juin 2012 - Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens

Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens


C'est notre Constitution qui est notre seule arme (et c'est aussi la meilleure) pour contrôler les pouvoirs. À nous d'en parler, entre simples citoyens, pour devenir des millions à l'avoir compris : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Bienvenue :o)


Étienne Chouard
Je cherche ici à mettre en débat ouvert ce dont on ne parle nulle part : les plus grands principes institutionnels dont tous les citoyens (gauche, centre, droite) ont besoin pour se protéger des abus de pouvoir.

Je vous propose d'aller voir le FORUM et de suivre le SOMMAIRE, point par point (un principe par jour pour une digestion facile ?), et de réfléchir à votre propre position : Pour ? Contre ? Partagé ?

Et si personne (ni moi, ni d'autres ici) n'a encore défendu les arguments qui vous semblent importants, formulez-les vous-même : nous progressons ensemble en combinant nos réflexions, démocratiquement et positivement :o)

Suggestion :
pour parler nombreux
sur de nombreux sujets :
. soyons brefs,
. dans le sujet,
. et patients :-)

Une fois les principes bien débattus sur le FORUM, vous pouvez, dans la partie WIKI, écrire vous-mêmes les articles qui vous semblent importants dans une Constitution, aussi bien nationale qu'européenne.

Sur cette partie BLOG, je vous propose de nous parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, histoire, philosophie, sociologie, société, actualité, technique, littérature, etc.), mais qui tournent quand même autour des sujets évoqués sur le forum : on cherche à imaginer ensemble un outil intellectuel, robuste et durable, contre les abus de pouvoir.

J'ai hâte de vous lire :o)

Étienne Chouard


Retour à la page centrale :
Le site d'origine s'appelle AEC : "Arc-en-Ciel" (après la pluie le beau temps) :o)


Présentation du PLAN C :


Rouages fondateurs d'une vraie démocratie :


Citoyens Européens Contre le Régime Illégitime :


Malformation congénitale de l'Union européenne :


Liberté d'expression :


Vote blanc = protestation légitime:


Henri Guillemin


Jean-Jacques ROUSSEAU


Cornélius Castoriadis


Gentils virus






Commentaires récents (de la partie blog ; voir aussi le forum et le wiki) :

Articles récents :




vendredi 29 juin 2012

À LA UNE du site général de TEDx (1)

Bonne nouvelle : notre rencontre de Paris est présentée À LA UNE du site général de TEDx :

http://tedxtalks.ted.com/

Merci à toute l'équipe de TEDx RepubliqueSquare, et à tous les gentils virus, traducteurs et diffuseurs : ça continue à germer, en de nombreuses autres langues et un peu partout :)

Et la conférence de Genève avec Myret arrive à 600 000 !... C'est assez incroyable.

C'est bien, parce que ça urge.

Étienne.

lundi 25 juin 2012

Liste des vidéos et de leurs traductions (4)

Chers amis,

J'ai l'impression que vous êtes nombreux par ici à ne JAMAIS mettre les pieds sur Facebook, par principe ou par prudence. (On peut remarquer qu'inversement, il y a un grand nombre d'habitués de Facebook qui y trouvent presque tout leur compte et n'en sortent que rarement.)

C'est pourquoi je vous recopie ici quelques traces du travail extraordinaire que mènent (tous les jours) les "gentils virus traducteurs", en utilisant Facebook et Amara.

https://www.facebook.com/groups/virustraducteurs/files/

Ce travail collaboratif de compilation et de traduction peut sûrement servir à ceux qui refusent de mettre les pieds sur Facebook mais veulent quand même aider à diffuser en d'autres langues le message radical que "ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir".

Je vous remercie tous pour votre dévouement ; très émouvant ; et ravigotant :)

Étienne.


Vidéos Traduites
Par Luis Bicalho dans Équipe des Virus Traducteurs

https://www.facebook.com/groups/virustraducteurs/doc/268789866551324/

Ci-dessous la liste de toutes les traductions terminées.

VIDÉOS TRADUITES:

L'arnaque de l'impôt sur le revenu (6minutes) @Six-Fours du 20/02/11
Vidéo originale (Français, Anglais, Allemand, Espagnol)
http://www.dailymotion.com/video/xlgdzl_etienne-chouard-l-arnaque-de-l-impot-sur-le-revenu_news

Vidéo traduite sur Amara (Français, Anglais, Allemand, Espagnol)
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/z4utUrP75Gtc/info/etienne-chouard-larnaque-de-limpot-sur-le-revenu/

Partie 1 de la Conférence @Marseille du 23/04/11 : les enjeux de la création monétaire
Vidéo originale sous-titrée (Français, Anglais)
http://www.dailymotion.com/video/xihtuk_etienne-chouard-conference-sur-la-creation-monetaire-marseille_news

Amara
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/khaENb7vcE8X/info/etienne-chouard-conference-sur-la-creation-monetaire-marseille/

Partie 2 : inflation et chômage
Vidéo originale sous-titrée (Français, Portugais)
http://www.dailymotion.com/video/xjduwv_etienne-chouard-sur-l-inflation_news

Amara
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/YuWpZ2dB69wn/info/etienne-chouard-sur-linflation/

Partie 3 : Le tirage au sort comme bombe politiquement durable contre l'oligarchie
Vidéo originale sous-titrée (Français, Allemand, Anglais, Espagnol)
http://www.dailymotion.com/video/xiyzhh_etienne-chouard-conference-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie_news

Amara
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/czm05eHCsqYb/info/etienne-chouard-conference-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-loligarchie/

Conférence @TEDX
Vidéo originale sous-titrée (Français, Anglais, Espagnol, Italien, Portugais)

http://www.youtube.com/watch?v=oN5tdMSXWV8

Vidéo traduite sur Amara (Français, Anglais, Espagnol, Portugais, Italien, Suédois, Roumain, Catalan, Bulgare) Hongrois en cours.
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/GHnNaj21BEVm/info/etienne-chouard-chercheur-en-cause-des-causes-tedxrepubliquesquare/

Avec Sylvain Durain (La liberté d'expression)
Vidéo traduite sur Amara (Français, Anglais)
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/aTxmOb2kZjWm/info/etienne-chouard-la-liberte-dexpression-la-vraie-democratie-la-culture/


Vidéos transcrites en cours de Traduction !
Par Benjamin Poly, Pascal Nime et Luis Bicalho dans le Équipe des Virus Traducteurs

https://www.facebook.com/groups/virustraducteurs/doc/268810613215916/

Pour les nouveaux ... et les autres aussi ! Voici les chantiers ouverts, et toute les vidéos dont la transcription en français est terminée.

Y sont indiquées les traductions commencées, et celles qui nécessitent encore une relecture !

N'hésitez pas à commencer une traduction dans la langue que vous connaissez, les autres vous aideront ! Signalez-vous sur le groupe !

Conférence TEDX (terminée en Français, Anglais, Espagnol, Catalan, Portugais, Italien, Roumain, Suédois, Bulgare)

http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/GHnNaj21BEVm/info/etienne-chouard-chercheur-en-cause-des-causes-tedxrepubliquesquare/


Portugais (brésilien) : 100% BESOIN d'une RELECTURE
Italien : 100%, BESOIN d'une RELECTURE
Catalan : IDEM
Roumain : IDEM
Hongrois : 9 %
Si vous faites la relecture, signalez-vous, merci !...

Conférence de Genève avec Myret Zaki (Français à terminer !)
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/63A7LLx5137b/info/letat-et-les-banques-les-dessous-dun-hold-up-historique-par-myret-zaki-et-etienne-chouard/

Anglais : 124 lignes
Allemand : 7%
Espagnol : 3%

Guillemin explique Robespierre et la révolution française
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/t4WddSigbnLJ/info/henri-guillemin-explique-robespierre-et-la-revolution-francaise-12/

http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/z7cnDBwYfoCo/info/henri-guillemin-explique-robespierre-et-la-revolution-francaise-22/

Conférence à Marseille: Le tirage au sort comme bombe politiquement durable contre l'oligarchie (terminée en Allemand, Anglais, Français, Espagnol)

http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/czm05eHCsqYb/info/etienne-chouard-conference-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-loligarchie/

ROUMAIN 1%
Italien : 90% espace de travail ici=> PARTIE 6, https://docs.google.com/document/d/1bmyljwuGmkFqLaJBQ6PUxqq_eCM7_Gf-jgg5fgBx3ds/edit?hl=fr
Portugais : espace de travail ici => PARTIE 1
https://docs.google.com/document/d/14EMKooKH-_o8MPnyhY3ozxu6XY7hy_ayGQusZFfOfZU/edit?hl=fr
https://docs.google.com/document/d/1PmZviadqv4Silt9xQ3rxMdNJ7FpaCxUPSm5d73ZQ92g/edit?hl=fr

Conférence de Montpellier 14/03/12 (Français, Espagnol terminé) http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/h8ZFgjyLGeXS/info/la-vraie-democratie-le-tirage-au-sort-etienne-chouard-montpellier-14-mars-2012/

Anglais (33%)

Avec Sylvain Durain (Le problème du vol monétaire)
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/GpnXPK3EUJfO/info/etienne-chouard-le-probleme-du-vol-monetaire-et-de-la-constitution/
Anglais 239 lignes

Conférence de Lyon (ouverte aux traductions!)
Partie I
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/SEv2jtydYoAX/info/etienne-chouard-partie-i-conference-de-lyon-mars-2012/
Anglais (31%)

Partie 2
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/kyaaZhuTWnsq/info/etienne-chouard-partie-ii-conference-de-lyon-mars-2012/

Partie 3
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/Z7aI7ZSlawRO/info/etienne-chouard-partie-iii-conference-de-lyon-mars-2012/

Partie 4
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/ZwEmrDfBjCRl/info/etienne-chouard-partie-iv-conference-de-lyon-mars-2012/

Conférence de Metz (ouverte aux traductions !)
1/6
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/PA5jlHu0JIEh/info/16chouardmetzoct2011-enjeux-constitution/

10 raisons de sortir de l'UE 1/3 (ouverte aux traductions !)
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/5IubvYlpK1ss/info/etienne-chouard-10-raisons-de-sortir-de-lunion-europeenne/

RUSSE: 31 lignes

Transcription de la partie 2/3
Dotsub
http://dotsub.com/view/a829af0b-4317-4819-9110-1054146956e3

Transcription de la partie 3/3
Dotsub
http://dotsub.com/view/b870fff3-249d-4c20-942f-f0e41662c1ff

Avec Sylvain Durain (La liberté d'expression)
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/aTxmOb2kZjWm/info/etienne-chouard-la-liberte-dexpression-la-vraie-democratie-la-culture/

Transcription de la Partie 2 sur Dotsub :
http://dotsub.com/view/1263cff7-2d15-4641-bb59-9ca06aa6b511

Avec Sylvain Durain (La novlangue)
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/2EGoPByEX5Lf/info/etienne-chouard-les-abus-de-langage-et-la-novlangue/

Avec Sylvain Durain (La dette et la fin de l'Etat providence)
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/BL6WVQQdR65A/info/etienne-chouard-la-dette-et-la-fin-de-letat-providence/

L'arnaque de l'impôt sur le revenu (terminée en anglais, espagnol, allemand, français)
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/z4utUrP75Gtc/info/etienne-chouard-larnaque-de-limpot-sur-le-revenu/


@Radio Ici et Maintenant 04/05/2012
Partie I
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/M4qxLgANTtBo/info/rim-20120504-etienne-chouard-12/

@Rendez-vous Blanc 16/02/2012
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/Ug93Y4j8YtZj/info/interview-detienne-chouard-sur-la-dette-publique-et-le-projet-de-constituante/

Jacques Testart sur les conférences de citoyens
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/jtXgiJV8jXI4/info/conferences-de-citoyens-democratie-directe/


Liste de toutes les vidéos !!! EN CONSTRUCTION
Par Luis Bicalho et Matthieu Wadoux dans Équipe des Virus Traducteurs

https://www.facebook.com/groups/virustraducteurs/doc/296901100406867/

PRIÈRE DE FAIRE VOS MODIFICATIONS EN GRAS!

Recensement de toutes les vidéos non transcrites d'Etienne Chouard ouvertes à la Transcription

========VIDÉOS
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/multimedia/E_Chouard_Bruxelles_25_mars_2012-pour-un-peuple-constituant_montage_reduit_15_min.mp3 Étienne Chouard @FR3 01/05/2005 http://leweb2zero.tv/multipod2/samsara_7345f1e547c9a9c

Etienne Chouard avant l'émission travaux publics France culture 23/04/2007
http://www.dailymotion.com/video/x1sma9_etienne-chouard-parapente_news
http://www.dailymotion.com/video/x1smd5_etienne-chouard-dans-son-bureau_news
http://www.dailymotion.com/video/x1smfe_etienne-chouard-raconte-trets_news

Etienne @LCP 05/2007
Entier http://www.dailymotion.com/video/xmlml5_etienne-chouard-le-tirage-au-sort-des-deputes-lcp_news

1/2 http://www.dailymotion.com/video/x22dxw_etienne-chouard-1-1-le-tirage-au-so_news
2/2 http://www.dailymotion.com/video/x22e4t_etienne-chouard-2-2-le-tirage-au-so_news

Etienne @Arles 19/12/2007
http://www.dailymotion.com/video/x3t3tr_etienne-chouard-arles-1_news
http://www.dailymotion.com/video/x3t42f_etienne-chouard-arles-2_news
http://www.dailymotion.com/video/x3t476_etienne-chouard-arles-3_news
http://www.dailymotion.com/video/x3t4cx_etienne-chouard-arles-4_news

Etienne @IEP Aix 15/01/2008
13 min http://www.youtube.com/watch?v=hFoFokHB_ms
ENTIER1/2 http://www.youtube.com/watch?v=gtyqbfhXnIE
ENTIER2/2 http://www.youtube.com/watch?v=umY3rminQ5o
ENTIER1/2 http://www.youtube.com/watch?v=fDshRytH-hE
ENTIER 2/2 http://www.youtube.com/watch?v=1PdUG_JGiDU
et 1/2 http://www.youtube.com/watch?v=q2ax64N1ZN8
2/2 http://www.youtube.com/watch?v=PWEPa4kWUfM

Etienne @Nantes 21/03/2008
http://www.dailymotion.com/video/x4tdiy_nuit-68-au-lieu-unique-de-nantes-1_webcam

Etienne @interview 12/2008
1 http://www.youtube.com/watch?v=CSo9MPPtlJc
2 http://www.youtube.com/watch?v=7xiSmwTZYAE

Etienne @culture libre création monétaire 1 l'argent dette mi-mars 2011
13:50 http://www.youtube.com/watch?v=89PfqnbUGdA
et http://www.youtube.com/watch?v=GdSrv1M05sE
et http://www.youtube.com/watch?v=mJ0szTyATc0
et http://www.dailymotion.com/video/xhiymd_entretien-avec-etienne-chouard-1-l-argent-dette_news

Etienne @culture libre création monétaire 2 comment les banques ruinent les états (complot et impôt sur le revenu)
1/2 9min http://www.youtube.com/watch?v=WagYKQOWaus
et http://www.youtube.com/watch?v=IDktBtd0ai8
2/2 11min http://www.youtube.com/watch?v=htozNsrMJ6g
en une partie 21min http://www.youtube.com/watch?v=9cmK04ybRAg
et http://www.dailymotion.com/video/xhjgrq_entretien-avec-etienne-chouard-2-complot-et-impot_news

Etienne @culture libre Le système électif
http://www.dailymotion.com/video/xhm97w_entretien-avec-etienne-chouard-3-le-systeme-electif_news

Etienne @culture libre Le tirage au sort
http://www.dailymotion.com/video/xhm99c_entretien-avec-etienne-chouard-4-le-tirage-au-sort_news

Etienne @Cannes AgoraFM 16/03/2011
http://www.youtube.com/watch?v=fapySwNU1LI
http://www.dailymotion.com/video/xpo1fo_etienne-chouard-agora-fm-16-mars-2011-le-tirage-au-sort-des-elus_news

Etienne @Nice 29/04/2011
entier : http://www.youtube.com/watch?v=nxnc7Vgm-cc MAIS PAS D'IMAGE
1/2 http://www.youtube.com/watch?v=sBoifwWuJLA
2/2 http://www.youtube.com/watch?v=yCkv8e71MNo
1/6 http://www.dailymotion.com/video/xj8j5g_etienne-chouard-a-nice-1-6_news
2/6 http://www.dailymotion.com/video/xj8oi8_etienne-chouard-a-nice-2-6_news
3/6 http://www.dailymotion.com/video/xj8ohx_etienne-chouard-a-nice-3-6_news
4/6 http://www.dailymotion.com/video/xj8r4x_etienne-chouard-a-nice-4-6_news
5/6 http://www.dailymotion.com/video/xj8r4j_etienne-chouard-a-nice-5-6_news
6/6 http://www.dailymotion.com/video/xj8sw6_etienne-chouard-a-nice-6-6_news

Etienne @Montpellier 22/09/2011 Amis du monde diplomatique
http://www.dailymotion.com/video/xlbjvc_etienne-chouard-conference-a-montpellier-22-septembre-2011-1-4_news
http://www.dailymotion.com/video/xlbjbh_etienne-chouard-conference-montpellier-22-septembre-2011-2-4_news
http://www.dailymotion.com/video/xlbjnc_etienne-chouard-conference-a-montpellier-22-septembre-2011-3-4_news
http://www.dailymotion.com/video/xlbjri_etienne-chouard-conference-a-montpellier-22-septembre-2011-4-4_news

Etienne @Chambéry Forum Social Local Tvnetcitoyenne 24/09/2011
http://www.dailymotion.com/video/xlaody_le-forum-social-local-invite-etienne-chouard_news
Interview http://www.dailymotion.com/video/xlahb8_etienne-chouard-repond-aux-questions-de-la-tvnet_news

Etienne @Metz 10/2011
1/6 http://www.youtube.com/watch?v=xYVpOPKnMFk
ou http://www.dailymotion.com/video/xmbcvh_1-6-chouard-metz-oct2011-enjeux-constitution_news
2/6 http://www.youtube.com/watch?v=rDGeEdCxXqc
ou http://www.dailymotion.com/video/xmcszt_2-6-chouard-metz-oct2011-ue-chomage-de-masse_news
3/6 http://www.youtube.com/watch?v=whfZ5EZ6R8Q
ou http://www.dailymotion.com/video/xmfk3h_3-6-chouard-metz-oct2011-ue-dictature-des-marches-financiers-sabordage-monetaire_news
4/6 http://www.youtube.com/watch?v=9m71p2XM28c
ou http://www.dailymotion.com/video/xmjlus_4-6-chouard-metz-oct2011-l-ue-des-lois-sans-parlement_news
5/6 http://www.youtube.com/watch?v=JkpTFkbR764
ou http://www.dailymotion.com/video/xmnz4t_5-6-chouard-metz-oct2011-monnaie-chomage-l-alternative-des-cotisations_news
6/6 http://www.youtube.com/watch?v=bfrIvHLJ088
ou http://www.dailymotion.com/video/xn3x2x_6-6-chouard-metz-oct2011-democratie-tirage-au-sort_news
OU en 2 parties
1/2 http://www.youtube.com/watch?v=oNod_lhjpOs
2/2 http://www.youtube.com/watch?v=j_3PKx-LFn4
OU
En 17 parties http://www.youtube.com/watch?v=DHvxZlxGIoM
OU

Etienne @Indignés 14/11/2011 05:15
http://www.dailymotion.com/video/xl5kaq_e-chouard-rencontre-avec-les-indignes-le-14-juillet_webcam
http://www.dailymotion.com/video/xl3zy1_etienne-chouard-rencontre-avec-les-indignes-14-juillet-2011-marseille_news

Etienne @Namur 18/11/2011
1/12 http://www.youtube.com/watch?v=YBnIMZ-TZL0
et le reste sur http://www.youtube.com/user/dodudidier

Etienne @Bruxelles 19/11/2011
1/3 : http://bambuser.com/channel/convergencesluttes/broadcast/2140799
2/3 : http://bambuser.com/channel/convergencesluttes/broadcast/2140896
3 : 3 http://bambuser.com/channel/convergencesluttes/broadcast/2141110

Etienne @Extraits du film "la dette" 11/2011
http://www.youtube.com/watch?v=eFuM8FhaOxM qui fabrique l'argent ?
http://www.youtube.com/watch?v=XVbkOkWVxkc l'argent est-il rare ?
http://www.youtube.com/watch?v=L7Mf5PjHEtg La dette, un outil d'oppression
http://www.youtube.com/watch?v=sUI12Z_4_Jw Les causes du déficit budgétaire sont-elles une augmentation des dépenses ?

L'Etat et les banques, les desous d'un hold-up historique avec Myret Zaki 03/12/2011
http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&list=UUuqKwvlBmW_ZZoDbV89LBOA&v=TLjq25_ayWM#t=2105s

version enrichie : http://vimeo.com/37704340
et http://www.youtube.com/watch?v=1Wnnheb4XPU
et en 10 parties http://www.youtube.com/watch?v=JJsJ9OaRqeM
et http://www.dailymotion.com/video/xn83cj_l-etat-et-les-banques-les-dessous-d-un-hold-up-historique-par-myret-zaki-et-etienne-chouard_news

Etienne @attac à Gap 02/2012
http://www.youtube.com/watch?v=CRV8ywOEQ-o

Etienne @Paris 15/02/2012
1/2 http://www.dailymotion.com/video/xou4cn_conference-etienne-chouard-paris-partie-1_news
2/2 http://www.dailymotion.com/video/xou4ef_conference-etienne-chouard-paris-partie-2_news

Etienne @Rendez-vous Blanc 16/02/2012
http://www.youtube.com/watch?v=CuPFdF5Nz2k
et http://www.youtube.com/watch?v=CKcG_s5f9CA
et http://www.youtube.com/watch?v=HFTx7aQSdOI
http://www.dailymotion.com/video/xp07qm_etienne-chouard-dette-et-projet-de-constituante-16-fev-2012_webcam
http://www.dailymotion.com/video/xoz7eh_interview-d-etienne-chouard-sur-la-dette-publique-et-le-projet-de-constituante_news
http://www.dailymotion.com/video/xp2ptw_etienne-chouard-sur-la-dette-publique-et-le-projet-de-constituante_news
+ DISCUSSION http://www.dailymotion.com/video/xouwxp_etienne-chouard-sur-l-etablissement-de-la-democratie-avec-des-candidats-tires-au-sort-presentes-aux_news

Etienne @Six-Fours 20/02/11
http://www.dailymotion.com/video/xlsv92_etienne-chouard-conference-de-six-fours-partie-1-2_news
http://www.dailymotion.com/video/xlttdk_etienne-chouard-conference-de-six-fours-partie-2-2_news

-6 min http://www.youtube.com/watch?v=FxzQrPmTClg ou https://www.youtube.com/watch?v=htozNsrMJ6g MODÈLE DU BUZZ-VIRUS 88000 vues et tous les doublons:
-http://www.youtube.com/watch?v=mKjLF-4jN8o
-http://www.youtube.com/watch?v=bZ_HZIoIF8Y
-http://www.youtube.com/watch?v=vakd5xpyRHg
-http://www.youtube.com/watch?v=ydAisDLnvpQ
-http://www.youtube.com/watch?v=xytJpti-y44
-http://www.youtube.com/watch?v=KD4N8epCOlg
-http://www.dailymotion.com/video/xlgdzl_etienne-chouard-l-arnaque-de-l-impot-sur-le-revenu_news (originale!!)
-http://www.dailymotion.com/video/xifixa_e-chouard-arnaque-de-l-impot-sur-le-revenu_webcam


Etienne @Toulouse 24/02/2012
http://www.dailymotion.com/video/xp38zw_conference-debat-a-toulouse-etienne-chouard-24-02-2012-partie-1-6_news
http://www.dailymotion.com/video/xp3bbv_conference-toulouse-etienne-chouard-24-02-2012-2-6_news
http://www.dailymotion.com/video/xp3ccb_conference-toulouse-etienne-chouard-24-02-2012-3-6_news
http://www.dailymotion.com/video/xp3cvh_conference-toulouse-etienne-chouard-24-02-2012-4-6_webcam
http://www.dailymotion.com/video/xp3di4_conference-toulouse-etienne-chouard-24-02-2012-5-6_news
http://www.dailymotion.com/video/xp3edv_conference-toulouse-etienne-chouard-24-02-2012-6-6_news

Etienne @Montpellier 14/03/12
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/h8ZFgjyLGeXS/info/la-vraie-democratie-le-tirage-au-sort-etienne-chouard-montpellier-14-mars-2012/
et http://www.youtube.com/watch?v=5OKcTim5L8E
et http://www.youtube.com/watch?v=Jp4hj1Ke2eU
et http://vimeo.com/39060391

Etienne @Lyon 03/12
Partie I http://www.youtube.com/watch?v=eEnATSyXL3g
Partie II http://www.youtube.com/watch?v=OGQJFB5tQ6g
Partie III http://www.youtube.com/watch?v=45uxECd-mZ8
Partie IV http://www.youtube.com/watch?v=fSY1X7O14CU
Partie V http://youtu.be/9Xirg0MNtS0
Partie VI http://youtu.be/9zCpk6jEV2w
Partie VII http://youtu.be/kXZQ6aJhd7A

@Lyon 05/05/12
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Q4tNMe25VUQ#!

==========ENTRETIENS
Europe 1/5
http://www.dailymotion.com/video/x3f4gl_europe-1-5-entretien-avec-etienne-c_news

Etienne sur la mondialisation
http://www.dailymotion.com/video/xev5dn_etienne-chouard-sur-la-mondialisati_webcam
Etienne @Thierry Crouzet, en 3 parties ici: http://www.youtube.com/watch?v=5tIm7-QgHnU (2/3)
1/2 http://www.dailymotion.com/video/x1dq1d_pour-une-assemblee-constituante-1_news
2/2 http://www.dailymotion.com/video/x1dq5m_pour-une-assemblee-constituante-2_news
1/2 http://www.dailymotion.com/video/x1cwvl_assemblee-constituante-citoyenne_news
2/2 http://www.dailymotion.com/video/x1cx35_assemblee-constituante-citoyenne-2_news

Etienne @Sylvain Durain Hugo Chavez 28/09/11
22:18 http://www.youtube.com/watch?v=i2eSQN--LP0
ET http://www.dailymotion.com/video/xldtzg_etienne-chouard-hugo-chavez-la-sottise-des-antifas_webcam
http://www.dailymotion.com/video/xq8y8s_etienne-chouard-hugo-chavez_news

Etienne @ Jean Robin (2:11:00)
http://www.youtube.com/watch?v=6LB462z-j70
http://www.youtube.com/watch?v=4iTdft_qiGE
http://www.youtube.com/watch?v=3w_-h2cJMRI
http://www.dailymotion.com/video/xl5r5h_etienne-chouard-sommes-nous-en-democratie_news (originale!)

