• D'abord, un article intéressant :
La dette de la France, un secret bancaire ?

relayé sur un site dont je trouve le slogan fort sympathique :
"Les moutons enragés : Les moutons en ont marre, ils s'informent !"


http://lesmoutonsenrages.fr/2012/01/12/la-dette-de-la-france-un-secret-bancaire/

La dette de la France, un secret bancaire ?


« Je m’étais posé la question, l’ai posé autour de moi, sur le forum, ai effectué des recherches, et aucune véritable réponse n’avait été trouvée. Et voici donc un élément de réponse, déjà très très instructif, pour ENFIN en savoir un peu plus sur la dette française et ses « propriétaires ».

Qui détient la dette de la France ? Cette question, chaque contribuable français est en droit de se la poser. Ses impôts ne servent-ils pas à payer en partie les intérêts de la dette ? Or, si l’on dispose des quelques informations générales, savoir en détail qui détient les créances françaises et pour quel montant relève du secret extrêmement bien gardé. L’opacité est totale et couverte par la loi. Enquête.

1 317 milliards d’euros. Tel est le montant, fin 2011, de la dette de l’État français. Qui sont ses créanciers ? La dette est-elle concentrée entre quelques richissimes mains ? Ou répartie entre une multitude de petits épargnants, du détenteur d’une assurance vie en Picardie au retraité du Minnesota qui vit des dividendes versés par son fonds de pension ? Les prêteurs sont-ils des spéculateurs, prêts à tout pour faire monter les taux d’intérêt, ou des investisseurs tranquilles ?

« Le savoir permettrait de mesurer les conséquences potentielles d’un défaut de paiement, même partiel. Et de ne pas se retrouver dans une situation de spoliation de petits épargnants », explique Thomas Coutrot, économiste et coprésident d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne). Les banques européennes, et françaises, qui ont bénéficié avant Noël d’un beau cadeau de la Banque centrale européenne – un prêt à 1 % sur plus de 450 milliards d’euros – pour les inciter à acheter de la dette européenne, jouent-elles le jeu ? Pour tenter de répondre à toutes ces questions, il faut suivre le parcours d’un bon ou d’une obligation du Trésor.


42,5 milliards d’euros d’intérêts versés à des inconnus ?

Pour se financer, l’État émet des titres financiers que des investisseurs achètent. Plusieurs types de titres, avec chacun leur échéance et leur taux d’intérêt, sont régulièrement proposés à la vente [1]. C’est l’Agence France Trésor (AFT) qui gère leur mise aux enchères (adjudication). Vingt grandes banques agréées, les « spécialistes en valeur du Trésor » (« SVT », de BNP Paribas à Goldman Sachs, en passant par Natixis, la Deutsche Bank ou la Société générale), sont chargées de les écouler sur les marchés financiers. Elles savent donc à qui elles revendent éventuellement ces titres. Ensuite, obligations et bons du Trésor circulent sur les marchés, mais son détenteur final perçoit chaque année ses intérêts. Ceux-ci totalisaient 42,5 milliards d’euros – la charge de la dette – en 2010. En théorie, on devrait donc savoir à qui ils sont versés.

Sur le site de l’AFT, le citoyen curieux apprend juste que 66 % des détenteurs de la dette sont des « non-résidents ». « En gros, un tiers de la dette est détenu par des investisseurs français, un tiers au sein de la zone euro, et un tiers à l’étranger, en dehors de la zone euro », précise Tân Le Quang, responsable de la communication au sein de l’agence. Problème : « Les non-résidents peuvent être de faux non-résidents, des Français détenteurs d’un portefeuille d’obligations via un paradis fiscal », objecte Michel Husson, de l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires). « Un investisseur saoudien, qui détient de la dette française car il a investi dans un fonds d’investissement à Londres, est comptabilisé comme un investisseur britannique », complète Patrick Artus, économiste à la banque Natixis [2] « Les trois plus gros détenteurs de la dette française sont le Luxembourg, les îles Caïmans et le Royaume-Uni », lance-t-il. Les Îles Caïmans, un paradis fiscal des Caraïbes autant peuplé que Châteauroux (44 000 âmes), pourrait donc ainsi faire basculer le destin des Français ?


La dette, un secret d’État ?

Les enquêtes réalisées par l’Agence France Trésor auprès de ses vingt banques partenaires permettent d’en savoir un peu plus sur les gros acheteurs : principalement des banques centrales, des fonds souverains, des assureurs, des banques commerciales et des fonds de pension. Ce que confirme la base de données financières eMAXX, mise en place par Thomson et l’agence de presse Reuters, qui publient régulièrement la liste« des 50 plus gros détenteurs de dette souveraine française » (hors banques centrales). Nous y retrouvons des assureurs (Axa, Allianz…), des mutuelles (MMA, MAAF, Groupama…), des banques (BNP-Paribas, La Banque postale, ING…) et une multitude de fonds d’investissement, principalement européens. Nous n’en saurons pas davantage : « Ce sont les banques qui voient les flux, pas nous. Les investisseurs en dette souveraine n’ont pas l’obligation de dévoiler leur position », confie Tân Le Quang. Mais pourquoi est-il impossible de savoir qui détient quoi et combien ?

C’est pourtant simple : cette absence de transparence est inscrite dans la loi. « Les textes actuellement en vigueur [3] n’autorisent les conservateurs d’instruments financiers (…) à communiquer aux émetteurs la liste de leurs détenteurs finaux qu’aux seuls émetteurs d’actions, de bons de souscription d’actions ou d’instruments de taux donnant immédiatement ou à terme accès au capital. Par conséquent, l’Agence France Trésor (AFT) ne peut pas identifier précisément les détenteurs [des obligations et bons du Trésor] », répond, en 2010, le ministère de l’Économie et des Finances à un sénateur trop curieux. Traduction : si les entreprises ont le droit de savoir qui sont leurs actionnaires, il est interdit à l’État français de connaître ses créanciers. La dette, un secret bancaire ?


