décembre 2011 - Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens

Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens


C'est notre Constitution qui est notre seule arme (et c'est aussi la meilleure) pour contrôler les pouvoirs. À nous d'en parler, entre simples citoyens, pour devenir des millions à l'avoir compris : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Bienvenue :o)


Étienne Chouard
Je cherche ici à mettre en débat ouvert ce dont on ne parle nulle part : les plus grands principes institutionnels dont tous les citoyens (gauche, centre, droite) ont besoin pour se protéger des abus de pouvoir.

Je vous propose d'aller voir le FORUM et de suivre le SOMMAIRE, point par point (un principe par jour pour une digestion facile ?), et de réfléchir à votre propre position : Pour ? Contre ? Partagé ?

Et si personne (ni moi, ni d'autres ici) n'a encore défendu les arguments qui vous semblent importants, formulez-les vous-même : nous progressons ensemble en combinant nos réflexions, démocratiquement et positivement :o)

Suggestion :
pour parler nombreux
sur de nombreux sujets :
. soyons brefs,
. dans le sujet,
. et patients :-)

Une fois les principes bien débattus sur le FORUM, vous pouvez, dans la partie WIKI, écrire vous-mêmes les articles qui vous semblent importants dans une Constitution, aussi bien nationale qu'européenne.

Sur cette partie BLOG, je vous propose de nous parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, histoire, philosophie, sociologie, société, actualité, technique, littérature, etc.), mais qui tournent quand même autour des sujets évoqués sur le forum : on cherche à imaginer ensemble un outil intellectuel, robuste et durable, contre les abus de pouvoir.

J'ai hâte de vous lire :o)

Étienne Chouard


Retour à la page centrale :
Le site d'origine s'appelle AEC : "Arc-en-Ciel" (après la pluie le beau temps) :o)


Présentation du PLAN C :


Rouages fondateurs d'une vraie démocratie :


Citoyens Européens Contre le Régime Illégitime :


Malformation congénitale de l'Union européenne :


Liberté d'expression :


Vote blanc = protestation légitime:


Henri Guillemin


Jean-Jacques ROUSSEAU


Cornélius Castoriadis


Gentils virus






Commentaires récents (de la partie blog ; voir aussi le forum et le wiki) :

Articles récents :




vendredi 30 décembre 2011

Analyse des réflexions de Monsieur Beitone sur la prétendue rumeur d'extrême droite à propos de la loi de 1973 (260)

Un professeur de Marseille, un certain Monsieur Beitone, vient d'écrire un article dans Le Monde qui dénonce "une rumeur d'extrême droite" incriminant la loi "Pompidou-Rothschild" de 1973 dans la crise de la dette publique.

Décidément, l'anathème "fasciste" et ses dérivés est une arme bien commode, et bien rodée, pour contrer la critique radicale de la création monétaire privée. Manifestement, cette calomnie va resservir dans les mois qui viennent. À se demander s'il n'y a pas un code secret entre les complices du racket, un code dans lequel "extrême droite" signifierait en réalité "ayant compris et dénonçant l'escroquerie monétaire des familles de banquiers privés". Ça expliquerait bien des malentendus.

L'article, intitulé "La rumeur et l’extrême droite: La “loi Pompidou, Giscard, Rothschild” votée en 1973 empêcherait l’État de battre monnaie", se trouve là :
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/12/29/la-loi-pompidou-giscard-rothschild-votee-en-1973-empecherait-l-etat-de-battre-monnaie_1623299_3232.html

Je trouve qu'il ne vaut pas grand chose, mais j'ai pris une dizaine d'heures pour le démontrer, point par point.

J'ai présenté la controverse dans un tableau à deux colonnes, pour bien mettre face à face chaque idée en présence.



Le document (l'article et ma réponse point par point) se trouve là :

Analyse des réflexions de Monsieur Beitone sur la prétendue rumeur d'extrême droite à propos de la loi de 1973
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Analyse_des_reflexions_d_Alain_Beitone_sur_la_denonciation_de_la_loi_de_1973.pdf

Je regrette un peu mon ton encore agacé dans cette réponse (bien que j'aie beaucoup adouci cette réponse, et que j'en aie retiré toutes les réparties trop vives), mais c'est tellement vexant de se faire traiter de fasciste que ça énerve un peu, quand même. Le gars qui écrit un article pareil peut s'attendre à une certaine... mauvaise humeur.

On pourra ajouter dans les commentaires ci-dessous des arguments supplémentaires, d'un côté comme de l'autre.

Au plaisir de vous lire.