Etienne @ Yvan Blot
version courte: https://vimeo.com/38263751
http://www.dailymotion.com/video/xlz6kr_debat-entre-etienne-chouard-et-yvan-blot-sur-la-democratie-reelle_news

@Opinews
17/05
1/2 http://www.youtube.com/watch?v=RRQ0Gj69lAM
2/2 http://www.youtube.com/watch?v=4hyyrpwhfKo

==========RADIOS
Etienne @Le libre TS le 02/10/2011
courte sélection http://www.dailymotion.com/video/xldscb_etienne-chouard-sur-le-lts-le-2-octobre_news
1/3 http://www.dailymotion.com/video/xlgfds_etienne-chouard-sur-le-libre-teamspeak-1-3_news
http://www.dailymotion.com/video/xlgg3a_etienne-chouard-sur-le-libre-teamspeak-2-3_news

Etienne @Radio Courtoisie le 15/11/2011
http://www.youtube.com/watch?v=d-x-TVs-CbE

Etienne @Radio Enghien le 14/02/2012
http://www.youtube.com/watch?v=BPb4J_c6iF0

Etienne @Ici et maintenant 25/10/2011
http://rimsave.com/?p=1238

Etienne @ ici et maintenant 04/05/2012
1/2
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/M4qxLgANTtBo/info/rim-20120504-etienne-chouard-12/
http://www.dailymotion.com/video/xqloxq_rim-2012-05-04-etienne-chouard-1-2_news
2/2
http://www.dailymotion.com/video/xqlp6w_rim-2012-05-04-etienne-chouard-2-2_news

==========MONTAGES ou EXTRAITS non identifiés
http://www.youtube.com/watch?v=1jyr_FAGFzk
http://www.youtube.com/watch?v=ZWSXU0mCxT0 Radio? Teamspeak? La fausse démocratie en 10 minutes (11min)
ET http://www.youtube.com/watch?v=pjTPu8nbUL8
inconnu: http://www.youtube.com/watch?v=ksBiv5L_bJk
best of http://www.youtube.com/watch?v=woBJiqDv1w8
inconnu: http://www.youtube.com/watch?v=2PcQkf2jzBM
Montage: http://www.dailymotion.com/video/xq2gvc_etienne-chouard-reprenons-le-pouvoir-aux-lobbys-financiers_webcam
Radio : http://www.dailymotion.com/video/xddpgs_etienne-chouard-contre-le-traite-de_news

Le message: REMIX amélioré : http://www.youtube.com/watch?v=6yVF1eyZlUU

extrait complot 02:23
https://vimeo.com/26630151
et http://www.dailymotion.com/video/xol529_etienne-chouard-sur-la-theorie-du-complot_webcam?search_algo=1
=>et 15:55
http://www.dailymotion.com/video/xi5ziq_etienne-chouard-les-gros-malins-de-la-theorie-du-complot_news
http://www.dailymotion.com/video/xi5vdd_etienne-chouard-les-gros-malins-de-la-theorie-du-complot_news
http://www.dailymotion.com/video/xi5xnf_etienne-chouard-les-gros-malins-de-la-theorie-du-complot_news
http://www.dailymotion.com/video/xi610h_etienne-chouard-les-gros-malins-de-la-theorie-du-complot_news

montage best of http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=3uu_NdsPoHQ

vidéos ouvertes à la Traduction
=>Etienne 10 raisons de sortir de l'UE 1/3
http://dotsub.com/view/11a0a942-4d00-460e-8232-d9edccc91027
http://www.dailymotion.com/video/xiegy7_etienne-chouard-sortir-de-l-ue-partie-1-3_news
2/3
http://dotsub.com/view/a829af0b-4317-4819-9110-1054146956e3
http://www.dailymotion.com/video/xieks6_etienne-chouard-sortir-de-l-ue-partie-2-3_news
3/3
http://dotsub.com/view/b870fff3-249d-4c20-942f-f0e41662c1ff
http://www.dailymotion.com/video/xigon8_etienne-chouard-sortir-de-l-ue-3-3_news

=>Etienne @Sylvain Durain(vol monétaire-constitution) 28/09/2011
1/2 (15:11) http://dotsub.com/view/61b1428e-9917-44c5-b495-8e830aed445d
2/2 (15:00) http://dotsub.com/view/1263cff7-2d15-4641-bb59-9ca06aa6b511
ET EN ENTIER (30:11) http://www.dailymotion.com/video/xldnko_etienne-chouard-le-probleme-du-vol-monetaire-et-de-la-constitution_webcam

=>Etienne @Sylvain Durain (abus langage novlangue) http://dotsub.com/view/0cfeb7c9-ac0f-4b4d-9e39-5ded6b1cc901
ET http://www.dailymotion.com/video/xldjw2_etienne-chouard-les-abus-de-langage-et-la-novlangue_webcam

=>Etienne @SylvainDurain (dette Etat providence)
http://dotsub.com/view/249de43e-bd8b-4d91-9b87-8c3d465ec395
ET http://www.dailymotion.com/video/xldqty_etienne-chouard-la-dette-et-la-fin-de-l-etat-providence_webcam

=>Etienne @ Sylvain Durain (liberté d'expression vraie)
Dotsub ENG 100%
http://dotsub.com/view/5e5888a5-87fd-4e70-bbe5-24096a55b1ed
ET http://www.dailymotion.com/video/xlddzl_etienne-chouard-la-liberte-d-expression-la-vraie-democratie-la-culture_webcam


Etienne @Lyon Partie I
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/SEv2jtydYoAX/info/etienne-chouard-partie-i-conference-de-lyon-mars-2012/
http://www.youtube.com/watch?v=eEnATSyXL3g

Etienne @Marseille3 23/04/11
DL ITA 90% POR 10%
http://www.dailymotion.com/video/xiyzhh_etienne-chouard-conference-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie_news

@TEDX
http://www.youtube.com/watch?v=oN5tdMSXWV8
ESP, POR, Suédois en cours
Dotsub http://dotsub.com/view/af07146a-1713-4989-a66a-a2c835efdd8a
Amara http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/GHnNaj21BEVm/info/etienne-chouard-chercheur-en-cause-des-causes-tedxrepubliquesquare/


Projets clos

Etienne @Six-fours 20/02/2011
Dotsub(FR+ENG+ESP+GER)
http://dotsub.com/view/078a67f4-655d-410d-8d20-952df2559f8a
6 min http://www.youtube.com/watch?v=FxzQrPmTClg ou https://www.youtube.com/watch?v=htozNsrMJ6g MODÈLE DU BUZZ-VIRUS 88000 vues et tous les doublons: -http://www.youtube.com/watch?v=mKjLF-4jN8o @
-http://www.youtube.com/watch?v=bZ_HZIoIF8Y @
-http://www.youtube.com/watch?v=vakd5xpyRHg @
-http://www.youtube.com/watch?v=ydAisDLnvpQ @
-http://www.youtube.com/watch?v=xytJpti-y44 pas contacté
-http://www.youtube.com/watch?v=KD4N8epCOlg
-http://www.dailymotion.com/video/xlgdzl_etienne-chouard-l-arnaque-de-l-impot-sur-le-revenu_news (originale!!)
-http://www.dailymotion.com/video/xifixa_e-chouard-arnaque-de-l-impot-sur-le-revenu_webcam

@Marseille1 23/04/11 DL (FR+ENG) http://www.dailymotion.com/video/xihtuk_etienne-chouard-conference-sur-la-creation-monetaire-marseille_news

@Marseille2 23/04/11
DL(FR+POR) http://www.dailymotion.com/video/xjduwv_etienne-chouard-sur-l-inflation_news

@Marseille3 23/04/11
DL(ENG+GER+ESP) en cours (ITA+PO
http://www.dailymotion.com/video/xiyzhh_etienne-chouard-conference-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie_news

@TEDX http://www.youtube.com/watch?v=oN5tdMSXWV8
Dotsub (FR, ENG)
http://dotsub.com/view/af07146a-1713-4989-a66a-a2c835efdd8a
Amara (Fr, ENG)
http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/GHnNaj21BEVm/info/etienne-chouard-chercheur-en-cause-des-causes-tedxrepubliquesquare/

=======DOUBLONS
http://www.youtube.com/watch?v=fEwCJEbJ9Pc 10 raisons
http://www.youtube.com/watch?v=M2ADw7hZiT0 Marseille3
http://www.youtube.com/watch?v=EV60aqBD6H4 Marseille3
http://www.youtube.com/watch?v=vkW7GSWxWK0 TedX
http://www.youtube.com/watch?v=sM0Cafj1oy0 TedX
https://vimeo.com/40944205 TedX
http://www.dailymotion.com/video/xq81m2_etienne-chouard-chercheur-en-cause-des-causes_news TedX
http://www.dailymotion.com/video/xq6w7n_etienne-chouard-chercheur-en-cause-des-causes_webcam TedX
http://www.youtube.com/watch?v=RBRX2zU9KkE 10 raisons de sortir de l'UE
http://www.youtube.com/watch?v=kCV2OGF7gI4 10 raisons
http://www.youtube.com/watch?v=RSkuuldARHw 10 raisons
http://www.dailymotion.com/video/xkkyxc_etienne-chouard-10-raisons-de-sortir-de-l-union-europeenne_news 10 raisons
http://www.youtube.com/watch?v=LtIok30_bDw Marseille1
http://www.youtube.com/watch?v=DU-zFA_4Z6s Marseille1
==========VIDEOS ETRANGERES
http://www.youtube.com/watch?v=5hm5j_l8uhU Marseille 3
http://www.youtube.com/watch?v=bjhFb_-wBI0 Marseille3
http://www.youtube.com/watch?v=3GHZ6q9161c Marseille3

http://www.youtube.com/watch?v=X5uvafAhmCM TEDx Russe
http://www.youtube.com/watch?v=Ol_RdjThyAY partie 2
http://www.youtube.com/watch?v=5_Bef15mELk Bulgare??

http://www.youtube.com/watch?v=GeeOIlvbRpQ russe?
http://www.youtube.com/watch?v=tu8ADrdei4s

mardi 19 juin 2012

Rendez-vous ce soir, de 21 h à 22 h, sur opinews.com, avec Yvan BACHAUD, pour parler du RIC, référendum d'initiative populaire (65)

Chers vous tous :-)

Rendez-vous dans une demi-heure (de 21 h à 22 h) sur Opinews.com :

http://opinews.com/

Ce soir, à côté des questions que vous voudrez sans doute poser, j'aimerais garder une petite place pour YVAN BACHAUD, ardent militant pour le RIC, référendum d'initiative citoyenne, institution centrale et décisive, tout à fait essentielle pour caractériser une démocratie digne de ce nom.

Le site du RIC (avec plein de vidéos intéressantes) :
http://www.ric-france.fr/

J'aurais dû vous en parler avant, je suis débordé, pardon ; mais cette première rencontre impromptue ne nous empêche pas de programmer un "SPÉCIAL RIC" pour mardi prochain, 26 juin, avec Yvan => d'ici là, je vous enverrai un ou deux résumés en texte et deux ou trois bonnes adresses, pour bosser un peu le sujet avant :)

Disons que l'intervention d'Yvan ce soir serait une sorte d'apéritif, pour comprendre, en gros, à la fois l'importance et l'originalité de ses propositions en matière de démocratie.

J'aimerais bien que SITOUAILLAIN et SANDY viennent croiser le fer avec YVAN : "pour ou contre une assemblée constituante tirée au sort ?" :)

J'ai déjà expliqué à Yvan que je trouvais l'alternative défendue par Sitouaillain intéressante et utile, et que ce débat (sur la meilleure procédure pour garantir un processus constituant sans conflits d'intérêts contraires à l'intérêt général) était important, à mener comme il faut dès qu'on le pourra.

À tout à l'heure :-)

Étienne.

vendredi 15 juin 2012

Protéger les biens communs contre les voleurs par nature que sont les marchands géants : Elinor Ostrom entretient la mémoire des luttes (10)

Un bon article sur un travail essentiel : celui d'Elinor Ostrom pour protéger les biens communs.

Protéger les biens communs contre les voleurs par nature que sont les marchands géants : c'est la responsabilité des citoyens actifs ; en cette matière comme en d'autres, il est vain d'attendre quoi que ce soit de bon de la part des acteurs politiques, élus précisément grâce à l'argent des marchands géants.

Coïncidence : Claude Rochet, de passage à la maison, me parlait justement hier matin d'Elinor Otrom et de l'importance de ses travaux pour entretenir la mémoire des luttes :


Elinor Ostrom
ou la réinvention des biens communs


Article d'Hervé Le Crosnier signalé par Le Monde diplomatique, ce vendredi 15 juin 2012
http://blog.mondediplo.net/2012-06-15-Elinor-Ostrom-ou-la-reinvention-des-biens-communs


« Première femme à obtenir un Prix Nobel d’économie (en 2009) pour ses développements sur la théorie des communs [1], Elinor Ostrom est décédée ce mardi 12 juin, à l’âge de 78 ans. Chercheuse politique infatigable et pédagogue ayant à cœur de transmettre aux jeunes générations ses observations et analyses, elle avait, malgré sa maladie, continué son cycle de conférences et la rencontre avec les jeunes chercheurs du domaine des communs au Mexique et en Inde. Récemment encore, elle exprimait son sentiment d’urgence à propos de la conférence Rio+20 qui se déroule actuellement [2]. Une conférence durant laquelle le terme de « communs » devient un point de ralliement, jusqu’à figurer dans le titre du « Sommet des Peuples pour la justice sociale et environnementale en défense des biens communs ».

La théorie des biens communs, ou plus précisément des « communs », suivant le terme anglais commons, qui est plus général et moins focalisée que la traduction française actuellement utilisée, a connu plusieurs périodes : les études historiques, l’analyse du fonctionnement des communs naturels et la construction des communs du numérique. Elinor Ostrom et l’approche institutionnelle de économie politique des communs est essentielle dans ce parcours pour comprendre le renouveau de l’étude des communs et l’apparition de mouvements sociaux qui se revendiquent de la défense ou de la construction des communs.


Leçons de l'histoire

L’histoire de l’Angleterre et du mouvement des enclosures, qui opposa très violemment les pauvres des campagnes aux propriétaires terriens entre le XIIIe et XVIIe siècle a été la première incarnation des analyses et des mouvements sur les communs. Les propriétaires voyaient dans la privatisation et la clôture des espaces la garantie d’une meilleure productivité, notamment pour l’élevage des moutons destinés aux filatures. Les pauvres, qui dans les coutumes et les premiers textes législatifs [3] avaient des droits élémentaires sur les communs, y voyaient une expropriation de leur moyens de subsistance : la récolte du miel, le bois de chauffe, les produits de la cueillette. Une expropriation qui les conduisait à rejoindre les villes et accepter les travaux les plus ingrats, notamment l’engagement sur les bateaux de la marine anglaise. Le mouvement politique des Levellers a porté les revendications égalitaires des révoltés des communs lors de la Guerre civile anglaise de 1647. La répression et la terreur qui régnèrent alors dans les campagnes font dire à l’historien Peter Linebaugh que « le mouvement des enclosures en Angleterre fait partie de ces universaux concrets, à l’image du marché triangulaire des esclaves, des sorcières portées au bûcher, de la famine irlandaise ou du massacre des nations indiennes, qui permettent de définir le crime du modernisme, à chaque fois limité dans le temps et l’espace, mais toujours dépassant le particulier et susceptible de revenir au devant de la scène [4] ». Aujourd’hui encore, penser les communs ne peut se faire qu’en relation avec les tentatives, les formes et les succès ou échecs des nouvelles enclosures, qui organisent la privatisation de ce qui était auparavant utilisé par tous. Au point que Charlotte Hess, une des collègues d’Elinor Ostrom avec qui elle a écrit un livre majeur sur les nouveaux communs de la connaissance, tente la définition suivante « les communs sont des ressources partagées par un groupe de personnes et qui sont vulnérables aux dégradations et aux enclosures [5] ».


De la tragédie à l’écologie

Cependant, à part les historiens et les lecteurs attentifs de Marx ou de Polanyi, tous les économistes semblaient avoir oublié la notion de communs lorsqu’en 1968 paraît l’article de Garrett Hardin, « La tragédie des communs » [6], dans lequel il estime que chacun étant guidé par son avidité va essayer de bénéficier au mieux des communs, sans prendre en charge leur renouvellement. Il en conclut que la gestion optimale des communs passe soit par la privatisation du bien considéré, soit par la nationalisation, et qu’il vaut mieux créer des inégalités que de conduire à la ruine de tous. Cet article va rester longtemps une référence, au point que jusqu’à ces dernières années et la reconnaissance du travail d’Elinor Ostrom, il était impossible dans un lieu public de parler des communs sans que quelqu’un ne pose la question de leur « tragédie ». Mais paradoxalement, comme le signale Christian Laval [7], cet article va également remettre la question des communs à l’ordre du jour. Il aura ainsi poussé Elinor Ostrom et son mari Vincent à approfondir les études sur les communs. Plutôt que de se livrer à des jeux mathématiques comme Hardin, ils vont examiner ce qui se passe réellement dans les communs existants. Et montrer que des formes de gouvernance autres que privation ou étatisation sont possibles, et qu’elles sont concrètement mises en œuvre par des communautés pour protéger et maintenir les ressources partagées qui leurs sont confiées. Ces travaux seront publiés ultérieurement dans son ouvrage le plus connu — et actuellement le seul traduit en français ! —, Governing the commons [8]. Entre temps, les recherches menées au sein du Workshop in Political Theory and Policy Analysis qu’elle a créé avec son mari en 1973, à l’université d’Indiana, avaient connu un développement mondial qui s’est traduit par la constitution de l’International Association for the Study of Common Property (IASCP) au milieu des années 1980 [9]. Dès lors, des chercheurs du monde entier vont aller étudier les modes de gestion des communs dans de nombreux endroits, à la suite et à l’image des premiers travaux d’Elinor Ostrom sur la gestion directe des réseaux d’irrigation par les parties prenantes en Californie du Sud, ou les façons dont des copropriétaires peuvent gérer correctement et collectivement les immeubles. Ils découvriront ainsi que la gestion de ressources partagées passe par la constitution d’arrangements institutionnels, souvent informels, mais néanmoins dotés d’une force de réalisation par l’implication des acteurs directement concernés. Loin du modèle de Hardin, dans lequel les éleveurs pouvaient faire paître leurs animaux dans un même champ sans jamais se parler, au point d’en épuiser la source même de nourriture, les chercheurs découvrent la grande variété et l’inventivité des communautés réelles pour gérer les ressources communes. Elinor Ostrom répondra ultérieurement souvent à ceux qui lui demandent des « recettes » que « chaque commun est un cas particulier », qu’il faut analyser à la fois en lui-même (quelle est le type de ressource offerte en partage) et en regard de la communauté qui en a la charge. Ce qu’elle fit avec pédagogie lors de son dernier séjour en France en juin 2011.

Elinor Ostrom a mis en place un cadre d’analyse et de développement institutionnel destiné à l’observation des communs. De ses observations concrètes elle a tiré huit principes d’agencement que l’on retrouve dans les situations qui assurent réellement la protection des communs dont ces communautés d’acteurs ont la charge :

— des groupes aux frontières définies ;
— des règles régissant l’usage des biens collectifs qui répondent aux spécificités et besoins locaux ;
— la capacité des individus concernés à les modifier ;
— le respect de ces règles par les autorités extérieures ;
— le contrôle du respect des règles par la communauté qui dispose d’un système de sanctions graduées ;
— l’accès à des mécanismes de résolution des conflits peu coûteux ;
— la résolution des conflits et activités de gouvernance organisées en strates différentes et imbriquées.

On voit clairement dans l’approche d’Elinor Ostrom que, à la différence de nombreux économistes, elle ne considère pas les biens pour eux-mêmes, mais dans leur relation avec les groupes sociaux qui participent à leur production ou maintien. Les communs ne sont donc pas des « biens » particuliers, mais également des systèmes de règles pour les actions collectives. Ce qui est alors ouvert au partage n’est pas seulement une ressource, mais bien un agencement social particulier ; en conséquence, la préservation de la ressource passe par la prise de conscience des interactions sociales qui permettent ce partage.

La rencontre entre l’approche économique et politique de la théorie des communs portée par l’Ecole de Bloomington d’Elinor Ostrom et la prise de conscience écologique au cours des années 1970 et 1980 va renforcer ces analyses. La question des communs va s’élargir de ressources principalement locales vers des ressources globales. Les océans, le climat, la diversité biologique, l’antarctique, les forêts sont menacés de dégradation et d’appropriation... notre environnement et les limites mêmes de la terre [10] en font l’équivalent de nouvelles enclosures écologiques. Comment la théorie des communs nous permet d’affronter ces défis qui se posent à l’échelle globale ? Quelles sont les communautés concernées par leur protection, et les règles et agencements qui leur permettent d’exister et d’agir ? Les questions posées autour de la conférence Rio+20 portent bien sur ces sujets, et l’on voit s’y exprimer des tendances à trouver des « solutions globales », souvent mythiques ou au contraire servant de paravent à de nouvelles enclosures. Au-delà du caractère attrape-tout du terme, un des aspect de « l’économie verte », celui qui veut financiariser la nature et étendre les droits de propriété intellectuelle à l’ensemble du vivant, est ainsi une nouvelle enclosure masquée derrière un discours généreux. En se décalant par rapport à la description de la dégradation de ces biens globaux, qui fait souvent le lit du catastrophisme, Elinor Ostrom cherche au contraire à développer les formes de résilience qui résident dans les capacités d’action : « Ce que nous mettons trop souvent de côté est ce que les citoyens peuvent faire et l’importance d’un investissement réel des personnes concernées » déclarait-elle en recevant son Prix Nobel d’économie. Dans son ultime article à propos des négociations de Rio en 2012, elle indique clairement : « Des dizaines d’années de recherche montrent qu’un éventail de mesures évolutives, complémentaires au niveau urbain, régional, national et international a plus de chance de réussir qu’un accord universel et contraignant, car il permettrait de disposer d’un recours en cas d’échec de certaines de ces mesures. »


Les communs du numérique

La troisième incarnation du mouvement et de la théorie des communs viendra des innovations technologiques, et notamment de l’internet et des documents numériques. Réseau universitaire, construit en dehors des systèmes informatiques privés qui s’imposaient dans les années 1980, réseau dont les protocoles et les règles de normalisation sont débattus ouvertement par tous les ingénieurs concernés, l’internet apparaît vite comme un « nouveau commun ». Les acteurs ayant construit ce réseau, et qui en sont également les premiers utilisateurs, vont longtemps défendre son ouverture, son expansion pour tous et sa neutralité [11], au sens d’un réseau qui ne juge pas les contenus ou les protocoles, mais transmet au mieux tous les messages informatiques. Conjugué avec l’émergence du mouvement des logiciels libres, nous avons là une « communauté mondiale » d’informaticiens qui construit collectivement des ressources partageables et ouvertes. Et qui se fixe des règles internes (la licence GPL pour les logiciels libres, le fonctionnement de l’Internet Engineering Task Force, etc.) et les moyens de les faire respecter (normalisation ouverte, forums d’échange et de formation permanente entre informaticiens, surveillance des tentatives de détournement de l’ouverture du réseau...). Comme pour les communs naturels, les communs numériques, même s’il apparaissent reproductibles à l’infini pour un coût marginal tendant vers zéro, sont confrontés à des risques de pollution et de dégradation et à des stratégies d’enclosure. La principale d’entre elles étant l’extension rapide et tous azimuts de la « propriété intellectuelle » que le juriste James Boyle qualifie en 2004 de « second mouvement des enclosures [12] ».

Elinor Ostrom ne pouvait rester indifférente à cette conception des réseaux numériques comme des biens communs. D’autant que, sous l’impulsion de divers mouvements sociaux du numérique [13], le concept s’est largement étendu, notamment par les créateurs qui utilisent les licences Creative commons, par les chercheurs qui diffusent leurs travaux en accès libre, par les bibliothécaires qui participent au mouvement pour l’accès au savoir... Elinor Ostrom coordonnera ainsi avec Charlotte Hess le livre fondateur de cette nouvelle approche des communs [14]. Celui-ci est un ouvrage collectif analysant les nouvelles constructions sociales qui se réalisent autour du numérique à la lueur de l’histoire et l’expérience des communs matériels. La connaissance est souvent considérée par les économistes comme un bien public au sens de Paul Samuelson, c’est-à-dire non-excluable (il est difficile d’empêcher le savoir de circuler) et non-rival (ce que je sais ne prive personne du même savoir). Or, le numérique crée de nouvelles conditions d’appropriabilité privée, qui font que la connaissance inscrite dans des documents numériques peut au contraire se trouver empêchée de circuler : DRM [15] sur les fichiers, brevets de logiciels, absence de réelle conservation par des organismes dédiés, censure au niveau du réseau... C’est donc en plaçant la connaissance dans les mains et sous la responsabilité des personnes qui la produisent, qui peuvent par leur pratique rendre les ressources de savoir partageables, que sa circulation restera assurée. Un élément essentiel quand on touche aux domaines de la science et de la santé, et que l’on envisage leur circulation en direction des pays et des chercheurs, innovateurs et professionnels de la santé qui ne peuvent bénéficier du soutien d’organismes publics et de grandes bibliothèques.

Car c’est une des contradictions majeures du numérique : il est un instrument de diffusion d’une puissance encore jamais envisagé, les coûts de reproduction tendant vers zéro et le réseau s’étendant sur toute la planète ; et il est en même temps le moyen d’organiser de nouvelles enclosures, de bloquer le partage, de surveiller les usages. A l’image de ce qu’Elinor Ostrom a observé et promu dans son approche institutionnelle, c’est par une multiplicité d’actions et de niveaux de prise en charge que la connaissance restera libre. Les lois, les principes portés par les pouvoirs publics — notamment l’obligation de diffuser librement les travaux primaires de recherche — cohabitent avec les dynamiques des groupes et mouvements qui desserrent l’étau de la privatisation et les barrières à l’accès de tous aux connaissances, dans tous les domaines.


Continuer de construire une théorie des communs

Le mouvement des communs a besoin de théorie, comme tous les mouvements qui secouent la société. Il n’est cependant nul besoin d’en faire aujourd’hui une panacée, une nouvelle solution « universelle » dont l’échec ou les difficultés signeraient l’absence d’espoir. Au contraire, la principale leçon d’Elinor Ostrom est de cultiver les différences et les synergies. Alors que dans les années 1970 les économistes ne juraient que par des modèles abstraits, convoquant les humains sous leur seule forme d’homo œconomicus dans des calculs d’optimisation, Elinor Ostrom parcourait le monde, en Amérique latine, Asie ou Afrique. Comme le souligne David Bollier, « elle se déplaçait pour observer les réalités de la coopération sur le terrain, dans toutes ses dimensions humaines souveraines, et réunir ainsi les fondations de sa théorie créative sur la façon dont les communs réussissent ou échouent. C’est certainement ce qui fait la longévité du travail d’Elinor Ostrom : il est appuyé sur un travail empirique en profondeur [16] ».

La reconnaissance institutionnelle tardive qu’aura connu Elinor Ostrom, notamment l’attribution du Nobel d’économie, va de pair avec des tentatives de récupération de son travail dans des discours qui privilégient les « communautés » sur les peuples, ou qui utilisent « l’amitié » comme valeur d’échange, ou encore qui se targuent de « solutions financières innovantes » et tentent d’intégrer les communs dans une vision économique libertarienne au profit des grands vecteurs de l’internet ou de la finance « verte ». C’est le lot de toute recherche que de se voir reçue différemment par des auditeurs ou lecteurs ayant des buts et des intérêts différents. Pour les gens qui participent au renouveau du mouvement des communs, qui mettent en avant pratiquement et théoriquement le partage, la solidarité, la conception coopérative devant les profits privés ou les rapports de forces militaires, la lecture d’Elinor Ostrom apporte un tout autre éclairage. Fondamentalement, son message est de dire que les gens confrontés jour après jour à la nécessité d’assurer la permanence des communs qui sont le support de leur vie ont bien plus d’imagination et de créativité que les économistes et les théoriciens ne veulent bien l’entendre.

Fidèle à l’image souriante, pédagogue et accueillante d’Elinor Ostrom, sa théorie institutionnelle des communs est avant tout une formidable leçon d’optimisme, de confiance dans les capacités humaines, de valorisation de la débrouillardise et d’admiration devant les agencements improbables que l’humanité sait mettre en œuvre. Notre plus bel hommage sera de continuer à défendre les communs, naturels et numériques, globaux ou locaux, de faire en sorte que chacune et chacun se sente investi d’une responsabilité sur la protection de ce que l’humanité veut proposer en partage, par choix ou par nécessité. Au premier titre évidemment, la défense de notre planète commune. »


Hervé Le Crosnier
Rio, le 14 juin 2012.
Article diffusé sous licence Creative commons BY.


Notes

[1] Hervé Le Crosnier, « Une bonne nouvelle pour la théorie des Biens Communs », 12 octobre 2009, Vecam. http://vecam.org/article1122.html

[2] Elinor Ostrom, « La politique verte doit être impulsée de la base », Les Echos, 12 juin 2012. http://lecercle.lesechos.fr/economistes-project-syndicate/autres-auteurs/221147861/politique-verte-doit-etre-impulsee-base

[3] « Tout homme libre peut récolter le miel trouvé dans ses bois » — Article 13 de la Charte des Forêts (1215).

[4] Peter Linebaugh, « Enclosures from the bottom up », Radical History Review, n° 108, automne 2010.

[5] Charlotte Hess, « Inscrire les communs de la connaissance dans les priorités de recherche » ; in Association Vecam (coord.), Libres Savoirs, les biens communs de la connaissance, C & F éditions, 2011.

[6] Garrett Hardin, « The Tragedy of the Commons », Science, 162 (1968) : 1243—48. http://www.sciencemag.org/content/162/3859/1243.full

[7] Christian Laval, « La nouvelle économie politique des communs : apports et limites », 9 mars 2011. http://dupublicaucommun.blogspot.com.br/2011/03/contribution-de-christian-laval.html

[8] Elinor Ostrom, Governing the Commons : The Evolution of Institutions for Collective Action (Political Economy of Institutions and Decisions), Cambridge University Press, 1990 ; traduction — de qualité déplorable : La gouvernance des biens communs : Pour une nouvelle approche des ressources naturelles, De Boeck, 2010.

[9] L’association a été renommée International Association for the Study of Commons en 2007. Site internet : www.iasc-commons.org.

[10] Geneviève Azam, Le temps du monde fini : vers l’après-capitalisme, Les liens qui libèrent, 2010.

[11] Valérie Schafer et Hervé Le Crosnier, Neutralité de l’internet : une question de communication, CNRS-Editions, 2011.

[12] « The Second Enclosure Movement and the Construction of the Public Domain », Law and Contemporary Problems, 66 (1 & 2), 2004. http://www.law.duke.edu/ pd/papers/boyle.pdf

[13] HHervé Le Crosnier, Leçons d’émancipation : l’exemple du mouvement des logiciels libres , In: Association Vecam (coord.) Libres Savoirs, les biens communs de la connaissance, C&F éditions, 2011, p. 173-189

[14] Charlotte Hess et Elinor Ostrom (dir.), Understanding Knowledge As a Commons : From Theory to Practice, MIT Press, janvier 2007, 381 pages.

[15] Ces outils de Digital Rights Management (« gestion des droits numériques ») interdisent par exemple de recopier ou de partager un livre ou un film. http://www.bollier.org/blog/elinor-ostrom-remembered-1933-2012

[16] David Bollier, « Elinor Ostrom Remembered (1933-2012) », 12 juin 2012.


Source originale : http://zerlo.fr/rio20/elinor_ostrom/.


Je trouve ce domaine de recherche littéralement passionnant : on y mesure l'étendue des RÉGRESSIONS MAJEURES que le >>libéralisme<< a imposées à l'humanité avec ses privatisations dogmatiques, toujours voleuses et cupides si on va au fond des choses.

Mais bien sûr, de mon point de vue, rien d'important ne se fera —pas plus en matière de biens communs qu'en d'autres matières essentielles— tant que les citoyens n'auront pas pris le mal À LA RACINE : la qualité du processus constituant d'abord, et des citoyens armés et conscients de leur responsabilité individuelle dans la défense quotidienne de la Constitution ensuite.

Mais vous êtes au courant, espèce de virus ;)

Étienne.

lundi 11 juin 2012

Jacques Testart : indispensable tirage au sort dans une démocratie digne de ce nom (19)

Jacques TESTART défend vigoureusement le tirage au sort
et l'institution de CONVENTIONS DE CITOYENS.

Je connaissais un peu Jacques Testart, mais j'ignorais l'ampleur et l'importance de son travail sur le tirage au sort et la (vraie) démocratie.



et j'ai été épaté par cette étonnante émission "À voix nue", dense et passionnante :

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais il me semble que ce serait bien d'avoir, là encore, le texte retranscrit de ce court mais intense entretien : il est inspiré, et de nombreux fragments bien incisifs pourraient nous resservir dans notre activité virale. Non ? :)

S'il y a un courageux virus qui veut bien s'en occuper, ce sera certainement utile. Le fichier mp3 de l'émission permettra de travailler plus confortablement.

[Mise à jour 15 juin : Marie et Mireille ont bossé sur la retranscription. Voici donc la retranscription complète de cette excellente synthèse de Jacques Testart :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Jacques_Testart_Interview_8_juin_2012_A_voix_nue.pdf

Ça va nous aider à copier-coller sur les forums des tirades bien faites et convaincantes. Chauds mercis à tous les gentils virus, si dévoués :) ]




Cette découverte m'a conduit à chercher (un peu) dans la direction de Jacques Testart.

• Son site, "Sciences citoyennes.org", semble être très riche ; il va falloir explorer ça :)

• On dirait qu'il y a là des preuves concrètes de la pertinence et de la faisabilité du tirage au sort en politique :

• Il y a aussi ce Projet de loi concernant les conventions de citoyens :
http://sciencescitoyennes.org/projet-de-loi-concernant-les-conventions-de-citoyens/

Observez bien les liens à droite... (de la page ci-dessus) => c'est une mine ! :)


J'ai hâte d'approfondir tout ça...



• On peut signaler cette vidéo, où Testart parle à nouveau du tirage au sort des Assemblées de citoyens comme d'une évidente nécessité :
Intervention de Jacques Testart lors du 1er Conseil des ministres de l’Altergouvernement


http://sciencescitoyennes.org/lintervention-de-jacques-testart-lors-du-1er-conseil-des-ministres-de-laltergouvernement/


J'espère que vous me signalerez d'autres trouvailles à propos de ce sympathique scientifique (peut-être en signalant ici des citations percutantes extraites des documents produits par lui).

Au plaisir de vous lire.

Étienne.

dimanche 10 juin 2012

Préface de Guillemin aux Rêveries de Rousseau (8)

Chers amis,

La découverte d'Henri Guillemin me dessille, m'ouvre les yeux sur 200 ans d'impostures politiques des Voltairiens, devenus Girondins, devenus Versaillais, devenus Libéraux, devenus Ultra-libéraux ou Néo-conservateurs : TOUS DES RICHES, TOUJOURS TRÈS OCCUPÉS À VOLER LES PAUVRES EN LES FAISANT TRAVAILLER POUR EUX ET EN LEUR RACONTANT "DES HISTOIRES" À LA GLOIRE DES RICHES.

Henri Guillemin me rend sensible l'importance d'un philosophe particulier, un philosophe défendant les pauvres : ROUSSEAU, littéralement MARTYRISÉ PAR d'autres philosophes, les Encyclopédistes des prétendues "Lumières", avec à leur tête, le chef des philosophes des riches : VOLTAIRE.

