient element of success; and after force comes the notion of right. A government which should only be able to crush its enemies upon a field of battle would very soon be destroyed. The true sanction of political laws is to be found in penal legislation, and if that sanction be wanting the law will sooner or later lose its cogency. He who punishes infractions of the law is therefore the real master of society. Now the institution of the jury raises the people itself, or at least a class of citizens, to the bench of judicial authority. The institution of the jury consequently invests the people, or that class of citizens, with the direction of society.*

[*An important remark must, however, be made. Trial by jury does unquestionably invest the people with a general control over the actions of citizens, but it does not furnish means of exercising this control in all cases, or with an absolute authority. When an absolute monarch has the right of trying offences by his representatives, the fate of the prisoner is, as it were, decided beforehand. But even if the people were predisposed to convict, the composition and the non-responsibility of the jury would still afford some chances favorable to the protection of innocence.]

In England the jury is returned from the aristocratic portion of the nation;** the aristocracy makes the laws, applies the laws, and punishes all infractions of the laws; everything is established upon a consistent footing, and England may with truth be said to constitute an aristocratic republic.

[**This may be true to some extent of special juries, but not of common juries. The author seems not to have been aware that the qualifications of jurors in England vary exceedingly.]

In the United States the same system is applied to the whole people. Every American citizen is qualified to be an elector, a juror, and is eligible to office.* The system of the jury, as it is understood in America, appears to me to be as direct and as extreme a consequence of the sovereignty of the people as universal suffrage. These institutions are two instruments of equal power, which contribute to the supremacy of the majority.

All the sovereigns who have chosen to govern by their own authority, and to direct society instead of obeying its directions, have destroyed or enfeebled the institution of the jury. The monarchs of the House of Tudor sent to prison jurors who refused to convict, and Napoleon caused them to be returned by his agents.

However clear most of these truths may seem to be, they do not command universal assent, and in France, at least, the institution of trial by jury is still very imperfectly understood. If the question arises as to the proper qualification of jurors, it is confined to a discussion of the intelligence and knowledge of the citizens who may be returned, as if the jury was merely a judicial institution. This appears to me to be the least part of the subject. The jury is pre-eminently a political institution; it must be regarded as one form of the sovereignty of the people; when that sovereignty is repudiated, it must be rejected, or it must be adapted to the laws by which that sovereignty is established. The jury is that portion of the nation to which the execution of the laws is entrusted, as the Houses of Parliament constitute that part of the nation which makes the laws; and in order that society may be governed with consistency and uniformity, the list of citizens qualified to serve on juries must increase and diminish with the list of electors. This I hold to be the point of view most worthy of the attention of the legislator, and all that remains is merely accessory.

I am so entirely convinced that the jury is pre-eminently a political institution that I still consider it in this light when it is applied in civil causes.

Laws are always unstable unless they are founded upon the manners of a nation; manners are the only durable and resisting power in a people.

When the jury is reserved for criminal offences, the people only witnesses its occasional action in certain particular cases; the ordinary course of life goes on without its interference, and it is considered as an instrument, but not as the only instrument, of obtaining justice.

This is true a fortiori when the jury is only applied to certain criminal causes.

When, on the contrary, the influence of the jury is extended to civil causes, its application is constantly palpable; it affects all the interests of the community; everyone cooperates in its work: it thus penetrates into all the usages of life, it fashions the human mind to its peculiar forms, and is gradually associated with the idea of justice itself.

The institution of the jury, if confined to criminal causes, is always in danger, but when once it is introduced into civil proceedings it defies the aggressions of time and of man. If it had been as easy to remove the jury from the manners as from the laws of England, it would have perished under Henry VIII, and Elizabeth, and the civil jury did in reality, at that period, save the liberties of the country.

In whatever manner the jury be applied, it cannot fail to exercise a powerful influence upon the national character; but this influence is prodigiously increased when it is introduced into civil causes.

The jury, and more especially the jury in civil cases, serves to communicate the spirit of the judges to the minds of all the citizens; and this spirit, with the habits which attend it, is the soundest preparation for a free people.

It imbues all classes with a respect for the thing judged, and with the notion of right. If these two elements be removed, the love of independence is reduced to a mere destructive passion.

It teaches men to practice equity, every man learns to judge his neighbor as he would himself be judged; and this is especially true of the jury in civil causes, for, whilst the number of persons who have reason to apprehend a criminal prosecution is small, every one is liable to have a civil action brought against him.