Étienne.

mercredi 28 décembre 2011

L'obéissance d'esprit est toujours une faute (Alain) (82)

Chers amis,

Vous savez comme j'aime Alain.
Ça s'aggrave :)

J'ai encore trouvé une perle : je pense que c'est un des meilleurs propos d'Alain. Il est magnifique, puissant, essentiel, 0% de MG, toutes les phrases comptent ; il y décrit même, peut-être, la vraie cause des causes des injustices sociales.

Mais lisez plutôt.


Le jugement politique et l'opinion commune


L’État est aisément neurasthénique. Mais qu'est-ce qu'un neurasthénique ? C'est un homme pensant, je veux dire instruit et fort attentif à ses opinions et à ses affections ; attentif en ce sens qu'il en est le spectateur. Et c'est en cela que consiste ce genre de folie, à constater ses propres opinions au lieu de les choisir et vouloir. Comme un homme qui, conduisant une automobile à un tournant, se demanderait : « Je suis curieux de savoir si je vais sauter dans le ravin. » Mais c'est justement son affaire de n'y point sauter. De même le neurasthénique se demande : « Est-ce que je serai gai ou triste aujourd'hui ? Est-ce que j'aurai de la volonté ou non ? Que vais-je choisir ? Je suis curieux de le savoir. » Mais il ne vient jamais à cette idée si simple de décréter au lieu d'attendre, pour les choses qui dépendent de lui.


Or ce genre de folie n'est jamais complet dans l'individu. Communément, dans les circonstances qui importent, il cesse d'attendre et se met à vouloir, résistant aux vices et aux crimes mieux qu'à la tristesse, et plutôt malheureux que méchant.


Cette maladie singulière me paraît au contraire propre à tout État ; et par là j'explique que ce grand corps soit toujours malheureux et souvent dangereux. Et voici pourquoi. Chacun a pu remarquer, au sujet des opinions communes, que chacun les subit et que personne ne les forme. Un citoyen, même avisé et énergique quand il n'a à conduire que son propre destin, en vient naturellement et par une espèce de sagesse à rechercher quelle est l'opinion dominante au sujet des affaires publiques. « Car, se dit-il, comme je n'ai ni la prétention ni le pouvoir de gouverner à moi tout seul, il faut que je m'attende à être conduit ; à faire ce qu'on fera, à penser ce qu'on pensera. » Remarquez, que tous raisonnent de même, et de bonne foi. Chacun a bien peut-être une opinion; mais c'est à peine s'il se la formule à lui-même ; il rougit à la seule pensée qu'il pourrait être seul de son avis.


Le voilà donc qui honnêtement écoute les orateurs, lit les journaux, enfin se met à la recherche de cet être fantastique que l'on appelle l'opinion publique. « La question n'est pas de savoir si je veux ou non faire la guerre, mais si le pays veut ou non faire la guerre. » Il interroge donc le pays. Et tous les citoyens interrogent le pays, au lieu de s'interroger eux-mêmes.


Les gouvernants font de même, et tout aussi naïvement. Car, sentant qu'ils ne peuvent rien tout seuls, ils veulent savoir où ce grand corps va les mener. El il est vrai que ce grand corps regarde à son tour vers le gouvernement, afin de savoir ce qu'il faut penser et vouloir. Par ce jeu, il n'est point de folle conception qui ne puisse quelque jour s'imposer à tous, sans que personne pourtant l'ait jamais formée de lui-même et par libre réflexion. Bref, les pensées mènent tout, et personne ne pense. D'où il résulte qu'un État formé d'hommes raisonnables peut penser et agir comme un fou. Et ce mal vient originairement de ce que personne n'ose former son opinion par lui-même ni la maintenir énergiquement, en lui d'abord, et devant les autres aussi.


Posons que j'ai des devoirs, et qu'il faudra que j'obéisse. Fort bien. Mais je veux obéir à une opinion réelle ; et, pour que l'opinion publique soit réelle, il faut d'abord que je forme une opinion réelle et que je l'exprime ; car si tous renoncent d'abord, d'où viendra l'opinion ? Ce raisonnement est bon à suivre, et fait voir que l'obéissance d'esprit est toujours une faute.


Alain (Émile Chartier), "Mars ou la guerre jugée" (1936).


Ce propos m'habite, depuis que je l'ai découvert : il revient tout seul dans ma tête, souvent ; je l'ai relu cent fois ; je sens qu'on touche à l'essentiel, tout proche de l'iségoria (totale liberté d'expression), mais sans se confondre avec elle ; il est comme son complément indispensable : NOUS DEVONS PENSER PAR NOUS-MÊMES, avec le courage d'être parfois seul à penser à notre façon. C'est un marqueur de la citoyenneté véritable.