Mes professeurs à l'école m'ont conduit à beaucoup sous-estimer Rousseau, en le faisant passer pour fou (paranoïaque) par exemple, ou en réduisant son œuvre à des textes finalement secondaires. Ces mêmes professeurs (de français souvent) vouaient à Voltaire une véritable admiration, sans doute liée à la maîtrise de la langue et de l'humour ainsi qu'à la beauté de ses mensonges (car Voltaire donnait de lui une image trompeuse mais belle). Au total, ce sont de vrais contresens politiques auxquels m'ont probablement conduit mes professeurs (sans doute involontairement) : admiration de "l'esprit" de Voltaire et ignorance (crasse) de l'apport ESSENTIEL de Rousseau sur les possibilités d'émancipation des pauvres par les institutions.

Je ne saurais trop vous recommander les deux petites vidéos (une heure en tout) d'Henri Guillemin sur Rousseau : c'est du miel.
Et c'est très important.

Guillemin raconte ROUSSEAU 1 : http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448914-rousseau-1.html

Guillemin raconte ROUSSEAU 2 : http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448915-rousseau-2.html

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Mais c'est pour vous parler d'un nouveau document que je rédige ce billet : pendant mes promenades dans les rayons de librairies, j'ai croisé un livre de Rousseau préfacé par... Guillemin ! J'avais déjà ce livre, "Les rêveries d'un promeneur solitaire", mais préfacé par Jean Grenier (un autre auteur que j'aime beaucoup) => ni une ni deux, j'ai aussitôt acheté ce nouvel exemplaire, évidemment :) Et j'y ai trouvé une préface passionnante.

Alors, je l'ai scannée, OCRisée, corrigée et mise en forme pour vous. La voilà.

Finalement, moi qui pensais ne jamais lire comme il faut ce livre de Rousseau ("Les rêveries d'un promeneur solitaire", que j'ai chez moi depuis mon adolescence) et que je croyais sans importance politique, eh bien, grâce à Guillemin, je découvre sa grande importance en fait, et je me suis mis à le lire. Et c'est très intéressant : pauvre grand homme ; SALAUD DE VOLTAIRE !!! Ah ! Quel imposteur ! Et comme tout ça est actuel, très actuel...

Bonne lecture.

Étienne.


Portrait de Jean-Jacques Rousseau par Maurice Quentin de la Tour (1753)

Préface d'Henri Guillemin au livre de Jean-Jacques Rousseau,
"Les rêveries du promeneur solitaire"
(1778, posthume et inachevé) :

En février-mars 1776, Jean-Jacques Rousseau, soixante-quatre ans, a connu les pires heures de sa vie. Il avait voulu déposer le manuscrit de ses Dialogues sur le maître-autel de Notre-Dame de Paris. (À Notre-Dame, aujourd'hui, dans cette pénombre où se bousculent les souvenirs, songeons-nous encore au petit homme qui se glissa là, le 24 février 1776, au début de l'après-midi, à qui une grille barra le passage lorsqu'il essaya de pénétrer dans le chœur, et qui se sauva, effaré ?) Il a cru que Dieu lui-même le rejetait. Et il y a eu cette scène pathétique et burlesque de « M. Rousseau », dans la rue, en plein Paris, distribuant aux passants son Appel à tout Français aimant encore la Justice et la Vérité.

Ce demi-fou, ce camelot hagard, c'est celui qui, la même année, à l'automne, commencera ses Rêveries, où figurent, dès la seconde page, les mots que voici : « Un plein calme est rétabli dans mon cœur. » Ce qui l'a guéri, c'est un malheur de plus. Mme de Créqui, vieille amie fidèle, s'est détournée de lui. « Me voici donc seul sur la terre... ». Mais ce nouveau coup du sort, au lieu de mettre le comble à sa frénésie, l'a sauvé. Jean-Jacques accepte. Il comprend maintenant que c'était cela même qu'attendait de lui ce Quelqu'un vers lequel il marche.

Nous tâcherons, tout à l'heure, de le suivre dans son aventure intérieure. Regardons-le, pour l'instant, du dehors, et dans la condition qu'on lui a faite.

« Trames » dont il se sent « enveloppé » ; « aveugle fureur » contre lui de « toute une génération » ; « les traîtres m'enlaçaient en silence » ; « ténèbres qu'on renforçait sans relâche autour de moi » ; « traîné dans la fange sans jamais savoir pourquoi »; « la ligue est universelle », etc. Il délire, n'est-ce pas ? Le voici, lamentablement, devant nous, et en pleine crise, le persécuté imaginaire, en proie à sa « folie obsidionale ». Il est de bon ton, à ce sujet, de hocher la tête et de murmurer : « Quel dommage ! Un esprit à ce point distingué, et dans lequel s'est ouverte cette faille ! Détournons nos regards de ce trop pénible spectacle... »

Parmi ceux qui nous enseignent, en ce point, l'usage de la compassion délicate, celle qui préfère passer bien vite et parler d'autre chose, il en est, j'en suis persuadé, qui tiennent de bonne foi Jean-Jacques pour un malade mental. (Son infirmité physiologique, vous savez bien ? L'urée dans le sang. Les contrecoups, sur son psychisme, de ce déplorable état corporel.) D'autres, en revanche, sont mieux renseignés. Et s'ils insistent sur l'urgence de quitter ce triste sujet, c'est qu'il ne leur convient point, pour des raisons de parti, que l'affaire du « persécuté » Rousseau soit examinée de trop près, et que se trouvent mis au jour les agissements de certains, vénérés et intouchables.

Il y a plus de vingt ans maintenant que je me répète, sur Jean-Jacques et les encyclopédistes, et j'ai pu mesurer la puissance de l'obstacle. L'irritation étant malséante, et, au surplus, révélatrice, c'est au sourire que l'on recourt, avec ce discret haussement d'épaules par lequel l'homme bien élevé répond aux obsessions de la manie. Car c'est manie, véritablement, que de mettre en cause, encore et toujours, à propos du « citoyen » dont le désordre cérébral crève les yeux, d'aussi grands hommes que Voltaire, d'Alembert et Diderot, occupés à d'autres besognes, et un peu plus sérieuses, on peut le croire, que celle d'importuner ce malheureux et de lui créer des ennuis. Je ne me lasserai pas.

Certes, les légendes ont la vie dure, surtout les légendes protectrices, tout exprès construites pour dissimuler des vérités importunes. Elles n'en finissent pas moins par tomber quand on y met le soin nécessaire. Car les textes sont là, et les faits.

Cette « fange » où Jean-Jacques prétend qu'on le traîne, mais nous y piétinons, mais elle clapote sous nos pieds, quand nous entrons dans la lecture du Sentiment des Citoyens, de Voltaire, ou de la Correspondance littéraire, de Grimm, ou des Tablettes de Diderot. Nous y lisons, en toutes lettres, que Rousseau est le fils d'un assassin, qu'il a jeté ses enfants à la rue, qu'il a fait périr de douleur la mère de sa maîtresse, qu'il est pourri de vérole, et que l'on possède sur lui des détails qu'on rougirait de reproduire. « En vérité, cet homme est un monstre ! » s'écrie Denis Diderot, la main sur la conscience.

« Aveugle fureur » ? Jean-Jacques lui-même ne croit pas si bien dire. Il ignore tout du travail qu'a conduit Voltaire, à Genève, pour qu'on « punisse capitalement », en sa personne, un « vil séditieux » ; et il n'a pas lu la lettre du même Voltaire (13 avril 1763) évoquant, devant d'Argental, cet échafaud, en place de Grève, où l'auteur de La Pucelle verrait avec délectation monter celui de L'Émile. Des « traîtres l'enlacent en silence » ? Langage classique de l'aliéné. Mais qui se change en constat lorsque l'enquêteur dénude, sous leur camouflage, les comportements de Diderot dans les drames de l'Ermitage et ceux de d'Alembert dans l'affaire de l'Exposé succinct.

Et quand à ces « ténèbres » que « renforceraient » autour de lui des méchants sans visage (autrement dit, bien sûr, les fantômes de sa déraison), l'histoire enregistre aujourd'hui les précautions prises par « les frères », comme disait Arouet, pour que leurs opérations restassent protégées par des épaisseurs de nuit. Rousseau n'apprendra jamais que le Sentiment des Citoyens est l'œuvre de Voltaire ; il ne connaîtra jamais l'existence de la Correspondance littéraire ; Diderot proteste qu'il le chérit tandis qu'il s'acharne à le déshonorer et d'Alembert affecte à son égard la sympathie au moment où il creuse une sape sous ses pas. Voltaire, d'ailleurs, quand il parle à voix basse, est explicite à souhait sur sa propre méthode, et il apprend à d'Alembert la tactique (7 mai 1761) : « Frappez, et cachez votre main. » « Les philosophes, dit-il encore (14 août 1767), doivent être comme les petits enfants ; quand ceux-ci ont fait quelque malice, ce n'est jamais eux, c'est le chat. » Le « chat » s'appellera donc Vernes, pour le Sentiment des Citoyens, et Ximénès pour les Lettres sur la Nouvelle Héloïse. Écoutons bien la leçon du maître. C'est Voltaire, toujours, passant à d'Alembert les consignes : que l'ennemi « sente les coups sans savoir de quel côté ils viennent » (25 février 1758) ; que « cent mains invisibles » le lapident et le déchirent, mais veillons à ce qu'il ne puisse, « en expirant, nommer celui qui l'assomme » (26 décembre 1764).

Et maintenant Jean-Jacques, au Livre XII de ses Confessions : « Je sens les atteintes des coups /.../ mais je ne puis voir la main qui les dirige. »

Du travail bien mené, comme on voit.

Mais enfin, pourquoi ? Qu'est-ce qu'ils ont donc, les encyclopédistes, contre Rousseau ? Que leur a-t-il fait ? Cette grande haine a bien une cause. Cause, c'est le mot. La « secte » — l'expression est de Robespierre — a une cause, en effet; elle milite pour une cause. « Vous croyez vraiment, a demandé, en riant, à Voltaire le président Hénault, vous vous imaginez tout de bon que vous allez « détruire le christianisme » ? » Et Voltaire a répondu, d'un trait : « C'est ce que nous verrons » (20 juin 1760). Et il a ajouté, un mois plus tard (24 juillet 1760): « Serait-il possible que cinq ou six hommes de mérite, qui s'entendront, ne réussissent pas, après les expériences que nous avons eues de douze faquins [ce sont les apôtres] qui ont réussi ? »

L'Encyclopédie a une intention, qui est sa raison d'être. L'Encyclopédie est une machine de guerre. L'Encyclopédie a pour objet premier inavouable, à sa date, mais essentiel, mais déterminant — l'extirpation du christianisme. Les philosophes considèrent la religion du « Pendu » (c'est Jésus-Christ, dans l'idiome de Voltaire) non pas seulement comme une sottise mais comme un malheur pour l'humanité. Le christianisme, c'est l'assombrissement de la vie. La vie est faite pour jouir, et le christianisme y gâche tout. D'où la ruée « philosophique ». « Nous sommes à la veille d'une grande révolution de l'esprit humain, écrit à Diderot un Voltaire majestueux, et nous vous en aurons, Monsieur, la principale obligation. » Pas de méprise, attention! sur le vocabulaire de Voltaire. Pas de contresens. « Révolution », pour lui, est un terme qui n'a rien à voir avec ce que sera quatre-vingt-neuf et, encore moins, quatre-vingt-treize. Voltaire est du côté des nantis. Voltaire appartient (comme d'Holbach, comme Helvetius) à la classe entretenue, et qui entend bien rester telle. Que l'on ne touche pas, surtout, à l'ordre social ! Que la plèbe demeure à sa place, dans sa servitude nourrissante aux manieurs d'argent. Le peuple est fait pour travailler au profit des oisifs. Tout ce que Voltaire demande à la « populace », c'est le silence obéissant des esclaves. « Révolution », dans son dictionnaire, c'est affranchissement spirituel. Non des pauvres, cela va sans dire ; il est bon, au contraire, il est indispensable, même, que les prolétaires continuent d'absorber les bourdes cléricales sur le Paradis et l'Enfer. Sur l'Enfer particulièrement, dont la crainte, chez les démunis, est salubre au repos des riches. La « délivrance » qu'apporte au monde la Philosophie des Lumières concerne le « monde » seul, le monde des mondains.

L'entreprise prospérait. « Le monde se déniaise furieusement », observait le patriarche, allègre. Et de fait, dans les meilleures maisons de Paris, quand un prêtre, requis pour une extrême-onction obligatoire, demandait un crucifix, on ne parvenait à découvrir un de ces fétiches barbares qu'à l'étage des bonnes, sous les combles, ou chez un artisan du voisinage. Diderot, entre intimes, éclatait de joie : « Il pleut des bombes dans la maison du Seigneur. »

Et voilà qu'un goujat de Genève, ce Rousseau à qui les « frères » , gentiment, ont fait d'abord la courte échelle, l'associant à l'Encyclopédie dans la certitude qu'il était des leurs, tout à coup proférait des choses comme celles-ci : « Il n'y a de livres nécessaires que ceux de la Religion. » Il nommait l'Évangile « le plus sublime de tous les livres » ; il déclarait, dans sa Profession de Foi du Vicaire savoyard: « Si la vie et la mort de Socrate furent d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu. » Il y a dans sa voix cette vibration qu'aucun art n'imite, cette chaleur non feinte qui communique la sensation, à travers la page froide elle-même, d'une main sur la nôtre, d'un regard qui nous atteint droit. Quelqu'un est là qui respire, qui parle parce qu'il ne peut pas ne pas parler, qui énonce des choses ardentes, et engageant tout. Autrement dit un individu en qui « la secte », sur-le-champ, discerne le plus redoutable des gens d'en face, parce qu'il y croit, à ce qu'il dit, substantiellement, viscéralement, et que, dès ses premiers mots, la foule s'est mise à l'écouter. Autrement dit, encore, l'homme à abattre.

Et le personnage ne se contente pas de se tenir debout, faisant barrage de son corps devant cette croix que la petite bande veut renverser. Il ajoute à son témoignage des propos délétères et abominables sur l'argent, sur les opprimés, sur l'accaparement du bien commun. C'est aux « gens de la populace », dit Grimm (Correspondance littéraire, 15 avril 1759), que Rousseau emprunte ses sophismes. Son Discours sur l'Origine de l'Inégalité, Voltaire le résume en deux lignes : basse rhapsodie « d'un gueux qui voudrait que les riches fussent volés par les pauvres ». Si ce forcené se faisait suivre, « il remettrait toutes choses dans le chaos », gémit Mme du Deffant.

La rumeur a commencé très tôt. Elle a deux thèmes, interchangeables ; le thème du dément et celui du Tartuffe; avec cette adjonction de Diderot : un « ennemi du genre humain ». Rousseau déteste ses semblables. La preuve ? Il a quitté Paris pour aller vivre à la campagne. « Il n'y a que le méchant qui soit seul. » Et Voltaire commente : « Il se terre au fond d'un bois, comme un blaireau. » Mme Geoffrin, bonne « philosophe », dès 1754 daube dans son salon sur la « fausseté » et la « coquinerie » du citoyen de Genève ; et Bordes, qui pense comme il faut, signale à l'attention du pouvoir, en 1761, ce dangereux métèque on ne sait pourquoi toléré en France.

Il n'y sera plus toléré longtemps. Débute, en 1762, la chasse à l'homme, avec le décret du 9 juin. Et ce sera, pour Jean-Jacques, sa propre ville — où règne Voltaire — qui le condamne ; l'expulsion d'Yverdon ; la lapidation de Métiers ; la récidive d'expulsion (il a cherché asile à l'île Saint-Pierre ? Dehors !) et le grand assaut de 1766, Hume aidant ; et les zigzags ensuite du fuyard, de Fleury-sous-Meudon à Trye-le-Château, de Trye à Lyon, de Lyon à Grenoble, à Bourgoin, à Monquin ; et quand Rousseau, rentré à Paris, tente de faire connaître, par quelques lectures, ses Confessions, Diderot qui se précipite chez le lieutenant de police pour l'alerter, pour qu'on noue, au moins, un bâillon sur la bouche de l'indésirable. « Depuis qu'il est établi que je suis fou, note Jean-Jacques (5 juillet 1767), il est tout simple que les malheurs qui m'arrivent ne soient plus que des visions. »

L'objectif avait été d'abord de lui retirer toute audience. Mais l'affaire a été conduite de si ferme manière que, faute de pouvoir obtenir qu'on le tue (Voltaire s'y est vainement employé), l'équipe est parvenue tout de même à un résultat qui passe ses premières espérances. On criait derrière lui Au fou ! pour que le public ne l'écoutât point. Tout semble indiquer qu'il devient fou réellement. Il chancelle, rue Plâtrière, ses bouts de papier à la main. Il va s'écrouler. Non, hélas ! Rousseau retrouve son équilibre, avouant lui-même qu'il verse dans un excès de méfiance, qu'il a tort d'interpréter à mal, aussitôt, la moindre approche à son égard ; « ma tête troublée » ; « mon imagination » qui s'« effarouche »... Le rédacteur du Journal de Paris, dix ans après la mort de Jean-Jacques, ne parlait pas à la légère dans son article du 7 septembre 1788 ; il voyait juste. Si cet homme traqué, disait-il, a pu, sans doute, s'exagérer le nombre de ses ennemis, il ne se trompait point, en tout cas, sur « la violence de la haine qui les animait » (1).

Voltaire n'a pas lu les Rêveries du Promeneur solitaire. Dommage. Le sort le privait ainsi d'une félicité de surcroît. Ces « ennemis » dont Rousseau — ce « chien » (Voltaire à Florian, 26 décembre 1766) — recevait « les coups », savez-vous l'identification qu'il leur attribuait ? Les « médecins », et les « oratoriens ». Bouffonnerie joviale. Il est vrai qu'il « brûle », par instants. Mais cette piste qu'il entrevoit, il s'en écarte tout de suite. Les « philosophes » ? Assurément, ces messieurs ne l'aiment pas. Mais leur imputer des noirceurs, Jean-Jacques s'y refuse, tant il les connaît mal. Il n'a nulle idée du goût qu'ont « les frères » pour la dénonciation. Il n'a pas vu la lettre de Diderot (13 août 1749) à Berryer, chef de la police, ni les billets de Voltaire au conseiller Tronchin. Il n'a pas compris que l'édition, lancée à son insu, de La Reine fantasque est une prévenance de la confrérie à l'adresse des autorités civiles pour leur désigner un mauvais esprit. Il frôle l'arcane, cependant, dans sa « Troisième Promenade », à propos de ces « ardents missionnaires d'athéisme », de ces libertins dont le scepticisme est, au vrai, un « dogmatisme » intransigeant, et que leurs appels à la liberté n'empêchent point de se faire, pour leur part, incroyablement « impérieux » (2).

Jean-Jacques constate que « toute la génération présente ne voit qu'erreurs et préjugés » dans la foi qui demeure la sienne ; et quand il affirme ne « pouvoir comprendre » les persécutions qui l'abreuvent, quand il écrit (« Première Promenade ») : « Comment aurais-je pu prévoir le destin qui m'attendait ? », il oublie cet éclair qui l'avait traversé, lorsqu'en 1750, dans la préface de son Discours, ces mots lui avaient été dictés par je ne sais quel avertissement : « Je prévois qu'on me pardonnera difficilement le parti que j'ai osé prendre. » Au chapitre III de ses Dialogues, Rousseau a bien senti que, « rebelle aux nouveaux oracles », il s'exposait à leurs ressentiments, et, dans ses Rêveries même, il devine là quelque chose ; « jamais je n'adoptai leur doctrine, et cette résistance à des hommes aussi intolérants /.../ ne fut pas une des moindres causes qui attisèrent les animosités ». Des hommes, précise-t-il, « qui d'ailleurs avaient leurs vues ».

Et, plus loin, il a sur eux une phrase pertinente. Car il est très exact, ainsi qu'il le dit, que si les philosophes ont une morale de parade, humaniste et humanitaire, ils en ont une autre, « secrète », « doctrine intérieure de tous leurs initiés », à laquelle la première « ne sert que de masque, et qu'ils suivent seule dans leur conduite ». C'est celle qui sous-tend Candide : chacun Pour soi dans la jungle humaine, et que les malins gagnent.

« Le temps fera distinguer ce que nous avons pensé de ce que nous avons dit. » De qui ce joli cynisme ? De Voltaire, à d'Alembert, 21 juillet 1751.

Et Robespierre, devant le Convention, définira de la façon la plus lucide ce qu'il nommera très bien la « philosophie pratique » de la « secte » : « réduisant l'égoïsme en système », elle « regarde la société comme une guerre de ruse, le succès comme la règle du juste et de l'injuste, la probité comme une affaire de goût, le monde comme le patrimoine des fripons adroits ».


Le dernier choc, déchirant, que Jean-Jacques a reçu en 1776 — le brusque éloignement, la dureté de Mme de Créqui — ne sera donc pas, comme on aurait pu s'y attendre, l'ultime poussée qui fera sombrer sa raison. C'est l'excès même de sa détresse qui l'aide à franchir un seuil invisible. Pas un geste à faire ; rien qu'un consentement à donner.

Lorsque à trente-sept ans, sur la route de Vincennes, Jean-Jacques avait connu cette « illumination » qui, soudain, l'a transfiguré, lorsqu'il avait rejoint son enfance, donné raison à son enfance, et, dans un transport mêlé de sanglots, juré à Dieu qu'il serait à lui, désormais, qu'il le préférait, qu'il n'avait jamais cessé de l'aimer, qu'il l'aimerait maintenant par-dessus toutes choses, la promesse qu'il jetait là, plein de fièvre et de ferveur, il ne mesurait pas tout ce qu'elle impliquait. « Par-dessus toutes choses » ? Une chose, au moins, restait pour lui précieuse infiniment : l'estime des hommes, le respect, la reconnaissance de ses contemporains qu'il a voulu aider, servir, en leur montrant, par ses écrits, la bonne route. C'est ce dernier objet, parmi les choses du monde, que Jean-Jacques parvient à ne plus désirer. Sa situation est la même ; ou plutôt, elle est pire. Depuis que Mme de Créqui lui a retiré sa douceur, personne, plus personne, ici-bas, qui lui rende justice. Le cercle de haines et de dégoûts dans lequel il se croit enfermé vient de se clore. Plus d'issue. Nul recours. Mais si ! Le recours à l'absence. L'issue verticale. Ceux qui le tenaient ne le tiennent plus, simplement parce qu'il n'est plus là. Tout-puissants sur qui leur ressemble, ils sont sans pouvoir contre un homme qui ne compte plus pour rien l'opinion qu'on a de lui. Fini, l'attachement à cette vanité. Tout est bien. J'ai fait ce que j'ai pu, et Dieu me jugera. Quelle importance, en vérité, l'assentiment public, la renommée, les éloges ? Goût de la gloire, pas autre chose. Encore un piège de l'amour-propre. L'amour-propre n'est pas cet amour de soi, légitime, plus que légitime, nécessaire, dont il est parlé dans la loi des lois. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Le moi est double, ou plutôt, il y a le faux moi et le vrai. Faux, haïssable, le moi acquis, le moi des convoitises, celui dont il est question dans l'autre Parole : Quiconque est perdu qui veut se garder, avare, coûte que coûte se garder pour soi. Noble, au contraire, constitutif, irremplaçable, le moi profond, celui que Jean-Jacques, dans ses écrits, appelait souvent « la nature », la « nature humaine », la réalité de notre être qui se définit par son élan vers le Bien et qui n'existe, à chaque seconde, que par Celui qui est. L'aimer, ce moi profond, c'est aimer son principe et sa source ; « cœur-du-cœur » où Dieu habite.

Il t'en aura fallu du temps, pauvre âme, pour épeler ta leçon de choses, pour inventorier le contenu de ton option ! Une connaissance nous est livrée, dans une espèce de révélation, et nous n'avons pas trop de notre vie entière, dormants que nous sommes, pour entendre et pour accueillir la totalité du message. C'est fait, à présent, pour Jean-Jacques. Il assume la solitude parce qu'il a compris, enfin, que notre cœur, une fois donné, n'est plus jamais seul.

Un écrit comme il n'y en a pas beaucoup, ces Rêveries inachevées. L'œuvre de quelqu'un qui croit que nul ne lira ces lignes qu'il trace avec lenteur. Rousseau a la conviction — réelle, absolue — que la « Ligue », autour de lui, est telle qu'elle parviendra sans peine, lorsqu'il n'y sera plus, à mettre la main sur son manuscrit, à le cacher, à le détruire. Les teneurs de « journaux intimes », combien sont-ils à n'écrire que pour eux ? Les preuves sont là, chez Benjamin Constant, de l'arrière-pensée qui ne le quitte pas, dans ses notes les plus secrètes : d'autres yeux que les miens liront tout cela ; et il se surveille, et il plaide, et il se rend témoignage, et il prend des poses. Quant à Gide, son célèbre Journal était si bien à notre intention que ce champion de la sincérité falsifiait à plaisir et son texte et ses dates pour embellir le mémorial qu'il nous vendait de son vivant. L'homme des Rêveries ne travaille pas pour nous. Il a repris la plume, parce qu'il a toujours pensé plus clairement en formant sur le papier des lettres et des mots qu'en laissant errer son esprit. Errer, justement ; vaquer ; sauter d'un objet à l'autre ; paresser. Or c'est une tâche positive qu'il a résolu de s'assigner. La même que toujours, depuis cette « Réponse à l'Académie de Dijon » qui décida de son destin. « Notre véritable étude, disait-il au début de l'Emile, est celle de la condition humaine. » Et ici (III) : Quelque chose en moi, « dans tous les temps », m'a « fait chercher la nature et la destination de mon être ». Hier, il se défendait, dans les Confessions. L'épigraphe de ce livre pourrait être tirée de la lettre crispée, tremblante, que Jean-Jacques adressait à Mylord Maréchal, le 19 mars 1767 : « Cet homme que vous prenez pour moi n'est pas moi. » Le ton n'est plus le même, à présent. Plus d'apologie. Rousseau n'est plus tourné vers ses persécuteurs pour les supplier d'ouvrir les yeux, de cesser de le méconnaître, Rousseau ne s'adresse plus à personne. C'est lui-même qu'il interroge. Il a changé. Cette paix revenue en lui, il faut qu'il sache l'employer. À quoi? À s'examiner tel qu'il est dans cette disposition nouvelle. Il est content ? Mais il se connaît, toujours si prompt à s'applaudir ! Ne plus se donner le change. Il a certainement du chemin à faire, encore, avant d'être en état de rendre à Dieu ses comptes, ce qui ne peut plus guère tarder maintenant (3).

La loyauté de son enquête l'amène à des découvertes : qu'un « innocent persécuté », par exemple, prend volontiers « pour un pur amour de la justice » ce qui n'est que « l'orgueil de son petit individu » ; et que ces bonnes excuses qu'il s'octroie pour les mensonges qu'il lui est arrivé de faire (« mauvaise honte », « embarras ») elles sont trop commodes, elles ne valent rien. « Témérité », « arrogance », la façon qu'il a eue d'arborer cette devise : Vitam impedere Vero. Le bien, il ne l'a jamais pratiqué que lorsqu'il y goûtait une joie. Dès qu'il se sent contraint, les actes les meilleurs n'ont pour lui plus d'attrait ; « voilà qui modifie beaucoup l'opinion que j'eus longtemps de ma propre vertu ».

Rares sont les créatures qui, en vieillissant, s'améliorent. Le plus souvent, presque toujours, ce que l'âge apporte avec lui, c'est la pétrification, la sclérose, l'être qui se ratatine. Jean-Jacques ne suit pas la règle. La vie se retire de lui, et il se soucie d'être meilleur, plus courageux, moins égoïste. Quand la mort s'approche, écrit-il, « on pense à tout, hormis à cela ». Il y pense, lui, à sa mort. Il sait que l'heure solennelle n'est pas loin, et il songe à s'y préparer.

Que de choses savantes nous ont été dites, et pleines de la psychologie la plus déliée, sur Jean-Jacques et le savourement de son moi, Jean-Jacques et cet amour de Dieu qui lui serait si parfaitement étranger ! Il a dit et répété : « Je suis chrétien. » Mais les connaisseurs vous expliquent que c'était là clause de style et que, le christianisme authentique, Rousseau en était à cent lieues. Je lis, pourtant, dans les Rêveries (III), ceci qui ne me paraît point d'un froid déisme abstrait : « Ce que j'avais le plus à redouter au monde /.../, c'était d'exposer le sort éternel de mon âme. »

Et cet homme dont on nous affirme qu'il se roulait, avec une volupté insatiable, dans la complaisance de sa personne, drôle, tout de même, non ? qu'il emploie, à tant de reprises, ces mots d'« extase » et de « ravissements » qui, s'ils ont un sens, indiquent très exactement l'opposé du repliement d'un être sur soi. « Je ne rêve jamais plus délicieusement que quand je m'oublie moi-même » (VII). Jean-Jacques sent son cœur « s'élancer vers l'auteur des choses » (id.). Son vœu le plus cher serait de retrouver l'île Saint-Pierre où il a passé des semaines de bonheur ; s'il pouvait y revenir, mon âme, dit-il, « converserait d'avance avec les intelligences célestes dont elle espère aller augmenter le nombre dans peu de temps ». Un « introverti » passionné, morbidement occupé de soi seul ? Alors, comment se fait-il qu'on lise, dans la septième « Promenade », à propos de ses « rêves » et de ses « extases », les lignes que voici : jadis, ses « ravissements » l'emportaient dans des songes de « félicité terrestre », mais « toujours relatifs au tout » (« Je ne pouvais être heureux que de la félicité publique») ; et maintenant qu'il se voit repoussé par les hommes et qu'il en est réduit à la société des arbres et des plantes, c'est le « tout », encore, qui l'enivre : « Je m'identifie avec la nature entière » (VII); mon cœur « se perd avec une délicieuse ivresse dans l'immensité de ce beau système avec lequel il se sent identifié » (id.); et s'il n'a plus de vrai bonheur que dans les prés et les bois, s'il se fait « botaniste », s'il éprouve comme une expansion et un accomplissement lorsqu'il « étudie la nature » dans une herbe ou dans une fleur, c'est qu'il y trouve « sans cesse de nouvelles raisons de l'aimer » (id.). L'enthousiasme pour la création en ce qu'elle révèle du « plan divin », est-ce aujourd'hui, après Teilhard, que nous nierons sa valeur religieuse ?

De la souffrance consentie sort un bien que nous étions loin d'attendre. Jean-Jacques banni, réprouvé, ne doute plus que ce qui lui arrive n'ait été « écrit dans les desseins éternels » (II). « Dieu est juste. Il veut que je souffre et il sait que je suis innocent. Voilà le motif de ma confiance. /.../ Tout doit à la fin rentrer dans l'ordre et mon tour viendra tôt ou tard » (id.). Il faut s'y faire. Jean-Jacques avait pris au sérieux l'enseignement du christianisme : que la destination de l'homme est de « connaître Dieu, l'aimer et le servir ». Je sais que ce n'est pas là l'image usuelle d'un écrivain dont la mémoire fut défigurée aussi bien par les dévots (si l'on peut dire) que par les « philosophes » et leurs disciples. Ces derniers, plus adroits que leurs maîtres, couvrant d'un voile les férocités de la « secte » contre Jean-Jacques lorsqu'il était de ce monde, ont tenté, insidieusement, d'annexer son nom à leur propagande. Mais le vrai Jean-Jacques, peu à peu, se révèle, sous la retombée des mensonges.