Opacité généralisée

Face à cette opacité, « nous soupçonnons une extrême concentration, confie Thomas Coutrot. On pourrait très bien disposer d’informations statistiques sur la concentration des portefeuilles et la nature de ceux qui les détiennent ». Des chercheurs suisses ont récemment révélé que 147 multinationales, tout en se contrôlant elles-mêmes, possèdent 40 % de la valeur économique et financière des dizaines de milliers de multinationales du monde entier (lire notre article). Il serait étonnant qu’il n’en soit pas ainsi pour les dettes souveraines. Selon les données présentées par la Banque des règlements internationaux (BRI), un organisme géré par 58 banques centrales nationales, les banques étrangères possédaient en juin dernier 13 % de la dette de l’État français. Soit 176 milliards d’euros, dont plus des deux tiers sont entre les mains de banques britanniques, japonaises, allemandes, états-uniennes et suisses. Mais il ne s’agit que d’un euro sur dix empruntés.

Il est pourtant tout à fait possible, en théorie, d’en savoir plus. C’est la société Euroclear France [4], un organisme boursier privé, qui est « le dépositaire central des titres français ». Elle sert d’intermédiaire entre la Banque de France et les détenteurs de titres du Trésor pour leur verser leurs intérêts ou leur pécule quand l’emprunt arrive à échéance. Un peu comme la chambre de compensation Clearstream sert, au Luxembourg, de « péage » entre les transactions financières. Euroclear France sait donc parfaitement qui détient combien à quel moment. Mais la loi l’autorise à ne pas rendre publiques ces données. Pourtant, ce sont bien les citoyens qui paient la charge de la dette. »

Ivan du Roy

Photo : Dan Simpson

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Notes :

[1] Leur échéance de remboursement s’étale d’un à cinquante ans. Leur taux varie entre 1 % et 4 %. Plus l’échéance de remboursement est lointaine, plus le taux est élevé.

[2] Le Monde du 23 juin 2011.

[3] Notamment l’article L. 228-2 du code de commerce, décret d’application n° 2002-803 du 3 mai 2002 publié au Journal officiel du 5 mai 2002, et l’article L. 212-4 du code monétaire et financier relatif à la nominativité obligatoire

[4] Ancienne Société interprofessionnelle pour la compensation des valeurs mobilières (Sicovam).

Source: Bastamag.net : http://www.bastamag.net/article2041.html


Et voici la liste sur les 50 plus gros détenteurs de la dette française suivant Reuters.
Au fait, à la 49ème place, est-ce de la paranoïa ou je lis bien le nom de la grande banque JP Morgan ?

PARIS, 28 décembre (Reuters) - Voici une liste des 50 plus gros
détenteurs de dette souveraine française, selon les données Thomson Reuters
eMAXX.

Cette liste ne comprend pas les institutions comme les banques centrales,
qui n'ont pas à signaler leur portefeuille aux régulateurs.

Société Pays

1 AXA Investment Managers Paris France

2 Allianz Global Investors France SA France

3 MMA Finance France

4 CM-CIC Asset Management France

5 BNP Paribas Asset Management SAS France

6 CNP Assurances France

7 Amundi France

8 Covéa Finance SAS France

9 Matmut France

10 AEGON Investment Management B.V. Pays-Bas
11 Fideuram Asset Management Irlande
12 Pioneer Investment Management Irlande
13 Groupama Asset Management France
14 Pacific Investment Management Co. Etats-Unis
15 Suravenir France
16 Natixis Assurances France
17 Swiss Life (France) France
18 MAAF France
19 Natixis Asset Management France
20 Eurizon Capital SA Luxembourg
21 UBS Global Asset Management Suisse
22 Standard Life Investments Ltd Royaume-Uni
23 MACSF France
24 Lyxor Asset Management France
25 Crédit Suisse Asset Management Suisse
26 State Street Global Advisors UK Ltd Royaume-Uni
27 Monceau Assurances France
28 BNP Paribas Investment Partners Royaume-Uni
29 Union Investment Privatfonds GmbH Allemagne
30 BlackRock Global Investors Royaume-Uni
31 Malakoff Médéric France
32 Dexia Asset Management Belgium SA Belgique
33 Scottish Widows Investment Royaume-Uni

Partnership
34 La Banque Postale Asset Management France
35 ING Investment Management B.V. Pays-Bas
36 ING Investment Management Belgium Belgique
37 Kokusai Asset Management Co Ltd Japon
38 Pioneer Investments Austria GmbH Autriche
39 MACIF Gestion France
40 ERSTE-SPARINVEST Autriche
41 Deka Investment GmbH Allemagne
42 Vanguard Group Inc, The Etats-Unis
43 DWS Investment GmbH Allemagne
44 La Française des Placements France

Investissements
45 Legal & General Asset Management France

(France)
46 Insight Investment Management Royaume-Uni
47 Halbis Capital Management (France) France
48 KBC Asset Management SA (Luxembourg) Luxembourg
49 JPMorgan Asset Management (UK) Ltd Royaume-Uni
50 BNP Paribas Luxembourg SA Luxembourg

(Leigh Thomas, Jean-Baptiste Vey pour le service français)

Source: Reuters



• Ensuite, je rappelle que Nicolas Dupont-Aignan a récemment dénoncé (dans un silence médiatique remarquable) le SCANDALE ABSOLU de la prétendue "Agence" «France Trésor», où règnent les pires conflits d'intérêts : nous sommes entre les griffes de canailles en costard, parvenues au plus haut niveau de l'État.

Et c'est dans cette épreuve que nous allons vérifier que nous n'avons pas de Constitution, puisqu'une Constitution digne de ce nom permettrait précisément au peuple mécontent de se débarrasser de ses mauvais représentants.