Quand je cherche qui a cette qualité de courage (d'affronter, s'il le faut, en conscience, la réprobation générale), je pense d'abord à Maurice (Allais), dont je trouve la liberté de penser exemplaire, mais aussi à quelques militants encore bien vivants aujourd'hui. Cherchez : il n'y en a pas tant que ça, qui ne soient pas enfermés dans la chapelle d'un parti et d'une pensée quasi imposée par un groupe.

"Nous devons penser par nous-mêmes... OK, mais c'est déjà le cas, non ?" vous demandez-vous peut-être en votre for intérieur... Hum... Relisez Alain. Il a raison : nous cherchons toujours à savoir ce que pensent les autres, pour être sûr d'être en accord, en harmonie avec la société. Alors que, LOGIQUEMENT, c'est une nécessaire discipline que de s'interdire l'obéissance d'esprit. Une sorte d'hygiène démocratique de base.


D'un autre côté, cet impératif de penser librement est À COMBINER AVEC l'art de débattre, d'écouter l'autre en cherchant vraiment la vérité, autre formidable sujet de réflexion, lui aussi tout à fait central dans une démocratie véritable (dont les DÉBATS permanents sont le cœur battant), et que Montaigne étudie magistralement dans le chapitre 8 du livre 3 des Essais (ce chapitre, intitulé "L'art de converser", est une pure merveille). Mais ça, je vous en parlerai dans un prochain billet.

Je trouve ces sujets de réflexion inépuisables. Et passionnants.

Et vous ?

Étienne.


Émile Chartier, dit "Alain" (1868-1951)

Nombreux livres d'Alain à télécharger sur le très précieux site de l'UQAC.

Ressources nombreuses sur le site d'Alain : http://alinalia.free.fr/, tenu par l'Association des Amis d'Alain (AAA)


Alain et Elie Halévy

vendredi 23 décembre 2011

Genève, déc. 2011 : L'État et les banques, les dessous d'un hold-up historique (27)

« L'État et les banques, les dessous d'un hold-up historique »

par Myret Zaki et Étienne Chouard - Genève, 3 décembre 2011, soirée à la fonderie Kugler.

Encore une conférence... J'ai peur de vous mettre en overdose... :)

Pas beaucoup de lumière, mais pas mal d'énergie : Myret est une sacrée pile !

J'espère que ça vous plaira.

Au plaisir de vous lire.

Étienne.


(Mise à jour 17 janvier 2012 : j'ai trouvé des fragments de TRANSCRIPTION de cette conférence sur ce site :
http://creersamonnaie.over-blog.com/article-crise-financiere-grecque-origine-americaine-explications-francaises-96733594.html
Merci pour ce travail.)


Mise à jour 30 avril 2012 :
Myret Zaki donne de nouvelles clefs pour comprendre le coup d'État
(appelé "la crise" par les prétendus "journalistes", chiens de garde du système) :
http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/04/30/214-myret-zaki-explique-le-coup-d-etat_la-pretendue-crise

jeudi 22 décembre 2011

Utopies réalisée : CUBA, MARINALEDA... (21)

Deux documents récents attirent notre attention sur la possibilité de voir des utopies naître :


• Témoignage passionnant de VIKTOR DEDAJ SUR CUBA.

Je recommande à chacun, avant de porter un jugement sur Cuba, d'écouter attentivement la défense (évidemment) ; et je trouve que celle de Viktor Dedaj est simple et convaincante.

Sur ce sujet comme sur d'autres, nous manquons de débats contradictoires honnêtement conduits et nourris, et nous sommes la cible quotidienne de propagandes manifestement malhonnêtes (dénoncer les contreperformances de Cuba et sa pauvreté sans rappeler le blocus illégal qui l'étrangle depuis des décennies est simplement une crapulerie journalistique).

[Mise à jour 20 sept. 2012 :

la vidéo sur Cuba de Viktor Dedaj n'est plus disponible : le lien ci dessous est le témoignage audio

http://www.legrandsoir.info/cuba-modele-de-resistance-ou-resistance-d-un-modele-conference-debat-audio.html


Merci Louisette :) ÉC]


D'un autre côté, je me souviens du livre d'Hubert Matos, "Et la nuit est tombée", réquisitoire terrible contre Fidel Castro par un des ses meilleurs généraux, que Castro a jeté en prison (et torturé) pendant vingt ans pour s'être fermement opposé à lui ; ce livre m'a retourné, et j'en porte encore des traces, bien sûr.

J'imagine bien que le monde n'est pas noir ou blanc ; mais il faudrait que j'en parle à Viktor Dedaj pour essayer d'en avoir le cœur net.