The jury teaches every man not to recoil before the responsibility of his own actions, and impresses him with that manly confidence without which political virtue cannot exist.

It invests each citizen with a kind of magistracy, it makes them all feel the duties which they are bound to discharge towards society, and the part which they take in the Government. By obliging men to turn their attention to affairs which are not exclusively their own, it rubs off that individual egotism which is the rust of society.

The jury contributes most powerfully to form the judgment and to increase the natural intelligence of a people, and this is, in my opinion, its greatest advantage. It may be regarded as a gratuitous public school ever open, in which every juror learns to exercise his rights, enters into daily communication with the most learned and enlightened members of the upper classes, and becomes practically acquainted with the laws of his country, which are brought within the reach of his capacity by the efforts of the bar, the advice of the judge, and even by the passions of the parties. I think that the practical intelligence and political good sense of the Americans are mainly attributable to the long use which they have made of the jury in civil causes.

I do not know whether the jury is useful to those who are in litigation; but I am certain it is highly beneficial to those who decide the litigation; and I look upon it as one of the most efficacious means for the education of the people which society can employ.

What I have hitherto said applies to all nations, but the remark I am now about to make is peculiar to the Americans and to democratic peoples.

I have already observed that in democracies the members of the legal profession and the magistrates constitute the only aristocratic body which can check the irregularities of the people. This aristocracy is invested with no physical power, but it exercises its conservative influence upon the minds of men, and the most abundant source of its authority is the institution of the civil jury.

In criminal causes, when society is armed against a single individual, the jury is apt to look upon the judge as the passive instrument of social power, and to mistrust his advice. Moreover, criminal causes are entirely founded upon the evidence of facts which common sense can readily appreciate; upon this ground the judge and the jury are equal.

Such, however, is not the case in civil causes; then the judge appears as a disinterested arbiter between the conflicting passions of the parties. The jurors look up to him with confidence and listen to him with respect, for in this instance their intelligence is completely under the control of his learning.

It is the judge who sums up the various arguments with which their memory has been wearied out, and who guides them through the devious course of the proceedings; he points their attention to the exact question of fact which they are called upon to solve, and he puts the answer to the question of law into their mouths. His influence upon their verdict is almost unlimited.

If I am called upon to explain why I am but little moved by the arguments derived from the ignorance of jurors in civil causes.

I reply, that in these proceedings, whenever the question to be solved is not a mere question of fact, the jury has only the semblance of a judicial body.

The jury sanctions the decision of the judge, they by the authority of society which they represent, and he by that of reason and of law.*

In England and in America the judges exercise an influence upon criminal trials which the French judges have never possessed. The reason of this difference may easily be discovered; the English and American magistrates establish their authority in civil causes, and only transfer it afterwards to tribunals of another kind, where that authority was not acquired.

In some cases (and they are frequently the most important ones) the American judges have the right of deciding causes alone.** Upon these occasions they are accidentally placed in the position which the French judges habitually occupy, but they are invested with far more power than the latter; they are still surrounded by the reminiscence of the jury, and their judgment has almost as much authority as the voice of the community at large, represented by that institution.

Their influence extends beyond the limits of the courts; in the recreations of private life as well as in the turmoil of public business, abroad and in the legislative assemblies, the American judge is constantly surrounded by men who are accustomed to regard his intelligence as superior to their own, and after having exercised his power in the decision of causes, he continues to influence the habits of thought and the characters of the individuals who took a part in his judgment.

The jury, then, which seems to restrict the rights of magistracy, does in reality consolidate its power, and in no country are the judges so powerful as there, where the people partakes their privileges.

It is more especially by means of the jury in civil causes that the American magistrates imbue all classes of society with the spirit of their profession.

Thus the jury, which is the most energetic means of making the people rule, is also the most efficacious means of teaching it to rule well.


Source : http://seas3.elte.hu/coursematerial/LojkoMiklos/Alexis-de-Tocqueville-Democracy-in-America.pdf p 310 s.

* * * * *

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php




No Democracy without Sortition:
the cause of the causes of our powerlessness
is that we let the political professionals draw up
and modify the Constitution

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Etienne_Chouard_2012_No-democracy-without-Sortition.pdf

Hello :o)

I have come to talk to you about DEMOCRACY, REAL democracy: the one that is INEXISTANT and the one we NEED today.