Henri Guillemin.


CHRONOLOGIE DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU

1712
- 28 juin : Naissance de Jean-Jacques Rousseau à Genève, d'une famille de lointaine origine française. Un ancêtre, Didier Rousseau, était venu de l'Île-de-France à Genève en 1549.
- 7 juillet : Mort de sa mère, à la suite des couches.

1713 Naissance de Diderot.

1715 Mort de Louis XIV. Avènement de Louis XV.

1722 Isaac Rousseau doit quitter Genève pour fuir les conséquences d'une rixe. Avant de partir, il confie Jean-Jacques au pasteur Lambercier.

1728 À son tour, Jean-Jacques quitte Genève et commence une existence aventureuse. Il se convertit au catholicisme.

1731-1740 Séjour chez Mme de Warens.

1742 Rousseau part pour Paris.

1744 Début de sa liaison avec Thérèse Levasseur.

1750 Rousseau obtient le prix de l'Académie de Dijon avec son Discours sur tes Sciences et les Arts.

1751 Premier tome de l'Encyclopédie.

1754 Retour de Rousseau au protestantisme.

1755 Discours sur l'Inégalité parmi les Hommes.

1756 À l'ermitage.

1758 Lettre à d'Alembert sur les Spectacles, en réponse à l'article « Genève » de l'Encyclopédie.

1761 Publication de La Nouvelle Héloïse.

1763 L'Emile. À peine paru, le livre est condamné par le Parlement de Paris et par les autorités de Genève. Rousseau se réfugie en Suisse, d'abord à Yverdon, puis à Métiers, puis à l'île Saint-Pierre.

1766 Rousseau en Angleterre, chez David Hume.

1768 Retour en France sous un faux nom (Renou).

1770 Rousseau est autorisé à rentrer à Paris.

1776 Rousseau commence Les Rêveries du Promeneur solitaire.

1778
- 30 mai : Mort de Voltaire.
- 2 juillet : Mort de J.-J. Rousseau.

__________________

Notes :

()1 Au tome XXII des Annales J.-J. Rousseau voir, p. 191, le curieux texte révélé par Jean Fabre. Il est tiré des notes manuscrites d'Etienne Dumont, qui fut un des collaborateurs de Mirabeau. Dumont a eu sous les yeux un « prétendu récit », anonyme, de la vie de Rousseau, récit « fort circonstancié, dans lequel il n'y avait sorte de vice crapuleux, d'escroquerie, d'aventures honteuses qui ne lui fussent attribués, jusqu'à ce qu'on arrivât, par degrés, à l'empoisonnement de femmes séduites ». Jean-Jacques ne connut jamais qu'une faible partie de la formidable campagne menée, pendant plus de vingt ans, contre lui.

(2) Dans une lettre du 22 juin 1771, Galiani exposait la marche à suivre : « Si l'on rencontre sur son chemin un prince sot, il faut lui prêcher la tolérance, afin qu'il donne dans le piège et que le parti [des Lumières] ait le temps de se relever par la tolérance qu'on lui accorde, et d'écraser son adversaire ». Galiani trouvait Catherine II admirable : « Une maîtresse femme, car elle est intolérante et conquérante. »

(3) Ce « compte, dit-il, que je ne tarderai pas à rendre de moi » (I).


http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Guillemin_Preface_Reveries_Rousseau.pdf

vendredi 8 juin 2012

Conférence d'Henri Guillemin sur Robespierre : le texte (21)

Chers amis,

Vous vous souvenez sans doute que j'ai signalé ici, il y a quelques semaines, une conférence formidable, peut-être la meilleure de Guillemin, celle sur Robespierre.

En la signalant, j'ai lancé un appel au peuple pour retranscrire (et peut-être traduire) cette merveille : une bande de virus (très gentils) s'est emparée de ce chantier et a produit une retranscription minutée, ainsi qu'une vidéo sous-titrée (en deux parties)...

Depuis, Mathieu (Chappuis) m'a envoyé le script des sous-titres sans les minutages, et voici plusieurs jours que je relis mot à mot ce très précieux document. Le voici, corrigé et mis en forme à ma manière (je sais que je mets trop de couleurs et de grandes tailles, mais ça me défoule :) et ça me facilite la tâche pour une lecture rapide). La version pdf est ici.

Je remercie du fond du cœur les frères humains qui se montrent si dévoués et qui m'aident tant à défendre le bien commun et les pauvres gens.

Sacrée tranche de vie, vraiment.

Bien amicalement.

Étienne.

Conférence d'Henri Guillemin sur Robespierre
12 février 1970 (pdf)

Notre association du personnel est très heureuse d'accueillir à nouveau monsieur Henri Guillemin.

Il y a trois ans, il nous avait passionnés de l'affaire Dreyfus,

une affaire qui a ébranlé la France au siècle dernier.

Et c'est aussi un des sujets qui a aussi ébranlé la France et je dirais même l'Europe.

Je crois que c'est une insulte de le présenter, vous le connaissez tous puisqu'il est déjà venu ici.

Et pour ceux qui suivent ses conférences sur le petit écran, je vais tout de suite lui donner la parole.

- Je me mets là, devant, alors ?

- Non non, vous pouvez vous balader.

- Et puis ça alors, qu'est-ce que j'en fais de ça ? Je le laisse comme ça ?

- Oui vous pouvez le laisser comme ça.

 

- Bon. Et bien l'image traditionnelle de Robespierre vous la connaissez.

Enfin telle que je l'avais apprise moi-même dans les livres de Louis Madelin qui faisait autorité quand j'étais étudiant :

l'image d'un incorruptible, c'est entendu, mais en même temps une espèce de pion âcre,

enfin, un fanatique glacé, une espèce de cuistre guillotineur si vous voulez.

Alors, immédiatement, on opposait le visage de Danton, en vous disant :

"Oui, bien entendu, il est moins incorruptible,

mais Danton, c'est tout de même l'homme «de l'audace, encore de l'audace».

C'est un homme duquel sortait une chaleur humaine.

Tandis que ce petit monsieur propret mais aux mains sanglantes, quelle horreur !"

"Mains sanglantes", ça me fait penser à l'image que j'ai vue en entrant,

où le nom de Robespierre est accompagné de sang qui coule…

Alors, est-ce exactement comme ça qu'il faut le voir ? Je n'en suis pas sûr.

Et je peux vous dire que depuis un certain nombre d'années, cette ancienne image s'est déjà pas mal modifiée.

C'est Mathiez, le premier, qui était le grand rival de Aulard, vous savez à la Sorbonne,

Mathiez, après lui monsieur Soboul, qui a le même prénom : Albert Soboul.

Jean Massin qui a fait un très bon Robespierre.

Et puis tout récemment, enfin il y a deux ans je crois, Max Gallo qui a aussi rapporté un Robespierre dont la physionomie est modifiée par rapport à l'image traditionnelle.

Eh bien, je vais tenter de vous présenter Robespierre tel que je le vois.

Alors pour ça il faut d'abord regarder ce que c'est que le mouvement de 1789, pour voir l'insertion de Robespierre.

Eh bien la chose importante à vous dire, citation de Michelet, qui est un grand écrivain, mais mon estime pour l'historien n'a cessé de décroître ; Michelet vous affirme ceci, "Ce qu'il importe de savoir, c'est à quel point les idées d'intérêt furent étrangères au mouvement de 89"…

Et il ajoute même, oui : "la révolution fut désintéressée, c'est là son côté sublime"…

Je n'en crois plus rien.

Voyons, qu'est-ce qui c'était passé réellement au 18ème siècle ?

La formation d'une nouvelle classe, hein. Nous l'appellerons si vous le voulez la richesse mobilière.

Il y a eu cette grande expansion économique au 18ème siècle, que vous connaissez.

Donc, il s'était constitué une classe de financiers, d'industriels, de banquiers.

Ces gens représentaient réellement une très grande part de la fortune française.

Or, ils voyaient que, comme on dirait aujourd'hui, les leviers de commande étaient uniquement entre les mains de l'aristocratie.

Alors, ces gens avaient envie de s'affirmer.

Et ils avaient un théoricien, qui s'appelait Barnave, qui était un avocat du Dauphiné, un client des Perrier,

(les Perrier, c'était de grands industriels de la région)

et Barnave a prononcé en 90 une phrase très importante, que je crois savoir par cœur : "Une nouvelle distribution de la richesse, appelle — c'est-à-dire exige — une nouvelle distribution du pouvoir."

Autrement dit : nous qui sommes très importants dans la France, nous tenons à avoir notre part dans la gestion des affaires publiques.

L'occasion qui va se présenter pour cette nouvelle classe, c'est la situation financière française en 1789 :

la banqueroute imminente.

Et deux raisons de la banqueroute, qui sont les suivantes :

Il y a une très célèbre, l'autre qui l'est moins.

Raison célèbre, il y avait des parasites qui ne payaient pas d'impôts, et c'était précisément ce qu'on appelait les privilégiés,

à savoir l'aristocratie et le clergé ;

Mais deuxièmement il faut aussi penser à la politique financière des rois de France, surtout Louis 15 et Louis 16.

Une politique d'emprunts permanents.

Lorsque la France de Louis 16 décide de soutenir les insurgés d'Amérique, qui vont donner les États-Unis, il faut de l'argent liquide pour faire la guerre.

Necker, Suisse vous savez, qui est "au service de la France".

Necker dit : "tout l'argent que vous voudrez !"

Naturellement, on fait des emprunts énormes. Et je vous dirais entre parenthèses que Necker s'y retrouve personnellement parce qu'il fait semblant d'être désintéressé, à ce moment-là, de n'être plus banquier,

et il prête jusqu'à 14% à l'État français. C'est intéressant quoi, un ministre des finances qui fait du 14% personnellement…

Ce qui lui permettra ensuite le château de Coppet.

Bon alors en 1789, vous avez la situation que voici.

La moitié, c'est vrai ce que je vais dire, la moitié du budget des dépenses françaises passe aux arrérages de la dette.

Situation éminemment malsaine.

Alors vous pensez bien que ces industriels, ces grands personnages, ces notables, ne vont pas eux-mêmes faire la révolution et descendre dans la rue.

Il leur faut un bélier. Le bélier est tout trouvé, c'est la petite plèbe, c'est le petit peuple.

Si vous lisez un livre divertissant et qui ne voudrait pas l'être, mais qui l'est tout à fait, un livre de monsieur Gaxotte de l'académie française sur la révolution française, vous y lirez cette phrase surprenante :

"En somme en 1789, l'ensemble était cossu".

Je vous assure que c'est merveilleux de penser, l'ensemble était cossu !

Alors vous voyez quand on passe à des choses sérieuses, quelqu'un qui Dieu sait n'est pas un communiste, j'ai nommé monsieur Edgar Faure, qui a fait un très bon livre sur la chute de Turgot, et qui a cette phrase très importante, qui est un homme qui sait de quoi il parle.

"C'est vrai la richesse française, la richesse nationale française s'était beaucoup accrue au 18ème siècle, et cela avait aboutit - écrivait Edgar Faure - à faire les pauvres plus pauvres."

Monsieur Godechot, encore aujourd'hui je crois, doyen de la faculté des lettres de Toulouse, et qui a fait dans une collection importante qui s'appelle "Les trente journées qui ont fait la France", qui a fait le 14 juillet, nous apporte lui des chiffres.

Alors je vais vous donner quelques uns de ces chiffres.

Le travailleur, à ce moment-là c'est quoi ?

C'est le travailleur des champs, surtout journalier. Mais il y a aussi plus de travailleurs des villes qu'on ne l'imagine.

Il y a déjà des concentrations industrielles.

Enfin, le travailleur des champs ou le travailleur des villes, gagne à peu près 20 sols par jour au 18ème siècle.

20 sols, pouvoir d'achat actuel, 4 à 5 francs suisse à peu près. (3 à 4 euros)

Ces gens ne gagnent leurs 20 sols que quand ils travaillent, bien entendu.

Il y a le dimanche, et il y a énormément des fêtes chômées.

Alors ces gens gagnent leurs 20 sols quand ils travaillent, environ 320 ou 330 jours par an.

De quoi se nourrissent-ils ? Ils se nourrissent avant tout de ce qu'on appelait "la miche".

La miche de pain, on ne parlait pas de kilo à ce moment-là, ça ferait une miche de 1 kilo.

Cette miche de pain coutait 40 centimes. 40 sols, enfin, disons 40 centimes, en 1750.

Elle ne cessera pas, le prix ne cessera pas de monter. Elle va passer de 10 sous à 12 sous, à 13 sous...

Et ce n'est pas par hasard que le 14 juillet, c'est-à-dire le jour où il y a la prise de la Bastille, dont je vais vous parler, est aussi le jour où la miche de pain est la plus élevée, elle coute 14 sous.

Alors comme il faut manger tous les jours même si on ne travaille pas tous les jours, regardez la situation de gens qui dépensent déjà 14 sous pour manger, qui gagnent 20 sous quand ils travaillent.

Alors qu'est-ce qu'il leur reste pour leur habitation ou pour leur logement, ou pour leur vêtement ?

Des gens donc très malheureux. Ce n'est pas étonnant que dans l'année de 1788 il y avait pas mal de tumulte, des émeutes, des petites insurrections, de la misère.

Et en avril 1789 les états généraux ne sont pas réunis, ils vont se réunir le 5 mai.

En avril 89 à Paris, une très violente insurrection qu'on appelle "l'émeute réveillon", quartier Saint-Antoine, quartier ouvrier, où il y aura, on fera donner la troupe, où il y aura environ 150 morts.

C'est vous dire qu'il y avait là un bélier tout à fait disponible, c'est-à-dire de pauvres gens qui crevaient.

Les notables qui sont réunis à Versailles d'abord puis à Paris après, vous savez, c'est l'assemblée dite "constituante" maintenant.

Les états généraux qui se sont transformés en assemblée constituante, estiment que tout va bien.

Le roi a en effet reculé, on va arriver à faire une constitution.

Et par conséquent ces notables, c'est-à-dire la richesse mobilière, ont l'impression qu'ils ont gagné.

Quand brusquement, le 12 juillet 1789, le roi fait marche arrière, renvoie Necker qui était au pouvoir et, étant financier lui-même, favorisait les financiers.

Le roi renvoie Necker et met à la place un gouvernement que nous appellerons d'extrême droite, avec Breteuil.

Situation dramatique. Cette fois la bourgeoisie parisienne, la grosse bourgeoisie, la bourgeoisie d'affaires parisienne, décide de se lancer — pas elle-même, bien entendu — mais de lancer le peuple contre la Bastille qui était le symbole même de l'autocratie.

On va armer le peuple. C'est très redoutable hein, et c'est dans la journée du 13 juillet 1789 qu'on va ouvrir les Invalides, où il y avait 30 000 fusils, des canons, de la poudre, et on va distribuer des armes aux pauvres gens.

On notera par exemple que deux Suisses, très importants, le banquier Pergaud et un autre banquier Genevois qui s'appelle Delessert,

(Pergaud c'est un Neuchâtelois) sont là parmi les gens les plus incandescents, qui ont ramassé des fusils et qui les distribuent aux gens qui passent devant chez eux.

Vous avez Boscari qui est un agent de change et un futur membre de l'assemblée législative, agent de change, qui lui aussi ne va pas se battre, c'est pas convenable, mais distribue des fusils.

Alors ça y est le 14 juillet, le roi a reculé, on a rappelé Necker, on a gagné !

Attention ! On a gagné avec un grand risque : on a armé la plèbe.

Qu'est-ce qu'elle va faire de ces fusils ?

Alors, il faut lui reprendre ces fusils. Et on a trouvé un truc admirable, en effet qui va réussir tout de suite.

On avait distribué gratuitement ces fusils à la petite plèbe. On va les lui racheter pour 40 sous.

Alors la plupart des fusils reviennent. Vous comprenez, les gens qui avaient touché un fusil pour rien, on leur dit si vous rendez le fusil, vous avez 40 sous, ils rendent leur fusil.

Aux trois armées comme on a peur que ça leur ait donné des mauvaises idées, on va constituer tout de suite, dès le 15 juillet, ce qu'on appelle d'abord une MILICE BOURGEOISE.

Puis le mot parait tout de même trop nu, on appellera ça une GARDE NATIONALE. La garde nationale sera une armée supplétive pour faire tenir tranquille les pauvres.

Et cette garde nationale se crée à Paris, et se crée aussi en province.

Maintenant comme l'a fait Regallier, on va faire une constitution.

On a annoncé que tous les Français devenaient des citoyens.

Mais l'abbé Sieyès fait admettre une constitution qui divisera les français en deux classes.

Il y a ceux qui payent des impôts et ceux qui n'en payent pas.

On appellera tout le monde citoyen, pour rire, mais il y aura les citoyens actifs et les citoyens passifs.

C'est un chef d'œuvre d'humour noir d'appeler citoyen passif, puisque le passif c'est celui qui n'a pas le droit de vote !

Alors en somme il n'y a que les possédants ou les demi-possédants, ceux qui ont un petit peu d'argent, qui auront le droit de vote.

C'est ça, "la constitution".

En plus, loi Le Chapelier de 1793 (en réalité 1791) : à savoir interdiction est faite, sous peine de prison, aux ouvriers - aux salariés comme on disait déjà - de se coaliser, pour je cite, pour enchérir leur travail.

Défense de se coaliser pour enchérir leur travail, c'est-à-dire : interdiction est faite aux salariés, aux prolétaires, de défendre leurs intérêts.

Et comme le 17 juillet 1791, les citoyens passifs se sont mêlés de ce qui les regardait pas, lorsque ce jour-là après la fuite du roi à Varennes, ils ont demandé la déchéance du roi, il y avait 100 000 personnes à peu près qui étaient réunies aux Champs de Mars pour signer sur un registre, où les cordeliers, qui étaient des gens d'extrême gauche, avaient déposé une pétition pour que le roi soit déchu ; La Fayette, chef de la garde nationale, de la garde bourgeoise, et Bailly maire de Paris, feront tirer et sans sommation, sur ce peuple qui est là.

Vous savez c'est une date, ce 17 juillet 1791, qu'il faudrait inscrire en rouge dans les livres, au moins aussi gros que le 14 juillet.

Le 17 juillet 1791, sans sommation on fera tirer sur le peuple parce qu'il se mêle de ce qui ne le regarde pas, en demandant la déchéance du roi.

On ne saura jamais exactement le chiffre des tués.

Vraisemblablement près d'un millier.

Ça, c'est une leçon donnée aux petites gens qui veulent s'occuper de la gestion des affaires nationales, qui n'appartient qu'aux possédants.

En somme, les constituants sont des Voltairiens. Comprenez-moi bien, je ne parle pas du tout de Voltaire au sens religieux.

On en parle tout le temps mais on oublie que Voltaire avait une certaine doctrine politique.

Et Voltaire avait affirmé la doctrine que voici : "Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne."

Ça, c'est une morale d'entretenu. Eh bien, c'est la morale de la constituante.

Il y avait un monsieur qui n'était pas d'accord. Un seul, un seul !

Un petit avocaillon d'Arras, qui s'appelait Maximilien de Robespierre.

Il était tout seul à la constituante à faire des protestations.

D'où sort-il ? C'est un garçon qui n'a pas eu de chance, il a perdu sa mère tout petit. Quand il avait 9 ans son père a disparu, on dit qu'il est allé mourir à Munich, on en sait rien.

On croit qu'il était parti avec une femme. Toujours est-il que ce petit Robespierre de 9 ans, est chef de famille puisqu'il y a derrière lui deux sœurs et un petit garçon qu'on appelle en famille "bonbon" et qui s'appelle en réalité Augustin.

La chance de notre Maximilien de Robespierre, c'est un oncle paternel qui va obtenir pour lui une bourse de l'évêque d'Arras.

C'est avec de l'argent ecclésiastique qu'il va faire ses études.

Études au collège Louis le Grand, bonnes études, bon travailleur, il veut faire du droit.

Et à 23 ans, il va prendre la succession, après un intervalle, la succession de son père qui avait été avocat à Arras.

On a quelques dessins de ce très jeune Robespierre.

Il a une figure poupine, à 23 ans il a l'air d'un gamin.

Il a des yeux un peu candides, il a un nez retroussé comme Talleyrand.

Et il n'est pas particulièrement ni méchant ni gentil, enfin il est quelconque.

C'est un garçon qui n'est pas insociable, qui va dans les bars, qui tourne le madrigal comme tout le monde.

Mais on se moque un peu de lui parce qu'il a une passion : il parle tout le temps de Jean-Jacques Rousseau.

Pas de Rousseau des confessions ni de la Nouvelle Héloïse, mais le Jean-Jacques du contrat social.

Il est fou de Jean-Jacques, il vit de Jean-Jacques, il l'a vu et il le dit à tout le monde.

Il était né en 1758, Rousseau est mort en 1778.

En 78 Robespierre était encore étudiant à Paris.

Rousseau n'était pas loin, à Ermenonville, chez le marquis de jardin, vous savez.

Et le petit Robespierre lui avait demandé une audience.

Eh bien Jean-Jacques Rousseau avait accepté de voir ce garçon !

Je ne pense pas qu'il avait tenu des propos sublimes, mais enfin il lui avait parlé.

Alors Robespierre disait "j'ai vu Jean-Jacques Rousseau !".

Bon, les gens souriaient un peu.

Mais les gens souriront moins lorsqu'ils verront un certain trac, comme disent les gens aujourd'hui, que Robespierre avait répandu à la fin de l'année 1788 lorsqu'il était candidat aux états généraux, candidat du Tiers état.

Je vais vous lire, ce texte est tout court, la phrase essentielle je vais vous la lire lentement. C'est du Robespierre de 1788 :

"La plus grande partie de nos concitoyens - la plus grande partie - est réduite par l'indigence à ce suprême degré d'abaissement, où l'Homme, uniquement occupé de survivre, est incapable de réfléchir aux causes de sa misère et aux droits que la nature lui a donné."

C'est terrible de demander ça, et de dire aux gens : vous allez réfléchir aux causes de votre misère !

Vous êtes des exploités, vous êtes des malheureux, prenez-en conscience !

Vous comprenez que c'était terrifiant. Alors un homme qui dit des choses comme ça se fait repérer tout de suite.

Et même il va encore plus loin, il va prononcer un mot terrible à la tribune.

Il va parler d'hypocrisie — vous m'entendez : d'hypocrisie— à propos de la déclaration des droits de l'Homme.

Pourquoi donc ? La déclaration des droits de l'Homme votée à l'unanimité avait pour article principal, vous le savez ça, c'est assez souvent cité :

"Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit".

C'était la grande phrase de la déclaration des droits de l'Homme.

"Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit".

Alors Robespierre dit : Nous avons tous voté ça, mais quelle application en faites-vous ?

L'égalité ? Je ne la vois pas, l'égalité !

Ces hommes qui sont tous égaux, alors pourquoi avez-vous distingué les français en deux groupes : les citoyens actifs et les citoyens passifs, d'après leur argent.

Ils sont tous libres ? Il y a aussi des citoyens noirs parce que la France avait encore à ce moment-là quelques colonies, surtout dans les Antilles.

Il avait demandé l'abolition de l'esclavage.

Le lobby colonial qui était extrêmement puissant à la Constituante avec La Fayette, entre autres, qui s'était absolument opposé, la constituante avait maintenu l'esclavage.

Et Robespierre disait : Hypocrisie de dire que tous les hommes... puisque les hommes noirs vous voulez les laisser en esclavage.

Et puis il y a d'autres esclaves, qui sont pas noirs, qui sont blancs, ce sont ces ouvriers auxquels vous interdisez de se coaliser pour défendre leur salaire.

Je dis donc le mot hypocrisie parce que ni l'égalité, ni la liberté, ne sont respectés par vous.

Il avait compris aussi ce que c'était que "la fédération" :

Si vous lisez notre ami Michelet, vous voyez, et qui a été beaucoup répété depuis : la fédération c'est la grande fête nationale française.

Ça se passe le 14 juillet 1790. Les gardes nationales sont venues se rassembler à Paris.

La France prend conscience de son unité. Paraît-il que le patriotisme est né ce jour-là.

Il ne s'agit pas de patriotisme. Il s'agit de quoi ? Du premier congrès armé de la bourgeoisie.

Ce sont les gardes nationales qui font tenir tranquille les paysans ou les ouvriers qui se sont rassemblés à Paris, pour dire : nous sommes les maîtres, nous avons les armes.

Et Robespierre va dire ceci : "vous voulez diviser la nation en deux classes, dont l'une ne sera armée que pour contenir l'autre. C'est aux classes fortunées que vous voulez transférer la puissance !".

Voici des mots de Robespierre. Alors vous pensez qu'il était détesté.

Un type comme Mirabeau par exemple, qui passait pour un ami du peuple, et qui était vendu - le mot que j'emploie n'est pas un mot de polémique -.

Il était vendu Mirabeau puisque nous connaissons sa vente, son achat.

Ca s'est passé en octobre 1789, il avait une sorte de dette comme vous savez.

Et le roi lui avait remis ce jour-là en octobre 1789, 200 000 francs cash, ce qui ferait un million de francs suisses aujourd'hui (800 000 euros).

Et 6 000 francs par mois, c'est-à-dire 24 000 francs à peu près (20 000 euros). C'est pas mal quand même, 24 000 francs par mois, pour continuer à pousser ses coups de gueule et faire croire qu'il était à gauche, mais toujours voter pour la conservation des intérêts.

Bon alors, Mirabeau détestait Robespierre, il l'avait repéré comme extrêmement dangereux.

Et comme Mirabeau était très intelligent et qu'il avait le sens du pittoresque.

Il avait trouvé une phrase comique, mais pas mauvaise, sur Robespierre, qu'il répétait beaucoup : "Quand monsieur Robespierre monte à la tribune, il me fait penser à un chat qui a bu du vinaigre !" disait-il.

Quelqu'un qui n'était pas bête non plus, Dieu sait : La fille Necker, vous savez la banquière, enfin Madame de Staël.

Madame de Staël en 1816 dira : "Je n'ai vu qu'une fois dans ma vie Robespierre, ces traits étaient ignobles, - oh non pas du tout - ces veines étaient d'une couleur verdâtre dit-elle - et alors la suite - Il professait sur l'inégalité des rangs et des fortunes, les idées les plus absurdes.".

J'ai compris : fortune, verdâtre, etc. Bon...

Alors je vais vous citer maintenant un texte du journal de Paris.

Il y avait quatre grands journaux à Paris à ce moment-là.

Le journal de Paris du 28 octobre 1789.

C'est tout petit, c'est un compte-rendu de la séance de la veille.

La séance donc du 27 octobre à l'assemblée nationale.

Cette phrase est inouïe ! Elle est donc du journal de Paris.

"Hier, monsieur Robespierre, est encore monté à la tribune. On s'est rapidement aperçu qu'il voulait encore parler en faveur des pauvres. Et on lui a coupé la parole."

Voilà comment ça s'est passé.

Alors le malheureux Robespierre quand il voit que cette révolution a pratiquement avorté, il s'aperçoit que ce qu'on a appelé la révolution française c'est une rixe de possédants.

C'est une bagarre de nantis. Entre richesse mobilière et richesse immobilière, mais sur le dos de ce que Victor Hugo appellera la Cariatide, c'est-à-dire les pauvres, les prolétaires, les travailleurs.

Lui il dit : Robespierre, cette révolution est ratée. Espérons qu'elle va reprendre sous une autre forme, et il propose une mesure suicidaire à ses collègues les députés.

Il leur dit : Nous devrions décider qu'on ne va pas se présenter à la législative.

Vous savez la constitution prévoyait qu'il y avait une chambre, qui s'appelait l'assemblée législative.

On allait l'élire à la fin de l'année 91.

Robespierre espérant que le changement d'un personnel politique amènerait peut-être au pouvoir des gens plus soucieux d'équité, dit : Nous tous qui sommes là, on ne se représentera pas aux élections.

On laissera des jeunes gens venir.

Comme il fait cette proposition et qu'il dit : moi, je ne me présenterai pas. Les autres n'osent pas dire non, alors il est entendu qu'aucun membre de l'assemblée constituante ne pourra faire partie de la législative.

Oui mais enfin avec ces élections qui sont censitaires, seuls les possédants votent. Qu'est-ce que ça va donner ?

Ça va donner une chambre de notables. Une chambre de grands possédants.

La législative est immédiatement dirigée par un groupe de tête.

On s'aperçoit que ce sont les meneurs. Les types particulièrement remarquables qu'on va appeler les Girondins.

Pourquoi Girondins ? Parce que, au départ, c'était un noyau de députés de la Gironde.

Vous savez il y avait Vergniaud, qui était une espèce de playboy qui avait beaucoup de succès féminin à Paris. Très beau, du reste, un admirable garçon.

Il y avait un autre bordelais qui s'appelait Guadet, qui était pas mal mais seulement il parlait du nez !

Alors on l'appelait le canard !

Alors il y avait Guadet et puis il y avait Gensonné.

Il y avait donc trois Bordelais d'abord, puis à côté il y avait des gens qu'on va appeler Girondins bien qu'ils ne fussent pas de la Gironde, parce qu'ils pensaient comme eux.

Il y avait le parfumeur Isnard qui était du Var, il y avait Barbaroux, qui n'avait pas de barbe, qui était marseillais.

Il y avait celui qu'on appelait, Dieu sait pourquoi, le vieux Roland, il avait 57 ans, moi je le trouve tout jeune.

Et puis il y avait le marquis de Condorcet, il tenait beaucoup à se faire appeler marquis, il disait toujours qu'il était un ami personnel, c'était vrai, de D'Alembert.

Disons, si vous voulez, que c'était l'encyclopédiste de service à la législative.

Alors ça, c'est les Girondins.

Qu'est-ce qu'ils vont faire les Girondins ?

Ils conduisent la politique française, c'est vrai. Et la législative est élue pour deux ans.

Elle ne fera pas les deux ans. Elle est élue à l'automne 1791 et elle va tomber le 10 août 92 dans les circonstances que vous savez mais que je vais vous rappeler.

Alors qu'est-ce qu'ils vont faire ces Girondins qui conduisent tout ?

Ils vont faire une seule chose ! Ils vont déclarer la guerre à l'Autriche et à la Prusse.

Voyons là-dessus encore, on nous dit, c'est Michelet par exemple, Michelet nous dit : Pourquoi la guerre ? Parce que les Girondins étaient des hommes qui adoraient la liberté.

Le volcan révolutionnaire jetait ses étincelles sur le monde entier. Ou encore changeant d'image : c'est l'océan révolutionnaire qui déborde.

Enfin soyons sérieux. Bon, alors on nous dit autre part : guerre préventive.

Ça se fait, des guerres préventives. On savait absolument que les autres allaient attaquer.

Les Autrichiens et les Prussiens ne pouvaient pas tolérer cette France en désordre.

Que la reine était autrichienne et que par conséquent son frère l'empereur d'Autriche n'avait qu'une idée, c'était d'écraser les Français.

Ce n'est pas vrai ! Plus aucun historien aujourd'hui ne soutiendrait que la France était menacée militairement à ce moment-là.