Cuba, sujet important pour la démocratie - Conférence remarquable.

Le livre que Viktor Dedaj a écrit avec Danielle Bleitrach, "Cuba est une île" est très intéressant :
http://www.amazon.fr/Cuba-est-une-Danielle-Bleitrach/dp/2841094995
Il est malheureusement devenu indisponible.

Si vous avez des informations FIABLES, d'un côté comme de l'autre, je suis preneur.


• MARINALEDA, une utopie réalisée.

Encore une enquête passionnante de LBSJS (Là-bas si j'y suis).

C'est une rediffusion, et c'est encore plus enthousiasmant quand on l'écoute une deuxième fois... Avec tous les détails, plus sympas les uns que les autres...

EXPÉRIENCE FORMIDABLE, À CONNAÎTRE.

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2329

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Lire aussi :

"Marinaleda : un modèle d’auto-gestion unique en Europe", par Andrea DUFFOUR :

http://www.legrandsoir.info/Marinaleda-un-modele-d-auto-gestion-unique-en-Europe.html

Elle est enthousiasmante, cette expérience !

Étienne.

mardi 20 décembre 2011

Se distraire à en mourir ; la prédiction d'Aldous Huxley (22)

SE DISTRAIRE À EN MOURIR : la prédiction d'Aldous Huxley

Un livre de plus, me direz-vous, sur un sujet bien connu (après "La démocratie en Amérique", "La psychologie des foules", "Propaganda", "La Fabrique du consentement", et plus de cinquante livres importants que j'ai à la maison sur le sujet de notre fragilité aux bobards et sur notre éternelle paresse confiante, avide seulement de promesses lénifiantes, de sondages bidon et de stats truquées), mais un livre, pourtant, dont la couverture m'a frappé, et dont l'introduction est aussi bien tranchante, je trouve :



Elle claque, cette couverture, non ?

Et voici l'introduction du livre (vous savez comme j'aime Orwell : instrumentalisé par des salauds, mais un grand Monsieur) :

INTRODUCTION :

« Nous attendions la venue de 1984.

Quand cette année arriva sans que la prophétie ne se réalise, l'intelligentsia américaine chanta discrètement victoire : les fondements de la démocratie libérale avaient tenu bon. Le règne de la terreur s'était, peut-être, développé ailleurs mais l'Amérique, du moins, n'avait pas sombré dans les sinistres cauchemars orwelliens.

Obnubilés que nous étions par la sombre vision d'Orwell, nous avions oublié une autre prophétie, un peu moins bien connue mais tout aussi inquiétante : celle d'Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes. Car, contrairement à une opinion répandue même chez les gens cultivés, les prophéties de Huxley et d'Orwell sont très différentes l'une de l'autre.

Orwell nous avertit du risque que nous courons d'être écrasés par une force oppressive externe. Huxley, dans sa vision, n'a nul besoin de faire intervenir un Big Brother pour expliquer que les gens seront dépossédés de leur autonomie, de leur maturité, de leur histoire. Il sait que les gens en viendront à aimer leur oppression, à adorer les technologies qui détruisent leur capacité de penser.

Orwell craignait ceux qui interdiraient les livres. Huxley redoutait qu'il n'y ait même plus besoin d'interdire les livres car plus personne n'aurait envie d'en lire.

Orwell craignait ceux qui nous priveraient de l'information. Huxley redoutait qu'on ne nous en abreuve au point que nous en soyons réduits à la passivité et à l'égoïsme.

Orwell craignait qu'on ne nous cache la vérité. Huxley redoutait que la vérité ne soit noyée dans un océan d'insignifiances.

Orwell craignait que notre culture ne soit prisonnière. Huxley redoutait que notre culture ne devienne triviale, seulement préoccupée de fadaises.

Car, comme le faisait remarquer Huxley dans Brave New World Revisited, les défenseurs des libertés et de la raison, qui sont toujours en alerte pour s'opposer à la tyrannie, « ne tiennent pas compte de cet appétit quasi insatiable de l'homme pour les distractions ».

Dans 1984, ajoutait Huxley, le contrôle sur les gens s'exerce en leur infligeant des punitions ; dans Le Meilleur des mondes, il s'exerce en leur infligeant du plaisir.

En bref, Orwell craignait que ce que nous haïssons ne nous détruise ; Huxley redoutait que cette destruction ne nous vienne plutôt de ce que nous aimons.

Le thème de cet ouvrage repose sur l'idée que Huxley avait vu plus juste qu'Orwell. »

Neil Postman, Se distraire à en mourir (1985).

Pour l'instant, je rame un peu dans les premiers chapitres...
Je cherche des pépites, mais je suis encore bredouille.