Je vous propose de lire ici le chapitre 5 du dernier livre de NDA :



"L'euro, les banquiers et la mondialisation : l'arnaque du siècle" (avril 2011).

Extrait :

CHAPITRE 5 : L'AFFAIRE FRANCE TRÉSOR


« Vous connaissez le scandale Mediator? Voici le scandale « France trésor » !
Même silence coupable, mêmes conflits d'intérêts, mêmes conséquences dramatiques.
Comme le Mediator, le système euro est un médicament qui tue ceux qu'il prétend soigner.
Comme le Mediator, ceux qui autorisent et évaluent sont aussi ceux qui profitent.
Comme le Mediator, les puissances d'argent et les autorités censées les réguler se tiennent par la main, puis se renvoient mutuellement la responsabilité.
Comme le Mediator, tout le monde savait depuis longtemps mais laissait faire et se taisait. Jusqu'au jour où il fut impossible de cacher le nombre des victimes.

Jusqu'au jour où un survivant put enfin parler, au nom de ceux, trop nombreux, qui avaient disparu.

Si, comme on l'a montré, il n'y a que des gagnants à l'abandon de l'euro, pourquoi dure-t-il encore? Certains auraient-ils quelque chose à perdre de la fin de l'euro? Voici l'enquête.

Tout commence en 1972. Nous sommes le 22 décembre, Noël approche. Dehors, il fait froid, mais les rues de Paris sont encore pleines de gens pressés qui s'activent à la recherche du dernier cadeau à mettre sous le sapin. On quitte le travail plus tôt que d'habitude, car le cœur est plus à la famille et à la fête, qu'au bureau et aux rapports... Et pourtant, en passant devant le ministère de l'Économie, on aperçoit encore, là-haut, tard dans la nuit, une lumière allumée dans le bureau du ministre... C'est, à l'époque, Valéry Giscard d'Estaing. Pourquoi donc ne fait-il pas comme tout le monde ? Sans doute règle-t-il une affaire importante, dans l'intérêt de la France, et qui ne peut attendre...

La vérité, on ne la connaîtra que le 2 janvier 1973 : ce jour-là, on apprend la promulgation de la fameuse loi signée quelques jours plus tôt par le sinistre ministre: il sera désormais interdit à l'État de créer de la monnaie pour financer sa dette ou ses investissements ! Voilà donc ce qui se trame, dans le dos des peuples et sous les ors de la République, à la veille de Noël ! L'abandon de la France, de l'État et de ses pouvoirs régaliens mérite-t-il un si grand empressement ?

« Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France. » (article 25 de la loi dite « Loi de 1973 ») Avant 1973, lorsque l'État français avait besoin de trésorerie, il demandait à sa banque - la Banque de France - de le financer. En échange d'une reconnaissance de dette, la banque lui prêtait la monnaie demandée, en la créant instantanément. C'est ce qu'on appelait « créer de la monnaie »: injecter dans l'économie les moyens nécessaires pour faire face à de nouveaux besoins et pour investir. Et favoriser ainsi, par la création de monnaie, la création de richesses. Giscard voulait-il prendre une revanche sur de Gaulle et sa politique, basée justement sur les grands programmes d'investissements financés grâce à la politique monétaire volontariste de la création de monnaie ? « Achat à crédit! Spéculation! », contrediront certains. Et pourtant: cette solution, celle de l'émission monétaire directe par la Banque de France, ne vaut-elle pas mieux - quand elle est gérée sans excès pour éviter un surcroît d'inflation - que de la confier à des banques privées? Notre célèbre et unique Nobel de l'économie français, Maurice Allais, ne disait pas autre chose quand il écrivait: « Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les faux droits, résultant actuellement de la création de monnaie bancaire », c'est-à-dire par les banques privées. Cette injection de monnaie par la Banque de France, propriété à 100 % de la nation, évite du même coup de payer des intérêts. Un avantage que toute personne qui bénéficie d'un prêt saura apprécier...

Et pourtant, ce système de dépossession que la France s'était imposé, cette liberté dont elle s'était aliénée, le traité de Maastricht les figea, enfermant plus encore la France dans les chaînes qu'elle s'était elle-même imposées:

Au cœur de l'euro et des traités européens, il y a l'article 123 du traité de Lisbonne, abusivement dit simplifié, et anciennement article 104 dans le traité de Maastricht, qui interdit à la Banque centrale européenne comme à ses succursales nationales de prêter directement aux États et à leurs émanations.

« Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées "banques centrales nationales", d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l'Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l'acquisition directe, auprès d'eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. » (!)

Cette interdiction signifie en clair que la France est maintenant obligée de financer sur les marchés financiers et par les banques privées, qui plus est en payant des intérêts, les besoins qu'elle ne peut plus couvrir par des recettes budgétaires, y compris pour les investissements qui profiteront aux générations futures. Ce système entraîne un véritable scandale : les banques privées empruntent auprès de la Banque centrale européenne à des taux dérisoires et prêtent cet argent aux États à des taux prohibitifs, tout en les appelant au secours dès que leurs bêtises en bourse menacent de les mettre sur la paille. À ce sujet, l'économiste Jacques Sapir s'interroge: « Pourquoi la Banque centrale européenne prête-t-elle à 1 % aux banques, alors que le gouvernement doit emprunter à 3,50 %? », sans parler des prêts à 6 ou 7 % pour des pays du Sud de l'Europe. Les montants sont colossaux: pour 100 milliards empruntés sur 20 ans à 3 %, le pays doit rembourser 180 milliards. Ce sont ainsi les banques privées qui détiennent le gros des dettes souveraines des États européens en difficulté et qui font pression pour qu'il n'y ait pas de restructuration de ces dernières, synonymes pour elles de pertes sèches, comme on l'a vu avec la Grèce. Ce sont elles qui ont inspiré les plans de sauvetage qui consistent tout simplement à « refiler » aux États, c'est-à-dire aux contribuables, leurs créances non fiables.