Il y avait les émigrés bien sûr. Ils étaient environ 15 000. Qui étaient à Coblence, vous savez sur les bords du Rhin.

Ils étaient 15 000 sur les 25 millions de Français. Ce n'était pas extrêmement dangereux, ils faisaient beaucoup de moulinet.

Mais ils n'étaient redoutables que s'ils avaient derrière eux la possibilité d'avoir l'appui militaire des forces autrichiennes et des forces prussiennes.

Ça, c'eût été redoutable.

Mais précisément le malheur de ces émigrés, c'est qu'ils ont beau supplier les Autrichiens ou les Prussiens d'intervenir, les Autrichiens et les Prussiens ne veulent pas intervenir !

Et même la reine Marie-Antoinette qui a écrit à son frère l'empereur en lui disant : "le plus grand service que vous pourriez nous rendre serait de nous tomber immédiatement sur le corps".

L'empereur d'Autriche ne veut rien entendre. Pourquoi ?

Parce que l'Autriche et la Prusse ont leur yeux fixés sur l'Est et non pas sur l'Ouest.

Sur l'Est, c'est-à-dire la Pologne. Vous vous rappelez le fameux destin de la Pologne au 18ème siècle. Gâteau que tout le monde mangeait : non, ils étaient trois à le manger.

Il y avait déjà eu deux "mangements" si je puis dire. Et l'Autriche et la Prusse regardaient avec inquiétude du côté de Catherine II dont les dents étaient très longues, en disant : si on n’intervient pas, elle va tout manger, alors il faut qu'on garde nos soldats pour une intervention militaire en Pologne !

Après, on verra du côté de la France...

Donc rien à faire, ils ne veulent pas s'engager. Tout ce que les émigrés ont obtenu de la Prusse et de l'Autriche c'est la déclaration de Pillnitz, vous trouvez ça dans tous les livres.

Déclaration purement platonique en disant : Oui le moment venu, si notre unité se constitue, si l'Angleterre - qui avait bien envie de rester neutre - accepte aussi, alors on pourrait envisager plus tard une intervention militaire sur la France.

Il n'y a pas de danger militaire. Alors pourquoi est-ce que les Girondins vont faire la guerre ?

Eh bien c'est très intéressant, beaucoup d'histoires ne le disent pas encore.

Ils vont faire la guerre pour avoir de l'argent. Pourquoi ? La banqueroute dont je vous ai parlé tout à l'heure, comment est-ce qu'on l'avait conjurée ?

Vous vous rappelez, à l'automne 1789, la France décide de mettre la main sur les biens du clergé.

Et je n'y vois aucun inconvénient étant donné que l'église avait 3 milliards et demi de biens, ce qui était un peu excessif.

Alors, comme la situation française était pénible, on prenait la situation du clergé.

On ne pouvait pas jeter comme ça immédiatement sur le marché, ces trois milliards et demi de biens, ils en avaient fait pour la première fois vous le savez bien, des papiers monnaie.

Qu'on appelait des assignats : les assignats étaient gagés par cette fortune ecclésiastique devenue fortune nationale.

Ça c'était passé à l'automne 89 et nous en sommes maintenant à l'automne 91.

La planche aux assignats a déjà tellement bien tourné qu'il a un milliard et 900 millions d'assignats en circulation.

L'assignat commence à perdre sa valeur. C'est-à-dire qu'en 91, si vous arrivez dans une banque avec un assignat de 100 francs et que vous demandez 100 francs or, on vous donnera 80 francs.

L'assignat a déjà perdu 20%. Si on continue, il n'y a pas de raison pour que ça s'arrête, si on continue à faire tourner la planche aux assignats comme ça, dans 6 mois il n'y a plus de gage.

Par conséquent c'est la monnaie qui tombe. Il faut faire de l'argent ! On peut bien en trouver du côté du Gurin à tout prix, mais heureusement il y a les Rhénans à côté de la France, il y a les Belges qui ont pas mal d'argent.

Eh bien on va aller prendre les biens d'autrui. C'est exactement ça, la guerre des Girondins c'est une guerre de rapine.

Et il ne faut pas que je me mette à affirmer des choses si affreuses sans apporter immédiatement des preuves.

Alors je vais vous les donner, les preuves.

14 décembre 1791, nouveau ministre de la guerre, il s'appelle Narbonne, il est très bien avec les Girondins, Narbonne c'est l'amant numéro X de madame de Staël.

Elle trouvait plus drôle de faire l'amour avec un ministre, alors elle l'avait fait ministre de la guerre.

Alors le 14 décembre 1791, il est à la tribune ce Narbonne, et il dit la phrase suivante. Qui est un officiel, vous pouvez vérifier. "Il faut faire la guerre. Le sort des créanciers de l'État en dépend."

Enfin, on ne peut pas être plus net, n'est-ce pas ?

Si on ne fait pas la guerre, le sort des créanciers de l'État, il est fichu.

Le 29 décembre 91, Brissot, qui est apparenté comme négrillon, apparenté aux Girondins. Lui aussi fait cette déclaration, écoutez bien : "la guerre est indispensable à nos finances et à la tranquillité intérieure."

Je vous demande de garder tranquillité intérieure dans un coin de votre mémoire.

"Indispensable à nos finances et la tranquillité intérieure".

Il y a toujours ce gêneur qui est toujours là pour empêcher de danser en rond. C'est Robespierre qui va encore faire une protestation pendant un mois et demi.

Il n'est plus député puisque c'est la législative, mais il a sa tribune des Jacobins.

Décembre 91 et janvier 92, Robespierre fait une charge permanente et à fond contre l'idée de la guerre.

Et qu'est-ce qu'il dit ?

Son premier argument c'est : si vous voulez faire cette guerre d'agression, vous vous reniez !

Pourquoi reniement ? Parce que la constituante, à un moment où elle n'avait pas besoin d'argent, avait accepté à l'unanimité de voter une proposition de Robespierre.

Ça c'était passé en mai 90, le 23 mai 1790 je crois. Robespierre avait fait voter par la constituante ceci : La nation française déclare solennellement qu'elle ne fera plus jamais de guerre d'agression.

Ce monsieur Gaxotte dont je vous ai parlé tout à l'heure, dans ce gentil livre sur la révolution française, dit : c'était "une sottise humanitaire" que proposait Robespierre.

Alors je vous demande de réfléchir un instant à ce qu'il se serait passé si la France réellement fait ce que Robespierre lui demandait.

Qu'est-ce que c'était que la politique internationale à ce moment-là ? Comme aujourd'hui c'était la jungle, les gros mangeant les petits.

La France - je ne suis pas particulièrement chauvin - enfin la France à ce moment-là représentait la première nation d'Europe. La plus peuplée, 26 millions d'habitants.

Celle qui était soi-disant la plus lettrée.

Eh bien, si la France avait réellement, à partir de 1790, avait décidé que plus jamais, elle, ne ferait de guerre de conquête et de guerre d'agression, il me semble qu'un pas eût été accompli dans le sens de la civilisation.

Bon alors, on avait voté parce qu'à ce moment-là il n'y avait pas de problème de guerre.

Mais maintenant que la guerre s'imposait pour les raisons financières que vous avez vues, reniement ! disait Robespierre.

Vous avez promis que la France n'attaquerait pas, et elle va attaquer.

Les Girondins disent, ce que répètera monsieur Michelet : c'est "une guerre de générosité" que nous faisons, c'est pour répandre nos idées.

Et Robespierre disait : mais parfait, envoyez donc des émissaires partout, mais n'envoyez pas des soldats. Parce que personne n'aime les missionnaires armés, dit-il.

Et les soldats qui vont arriver avec l'idée de la liberté soi-disant au bout de leur baïonnette, on sait très bien ce qu'ils feront les soldats !

Ils vont tuer d'abord, c'est leur métier. Ils vont piller, ils vont violer.

C'est la meilleure façon de faire détester nos idées.

Troisièmement disait Robespierre : avec quoi voulez-vous faire la guerre ? On ne fait pas la guerre avec une armée sans cadres, et il n'y a plus de cadres !

Quand tout à l'heure je vous parlais émigrés qui était 15 000, c'était quoi les émigrés ?

C'était presque tous des officiers. Alors je vais vous donner un chiffre encore. C'était sur Bonaparte que j'ai découvert ça.

Bonaparte était à ce moment-là lieutenant au quatrième régiment d'artillerie, et j'ai vu dans la correspondance de Bonaparte - je vais lentement hein -

j'ai vu dans la correspondance de Bonaparte, que en janvier 91 il y avait au quatrième régiment d'artillerie 80 officiers. Janvier, 80 officiers.

En novembre 91, il y a 14 officiers. Il en reste 14 sur les 80. Ce qu'il se passait au quatrième régiment d'artillerie devait se passer dans des tas de régiments.

La plupart des officiers avait émigré, et donc pas de cadres. Donc Robespierre disait : vous faites la guerre dans des conditions telles que le désastre est infaillible.

Et il ajoute, se rappelant de ce qu'il avait vu le 17 juillet 91 quand La Fayette avait fait tirer sur le peuple, il dit : faites attention, vous avez réparti les forces françaises en trois groupes.

Il y a l'armée Rochambeau, l'armée La Fayette, l'armée Luckner. Si jamais l'armée La Fayette remporte un succès, craignez que La Fayette ne transforme ses soldats en des prétoriens et ne revienne sur Paris à la tête de ses troupes pour nous imposer le gouvernement de son choix.

Qui serait la dictature militaire, et dit Robespierre, il n'y a pas de pire despotisme que le despotisme militaire.

Ce qui n'était pas mal vu.

Bon, alors, maintenant quatrième remarque : Il dit, ce que vous proposez c'est une guerre de diversion, une guerre de diversion !

Le prix du pain avait bien baissé à la fin de l'année 89 et encore en 90, donc il n'y avait plus de problème social.

Les gens mangeaient à peu près. Mais voilà qu'en 91, le problème s'était de nouveau posé. Soit que la récolte ait été déficitaire, soit que des gens aient accaparé les blés comme l'avait fait Necker.

C'était une des origines de sa fortune. Necker accaparait le blé et disait : "il y a disette" quand le prix était monté, et il remettait sur le marché à un prix supérieur.

Toujours est-il que les gens ne mangeaient plus en 91 ! De nouveau, agitation sociale.

Boscari, dont je vous ai parlé tout à l'heure, l'agent de change. En février 92, arrive les yeux hors de la tête à la tribune.

Il est maintenant député de la législative, puisqu'il n'était pas député de la constituante.

Il était en même temps commerçant et agent de change. Il avait un magasin d'épicier. Et il dit : il s'est passé une chose épouvantable, ce matin des ménagères sont entrées dans mon épicerie et ont volé des piles de savon !

C'était vrai, c'était des choses extrêmement indignes. Il avait annoncé une augmentation massive du prix du savon, et les femmes avaient pris ça très mal, elles étaient venues voler le savon.

Ce qui était déjà très coupable. Mais alors ce qu'il se passe le 3 mars 92 tout à côté de Paris, c'est infiniment plus grave.

C'est à Étampes que ça se passe. Les ouvriers agricoles d'Étampes qui ne mangent pas à leur faim, sont venus trouver le maire.

Le maire s'appelle Simonneau, c'était un petit industriel, c'était un tanneur.

Et c'est la première fois qu'on va entendre parler d'un mot qui va être si célèbre pendant la révolution, ces gens demandent le MAXIMUM.

Vous savez, aujourd'hui on dit maximum mais ils disaient "maximom" alors je prononcerai comme eux.

Ca voulait dire quoi le maximum ?

Ces gens demandent une intervention des pouvoirs publics, soit municipaux, soit départementaux, soit nationaux, pour fixer le prix de vente des produits de première nécessité.

Surtout le prix de vente du pain. Ça c'est inqualifiable, les Girondins disent que c'est intolérable.

Ce sont des amis de la liberté comme vous le savez. La première liberté pour eux c'est la liberté économique, on ne doit pas intervenir sur les marges bénéficiaires.

C'est à ce moment-là même que monsieur Roland, le vieux Roland dont je vous parlais, prononce cette phrase : "Tout ce que l'assemblée - la législative - peut faire en matière économique, c'est de déclarer qu'elle n'interviendra jamais."

Alors comme le maire leur dit : Non non, n'y comptez pas, jamais je ne taxerai le pain.

Les types qui crèvent, le tue ! C'est le premier mort, un des premiers morts de la révolution.

Mort pour la propriété si vous voulez.

Les Girondins sont complètement affolés. En se disant : Il faut faire la guerre. Vous vous rappelez Brissot. La guerre est indispensable à la tranquillité intérieure.

Puisqu'il y a une insurrection sociale, il faut vite vite vite déguiser les soldats en conscrits, les jeunes gens en conscrits, les envoyer à la caserne, les envoyer sur le front.

Parce que nous pouvons espérer quelques résultats militaires, et surtout cela fera une ponction sur la classe ouvrière.

Et tous ces petits prolétaires ne nous embêterons plus puisqu'ils seront des soldats.

Robespierre l'avait vu, et le dit.

Cinquièmement, dit Robespierre : Vous Girondins, qui attaquez tout le temps "le parti autrichien" qui est aux Tuileries.

C'est vrai, il y a un parti autrichien qui était le parti de la reine. Vous ne voyez donc pas qu'en demandant la guerre, vous faites le jeu de la cour ?

Michelet en 1869, dans une postface à son histoire, répondant à une attaque de Louis Blanc, Michelet dira : monsieur Louis Blanc a repris les calomnies, les calomnies de Robespierre contre les Girondins, qui soi-disant "faisaient le jeu de la cour".

Michelet n'hésite pas à écrire : "La guerre, la cour en avait peur, une peur effroyable"…

Alors je vais vous montrer la "peur effroyable" que la cour avait de la guerre :

Vous vous rappelez déjà ce que Marie-Antoinette avait dit, en demandant à son frère d'intervenir militairement le plus vite possible.

Et voici une phrase de Louis 16. Elle est du 14 décembre, c'est-à-dire le même jour où il y avait le discours de Narbonne que je vous ai cité tout à l'heure.

Le 14 décembre 91, le roi de France, Louis 16, écrivant à son ami le baron de Breteuil qui a été ministre pendant deux jours, vous vous rappelez le 12, 13 et 14 juillet, et qui est maintenant réfugié à Bruxelles.

Le 14 décembre 91, le roi de France, Louis 16, écrivant à Breteuil, il lui dit : "L'état physique et moral de l'armée française est tel qu'elle ne peut même pas faire six mois de campagne."

Conclusion : il faut faire la guerre le plus vite possible !

Parce qu'il y aura un désastre, et qu'on pourrait rétablir la situation telle qu'elle devait l'être en 1788.

Alors le roi va faire que les responsables de l'affaire prennent leurs responsabilités.

Il va appeler un ministère Girondin. Et c'est un ministère Girondin qui, le 20 décembre 1792, va déclarer la guerre à l'Autriche.

Le résultat ne s'est pas fait attendre : dès le 25, désastre. L'armée de Luckner, je dois vous dire entre parenthèses que Marie-Antoinette par l'intermédiaire de son ex amant Fersen avait averti les autrichiens du mouvement.

On a le petit billet où elle dit à Fersen : "L'armée de Luckner va faire mouvement, avertissez qui de droit."

L'armée de Lucker s'avance du côté de Tournet. Deux régiments de Dragons qui étaient commandés par des officiers qui étaient restés sur place, imaginant qu'ils pourraient rendre de meilleurs services en restant.

Deux régiments de Dragons désertent, les officiers passant du côté des Autrichiens.

Les français, sans doute pour faire aimer la révolution, brûlent les faubourgs de Tournet avant de se retirer. C'est si vous voulez "le front", comme on l'appellera depuis, qui est ouvert.

Les Autrichiens peuvent foncer sur Paris, puisqu'il n'y a plus d'armée française.

Elle s'est volatilisée du côté de Luckner. Ils n'avancent pas !

La reine et le roi se rongent les poings en disant : Mais la route est libre, ils ne viennent pas !

Ils ne viennent pas parce que l'affaire de la Pologne n'est pas encore réglée.

Alors, faute d'intervention militaire on peut au moins faire une intervention orale, et tout ce que le roi et la reine obtiennent, c'est le fameux manifeste de Brunswick.

Tous les livres d'histoire vous en parlent.

Manifeste de Brunswick : déclaration signée et rédigée, mais surtout signée, par le chef du corps expéditionnaire prussien, qui s'appelle le duc de Brunswick.

Avaient collaborés à la rédaction de ce document : un Genevois qui s'appelait Mallet Du Pan, je ne sais pas ce qu'il faisait là-dedans, mais enfin il avait du style, alors il écrivait.

Et qu'est-ce que c'était que cette déclaration ?

C'était une mise en garde adressée aux parisiens. "Si jamais, avant notre arrivée, disait les austro-prussiens, vous faites le moindre outrage au roi et à sa famille, Paris sera livré à une totale subversion."

C'est extrêmement dangereux d'écrire ça, puisque les envahisseurs annonçaient qu'ils avaient parti liée avec la cour.

Ils comptaient sur des Français terrorisés, se mettant à plat ventre devant eux.

Le résultat a été une indignation furieuse des écrivains, en se disant : Enfin, ça ne passera pas comme ça.

Et le 10 août 1792, la plèbe se jette sur les Tuileries.

Le roi est déchu. Robespierre qui est membre de la commune insurrectionnelle fait voter immédiatement le suffrage universel.

Alors oui, ça, c'est la révolution.

Vous savez quand on dit la révolution française, il ne faut pas confondre, hein.

De 89 à 92 c'est une fausse révolution, c'est la réformette dont je vous ai parlé, la guerre des nantis.

Mais à partir de 1792, C'EST LA révolution.

Madame de Staël s'y trompera si peu, que dans ses considérations sur la révolution française de 1816, elle écrira : "Dès lors, la révolution changea d'objet. Les gens de la classe ouvrière s'imaginèrent que le joug de la disparité des fortunes allait cesser de peser sur eux."

Et en d'autres termes, plus imaginés, Chateaubriand, dira dans une phrase trop peu citée et que je trouve admirable, dans les mémoires d'outre-tombe : "à partir du 10 août 92, les sabots frappaient à la porte des gens à souliers".

Bon, suffrage universel. Qu'est-ce que peut bien être le suffrage universel dans cette France qui est presque totalement analphabète ?

Il y a 85% des Français qui ne savent ni lire ni écrire.

Par conséquent quand on annonce : Suffrage universel, et tout le monde peut voter.

Très très peu de gens votent. Il y avait environ 5 à 6 millions d'électeurs qui pouvaient être inscrits, qui étaient des Français qui avaient l'âge de voter.

Il y en aura 1,3 million, pas plus, qui voteront.

La plupart ne votent pas, ils ne comprennent pas de quoi il s'agit, ces pauvres paysans.

Et ceux qui vont voter sont ceux qui sont encore dociles à leur notable, les nouveaux notables.

Les aristocrates sont partis, c'est les bourgeois qui ont acheté les châteaux.

Alors les bourgeois disent : "voilà comment il faut voter".

Résultat, sur les 750 membres de la nouvelle assemblée, cette nouvelle assemblée qu'on aurait dû appeler la "Constituante numéro deux".

Puisqu'une constituante c'est fait pour faire une constitution, et qu'il y a une constitution républicaine à faire maintenant.

Mais on n’avait pas encore l'idée de répéter : constituante, ça c'est réservé pour des conciles. De mettre un numéro un : Vatican 1, Vatican 2.

Alors on avait trouvé, à cause de l'Américanisme en vogue, on avait trouvé un mot anglais, "Convention", mais les français ne savaient pas alors ils disaient tous CONVENTION.

Alors c'est entendu on va faire une convention ! Pour les élections à la convention, pour les 750 membres, alors que toute la France rurale et artisanale vote : sur 750 membres, il y a DEUX représentants de la classe ouvrière :

Il y a un cardeur de laine de Reims qui s'appelle Armonville, et un ouvrier armurier de Saint-Etienne qui s'appelle Noël Pointe. C'est tout.

Tout le reste c'est des bourgeois, c'est des notables ! Avec les Girondins qui sont là plus virulents que jamais, et avec les anciens de la constituante qui cette fois ont le droit de se présenter.

Alors on voit reparaître le Boissy d'Anglas, le Sieyès… enfin tout le vieux personnel est là.

Robespierre, qui se rend compte que c'est extrêmement dangereux et qui n'obtiendra pas grand-chose, annonce que, puisqu'on fait une constitution républicaine, il faut mettre un certain article, dans cette constitution républicaine, sur LA PROPRIÉTÉ.

Robespierre et la propriété : j'ai lu dans un certain nombre de livres que Robespierre était un pré-communiste.

Moi je croyais que le communiste, c'était un collectivisme, c'est-à-dire que c'est la nation qui s'empare des éléments de production.

JAMAIS Robespierre n'a songé à ça ! Robespierre est Rousseauiste ; si vous avez lu le contrat social, qui de ce côté-là est assez enfantin, l'idée sociale de Rousseau c'est : répartition assez équitable des propriétés, que chacun ait son petit lopin de terre.

Eh ben c'est ça, la pensée de Robespierre. Seulement si Robespierre n'est en rien collectiviste, il dit que la propriété doit connaitre DES LIMITES.

Alors dans un certains discours il déclare ceci : "Il y a dans votre déclaration des droits de l'Homme, un adjectif inédit.

Et il a raison : la déclaration des droits de l'Homme a propos de la propriété, avait dit : la propriété est INVIOLABLE, soit, ET SACRÉE !

Ah, c'était la première fois qu'on employait un mot religieux pour la propriété. Mais je vous l'ai dit déjà les constituants étaient des gens positifs, des voltairiens, qui savaient distinguer ce qui est réel et ce qui est irréel.

Alors les choses sacrées, de religieux ça n'avait pas de consistance. La propriété, ça c'est une chose respectable, donc on va mettre "sacré".

Robespierre dit : "vous avez déclaré que la propriété était sacrée, demandez donc À UN NÉGRIER puisque vous n'avez pas voulu abolir l'esclavage, demandez à un négrier sa propriété, il va vous montrer, vous désigner du doigt un bateau.

Non je me trompe, dit Robespierre. Un vaisseau flottant, un cercueil flottant. Un cercueil flottant plein de femmes et d'enfants, d'hommes et d'enfants à la peau noire. Et il vous dira en toute conscience et appuyé par vous-même : ceci est ma propriété. Ma propriété sacrée."

Robespierre dit : "Vous savez que ce n'est pas possible, on ne peut pas être propriétaire d'êtres humains. Donc vous voyez qu'il y a une limite à la propriété.

Et de même que la limite de la liberté c'est la liberté d'autrui. De même la limite de la propriété c'est la vie ou la dignité d'autrui.

Je demande donc que la constitution républicaine marque telle limite au droit de propriété."

Hurlement, vocifération ! Immédiatement Barère propose : "peine de mort pour…" (les Girondins aimaient beaucoup jongler avec ce mot)

"Peine de mort pour quiconque proposera une loi attentatrice à la propriété individuelle ou commerciale."

Ça, il ne l'oubliait pas : "ou commerciale".

Et comme on arrive à l'anniversaire de la mort de Simonneau, vous savez le pauvre tanneur qui s'était fait liquider l'année précédente, les Girondins organisent une grande fête, qu'on va appeler la "fête des lois".

Fête des lois ou fête des morts, enfin en l'honneur du martyr de la propriété.

Et pour ce jour-là, les Girondins ont fait modifier l'écusson républicain, qui depuis septembre 92 était : "liberté, égalité, fraternité".

Fraternité c'est un mot de trop => les Girondins mettront sur les écussons ce jour-là : "LIBERTÉ, ÉGALITÉ, PROPRIÉTÉ !"   [éclats de rires dans la salle]

Et à partir du mois de mai 1793, c'est une offensive, suivez-moi bien, une offensive des Girondins pour appeler la province à se lever contre Paris.

Pourquoi ? Parce que Robespierre est député de Paris. Parce que dans les élections pour la convention, si des élections ont été parfaites de notables très assoupis à travers toute la France, la députation parisienne est entièrement, comme nous dirions aujourd'hui, d'extrême gauche :

Il y a là Robespierre, il y a là Marat, il y a Danton dont je parlerai tout à l'heure.

Enfin, des gens redoutables. C'est pourquoi les Girondins disent : il faut appeler la province au secours de ce Paris qui est menacé.

Et le 8 mai 1793, Vergniaud monte à la tribune, jette son premier appel de guerre civile.

Vergniaud dit : "Habitants de la Gironde, levez-vous !"

"Il n'y a plus une minute à perdre, sous peine de voir les bases de la société se dissoudre."

Cambon, qui est à la fois député et industriel du midi, Cambon fait à la tribune une déclaration parallèle : "Généreuse population du midi, levez-vous !"

Ça va aboutir à la déclaration d'Isnard (le parfumeur Girondin) du 25 mai 1793, où Isnard à la tribune va faire son petit Brunswick.

Vous vous rappelez, Brunswick le Prussien, qui avait dit : "si les parisiens ne sont pas sages, Paris sera livré à une totale subversion".

Et lui, Isnard, qui est cependant, je le croyais, un Français, va dire : "si la population de paris se mêle du MOINDRE ATTENTAT à l'égard de la PROPRIÉTÉ, Paris sera DÉTRUIT par les forces provinciales."

Puis comme il a le sens du pittoresque : "Et bientôt, dit-il, le voyageur des bords de la Seine se demandera si jamais une ville s'est élevée là."

Alors Robespierre, qui a compris, le soir-même aux Jacobins, dit : "c'est clair, la situation est maintenant entre les sans-culottes et les culottes dorées. J'appelle le peuple à l'insurrection."

Et le 31 mai, la foule entoure la convention, exigeant la disparition de 32 députés Girondins.

Michelet déchire ses vêtements en racontant ça, en disant "c'est un attentat".

C'est vrai, c'est parfaitement vrai. C'est extrêmement illégal :

Ce sont les représentants de la nation. La nation n'a pas voté, elle aurait dû voter.

Et c'est une toute petite partie de la plèbe parisienne qui se mêle de dire : nous portons atteinte au suffrage universel, et nous voulons l'expulsion de 32 députés.

Lamartine, qui ne passe pas pour un esprit violent, Lamartine dans son histoire des Girondins dira : "oui c'est vrai, c'était parfaitement illégal.

Mais il y a des morts, il y a des cas, il y a des heures, où il n'est plus question de légalité ou d'illégalité, il y a des heures de vie ou de mort !", a dit Lamartine.

Or, le 31 mai 1793, la situation de la France était telle que, si on n’avait pas agi CONTRE LES FAUTEURS DE GUERRE CIVILE, puisque les Girondins appelaient à la guerre civile, c'était non seulement la fin de la République mais aussi la fin de la France. Signé Lamartine.

D'ailleurs il y a des excités comme Hebert, vous savez Hebert qui dirigeait le "Père Duchesne" un journal qui est assez déshonorant, dont Jaurès dans son histoire socialiste de la révolution française dira : "si la révolution avait pu être déshonorée, elle l'eût été par Hebert".

Hebert demandait du sang. Il demandait qu'on tuât ces députés.

Et c'est Robespierre (et Couthon du reste) qui s'y était absolument opposé en disant : "Ah non surtout pas, pas une goutte de sang ! Je ne demande même pas qu'on les mette en prison."

Robespierre disait : nous les excluons. Ce qui est déjà très raide.

32 députés qui sont exclus. On leur demandera simplement de donner leur parole d'honneur qu'ils ne quitteront pas leur maison.

Pour les aider à tenir leur parole d'honneur, on mettra un gendarme dans la maison, mais enfin ils seront là, tranquillement chez eux.

C'est vrai que Lamartine a raison : il faut que je vous rappelle la situation de la France à ce moment-là.

C'était une des pires que mon pays ait jamais connu.

Robespierre s'était méfié des généraux, et il avait quelque raison parce que La Fayette, qui commandait un des trois corps d'armée, quand il avait vu arriver le 12 août, c'est-à-dire la république, avait trouvé cette république inacceptable.

Et le 19 août 92, donc 9 jours après l'insurrection parisienne, ce chef de corps d'armée française avait déserté.

[La Fayette] était passé de l'autre côté, il n'avait pas offert ses services à l'ennemi mais il dit : "je ne me bats plus, je ne veux plus défendre un pays qui ne m'intéresse pas".

Mais Dumouriez, l'année suivante, avait fait bien pire : le 4 avril 1793, Dumouriez qui, lui, n'était pas seulement responsable, comme La Fayette, d'une partie du front, mais de TOUT le front français,

après l'échec qu'il avait subi le 18 mars à Neerwinden, était passé DU CÔTÉ des Autrichiens !

Entrainant avec lui tout son état-major dans lequel il y avait un certain petit duc de Chartres qui deviendra Louis-Philippe.

(L'entrée du roi Louis Philippe dans la politique française c'est sa trahison avec Dumouriez.)

Toujours est-il que Dumouriez est passé de l'autre côté et a OFFERT SES SERVICES à l'envahisseur.

Qui du reste ne l'utilisera pas. On ne le verra reparaitre que beaucoup plus tard.

Le front était crevé et à ce moment-là l'affaire de Pologne était réglée.

Cette fois les Austro-Prussiens vont avancer.

Bon alors, Péril survint.

Deuxièmement, le 10 mars 93 - et je vous explique la situation fin mai, début juin, hein - le 10 mars 93, tous les départements de l'ouest avaient pris feu.

C'est ce qu'on appelle d'un mot simplifiant la Vendée, l'insurrection de Vendée.

Or vous savez où ça se trouve la Vendée, à un certain point français. En réalité c'est la Bretagne aussi.

Il faudrait dire Bretagne et Vendée qui avaient pris feu.

Là je tiens à vous dire très rapidement une rectification.

J'ai longtemps vécu sur l'idée que c'était une insurrection RELIGIEUSE.

Que ces vendéens et ces bretons étaient des gens extrêmement catholiques, qu'ils ne pouvaient pas tolérer la politique antireligieuse de la convention et qu'ils avaient pris feu.

Effectivement, ils vont constituer une armée qu'on appellera la grande armée catholique et royale.

Ce n'est pas vrai. Ça ne s'est pas passé comme ça.

Il n'y avait plus de persécution religieuse en 1793, à cause de Robespierre !

Robespierre était franc-maçon, il était non-catholique. Mais il ne voulait pas qu'on persécutât quiconque pour ses opinions religieuses.

En revanche, en 90, 91, 92, il y avait eu de la persécution religieuse, quand on avait décidé la CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ.

Et autant je vous ai dit tout à l'heure que je trouvais normal que la nation prenne les 3 milliards et demi de biens du clergé, autant je trouve parfaitement anormal que des laïcs sans mandat décident une réforme de l'Église.

Ça ne les regarde pas : il fallait au moins consulter le pape ou au moins les fidèles.

Pas du tout, les constituants avaient dit : ça se passera comme ça et comme ça.

Alors il y avait la moitié du clergé français qui n'avait pas marché, on appelle ça "les prêtres réfractaires", et je vous assure que LES GIRONDINS QUI ÉTAIENT FURIEUSEMENT ANTIRELIGIEUX avaient poussé avec violence à la persécution antireligieuse.

Est-ce que les vendéens avaient bougé ? Absolument pas.

Et c'est maintenant qu'on ne persécute plus les prêtres que les Vendéens bougent. Pourquoi ?