Si j'en trouve, je vous préviens :)

Étienne.

lundi 19 décembre 2011

L'ORIGINE SCANDALEUSE DU SIDA (5)

L'ORIGINE SCANDALEUSE DU SIDA

26 millions de morts, 40 millions de malades infectés,
plus de 100 millions promis à une mort épouvantable dans les 50 ans qui viennent,
tous les présidents US qui ont carrément ignoré ce drame,
et la cause, la cause... littéralement scandaleuse, honteuse :


Les origines du Sida par hopto

Encore une révolte, toujours à base D'ABUS DE POUVOIR, où l'on retrouve l’appât du gain, le cynisme-racisme, le mépris des acteurs capitaliste pour les colonies — et toujours les camps de torture des animaux ! —, l'arrogance d'une science à l'abri de tout contrôle indépendant, l'importance vitale des journalistes amateurs et autonomes...

Un film absolument bouleversant. À ne pas rater.

Tout ce que je vois dans ce film, qui se déroule souvent au Congo belge, résonne avec un livre (épouvantable) que je suis en train de lire, précisément sur le Congo, "Les fantômes du roi Léopold. La terreur coloniale dans l'État du Congo. 1884-1908", d'Adam Hochschild : l'horreur absolue que les blancs ont imposée aux Africains, l'enfer sur terre... n'était donc qu'un début. Nous avons même —c'est clair dans ce film-enquête— carrément INJECTÉ LE SIDA AUX AFRICAINS sans défense, DE FORCE, en sachant très bien qu'il existait des risques importants avec un tel sérum, et les jeunes Africains sont donc promis à une mort certaine par centaine de millions, pendant que — indécence suprême — nos cupides labos refusent de laisser les victimes fabriquer les médicaments à bas coûts ! C'est simplement à hurler de rage et d'impuissance devant tant d'injustices impunies.

IL EST URGENT QUE LA POLITIQUE (ET LA SCIENCE) PASSENT ENFIN SOUS CONTRÔLE CITOYEN.

L'organisation représentative élitaire est une catastrophe pour le plus grand nombre.

ÇA SUFFIT !

Étienne.

dimanche 18 décembre 2011

Idée de virus gentil : le-message.org (11)

UNE AUTRE IDÉE DE VIRUS GENTIL :
le-message.org




http://www.le-message.org


Cette-fois, l'idée de ce virus gentil (Paul, pour les intimes), c'est de
simplifier au maximum le message essentiel :
en ramenant les objectifs et les arguments "à l'os" => 0% M.G.

Formidable boulot ! Je trouve le résultat spectaculaire.
Ce site très sobre va être très utile, c'est sûr.

Facile à retenir : "va voir le-message.org... c'est tout simple et ça peut tout changer."

Merci Paul ! Ce bel outil devrait aider plein de jeunes apprentis-virus
à réveiller rapidement pleins de nouveaux virus (virus de démocratie vraie et de justice sociale ; on en manque !).

Étienne.

Idée de virus gentil : TwIRL (4)

UNE IDÉE DU JEUNE VIRUS, LE BIEN NOMMÉ "MEROME" :

TwIRL

Pour mieux se reproduire en dehors du net,
un outil qui facilite la fabrication de DAZIBAOS :

• Les explications : http://merome.net/blog/index.php?post%2F2011%2F12%2F13%2FTwIRL


• L'outil : http://merome.net/twirl/


FAITES PASSER LE MOT !


• Un complément, pour info : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dazibao


Ça continue à germer :)

Tout le monde peut semer les meilleures graines imaginées par les autres, cela va sans dire...

La Terre manque de virus gentils, virus démocratiques, virus de justice sociale réelle...
Cessons d'attendre quoi que ce soit de nos prétendus représentants : DEVENONS TOUS VIRAUX, À LA BASE.

Produisons des dazibaos TwIRL à la pelle... :)

Étienne.

L’âme humaine est capable de s’instruire seule et sans maître (Jacotot - Rancière) (53)

Chers amis,

Il y a longtemps que je veux vous parler d'un livre qui me bouleverse, d'abord dans mes convictions de professeur, mais aussi dans mes réflexions sur la démocratie (la vraie).

Il s'agit du livre de Jacques Rancière qui nous fait découvrir l'expérience formidable de Joseph Jacotot avec ses élèves, au début du 19e siècle.

Vous allez voir, c'est épatant.

(Au-delà des enfants, pensez aussi aux électeurs, aux électeurs-enfants que nous sommes, maintenus dans leur enfance par leurs méchants élus-parents, élus qui (font semblant qu'ils) ne peuvent pas croire un instant que ces enfants puissent un jour devenir — et a fortiori SEULS — des citoyens-adultes.)

