janvier 2012 - Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens

Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens


C'est notre Constitution qui est notre seule arme (et c'est aussi la meilleure) pour contrôler les pouvoirs. À nous d'en parler, entre simples citoyens, pour devenir des millions à l'avoir compris : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Bienvenue :o)


Étienne Chouard
Je cherche ici à mettre en débat ouvert ce dont on ne parle nulle part : les plus grands principes institutionnels dont tous les citoyens (gauche, centre, droite) ont besoin pour se protéger des abus de pouvoir.

Je vous propose d'aller voir le FORUM et de suivre le SOMMAIRE, point par point (un principe par jour pour une digestion facile ?), et de réfléchir à votre propre position : Pour ? Contre ? Partagé ?

Et si personne (ni moi, ni d'autres ici) n'a encore défendu les arguments qui vous semblent importants, formulez-les vous-même : nous progressons ensemble en combinant nos réflexions, démocratiquement et positivement :o)

Suggestion :
pour parler nombreux
sur de nombreux sujets :
. soyons brefs,
. dans le sujet,
. et patients :-)

Une fois les principes bien débattus sur le FORUM, vous pouvez, dans la partie WIKI, écrire vous-mêmes les articles qui vous semblent importants dans une Constitution, aussi bien nationale qu'européenne.

Sur cette partie BLOG, je vous propose de nous parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, histoire, philosophie, sociologie, société, actualité, technique, littérature, etc.), mais qui tournent quand même autour des sujets évoqués sur le forum : on cherche à imaginer ensemble un outil intellectuel, robuste et durable, contre les abus de pouvoir.

J'ai hâte de vous lire :o)

Étienne Chouard


Retour à la page centrale :
Le site d'origine s'appelle AEC : "Arc-en-Ciel" (après la pluie le beau temps) :o)


Présentation du PLAN C :


Rouages fondateurs d'une vraie démocratie :


Citoyens Européens Contre le Régime Illégitime :


Malformation congénitale de l'Union européenne :


Liberté d'expression :


Vote blanc = protestation légitime:


Henri Guillemin


Jean-Jacques ROUSSEAU


Cornélius Castoriadis


Gentils virus






Commentaires récents (de la partie blog ; voir aussi le forum et le wiki) :

Articles récents :




dimanche 29 janvier 2012

Prochaine conférence à Libourne, avec Bernard FRIOT : monnaie, démocratie, travail, salaire... nous sommes tous concernés. (9)

Prochaine conférence à Libourne, le 9 février 2012, toute la journée, avec Bernard FRIOT :
"Monnaie, démocratie, travail, salaire...
nous sommes tous concernés".

Je suis sûr que cette journée va être passionnante. Le prochain livre de Bernard FRIOT, sur les SALAIRES, sort prochainement : il va avoir plein de choses importantes à nous dire.

J'ai hâte d'y être.

Je rappelle que Bernard Friot est un des chercheurs les plus enthousiasmants que je connaisse : ses analyses de la retraite par répartition, du financement de l'activité économique par les cotisations sociales, du travail et de l'emploi, sont proprement révolutionnaires : il nous offre une vraie alternative au capitalisme.

Voyez http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2010/11/07/110-l-enjeu-des-retraites.

Étienne.


vendredi 27 janvier 2012

Crimes économiques contre l’Humanité (12)

"Crimes économiques contre l’Humanité" : une réflexion intéressante,
sur fond de réappropriation DES MOTS qui permettent de désigner l'ennemi et de nous défendre :

Crimes économiques
contre l’Humanité

« Selon la Cour pénale internationale, le crime contre l’humanité c’est :

« tout acte inhumain qui cause de graves souffrances ou atteintes à la santé physique ou mentale de celui qui le souffre, et commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile ».

Depuis la Seconde Guerre mondiale nous nous sommes familiarisés avec ce concept et l’idée que, quelle que soit leur ampleur, il est possible et obligatoire d’enquêter sur ces crimes afin de traduire les coupables devant la justice internationale pour leur faire payer leurs actes.

l’Islande est le seul pays à avoir poursuivi pénalement les responsables de la crise. C’est également le seul pays à avoir laisser ses banques s’effondrer.

Tous les autres gouvernements protègent ceux qui ont provoqué la crise.

Des situations telles que celles qui ont généré l’actuelle crise économique ont conduit à commencer à parler de crimes économiques contre l’Humanité. Le concept n’est pas nouveau. L’économiste et prix Nobel de la spécialité, Gary Becker, avait déjà introduit sa «théorie de la criminalité » au niveau microéconomique.

La probabilité qu’un individu commette un crime dépend, pour Becker, du risque pris, du possible butin et des peines encourues. Au niveau macroéconomique, le concept a été utilisé dans les discussions sur les politiques d’ajustement structurel promues par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) au cours de années 80-90, et qui ont eut d’énormes conséquences avec de graves coûts sociaux pour les personnes en Afrique, en Amérique latine, en Asie (au cours la crise asiatique de 1997-98) et en Europe de l’Est. Beaucoup d’analystes ont signalé ces organismes, les politiques qui les ont subventionnés et les économistes qui les ont conçues comme responsables, et tout particulièrement le FMI qui perdit une bonne partie de son prestige après la crise asiatique.

Aujourd’hui, les pays occidentaux sont ceux qui souffrent des coûts sociaux de la crise financière et de l’emploi, ainsi que des plans d’austérité qui sont censés lutter contre elle. La perte des droits fondamentaux tels que l’emploi, le logement et la souffrance de millions de familles qui voient leur survie en danger sont des exemples effrayants des coûts de cette crise. Les ménages vivant dans la pauvreté sont en train d’augmenter du manière exponentielle. Mais qui est responsable? Les marchés, c’est ce que nous lisons et entendons tous les jours…

Dans un article publié dans BusinessWeek du 20 Mars 2009 sous le titre “Wall Street : crimes économiques contre l’humanité”, Shoshana Zuboff, ancien professeur à la Harvard Business School, soutenait le fait que lorsque l’ensemble des responsables de la crise nient les conséquences de leurs actions, ils démontrent à la fois « la banalisation du mal » et le « narcissisme institutionnalisé » dans nos sociétés. C’est un échantillon du manque de responsabilité et de la «distance émotionnelle” avec lesquelles ceux qui ont accumulés des millions, sont ceux qui maintenant nient être en relation avec le préjudice subi. Blâmer seulement le système ce n’est pas acceptable, tout comme il aurait été inacceptable d’accuser seulement les idées dans les crimes nazis et non pas ceux qui les avaient commis.

Blâmer les marchés est en fait rester à la surface du problème...

IL Y A DES GENS RESPONSABLES, et ce sont des personnes et des institutions concrètes :


- Celles et ceux qui ont défendu la libéralisation incontrôlée des marchés financiers

- Les cadres et les entreprises qui ont bénéficié de l’excès du marché durant le boom financier

- Celles et ceux qui ont permis leurs pratiques et leur permettre actuellement de sortir indemnes et renforcés, avec plus d’argent public, en échange de rien

- Les entreprises telles que Lehman Brothers ou Goldman Sachs

- Les banques qui ont permis la prolifération des crédits poubelle

- Les commissaires aux comptes qui ont certifié et garanti les comptes sociaux

- Les personnes qui, comme Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine sous les gouvernements Bush et Clinton, sont contre la réglementation des marchés financiers

- La propre FED qui, depuis 2008, n’arrête pas de faire marcher la planche à billets ce qui provoque, entre autres, l’augmentation de toutes les matières de premières nécessités dans le monde et met en danger son propre peuple.

- John Paulson, qui a empoché 5 milliards de dollars de profits en 2010 en continuant ses pratiques financières comme si de rien n’était.

- Les entreprises du CAC 40 qui ont gagné 140 milliards d’euros en 2010 distribuant des dividendes aux actionnaires ou investissant en auto financement sans créer d’emplois

- Les multinationales qui, tel que Telefonica SA depuis sa privatisation, conçoivent des plans de licenciements massifs alors que les résultats annuels sortent en bénéfices et non pas en pertes, ce qui démontre qu’il n’y a aucune logique prévue de développement durable à long terme, mais seulement une stratégie de rentabilité capitalistique individuelle à court terme.


En ce sens, sur les origines de la crise de 2008, la Commission du Congrès américain a été instructive.

Créée par le président Obama en 2009 pour enquêter sur les actions illégales ou criminelles de l’industrie financière, elle a interrogé plus de 700 experts. Son rapport, publié en janvier dernier, a conclu que la crise aurait pu être évitée. Il signale des défaillances dans les systèmes au point de vue de la réglementation et la supervision financière du gouvernement et des entreprises, dans les pratiques comptables et d’audit et dans la transparence dans les affaires. La Commission a examiné le rôle direct de certains géants de Wall Street dans le désastre financier, par exemple dans le marché des subprimes, et celui des agences chargées du classement des obligations.

S'il est important de comprendre les différents degrés de responsabilité de chaque acteur de ce drame, ne sont pas admissibles ni le sentiment d’impunité sans « responsables » et ni l’actuelle politique économique de répression que nous subissons tous, à tous les niveaux.

En ce qui concerne certaines des victimes des actuels crimes économiques :

En Espagne, avec 20% de taux de chômage depuis plus de deux ans, le coût humain et économique est monté en flèche. Des milliers de familles en subissent les conséquences pour avoir cru que leurs salaires de « milleuristes » paieraient l’hypothèque. Résultats: 90.000 saisies en 2009 et 180.000 en 2010 avec les expulsions qui suivent. Notez qu’en Espagne, bien que la banque encaisse la vente aux enchères après avoir saisi l’immeuble, l’ancien propriétaire doit encore 80% de la dette à l’organisme bancaire.

En France, il y a 6 millions de chômeurs et 8 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Pour mémoire, en Mars 2011, d’après les statistiques du ministère du Travail français lui-même, 57% des offres d’emplois correspondent à des contrats de travail de moins de 6 mois. Le système est en train de créer encore plus de précarité.

Aux États-Unis, le taux de chômage représente la moitié de celui de l’Espagne, mais suppose environ 26 millions de chômeurs, ce qui signifie une augmentation énorme de la pauvreté dans l’un des pays les plus riches du monde. Selon la Commission sur la crise financière, plus de quatre millions de familles ont perdu leurs maisons, et quatre millions sont en cours d’expulsion. Onze milliards de dollars de «patrimoine familial» ont «disparu» quand leurs actifs ont perdu de la valeur, y compris les maisons, les pensions et l’épargne. Une autre conséquence de la crise est son effet sur ​​les prix des denrées alimentaires et autres produits de base, secteurs auxquels les spéculateurs se déplacent avec leur capital (FED incluse). Le résultat c’est l’inflation et la pauvreté qui augmente.

Dans certains cas notoires comme celui de Madoff, l’auteur est en prison et les poursuites engagées contre lui car ses victimes ont du pouvoir économique. Mais en général, celles et ceux qui ont provoqué la crise, non seulement ont encaissé des bénéfices fabuleux, et ne craignent aucune représailles de quelque nature que ce soit. Personne n’enquête leurs responsabilités ni leurs décisions.