Parce que je vous l'ai dit, c'est le 1er mars 93 que les Autrichiens ont enfoncé le front français.

Parce que le territoire français est menacé, parce que la convention vient de demander une levée générale, on n’ose pas encore parler de conscription, mais on dit il faut que tout le monde défende le sol national,

Et quand on demande aux paysans de Bretagne ou de Vendée de prendre les armes pour aller défendre cette frontière de l'Est, ils ne savent même pas où c'est.

Pas question ! La Vendée et la Bretagne se peuplent d'objecteurs de conscience, des gens qui ne veulent pas marcher, qui ne veulent pas aller se battre.

Toujours est-il que ces départements seront à feu et à sang.

Et les Girondins ? Il y a Vergniaud et quelques autres qui étaient d'honnêtes gens.

Qui ayant donné leur parole d'honneur, ont maintenu leur parole d'honneur, ont pas bougé.

(D'ailleurs ça leur coutera la tête.)

Mais la plupart des autres sont partis. Et qu'est-ce qu'ils ont fait ?

Les Girondins ont eu à ce moment-là partie liée avec les royalistes et ont mis en insurrection tous les départements où ils étaient importants.

Si bien qu'au 1er juin 1793, 60 départements sur les 90 départements français sont en état d'insurrection.

Vous voyez la gravité de la situation.

Il y a quelqu'un à ce moment-là qui est très important et dont je ne vous ai pas encore parlé, c'est Danton.

J'en ai pas encore parlé parce que je le réservais pour maintenant et c'est en effet à partir de 93 qu'il va avoir un grand rôle.

Autant Robespierre était un fanatique, qui avait une certaine idée, une doctrine quoi, une doctrine sociale,

autant il est impossible de savoir quelles sont les idées politiques de Danton.

Danton n'en a pas. Danton c'est un opportuniste.

Danton, c'est quelqu'un qui a fait un riche mariage, il a épousé une cabaretière de Paris qui avait une propriété à Sèvres, enfin un monsieur opulent.

Il ne sort pas de rien, lui : le petit Robespierre avait pas le sou, tandis que Danton, son père, qui était procureur à Arcis-sur-Aube, avait déjà une certaine fortune, et on voit Danton considérer surtout la révolution comme une occasion d'avancement personnel.

Je dirais si vous voulez : "eau trouble, bonne pêche".

Et effectivement, Danton qui est un disciple de Mirabeau, va être, lui aussi, ACHETÉ.

Ne croyez pas que je fais de la polémique. Preuve :

Le 10 mars 91, Mirabeau est encore vivant et il n'en a plus pour longtemps.

Vous savez, il va mourir le 2 avril, (il va mourir entre deux putains

—enfin, on meurt comme on peut—) [rires], mais il était encore vivant le 10 avril (erreur : le 10 mars)

Le 10 avril 91 (idem, c'est le 10 mars), Mirabeau écrivait à Lamarque.

Lamarque c'était un monsieur, un Belge du reste, qui était chargé par le roi de gérer sa liste civile.

Le roi avait une telle liste civile, 25 millions de l'époque ça fait plus de 100 millions d'aujourd'hui, ça fait pas mal.

Alors avec cette liste civile, il pouvait se payer des collaborateurs.

Mais évidemment, plus les consciences étaient élevées, plus le prix était cher.

(Vous avez vu ce qu'avait couté la conscience de Mirabeau, hein, à peu près 1 million, )

Alors le 10 mars 91, Mirabeau écrivait à Lamarque : "Selon vos instructions, hier - 9 mars 91 - j'ai remis 30 000 livres à monsieur Danton"

Donc Danton est acheté par la cour en secret.

et c'est là où vous savez, on me dit "vous êtes l'homme des petits papiers, il ne faut pas regarder ça"

Les petits papiers ça apprend des tas de choses. Et monsieur Mathiez avait été voir les petits papiers d'Arcis-sur-Aube, là où Danton avait ses origines familiales, et il a trouvé qu'à la fin de l'année 91 et au début de l'année 92, Danton s'était très joliment arrondi.

Il avait acheté l'ancien prieuré ecclésiastique de Nuisement, il avait acheté Saint-Jean du Désert, il avait acheté une magnifique gentilhommière au centre d'Arcis-sur-Aube avec de vastes communs, de grandes dépendances et un beau parc, juste à côté du pont d'Arcis-sur-Aube.

Enfin, la révolution rapportait. On sait par Alexandre Lameth dans les mémoires parues sur la restauration que Danton disait politiquement comme ceci : "Je déteste leur sale démocratie - à propos de Robespierre, sale démocratie - je ne veux pas de leur république de wisigoths"

Voilà la politique Danton. Danton était très intéressé par les affaires de fournitures militaires, aujourd'hui c'est fini on ne s'enrichit plus dans les fournitures militaires [rires], mais à ce moment-là vous n'imaginez pas ce qu'on se faisait.

Il y avait un certain abbé, l'abbé d'Espagnac, dont monsieur Mathiez a suivi les comportements.

L'abbé d'Espagnac était un fournisseur militaire, se faisait - suivez-moi je vais vous dire les chiffres fournis par monsieur Mathiez - se faisait de 5 À 6 MILLIONS DE L'ÉPOQUE, il se faisait jamais payer en assignats, toujours en numéraire, 5 à 6 millions PAR MOIS de bénéfices dans les fournitures militaires.

C'était le meilleur ami de Danton, et Danton ne le quittait pas.

Et dès que Dumouriez était entré en Belgique, Danton et Dumouriez étaient en cheville, Danton faisait des voyages permanents entre la Belgique et la France, il avait eu un incident à Béthune un jour où il rentrait dans sa petite calèche personnelle suivie de deux fourgons, des douaniers inconvenants lui avait demandé d'ouvrir les fourgons, on avait trouvé un fourgon plein de dentelles, un autre fourgon qui était plein d'argenterie.

"Qu'est-ce que c'est ?" Danton avait dit : "ça, c'est des biens nationaux !"

Ah bon... "bien nationaux…"

Alors il était rentré, et cet homme avait décidé que la situation devenant très dramatique, et allant devenir très dramatique, il était important peut-être qu'il en profitât.

Alors il s'était fait nommer au Comité de Salut Public, que l'on avait créé le 6 avril 93, et il était devenu pratiquement le personnage le plus important.

En avril, hein : avril 93.

Mais cette situation dramatique qu'il avait espéré maîtriser devenait de plus en plus dramatique, si bien qu'au renouvellement, — le  renouvellement était mensuel, chose que j'ai longtemps ignorée : LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC EST RENOUVELÉ MOIS PAR MOIS.

Quand on nous dit qu'il a une dictature : minute ! Il a une dictature morale, mais il est perpétuellement contrôlé par la convention puisque tous les mois il est ou reconduit ou changé.

Le 10 juillet 93, il y a renouvellement du Comité De Salut Public.

La situation est devenue tellement tragique, que Danton se dit : il vaut peut-être mieux que je m'esquive, que je me place dans la coulisse.

Il peut pas le dire ouvertement, il a son idée derrière la tête, et il explique à ses camarades, c'était un homme vous savez très jovial qui tapait sur le ventre de tout le monde, qui les tutoyait, qui racontait beaucoup d'histoires graveleuses, enfin il avait une grande popularité.

Et il venait de se remarier. Il avait perdu sa première femme, la cabaretière, en février 93. Il avait d'elle deux enfants qu'il adorait, il aimait beaucoup ses gosses, il aimait beaucoup sa femme.

Il la trompait tout le temps mais il l'aimait bien. Enfin elle était morte en février 93 et Danton est pas quelqu'un qui peut supporter un long veuvage si bien que, veuf en février, il se remarie en juin,

Il la prend plus jeune, elle a 15 ans et demi, et il explique à ses camarades, il explique à ses amis de la convention, jouissant de la popularité que vous lui connaissez, il dit : "écoutez tout de même, enfin, je viens de me marier, elle a 15 ans et demie, j'ai des tas de choses à lui apprendre, vous allez me donner un petit congé !"

Alors tout le monde dit : "oui Danton, bien sûr" [rires]. Ça y est il part, le 10 juillet 93, il n'est plus au pouvoir.

Et Danton a dit : "le seul qui soit digne de me remplacer, c'est Robespierre."

C'est un beau cadeau à faire à Robespierre que lui confier le pouvoir dans une situation pareille.

Robespierre se dérobe, il refuse d'entrer au Comité De Salut Public. Il y a peut-être une raison de peur, oui, parce que la situation était trop dramatique, mais il y avait une autre raison que je n'ai apprise que dans le livre de Massin, qui est extrêmement éclairant : c'est LA SANTÉ de Robespierre :

Je crois, il me semble bien, que Robespierre devait être un tuberculeux.

Le 12 juin, aux Jacobins, il avait dit : "je crois que je vais démissionner."

Il y a 5 ans que cet homme était sur la brèche, il était tout le temps fiévreux.

"Je n'ai plus la force de continuer mon travail" avait-il dit.

Le 12 juin. Puis il avait fini par ne pas donner sa démission, il refuse d'entrer au pouvoir le 10 juillet. Il a honte.

Et le 27 juillet, une vacance vient de se produire, un nommé Gasparin s'est retiré du Comité De Salut Public.

Tout le monde à l'Assemblée crie "allez Robespierre, à vous !" il y entre.

Il va rejoindre les trois qu'il avait délégués avant lui, c'était Couthon, c'était Saint-Just et c'était le bon Saint-André. Le pasteur Bon Saint André qui est un homme très remarquable et sur lequel il n'y a pas encore d'études suffisantes.

Il va rejoindre ses camarades au Comité De Salut Public le 27 juillet 93, et peut-être savez-vous déjà que, quand on va le tuer, le 9 thermidor, c'est le 27 juillet 94.

Donc quand Robespierre entre au pouvoir, il a très exactement 1 an à vivre, et pas un jour de plus.

Alors c'est peut-être le moment de regarder d'un peu plus près ce gringalet aux yeux pâles.

Eh bien il habite chez un menuisier, Duplay, vous savez c'est à partir d'octobre 91 qu'il est là.

Les Duplay, papa Duplay, maman Duplay, deux filles Duplay et un garçon qui s'était engagé et qui avait déjà une jambe de bois, disaient à Robespierre pour lequel ils avaient une estime passionnée : "Robespierre, venez chez nous."

Robespierre a dit : "Oui oui, si vous voulez, mais alors je paie."

"Oh, pas question !" avait dit Duplay, "quel honneur".

Et en effet les Duplay n'étaient pas pauvres. On dit menuisier c'est vrai, mais c'était pas un artisan menuisier, c'était un patron menuisier qui avait 8 ouvriers.

Alors Robespierre accepte d'aller vivre chez eux À CONDITION DE PAYER son entretien.

Ils sont très embêtés, les deux, mais Robespierre paiera, il y tient.

Il s'est logé tout au sommet de la maison, sa petite chambre, c'est une espèce de cellule.

Vous savez, c'est une chambre mansardée, donne sur la cour intérieure, ça sent le sapin.

Il y a tout le temps du bois qui sèche là-dedans. Et ameublement misérable, volontairement du reste, il y a deux tréteaux sur lesquels il y a une planche de sapin où il travaille.

Il a fait mettre des rayons pour ses bouquins et il y a un lit de fer dans un coin.

C'est ça la chambre de Robespierre. Il est vrai qu'il y a des tas de dessins de lui, ce qui permet de dire à ses adversaires : il était narcissiste, il se contemplait tout le temps.

Mais non, c'est maman Duplay, en tout bien tout honneur, qui était passionnée de lui, et qui tapissait sa chambre d'images de lui qu'on vendait dans les rues !

Oh peut-être qu'il y trouvait plaisir, mais c'est vrai, c'est maman Duplay.

C'est un garçon qui n'a pas de femme dans sa vie, et ça amuse beaucoup Danton.

Déjà Danton savait que Robespierre tenait à payer sa pension.

Et Danton avait utilisé cette charmante formule : "on dirait que l'argent lui faisait peur !".

À Danton, ça lui faisait pas peur du tout. Enfin Robespierre tenait…

Alors, quand Danton avait su qu'on avait beau surveiller Robespierre, il n'avait pas de maitresse.

Pourtant il y avait les deux filles Duplay. Il y en a une qui va épouser un ami de Robespierre, député du Nord comme lui, qui s'appelait Lebas.

ça c'est Elisabeth, et puis il y avait Éléonore qui je crois était assez amoureuse de Robespierre.

Maman Duplay aurait été folle de joie d'avoir Robespierre pour gendre, elle lui présentait toujours son Éléonore.

Et d'après les mémoires de Robespierre, il aurait dit un moment que, peut-être, peut-être, il se marierait APRÈS, disait-il.

Et je suis convaincu que, quand il disait "après", il mentait. Il sentait qu'il n'y aurait pas d'après.

Ou bien qu'il allait y perdre la vie, ou bien qu'il allait mourir de sa tuberculose.

Ah, au moment où j'en suis venu de la vie vous savez, je crois comprendre maintenant ce que c'est que les obsédés sexuels.

C'est les gens qui n'ont pas connu une tentation plus grande.

Je vois par exemple un homme comme Lamartine, que j'ai bien étudié, un homme comme Jaurès que j'ai bien étudié, il n'y a pas de femmes dans leur vie.

Parce que quand un type est PASSIONNÉ PAR UNE IDÉE au point où l'était Robespierre, c'est ça qui compte le plus.

Robespierre c'était quelqu'un qui croyait à ce qu'il disait, et même c'est une phrase bien amusante de Mirabeau contre lui que j'avais réservée pour tout à l'heure pour vous la citer maintenant.

Mirabeau avait osé dire avec un incroyable cynisme : "Monsieur De Robespierre est disqualifié pour la politique car il croit tout ce qu'il dit" disait Mirabeau [rires].

Eh bien c'est vrai. C'était un homme qui avait une grande idée, l'idée que PERSONNE NE S'OCCUPE DES ÉCRASÉS, DES HUMILIÉS, DES DÉSHÉRITÉS, eh bien moi, Robespierre je voudrais le faire.

Bien. Qu'est-ce qu'il va faire ? Il va en remettre un coup je vous assure.

Il va commencer, il avait déjà demandé à Couthon et à ses camarades, par L'ABOLITION DES DROITS FÉODAUX.

Alors vous devez dire que je déraille, étant donné que chacun sait que les droits féodaux c'est la nuit du 4 août où ils ont été abolis.

Il faut lire, je vous le recommande, la page de monsieur Michelet à ce propos.

C'est magnifique, jamais il n'a été plus beau, il est saisi de transport lyrique, il finit par crier : "il n'y avait à ce moment-là plus de classes en France, rien que des français à part entière, vive la France !"

C'est dans le texte de Michelet.

Vous savez ce qui c'était passé en vérité, il y avait un certain nombre de châteaux qui s'étaient mis à bruler, parce que les paysans avaient envoyé des délégués, états généraux ils n'y comprenaient pas grand-chose.

Mais il y avait DEUX CHOSES qui les intéressaient, c'était de NE PLUS PAYER LES DIMES ECCLÉSIASTIQUES et de NE PLUS PAYER LES DROITS FÉODAUX.

Les députés étaient réunis depuis le 5 mai. Après le 14 juillet où ils ont su qu'il s'était passé de drôles de choses à Paris, les paysans de certaines régions s'impatientent et disent : et nos dimes ? quoi, et nos droits féodaux ?

Comme ils voient que rien ne se passe, ils mettent le feu à un certain nombre de château, et même de châtelains, enfin…

Épouvante à la constituante. Alors dans la nuit du 4 août, comme on sait que ça flambe un peu partout, et qu'il faut jeter sur ce feu non certes de l'huile mais de l'eau, il y a le duc d'Aiguillon qui va monter à la tribune et faire une grande déclaration en disant : "L'aristocratie est PRÊTE À renoncer à ses droits féodaux".

Ce qui fait que les journaux le lendemain, avec des manchettes (il n'y en avait pas à l'époque mais enfin en gros caractères), vont dire : l'aristocratie est prête à RENONCER à ses droits féodaux.

Et tout le monde CROIT que ce jour-là l'aristocratie y avait RENONCÉ.

Mais il faut regarder le texte : qu'est-ce qu'il avait dit le duc d'Aiguillon (et aussi le duc de Noailles qui avait parlé ce jour-là) ?

Il avait dit : "Nous sommes prêts à envisager de renoncer à nos droits féodaux SI ON NOUS LES RACHÈTE AU DENIER TRENTE".

Ce qui pour moi était du chinois. Le denier trente ça voulait dire : "Si un paysan vient demain chez nous, AVEC TRENTE ANNUITÉS DE DROITS FÉODAUX, eh ben c'est fini il ne payera plus jamais."

Vous voyez un paysan en France s'amener avec trente annuités de droits féodaux ?!

C'était une énorme plaisanterie ! Mais ça avait FAIT CROIRE aux paysans que les droits féodaux étaient supprimés.

Si bien que les châteaux ne brulaient plus, enfin une certaine tranquillité était venue.

Mais les aristocrates continuaient (ou les successeurs des aristocrates continuaient) à demander leurs droits féodaux.

Alors, Robespierre, maintenant au pouvoir, dit : Abolition des droits féodaux, plus de rachat, abolition. Un.

Deux : il voudrait bien faire rétablir LE MAXIMUM.

Mais comment voulez-vous qu'on fasse rétablir le maximum par une chambre qui est REMPLIE de grands possédants et de grands notables ?

Les Girondins y sont les plus importants. Et même maintenant ce ne sont plus des Girondins mais des gens qui pensent comme eux.

Robespierre va uniquement obtenir quelque chose qui est déjà un petit point : à savoir "peine de mort contre les accapareurs de denrées de première nécessité".

Quiconque accaparera du blé risque sa tête.

Troisièmement. Robespierre qui est averti par la conduite de Dumouriez et par celle de La Fayette, va faire avec Saint-Just une certaine circulaire que je vais vous dire.

"L'insubordination des généraux est la pire dans une république. Dans un État libre, c'est le pouvoir MILITAIRE qui DOIT ÊTRE LE PLUS ASTREINT."

Alors décision de mettre des commissaires civils à côté de tous les généraux en campagne, non pas pour surveiller leur comportement stratégique, ça les regarde pas, mais pour voir qu'ils ne fassent pas le même coup que Dumouriez ou que La Fayette.

Et d'autre part, on a reconstitué des cadres qui seront pris dans la petite troupe, c'est là où on va ressortir les fameux, les Hoche, les Marceau, les Kléber, qui étaient des simples soldats, des sergents, des sous-lieutenants, et qu'on va bombarder généraux.

Alors cette fois, on va obtenir en effet un certain nombre de succès. Les Français qui se faisaient battre partout jusqu'alors vont obtenir GRÂCE À ROBESPIERRE ET À SAINT-JUST, ET NON PAS GRÂCE À CARNOT COMME ON LE RACONTE !

Carnot et ses 14 armées, Carnot est un instrument de Saint-Just et un instrument de Robespierre. On va obtenir la victoire de Hondschoote qui va délivrer Dunkerque, la victoire de Wattignies qui va délivrer Maubeuge, et Hoche est en train de constituer à Strasbourg une armée assez puissante pour reconquérir l'Alsace sur laquelle les Autrichiens sont entrés.

Enfin, Robespierre va SUPPRIMER, pour le plus grand deuil de Danton, les FOURNISSEURS MILITAIRES.

C'est-à-dire que L'ÉTAT PASSERA DIRECTEMENT SES CONTRATS : il ne passera plus par l'abbé d'Espagnac et autres.

Et il va faire établir 3 usines nationales d'armement, les premières :

Deux usines à Paris et une usine à Brest pour l'armement maritime, ce qui fait pousser des hurlements aux industriels en disant : "quoi ? Alors, l'industrie privée est menacée par l'industrie d'État, c'est intolérable !"

Mais Robespierre jouit d'un tel prestige qu'il n'y a pas moyen de dire le contraire.

Alors Danton, qui s'était persuadé qu'une fois Robespierre au pouvoir s'y tuerait, enfin glisserait sur toutes les peaux de banane, Danton va essayer à trois reprises de le faire tomber.

Je dirai ça très rapidement. Danton va commencer le 1er septembre par une opération étrange que voici : [soupir] le 1er septembre une nouvelle arrive à Paris et je reconnais qu'elle était énorme.

Robespierre s'était méfié des généraux à juste titre et avait oublié ce qui était un grand tort, il avait oublié les amiraux. Il y avait la flotte française de Méditerranée qui protégeait les côtes de Provence contre la flotte anglaise qui était là.

Et le 28 août 1793, les deux amiraux de la flotte française, l'amiral Chaussegros et l'amiral Trogoff avaient rendu les navires français aux anglais et avaient aidé les Anglais à occuper l'arsenal de Toulon.

C'était pas mal de la part de ces amis. Alors quand cette nouvelle catastrophique arrive à Paris, Danton y voit l'occasion d'un soulèvement.

Et c'est Danton qui réunit le peuple devant l'hôtel de ville en accusant de la manière la plus directe le comité de salut public, puisqu'il n'en fait pas parti et que Robespierre est le numéro un, le comité de salut public de "MOLLESSE".

Et c'est Danton (qui déjà était l'initiateur du tribunal révolutionnaire, créé à sa demande le 9 mars, alors que j'avais toujours cru moi que c'était Robespierre le tribunal révolutionnaire, non c'est DANTON qui l'avait créé le 9 mars),

ce 1er septembre, Danton prononce la parole suivante : "L'heure est venue d'une troisième révolution !".

Je me demande ce que ça peut signifier. La première en 89 n'était pas une révolution, la seconde 10 août 92 était LA révolution, la seule révolution possible. C'est-à-dire qu'on donnait le suffrage universel aux gens et on se disait : d'années en années, tout de même, il y aura de moins en moins d'analphabètes, et avec le suffrage universel, les gens ouvrant leurs yeux sur leur condition et COMPRENANT LES CAUSES DE LEUR MISÈRE, arriveront peut-être à faire une république d'équité.

Mais parler d'une troisième révolution n'était parler de rien d'autre chose que d'une anarchie.

Il était soutenu, Danton, par un individu dont j'ai déjà prononcé le nom devant vous : Hebert, qui était un enragé, un furieux.

Qui gagnait du reste, 30 000 livres par mois, 30 000 francs par mois avec son horrible journal le Père Duchesne.

Mais Hebert va être contré par son adjoint qui s'appelle Chaumette.

Hebert était le numéro 1 de la commune, Chaumette était le numéro 2, qui était un homme extrêmement estimable, qui vivait volontairement dans la pauvreté et qui va défendre Robespierre et qui va dire aux gens : "ne faites pas ça, ne vous jetez pas comme le demande Danton sur la convention pour recommencer un 31 août."

Le même Danton, ce 1er septembre, dit : "Le tribunal révolutionnaire ne travaille pas assez, il n'y a pas assez de têtes qui tombent, JE DEMANDE UNE TÊTE PAR JOUR." DIT DANTON.

"IL FAUT METTRE LA TERREUR À L'ORDRE DU JOUR !", ce n'est pas une phrase de Danton, c'est une phrase qu'il va répéter.

C'est le curé constitutionnel de Chalon sur Saône, dont le nom m'échappe maintenant, qui a dit "il faut mettre la terreur à l'ordre du jour" et dont Danton s'est emparé.

Grâce à Chaumette il n'y aura pas d'insurrection, on ne va pas se jeter contre la convention.

Mais les conventionnels auront TELLEMENT PEUR que Robespierre va obtenir d'eux le 9 septembre ce qu'il n'avait pas encore pu leur arracher :

LE VOTE DU MAXIMUM. Le 9 septembre 1793, grâce à la peur qu'ils ont eu, ils consentent à intervenir dans une affaire commerciale et à dire : le pain ne se vendra pas au-delà de tant.

Et comme une disposition légale n'est appliquée que si on la surveille, l'application, Robespierre fait créer UNE PETITE ARMÉE, 4000 hommes, qu'on appellera "armée révolutionnaire", mais qui aura du canon avec elle.

Et ces 4000 hommes passeront leur temps à roder dans Paris et autour de Paris pour voir si le maximum est appliqué.

Deuxième tentative de Danton, curieuse celle-là, vraiment, très peu connue.

Et c'est monsieur Soboul qui nous l'a révélée. Vous savez, Albert Soboul dont je vous ai parlé tout à l'heure, qui est marxiste et qui est athée.

Je ne suis ni l'un ni l'autre. Et monsieur Soboul nous a apporté une vraie révélation dans son énorme bouquin de 1400 pages qui s'appelle "Les sans-culottes parisiens de l'an 2" à propos de la déchristianisation.

En octobre et novembre 93, il y a tout à coup ce que je croyais moi être une lame de fond dans le prolétariat parisien contre le christianisme.

Pas contre le cléricalisme. C'est fini, il n'y a plus de cléricalisme.

Mais maintenant, c'est vrai, on va voir les choses comme ceci : Notre Dame de Paris fermée, transformée en temple de la raison, une persécution religieuse extrêmement violente.

J'avais donc cru que ça sortait des profondeurs du peuple.

Une espèce de haine viscérale contre un christianisme menteur.

Ce monsieur Soboul, marxiste et athée, qui a fait une énorme recherche parmi les procès-verbaux des assemblées populaires de Paris, des Cordeliers, des Jacobins, de tous les petits groupes locaux des arrondissements, déclare : "J'ai tout étudié — c'est un travail de Bénédictin, vous savez — dans aucun procès-verbal de réunion populaire, JAMAIS je n'ai vu qu'il fût question de déchristianisation : LA DÉCHRISTIANISATION EST VENUE D'EN HAUT, D'UN GROUPE DE BOURGEOIS DANTONISTES."

Le premier qui a lancé l'idée c'est Fabre d'Églantine. Fabre d'Églantine qui est un escroc qu'on va bientôt arrêter, c'est lui qui a inventé vous le savez, le calendrier révolutionnaire, c'est très beau.

 

2ÈME PARTIE :

[…]

Mais alors, comment se fait-il que la convention vote d'enthousiasme et à l'unanimité le calendrier révolutionnaire ?

Ben, c’est bien clair, dit Monsieur SOBOUL : dans l’ancien calendrier (grégorien), il y avait des DIMANCHES, on se reposait tous les dimanches. Tandis que maintenant, on ne se reposera que tous les DIX JOURS. Alors, vous comprenez, le patronat est ravi, les ouvriers travailleront deux jours de plus. Donc : enthousiasme pour le calendrier révolutionnaire !

Le pauvre évêque constitutionnel de Paris, qui s’appelait GOBEL, va se voir menacé, sommé de démissionner et de dire le lendemain 8 novembre à la Convention : « j’ai menti toute ma vie, je n’y croyais pas, tout ça ne sont que des blagues… »

Qui lui demande de se désavouer ? C’est Léonard BOURDON, député dantoniste de l’Oise, et Anacharsis CLOOTS (1), qui était un banquier prussien multi millionnaire.

Qui va représenter la « Déesse de la raison » à l’église Notre Dame de Paris ? J’avais toujours cru que c’était une prostituée… Pas du tout ! C’était une femme de très bonne compagnie qui s’appelait Madame MOMORO, femme d’un imprimeur très riche de Paris (2) et, lui aussi, dantoniste.

Donc, l’opération de la déchristianisation est une tentative poussée par DANTON pour mettre ROBESPIERRE dans une situation difficile.

On savait que ROBESPIERRE était un homme qui croyait en Dieu. Comme il croyait en Dieu, DANTON avait dit de lui : « Il habite une jésuitière  ». La jésuitière des DUPLAY, vous vous rendez compte, hein…

Alors, évidemment, ROBESPIERRE va protester, il va dire « Non, il ne faut pas faire cette persécution !». On pourra donc le dénoncer comme un ami de la Réaction.

Mais c’est que le « petit peuple » ne marche pas ! 

On trouve facilement de la canaille pour casser les têtes des saints dans les églises, on les paye un petit peu et puis ça y est…

Mais l’ensemble de la population parisienne ne marche pas, au point que Le Journal de Paris, dont je vous ai cité une phrase tout à l’heure (ROBESPIERRE monté à la tribune et auquel on a coupé la parole…), voyant que la déchristianisation ne prend pas va écrire avec irritation la phrase que voici : « Alors quoi, les hommes du 10 août veulent aller à la messe ? » Oh non, ils ne voulaient pas aller à la messe, mais ils ne voulaient pas que l’on se bâtit là-dessus.

Alors, quand DANTON voit que ça ne marche pas, c’est lui-même qui monte à la tribune après un congé qu’il avait pris et qui dit : « je demande l’arrêt de ces mascarades anti religieuses ».

Deuxième tentative : ratée.

Troisième tentative, DANTON va faire une volte-face complète : Le 5 décembre de cette année 1793, CE MÊME DANTON QUI, AU MOIS DE SEPTEMBRE DEMANDAIT « UNE TÊTE PAR JOUR », LE VOILÀ QUI FAIT DE L’HUMANITARISME. Et à la tribune de la Convention il dit : «  Je demande l’économie du sang des hommes ». Et le 5 décembre, lançant son petit ami Camille DESMOULINS (3) avec son journal Le vieux Cordelier dans une entreprise périlleuse, il fait demander L’ÉLARGISSEMENT DES SUSPECTS.

Ouverture des prisons. Il y avait 200 000 suspects à ce moment-là en prison. C’était probablement trop.

J’ai vu d’assez près la résistance et la Libération en France. J’étais, tout le monde le sait, du côté de la résistance, mais j’ai été assez écœuré de ce qui s’est passé au moment de la libération où j’ai vu très souvent, sous mes yeux, des gens qui n’avaient rien fait mais que quelques ennemis personnels déclaraient collaborationnistes. Eh bien, je suis convaincu que sur les 200 000 emprisonnés, il devait y en avoir pas mal qui étaient là sur des dénonciations personnelles, alors qu’ils n’étaient pas dangereux politiquement. Au point que ROBESPIERRE, en novembre, avait dit  « il faut faire absolument un triage » parmi ces 200 000 : il faut les regarder un par un et élargir tous ceux contre lesquels il n’y a rien. Mais entre ce triage des incarcérés et la libération totale des 200 000, il y a un abîme. Parce que sur ces 200 000, mettons qu’il y en avait la moitié qui étaient des agents royalistes ou des girondins, c’était immédiatement remettre en circulation des gens qui allaient ruiner la République vous voyez la situation terrible dans laquelle se trouvait ROBESPIERRE d’un côté il y a les enragés à la façon d’HEBERT (4) qui veulent du sang et du sang, des « vers dans l’arbre » et de l’autre côté vous avez un DANTON qui est la « scie dans l’arbre » qui essaie de détruire la République.

ROBESPIERRE avait des raisons de se réjouir et des raisons de ne pas se réjouir.

Raisons de se réjouir : situation militaire qui marchait bien et MALLET du PAN (5), ce Genevois dont je vous avais parlé et qui avait collaboré au manifeste de Brunswick. Dans un rapport au Prince, il était à la solde – je crois oui – des Princes. Les Princes, ça veut dire les candidats royaux. Vous savez, le futur Louis XVIII, le futur Charles X.

MALLET du PAN en février 1794 disait aux ennemis de la France : « il faut reconnaître que nous sommes en train de « recevoir des piles » enfin les Français gagnent parce que nous (les Austro-Prussiens), nous n’avons que des soldats matériels  ». C’est-à-dire des automates des robots, indifférents au sort de la guerre tandis que les soldats de la République, SONT DES SOLDATS PASSIONNÉS, disait-il.

