Vivre l'utopie !
mémoire des luttes ouvrières anarchistes,
pour la justice et pour la paix, en autogestion,
pendant la "guerre d'Espagne".

Un film émouvant, qui entretient la mémoire des luttes.

Il y a plein de choses importantes dans ce documentaire :


J'ai relevé (mais j'ai raté plein de phrases intéressantes, aidez-moi) :

• "Dans l'histoire, les eaux captives, que ce soit celles de l'habitude ou celles du despotisme, ne tolèrent pas la vie ; la vie dépend de l'agitation que créent quelques individus excentriques. En hommage à cette vie, à cette vitalité, la communauté doit accepter certains risques, et doit admettre une certaine part d'hérésie. Elle doit vivre dangereusement si elle veut vraiment vivre." Herbert Read.

"Un peuple sans histoire n'est pas un peuple, il n'est rien." Un vieil anar espagnol.

• "Le plus choquant, c'est que la place était pleine, ils parlaient, et personne n’applaudissait : le silence. Les gens n'applaudissaient pas mais ils réfléchissaient à ce qui se disait, ils écoutaient. On entendait juste de temps à autre "Vive la CNT !", et aussitôt un écho retentissait : "Vive la CNT ! Vive le communisme libertaire !"... Ça nous enflammait, ça nous faisait vivre inténsément ces moments, sans applaudir, sans cette rhétorique communiste qui déclenche applaudissements sur applaudissements ; c'était plutôt une sorte de sérénité, de conscience."

L'enjeu crucial des armes, dont les riches ne manquent jamais et dont les peuples acceptent d'être privés, juste avant de se faire massacrer.

• "Le mépris traditionnel des anarchistes pour l'argent provoque un changement radical dans les relations économiques : on crée des monnaies locales, des bons, et dans bon nombre d'endroits, on en vient à une abolition totale de l'argent." [...]
"On ne payait rien, tout était gratuit. [...] Aucun égoïsme, ça n'existait pas : comment aurait-il pu y en avoir ? Quand il n'y a pas d'argent, il ne peut y avoir d'égoïsme."
"On le dit aujourd'hui et les gens ne le comprennent pas. Mais non, ça se passait bien."

• On voit passer, bien sûr, George Orwell, qui a écrit un livre formidable sur l'expérience anarchiste en Espagne, "Hommage à la Catalogne".

• "Chaque militant se considérait, tel Don Quichotte, comme un défenseur de cette utopie, de cette façon d'agir et de se conduire en société, selon une éthique, sans avoir besoin d'être surveillé."

• L'armée de Franco, qui défendait les seuls intérêts des plus riches, a vaincu l'armée républicaine (et donc la multitude des pauvres) grâce à l'aide de Hitler et de Mussolini ; et aussi grâce à la passivité complice de Blum (légendaire hypocrisie des partis dits "socialistes", mais toujours au service des industriels et des banquiers).
Le voilà donc, le vrai sens profond du mot "fascisme" : les riches qui prennent les armes pour massacrer les pauvres quand ils rechignent à travailler pour des miettes, puis contraindre les survivants terrorisés aux travaux forcés à leur profit. => Rien à voir, donc, avec les définitions que les médias actuels (aux ordres des plus riches, précisément) nous imposent aujourd'hui : le fascisme, à les entendre, ce serait le nationalisme, le protectionnisme, le racisme, l'antisémitisme... Allons ! Voyons : le fascisme, c'est bien plutôt l'idéologie aboutie des Versaillais : l'État totalement au service des plus riches. Si on oublie ça, on n'arrive plus à se défendre, faute de pouvoir même viser l'adversaire.

• Ce sont les communistes (marxistes) qui ont froidement assassiné les cadres anarchistes (communistes libertaires).
"Le parti communiste était en train de prendre de l'ampleur, et toutes les bonnes armes qui arrivaient de Russie allaient aux forces qu'il commandait. Subrepticement, ils ont pénétré les entrailles de l'armée, les commissions, les services d'information militaire, jusqu'à les occuper en totalité."
"Nous, nous étions convaincus que leur idée était d'accomplir l'ordre de Staline : d'éliminer notamment les anarchistes, de reprendre le pouvoir, et de terminer la guerre quand Staline le déciderait. C'était ça l'idée."
"Idéologiquement, ça ne les intéressait pas que des mécanismes révolutionnaires se poursuivent et nous fasse gagner la guerre. On aurait pu dire au pays : ce qui a gagné la guerre, c'est à la fois l’œuvre qu'a accomplie l'anarchisme et ce qu'a fait la CNT, et c'est un départ pour l'avenir."
"C'était la première révolution anarchiste du monde. Une révolution qui n'était pas contrôlée par les communistes n'avait aucun sens pour les communistes."
"Tu sais ce qui s'est passé avec les collectivités : Lister est venu avec toute son armée, et il a fait table rase de tout, sous la férule des fusils. Voilà le grand paradoxe : que les communistes aient détruit le communisme le plus communiste."

• "Souvent je me demande si tant de douleurs, tant de sacrifices, tant de souffrances ont valu la peine. Et puis je me dis qu'"en réalité, nous avons donné une leçon au monde : on a beau dire, nous avons pu donner un exemple qu'il est possible de vivre sans gouvernement (puisqu'il n'y avait pas de gouvernement) et que les collectivités marchaient : tout marchait comme ça, par accords mutuels."
"Pour moi, les trois mois que j'ai passés à la collectivité sont les moments les plus heureux de ma vie, car je n'avais à me préoccuper de rien : à quoi bon l'argent ?"
"Ce furent les années les plus intenses de ma vie : j'ai connu la fraternité, le désintérêt, l'esprit de sacrifice, et la solidarité. Je me suis senti frère de ceux qui luttaient avec moi, qui avaient les mêmes idées."
"Je crois que c'est la meilleure des choses, qu'il faut lutter pour cela, car même si ce n'est pas pour demain, si ce n'est qu'un objectif, il faut que ce soit une illusion, une utopie, comme une poésie."
"L'avenir appartient à ceux qui osent. Quand on ne peut plus rêver, on meurt. C'est que dit Emma Goldman, et c'est la vérité."



Dites: j'ai l'impression que cette expérience anarchiste pendant la "guerre d'Espagne" (guerre menée par les riches, n'oublions pas ça, contre les pauvres en voie d'émancipation), cette expérience, donc, ressemble beaucoup à ce que pourrait être une VÉRITABLE DÉMOCRATIE, digne de ce nom, vous ne trouvez pas ?

Étienne.