Et ailleurs, est-ce aussi ce choix soi-disant raisonnable qui a été fait? Non. Nulle part.

Des pays comme les États-Unis, ou la Grande-Bretagne n'hésitent pas à se servir de cette possibilité dès que les besoins de leur économie le nécessitent. Alors pourquoi pas nous? Nouveaux choix stratégiques? Meilleures solutions économiques ? Rien de cela. Ce serait oublier que la France ne maîtrise plus sa monnaie, ni par conséquent sa politique économique. Non, ce qui empêche aujourd'hui cette option, c'est une interdiction pure et simple comme l'Europe les aime tant, et la France avec elle.

Ce mécanisme cynique est à la fois le signe d'une Europe dogmatique et d'une Europe qui a ses pauvres mais aussi ses riches; ses victimes mais aussi ses profiteurs.

Alors que les Français subissent la hausse du chômage ou la hausse des tarifs de l'électricité, liés à une autre réforme européenne scandaleuse, ce n'est pas la crise pour tout le monde! Ainsi, les chiffres publiés par les deux plus grandes banques françaises sont proprement incroyables! Pour le premier semestre 2010, la BNP a dégagé un résultat net de 4,4 milliards d'euros, et une marge nette après impôt de près de 20 % ! Du côté de la Société Générale, les profits ont tout simplement triplé ! Le secteur bancaire se remet décidément bien de la crise!

Contraints de nous tourner vers les banques privées et les marchés financiers, nous payons ainsi chaque semaine 1 milliard d'euros d'intérêts - plus de 50 milliards d'euros par an - à des investisseurs privés, soit 2 600 euros par foyer fiscal imposable. Le tout, sans parvenir à rembourser le moindre centime de capital emprunté ! C'est maintenant plus que l'impôt sur le revenu perçu en France et c'est autant de financement qui disparaît des capacités d'action de l'État et des administrations publiques.

Et voici comment ce qui devait être un cercle vertueux se transforme en cycle infernal. Bien évidemment, nous devons réduire notre endettement. Bien évidemment, nous devons maîtriser nos dépenses publiques. Bien évidemment, nous devons réformer nos structures publiques. Mais, sous prétexte de décisions prétendument courageuses, on finit par consentir à des réformes inadaptées et disproportionnées et sans en tirer aucun bénéfice! À force de ne pas réformer ce qui doit l'être - notre dépendance à l'euro -, on prend le risque de réformer à l'excès tout le reste ! Jusqu'où ira-t-on? 100000 fonctionnaires en moins depuis 2007 ! 30000 professeurs en moins dans les lycées, 10000 fonctionnaires en moins dans la police... Tous les jours, à la mairie, je vois passer dans mon bureau le policier privé de moyen, la mère d'élève qui se demande si son fils aura un professeur devant lui à la rentrée prochaine... Santé, police, école: faut-il tout détricoter de nos services publics ? Si, à un moment, il y a eu des excès de recrutements, aujourd'hui c'est le cœur de notre pays lui-même qui est atteint, c'est l'État qui s'affaiblit et on entame l'avenir de la nation. Et enfin, faut-il tout sacrifier aux banques? Des banques dont nous devons payer les intérêts d'emprunts exorbitants! Faut-il le rappeler? Sans ses intérêts mirobolants, la dette de la France serait déjà entièrement épongée...

Ces profits sidérants démontrent plusieurs choses. D'abord, que le ralentissement économique ne semble pas avoir d'impact sur les banques, mais qu'il aurait presque au contraire pour elles des allures d'aubaine. Comme un rentier qui viendrait prélever sa dîme sur un débiteur le suppliant de lui laisser juste ce qu'il faut pour vivre. Ensuite, deuxième leçon, que les valeurs sont inversées: c'est l'argent qui préfère asservir plutôt que de servir; ce sont les banques qui sortent de leur rôle d'intermédiaires pour se faire bénéficiaires, qui ponctionnent l'économie au lieu de l'irriguer. C'est un système pervers, dont les dés sont pipés: si les profits et les cours boursiers montent, c'est le jackpot; si les cours s'effondrent et les créances hasardeuses s'avèrent valoir zéro, c'est... le jackpot aussi, le contribuable étant là, taillable et corvéable à merci, pour permettre aux banques de continuer l'orgie d'argent facile. Ainsi, ce système est le signe d'un secteur bancaire qui ne vient pas injecter de la vitalité, de la liquidité, du sang neuf dans l'organisme économique, mais qui s'apparente, au contraire, à une sangsue qui vient se payer sur la bête, qui vient happer le moindre centime créé par l'économie productive.

Et le scandale ne s'arrête pas là. Car il faut bien que ce système pervers s'alimente, et s'alimente grassement. Et qu'il ne perde rien quand éclate la crise qu'il a lui-même installée! Pour compenser leurs pertes sur les marchés financiers, avant même que la crise ne vienne frapper le tissu de nos entreprises, les banques ont décidé de changer les règles du jeu. Ainsi, pour payer les bonus astronomiques, les boursicoteurs ont eux-mêmes attaqué la banque ! Et l'on vit les services bancaires proposés aux particuliers se faire plus lourds. Et, plus grave encore, on vit les banques supprimer leurs crédits aux PME, les transformant en autorisation de découverts coûteux, et dangereux. Dangereux pour l'entreprise, au moment d'affronter la crise. Juteux pour le trader, finançant là son bonus. On pourrait penser naïvement qu'un trader de Paris, de Londres ou de Washington, ne mérite peut-être pas de bonus quand il contribue ainsi, en jouant au casino, à plonger la planète dans la plus grave crise qu'elle ait connue depuis 1929. Mais on se trompe. En 2007, c'est une prime moyenne de 160000 dollars que chaque trader de Wall Street a empochée et en 2009 en pleine crise, ce sont pour les seuls États-Unis près de 20 milliards de bonus qui ont été distribués.