Lisez plutôt :

LE MAÎTRE IGNORANT
Cinq leçons sur l'émancipation intellectuelle
par Jacques Rancière


Chapitre premier : une aventure intellectuelle

En l'an 1818, Joseph Jacotot, lecteur de littérature française à l'université de Louvain, connut une aventure intellectuelle.

Une carrière longue et mouvementée aurait pourtant dû le mettre à l'abri des surprises : il avait fêté ses dix-neuf ans en 1789. Il enseignait alors la rhétorique à Dijon et se préparait au métier d'avocat. En 1792 il avait servi comme artilleur dans les armées de la République. Puis la Convention l'avait vu successivement instructeur au Bureau des poudres, secrétaire du ministre de la Guerre et substitut du directeur de l'École polytechnique. Revenu à Dijon, il y avait enseigné l'analyse, l'idéologie et les langues anciennes, les mathématiques pures et transcendantes et le droit. En mars 1815 l'estime de ses compatriotes en avait fait malgré lui un député. Le retour des Bourbons l'avait contraint à l'exil et il avait obtenu de la libéralité du roi des Pays-Bas ce poste de professeur à demi-solde. Joseph Jacotot connaissait les lois de l'hospitalité et comptait passer à Louvain des jours calmes.

Le hasard en décida autrement. Les leçons du modeste lecteur furent en effet vite goûtées des étudiants. Parmi ceux qui voulurent en profiter, un bon nombre ignorait le français. Joseph Jacotot, de son côté, ignorait totalement le hollandais. Il n'existait donc point de langue dans laquelle il pût les instruire de ce qu'ils lui demandaient. Il voulut pourtant répondre à leur vœu. Pour cela, il fallait établir, entre eux et lui, le lien minimal d'une chose commune. Or il se publiait en ce temps-là à Bruxelles une édition bilingue de Télémaque. La chose commune était trouvée et Télémaque entra ainsi dans la vie de Joseph Jacotot. Il fit remettre le livre aux étudiants par un interprète et leur demanda d'apprendre le texte français en s'aidant de la traduction. Quand ils eurent atteint la moitié du premier livre, il leur fit dire de répéter sans cesse ce qu'ils avaient appris et de se contenter de lire le reste pour être à même de le raconter. C'était là une solution de fortune, mais aussi, à petite échelle, une expérience philosophique dans le goût de celles qu'on affectionnait au siècle des Lumières. Et Joseph Jacotot, en 1818, restait un homme du siècle passé.

L'expérience pourtant dépassa son attente.

Il demanda aux étudiants ainsi préparés d'écrire en français ce qu'ils pensaient de tout ce qu'ils avaient lu. « Il s'attendait à d'affreux barbarismes, à une impuissance absolue peut-être.

Comment en effet tous ces jeunes gens privés d'explications auraient-ils pu comprendre et résoudre les difficultés d'une langue nouvelle pour eux ? N'importe ! il fallait voir où les avait conduits cette route ouverte au hasard, quels étaient les résultats de cet empirisme désespéré. Combien ne fut-il pas surpris de découvrir que ces élèves, livrés à eux-mêmes, s'étaient tirés de ce pas difficile aussi bien que l'auraient fait beaucoup de Français? Ne fallait-il donc plus que vouloir pour pouvoir? Tous les hommes étaient-ils donc virtuellement capables de comprendre ce que d'autres avaient fait et compris ? »

Telle fut la révolution que cette expérience de hasard provoqua dans son esprit. Jusque-là il avait cru ce que croient tous les professeurs consciencieux : que la grande affaire du maître est de transmettre ses connaissances à ses élèves pour les élever par degrés vers sa propre science. Il savait comme eux qu'il ne s'agit point de gaver les élèves de connaissances et de les faire répéter comme des perroquets, mais aussi qu'il faut leur éviter ces chemins de hasard où se perdent des esprits encore incapables de distinguer l'essentiel de l'accessoire et le principe de la conséquence. Bref, l'acte essentiel du maître était d'expliquer, de dégager les éléments simples des connaissances et d'accorder leur simplicité de principe avec la simplicité de fait qui caractérise les esprits jeunes et ignorants. Enseigner, c'était, d'un même mouvement, transmettre des connaissances et former des esprits, en les menant, selon une progression ordonnée, du plus simple au plus complexe. Ainsi l'élève s'élevait-il, dans l'appropriation raisonnée du savoir et la formation du jugement et du goût, aussi haut que sa destination sociale le requérait et était-il préparé à en faire l'usage convenant à cette destination : enseigner, plaider ou gouverner pour les élites lettrées; concevoir, dessiner ou fabriquer instruments et machines pour les avant-gardes nouvelles que l'on cherchait maintenant à tirer de l'élite du peuple; faire, dans la carrière des sciences, des découvertes nouvelles pour les esprits doués de ce génie particulier. Sans doute les démarches de ces hommes de science divergeaient-elles sensiblement de l'ordre raisonné des pédagogues. Mais il n'y avait aucun argument à en tirer contre cet ordre. Au contraire, il faut d'abord avoir acquis une solide et méthodique formation pour donner l'essor aux singularités du génie. Post hoc, ergo propter hoc.