Ces soldats qui croient qu'ils se battent pour eux-mêmes ou pour leurs enfants, ceux-là en effet ont un tel élan, un tel mordant, un tel moral, qu'ils remportent des victoires que nous, nous ne savons pas remporter.

Alors, sur le plan militaire : avantage.

Sur le plan financier, gros avantage. À partir du maximum et à partir d'une loi que j'ai oublié de vous dire, c'est vrai : peine de mort contre l'agiotage sur les assignats. Si bien que quand ROBESPIERRE était entré au pouvoir, l'assignat était à 37. Ça veut dire 100 francs papier = 37 franc or 

Au bout de sept mois de pouvoir, ROBESPIERRE a fait monter l'assignat de 37 à 74 ! Donc ça marche.

Mais il y a d'autres choses qui ne marchent pas. En particulier, ROBESPIERRE a vu devant lui CAMBON (6), chef du Comité des Finances qui a fait une singulière déclaration. Autre chose que vous ne savez sans doute pas et que je ne savais pas moi, enfin peut-être que vous saviez, ces comités sont indépendants les uns des autres. Ne croyons pas qu'il y a le Comité de Salut Public qui coiffe tout, il y a la Convention, qui coiffe tout, qui contrôle tout, et puis il y a des comités parallèles. Comité de Salut Public pour les affaires générales, Comité de Sûreté Générale pour la police, Comité des Finances et Comité des Subsistances.

CAMBON, l'industriel CAMBON, est à la tête du comité des finances. Il avait fait le 24 août 1793 quelque chose de bien, il avait créé le Grand Livre de la République, le Grand Livre de la Dette, comme on dit pour montrer que la République française gère un peu mieux ses finances que la monarchie, excellent.

Mais voilà qu'au début de l'année 1794, il fait à la Convention une déclaration que ROBESPIERRE ne comprend pas.

Là aussi, je vais parler plus lentement. [soupir] CAMBON dit : “nous allons distinguer parmi les créanciers de l'État entre ceux qui reçoivent moins de 1000 francs de pension par an, et ceux qui reçoivent plus de 1000 francs. Ceux qui reçoivent moins de pension, on leur paiera leur pension en assignats, et ceux qui reçoivent plus de 1000 francs on leur paiera en numéraire."

Alors après, ROBESPIERRE va aller trouver CAMBON et lui dit qu'il pense que sa langue a fourché, que c'est un lapsus et qu'il pense qu'il voulait dire que les plus pauvres vont être payés en monnaie non dévaluée.

CAMBON le reçoit avec violence en lui disant de s'occuper de ce qui le regarde car il est chef chez lui.

ROBESPIERRE a vu ce que faisait CAMBON à ce moment-là. Il se dit “on est en train de me saboter”. En plus, dès qu'il aura frappé les hébertistes (c'était surtout des hébertistes qui étaient les cadres de la petite armée révolutionnaire dont je vous ai parlé qui surveillait le maximum), BARÈRE (7) demande immédiatement la suppression de l'armée révolutionnaire, et dès que l'armée révolutionnaire est supprimée, le maximum va être abandonné et l'un des chefs du Comité des Subsistances, qui est un ami du gros commerce, va faire savoir aux commerçants qu'il fermera les yeux sur la non application du maximum.

Alors vous voyez qu'il y a des choses qui sont heureuses et d'autres qui sont très malheureuses.

Or, ROBESPIERRE est de plus en plus malade. Déjà il avait pris un congé le 13 février et il était revenu au pouvoir le 13 mars. Dans sa maladie, il avait réfléchi et s'est dit “il faut tout de même y aller”. Alors on va frapper contre DANTON. Ce n'est pas un sanguinaire ROBESPIERRE, c'est un homme à qui la guillotine a toujours paru assez révoltante,  mais enfin la situation est telle que si on ne frappe pas DANTON, qu'est-ce qui va arriver ?... Mais frapper DANTON, c'est extrêmement grave, d'abord il connaissait les enfants de DANTON, il les aimait bien. Si on frappe DANTON, on va frapper le groupe, FABRE d’ÉGLANTINE (8).

FABRE d’ÉGLANTINE est un ancien pédéraste que lui, ROBESPIERRE, avait converti (9). Il avait fait son mariage, le jeune garçon avait maintenant un petit enfant. ROBESPIERRE aimait les gosses, "alors je vais faire trois petits malheureux, les deux fils de DANTON puisque je vais couper la tête au père et le fils de Camille DESMOULINS et cet enfant me doit la vie." D'autre part, l'opinion publique.

Nous, maintenant à la distance où nous sommes, nous faisons des distinctions formidables entre un MIRABEAU ou un MARAT par exemple. Mais les braves gens de Paris voyaient ça grosso-modo : il y avait les amis du peuple et les ennemis. Un homme comme DANTON, comme MARAT, comme ROBESPIERRE, comme MIRABEAU, tout cela c'était pareil. C'était la bonne gauche quoi, les amis du peuple. Alors si on voit les républicains qui s'entretuent, il y a de quoi “glacer la Révolution”, c'est le mot que va employer SAINT-JUST... Eh bien ROBESPIERRE s'est dit : “il faut quand même le faire”.

Le 5 avril 1794, on guillotine DANTON et ses camarades. ROBESPIERRE est prostré. Alors comme il voit que c'est fini, enfin qu'il a l'impression que, ou bien on va le tuer, ou bien la fièvre qui est en train de le miner va l'emporter, décide de mettre les bouchées doubles, c'est-à-dire de vider le fond du sac, c'est à dire d'expliquer aux gens de la convention son idée derrière la tête.

J'ai fait peut-être le savez-vous un livre qui s'appelle “L'arrière-pensée de JAURÈS” on pourrait faire un livre sur l'arrière-pensée de Jean-Jacques ROUSSEAU, on ne peut pas expliquer le Contrat Social si on ne connaît pas la Profession de foi du Vicaire Savoyard, et il y a une arrière-pensée de ROBESPIERRE. Et dans les trois cas, Jean-Jacques ROUSSEAU, JAURÈS, ROBESPIERRE, C'EST LA MÊME arrière-pensée. Alors ROBESPIERRE va, dans deux discours du printemps 1794, expliquer aux gens son but dernier. Grosso modo qu'est-ce que c'est cette arrière-pensée ? Eh bien ces trois personnes que je viens de vous dire, qui ont l'air de s'occuper d'affaires sociales et politiques, ils pensent tous que ce n'est pas la constitution d'une Nation qui est importante, cette constitution doit servir à L'INDIVIDU. Le but n'est pas une organisation sociale plus équitable. Le but c'est de permettre à l'individu humain, comme disait Jean-Jacques ROUSSEAU, d'accomplir sa destination. Tenez, par exemple, quand JAURÈS dira "sous le régime capitaliste, l'individu est enfoncé dans la matière jusqu'au cœur sous l'écrasement économique et sous l'obsession militaire. Je veux essayer de construire une cité d'espérance où l'Homme s'aperçoit que les étoiles existent." 

C'est la même chose pour ROBESPIERRE. Il va prononcer un discours que j'ai recopié en partie, pardonnez-moi, ça fera une minute et demie, mais il faut que je vous lise ça : 

"Nous voulons une Patrie qui procure du travail — qui procure du travail — à tous les citoyens ou les moyens de vivre à ceux qui sont hors d'état de travailler. Nous voulons une cité où les transactions seront la circulation de la richesse et non pas le moyen pour quelques-uns d'une opulence fondée sur la détresse des autres. Nous voulons une organisation humaine [ça ,c'est l'enfantillage de ROBESPIERRE – HG] Nous voulons une organisation humaine où les mauvaises passions seront enchaînées, l'égoïsme, la cupidité, la méchanceté. Nous voulons substituer la droiture aux bienséances, substituer le mépris du vice au dédain du malheur [j'aime mieux la suite – HG], substituer les braves gens à la bonne compagnie. Nous voulons une demeure des hommes où toutes les âmes s'agrandiront, nous voulons accomplir les destins de l'humanité." 

 

Et à la suite de ce discours, c'est là où il fait sa proposition, folle peut-être,  où il dit "je voudrais que la Nation française reconnaisse l'existence d'un Être Suprême. Parce que si la nation française reconnaît l'existence d'un Être Suprême, la première conséquence de cette proclamation sera que la Nation française s'engagera du même coup à travailler pour la Justice, à défendre les opprimés et à respecter les misérables". dit-il.

Alors effectivement, le jour de la Pentecôte, ça lui sera assez reproché, sur le nouveau calendrier ça n'apparaissait pas (c'était le 10 prairial), le jour de la Pentecôte 1794, il y aura cette Fête de l'Être Suprême. La plupart des livres que j'ai lus la ridiculisent. Et je comprends bien qu'elle ait des côtés ridicules. Il avait demandé l'organisation matérielle ou artistique de la Fête à un nommé DAVID, que vous connaissez, et qui confondait la grandeur et le grandiose.

Alors DAVID avait décidé de mettre au sein du Champ de Mars une énorme statue de l'Athéisme, et puis on la brûlerait, cette statue, parce qu'elle serait en carton. Et dedans il y aurait une statue en dur qui serait la statue de la Sagesse Humaine. Alors vous imaginez le coup, on a brûlé l'Athéisme et quand la Sagesse Humaine est apparue, elle était plutôt charbonneuse [rires]. On avait aussi donné aux gosses de Paris de petites histoires à chanter. Tous ces pauvres enfants avaient appris dans les écoles des petits cantiques laïques et complètement idiots.

Il ne faut pas s'arrêter à ça et essayer de comprendre ce qu'il a voulu faire ce jour-là.
RENAN raconte dans ses souvenirs d'enfance et de jeunesse que, quand il était gosse, il a vu un vieux type qui lui avait montré, les tirant d'un tiroir, trois épis de blé qui tombaient en poussière bien-sûr.

Et ce vieux type avait dit au petit RENAN "tu vois p'tit, ces épis de blé ils viennent de la Fête de l'Être Suprême". À tous les gosses de Paris on avait donné trois épis de blé ce jour-là, parce que ça avait un sens. Et comme le petit RENAN ne comprenait rien, bien-sûr c'était un gamin, le vieux disait "c'était beau petit, tu ne peux pas savoir comment c'était beau". Alors je vais essayer de vous faire comprendre pourquoi c'était beau.

Il y avait au moins 300 000 personnes qui étaient là, réunies au Champ de Mars. Pourquoi le Champ de Mars ? Parce que c'est là que ça s'était passé le 17 juillet 1791, quand les possédants avaient tiré sur les non possédants. Alors ROBESPIERRE avait décidé "on fera la fête là pour que plus jamais une chose pareille ne se produise". Il se trouvait être, par roulement, le président de la Convention, il s'était fait très beau : plumet tricolore, et puis l'Éléonore qui avait un béguin pour lui, lui avait donné un bouquet. Il avait aussi un bouquet à la main, un gros bouquet tricolore ! Il y avait des roses, il y avait des marguerites et il y avait des bleuets. 

Il marchait devant la Convention qui était derrière lui, entouré d'une espèce de ceinture tricolore, un ruban tricolore qui entourait les 700 députés. Puis lui marchait à environ 20 pas devant. Il était dévoré par sa fièvre, ce qui fait que, de temps en temps, les témoins disaient qu'il était tout rouge ou qu'il était tout pâle. Il avançait avec son bouquet, entouré d'acclamations. Les gens criaient "Vive ROBESPIERRE !" et lui était tout malheureux, il regardait par terre avec un pauvre sourire, il regardait un peu timidement à droite et à gauche, ayant l'air de dire aux gens "non, il ne faut pas crier vive ROBESPIERRE, il faut crier vive la République !" [soupir].

Puis il a fait son discours, il a expliqué ce que c'était pour lui "l'Être Suprême". Il n'avait pas osé dire Dieu. Ah ! Je comprends, c'est une syllabe fatigante, un phonème usé, une syllabe morte ! Alors il avait essayé de dire ce que disait Jean-Jacques ROUSSEAU : l'Être Suprême, peu importe le nom...

Je crois bien que si un certain nombre de gorges étaient serrées ce jour-là, c'est parce que, à mon sens, c'était la première fois qu'un gouvernant parlait de Dieu aux gens pour autre chose que pour les duper, et pour les asservir. [applaudissements] Attendez, attendez…

ROBESPIERRE signait ce jour-là sa condamnation à mort. Il y avait des tas de gens qui le haïssaient. Il y avait d'abord tout "le Ventre" comme on dit, vous savez, par opposition à "La Montagne" il y avait "le Marais", "Le Ventre" de la Convention, c'est à dire les notables, qui ne lui pardonnaient pas son maximum.

Il y avait les proconsuls hideux comme CARRIER, vous savez, les mariages républicains, comme FRERON, comme BARRAS, comme TALLIEN qu'il avait fait rappeler et qui lui en voulaient à mort.

Il y avait CARNOT…

La France, mon pays, avait obtenu un succès militaire à Fleurus, c'était le 25 juin, je crois, 1794. Alors ROBESPIERRE avait dit : "On s'arrête !" puisqu'il n'y a plus un seul étranger sur le territoire français. Et CARNOT était tombé dans une rage folle en disant : "S'arrêter ?! Au moment où la guerre va commencer à payer !!!".

Et le 13 juillet 1794, CARNOT envoie à PICHEGRU pour son entrée en Belgique la dépêche que voici : " Vous allez entrer en Belgique, PRENEZ TOUT, IL FAUT VIDER LE PAYS." Et ROBESPIERRE lui dit "mais C'EST DÉSHONORANT, C'EST LA HONTE DE LA RÉPUBLIQUE !" 

CARNOT passe immédiatement du côté de ceux qui décident de tuer ROBESPIERRE. [gros soupir]

On ne peut pas le tuer tant qu'il aura les faubourgs pour lui. La petite plèbe l'aime, alors si l'on touche ROBESPIERRE, ça va être une insurrection.

Alors qu'est-ce qu'ils vont faire ses ennemis ? Ses ennemis sont tous puissants au Comité de Sûreté Générale et ROBESPIERRE va essayer de demander par deux fois la révocation de FOUQUIER-TINVILLE, qui fait tomber toutes les têtes, vous savez, et dont ROBESPIERRE trouve que c'est un affreux.

Chiffre : le tribunal révolutionnaire, de sa création jusqu'à maintenant (juin 1794), Le Tribunal Révolutionnaire fait tomber en 6 mois 1 200 têtes. En 40 jours, 1 876 têtes vont tomber, en 40 jours ! Pourquoi ? Pour qu'on puisse dire que c'est ROBESPIERRE, puisqu'il passait pour le numéro un, qui transforme la guillotine en un instrument de folie.

Et c'est Lamartine, à mon sens qui aura dit là-dessus la phrase la plus pénétrante, je ne l'ai jamais vue reproduite. C'est dans "Les Girondins" de Lamartine qui sont bien plus intéressants qu'on imagine : "Ils le couvrirent pendant quarante jours du sang qu'ils versaient pour le perdre". Et en effet, dans l'opinion publique, le bruit court "ROBESPIERRE est devenu fou de rage, il fait tuer des gens !"

Il y avait eu un attentat. Un nommé ADMIRAT qui avait essayé de tuer ROBESPIERRE de loin, il y avait une petite Cécile RENAULT qui avait été saisie avec deux canifs, elle avait dit "oui, c'est vrai, je veux tuer ROBESPIERRE".

Alors on avait fait passer à la guillotine cinquante personnes d'un seul coup, on n'avait jamais vu ça.

Revêtus de la chemise rouge des parricides afin de pouvoir affirmer : "parricide"  parce que le père de la Patrie, ROBESPIERRE, a décidé qu'il fallait cinquante personnes quand on avait levé, de loin, une main contre lui.

On a fait passer à la guillotine l'évêque GOBEL, et CHAUMETTE. Avec quelle inculpation ? Écoutez-moi bien : Inculpation D'ATHÉISME ! Comme si ROBESPIERRE, transformé maintenant en un inquisiteur, un TORQUEMADA, voulait envoyer à la guillotine ceux qui, métaphysiquement, ne pensaient pas comme lui. Et JAMAIS cette pensée n'était venue à ROBESPIERRE !

Ca y est ! Maintenant on l'a ! On va faire "le nouveau maximum", (le 21 juillet, hein, on est tout près, puisque c'est le 27 qu'il va tomber) Le 21 juillet, nouveau maximum, OUF... Non ! Quel nouveau maximum ?! Le maximum DES SALAIRES ! Parce que Robespierre, pour les usines nationales d'armement, avait fait monter les salaires considérablement, et que le 21 juillet 1794, la Convention décide un abaissement des salaires de 30, 40 et 50% !

Or, comme on croit toujours que c'est ROBESPIERRE qui dirige tout, les ouvriers parisiens disent "mais il nous abandonne ! Il envoie à la guillotine des gens de chez nous, il fait tomber les salaires à 50% !"

Alors on peut y aller... [gros soupir]

ROBESPIERRE était retombé malade le 14 juin. Et vous pensez bien qu'un homme comme lui était guetté [essoufflé], alors s'il y a là un de ces petits détails… (j'en ai encore pour 7 à 8 minutes, pardonnez-moi) [gros soupir] c'est encore un petit détail qui m'intéresse beaucoup : on le suivait, vous pensez bien, Robespierre : il n'y avait pas de gorilles, non, mais enfin il y avait des gens qui l'espionnaient. Alors j'ai trouvé le détail que voici : après huit jours passés chez lui sans sortir, M. ROBESPIERRE est réapparu dehors. C'était le printemps 94, un printemps formidable, enfin radieux. La campagne, à ce moment-là, c'était tout à côté de Paris, en dix minutes on était à la campagne. Alors ROBESPIERRE qui était vacillant sur ses jambes mais qui ne voulait pas le montrer, sortait avec son chien. Il avait un grand chien qui s'appelait "Brount", dont la tête était assez haute et lui, il était petit. Alors les policiers qui surveillaient ROBESPIERRE disent "on voit de temps en temps, qu'il s'appuie sur la tête de son chien comme s'il avait une canne pour se soutenir en marchant". Et puis où il va ? Il va à une "corne de bois" dit le rapport. Ca veut dire, je pense, un bois en pointe, quoi, qui donnait sur une pente qui descendait vers la Seine. Et là, M. de ROBESPIERRE reste des heures assis là au soleil, les mains dans l'herbe, avec son chien couché autour de lui, et la tête renversée.

Le 26 juillet (c'est fini, hein), le 26 juillet, ROBESPIERRE apparaît brusquement à la Convention. Émotion... Qu'est-ce qu'il va dire ? Et il dit : "Mes mains sont liées, mais je n'ai pas encore un  bâillon sur la bouche, alors j'ai un certain nombre de choses à vous dire avant de mourir", dit-il.

"Quand la République tombe entre certaines mains, ce sont CES MAINS-LÀ qui font la contre-révolution" dit-il.

"Que voulez-vous que nous fassions quand le responsable des finances —(cette fois il y va tout droit, hein : CAMBON)—, QUAND LE RESPONSABLE DES FINANCES FOMENTE L'AGIOTAGE, FAVORISE LE RICHE ET DÉSESPÈRE LE PAUVRE ? J'en ai assez de vivre, dit Robespierre, dans un monde où l'honnêteté est toujours victime de l'intrigue et où la Justice est un mensonge".

Bon, il fait son discours, le lendemain ça y est : c'est le 27 juillet. Dans la nuit, [essoufflé] les comploteurs, c'est à dire SIEYÈS et les autres, sont allés trouver la plupart des députés en disant : «le discours de ROBESPIERRE n'est que le prélude à "une nouvelle tombée de têtes" et vous (on dit ça individuellement à chacun), et vous, vous êtes sur la liste que ROBESPIERRE veut tuer demain». Alors quand, le lendemain 27 juillet dans l'après-midi, SAINT-JUST monte à la tribune pour justifier ROBESPIERRE, on ne lui laisse pas la parole : c'est TALLIEN qui le bouscule réellement. Vous savez, la tribune de la Convention, c'était tout petit. SAINT-JUST était installé là debout, TALLIEN arrive et lui donne un coup d'épaule pour le faire tomber de la tribune. L'autre s'accroche, ROBESPIERRE descend lui-même des travées, ils sont trois dans ce tout petit espace et TALLIEN, qui avait préparé son scenario, tire de sa poche un glaive, enfin un couteau quoi, le dresse au-dessus de la tête de ROBESPIERRE et crie à l'assemblée : "Si vous ne votez pas l'arrestation du dictateur, je le tue devant vous !"

Le scenario était prêt, tout le monde hurle "À bas le dictateur ! À bas le nouveau CROMWELL !".

Arrestation de ROBESPIERRE. Alors là, détail que vous savez, c'est assez beau, LE BAS, qui était presque son beau-frère, qui avait épousé Élisabeth, dit : "Si vous arrêtez ROBESPIERRE, je demande à être arrêté !" Ah ben ça va... Si vous voulez...

Et puis "Bonbon", Augustin, le tout petit, c'était le benjamin, il avait 26 ans et il avait l'air d'avoir 20 ans. Il dit : "Si vous arrêtez Maximilien, alors moi aussi !" Alors ça fera le bon poids... On arrête aussi le petit Augustin.

Alors, on arrête ROBESPIERRE. HANRIOT, qui dirigeait la Garde Nationale qui était maintenant Républicaine et Plébéienne, arrache ROBESPIERRE aux gendarmes. On l'enferme à l'Hôtel de Ville, on bat le rappel pour espérer que les faubourgs vont se lever.

Il y avait 48 sections dans Paris, il y en a 17 qui vont répondre sur 48, pas plus... 3 500 gars se réunissent devant l'Hôtel de Ville. Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse avec les 3 500 gars ?

ROBESPIERRE refuse de les envoyer à l'abattoir. On lui dit : "mais signez un ordre, qu'ils attaquent !" ROBESPIERRE dit "Non ! assez de sang, d'ailleurs tout est foutu, tout est perdu."

Alors, comme ces 3500 gars à qui on ne donne même pas une miche de pain, ni un verre de vin, S'EN VONT, dans la nuit du 27 au 28, à 2h30 du matin, il n'y a plus personne pour protéger ROBESPIERRE qui est dans la grande salle de l'Hôtel de Ville.

C'est alors que Léonard BOURDON, "héroïque", à la tête de 14 gendarmes, décide de mettre la main sur ROBESPIERRE.

La tradition dit que c'est un gendarme dont le nom est incertain. Les uns disent "MEDA", les autres disent "MERDA", je préfèrerais la deuxième solution... Le gendarme MERDA va tirer un coup de revolver sur ROBESPIERRE et lui casse la mâchoire.

Bonbon, Augustin, prend peur... Le 28 juillet il fait très chaud, il saute par la fenêtre, qui est ouverte, et il se fracasse les jambes. Quant à LE BAS, il se tue.

Et les gendarmes, qui avaient probablement le goût du divertissement, ont pris COUTHON qui était là. COUTHON, vous savez, c'est un paralytique, il est dans sa petite voiture. Alors ils vont le lancer depuis le haut du grand escalier de l'Hôtel de Ville parce que ce sera d'agréables pirouettes. Ce qui va permettre à M. GAXOTTE, de l'Académie française, d'écrire : "Et, au bas des marches, COUTHON faisait le mort…" Et puis ce sera les 106 — vous entendez ? — les 106 exécutions ! "C'est la libération de Paris" comme va écrire Monsieur BESSAND-MASSENET dans son livre de 1946. On avait réservé ROBESPIERRE pour la fin, bien entendu, pour qu'il puisse bénéficier du spectacle. Et comme il avait la mâchoire cassée et qu'il avait une espèce de bandeau autour de la tête, pour le guillotiner il faut bien qu'on enlève le bandeau. Alors, au moment où, debout devant la guillotine, on lui arrache le bandeau, tout le monde voit cette bouche ouverte et sanglante d'où s'échappe un hurlement...

Eh bien c'est fini ! La Révolution "inacceptable" est terminée. Il n'y aura plus de maximum. M. BOISSY d'ANGLAS va monter bientôt aux applaudissements du Ventre pour annoncer que l'on rétablit le cens, on détruit le suffrage universel, et BOISSY d'ANGLAS prononce cette "admirable" parole : "Un pays gouverné par les propriétaires est dans l'ordre social". La pauvre Madame de STAEL qui avait dû fermer son salon va pouvoir enfin le rouvrir, elle reviendra de Coppet avec dans ses bagages Benjamin CONSTANT, les poches pleines de juteux francs suisses. [rires]

Alors, j'ai à peu près fini. Quelle est la conclusion ?

On me reproche de plus en plus d'être manichéen : il y a le blanc et le noir, il y a le bien et le mal, tout ce qui est la droite c'est le mal, tout ce qui est la gauche c'est le bien.

ROBESPIERRE un petit saint... Il n'y a pas de petit saint. ROBESPIERRE est quelqu'un dont je connais parfaitement les défauts. Très orgueilleux, assez insupportable, capable de haine. Il y a un prêtre qu'il a détesté, qui s'appelait l'abbé Jacques ROUX, qui faisait partie des "enragés", qui était un prêtre ultra-gauche, vous savez. Je ne sais pas pourquoi ROBESPIERRE l'a poursuivi d'une véritable férocité. Ce prêtre a fini par se suicider en prison tellement ROBESPIERRE le tracassait. Je sais aussi que ROBESPIERRE est un homme sanglant : il a voté la mort de Louis XVI et il a voté d'autres morts. Et s'il fallait opter par exemple entre Ganghi et ROBESPIERRE, il est certain que ce n'est pas ROBESPIERRE que je choisirais. Mais pour finir je voudrais vous apporter une citation inattendue de Graham GREENE. [essoufflé]

C'est dans "Les Comédiens". À la fin des Comédiens, Graham GREENE met en scène un petit curé de la République Dominicaine, tellement peu important qu'il n'avait pas de nom, et un docteur communiste qui s'appelle le Docteur MAGIOT. [essoufflé] Et on compare la violence et l'indifférence.

Et le petit curé dit : "La violence peut-être une forme de l'amour, ça peut être un visage indigné de l'amour. La violence est une imperfection de la charité, mais l'indifférence est la perfection de l'égoïsme".

Quant au Docteur MAGIOT le communiste, il va dire, lui : "J'aimerais mieux — au conditionnel, hein — j'aimerais mieux avoir du sang sur les mains que de l'eau de la cuvette de Ponce PILATE !".

 

PEGUY distinguait les hommes en deux groupes grosso-modo : Il disait "Il y a ceux qui ne s'occupent que de leur sexe et de leur compte en banque. J'appelle ça la mer morte" disait-il. "Et puis il y a ceux qui s'occupent un petit peu — UN PETIT PEU ! — d'autre chose que de leur plaisir et de leur argent". "Et puis, à la limite", disait-il reprenant PASCAL, "à la limite, il y a les témoins qui se font tuer".

 

Eh bien je crois que je n'ai pas sollicité l'histoire et je ne vous ai rien caché, j'ai essayé d'être loyal : pour moi, ROBESPIERRE, c'est un témoin qui s'est fait tuer.

[longs applaudissements…]

 


 

Notes des retranscripteurs :

(1) Jean-Baptiste CLOOTS dit Anacharsis (1755 - 1794)

(2) Antoine-François MOMORO (1756 – 1794)

(3) Camille DESMOULINS (1760 – 1794)

(4) Jacques-René HEBERT (1757 - 1794)

(5) Jacques MALLET du PAN (1749 – 1800)

(6) Pierre Joseph CAMBON (1756 – 1820)

(7) Bertrand BARERE (1755 – 1841)

(8) Philippe-François-Nazaire FABRE, dit FABRE d’ÉGLANTINE

(9) Il semble tout à fait évident que M. GUILLEMIN voulait parler en fait de Camille DESMOULINS et non de FABRE d’ÉGLANTINE.

 

 

 

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Document téléchargeable ici :

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Guillemin_raconte_Robespierre_et_la_Revolution_francaise.pdf

Pour écouter la conférence, ainsi qu'une intégrale des vidéos et des livres d'Henri Guillemin, voyez :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/05/04/218-henri-guillemin-explique-robespierre-et-les-revolutions-francaises_la-fausse-et-la-vraie

 

 

Mille mercis aux courageux qui ont retranscrit cette très précieuse conférence.

ÉC.

 

 

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mercredi 6 juin 2012

Sintomer : Tirage au sort et démocratie délibérative, une piste pour renouveler la politique au 21e siècle

Chers amis,

Je n'ai plus besoin de vous présenter Yves Sintomer, car je vous parle de ses recherches presque à chacune de nos rencontres depuis des années.
Voici une synthèse intéressante (avec la vidéo correspondante, au Collège de France, chez Pierre Rosanvallon) pour aider les virus à s'appuyer sur un travail universitaire en cas de besoin :

Tirage au sort et démocratie délibérative
Une piste pour renouveler la politique au XXIe siècle ?

par Yves Sintomer (5 juin 2012)

sur laviedesidees.fr


La pratique de l’échantillon représentatif dans les prises de décision redonne au tirage au sort une place dans les régimes politiques contemporains. La diversité qu’il introduit dans les procédures contribue à renforcer la légitimité démocratique. Il paraît dès lors envisageable, selon Yves Sintomer, d’associer le tirage au sort aux élections elles-mêmes.


Télécharger ce document (en pdf).


Le tirage au sort semble revenir dans des expériences politiques après avoir été éclipsé pendant des siècles [1]. L’expérience islandaise est de ce point de vue emblématique. Après la crise économique de 2008 et la quasi-faillite du pays, la volonté de changer l’équipe gouvernementale et les règles du jeu politique s’exprime lors d’énormes manifestations de rue. Les élections anticipées d’avril 2009 portent au pouvoir une coalition entre les sociaux-démocrates et les Verts – le procès de l’ancien premier ministre a commencé en mars 2012. Parallèlement, en 2009, une Assemblée citoyenne d’un millier de personnes tirées au sort et de quelques centaines de personnalités qualifiées est rassemblée à l’initiative d’associations civiques pour dégager les valeurs sur lesquelles devraient se refonder le pays. L’expérience est réitérée en novembre 2010, cette fois avec le soutien étatique, dans la perspective de l’adoption d’une nouvelle Constitution. La tâche de cette seconde Assemblée citoyenne est de déterminer, en s’appuyant sur les résultats de la première, les grands principes de la future Loi fondamentale. Peu après, un « Conseil constituant » est élu par la population. Il est composé de vingt-cinq citoyens « ordinaires » : les 523 candidatures en compétition sont purement individuelles, les parlementaires ne peuvent se présenter et la campagne électorale est légalement réduite au minimum pour se démarquer des pratiques habituelles d’une classe politique largement discréditée. Ce Conseil travaille sur un nouveau texte constitutionnel au printemps et à l’été 2011. Parmi les principales nouveautés du projet, une réforme profonde de l’équilibre des pouvoirs, une meilleure transparence dans les processus de prise de décision, une forte extension des mécanismes de démocratie participative et de démocratie directe ainsi qu’une meilleure prise en compte de la question écologique méritent d’être notées. Les articles du projet constitutionnel sont mis en ligne au fur et à mesure de leur rédaction, le public pouvant faire des commentaires et émettre des suggestions via les pages Facebook, Twitter ou Flickr du Conseil constituant. Le projet de Constitution est transmis au Parlement à l’été 2011 et devrait être soumis à référendum en 2012 – il s’agira du troisième référendum en quelques années, les deux précédents ayant conduit les Islandais à refuser par deux fois (en mars 2010 et avril 2011) les projets d’accord gouvernementaux sur le paiement de la dette laissée par la faillite des banques. L’État social est pour l’essentiel préservé et une réorientation du modèle économique enclenchée.