Les gouvernements les protègent et l’appareil judiciaire ne les poursuit pas.

En Europe, il y a un bon exemple actuel qui démontre tout ce que j’ai expliqué auparavant : il s’agit du très célèbre projet « pacte de compétitivité» franco allemand, rebaptisé (avec plus de douceur médiatique) « Pacte pour l’Euro ». S’y référant, l’actuel président du Conseil de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, a récemment déclaré: “Notre but ultime est de créer des emplois.” Il l’a très bien dit d’ailleurs : c’est son dernier objectif, et non pas le premier malheureusement. Avant l’emploi en Europe, il y a l’euro, le mécanisme de sauvetage ou la «gouvernance économique».

Nos technocrates se sont vendus, ou plutôt ont vendu leurs âmes au diable. Ils ont complètement oublié que leur mission principale, à partir du moment où ils acceptent d’être des acteurs politiques démocratiquement élus, est celle de servir leurs peuples respectifs. Par conséquent, en acceptant de fermer les yeux sur les pratiques illégales menées jusqu’en Septembre 2008, de sorte que les responsables commerciaux et/ou bancaires ne soient ni poursuivis ni punis, ces mêmes technocrates se retrouvent maintenant dans une impasse parce qu’ils se sont convertis en complices de ce qui s’est passé et tout ce qui reste à se produire.

Si nous avions des notions claires de ce qu’est un crime économique et s’il existait des mécanismes pour enquêter et poursuivre, on aurait pu éviter beaucoup des problèmes actuels. Ce n’est pas une utopie. L’Islande offre un exemple intéressant. Plutôt que de renflouer les banquiers qui ont ruiné le pays en 2008, le procureur général a ouvert une enquête pénale contre les auteurs. En 2009, le gouvernement tout entier a dû démissionner et le remboursement de la dette bancaire a été bloqué. L’Islande n’a pas socialisé les pertes comme le font de nombreux pays, y compris l’Espagne, mais a accepté que les responsables soient punis et que leurs banques fassent faillite.

De la même manière que les institutions et les procédures ont été créées pour juger les crimes politiques contre l’Humanité, il est l’heure de faire la même chose avec les crimes économiques commis par des institutions (quelles qu’elles soient) et des personnes physiques contre l’Humanité.

Maintenant c’est le bon moment, compte tenu que leur existence est difficile de réfuter. Il est urgent que la notion de «crime économique» soit incorporée dans le discours citoyen et que l’on comprenne toute son importance pour construire une démocratie économique et politique réelle. Au moins, tout cela fera apparaitre le besoin urgent que nous avons de réguler les marchés pour qu’ils soient au service de la société, et non vice versa. »

Source : http://notreplanetebleuechange.wordpress.com/2011/06/04/crimes-economiques-contre-lhumanite/



Mon commentaire (l'antienne d'Étienne) :

Bon, tout ça, c'est bien gentil, mais ça rate encore (lamentablement) LA CAUSE DES CAUSES :


1) Qu'est-ce qui CONDUIT les gouvernements à sauver les banques aux dépens de leurs peuples ? Leur dette électorale, puisque la prétendue Constitution impose aux peuples de seulement désigner leurs maîtres en guise de démocratie, à l'occasion d'un processus ruineux et CORRUPTEUR fallacieusement intitulé "suffrage universel".


2) Qu'est-ce qui PERMET aux gouvernements de sauver les banques aux dépens de leur peuple malgré la colère de ces peuples ? Leur totale irresponsabilité devant le peuple, puisque la prétendue Constitution, au lieu de protéger les citoyens, organise méthodiquement leur totale impuissance politique entre deux élections truquées.


==> Qu'est-ce qui force les peuples à SUBIR d'aussi mauvaises (FAUSSES) "constitutions", toujours et partout ? La mauvaise qualité des processus constituants : L'ÉLECTION DES CONSTITUANTS des Constituants parmi les CANDIDATS PROFESSIONNELS de la politique, ce qui conduit aux pires CONFLITS D'INTÉRÊTS, avec des hommes de pouvoir qui écrivent eux-mêmes les règles supérieures qu'ils devraient craindre (!) et qui organisent DONC très méthodiquement — et très logiquement — la totale impuissance politique des gouvernés.


Cet article intéressant est donc, lui aussi, encore une fois, passé À CÔTÉ de l'essentiel.

Mais on va bien finir par y arriver : la question de la qualité du processus constituant va bien finir par surgir dans le débat public...

On peut rêver.

Étienne.

mercredi 25 janvier 2012

Argent Dette / Louis Even (1962) : La dette publique, une absurdité (22)

Argent Dette / Louis Even (1962) :
La dette publique, une absurdité

Je remercie Nicolas qui vient de me faire connaître (sur facebook) ce DOCUMENT GÉNIAL :

C'est le cours d'économie le plus pétillant, le plus convaincant, le plus ramassé sur l'essentiel et le plus stimulant qu'il m'ait jamais été donné d'entendre ; il faut que je réécoute ça (en rentrant du boulot, tout à l'heure).

Je connais Louis Even et les thèses du Major Douglas (sur le très précieux CRÉDIT SOCIAL) depuis longtemps, je préconise leurs brochures (voir biblio) et j'utilise leurs dessins, mais c'est la première fois que je vois Louis Even en vidéo : il est épatant ce papé !

Merci Nicolas : ça, c'est une très belle GRAINE pour les virus démocratiques de base :o)

À enregistrer chez soi, à dupliquer, et à planter partout autant que nous le pourrons.

Ça urge !

Étienne.

PS : je propose que chacun d'entre nous signale sur ce fil de commentaires les meilleures perles parmi celles publiées par les "bérets blancs" (et il y en a beaucoup).

lundi 23 janvier 2012

LA DETTE, une enquête documentaire sur les traces de l'argent (17)

LA DETTE, une enquête documentaire sur les traces de l'argent

http://www.ladettelefilm.blogspot.com/

Un film en cours de montage, où vous retrouverez (un peu) le père Chouard :-)

Il y a quelques petites ITV sur ce blog.

http://www.ladettelefilm.blogspot.com/

On peut aider ces journalistes indépendants (il n'y en a pas tant que ça en France, il faut protéger l'espèce avant qu'elle ne disparaisse) en préachetant leur DVD, si j'ai bien compris ; un peu comme le font les Mutins de Pangée avec les DVD de Mermet et Chomsky, par exemple : c'est une bonne formule, où les citoyens se forment entre eux — et en payant tout, pour ne surtout pas dépendre des riches. Ça se tient.

Étienne.

Tirage au sort : la démocratie réelle ? (20)

Sur tribords.com, une interview de Paul, ce gentil-virus qui a pensé et réalisé le site le-message.org :

http://www.tribords.com/?tirage-au-sort-democratie-reelle

Tirage au sort : la démocratie réelle ?

La politique, ça vous pique ? Et si on repensait notre manière de voir le pouvoir ?

Tout a commencé par la découverte d'une idée. C'était il y a quelques mois déjà, chez le camarade blogueur Jérôme bien connu dans notre belle blogosphère. Le concept ne date pas d'hier et n'est pas le fruit d'une bande d'illuminés, mais d'une civilisation mythique : il prend ses sources dans l'antiquité grecque qui a fondé la vie politique de sa cité durant 200 ans sur ce modèle ... L'idée c'est le tirage au sort comme moyen politique dans notre société. Dit comme ça, c'est un peu abrupte. Ce n'est pas du tout fait pour ça pourtant ; loin d'une bête provocation pour faire un buzz à l'emporte-pièce, une petite communauté commence à se fédérer sur le web autour de ses idées. Parmi ces citoyens qui veulent maintenant une démocratie réelle, il y a Paul. Il a simplement eu une initiative comme on en fait peu en politique : simplifier le message pour capturer l'attention. Pas au niveau des apparences, des appareils et des postures : des idées. Rencontre avec le créateur du site Le-Message.org : interview !

Qui est Paul, quel est son parcours ?

Vous avez sans doute remarqué qu'il n'est fait mention de moi nulle part sur le site, pas de bio ni même une courte présentation. Alors ce n'est ni une coquetterie ni un secret, je pense juste que cette information n'a aucun intérêt, je vais vous en faire la démonstration immédiatement. Je m'appelle Paul, je suis un citoyen Français en âge de voter depuis une bonne dizaine d'années, je l'ai même fait quelques fois. J'ai fait des études de droit, que j'ai stoppées pour prendre un virage artistique. Je n'ai jamais milité, pas plus en politique qu'ailleurs, comme disait l'autre je suis un citoyen "dégagé" (jusqu'à il y a peu du moins). Et ce dégagement politique s'est confirmé lors de mes années de droit à la FAC pendant lesquelles j'ai instinctivement ressenti l'impuissance citoyenne face à nos si respectables institutions. Reste que je me suis toujours fortement intéressé à l'actualité politique, ce qui pour arranger le tout avait jusqu'ici achevé de me convaincre qu'il n'y avait définitivement rien à faire.

Comment avez-vous découvert le contenu du message ?

Le-message.org est en fait un "résumé" de ce vous pouvez comprendre en lisant et en regardant les conférences d'Étienne Chouard. Il y a quelques mois je n'avais jamais entendu parler de lui, malgré son implication dans le débat sur le référendum sur du Traité Constitutionnel européen en 2005.

Mais au hasard de lectures économiques, je me suis retrouvé devant une vidéo de plus d'1h30, une conférence dans laquelle E.Chouard abordait des problèmes économiques et politiques très concrets en cherchant toujours à en découvrir "la cause des cause", la source commune à ces problèmes. J'ai tenu pendant toute la conférence, passionnante, et j'ai compris que l'impuissance citoyenne que j'avais toujours ressentie, trouvait là une explication limpide.

En gros, quel est le sens du message ? Est-ce un appel ou juste une manière de conscientiser les gens dans l'attente d'un réveil ?

Le site s'appelle Le Message parce qu'il prétend en une phrase donner la clé sans laquelle il n'est pas possible d'agir politiquement. Énormément de gens se battent contre un système qu'ils jugent injuste et tentent de faire entendre leur voix pour changer les choses. Mais toutes ces causes sont finalement en concurrence dans l'espace politico-médiatique, et tout le monde tape dans le même ballon en même temps mais dans des directions différentes. Au final le ballon ne bouge pas. Dire qu'on a trouvé la cause commune de tout ces problèmes (nous ne sommes pas en démocratie, nous ne pouvons donc rien changer), c'est aussi donner la solution du problème : nous devons rétablir une démocratie si nous voulons changer quoi que ce soit.

J'aimerais que ce soit un appel, mais il faudrait crier beaucoup plus fort pour qu'il atteigne suffisamment d’oreilles et de cerveaux. D'autant que vu le nombre d'idées reçues qui sont combattues sur le site, la compréhension du message n'est pas spontanée : par exemple ne serait-ce que d'envisager que l'élection puisse ne pas être une procédure démocratique, cela va tellement à l'encontre de tout ce que l'on a appris et qu'on nous répète en boucle de la crèche au cimetière, que les premières réactions sont forcement défensives. Alors je mise plutôt sur une prise de conscience progressive. Après tout, il y a encore un an j'étais très loin de tout ça, je suis la preuve vivante que comprendre Le Message est une vraie claque, et que ça réveille.