Ainsi raisonnent tous les professeurs consciencieux. Ainsi avait raisonné et agi Joseph Jacotot, en trente ans de métier. Or voilà que le grain de sable venait par hasard de s'introduire dans la machine. Il n'avait donné à ses « élèves » aucune explication sur les premiers éléments de la langue. Il ne leur avait pas expliqué l'orthographe et les conjugaisons. Ils avaient cherché seuls les mots français correspondant aux mots qu'ils connaissaient et les raisons de leurs désinences. Ils avaient appris seuls à les combiner pour faire à leur tour des phrases françaises : des phrases dont l'orthographe et la grammaire devenaient de plus en plus exactes à mesure qu'ils avançaient dans le livre; mais surtout des phrases d'écrivains et non point d'écoliers. Les explications du maître étaient-elles donc superflues? Ou, si elles ne l'étaient pas, à qui et à quoi étaient-elles donc utiles?


L'ordre explicateur

Une illumination soudaine éclaira donc brutalement, dans l'esprit de Joseph Jacotot, cette évidence aveugle de tout système d'enseignement : la nécessité des explications. Quoi de mieux assuré pourtant que cette évidence? Nul ne connaît vraiment que ce qu'il a compris. Et, pour qu'il comprenne, il faut qu'on lui ait donné une explication, que la parole du maître ait brisé le mutisme de la matière enseignée.

Cette logique pourtant ne laisse pas de comporter quelque obscurité. Voici par exemple un livre entre les mains de l'élève. Ce livre est composé d'un ensemble de raisonnements destinés à faire comprendre une matière à l'élève. Mais voici maintenant le maître qui prend la parole pour expliquer le livre. Il fait un ensemble de raisonnements pour expliquer l'ensemble de raisonnements que constitue le livre. Mais pourquoi celui-ci a-t-il besoin d'un tel secours? Au lieu de payer un explicateur, le père de famille ne pourrait-il pas simplement donner le livre à son fils et l'enfant comprendre directement les raisonnements du livre? Et s'il ne les comprend pas, pourquoi comprendrait-il davantage les raisonnements qui lui expliqueront ce qu'il n'a pas compris? Ceux-ci sont-ils d'une autre nature? Et ne faudra-t-il pas dans ce cas expliquer encore la façon de les comprendre?

La logique de l'explication comporte ainsi le principe d'une régression à l'infini : le redoublement des raisons n'a pas de raison de s'arrêter jamais. Ce qui arrête la régression et donne au système son assise, c'est simplement que l'explicateur est seul juge du point où l'explication est elle-même expliquée. Il est seul juge de cette question par elle-même vertigineuse : l'élève a-t-il compris les raisonnements qui lui enseignent à comprendre les raisonnements? C'est là que le maître tient le père de famille : comment celui-ci sera-t-il assuré que l'enfant a compris les raisonnements du livre? Ce qui manque au père de famille, ce qui manquera toujours au trio qu'il forme avec l'enfant et le livre, c'est cet art singulier de l'explicateur : l'art de la distance. Le secret du maître est de savoir reconnaître la distance entre la matière enseignée et le sujet à instruire, la distance aussi entre apprendre et comprendre. L'explicateur est celui qui pose et abolit la distance, qui la déploie et la résorbe au sein de sa parole.

Ce statut privilégié de la parole ne supprime la régression à l'infini que pour instituer une hiérarchie paradoxale. Dans l'ordre explicateur, en effet, il faut généralement une explication orale pour expliquer l'explication écrite. Cela suppose que les raisonnements sont plus clairs, s'impriment mieux dans l'esprit de l'élève quand ils sont véhiculés par la parole du maître, qui se dissipe dans l'instant, que dans le livre où ils sont pour jamais inscrits en caractères ineffaçables. Comment entendre ce paradoxal privilège de la parole sur l'écrit, de l'ouïe sur la vue? Quel rapport y a-t-il donc entre le pouvoir de la parole et celui du maître ?