In 2005, during a public debate in France, I wrote a ten-page paper about what revolted me in the so-called « constitution » that was being proposed in the referendum, and I sent this document to my close acquaintances and I posted it on my personal website. And then, everything was turned upside down for me. This succinct argument in favour of the NO vote met an expectation and corrected a deficiency. And ordinary people sent this message to their contacts, everywhere in France and even in the world because they translated it into 5 or 6 languages…and thanks to Internet it has become a big event. On returning home from secondary school, after my courses, I opened my mailbox and there, a flood of e-mails began, every minute dozens of e-mails, all evening, all night. And in the following months, I tried to reply to all these people, either people who COUNTED for me or people who were saying BAD THINGS about me; I tried to be « EQUAL to the SITUATION ».

All the newspapers, radio stations, and television channels came by my house in order to understand this phenomenon, the meter on my website was going like a fan, up to 40,000 visits PER DAY(one hell of a review for a reading panel, I can tell you…), 12, 000 mails in 2 months ! Intense mails, warm mails, demanding ones too… And all of this emotion stretched a BOW within me (and continues to do so today).

I HAVE BEEN PROFOUNDLY CHANGED BY THE WAY OTHERS SEE ME: the grateful looks and the suspicious ones. My work has been nourished by THE IMPORTANCE THAT I ATTACH TO THE WAY PEOPLE LOOK AT ME. And I discovered recently that men have known for many years that it is important for the public interest : it’s called VERGOGNE it encourages virtue and it gives courage. For the Athenians, it was the foundation of the life of the City. Plato even considered that we should put to death the citizen who was « shameless » extremely dangerous for the City. And I believe that this is an essential concept even today.


So, after the referendum, I continued and I have been working like a madman for the past six years:

And here, in a few words, is the reason why I have taken so much trouble:

1) I am trying to understand the MAIN CAUSE OF SOCIAL INJUSTICE,

2) I have discovered the genial ideas upon which ATHENIAN DEMOCRACY was founded,

3) I have given back to certain important words their REAL MEANING,

4) And I am reflecting about the GOOD INSTITUTIONS that would durably protect us, ALL OF US, against the abuse of power.

AND I SHARE THAT with all of those who wish that we should PROGRESS TOGETHER in CONSTANT controversy. I am sometimes SLANDERED or RECUPERATED OBVIOUSLY but that’s not so important. In any case, I NEED MY OPPONENTS IN ORDER TO PROGRESS Consequently, I AM DOING MY BEST, I’m moving forward, I AM LOOKING.

And my method for searching is the Hippocratic method, perhaps the best idea in the world.)

This doctor used to say: LOOK FOR THE CAUSE OF THE CAUSES!

In other words, to treat an illness, to solve a problem, it is useless to attack the consequences, of course, but also useless to attack the various causes, given that everything has multiple causes:

THERE IS ALWAYS A DECISIVE CAUSE (not the only one but the one that determines all of the others). THIS IS THE ONE WE WANT.


So, of course I share the combat of my resistant friends (I have made a diagram to represent the tree of injustices and specialized areas of combat) but I have observed that the militants ARE ALL FIGHTING AGAINST THE CONSEQUENCES: I have observed that NONE IS CONSIDERING THE ROOT CAUSE. : for me, the question to be asked is « what makes all of these horrors POSSIBLE? (Environmental, economic, social…).

It is precisely this that we need to understand.


And I believe that what makes social injustice possible, IS THE POLITICAL POWERLESSNESS OF GOOD, NORMAL PEOPLE: IF THE PEOPLE HAD THE POWER TO RESIST, THEY WOULD DO SO VICTORIOUSLY..

But then one asks, where does this powerlessness of the people come from? (I am constantly looking for the cause of the cause).

It has not just fallen out of the sky, our powerlessness: it is PROGRAMMED, in a higher text …

An ESSENTIAL TEXT about which nobody could give a toss! And it is called the CONSTITUTION.

(Nobody could give a hoot, except the multinationals and the banks, take good note…)

It is in the constitution that elected members ARE NOT accountable,

It is in the constitution that they CANNOT BE dismissed,

It is in the constitution that we CANNOT freely choose our candidates,

It is in the constitution that the powers ARE NOT separated,

It is in the constitution that the people-initiated referendum is NOT provided for,

It is in the constitution that the money is NOT public,

Etc. etc.