Simplifier pour le web, c'est optimiser la viralité ?

Oui. La raison d'être du message c'est la simplification, et donc une transmission plus facile de l'information. Quand on se retrouve face à la montagne d'informations disponible sur le site d'E. Chouard on se demande par où commencer. Même s'il a créé des pages et des documents pour simplifier le plus possible l'accès aux nouveaux venus, les thèmes sont si riches que le visiteur un peu frileux pourrait renoncer par peur de l'indigestion. Le-message c'est donc le menu light, simplifié, avec tous les défauts que peut avoir la simplification, mais ses avantages aussi. Le but n'est pas de faire changer d'avis ceux qui sont de toute façon opposés à ces idées, ni de prêcher des convaincus, mais d'attraper au passage la curiosité d'un lecteur qui ne s'était peut être jamais posé la question, et avait machinalement pensé comme il faut. C'est ce lecteur là qui est intéressant, et c'est pour lui que j'ai essayé de doser le niveau de complexité du site.

Un des principes phares du tirage au sort c'est que le pouvoir est limité dans le temps. Comment garantir une cohérence dans les décisions à long terme si il n'y a pas de classe et d'idéologie qui domine quelque peu ?

Une bonne constitution démocratique limite les mandats dans le temps car elle organise les contre-pouvoirs, pas les pouvoirs. Le pouvoir est dangereux, le confier trop longtemps et toujours aux mêmes implique mécaniquement l'abus de pouvoir.

Nos institutions actuelles ont donc effectivement permis la domination d'une classe et d'une idéologie : pas la peine d'en décrire ici les conséquences, le résultat est tout simplement catastrophique, à part pour la classe dominante, logique. La seule cohérence pendant deux siècles d'élection a finalement été le pouvoir des plus riches et je suis prêt à sacrifier cette cohérence là à toutes les incohérences que la démocratie pourrait potentiellement impliquer. L'idéologie qui est portée par la démocratie c'est la démocratie elle même : un pouvoir à l'image du peuple qui le crée, pas d'une classe. Bien évidemment la première qualité de ce pouvoir sera de savoir dire : je me suis trompé, mauvaise décision, on change. Et alors ? Quelle catastrophe subirions nous à changer d'avis, plutôt qu'à se tromper une fois pour toutes et pour toujours ?

Quand vous parlez de ce concept hautement politique avec votre entourage, ça grince des dents ?

Déjà ça prend du temps, les réflexes conditionnés par des dizaines d'années de mauvaises informations sont longs à combattre. Et oui, ça grince des dents au départ, mais finalement une fois que j'ai eu le temps d'exposer mon raisonnement, de répondre aux objections (toujours les mêmes) la discussion se termine souvent par une question essentielle qui conclut le débat : soit vous êtes pour la démocratie, et donc contre la fausse-démocratie actuelle, soit pour une oligarchie et donc fondamentalement opposé à l'idée du message. Mais l'essentiel pour moi est qu'à la fin de la discussion, d'accord où pas, on puisse se parler avec des mots dont on ne détourne plus le sens : "démocratie" veut dire quelque chose de bien précis, il faut arrêter d'utiliser ce mot pour décrire l'oligarchie dans laquelle nous vivons. Si déjà rien que cette idée là faisait son chemin dans les consciences, les conséquences seraient énormes. Les mots font tout en la matière, ce n'est pas pour rien que le mot démocratie a été réquisitionné et travesti pour lui faire dire l'inverse de son sens originel.

Un homme comme Jean-Luc Mélenchon avec son programme instaurant une constituante, cela vous semble une idée qui puisse mettre en perspective la démocratie réelle ?

Une constituante certes, mais avec qui dedans ? C'est toute la question. Le mécanisme de l'élection est impitoyable pour la démocratie, remettre à nouveau les clés de la Constitution à des élus, c'est mécaniquement créer une constitution pour des élus, rebelote. Ce n'est pas aux hommes de pouvoir d'écrire les règles du pouvoir, le conflit d'intérêt est flagrant.

Il ne s'agit pas de dire que nos élus sont malhonnêtes, simplement de leur signifier qu'en cette matière ils ne peuvent pas juger sereinement, on récuse bien des juges où des jurés quand un conflit de cette nature se produit au tribunal. La constituante doit donc être composée de citoyens désintéressés, c'est impératif. L'élection ne le permet pas, le tirage au sort le permet.

Selon vous, pourquoi les gens ne veulent pas tant que ça du pouvoir ?

Un détail : si les gens se préoccupaient si peu du pouvoir se donnerait-on le mal de leur faire croire qu'ils sont en démocratie, et donc qu'ils ont le pouvoir ?

Dans les faits il est certain que la plupart des gens se contentent de leur droit de vote comme exercice suffisant de leur "pouvoir" de citoyen. Mais comment les en blâmer vu qu'ils n'ont strictement aucune autre perspective d'action politique. Devenir un vrai citoyen, ça s'apprend, ça se comprend, ça s'exerce. Mais dans notre oligarchie les institutions nous disent : ne vous embêtez pas avec le pouvoir, vos représentants s'occupent de tout. La déresponsabilisation est manifeste, elle est organisée car nécessaire à la bonne marche de l'oligarchie.

Mais en vérité ce n'est pas tant le pouvoir qui importe car il n'intéresse de fait qu'une minorité de gens qui ont un désir suspect de domination, et il est méprisé par les autres qui ont autre chose à faire que de s'occuper de diriger leurs congénères (lire à ce sujet Alain, "Propos sur les pouvoirs", il le dit tellement mieux que ça...). La seule préoccupation des gens devrait en fait être les contre-pouvoirs : nous acceptons puisqu'il le faut de confier un peu de pouvoir à certains mais à condition qu'ils servent l'intérêt général. Si nos serviteurs devaient nous trahir, les contre-pouvoirs prévus par nos institutions devraient nous permettre de nous défendre et de les punir. Rien que cette menace devrait suffire à limiter la tentation d'abuser du pouvoir.

La dictature du divertissement médiatique permanent est un frein à la diffusion de votre message...

Un frein énorme. Et comment rentrer dans le jeu des médias alors qu'on veut en changer toutes les règles ? Les défenses immunitaires des grands médias sont très efficaces pour ridiculiser, démonter, diaboliser et pire ignorer les idées qui ne rentrent pas dans le cadre. Il y aurait la solution de trouver une figure médiatique récurrente pour incarner le message, ce pourrait être très logiquement Étienne Chouard par exemple car il existe déjà médiatiquement. Mais son honnêteté intellectuelle est un handicap terrible dans le débat médiatique. Presque autant que ses idées à contre courant. Et quand bien même, que vaudront dans les esprits 10 minutes d'Étienne Chouard et ses idées nouvelles face à des contradicteurs qui auront à leur service les millions d'heures de lavage de cerveau produits et diffusés depuis 50 ans et qui trimballent tous d'une seule voix les mêmes contre-vérités.

Alors quoi ? Du happening ? Des coups médiatiques ? Avec quels moyens et à quel prix ? Je conçois que ce que je dis là semble particulièrement défaitiste mais il me semble clair que le changement de système devra prendre sa source hors du système. Il est compliqué de le concevoir autrement. Internet est une fenêtre efficace pour la diffusion d'une idée, c'est comme ça que j'ai compris, et c'est comme ça que d'autres comprendront.

Comment les internautes peuvent-t-ils vous aider ?

Très logiquement en diffusant l'adresse du site, en s'appropriant son contenu, en en faisant tout ce qu'il est possible d'en faire : sons, vidéos, images... en débattant, mais pas seulement entre vous (ou alors au début pour s'entraîner). Le message doit sortir du petit cercle des militants et des internautes et toucher le grand public, ça se fera un par un, mais si quelques convaincus se mettent à convaincre à leur tour, et ainsi de suite... Le message passera :)

Ah si ! J'ai une idée : corrompre les élites à mon tour. Si un gagnant à l'euromillion par exemple veut bien me filer quelques dizaines de millions d'euros, je m'en servirai pour acheter quelques élus, ministres, journalistes, éditorialistes etc. qui devront progressivement faire passer mes idées dans la sphère médiatique. C'est pas joli joli mais après tout, s'il n'y a que ça pour les convaincre... Alors, un richissime volontaire à qui j'envoie mon RIB ?

Merci à vous de votre intérêt pour Le-Message.org !

Source : http://www.tribords.com/?tirage-au-sort-democratie-reelle

Eh bien, voilà du bon travail, par un bon virus (gentil) !

Je crois que les Indignés ont besoin de cette idée centrale. L'élection est une CAGE politique. Comprendre ce qui fait la force d'une vraie démocratie (le tirage au sort comme poison contre tous les voleurs de pouvoir), c'est (enfin) s'en prendre à la porte de la cage (au lieu de tambouriner inutilement chacun sur son morceau de mur de cage) : et cette porte n'est même pas fermée à clef, il suffit de la pousser.

Étienne.

Appel des Indignés de Paris pour lancer une constituante (4)

Appel des Indignés de Paris
pour lancer une constituante

Ça germe un peu partout...
Je trouve ça assez émouvant.

Si vous avez connaissance de bourgeons liés à cette première pousse, pouvez-vous les signaler ici, s'il vous plaît ?

Mille mercis à tous les jeunes virus en pleine forme :)

Étienne.

dimanche 22 janvier 2012

Le monde financier serait-il dirigé par des psychopathes, SANS VERGOGNE ? (38)

Le monde financier serait-il dirigé par des psychopathes, SANS VERGOGNE ?

- Je vous signale d'abord un article intéressant, qui nous vient de Belgique,
- et qui m'inspire un important souvenir de lecture que je vous signalerai juste après :

Les personnages clés seraient-ils des psychopathes ?

Selon un ancien professeur anglais, cela pourrait expliquer la crise que connait actuellement le monde.

Alors qu’on annonce que 2012 sera (encore) l’année de la crise de la dette, de l’austérité, bref de la crise économique et financière, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le système financier, les marchés qui dirigent le monde. Des marchés souvent accusés de ne pas tenir compte des humains qu’ils broient. C’est ce qui fait dire à Clive R. Boddy, professeur à l’université de Nottingham, que beaucoup des hauts responsables financiers seraient en fait des psychopathes.

Selon ce professeur, cité par Bloomberg, les psychopathes sont des personnes "manquant de conscience, ne ressentant que peu d’émotions et incapables de ressentir sentiments, sympathie ou empathie pour les autres". Ces personnes se montrent plus froides et calculatrices que les autres et "représentent donc une menace pour les entreprises et la société".

Mais comment des personnes avec un tel profil psychologique ont-elles pu atteindre des postes si élevés ? Selon Clive Boddy, cela est imputable au monde actuel et à l’organisation des entreprises, avec un personnel qui bouge tout le temps, passe de sociétés en sociétés. Cela permet aux psychopathes de passer inaperçus et de monter rapidement, pouvant même apparaître comme de bons leaders là où, à une autre époque, ils auraient été vite repérés pour leur égocentrisme et leur manque d’éthique.