Au cœur de la crise, l'Europe avait la faculté historique de brider les excès du système de spéculation assis sur les paradis fiscaux, les acrobaties financières, un défaut de contrôle public et, surtout, des banques rapaces, promptes à faire payer les pots cassés aux citoyens. Il n'en a rien été: l'Europe n'a rien régulé du tout, ou si peu, tandis que la plupart des pays, à commencer par la France de Nicolas Sarkozy, renflouaient ceux que certains appellent des « banksters » !

Bien sûr, tout ce petit monde qui n'a que « risques » et « responsabilités » à la bouche, tant qu'il s'agit du commun des mortels, vit dans un système totalement déresponsabilisé où l'on gagne à tous les coups. Car l'euro, c'est le choix délibéré d'un système au bénéfice des banques plutôt que des économies.

Jefferson, le père de l'indépendance américaine, conscient que la liberté est un bien fragile, avait dit un jour, comme s'il avait vu par avance la crise venue d'Amérique qui nous submerge aujourd'hui: « Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent sa monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d'abord par l'inflation, ensuite par la récession, jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis. » Étrange prémonition qui aurait dû nous mettre en garde ! Déjà pourtant, un banquier du début du siècle lui répondait en écho : « Donnez-moi le droit d'émettre et de contrôler l'argent de la nation, et alors peu m'importe qui fait ses lois. »

Dans un modèle de « conflit d'intérêt », que la France fait mine de pointer du doigt depuis le scandale du Mediator, il existe une agence de l'État, sous l'autorité de Bercy, qui s'occupe de placer la dette de la France sur les marchés internationaux des capitaux. Cet organe public français, officiel, porte un nom tout symbolique, mais qui apparaîtra à de nombreux Français quelque peu contradictoire : c'est l'agence France Trésor. Pour les membres de ce noble établissement, les deux mots résonnent bien ensemble, pourtant. On aurait peut-être même dû l'appeler France magot ! Cette instance abrite une brochette du nec plus ultra de la finance française et mondiale, dont chacun jugera de la parfaite impartialité. La mission — impossible — consiste pour ces grands banquiers à « gérer la dette et la trésorerie de l'État au mieux des intérêts du contribuable », tout en feignant d'oublier qu'ils appartiennent chacun, d'abord et avant tout, à l'une de ces mêmes banques qui n'a rien à gagner à ce que la dette en France s'amenuise ! Qu'on en juge à la lecture de la composition du comité stratégique, chargé « en particulier de donner sa lecture propre des principes qui gouvernent la politique d'émission de l'État et la gestion de sa trésorerie, ainsi que de se prononcer sur les pratiques en cours et les éventuelles évolutions à venir » (voir: www.francetresor.gouv.fr):

Président :

M. Jacques de Larosière
Ancien gouverneur de la Banque de France et conseiller du président BNP Paribas

Membres

M. Peter R. Fisher
Co-responsable de la gestion obligataire chez BlackRock (fonds spéculatif américain, de ceux que Nicolas Sarkozy dit pis que pendre lorsqu'il lui prend de les morigéner!)
Ancien sous-secrétaire du Trésor américain

M. Jean-Louis Fort
Ancien secrétaire général de la Commission bancaire

M. Francesco Giavazzi
Professeur d'économie à l'université Bocconi (Milan)

M. Jean-Pierre Halbron
Ancien directeur général adjoint d'Alcatel

M. Emmanuel Hau
Membre du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rothschild

M. Philipp Hildebrand
Vice-président de la direction générale de la Banque nationale suisse

M. René Karsenti
Président exécutif de l'International Capital Market Association

M. Ng Kok Song
Directeur général de Government of Singapore Investment Corp.

M. Bertrand de Mazières
Directeur général des finances à la Banque européenne d'investissement (BEI)

Le président de ce Comité stratégique, Jacques de Larosière, occupe par ailleurs la fonction de conseiller du président de BNP Paribas, sans paraître y ressentir un conflit d'intérêts. Alors que BNP Paribas est simultanément au nombre de la vingtaine de « Spécialistes en valeurs du Trésor » (les SVT) agréés par Bercy. Dans ce cercle réservé, ce cénacle, se retrouvent les HSBC, JP Morgan, Société générale, Goldman Sachs, ou encore la Royal Bank of Scotland, aujourd'hui nationalisée de facto, dont le contribuable britannique a été prié de combler les trous, à hauteur de quelques dizaines de milliards de livres sterling. Cette vénérable institution financière avait perdu plus de 90 % de sa valeur en bourse. La Royal Bank of Scotland s'est depuis battue pour conserver le droit de distribuer des bonus à ses traders, et vient d'annoncer sa décision d'accorder cette année, à son PDG, l'équivalent de 2 millions d'euros en actions.

Parmi les autres excellents membres des « Spécialistes en valeurs du Trésor » se trouvait Lehman Brothers jusqu'à sa faillite récente. Accident qui incite à s'interroger sur la capacité de discernement des membres d'un comité stratégique dont le rôle officiel est de bien conseiller l'Agence France Trésor, et « de donner sa lecture propre des principes qui gouvernent la politique d'émission de l'État et la gestion de sa trésorerie, ainsi que de se prononcer sur les pratiques en cours et les éventuelles évolutions à venir ». L'implosion des subprimes et des mécanismes de titrisation qui avaient gangrené les marchés, puis la chute de Lehman Brothers trop impliquée dans ces opérations, ne relevaient-elles pas des « éventuelles évolutions à venir » ?

Ces Spécialistes en valeurs du Trésor, désignés comme « les contreparties privilégiées de l'Agence France Trésor et de la Caisse de la dette publique pour l'ensemble de leurs activités sur les marchés », sont le rouage majeur vers les marchés, puisqu'ils participent aux adjudications de bons et obligations du trésor et placent ces valeurs auprès d'investisseurs. Ils sont nantis d'un Code de bonne conduite et « se doivent de répondre à des pratiques irréprochables ». Spécialistes qui ne semblent pas s'offusquer de ce que Jacques de Larosière puisse être à la fois en poste chez le conseilleur et chez le conseillé, sauf à postuler que les intérêts de BNP Paribas et de l'Agence soient indéfectiblement soudés. L'humour consisterait à convenir qu'ils ne forment qu'un... mais lequel ? !