But this cause itself (this bad constitution), has a PRIMARY cause: Who wrote this text???

How is it that everywhere in the world, at all times, ALL the constitutions program the powerlessness of the people? It is certainly not a conspiracy: not everywhere, not always, it’s not possible… No, this universal process has a primary and universal cause:

(pay attention) The way I see it is, all of the human beings of the world by laziness, by fear or by ignorance, GIVE UP ON WRITING THEIR CONSTITUTION THEMSELVES and EVERYONE ACCEPTS THAT IT IS THE political PROFESSIONALS (members of parliament, judges, ministers, party members …) WHO DRAW UP AND MODIFY THE CONSTITUTION !


But one must understand WHAT A CONSTITUTION IS, WHAT ITS PURPOSE IS, every citizen should know that:

We, « the people », need representatives, above us, having the power to produce and apply written law, which pacifies our society, by preventing the arbitrary domination of the strongest.

From the very beginning, we have known that this power is not only USEFUL but it is also DANGEROUS, ALL TYPES of power tend towards ABUSE, ALWAYS. (Montesquieu), it is like an implacable, physical law and the brilliant tool to PROTECT US from abuses of power, is the CONSTITUTION.

The Constitution is a text which serves to WEAKEN the powers that be. In order to do its job of protecting, it must WORRY the powers that be. CONSEQUENTLY THEY MUST FEAR IT!

But if that is the case, IF THE POWERS THAT BE SHOULD FEAR THE CONSTITUTION THEY MUST OBVIOUSLY NOT BE THE ONES TO DRAW IT UP!!!

And yet it is easy to understand and to predict that the political professionals when drawing up, themselves, the rules supposed to frighten them later, such people are in a situation of CONFLICT of INTEREST, they are at one and the same time judge and jury=> in this specific case, they are UNABLE to be impartial: they are obviously going to program THEIR power and OUR powerlessness.

And we cannot really blame them: NOBODY is strong enough to commit political hara-kiri, it’s normal, anybody would do the same thing=> IT IS UP TO US, AND US ONLY TO FORBID THEM FROM WRITING, because they will not give it up of their own accord! NEVER: the solution will not come from them but from us.

Here it is then, the mother of causes (upon which we should UNITE so as to become STRONG): it is not the role of men in power to write the rules of power we must put an end to our resignation on this point.


Well, the first decisive battle is to give back to IMPORTANT words, their REAL MEANING:

Today, before anything else, I AM NOT A « CITIZEN » (a citizen is AUTONOMOUS, he votes his own laws), I AM ONLY AN « ELECTOR », that’s to say a political infant, I AM "HETERONOMOUS": i.e. I am subject to the laws passed by others than myself.

My "parents" in politics, the elected members, do not want me to emancipate myself from them, they do not want me to grow up and to become autonomous: they refuse to let me vote myself for or against the laws to which I am submitted.

Let me remind you of the coup d’État of 4 February 2008, during which our so-called « representatives » imposed upon us, via parliamentary vote the anticonstitutional treaty that we had just expressly refused by referendum ! This political rape is extremely serious and yet we have absolutely NO WAY of resisting, even that.

They say that we are "incompetent"! They treat us like children!

BUT THAT IS WELL AND TRULY OUR FAULT, perhaps we are children to a certain extent (children believe in « Father Christmas », electors believe in « universal suffrage ») : WE ACCEPT to call « democracy » (demos cratos, the power to the people ) ITS ABSOLUTE OPPOSITE : the so-called modern « democracy » what is it? Well, it’s the only the right to 1) designate our MASTERS, 2) from among people we have NOT CHOSEN, 3) and without having any means of resisting a possible betrayal between two elections. 4) With, as well the RIGHT OF EXPRESSION —BUT WITHOUT ANY CONSTRAINING FORCE.—, 5) and that’s all.

The real name of this anti-democratic regime is « REPRESENTATIVE GOVERNMENT» (at least allegedly representative)

In fact, we agree to call « Constitution » a text which is not one.. We need TO KNOW WHAT WE WANT: THE SIMPLE WORD constitution OR THE REAL PROTECTION that it should provide for?