C’est l’ascension de ce type de profils dans des entreprises financières qui aurait causé la crise, selon le professeur. Car à des postes-clé, ces psychopathes sont dirigés par leur volonté de s’enrichir et de progresser, au détriment de toute responsabilité sociale. Peu importe, pour eux, les dégâts causés.

Ce n’est pas la première fois que des scientifiques mettent en avant le comportement dangereux des employés du monde de la finance. Ainsi, en septembre, une étude suisse affirmait que certains traders avaient des comportements plus dangereux que les psychopathes. 28 d’entre eux avaient été soumis à des tests psychologiques et les résultats avaient été comparés à ceux de 24 psychopathes hospitalisés dans des établissements sécurisés en Allemagne. Il en ressortait que dans un contexte de compétition, les traders étaient prêts à tout pour prendre l’avantage sur leurs concurrents. "Il s'est avéré qu'ils ont eu un comportement plus égocentrique et ont été plus enclins à prendre des risques que le groupe de psychopathes qui ont été soumis aux mêmes tests", expliquait l’un des chercheurs au Spiegel.

J.C.

Source : http://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-monde-financier-serait-il-dirige-par-des-psychopathes?id=7340243


Cette folie, cette húbris (démesure), redoutée (et sévèrement punie) par les Grecs anciens, me fait penser à une précieuse information dénichée au creux d'un de mes livres que j'ai toujours en poche, près de moi — LE CONCEPT FONDAMENTAL DE VERGOGNE.

Je soumets donc ce passage annoté de PLATON à votre réflexion :

Extraits du livre de Bruno Bernardi, "La démocratie", p. 56 :


D'abord, une explication liminaire (très importante) de Bruno Bernardi,
pour bien comprendre le mot VERGOGNE, utilisé dans l'extrait de Platon :

« La traductrice a retenu le terme vergogne, assez archaïsant, pour rendre le grec aidos. Elle consacre une notice à cette notion qui pourrait être définie comme la prise en compte, dans le comportement d'un individu, de l'idée de soi qu'il donnera à autrui. »

Je trouve que faire de ce trait de caractère —largement méconnu aujourd'hui— un FONDEMENT CENTRAL de toute démocratie digne de ce nom est stimulant pour l'esprit. Ça se médite, je trouve.

Mais lisez plutôt ce passage passionnant de Platon pour décrire l'importance vitale de la vergogne dans un régime qui présuppose l'égalité POLITIQUE générale et donne la parole à tout le monde :

PLATON (Protagoras, 322b-323a) :

« Mais à chaque fois qu'ils étaient rassemblés, ils se comportaient d'une manière injuste les uns envers les autres, parce qu'ils ne possédaient pas l'art politique, de sorte que, toujours, ils se dispersaient à nouveau et périssaient. Aussi Zeus, de peur que notre espèce n'en vînt à périr tout entière, envoie Hermès apporter à l'humanité la Vergogne et la Justice, pour constituer l'ordre des cités et les liens d'amitié qui rassemblent les hommes. Hermès demande alors à Zeus de quelle façon il doit faire don aux hommes de la Justice et de la Vergogne : « Dois-je les répartir de la manière dont les arts l'ont été ? Leur répartition a été opérée comme suit : un seul homme qui possède l'art de la médecine suffit pour un grand nombre de profanes, et il en est de même pour les autres artisans. Dois-je répartir ainsi la Justice et la Vergogne entre les hommes, ou dois-je les répartir entre tous ? » Zeus répondit : « Répartis-les entre tous, et que tous y prennent part ; car il ne pourrait y avoir de cités, si seul un petit nombre d'hommes y prenaient part, comme c'est le cas pour les autres arts ; et instaure en mon nom la loi suivante : qu'on mette à mort, comme un fléau de la cité, l'homme qui se montre incapable de prendre part à la Vergogne et à la Justice. »

C'est ainsi, Socrate, et c'est pour ces raisons, que les Athéniens comme tous les autres hommes, lorsque la discussion porte sur l'excellence en matière d'architecture ou de n'importe quel autre métier, ne reconnaissent qu'à peu de gens le droit de participer au conseil, et ne tolèrent pas, comme tu le dis, que quelqu'un tente d'y participer sans faire partie de ce petit nombre ; ce qui est tout à fait normal, comme je le dis, moi ; lorsqu'en revanche, il s'agit de chercher conseil en matière d'excellence POLITIQUE, chose qui exige toujours sagesse et justice, il est tout à fait normal qu'ils acceptent que TOUT homme prenne la parole, puisqu'il convient à chacun de prendre part à cette excellence — sinon, il n'y aurait pas de cités. Voilà donc, Socrate, la cause de ce fait. »

Source : Platon, Protagoras, 322b-323a, trad. F. Ildefonse, Paris, GF-Flammarion, 1997, p. 86-87. cité par Bruno Bernardi, dans son EXCELLENT florilège intitulé simplement "La démocratie"


Étonnant, non ?

Vous imaginez une Constitution moderne qui proclamerait en préambule : "qu'on mette [au ban], comme un fléau de la cité, l'homme qui se montre incapable de prendre part à la Vergogne et à la Justice." ?

Au plaisir de vous lire.

Étienne.

mercredi 18 janvier 2012

Réveil mondial des 99% (11)

Réveil mondial des 99% :
LA DÉMOCRATIE — FORCÉMENT DIRECTE —
doit être défendue, quotidiennement et personnellement,
par chaque citoyen digne de ce nom.
LE MOMENT EST VENU :



Formidable Frédéric Lordon : « la chose que, par charité,
nous persistons à nommer "démocratie représentative"
est morte et bien morte ! »



"Leur dette, notre démocratie" : Frédéric Lordon







Et une troisième vidéo stimulante,
pour comprendre l'évidente escroquerie de l'oxymore "démocratie représentative",
l'excellente parabole de la cité des souris :



Si les ÉLECTEURS-enfants-passifs se métamorphosent enfin en CITOYENS-adultes-actifs,
s'ils cessent de se résigner à seulement élire leurs maîtres (parmi des gens qu'ils n'ont jamais choisis),
et s'ils exigent enfin de voter eux-mêmes leurs lois — à commencer par la plus importante : LA CONSTITUTION —,
on va peut-être éviter la catastrophe.

Mais ça urge.

Étienne.

vendredi 13 janvier 2012

Les noms des gredins privés qui tiennent les rênes de la dette publique, comme on tient la bride d'un cheval dressé (128)

• D'abord, un article intéressant :
La dette de la France, un secret bancaire ?

relayé sur un site dont je trouve le slogan fort sympathique :
"Les moutons enragés : Les moutons en ont marre, ils s'informent !"


http://lesmoutonsenrages.fr/2012/01/12/la-dette-de-la-france-un-secret-bancaire/

La dette de la France, un secret bancaire ?


« Je m’étais posé la question, l’ai posé autour de moi, sur le forum, ai effectué des recherches, et aucune véritable réponse n’avait été trouvée. Et voici donc un élément de réponse, déjà très très instructif, pour ENFIN en savoir un peu plus sur la dette française et ses « propriétaires ».

Qui détient la dette de la France ? Cette question, chaque contribuable français est en droit de se la poser. Ses impôts ne servent-ils pas à payer en partie les intérêts de la dette ? Or, si l’on dispose des quelques informations générales, savoir en détail qui détient les créances françaises et pour quel montant relève du secret extrêmement bien gardé. L’opacité est totale et couverte par la loi. Enquête.

1 317 milliards d’euros. Tel est le montant, fin 2011, de la dette de l’État français. Qui sont ses créanciers ? La dette est-elle concentrée entre quelques richissimes mains ? Ou répartie entre une multitude de petits épargnants, du détenteur d’une assurance vie en Picardie au retraité du Minnesota qui vit des dividendes versés par son fonds de pension ? Les prêteurs sont-ils des spéculateurs, prêts à tout pour faire monter les taux d’intérêt, ou des investisseurs tranquilles ?

« Le savoir permettrait de mesurer les conséquences potentielles d’un défaut de paiement, même partiel. Et de ne pas se retrouver dans une situation de spoliation de petits épargnants », explique Thomas Coutrot, économiste et coprésident d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne). Les banques européennes, et françaises, qui ont bénéficié avant Noël d’un beau cadeau de la Banque centrale européenne – un prêt à 1 % sur plus de 450 milliards d’euros – pour les inciter à acheter de la dette européenne, jouent-elles le jeu ? Pour tenter de répondre à toutes ces questions, il faut suivre le parcours d’un bon ou d’une obligation du Trésor.


42,5 milliards d’euros d’intérêts versés à des inconnus ?

Pour se financer, l’État émet des titres financiers que des investisseurs achètent. Plusieurs types de titres, avec chacun leur échéance et leur taux d’intérêt, sont régulièrement proposés à la vente [1]. C’est l’Agence France Trésor (AFT) qui gère leur mise aux enchères (adjudication). Vingt grandes banques agréées, les « spécialistes en valeur du Trésor » (« SVT », de BNP Paribas à Goldman Sachs, en passant par Natixis, la Deutsche Bank ou la Société générale), sont chargées de les écouler sur les marchés financiers. Elles savent donc à qui elles revendent éventuellement ces titres. Ensuite, obligations et bons du Trésor circulent sur les marchés, mais son détenteur final perçoit chaque année ses intérêts. Ceux-ci totalisaient 42,5 milliards d’euros – la charge de la dette – en 2010. En théorie, on devrait donc savoir à qui ils sont versés.

Sur le site de l’AFT, le citoyen curieux apprend juste que 66 % des détenteurs de la dette sont des « non-résidents ». « En gros, un tiers de la dette est détenu par des investisseurs français, un tiers au sein de la zone euro, et un tiers à l’étranger, en dehors de la zone euro », précise Tân Le Quang, responsable de la communication au sein de l’agence. Problème : « Les non-résidents peuvent être de faux non-résidents, des Français détenteurs d’un portefeuille d’obligations via un paradis fiscal », objecte Michel Husson, de l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires). « Un investisseur saoudien, qui détient de la dette française car il a investi dans un fonds d’investissement à Londres, est comptabilisé comme un investisseur britannique », complète Patrick Artus, économiste à la banque Natixis [2] « Les trois plus gros détenteurs de la dette française sont le Luxembourg, les îles Caïmans et le Royaume-Uni », lance-t-il. Les Îles Caïmans, un paradis fiscal des Caraïbes autant peuplé que Châteauroux (44 000 âmes), pourrait donc ainsi faire basculer le destin des Français ?


La dette, un secret d’État ?

Les enquêtes réalisées par l’Agence France Trésor auprès de ses vingt banques partenaires permettent d’en savoir un peu plus sur les gros acheteurs : principalement des banques centrales, des fonds souverains, des assureurs, des banques commerciales et des fonds de pension. Ce que confirme la base de données financières eMAXX, mise en place par Thomson et l’agence de presse Reuters, qui publient régulièrement la liste« des 50 plus gros détenteurs de dette souveraine française » (hors banques centrales). Nous y retrouvons des assureurs (Axa, Allianz…), des mutuelles (MMA, MAAF, Groupama…), des banques (BNP-Paribas, La Banque postale, ING…) et une multitude de fonds d’investissement, principalement européens. Nous n’en saurons pas davantage : « Ce sont les banques qui voient les flux, pas nous. Les investisseurs en dette souveraine n’ont pas l’obligation de dévoiler leur position », confie Tân Le Quang. Mais pourquoi est-il impossible de savoir qui détient quoi et combien ?