BNP Paribas pèse très lourd parmi cette vingtaine de Spécialistes en valeurs du Trésor : 2e en importance et par son activité en 2002 ; 1er en 2003 ; 1er en 2004; 1er en 2005 ; 1er en 2006; 2e en 2007, dépassé par Barclay s Capital. Trou d'air de courte durée cependant;

1er en 2008;

1er en 2009;

Enfin 1er en 2010, avec une régularité d'ensemble et dans une harmonie que seuls les vieux couples savent entretenir.

Ces liens sont renforcés par le fait que l'Agence a, peu après sa naissance, confié une mission d'étude à BNP Paribas, pour mieux anticiper les évolutions du marché des obligations. Il est permis de demander à quoi sert un comité stratégique composé de luxueux banquiers apportant leurs éclairages, s'il faut parallèlement commanditer aux banques des missions similaires.

L'UBS suisse a été admise parmi ces « Spécialistes en valeurs du Trésor » français. UBS, qui restera gravée dans le souvenir des citoyens helvétiques puisque ses pertes gigantesques ont nécessité le secours, coûteux, de la Banque nationale Suisse. En accord avec le Conseil fédéral de la Confédération suisse, celle-ci a généreusement repris la quasi-totalité des actifs toxiques d'UBS, tandis que cette banque annonçait son intention de continuer ses distributions internes de bonus. L'un des généreux secouristes, Monsieur Philipp Hildebrand, dirigeant de la Banque nationale suisse, est membre du comité stratégique de l'Agence France Trésor, aux côtés de Jacques de Larosière.

Le renflouement d'une UBS poursuivant ses distributions de bonus constitue l'exemple parfait d'une nationalisation des pertes et d'une privatisation des bénéfices. Les acteurs officiels qui ont prêté leur concours à ce jeu de passe-passe se considèrent-ils d'abord comme des représentants publics auprès du privé, ou ne sont-ils pas en réalité les avocats du secteur privé au cœur même des organes de décision publics ?

L'ambiguïté des liens entrecroisés est illustrée par cette présence, au comité stratégique de l'Agence France Trésor, de Philipp Hildebrand, récemment promu président de la direction générale de la Banque nationale suisse, à Zurich. Et ce, alors que plusieurs banques commerciales suisses sont admises comme Spécialistes en valeur du Trésor français, dont le Crédit Suisse First Boston, qui a son siège social dans cette même ville de Zurich. Or Monsieur Hildebrand était auparavant banquier, et est passé notamment par Vontobel, discrète banque privée, située - elle encore - à Zurich, et spécialisée dans la gestion de fortune, souvent pour de riches particuliers auxquels on apporte des conseils sur la meilleure manière de placer leurs deniers, par exemple en bons et obligations d'État.

La gestion de fortune est une grande spécialité de la place suisse, au point de franchir quelquefois les limites de la déontologie, à l'exemple d'UBS, empêtrée dans ses démêlés avec le fisc américain pour des accusations de facilitation de fraude fiscale. En 2009, la justice américaine a suspendu une épée de Damoclès au-dessus d'elle, menaçant de lui retirer sa licence, indispensable pour exercer son activité aux États-Unis. Il est surprenant que la France, victime tout autant d'évasion fiscale et encore plus touchée de par sa mitoyenneté avec la Suisse, ait fermé les yeux au point qu'UBS figurait toujours, début 2011, sur la liste des dix Spécialistes en valeurs du Trésor les plus actifs, liste ainsi validée et cautionnée par notre ministère des Finances censé combattre la fraude fiscale.

Le Crédit Suisse First Boston, quant à lui, a été constitué lorsque le Crédit Suisse a racheté en 1990 la First Boston Corp. Deux anciens dirigeants de cette First Boston, Bruce Wasserstein et Joseph Perella, avaient peu avant fondé leur propre établissement bancaire, la Wasserstein Perella & Co, dont l'ancien dirigeant de la filiale française, Jean-Pierre Halbron, siège au comité stratégique de France Trésor. Cette heureuse coïncidence serait incomplète si Wasserstein Perella & Co n'avait pas été rachetée en l'an 2000 par la Dresdner Bank, pour former la Dresdner Kleinwort Wasserstein. Cette dernière fait partie du petit cercle des Spécialistes en valeur du Trésor français. Le site Internet de l'Agence France Trésor omet de préciser les titres et qualités complets des membres de ce comité stratégique. Par modestie, elle se contente de noter :

M. Jean-Pierre Halbron
Ancien directeur général adjoint d'Alcatel

Puisqu'elle ne rechigne pas à préciser les anciennes fonctions, le bon sens n'aurait-il pas dû l'amener à citer celles qui recoupent plus directement sa présente fonction ? Ne mentionner qu'Alcatel, entreprise industrielle, et oublier une banque, elle-même en partenariat d'affaires avec l'Agence, constitue un oubli malencontreux ou un excès de tact. L'internaute n'a-t-il pas droit à une information élémentaire ?

De même, l'étiquetage d'un autre membre du comité stratégique reste lacunaire :

M. Francesco Giavazzi
Professeur d'économie à l'université Bocconi (Milan)

Peut-être n'aurait-il pas été inutile de préciser que il Professore a été accessoirement banquier chez Banco di Napoli.