Cette expérience n’est que la pointe la plus avancée de centaines, voire de milliers d’autres où intervient la sélection aléatoire. Pour ne mentionner que des exemples français, le groupe de Metz d’Europe-Ecologie-Les Verts a désigné par tirage au sort ses candidats aux cantonales et aux législatives. La Fondation pour l’innovation politique, proche de l’UMP, propose de désigner désormais 10% des conseillers municipaux par tirage au sort [2]. L’Institut Montaigne, centriste, de recourir à une conférence citoyenne pour discuter du financement de la protection sociale. La Fondation Jean Jaurès, liée au Parti socialiste, réfléchit sur les jurys citoyens [3]. La Fondation Hulot réclame pour sa part la création d’une troisième chambre tirée au sort [4] et des dirigeants de l’association ATTAC, proche quant à elle de la gauche critique, parlent de remplacer le Sénat par une chambre ainsi constituée. Au niveau international, le tirage au sort suscite un intérêt croissant dans la théorie politique.

Pourquoi le tirage au sort avait-il disparu dans les démocraties modernes après les révolutions du XVIIe siècle ? Pourquoi fait-il retour aujourd’hui ? Quelles sont les légitimités potentielles qui pourraient justifier un recours significatif à cette procédure dans les démocraties contemporaines ?


La disparition du tirage au sort dans les démocraties modernes

L’expérimentation républicaine et démocratique a rarement joué sur une seule procédure, et la polarisation moderne sur l’élection est plutôt une exception historique. La question de savoir pourquoi le tirage au sort a disparu de la scène politique avec les révolutions modernes a pour la première fois été posée par Bernard Manin [5]. Sa réponse s’appuyait sur deux éléments : d’une part, les pères fondateurs des républiques modernes voulaient une aristocratie élective, et il était donc logique qu’ils rejettent le tirage au sort, associé depuis Platon et Aristote à la démocratie. D’autre part, la théorie du consentement, fortement enracinée dans les théories du droit naturel, s’était diffusée à tel point qu’il semblait difficile de légitimer une autorité politique qui ne soit pas formellement approuvée par les citoyens.

Ces deux arguments sont importants mais ne peuvent à eux seuls épuiser l’explication. En particulier, ils ne permettent pas de comprendre pourquoi des courants radicaux minoritaires mais conséquents qui militaient pour une représentation descriptive (dans laquelle le corps des représentants ressemblerait par ses caractéristiques au peuple tout entier) ne revendiquèrent pas l’usage du tirage au sort en politique, dont le sens démocratique était encore évoqué par Montesquieu ou Rousseau. Pour expliquer cette énigme, il faut abandonner le ciel des idées politiques « pures » et s’intéresser à la façon dont ces idées se matérialisent à travers des techniques de gouvernement, des outils, des dispositifs. La notion d’échantillon représentatif est familière aux lecteurs du XXIe siècle, rendus réceptifs par des décennies de recours intensif aux statistiques et aux sondages d’opinion. Cependant, elle ne fut inventée qu’à la fin du XIXe siècle. Il ne pouvait auparavant y avoir de relation entre tirage au sort et représentation descriptive, car l’idée que la sélection aléatoire mène statistiquement à un échantillon qui possède les mêmes caractéristiques que l’ensemble de départ n’était pas scientifiquement disponible [6].

L’impossibilité de recourir au concept statistique d’échantillon représentatif, alors même que le calcul des probabilités était déjà très développé au moment des révolutions française et américaine, constitue un élément déterminant pour comprendre pourquoi le tirage au sort politique semblait condamné dans les démocraties modernes : leur taille, rappelaient à l’envie la presque totalité des auteurs de l’époque, rendait désormais impossible un autogouvernement similaire à celui des démocraties antiques. Dans ce monde conceptuel, tirer au sort signifiait donner arbitrairement le pouvoir à certains. En l’absence de la notion d’échantillon représentatif, les tenants d’une représentation descriptive étaient du coup condamnés à choisir d’autres outils pour faire progresser leurs idéaux.


Des mini-publics délibératifs

Inversement, la signification actuelle du retour du tirage au sort dans de multiples expériences s’explique largement par la diffusion de la notion d’échantillon représentatif, qui avait au préalable gagné une certaine légitimité politique à travers les sondages d’opinion. Les expériences contemporaines se singularisent en ce qu’elles pensent le tirage au sort comme moyen de sélectionner un échantillon représentatif (ou au moins diversifié) de la population, une sorte de microcosme de la cité, un mini-public qui peut opiner, évaluer, juger et éventuellement décider au nom de la collectivité, là où tous ne peuvent prendre part à la délibération et où l’hétérogénéité sociale interdit de croire que tous les individus sont interchangeables. Des philosophes et historiens des sciences ont décrit comment une « domestication du hasard » avait été permise par le calcul de probabilités à partir du moment où des acteurs s’en sont progressivement saisi pour l’utiliser comme un outil dans leurs pratiques scientifiques, administratives ou commerciales [7]. Il est possible d’étendre ce raisonnement à la politique et d’affirmer que le calcul de probabilités, ou plus exactement, sa déclinaison dans la notion d’échantillon représentatif, y a permis à partir des années 1970 une domestication du hasard sous la forme des mini-publics.

Certains des idéaux classiques tels que l’égalité de tous les citoyens devant la sélection aléatoire ou l’idée que chacun peut apporter une contribution utile à la solution des problèmes collectifs retrouvent une seconde jeunesse avec les expérimentations actuelles. Cependant, dans des cités telles l’Athènes antique et la Florence médiévale ou renaissante, chacun de ceux qui appartenaient au groupe dans lequel on tirait au sort était tour à tour gouvernant et gouverné. Sous cette forme, rotation rapide des charges publiques et sélection aléatoire permettaient un autogouvernement difficilement concevable à l’échelle nationale dans les démocraties modernes. La démocratie délibérative repose sur une autre logique [8]. Elle est fondée sur des mini-publics qui rendent possible la constitution d’une opinion publique contrefactuelle, qui se différencie des représentants élus mais aussi de l’opinion publique du grand nombre. John Adams pouvait réclamer que les représentants « pensent, ressentent, raisonnent et agissent » comme le peuple [9]. Pour les théoriciens de la démocratie délibérative, la similarité statistique entre les représentants « descriptifs » et le peuple n’est qu’un point de départ. Le mini-public, une fois qu’il a délibéré, est censé pouvoir avoir changé d’opinion – un tel changement est même le signe attendu d’une délibération de qualité. Cela est clairement perceptible lorsque James Fishkin présente la logique du sondage délibératif, un instrument qu’il a inventé :


"Prenez un échantillon national représentatif de l’électorat et rassemblez ces personnes venues de tout le pays dans un même lieu. Plongez cet échantillon dans le thème en question, avec un matériel informatif soigneusement équilibré, avec des discussions intensives en petits groupes, avec la possibilité d’auditionner des experts et des responsables politiques ayant des opinions opposées. À l’issue de plusieurs jours de travail en face-à-face, sondez les participants de façon détaillée. Le résultat offre une représentation du jugement éclairé du public."


L’objectif est de se démarquer de la logique épistémologique et politique des sondages classiques : alors que ceux-ci ne représentent « qu’une agrégation statistique d’impressions vagues formées la plupart du temps sans connaître réellement les argumentaires contradictoires en compétition », les sondages délibératifs veulent permettre de savoir « ce que le public penserait s’il avait véritablement l’opportunité d’étudier le sujet débattu » [10].


Les légitimités politiques du tirage au sort

Tandis que les hybridations foisonnent, plusieurs dispositifs standardisés sont aujourd’hui expérimentés. Le plus ancien, inventé simultanément en Allemagne et aux États-Unis dans les années 1970, est celui des jurys citoyens. Dérivé des jurys d’assises et autres jurys populaires, il permet à un groupe de personnes (de douze à quelques dizaines) tirées au sort de délibérer dans des conditions procédurales optimales, en alternant durant un ou deux week-ends discussions internes et audition d’experts défendant des positions contradictoires. Ces derniers sont sélectionnés parfois en collaboration avec le jury si celui-ci tient plusieurs sessions) par les animateurs de la procédure, qui doivent être indépendants des autorités qui ont lancé le processus. L’objectif du jury est de remettre un avis public sur le thème d’action publique sur lequel il a été convoqué [11]. Les conférences de citoyens (ou de consensus) en sont assez proches. Elles sont nées au Danemark à la fin des années 1980, et portent sur des questions scientifiques et techniques [12]. Les sondages délibératifs, expérimentés par Fishkin à partir des années 1970, se singularisent par la taille (plusieurs centaines de citoyens tirés au sort peuvent être réunis), mais aussi parce qu’ils ne débouchent pas sur un avis consensuel mais sur le sondage d’une opinion éclairée par des débats contradictoires de qualité. À l’inverse, les assemblées citoyennes sur le mode islandais, dont la première s’est tenue en Colombie britannique (Canada) en 2004 [13], sont aussi importantes par la taille que les sondages délibératifs mais sont compétentes pour prendre des décisions ou au moins pour soumettre des projets à référendum devant l’ensemble du peuple.

Quelles sont les sources de légitimité sur lesquelles ces dispositifs sont susceptibles de s’appuyer ? Les mini-publics tirés au sort ne peuvent à l’évidence reposer ni sur la légitimité du nombre, ni sur celle du savoir expert. Cependant, l’expérience historique et la réflexion philosophique nous montrent qu’ils peuvent revendiquer plusieurs types de légitimité.

Une politique plus délibérative. Le postulat sous-tendant les dispositifs contemporains, à savoir qu’une délibération de citoyens « ordinaires » menée dans de bonnes conditions peut mener à des résultats raisonnables, tend à être largement corroboré par les enquêtes empiriques de sciences sociales menées par des observateurs extérieurs aux dispositifs analysés. C’est dans cette mesure que l’opinion des mini-publics tend à être plus « raisonnable » que celle des masses, qu’elle peut influencer en retour si elle trouve un écho dans les médias. Dans un contexte où l’insatisfaction par rapport au système politique est largement partagée, cela peut contrebalancer la politique-spectacle et l’autonomisation de la classe politique, et contribuer à rendre celle-ci plus responsable devant les citoyens. L’objectif est de promouvoir une meilleure communication entre décideurs et citoyens, ainsi qu’une délibération de qualité impliquant ces derniers.

Diversité des expériences sociales. En outre, les dispositifs de délibération qui rassemblent des citoyens ordinaires peuvent avoir des avantages épistémologiques par rapport au gouvernement représentatif et aux comités de sages : une bonne délibération doit inclure des points de vue divers, de telle sorte que la gamme des arguments envisagés soit élargie et que la discussion soit plus inclusive [14]. Dans cette perspective, les mini-publics tirés au sort ont l’avantage d’être socialement – et donc épistémologiquement – plus riches que les comités formés d’experts ou de responsables politiques, mais aussi que les publics participatifs formés sur la base du volontariat ou n’impliquant que la société civile organisée. Leur apport est important dans un monde dont la complexité va croissant.

Un succédané de démocratie radicale. Le troisième argument s’inscrit dans une perspective démocratique radicale. Certains défenseurs du gouvernement représentatif avancent parfois que le meilleur système politique serait sans doute un véritable « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », mais que comme un tel système est impossible dans les États de masse, le gouvernement représentatif représente la moins mauvaise option disponible. Il est cependant possible de soutenir que, dans les démocraties modernes, la solution la moins mauvaise est de substituer le peuple s’autogouvernant, ou au moins de l’épauler, par des mini-publics tirés au sort. De tels dispositifs affirment une valeur démocratique fondamentale, celle de l’égalité, puisque chaque citoyen a une chance égale de participer à la décision et que leur composition sociale reflète celle du peuple dans sa diversité.

L’impartialité. Un quatrième argument en faveur des mini-publics tirés au sort, plus consensuel et découlant d’une vaste expérience historique, repose sur leur impartialité. Les élus, les experts et les intérêts organisés sont fortement enclins à défendre des intérêts particuliers. À l’inverse, la sélection aléatoire tend à recruter des personnes non partisanes, sans intérêts de carrière à défendre et que des règles délibératives procédurales poussent à formuler un jugement tendu vers l’intérêt général. Cette caractéristique est notamment précieuse lorsqu’il s’agit de traiter des enjeux de long terme, comme la préservation des équilibres écologiques et des conditions de vie des générations futures [15].


Les défis de la démocratie délibérative

Les dispositifs tirés au sort sont cependant confrontés à une série de défis.

La délibération face aux inégalités sociales. Comment parvenir à répartir égalitairement la parole dans un groupe socialement et culturellement hétérogène, où certains sont plus habitués que d’autres à parler en public, où le capital culturel tend à lever les inhibitions et à conforter l’assurance de soi, où les experts qui sont auditionnés et les professionnels qui gèrent le dispositif peuvent influer de façon importante sur les débats ? La qualité procédurale des dispositifs tend à minimiser les asymétries : il faut avoir vu des personnes jusque-là muettes s’animer dans les sessions en petits groupes et en revenir avec une capacité accrue à prendre la parole pour comprendre les potentialités à l’œuvre. Cependant, l’égalité n’est jamais parfaite.

Les effets de la délibération sur les individus. Quels sont véritablement les effets de la délibération sur les individus qui participent à ces mini-publics ? Les théoriciens de la démocratie délibérative postulent souvent qu’en discutant de façon informée, les citoyens sont à même de se convaincre mutuellement grâce à la force sans contrainte du meilleur argument. Ce postulat est cependant difficilement démontrable et ce qui se passe réellement dans les délibérations reste largement une « boîte noire ». Des psychologues ont même avancé que la discussion en petits groupes aboutit à renforcer les polarisations préexistantes et à rendre plus difficile la recherche d’un compromis. Si cette logique postulée par les expériences de laboratoire ne semble guère se retrouver dans les pratiques réelles des mini-publics, il faut cependant convenir que les effets précis de la délibération sur les individus restent encore à prouver, même si la littérature sur ce point est en forte croissance [16].

La question de la responsabilité. La question de la responsabilité des citoyens tirés au sort se pose fortement dans les nouveaux dispositifs. À l’époque d’Athènes, ceux qui devenaient membres des magistratures collégiales devaient rendre des comptes sur leur action. Même s’ils sont loin de toujours respecter leurs promesses électorales, les élus sont responsables devant la loi lorsqu’ils occupent des postes exécutifs, et devant leurs électeurs s’ils se présentent à la réélection. Devant qui les jurés actuels doivent-ils rendre des comptes, ou pourraient-ils le faire ?

La délibération contre la publicité ? Si les sondages délibératifs sont publics, ce n’est pas le cas des jurys citoyens et des conférences de consensus, qui se tiennent entièrement à huis-clos même si l’avis final est rendu publiquement. Dans un autre contexte, Jon Elster a avancé que les séances publiques poussent les interlocuteurs à rigidifier leurs positions et à déployer des arguments rhétoriques [17]. D’autres ont ajouté qu’il convenait de préserver les jurés de l’influence des lobbies. Dans une perspective habermassienne ou kantienne, la publicité est au contraire l’une des forces de la discussion en ce qu’elle pousse les locuteurs à se tourner vers l’intérêt général ou du moins à tenter de montrer en quoi leurs arguments sont compatibles avec celui-ci, et la pression de la publicité rend plus difficiles les marchandages que les séances à huis-clos. En tout état de cause, la non-publicité des débats présente l’inconvénient majeur de rendre plus difficile l’implication du grand public.

Délibération des mini-publics contre délibération des masses. Les mini-publics délibératifs, par définition, visent à incarner une opinion contrefactuelle (ce que l’opinion publique pourrait être), mieux informée, bénéficiant d’un cadre assez satisfaisant pour se forger, mais qui du coup peut diverger de l’opinion des masses. La façon dont les recommandations des jurés ont été rejetées dans plusieurs expériences phares démontre amplement que ce risque n’est pas purement spéculatif.

La question de la transformation sociale. Comment les mini-publics pourraient-ils avoir de réelles incidences sur le monde ? Les citoyens tirés au sort sont désencastrés de leurs liens sociaux préalables et sont mis artificiellement en présence. Tant que leur convocation dépend seulement du bon vouloir des autorités publiques, il est improbable qu’ils puissent subvertir vraiment les structures de pouvoir. Pour imposer des transformations positives dans un monde où les résistances structurelles des intérêts dominants sont énormes, l’appel à l’indignation et à une levée en masse contre les injustices et les périls qui menacent la planète n’est-il pas plus efficace que les discussions raisonnables en comités restreints ?


Les mutations de la représentation démocratique

Malgré ces défis, la vague actuelle d’expérimentations ayant recours au tirage au sort est significative d’une tentative d’enrichissement de la démocratie. En témoigne par exemple l’Assemblée citoyenne de Colombie britannique en 2004. Elle s’était vu confier la mission de proposer une réforme du mode de scrutin de cette province canadienne. Ses organisateurs jugeaient qu’il était préférable de ne pas confier aux partis la réforme d’une loi électorale, thème sur lequel il y avait en quelque sorte conflit d’intérêts. Après un an de travail, l’Assemblée citoyenne proposa d’en finir avec le scrutin uninominal à un tour, qui écrase les minorités, et d’introduire une logique plus proportionnelle. Le projet de loi fut proposé tel quel aux citoyens pour qu’ils le ratifient par référendum en mai 2005. Gordon Gibson, conseiller du Premier ministre de Colombie Britannique et créateur de l’Assemblée citoyenne, justifia cette innovation de la façon suivante :


"Nous sommes [...] en train d’introduire de nouveaux éléments aux côtés de la démocratie représentative et de la démocratie directe [...] À l’heure actuelle, les deux voies permettant la prise de décision sont profondément influencées – voire sous la coupe – d’experts et d’intérêts particuliers. L’idée de démocratie délibérative est essentielle pour faire entrer en lice l’intérêt public, porté par des panels de citoyens tirés au sort. Les représentants traditionnels que nous élisons sont choisis à travers un consensus majoritaire, pour une période de temps longue, en tant que professionnels, avec une compétence légale illimitée pour agir en notre nom. Le nouveau type de représentants dont nous parlons sont choisis au hasard, pour une courte période, en tant que citoyens ordinaires et pour des tâches spécifiques et limitées [18]."


Pour prendre la mesure de ces propos, il faut rappeler que l’expérience démocratique moderne ne s’est jamais réduite au seul gouvernement représentatif, c’est-à-dire à l’élection régulière de représentants monopolisant au nom de leurs mandants la prise de décision. La mise en place d’une justice indépendante, l’activité des comités d’experts, la démocratie sociale impliquant les partenaires sociaux ou les éléments de démocratie directe que représentent les référendums et les initiatives populaires ont aussi fait partie du panorama. Or, à l’heure des réseaux sociaux et de la fin des partis de masse, une pluralisation des voies de la légitimité démocratique est perceptible [19].

Dans le futur, il serait souhaitable que le tirage au sort soit de nouveau associé à l’élection, comme il le fut dans la majorité des expériences démocratiques et républicaines de l’histoire. Pour que cette innovation ait vraiment un sens, elle devrait être institutionnalisée légalement et ne pas reposer seulement sur la volonté politique de certains responsables. L’idée n’est bien sûr pas de supprimer les élections, mais d’enrichir la dynamique démocratique en y faisant intervenir ce nouvel élément à une échelle significative. L’expérience islandaise montre bien les potentialités de démocratisation de la démocratie qu’il recèle : quel contraste avec la Grèce, qui a pris quant à elle le chemin d’une réforme par en haut laissant le système institutionnel en l’état !

Il serait en tout état de cause naïf de penser que la politique au XXIe siècle ne fera que prolonger avec des modifications à la marge celle du siècle précédent. Devant l’ampleur de la crise du capitalisme financier et l’impasse croissante dans laquelle nous mène le modèle productiviste suivi jusque-là, devant l’immense discrédit qui frappe la politique institutionnelle aujourd’hui, le statu quo ne semble ni réaliste, ni satisfaisant.

Yves Sintomer



Aller plus loin :

• Dominique Bourg, Daniel Boy, Conférences de citoyens, mode d’emploi, Charles Léopold Mayer/Descartes & Cie, Paris, 2005.
• Dominique Bourg et alii, Pour une sixième République écologique, Odile Jacob, Paris, 2011.
• Hubertus Buchstein, Demokratie und Lotterie. Das Los als politisches Entscheidungsinstrument von der Antike bis zu EU, Campus, Francfort/Main, 2009.
• Michel Callon, Pierre Lascoumes, Yannick Barthe, Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Seuil, Paris, 2001.
• Linn Carson, Brian Martin, Random Selection in Politics, Praeger Publishers, Westport, 1999.
• Collectif, Tirage au sort. Les jeux de la démocratie et du hasard, Territoires, 352, novembre 2010.
• G. Delannoi (dir.), « Le tirage au sort : pour des choix démocratiques », Esprit, août-septembre 2011.
• Gil Delannoi, Oliver Dowlen (dir.), Sortition. Theory and Practice, Imprint Academic, Exeter (UK), 2010.
• Gil Delannoi, Le Retour du tirage du sort en sort en politique, Fondapol, Paris, 2010.
• Peter Dienel, Die Planungszelle, Westdeutscher Verlag, Wiesbaden, 2007.
• Oliver Dowlen, The Political Potential of Sortition. A Study of the Random Selection of Citizens for Public Offices, Exeter (UK)/Charlottesville (USA) : Imprint Academic, 2008
• Jon Elster, « Le tirage au sort, plus juste que le choix rationnel », La Vie des Idées.
• John Gastil, Peter Levine (dir.), The Deliberative Democracy Handbook. Strategies for Effective Civic Engagement in the 21st Century, Jossey-Bass, San Francisco, 2005.
• James Fishkin, The Voice of the People. Public Opinion & Democracy, Yale University Press, New Haven/Londres, 1997.
• Barbara Goodwin, Justice by Lottery, Imprint Academic, Exeter, 2005.
• R.B. Herath, Real Power to the People. A Novel Approach to Electoral Reform in British Columbia, University Press of America, Lanham /Plymouth, 2007.
• Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Flammarion, Paris, 1996.
• Jacques Rancière, La haine de la démocratie, La Fabrique, Paris, 2005.
• Dominique Reynié (dir.), 12 idées pour 2012, Fondapol, Paris, 2012.
• Anja Röcke, Losverfahren und Demokratie. Historische und demokratietheoretische Perspektiven, LIT, Münster, 2005.
• Yves Sintomer, Petite histoire de l’expérimentation démocratique. Tirage au sort et politique d’Athènes à nos jours, La Découverte, Paris, 2011.
• Antoine Vergne, Les Jurys citoyens. Une nouvelle chance pour la démocratie ?, Les notes de la Fondation Jean Jaurès, 12, Paris, mars 2008.
• Mark E. Waren, Hilary Pearse, Designing Deliberative Democracy. The British Columbia Citizens’ Assembly, Cambridge University Press, Cambridge/New York, 2008.

___________

Notes
[1] Version remaniée d’une conférence tenue dans le cadre du séminaire de Pierre Rosanvallon, « L’élection et le vote : État des recherches en science politique et en histoire », Collège de France, 15 février 2012 :

VIDÉO DE LA CONFÉRENCE DE SINTOMER :

http://www.college-de-france.fr/site/pierre-rosanvallon/seminaire-du-15-fevrier-2012-yves-sintomer-tirage-au-sort-et-politique-de-l-autogouvernement-republicain-a-la-democratie-deliber.htm

Fichier MP3 téléchargeable : http://www.college-de-france.fr//audio/rosanvallon/2011-2012/Seminaires/sem-rosanvallon-sintomer-20120215.mp3

[2] Gil Delannoi, Le Retour du tirage au sort en sort en politique, Fondapol, Paris, 2010 ; Dominique Reynié (dir.), 12 idées pour 2012, Fondapol, Paris, 2012.

[3] Antoine Vergne, Les Jurys citoyens. Une nouvelle chance pour la démocratie ?, Les notes de la Fondation Jean Jaurès, 12, Paris, mars 2008.

[4] Dominique Bourg et alii, Pour une sixième République écologique, Odile Jacob, Paris, 2011.

[5] Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Flammarion, Paris, 1996.

[6] Yves Sintomer, Petite histoire de l’expérimentation démocratique. Tirage au sort et politique d’Athènes à nos jours, La Découverte, Paris, 2011.

[7] Gerd Gigerenzer et alii, The Empire of Chance. How Probability Changed Science and Everyday Life, Cambridge University Press, Cambridge, 1989 ; Ian Hacking, The Taming of Chance, Cambridge University Press, Cambridge, 1990 ; Alain Desrosières, La Politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique, La Découverte, Paris, 2000.

[8] Yves Sintomer, « Tirage au sort et politique : de l’autogouvernement républicain à la démocratie délibérative », in Raisons politiques, 42, mai 2011, p. 159-185.

[9] John Adams, « Letter to John Penn », in Thoughts on Gouvernment [1776], cité in Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, op. cit., p. 146.

[10] James Fishkin, The Voice of the People. Public Opinion & Democracy, Yale University Press, New Haven/Londres, 1997, p. 89 et 162.

[11] Peter Dienel, Die Planungszelle, Westdeutscher Verlag, Wiesbaden, 2007 ; Antoine Vergne, Les Jurys citoyens. Une nouvelle chance pour la démocratie ?, Les notes de la Fondation Jean Jaurès, 12, Paris, mars 2008.

[12] Dominique Bourg, Daniel Boy, Conférences de citoyens, mode d’emploi, Charles Léopold Mayer/Descartes & Cie, Paris, 2005.

[13] R.B. Herath, Real Power to the People. A Novel Approach to Electoral Reform in British Columbia, University Press of America, Lanham /Plymouth, 2007 ; Mark E. Waren, Hilary Pearse, Designing Deliberative Democracy. The British Columbia Citizens’ Assembly, Cambridge University Press, Cambridge/New York, 2008.

[14] Hélène Landemore, Jon Elster (dir.), La sagesse collective, dossier, Raison publique, 11, mai 2010.

[15] Dominique Bourg et alii, Pour une sixième République écologique, Odile Jacob, Paris, 2011.

[16] Julien Talpin, Schools of Democracy. How Ordinary Citizens (Sometimes) Become More Competent in Participatory Budgeting Institutions, ECPR Press, Colchester, 2011.

[17] Jon Elster, « Argumenter et négocier dans deux assemblées constituantes », Revue française de science politique, 44 (2), avril 1994, p. 249.

[18] Gordon Gibson, « L’assemblée citoyenne de Colombie britannique », in Yves Sintomer (dir.), La Démocratie participative. Problèmes politiques et sociaux, La Documentation française, 959, avril 2009, p. 62-63.

[19] Pierre Rosanvallon, La Légitimité démocratique. Impartialité, réflexivité, proximité, Seuil, Paris.

Source : http://www.laviedesidees.fr/Tirage-au-sort-et-democratie.html


Mon commentaire :

Je retrouve dans cette synthèse bien des points d'histoire que je trouve essentiels (pour le bien commun) et dont je parle partout depuis sept ans. Bien.

Mais je m'étonne du peu de place qu'Yves Sintomer donne encore à la qualité du processus constituant. Certes, il évoque clairement le conflit d'intérêts bien évité dans l'exemple de la Colombie Britannique, mais sans s'y arrêter une seconde ! Je trouve que ce point central, cardinal, décisif est encore incroyablement sous-estimé par ce penseur que j'estime pourtant beaucoup.

Ceci dit, je suis content car je vais sans doute bientôt pouvoir lui en parler de vive voix : un pont a enfin été créé entre nous deux et nous venons de commencer un échange de lettres qui me donne plein d'espoir. Je vous en reparlerai.

Disons que ça continue de germer un peu partout.

Mais le temps presse, ça urge !

Étienne.

PS : "pour aller plus loin" à la mode du père Chouard, je suggère de mon côté :

• Page dédiée au sujet : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php

vendredi 1 juin 2012

Henri Guillemin : LE FASCISME EN FRANCE (177)

Salut.

Comme vous savez, le mot "fascisme" est une insulte très courante aujourd'hui, — y compris contre des personnalités que je trouve admirables, comme Bricmont ou Chomsky, par exemple, dès qu'ils s'avisent de défendre une liberté d'expression digne de ce nom —, et sans qu'on arrive à jamais savoir clairement ce que ce mot signifie vraiment.

Pour progresser sur ce sujet, j'ai commandé (d'occasion, car il est épuisé) un "livre CD" de Guillemin intitulé "Le fascisme en France".

J'ai reçu en fait... une cassette ! de 1987... Bon, pas grave : j'ai récupéré le lecteur de cassettes de Clovis, j'ai enregistré le son de la voix d'Henri, je l'ai converti en mp3 => c'est assez sourd, mais on comprend ; et j'ai mis le fichier là :

Henri Guillemin :
LE FASCISME EN FRANCE


'


Fichier à télécharger : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/multimedia/Guillemin_Le_fascisme_en_France_1987.mp3

Je suis content de retrouver dans cette conférence de Guillemin LE SENS PROFOND DU TERRIBLE MOT "FASCISME", qui correspond au sens que je lui donne intuitivement depuis des années :

le fascisme est L'IDÉOLOGIE QUI REMET —DE FORCE— L'ÉTAT AU SERVICE DES POSSÉDANTS QUAND LES ÉLECTIONS N'Y SUFFISENT PLUS.

Les plus riches privilégiés, — APRÈS avoir été farouchement parlementaristes tout le temps (19e siècle et début 20e) où le gouvernement dit représentatif conduisait systématiquement au pouvoir des "républicains pour rire" (c'est-à-dire strictement au service des affairistes et des banquiers) —, ces mêmes privilégiés, donc, sont DEVENUS au contraire violemment antiparlementaires avec la montée des socialistes aux élections et la vive crainte que le (faux) "suffrage universel" ne leur garantisse plus d'accaparer tous les pouvoirs politiques. Nota : les mêmes ultra-riches sont ensuite REDEVENUS parlementaristes quand l'appropriation des (très importants) médias de masse et la corruption des (très importants) partis dits "de gauche" ont rendu au gouvernement dit représentatif cette vertu —très convenable— de donner TOUJOURS le pouvoir aux plus riches.

Hitler, Mussolini, Franco et autres Pinochet — ainsi que l'Union européenne — garantissent aux plus riches privilégiés le maintien de "l'ordre social", c'est-à-dire l'affaiblissement maximum des syndicats et des salaires, ainsi que l'impuissance politique et la docilité des salariés, travailleurs condamnés aux travaux forcés au profit des propriétaires.



Je vais demander à la bande de "gentils virus sondistes" de Facebook s'ils ont un outil et du temps pour améliorer le son.

[Mise à jour 25 juin : merci à tous les gentils résistants qui ont bossé sur le fichier son => je ne sais plus où donner de la tête (lequel choisir), mais grâce à vous, j'ai remplacé ma propre capture par un bien meilleur son. ÉC]

Bonne écoute.

Étienne.