C’est pourtant simple : cette absence de transparence est inscrite dans la loi. « Les textes actuellement en vigueur [3] n’autorisent les conservateurs d’instruments financiers (…) à communiquer aux émetteurs la liste de leurs détenteurs finaux qu’aux seuls émetteurs d’actions, de bons de souscription d’actions ou d’instruments de taux donnant immédiatement ou à terme accès au capital. Par conséquent, l’Agence France Trésor (AFT) ne peut pas identifier précisément les détenteurs [des obligations et bons du Trésor] », répond, en 2010, le ministère de l’Économie et des Finances à un sénateur trop curieux. Traduction : si les entreprises ont le droit de savoir qui sont leurs actionnaires, il est interdit à l’État français de connaître ses créanciers. La dette, un secret bancaire ?


Opacité généralisée

Face à cette opacité, « nous soupçonnons une extrême concentration, confie Thomas Coutrot. On pourrait très bien disposer d’informations statistiques sur la concentration des portefeuilles et la nature de ceux qui les détiennent ». Des chercheurs suisses ont récemment révélé que 147 multinationales, tout en se contrôlant elles-mêmes, possèdent 40 % de la valeur économique et financière des dizaines de milliers de multinationales du monde entier (lire notre article). Il serait étonnant qu’il n’en soit pas ainsi pour les dettes souveraines. Selon les données présentées par la Banque des règlements internationaux (BRI), un organisme géré par 58 banques centrales nationales, les banques étrangères possédaient en juin dernier 13 % de la dette de l’État français. Soit 176 milliards d’euros, dont plus des deux tiers sont entre les mains de banques britanniques, japonaises, allemandes, états-uniennes et suisses. Mais il ne s’agit que d’un euro sur dix empruntés.

Il est pourtant tout à fait possible, en théorie, d’en savoir plus. C’est la société Euroclear France [4], un organisme boursier privé, qui est « le dépositaire central des titres français ». Elle sert d’intermédiaire entre la Banque de France et les détenteurs de titres du Trésor pour leur verser leurs intérêts ou leur pécule quand l’emprunt arrive à échéance. Un peu comme la chambre de compensation Clearstream sert, au Luxembourg, de « péage » entre les transactions financières. Euroclear France sait donc parfaitement qui détient combien à quel moment. Mais la loi l’autorise à ne pas rendre publiques ces données. Pourtant, ce sont bien les citoyens qui paient la charge de la dette. »

Ivan du Roy

Photo : Dan Simpson

_________

Notes :

[1] Leur échéance de remboursement s’étale d’un à cinquante ans. Leur taux varie entre 1 % et 4 %. Plus l’échéance de remboursement est lointaine, plus le taux est élevé.

[2] Le Monde du 23 juin 2011.

[3] Notamment l’article L. 228-2 du code de commerce, décret d’application n° 2002-803 du 3 mai 2002 publié au Journal officiel du 5 mai 2002, et l’article L. 212-4 du code monétaire et financier relatif à la nominativité obligatoire

[4] Ancienne Société interprofessionnelle pour la compensation des valeurs mobilières (Sicovam).

Source: Bastamag.net : http://www.bastamag.net/article2041.html


Et voici la liste sur les 50 plus gros détenteurs de la dette française suivant Reuters.
Au fait, à la 49ème place, est-ce de la paranoïa ou je lis bien le nom de la grande banque JP Morgan ?

PARIS, 28 décembre (Reuters) - Voici une liste des 50 plus gros
détenteurs de dette souveraine française, selon les données Thomson Reuters
eMAXX.

Cette liste ne comprend pas les institutions comme les banques centrales,
qui n'ont pas à signaler leur portefeuille aux régulateurs.

Société Pays

1 AXA Investment Managers Paris France

2 Allianz Global Investors France SA France

3 MMA Finance France

4 CM-CIC Asset Management France

5 BNP Paribas Asset Management SAS France

6 CNP Assurances France

7 Amundi France

8 Covéa Finance SAS France

9 Matmut France

10 AEGON Investment Management B.V. Pays-Bas
11 Fideuram Asset Management Irlande
12 Pioneer Investment Management Irlande
13 Groupama Asset Management France
14 Pacific Investment Management Co. Etats-Unis
15 Suravenir France
16 Natixis Assurances France
17 Swiss Life (France) France
18 MAAF France
19 Natixis Asset Management France
20 Eurizon Capital SA Luxembourg
21 UBS Global Asset Management Suisse
22 Standard Life Investments Ltd Royaume-Uni
23 MACSF France
24 Lyxor Asset Management France
25 Crédit Suisse Asset Management Suisse
26 State Street Global Advisors UK Ltd Royaume-Uni
27 Monceau Assurances France
28 BNP Paribas Investment Partners Royaume-Uni
29 Union Investment Privatfonds GmbH Allemagne
30 BlackRock Global Investors Royaume-Uni
31 Malakoff Médéric France
32 Dexia Asset Management Belgium SA Belgique
33 Scottish Widows Investment Royaume-Uni

Partnership
34 La Banque Postale Asset Management France
35 ING Investment Management B.V. Pays-Bas
36 ING Investment Management Belgium Belgique
37 Kokusai Asset Management Co Ltd Japon
38 Pioneer Investments Austria GmbH Autriche
39 MACIF Gestion France
40 ERSTE-SPARINVEST Autriche
41 Deka Investment GmbH Allemagne
42 Vanguard Group Inc, The Etats-Unis
43 DWS Investment GmbH Allemagne
44 La Française des Placements France

Investissements
45 Legal & General Asset Management France

(France)
46 Insight Investment Management Royaume-Uni
47 Halbis Capital Management (France) France
48 KBC Asset Management SA (Luxembourg) Luxembourg
49 JPMorgan Asset Management (UK) Ltd Royaume-Uni
50 BNP Paribas Luxembourg SA Luxembourg

(Leigh Thomas, Jean-Baptiste Vey pour le service français)

Source: Reuters



• Ensuite, je rappelle que Nicolas Dupont-Aignan a récemment dénoncé (dans un silence médiatique remarquable) le SCANDALE ABSOLU de la prétendue "Agence" «France Trésor», où règnent les pires conflits d'intérêts : nous sommes entre les griffes de canailles en costard, parvenues au plus haut niveau de l'État.

Et c'est dans cette épreuve que nous allons vérifier que nous n'avons pas de Constitution, puisqu'une Constitution digne de ce nom permettrait précisément au peuple mécontent de se débarrasser de ses mauvais représentants.

Je vous propose de lire ici le chapitre 5 du dernier livre de NDA :



"L'euro, les banquiers et la mondialisation : l'arnaque du siècle" (avril 2011).

Extrait :

CHAPITRE 5 : L'AFFAIRE FRANCE TRÉSOR


« Vous connaissez le scandale Mediator? Voici le scandale « France trésor » !
Même silence coupable, mêmes conflits d'intérêts, mêmes conséquences dramatiques.
Comme le Mediator, le système euro est un médicament qui tue ceux qu'il prétend soigner.
Comme le Mediator, ceux qui autorisent et évaluent sont aussi ceux qui profitent.
Comme le Mediator, les puissances d'argent et les autorités censées les réguler se tiennent par la main, puis se renvoient mutuellement la responsabilité.
Comme le Mediator, tout le monde savait depuis longtemps mais laissait faire et se taisait. Jusqu'au jour où il fut impossible de cacher le nombre des victimes.

Jusqu'au jour où un survivant put enfin parler, au nom de ceux, trop nombreux, qui avaient disparu.

Si, comme on l'a montré, il n'y a que des gagnants à l'abandon de l'euro, pourquoi dure-t-il encore? Certains auraient-ils quelque chose à perdre de la fin de l'euro? Voici l'enquête.

Tout commence en 1972. Nous sommes le 22 décembre, Noël approche. Dehors, il fait froid, mais les rues de Paris sont encore pleines de gens pressés qui s'activent à la recherche du dernier cadeau à mettre sous le sapin. On quitte le travail plus tôt que d'habitude, car le cœur est plus à la famille et à la fête, qu'au bureau et aux rapports... Et pourtant, en passant devant le ministère de l'Économie, on aperçoit encore, là-haut, tard dans la nuit, une lumière allumée dans le bureau du ministre... C'est, à l'époque, Valéry Giscard d'Estaing. Pourquoi donc ne fait-il pas comme tout le monde ? Sans doute règle-t-il une affaire importante, dans l'intérêt de la France, et qui ne peut attendre...

La vérité, on ne la connaîtra que le 2 janvier 1973 : ce jour-là, on apprend la promulgation de la fameuse loi signée quelques jours plus tôt par le sinistre ministre: il sera désormais interdit à l'État de créer de la monnaie pour financer sa dette ou ses investissements ! Voilà donc ce qui se trame, dans le dos des peuples et sous les ors de la République, à la veille de Noël ! L'abandon de la France, de l'État et de ses pouvoirs régaliens mérite-t-il un si grand empressement ?

« Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France. » (article 25 de la loi dite « Loi de 1973 ») Avant 1973, lorsque l'État français avait besoin de trésorerie, il demandait à sa banque - la Banque de France - de le financer. En échange d'une reconnaissance de dette, la banque lui prêtait la monnaie demandée, en la créant instantanément. C'est ce qu'on appelait « créer de la monnaie »: injecter dans l'économie les moyens nécessaires pour faire face à de nouveaux besoins et pour investir. Et favoriser ainsi, par la création de monnaie, la création de richesses. Giscard voulait-il prendre une revanche sur de Gaulle et sa politique, basée justement sur les grands programmes d'investissements financés grâce à la politique monétaire volontariste de la création de monnaie ? « Achat à crédit! Spéculation! », contrediront certains. Et pourtant: cette solution, celle de l'émission monétaire directe par la Banque de France, ne vaut-elle pas mieux - quand elle est gérée sans excès pour éviter un surcroît d'inflation - que de la confier à des banques privées? Notre célèbre et unique Nobel de l'économie français, Maurice Allais, ne disait pas autre chose quand il écrivait: « Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les faux droits, résultant actuellement de la création de monnaie bancaire », c'est-à-dire par les banques privées. Cette injection de monnaie par la Banque de France, propriété à 100 % de la nation, évite du même coup de payer des intérêts. Un avantage que toute personne qui bénéficie d'un prêt saura apprécier...

Et pourtant, ce système de dépossession que la France s'était imposé, cette liberté dont elle s'était aliénée, le traité de Maastricht les figea, enfermant plus encore la France dans les chaînes qu'elle s'était elle-même imposées:

Au cœur de l'euro et des traités européens, il y a l'article 123 du traité de Lisbonne, abusivement dit simplifié, et anciennement article 104 dans le traité de Maastricht, qui interdit à la Banque centrale européenne comme à ses succursales nationales de prêter directement aux États et à leurs émanations.

« Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées "banques centrales nationales", d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l'Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l'acquisition directe, auprès d'eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. » (!)

Cette interdiction signifie en clair que la France est maintenant obligée de financer sur les marchés financiers et par les banques privées, qui plus est en payant des intérêts, les besoins qu'elle ne peut plus couvrir par des recettes budgétaires, y compris pour les investissements qui profiteront aux générations futures. Ce système entraîne un véritable scandale : les banques privées empruntent auprès de la Banque centrale européenne à des taux dérisoires et prêtent cet argent aux États à des taux prohibitifs, tout en les appelant au secours dès que leurs bêtises en bourse menacent de les mettre sur la paille. À ce sujet, l'économiste Jacques Sapir s'interroge: « Pourquoi la Banque centrale européenne prête-t-elle à 1 % aux banques, alors que le gouvernement doit emprunter à 3,50 %? », sans parler des prêts à 6 ou 7 % pour des pays du Sud de l'Europe. Les montants sont colossaux: pour 100 milliards empruntés sur 20 ans à 3 %, le pays doit rembourser 180 milliards. Ce sont ainsi les banques privées qui détiennent le gros des dettes souveraines des États européens en difficulté et qui font pression pour qu'il n'y ait pas de restructuration de ces dernières, synonymes pour elles de pertes sèches, comme on l'a vu avec la Grèce. Ce sont elles qui ont inspiré les plans de sauvetage qui consistent tout simplement à « refiler » aux États, c'est-à-dire aux contribuables, leurs créances non fiables.

Et ailleurs, est-ce aussi ce choix soi-disant raisonnable qui a été fait? Non. Nulle part.

Des pays comme les États-Unis, ou la Grande-Bretagne n'hésitent pas à se servir de cette possibilité dès que les besoins de leur économie le nécessitent. Alors pourquoi pas nous? Nouveaux choix stratégiques? Meilleures solutions économiques ? Rien de cela. Ce serait oublier que la France ne maîtrise plus sa monnaie, ni par conséquent sa politique économique. Non, ce qui empêche aujourd'hui cette option, c'est une interdiction pure et simple comme l'Europe les aime tant, et la France avec elle.

Ce mécanisme cynique est à la fois le signe d'une Europe dogmatique et d'une Europe qui a ses pauvres mais aussi ses riches; ses victimes mais aussi ses profiteurs.

Alors que les Français subissent la hausse du chômage ou la hausse des tarifs de l'électricité, liés à une autre réforme européenne scandaleuse, ce n'est pas la crise pour tout le monde! Ainsi, les chiffres publiés par les deux plus grandes banques françaises sont proprement incroyables! Pour le premier semestre 2010, la BNP a dégagé un résultat net de 4,4 milliards d'euros, et une marge nette après impôt de près de 20 % ! Du côté de la Société Générale, les profits ont tout simplement triplé ! Le secteur bancaire se remet décidément bien de la crise!

Contraints de nous tourner vers les banques privées et les marchés financiers, nous payons ainsi chaque semaine 1 milliard d'euros d'intérêts - plus de 50 milliards d'euros par an - à des investisseurs privés, soit 2 600 euros par foyer fiscal imposable. Le tout, sans parvenir à rembourser le moindre centime de capital emprunté ! C'est maintenant plus que l'impôt sur le revenu perçu en France et c'est autant de financement qui disparaît des capacités d'action de l'État et des administrations publiques.

Et voici comment ce qui devait être un cercle vertueux se transforme en cycle infernal. Bien évidemment, nous devons réduire notre endettement. Bien évidemment, nous devons maîtriser nos dépenses publiques. Bien évidemment, nous devons réformer nos structures publiques. Mais, sous prétexte de décisions prétendument courageuses, on finit par consentir à des réformes inadaptées et disproportionnées et sans en tirer aucun bénéfice! À force de ne pas réformer ce qui doit l'être - notre dépendance à l'euro -, on prend le risque de réformer à l'excès tout le reste ! Jusqu'où ira-t-on? 100000 fonctionnaires en moins depuis 2007 ! 30000 professeurs en moins dans les lycées, 10000 fonctionnaires en moins dans la police... Tous les jours, à la mairie, je vois passer dans mon bureau le policier privé de moyen, la mère d'élève qui se demande si son fils aura un professeur devant lui à la rentrée prochaine... Santé, police, école: faut-il tout détricoter de nos services publics ? Si, à un moment, il y a eu des excès de recrutements, aujourd'hui c'est le cœur de notre pays lui-même qui est atteint, c'est l'État qui s'affaiblit et on entame l'avenir de la nation. Et enfin, faut-il tout sacrifier aux banques? Des banques dont nous devons payer les intérêts d'emprunts exorbitants! Faut-il le rappeler? Sans ses intérêts mirobolants, la dette de la France serait déjà entièrement épongée...

Ces profits sidérants démontrent plusieurs choses. D'abord, que le ralentissement économique ne semble pas avoir d'impact sur les banques, mais qu'il aurait presque au contraire pour elles des allures d'aubaine. Comme un rentier qui viendrait prélever sa dîme sur un débiteur le suppliant de lui laisser juste ce qu'il faut pour vivre. Ensuite, deuxième leçon, que les valeurs sont inversées: c'est l'argent qui préfère asservir plutôt que de servir; ce sont les banques qui sortent de leur rôle d'intermédiaires pour se faire bénéficiaires, qui ponctionnent l'économie au lieu de l'irriguer. C'est un système pervers, dont les dés sont pipés: si les profits et les cours boursiers montent, c'est le jackpot; si les cours s'effondrent et les créances hasardeuses s'avèrent valoir zéro, c'est... le jackpot aussi, le contribuable étant là, taillable et corvéable à merci, pour permettre aux banques de continuer l'orgie d'argent facile. Ainsi, ce système est le signe d'un secteur bancaire qui ne vient pas injecter de la vitalité, de la liquidité, du sang neuf dans l'organisme économique, mais qui s'apparente, au contraire, à une sangsue qui vient se payer sur la bête, qui vient happer le moindre centime créé par l'économie productive.

Et le scandale ne s'arrête pas là. Car il faut bien que ce système pervers s'alimente, et s'alimente grassement. Et qu'il ne perde rien quand éclate la crise qu'il a lui-même installée! Pour compenser leurs pertes sur les marchés financiers, avant même que la crise ne vienne frapper le tissu de nos entreprises, les banques ont décidé de changer les règles du jeu. Ainsi, pour payer les bonus astronomiques, les boursicoteurs ont eux-mêmes attaqué la banque ! Et l'on vit les services bancaires proposés aux particuliers se faire plus lourds. Et, plus grave encore, on vit les banques supprimer leurs crédits aux PME, les transformant en autorisation de découverts coûteux, et dangereux. Dangereux pour l'entreprise, au moment d'affronter la crise. Juteux pour le trader, finançant là son bonus. On pourrait penser naïvement qu'un trader de Paris, de Londres ou de Washington, ne mérite peut-être pas de bonus quand il contribue ainsi, en jouant au casino, à plonger la planète dans la plus grave crise qu'elle ait connue depuis 1929. Mais on se trompe. En 2007, c'est une prime moyenne de 160000 dollars que chaque trader de Wall Street a empochée et en 2009 en pleine crise, ce sont pour les seuls États-Unis près de 20 milliards de bonus qui ont été distribués.

Au cœur de la crise, l'Europe avait la faculté historique de brider les excès du système de spéculation assis sur les paradis fiscaux, les acrobaties financières, un défaut de contrôle public et, surtout, des banques rapaces, promptes à faire payer les pots cassés aux citoyens. Il n'en a rien été: l'Europe n'a rien régulé du tout, ou si peu, tandis que la plupart des pays, à commencer par la France de Nicolas Sarkozy, renflouaient ceux que certains appellent des « banksters » !

Bien sûr, tout ce petit monde qui n'a que « risques » et « responsabilités » à la bouche, tant qu'il s'agit du commun des mortels, vit dans un système totalement déresponsabilisé où l'on gagne à tous les coups. Car l'euro, c'est le choix délibéré d'un système au bénéfice des banques plutôt que des économies.

Jefferson, le père de l'indépendance américaine, conscient que la liberté est un bien fragile, avait dit un jour, comme s'il avait vu par avance la crise venue d'Amérique qui nous submerge aujourd'hui: « Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent sa monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d'abord par l'inflation, ensuite par la récession, jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis. » Étrange prémonition qui aurait dû nous mettre en garde ! Déjà pourtant, un banquier du début du siècle lui répondait en écho : « Donnez-moi le droit d'émettre et de contrôler l'argent de la nation, et alors peu m'importe qui fait ses lois. »

Dans un modèle de « conflit d'intérêt », que la France fait mine de pointer du doigt depuis le scandale du Mediator, il existe une agence de l'État, sous l'autorité de Bercy, qui s'occupe de placer la dette de la France sur les marchés internationaux des capitaux. Cet organe public français, officiel, porte un nom tout symbolique, mais qui apparaîtra à de nombreux Français quelque peu contradictoire : c'est l'agence France Trésor. Pour les membres de ce noble établissement, les deux mots résonnent bien ensemble, pourtant. On aurait peut-être même dû l'appeler France magot ! Cette instance abrite une brochette du nec plus ultra de la finance française et mondiale, dont chacun jugera de la parfaite impartialité. La mission — impossible — consiste pour ces grands banquiers à « gérer la dette et la trésorerie de l'État au mieux des intérêts du contribuable », tout en feignant d'oublier qu'ils appartiennent chacun, d'abord et avant tout, à l'une de ces mêmes banques qui n'a rien à gagner à ce que la dette en France s'amenuise ! Qu'on en juge à la lecture de la composition du comité stratégique, chargé « en particulier de donner sa lecture propre des principes qui gouvernent la politique d'émission de l'État et la gestion de sa trésorerie, ainsi que de se prononcer sur les pratiques en cours et les éventuelles évolutions à venir » (voir: www.francetresor.gouv.fr):

Président :

M. Jacques de Larosière
Ancien gouverneur de la Banque de France et conseiller du président BNP Paribas

Membres

M. Peter R. Fisher
Co-responsable de la gestion obligataire chez BlackRock (fonds spéculatif américain, de ceux que Nicolas Sarkozy dit pis que pendre lorsqu'il lui prend de les morigéner!)
Ancien sous-secrétaire du Trésor américain

M. Jean-Louis Fort
Ancien secrétaire général de la Commission bancaire

M. Francesco Giavazzi
Professeur d'économie à l'université Bocconi (Milan)

M. Jean-Pierre Halbron
Ancien directeur général adjoint d'Alcatel

M. Emmanuel Hau
Membre du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rothschild

M. Philipp Hildebrand
Vice-président de la direction générale de la Banque nationale suisse

M. René Karsenti
Président exécutif de l'International Capital Market Association

M. Ng Kok Song
Directeur général de Government of Singapore Investment Corp.

M. Bertrand de Mazières
Directeur général des finances à la Banque européenne d'investissement (BEI)

Le président de ce Comité stratégique, Jacques de Larosière, occupe par ailleurs la fonction de conseiller du président de BNP Paribas, sans paraître y ressentir un conflit d'intérêts. Alors que BNP Paribas est simultanément au nombre de la vingtaine de « Spécialistes en valeurs du Trésor » (les SVT) agréés par Bercy. Dans ce cercle réservé, ce cénacle, se retrouvent les HSBC, JP Morgan, Société générale, Goldman Sachs, ou encore la Royal Bank of Scotland, aujourd'hui nationalisée de facto, dont le contribuable britannique a été prié de combler les trous, à hauteur de quelques dizaines de milliards de livres sterling. Cette vénérable institution financière avait perdu plus de 90 % de sa valeur en bourse. La Royal Bank of Scotland s'est depuis battue pour conserver le droit de distribuer des bonus à ses traders, et vient d'annoncer sa décision d'accorder cette année, à son PDG, l'équivalent de 2 millions d'euros en actions.