La loi des séries a gommé le rôle de président du comité d'audit de la banque Espirito Santo et de la Vénétie, occupé par :

M. Jean-Louis Fort
Ancien secrétaire général de la Commission bancaire

La société financière Espirito Santo de Monsieur Jean-Louis Fort se revendique comme « banque de taille humaine à l'écoute permanente de ses clients », spécificité qui permettra de ne pas la confondre lors des réunions du comité stratégique avec la « banque à taille humaine, partageant des valeurs communes », telle que se définit la Compagnie financière Edmond de Rothschild, représentée au même comité en la personne d'Emmanuel Hau.

En matière d'information du public, appelons que, bien que la Banque nationale suisse représentée ici par Philipp Hildebrand soit la banque centrale de ce pays, elle est statutairement une société anonyme dotée d'actionnaires. Ce caractère privé se retrouve aux États-Unis avec la Réserve fédérale américaine.

La Fed est en réalité d'abord constituée de douze Fédéral Reserve Banks régionales, détenues, contrairement aux croyances de nombreux électeurs, par des actionnaires privés, à savoir par des banques commerciales ou d'affaires. Les dirigeants y sont majoritairement nommés par ces actionnaires privés. Au regard du profil et des carnets d'adresses des membres du comité stratégique de l'Agence France Trésor, est-il interdit d'y voir à nouveau une forme d'entrisme du secteur bancaire privé?

Jacques de Larosière, tout comme Philipp Hildebrand, est par ailleurs membre du « Groupe des Trente », un petit club privé de grands argentiers internationaux qui se proposent d'approfondir la compréhension de la finance, pour en faire profiter leurs contemporains et les autorités publiques qui les y inviteraient. Le Groupe des Trente a pour président Paul Volcker, à l'origine banquier à la Chase Manhattan Bank, puis représentant de ses pairs en tant que président de la Fédéral Reserve Bank de New York, avant d'accéder au final à la présidence de la Fed elle-même. Le Groupe des Trente entretient la filiation puisqu'il comprend William C. Dudley, actuel président de la Fédéral Reserve Bank de New York, celle des douze Fédéral Reserve Banks qui détient un pouvoir prépondérant au sein de la Fed.

Le prédécesseur de William C. Dudley à cette présidence de la Fédéral Reserve Bank de New York était Timothy Geithner, promu entre-temps secrétaire du Trésor à Washington, c'est-à-dire ministre des Finances. Or, à l'agence France Trésor, siège Peter R. Fischer qui, par un phénomène de chassé-croisé, est ancien sous-secrétaire de ce même Trésor américain. Il a, par la suite, migré dans le secteur privé, responsable mondial des investissements obligatoires pour BlackRock, une firme spécialisée dans les fonds financiers et qui détient la bagatelle de plusieurs milliers de milliards de dollars en gestion. De telles masses d'argent rassemblées en une seule main défient l'entendement, et lui apportent une puissance sans équivalent. Cependant, nul à Bercy ne semble s'émouvoir de l'opposition frontale entre ces diverses fonctions parallèles de l'omniprésent Monsieur Fisher, ni de la capacité de BlackRock à peser indirectement sur l'accueil qui sera réservé par « les marchés » aux adjudications du Trésor français. Le choc est d'autant plus net que, parmi les gros actionnaires de BlackRock, se trouve Barclays Global Investors, à hauteur de près de 20 %. Barclays Capital est l'un des vingt Spécialistes en valeur du Trésor français. Un autre actionnaire important est Merrill Lynch, également présent parmi les Spécialistes en valeur du Trésor. Il est contractuellement convenu entre eux que Merrill Lynch et Barclays PLC auront chacun deux représentants au conseil d'administration de BlackRock. Est-il moralement aisé à Peter Fischer de siéger de la sorte au comité stratégique d'une Agence publique, dont divers interlocuteurs d'affaires sont, par le jeu des multiples filiales, les actionnaires de référence de son employeur principal ? ! Au total, la nébuleuse BlackRock, étendue à ses administrateurs, ses hauts dirigeants et ses actionnaires, parvient à être à la fois membre du comité stratégique de France Trésor, intermédiaire de cette agence vers les investisseurs, et représentante desdits investisseurs. Une situation aussi illogique est une négation absolue des cloisonnements que prétendent instaurer nos gouvernements et le G 20, pour éviter le retour des dérives.

Cette volonté de gommer les frontières n'est pas neutre. Elle provient des pays anglo-saxons qui la pratiquent de longue date, avec les avantages que l'on imagine pour le secteur bancaire. Le même Peter R. Fischer a depuis ajouté sur sa carte de visite une fonction qui emprunte à nouveau ces passerelles, puisqu'il est entré au conseil d'administration de la FSA britannique, la Financial Services Authority, un organisme non gouvernemental mais institué par une loi, et chargé de réguler le secteur des services financiers au Royaume-Uni. Loi idéale puisqu'elle maintient peu ou prou l'autocontrôlé de la City et sa quasi-indépendance. La crise a montré les conséquences de ce mécanisme où seul le bon vouloir des financiers admettrait de poser des bornes à leurs pratiques professionnelles.

Un autre membre du comité stratégique de l'Agence France Trésor se réclame de cette volonté d'autorégulation des financiers, loin de tout législateur et de tout électeur. René Karsenty est président de l'ICMA, l'International Capital Market Association à Zurich. Le but de cette association, entre groupe de pression et syndicat professionnel, est de représenter les intérêts des milieux financiers internationaux. Parmi ses membres se retrouve une grande partie des Spécialistes en valeurs du Trésor de l'Agence : BNP Paribas, Barclays PLC, Société Générale, Merrill Lynch, UBS ou encore Crédit suisse.

Se retrouve également à l'ICMA, la Banque privée Edmond de Rothschild, de Genève, fondée par le baron Edmond de Rothschild, aujourd'hui dirigée par son fils le baron Benjamin de Rothschild, et que seuls les mauvais esprits pourraient confondre avec sa maison mère, la Compagnie financière Edmond de Rothschild, de Paris. M. Emmanuel Hau, membre de cette dernière, siège au comité stratégique de l'Agence. L'une des spécialités de la banque est la gestion de patrimoine, la gestion de portefeuille, pour entre autres « accompagner au mieux les familles fortunées ».