So; to resist well, we must begin by a STRIKE AGAINST LYING WORDS such as "democracy", « universal suffrage", "citizen" et "constitution", which HAVE BEEN GIVEN THE OPPOSITE MEANING by the POWER THIEVES.


And this ANTIDEMOCRATIC project was MADE ON PURPOSE FROM THE VERY BEGINNING!

SIEYÈS (one of the most influential thinkers of the French Revolution), said in 1789:

« Citizens who designate representatives abandon and must abandon making the laws themselves; they have no particular will to impose. If they dictated their will, France would no longer be that representative State ; it would be a democratic State. The people, I repeat, in a country that is not a democracy , (and France cannot be one), the people can only speak, can only act via their representatives». Abbé SIEYÈS, speech of 7 September 1789.

Well, I think that that is clear, isn’t it?

And this other quotation, even more explicit from VOLTAIRE:

« A well organized society is one in which a small number of people make a greater number of people work, is fed by them and governs them ». Voltaire a democrat? Pull the other one… Oligarch!

HISTORY has shown us in detail the SHAM and the PERMANENT RIGGING of REPRESENTATIVE GOVERNMENT for over 200 years => I warmly recommend you to watch the videos of Henri Guillemin on the net.

And those people knew very well what they were doing, they knew very well that what they wanted was « election » not drawing lots:

ALL OF THE THINKERS OF THE WORLD BEFORE 1789, from Plato-Aristotle to Montesquieu-Rousseau, KNEW and wrote that

1) ELECTION IS ARISTOCRATIC BY NATURE, THUS OLIGARCHIC and that 2) THE ONLY DEMOCRATIC PROCEDURE IS THE DRAWING OF LOTS, accompanied by THOUSANDS OF CHECKS of the people that the luck of the draw has designated.

Read these two quotations, 2,000 years apart:

Aristotle: «Elections are aristocratic and not democratic: they introduce an element of deliberate choice of the selection of the best citizens, the aristoi, instead of government by the people as a whole».

Montesquieu: «Suffrage via lots is the nature of democracy; suffrage by choice is the nature of aristocracy.»

OK, this is not a hare-brained idea of old man Chouard… It is a question of DEFINITIONS, to be respected SO THAT WORDS MAY HAVE A MEANING, SO THAT THEY SHOULD KEEP THEIR « TRUE MEANING ». And it is like that THE WHOLE WORLD OVER.


I should like to refer to history and to facts. : WE HAVE TWO, QUITE LONG, HISTORICAL EXPERIENCES : democracy and thus the drawing of lots, Athens for over 200 years, 2,500 years ago, and representative government and thus the election, for over 200 years too, since 1789 => look at the RESULTS :

1) I draw your attention, Ladies and Gentlemen to the FACT that, for over 200 years, the drawing of lots ALWAYS gave power to the poorest, « the 99% » (look at the two centuries of democracy in Athens, there are no exceptions).

2) WHEREAS experience shows us that an ELECTION ALWAYS GIVES POWER TO THE RICHEST 1% (look at the last 200 years, there are no exceptions).

=> So my central question is: «HOW MUCH LONGER ARE THE POOR (the 99%) GOING TO PREFER ELECTION to DRAWING OF LOTS???» (against their most obvious interests).

Our preference for elections is incomprehensible. There are only MYTHS to explain it: the drawing of lots hasn’t been taught for 200 years at the school called « republican ». (everyday they drum it into us that « elections=democracy, democracy=elections…), which explains the intellectual difficulty we have in taking this procedure on board , the procedure that we need so badly (all over the world) to get out of the mess we are in: it takes TIME TO BE DISINTOXICATED.

The drawing of lots frightens you? To reassure you, I must warn you against a frequent MISUNDERSTANDING:

In a democracy, it is not the people who are chosen by lots who decide! Drawing lots serves PRECISELY to WEAKEN THE REPRESENTATIVES (broadly speaking, they are the people who prepare the laws and those who apply it : civil servants, police, judges…) => with the drawing of lots, we weaken these representatives SO THAT THEY REMAIN OUR SERVANTS AND NEVER BECOME OUR MASTERS => DRAWING LOTS IS THE GUARANTEE THAT THE PEOPLE WILL REMAIN SOVEREIGN.