Parmi les autres excellents membres des « Spécialistes en valeurs du Trésor » se trouvait Lehman Brothers jusqu'à sa faillite récente. Accident qui incite à s'interroger sur la capacité de discernement des membres d'un comité stratégique dont le rôle officiel est de bien conseiller l'Agence France Trésor, et « de donner sa lecture propre des principes qui gouvernent la politique d'émission de l'État et la gestion de sa trésorerie, ainsi que de se prononcer sur les pratiques en cours et les éventuelles évolutions à venir ». L'implosion des subprimes et des mécanismes de titrisation qui avaient gangrené les marchés, puis la chute de Lehman Brothers trop impliquée dans ces opérations, ne relevaient-elles pas des « éventuelles évolutions à venir » ?

Ces Spécialistes en valeurs du Trésor, désignés comme « les contreparties privilégiées de l'Agence France Trésor et de la Caisse de la dette publique pour l'ensemble de leurs activités sur les marchés », sont le rouage majeur vers les marchés, puisqu'ils participent aux adjudications de bons et obligations du trésor et placent ces valeurs auprès d'investisseurs. Ils sont nantis d'un Code de bonne conduite et « se doivent de répondre à des pratiques irréprochables ». Spécialistes qui ne semblent pas s'offusquer de ce que Jacques de Larosière puisse être à la fois en poste chez le conseilleur et chez le conseillé, sauf à postuler que les intérêts de BNP Paribas et de l'Agence soient indéfectiblement soudés. L'humour consisterait à convenir qu'ils ne forment qu'un... mais lequel ? !

BNP Paribas pèse très lourd parmi cette vingtaine de Spécialistes en valeurs du Trésor : 2e en importance et par son activité en 2002 ; 1er en 2003 ; 1er en 2004; 1er en 2005 ; 1er en 2006; 2e en 2007, dépassé par Barclay s Capital. Trou d'air de courte durée cependant;

1er en 2008;

1er en 2009;

Enfin 1er en 2010, avec une régularité d'ensemble et dans une harmonie que seuls les vieux couples savent entretenir.

Ces liens sont renforcés par le fait que l'Agence a, peu après sa naissance, confié une mission d'étude à BNP Paribas, pour mieux anticiper les évolutions du marché des obligations. Il est permis de demander à quoi sert un comité stratégique composé de luxueux banquiers apportant leurs éclairages, s'il faut parallèlement commanditer aux banques des missions similaires.

L'UBS suisse a été admise parmi ces « Spécialistes en valeurs du Trésor » français. UBS, qui restera gravée dans le souvenir des citoyens helvétiques puisque ses pertes gigantesques ont nécessité le secours, coûteux, de la Banque nationale Suisse. En accord avec le Conseil fédéral de la Confédération suisse, celle-ci a généreusement repris la quasi-totalité des actifs toxiques d'UBS, tandis que cette banque annonçait son intention de continuer ses distributions internes de bonus. L'un des généreux secouristes, Monsieur Philipp Hildebrand, dirigeant de la Banque nationale suisse, est membre du comité stratégique de l'Agence France Trésor, aux côtés de Jacques de Larosière.

Le renflouement d'une UBS poursuivant ses distributions de bonus constitue l'exemple parfait d'une nationalisation des pertes et d'une privatisation des bénéfices. Les acteurs officiels qui ont prêté leur concours à ce jeu de passe-passe se considèrent-ils d'abord comme des représentants publics auprès du privé, ou ne sont-ils pas en réalité les avocats du secteur privé au cœur même des organes de décision publics ?

L'ambiguïté des liens entrecroisés est illustrée par cette présence, au comité stratégique de l'Agence France Trésor, de Philipp Hildebrand, récemment promu président de la direction générale de la Banque nationale suisse, à Zurich. Et ce, alors que plusieurs banques commerciales suisses sont admises comme Spécialistes en valeur du Trésor français, dont le Crédit Suisse First Boston, qui a son siège social dans cette même ville de Zurich. Or Monsieur Hildebrand était auparavant banquier, et est passé notamment par Vontobel, discrète banque privée, située - elle encore - à Zurich, et spécialisée dans la gestion de fortune, souvent pour de riches particuliers auxquels on apporte des conseils sur la meilleure manière de placer leurs deniers, par exemple en bons et obligations d'État.

La gestion de fortune est une grande spécialité de la place suisse, au point de franchir quelquefois les limites de la déontologie, à l'exemple d'UBS, empêtrée dans ses démêlés avec le fisc américain pour des accusations de facilitation de fraude fiscale. En 2009, la justice américaine a suspendu une épée de Damoclès au-dessus d'elle, menaçant de lui retirer sa licence, indispensable pour exercer son activité aux États-Unis. Il est surprenant que la France, victime tout autant d'évasion fiscale et encore plus touchée de par sa mitoyenneté avec la Suisse, ait fermé les yeux au point qu'UBS figurait toujours, début 2011, sur la liste des dix Spécialistes en valeurs du Trésor les plus actifs, liste ainsi validée et cautionnée par notre ministère des Finances censé combattre la fraude fiscale.

Le Crédit Suisse First Boston, quant à lui, a été constitué lorsque le Crédit Suisse a racheté en 1990 la First Boston Corp. Deux anciens dirigeants de cette First Boston, Bruce Wasserstein et Joseph Perella, avaient peu avant fondé leur propre établissement bancaire, la Wasserstein Perella & Co, dont l'ancien dirigeant de la filiale française, Jean-Pierre Halbron, siège au comité stratégique de France Trésor. Cette heureuse coïncidence serait incomplète si Wasserstein Perella & Co n'avait pas été rachetée en l'an 2000 par la Dresdner Bank, pour former la Dresdner Kleinwort Wasserstein. Cette dernière fait partie du petit cercle des Spécialistes en valeur du Trésor français. Le site Internet de l'Agence France Trésor omet de préciser les titres et qualités complets des membres de ce comité stratégique. Par modestie, elle se contente de noter :

M. Jean-Pierre Halbron
Ancien directeur général adjoint d'Alcatel

Puisqu'elle ne rechigne pas à préciser les anciennes fonctions, le bon sens n'aurait-il pas dû l'amener à citer celles qui recoupent plus directement sa présente fonction ? Ne mentionner qu'Alcatel, entreprise industrielle, et oublier une banque, elle-même en partenariat d'affaires avec l'Agence, constitue un oubli malencontreux ou un excès de tact. L'internaute n'a-t-il pas droit à une information élémentaire ?

De même, l'étiquetage d'un autre membre du comité stratégique reste lacunaire :

M. Francesco Giavazzi
Professeur d'économie à l'université Bocconi (Milan)

Peut-être n'aurait-il pas été inutile de préciser que il Professore a été accessoirement banquier chez Banco di Napoli.

La loi des séries a gommé le rôle de président du comité d'audit de la banque Espirito Santo et de la Vénétie, occupé par :

M. Jean-Louis Fort
Ancien secrétaire général de la Commission bancaire

La société financière Espirito Santo de Monsieur Jean-Louis Fort se revendique comme « banque de taille humaine à l'écoute permanente de ses clients », spécificité qui permettra de ne pas la confondre lors des réunions du comité stratégique avec la « banque à taille humaine, partageant des valeurs communes », telle que se définit la Compagnie financière Edmond de Rothschild, représentée au même comité en la personne d'Emmanuel Hau.

En matière d'information du public, appelons que, bien que la Banque nationale suisse représentée ici par Philipp Hildebrand soit la banque centrale de ce pays, elle est statutairement une société anonyme dotée d'actionnaires. Ce caractère privé se retrouve aux États-Unis avec la Réserve fédérale américaine.

La Fed est en réalité d'abord constituée de douze Fédéral Reserve Banks régionales, détenues, contrairement aux croyances de nombreux électeurs, par des actionnaires privés, à savoir par des banques commerciales ou d'affaires. Les dirigeants y sont majoritairement nommés par ces actionnaires privés. Au regard du profil et des carnets d'adresses des membres du comité stratégique de l'Agence France Trésor, est-il interdit d'y voir à nouveau une forme d'entrisme du secteur bancaire privé?

Jacques de Larosière, tout comme Philipp Hildebrand, est par ailleurs membre du « Groupe des Trente », un petit club privé de grands argentiers internationaux qui se proposent d'approfondir la compréhension de la finance, pour en faire profiter leurs contemporains et les autorités publiques qui les y inviteraient. Le Groupe des Trente a pour président Paul Volcker, à l'origine banquier à la Chase Manhattan Bank, puis représentant de ses pairs en tant que président de la Fédéral Reserve Bank de New York, avant d'accéder au final à la présidence de la Fed elle-même. Le Groupe des Trente entretient la filiation puisqu'il comprend William C. Dudley, actuel président de la Fédéral Reserve Bank de New York, celle des douze Fédéral Reserve Banks qui détient un pouvoir prépondérant au sein de la Fed.

Le prédécesseur de William C. Dudley à cette présidence de la Fédéral Reserve Bank de New York était Timothy Geithner, promu entre-temps secrétaire du Trésor à Washington, c'est-à-dire ministre des Finances. Or, à l'agence France Trésor, siège Peter R. Fischer qui, par un phénomène de chassé-croisé, est ancien sous-secrétaire de ce même Trésor américain. Il a, par la suite, migré dans le secteur privé, responsable mondial des investissements obligatoires pour BlackRock, une firme spécialisée dans les fonds financiers et qui détient la bagatelle de plusieurs milliers de milliards de dollars en gestion. De telles masses d'argent rassemblées en une seule main défient l'entendement, et lui apportent une puissance sans équivalent. Cependant, nul à Bercy ne semble s'émouvoir de l'opposition frontale entre ces diverses fonctions parallèles de l'omniprésent Monsieur Fisher, ni de la capacité de BlackRock à peser indirectement sur l'accueil qui sera réservé par « les marchés » aux adjudications du Trésor français. Le choc est d'autant plus net que, parmi les gros actionnaires de BlackRock, se trouve Barclays Global Investors, à hauteur de près de 20 %. Barclays Capital est l'un des vingt Spécialistes en valeur du Trésor français. Un autre actionnaire important est Merrill Lynch, également présent parmi les Spécialistes en valeur du Trésor. Il est contractuellement convenu entre eux que Merrill Lynch et Barclays PLC auront chacun deux représentants au conseil d'administration de BlackRock. Est-il moralement aisé à Peter Fischer de siéger de la sorte au comité stratégique d'une Agence publique, dont divers interlocuteurs d'affaires sont, par le jeu des multiples filiales, les actionnaires de référence de son employeur principal ? ! Au total, la nébuleuse BlackRock, étendue à ses administrateurs, ses hauts dirigeants et ses actionnaires, parvient à être à la fois membre du comité stratégique de France Trésor, intermédiaire de cette agence vers les investisseurs, et représentante desdits investisseurs. Une situation aussi illogique est une négation absolue des cloisonnements que prétendent instaurer nos gouvernements et le G 20, pour éviter le retour des dérives.