La tendance anglo-saxonne à jouer avec les lignes protectrices instituées entre le service public et les intérêts privés s'amplifie en France depuis quelques années. Parmi les membres de notre comité stratégique se trouve Bertrand de Mazières, directeur général de l'Agence. Son prédécesseur à ce poste venait de partir pour Veolia, société privée quelquefois émettrice d'emprunts, donc concurrente de l'Agence France Trésor pour ses appels à capitaux. Lors d'un de ces derniers appels au marché, les banques chargées de jouer un tel rôle d'intermédiation étaient BNP Paribas, Calyon, Crédit Suisse, Natixis et une filiale de la Société Générale. La totalité de ces noms émergent sur la liste des Spécialistes en valeurs du Trésor de l'Agence. Veolia compte, parmi ses gros actionnaires et dans son conseil d'administration, plusieurs établissements financiers eux aussi Spécialistes en valeurs du Trésor. Qu'un directeur général de l'Agence France Trésor devienne, quasiment du jour au lendemain, directeur des opérations financières d'une entreprise qui est un peu sa concurrente et qui croise ou utilise les mêmes acteurs financiers, se banalise et semble naturel aux yeux de nos gouvernants. L'intérêt du public et du contribuable se trouve peu à peu dilué dans un système à moindre transparence, poreux, au profit de petits groupes, à l'avantage de cercles restreints où risqueront de naître des connivences.

Toutes ces cartes de visite se passent de commentaire. Ainsi, au mépris de la séparation des intérêts privés et de l'intérêt public, la dette française, et surtout ses intérêts (qui atteignent 50 milliards aujourd'hui!), ne peuvent qu'enfler sempiternellement. À ce petit jeu, ne pouvant monétiser sa dette publique comme le font la plupart des autres pays dans le monde, la France s'est lourdement endettée depuis une trentaine d'années et ne pourra, au rythme actuel, se défaire de ce fardeau avant des dizaines et des dizaines d'années. Les oligarques ont, en réalité, tout intérêt à veiller à ce que l'euro, notre problème et leur poule aux œufs d'or, demeure à jamais notre monnaie afin que cette situation ne change pas.

Ces données ne sont pas fantasmagoriques. Elles sont publiques. La collusion, pour ne pas dire la consanguinité, entre décideurs politiques et puissances d'argent, apparaissant de plus en plus éclatante, comment douter que l'euro, emblème et clé de voûte d'une construction européenne qui verrouille un modèle à la fois ultralibéral et soviétique, ne leur soit essentiel pour assurer leur domination sur les peuples ?

Comment ne pas admettre que nos dirigeants sont prisonniers des vrais maîtres de l'euro, de ces oligopoles de l'industrie, de la banque et de la finance, avec lesquels ils entretiennent des relations très étroites. Fantasme d'un complot des puissants ? Non, dérèglement continu d'une chose publique, d'une République, où le désintérêt des citoyens ouvre la voie à la captation des pouvoirs par les intrigants, les opportunistes, les ambitieux et les goinfres.

Le système de l'euro et du marché unique européen favorise exagérément la libre circulation des capitaux, la mainmise de la création monétaire des banquiers et la remise en cause dogmatique de tout ce qui constitue une ressource publique, dénigrée comme une charge coûteuse et superflue. L'euro est pour ainsi dire le cheval de Troie de la mondialisation ultralibérale en Europe, aux antipodes d'un libéralisme ordonné et responsable. Et il est illusoire de s'imaginer que ses bénéficiaires feraient une croix dessus simplement parce qu'on les en prierait gentiment !

Et d'ailleurs, personne ne les en prie ! Qu'on en juge : les seules fois où nos grands chefs d'État européens se réunissent pour la photo de famille et s'enferment à huis clos pour prendre de graves décisions, ce n'est pas pour faire face, ensemble, aux délocalisations. Ce n'est pas pour, ensemble, lutter contre le fléau du chômage. Non, c'est seulement pour sauver les banques ! Comme cette belle journée d'octobre 2008, où Nicolas Sarkozy invita la chancelière allemande pour l'inauguration du mémorial Charles de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises, avant de convier, dès le lendemain, les quinze membres de la zone euro à l'Elysée. Pour évoquer le sommet de la veille ? Pour promouvoir devant tous le symbole qu'ils venaient de célébrer: l'amitié franco-allemande, la coopération libre entre nations, la France forte dans l'Europe indépendante? Non, rien de cela. Hier, c'était hier. Une grande et belle réunion, immortalisée sur le perron de l'Elysée, seulement pour évoquer le pacte de stabilité, l'inflation maîtrisée, les banques rassurées.

Car les marchés, sans doute, méritent plus d'égards que les peuples d'Europe.

Aujourd'hui, il ne faut pas se mentir. C'est eux ou nous. Eux qui restent ou nous qui en sortons. »


Source : Nicolas Dupont-Aignan : "L'euro, les banquiers et la mondialisation : l'arnaque du siècle" (avril 2011).

• Dans ma tête, ces faits dramatiques et tout proches se connectent aussitôt avec l'enquête approfondie de Mullins sur la Fed et sa maîtrise (secrète) par Rothschild, qui a pris le contrôle de JPMorgan, de Warburg et de combien d'autres, "crise" après "crise" ?


• On peut ajouter que Peter R. Fisher, coresponsable de la gestion obligataire chez BlackRock, et ancien sous-secrétaire du Trésor américain, est membre du Comité stratégique de l'Agence France Trésor. Or, Blackrock est un fonds vautour qui est un des actionnaires principaux de McGraw-Hill, lequel contrôle... STANDARD & POORS !!!!!!


Je propose que chaque citoyen qui est au courant d'autres conflits d'intérêts dans cette Agence France Trésor, les signale ici.

Étienne.