I haven’t got time to develop this, but don’t dismiss too quickly the drawing of lots in politics: there are LOTS OF EXPERIMENTS ON EARTH WHICH ARE WORKING PERFECTLY: A case in point is BRITISH COLOMBIA (near Vancouver) which had its whole electoral code rewritten (complex and sizeable) by an assembly composed of people who had been designated by the drawing of lots, and the story they told the journalists, these simple citizens alarmed at first but reassured afterwards becoming competent through their work, and finally with tears in their eyes at the moment they submitted their text, proud as can be for having succeeded and obtaining 57% of the referendum. … All of the experiences of citizen juries chosen by drawing lots have revealed an undeniable competence of the ordinary citizen.


But let’s be careful: to defend this idea of drawing lots (for the Constituent assembly at least, and possibly representatives afterwards), we can only count on ourselves, normal people, at the base, those who DON’T WANT power.

At this point, I would like to share with you this wonderful thought by Alain (the great philosopher), who used to say:

« THE MOST VISIBLE CHARACTERISTIC OF THE JUST MAN IS NOT TO WANT AT ALL TO GOVERN OTHERS, BUT TO GOVERN ONLY HIMSELF. THAT DECIDES EVERYTHING. YOU MIGHT AS WELL SAY THAT THE WORST WILL GOVERN ».

In an electoral regime, which gives power to those who want it, Alain is right; the worst will govern.

But on the contrary, the drawing of lots can get us out of this trap by proposing power to all of those who don’t want it. (and who are often the best amongst us).

=> We must spread the word, amongst us, amongst « normal » people and we must all become « trainers of trainers » so that we can QUICKLY become billions of « white cells » (or « well-meaning viruses ») disseminating a simple and powerful idea, an idea which aims precisely (with all of our united forces) at the Achilles’ heel of the oligarchy: WE DEMAND THE HONESTY OF THE CONSTITUENT PROCESS BY REPLACING ELECTION BY A DRAWING OF LOTS AND THE FORMING OF THE CONSTITUENT ASSEMBLY BY THIS MEANS


15 minutes, it’s too short, I haven’t been able to show you the link (essential !) between MONEY and the constitution (indissociable).

I don’t have time here to say more: you must go and look for the rest on the web and in books WORK. Have a look at le-message.org for example.

Come and join us on the net: we are currently DEMONSTRATING THAT WE NEED, AND THAT WE ARE CAPABLE, THAT WE WANT TO WRITE OUR OWN CONSTITUTION OURSELVES, OUR SOCIAL CONTRACT.

This idea that I am building with you, IT WILL WORK FOR EVERY COUNTRY IN THE WORLD

And if there are REALLY LOTS OF US, it will be sufficient to WANT IT for that to arrive WITHOUT VIOLENCE.

Thank you.

Étienne Chouard.


http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Etienne_Chouard_2012_No-democracy-without-Sortition.pdf

http://www.youtube.com/watch?v=oN5tdMSXWV8

http://www.youtube.com/playlist?list=PLF810C7CF34155740

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/traductions




What a job!

Étienne.

Pas de démocratie sans tirage au sort : la cause des causes de notre impuissance politique, c'est que nous laissons les professionnels de la politique écrire et modifier la Constitution (16)

Pas de démocratie sans tirage au sort :
la cause des causes de notre impuissance politique,
c'est que nous laissons les professionnels de la politique
écrire et modifier la Constitution


Voici d'abord le texte (complet => plus riche que ce que j'ai pu dire en direct) de la synthèse en 15 minutes
que j'avais préparée pour la conférence TEDx (du 22 mars 2012 à Paris) :

• Le fichier de présentation PowerPoint :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Etienne_Chouard_2012_Pas-de-democratie-sans-tirage-au-sort.ppt

• Le fichier correspondant au format pdf :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Etienne_Chouard_2012_Pas-de-democratie-sans-tirage-au-sort.pdf

• Le fichier correspondant au format doc :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Etienne_Chouard_2012_Pas-de-democratie-sans-tirage-au-sort.doc

• Le fichier correspondant LU au format mp3 :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Etienne_Chouard_2012_Pas-de-democratie-sans-tirage-au-sort.mp3




J'ai aussi préparé un argumentaire pour ma participation au colloque sur le tirage au sort à Dublin (Trinity College, en Irlande, 11 octobre 2012) :

Document bilingue au format pdf :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/20121011_No_democracy_without_sortition-Workshop_at_Dublin-Etienne_Chouard.pdf




Quel boulot !

Étienne.