Cette volonté de gommer les frontières n'est pas neutre. Elle provient des pays anglo-saxons qui la pratiquent de longue date, avec les avantages que l'on imagine pour le secteur bancaire. Le même Peter R. Fischer a depuis ajouté sur sa carte de visite une fonction qui emprunte à nouveau ces passerelles, puisqu'il est entré au conseil d'administration de la FSA britannique, la Financial Services Authority, un organisme non gouvernemental mais institué par une loi, et chargé de réguler le secteur des services financiers au Royaume-Uni. Loi idéale puisqu'elle maintient peu ou prou l'autocontrôlé de la City et sa quasi-indépendance. La crise a montré les conséquences de ce mécanisme où seul le bon vouloir des financiers admettrait de poser des bornes à leurs pratiques professionnelles.

Un autre membre du comité stratégique de l'Agence France Trésor se réclame de cette volonté d'autorégulation des financiers, loin de tout législateur et de tout électeur. René Karsenty est président de l'ICMA, l'International Capital Market Association à Zurich. Le but de cette association, entre groupe de pression et syndicat professionnel, est de représenter les intérêts des milieux financiers internationaux. Parmi ses membres se retrouve une grande partie des Spécialistes en valeurs du Trésor de l'Agence : BNP Paribas, Barclays PLC, Société Générale, Merrill Lynch, UBS ou encore Crédit suisse.

Se retrouve également à l'ICMA, la Banque privée Edmond de Rothschild, de Genève, fondée par le baron Edmond de Rothschild, aujourd'hui dirigée par son fils le baron Benjamin de Rothschild, et que seuls les mauvais esprits pourraient confondre avec sa maison mère, la Compagnie financière Edmond de Rothschild, de Paris. M. Emmanuel Hau, membre de cette dernière, siège au comité stratégique de l'Agence. L'une des spécialités de la banque est la gestion de patrimoine, la gestion de portefeuille, pour entre autres « accompagner au mieux les familles fortunées ».

La tendance anglo-saxonne à jouer avec les lignes protectrices instituées entre le service public et les intérêts privés s'amplifie en France depuis quelques années. Parmi les membres de notre comité stratégique se trouve Bertrand de Mazières, directeur général de l'Agence. Son prédécesseur à ce poste venait de partir pour Veolia, société privée quelquefois émettrice d'emprunts, donc concurrente de l'Agence France Trésor pour ses appels à capitaux. Lors d'un de ces derniers appels au marché, les banques chargées de jouer un tel rôle d'intermédiation étaient BNP Paribas, Calyon, Crédit Suisse, Natixis et une filiale de la Société Générale. La totalité de ces noms émergent sur la liste des Spécialistes en valeurs du Trésor de l'Agence. Veolia compte, parmi ses gros actionnaires et dans son conseil d'administration, plusieurs établissements financiers eux aussi Spécialistes en valeurs du Trésor. Qu'un directeur général de l'Agence France Trésor devienne, quasiment du jour au lendemain, directeur des opérations financières d'une entreprise qui est un peu sa concurrente et qui croise ou utilise les mêmes acteurs financiers, se banalise et semble naturel aux yeux de nos gouvernants. L'intérêt du public et du contribuable se trouve peu à peu dilué dans un système à moindre transparence, poreux, au profit de petits groupes, à l'avantage de cercles restreints où risqueront de naître des connivences.

Toutes ces cartes de visite se passent de commentaire. Ainsi, au mépris de la séparation des intérêts privés et de l'intérêt public, la dette française, et surtout ses intérêts (qui atteignent 50 milliards aujourd'hui!), ne peuvent qu'enfler sempiternellement. À ce petit jeu, ne pouvant monétiser sa dette publique comme le font la plupart des autres pays dans le monde, la France s'est lourdement endettée depuis une trentaine d'années et ne pourra, au rythme actuel, se défaire de ce fardeau avant des dizaines et des dizaines d'années. Les oligarques ont, en réalité, tout intérêt à veiller à ce que l'euro, notre problème et leur poule aux œufs d'or, demeure à jamais notre monnaie afin que cette situation ne change pas.

Ces données ne sont pas fantasmagoriques. Elles sont publiques. La collusion, pour ne pas dire la consanguinité, entre décideurs politiques et puissances d'argent, apparaissant de plus en plus éclatante, comment douter que l'euro, emblème et clé de voûte d'une construction européenne qui verrouille un modèle à la fois ultralibéral et soviétique, ne leur soit essentiel pour assurer leur domination sur les peuples ?

Comment ne pas admettre que nos dirigeants sont prisonniers des vrais maîtres de l'euro, de ces oligopoles de l'industrie, de la banque et de la finance, avec lesquels ils entretiennent des relations très étroites. Fantasme d'un complot des puissants ? Non, dérèglement continu d'une chose publique, d'une République, où le désintérêt des citoyens ouvre la voie à la captation des pouvoirs par les intrigants, les opportunistes, les ambitieux et les goinfres.

Le système de l'euro et du marché unique européen favorise exagérément la libre circulation des capitaux, la mainmise de la création monétaire des banquiers et la remise en cause dogmatique de tout ce qui constitue une ressource publique, dénigrée comme une charge coûteuse et superflue. L'euro est pour ainsi dire le cheval de Troie de la mondialisation ultralibérale en Europe, aux antipodes d'un libéralisme ordonné et responsable. Et il est illusoire de s'imaginer que ses bénéficiaires feraient une croix dessus simplement parce qu'on les en prierait gentiment !

Et d'ailleurs, personne ne les en prie ! Qu'on en juge : les seules fois où nos grands chefs d'État européens se réunissent pour la photo de famille et s'enferment à huis clos pour prendre de graves décisions, ce n'est pas pour faire face, ensemble, aux délocalisations. Ce n'est pas pour, ensemble, lutter contre le fléau du chômage. Non, c'est seulement pour sauver les banques ! Comme cette belle journée d'octobre 2008, où Nicolas Sarkozy invita la chancelière allemande pour l'inauguration du mémorial Charles de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises, avant de convier, dès le lendemain, les quinze membres de la zone euro à l'Elysée. Pour évoquer le sommet de la veille ? Pour promouvoir devant tous le symbole qu'ils venaient de célébrer: l'amitié franco-allemande, la coopération libre entre nations, la France forte dans l'Europe indépendante? Non, rien de cela. Hier, c'était hier. Une grande et belle réunion, immortalisée sur le perron de l'Elysée, seulement pour évoquer le pacte de stabilité, l'inflation maîtrisée, les banques rassurées.

Car les marchés, sans doute, méritent plus d'égards que les peuples d'Europe.

Aujourd'hui, il ne faut pas se mentir. C'est eux ou nous. Eux qui restent ou nous qui en sortons. »


Source : Nicolas Dupont-Aignan : "L'euro, les banquiers et la mondialisation : l'arnaque du siècle" (avril 2011).

• Dans ma tête, ces faits dramatiques et tout proches se connectent aussitôt avec l'enquête approfondie de Mullins sur la Fed et sa maîtrise (secrète) par Rothschild, qui a pris le contrôle de JPMorgan, de Warburg et de combien d'autres, "crise" après "crise" ?


• On peut ajouter que Peter R. Fisher, coresponsable de la gestion obligataire chez BlackRock, et ancien sous-secrétaire du Trésor américain, est membre du Comité stratégique de l'Agence France Trésor. Or, Blackrock est un fonds vautour qui est un des actionnaires principaux de McGraw-Hill, lequel contrôle... STANDARD & POORS !!!!!!


Je propose que chaque citoyen qui est au courant d'autres conflits d'intérêts dans cette Agence France Trésor, les signale ici.

Étienne.

lundi 9 janvier 2012

Conférence à MARSEILLE, avec MILLE BÂBORDS, 14 janvier 2012 (5)

Conférence prochaine à MARSEILLE, avec MILLE BÂBORDS,
samedi 14 janvier 2012 à 17 h 30, 61 rue Consolat.

"Cette crise n’est pas une crise mais un hold-up de la finance"

Et on ne s'en sortira pas sans une vraie démocratie => tirage au sort
des amateurs politiques chargés de nous représenter,
ainsi que de ceux qui exerceront tous les contrôles...

http://www.millebabords.org/spip.php?article19348

Au vif plaisir de vous y retrouver :)

Étienne.

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PS : pour info, j'ai mis une zone AGENDA sur la page d'accueil du site, dans la colonne de gauche, en rouge, en-dessous des articles à la une du blog.

J'ai aussi mis (juste en dessous de l'agenda) un lien vers un dossier "documents des conférences" (à télécharger).

Bonne lecture :)

NEXUS janvier 2012 : Votez pour le tirage au sort ! (7)

Dans la revue NEXUS de janvier-février,
un DOSSIER original et tonique sur la VRAIE DÉMOCRATIE :

• "VOTEZ POUR LE TIRAGE AU SORT !"

«Les Grecs ont inventé la démocratie, la seule, la vraie, l’unique. Pour autant, ils n’élisaient pas leurs représentants, ils les tiraient au sort… Voilà le secret de leur démocratie, un secret si bien gardé que la plupart d’entre nous en ignorent l’existence. Pas de pantouflage, ni d’oligarchie. Pas de cumul des mandats, ni de professionnels de la politique. Pas de corruption, ni d’impunité. Bref, la démocratie au sens rigoureux du mot: le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Tout cela grâce à un mécanisme très simple: le suffrage par le sort.»

• "Le miracle de la démocratie grecque"

«Le tirage au sort politique est né à Athènes au Ve siècle avant notre ère et a perduré deux siècles. Cette forme de démocratie directe peut-elle constituer un modèle pour notre époque ?»

• Étienne Chouard : « Le tirage au sort démonte le mécanisme qui conduit à notre impuissance actuelle»

C'est une bonne synthèse de l'état de mes recherches sur ce sujet.

• Edgar Morin : « Je plaide pour une politique de civilisation »

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En plus, il y a pas mal de choses intéressantes dans ce magazine (très éclectique) que je ne connaissais pas.

http://www.nexus.fr/magazines_nexus.php?nomag=78&bornedebut=78&bornefin=73&nbanciens=78

C'est C'était en kiosque.

Bonne lecture :)

Étienne.


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