Ce paradoxe en rencontre aussitôt un autre : les paroles que l'enfant apprend le mieux, celles dont il pénètre le mieux le sens, qu'il s'approprie le mieux pour son propre usage, ce sont celles qu'il apprend sans maître explicateur, avant tout maître explicateur. Dans l'inégal rendement des apprentissages intellectuels divers, ce que tous les enfants d'hommes apprennent le mieux, c'est ce que nul maître ne peut leur expliquer, la langue maternelle. On leur parle et l'on parle autour d'eux. Ils entendent et retiennent, imitent et répètent, se trompent et se corrigent, réussissent par chance et recommencent par méthode, et, à un âge trop tendre pour que les explicateurs puissent entreprendre leur instruction, sont à peu près tous — quels que soient leur sexe, leur condition sociale et la couleur de leur peau — capables de comprendre et de parler la langue de leurs parents.

Or voici que cet enfant qui a appris à parler par sa propre intelligence et par des maîtres qui ne lui expliquaient pas la langue commence son instruction proprement dite. Tout se passe maintenant comme s'il ne pouvait plus apprendre à l'aide de la même intelligence qui lui a servi jusqu'alors, comme si le rapport autonome de l'apprentissage à la vérification lui était désormais étranger. Entre l'un et l'autre, une opacité s'est maintenant établie. Il s'agit de comprendre et ce seul mot jette un voile sur toute chose : comprendre est ce que l'enfant ne peut faire sans les explications d'un maître, plus tard d'autant de maîtres qu'il y aura de matières à comprendre, données dans un certain ordre progressif. S'y ajoute la circonstance étrange que ces explications, depuis qu'a commencé l'ère du progrès, ne cessent de se perfectionner pour mieux expliquer, mieux faire comprendre, mieux apprendre à apprendre, sans qu'on puisse jamais mesurer un perfectionnement correspondant dans ladite compréhension. Bien plutôt commence à s'élever la rumeur désolée qui ne cessera de s'amplifier, celle d'une baisse continue de l'efficacité du système explicatif, laquelle nécessite bien sûr un nouveau perfectionnement pour rendre les explications plus faciles à comprendre par ceux qui ne les comprennent pas...

La révélation qui saisit Joseph Jacotot se ramène à ceci : il faut renverser la logique du système explicateur. L'explication n'est pas nécessaire pour remédier à une incapacité à comprendre. C'est au contraire cette incapacité qui est la fiction structurante de la conception explicatrice du monde. C'est l'explicateur qui a besoin de l'incapable et non l'inverse, c'est lui qui constitue l'incapable comme tel.

Expliquer quelque chose à quelqu'un, c'est d'abord lui démontrer qu'il ne peut pas le comprendre par lui-même. Avant d'être l'acte du pédagogue, l'explication est le mythe de la pédagogie, la parabole d'un monde divisé en esprits savants et esprits ignorants, esprits mûrs et immatures, capables et incapables, intelligents et bêtes. Le tour propre à l'explicateur consiste en ce double geste inaugural. D'une part, il décrète le commencement absolu : c'est maintenant seulement que va commencer l'acte d'apprendre. D'autre part, sur toutes les choses à apprendre, il jette ce voile de l'ignorance qu'il se charge lui-même de lever. Jusqu'à lui, le petit homme a tâtonné à l'aveuglette, à la devinette. Il va apprendre maintenant. Il entendait des mots et les répétait. Il s'agit de lire maintenant et il n'entendra pas les mots s'il n'entend les syllabes, les syllabes s'il n'entend les lettres que ni le livre ni ses parents ne sauraient lui faire entendre mais seulement la parole du maître.

Le mythe pédagogique, disions-nous, divise le monde en deux. Il faut dire plus précisément qu'il divise l'intelligence en deux. Il y a, dit-il, une intelligence inférieure et une intelligence supérieure. La première enregistre au hasard des perceptions, retient, interprète et répète empiriquement, dans le cercle étroit des habitudes et des besoins. C'est l'intelligence du petit enfant et de l'homme du peuple. La seconde connaît les choses par les raisons, elle procède par méthode, du simple au complexe, de la partie au tout. C'est elle qui permet au maître de transmettre ses connaissances en les adaptant aux capacités intellectuelles de l'élève et de vérifier que l'élève a bien compris ce qu'il a appris. Tel est le principe de l'explication. Tel sera désormais pour Jacotot le principe de l'abrutissement.

Entendons-le bien, et, pour cela, chassons les images connues. L'abrutisseur n'est pas le vieux maître obtus qui bourre le crâne de ses élèves de connaissances indigestes, ni l'être maléfique pratiquant la double vérité pour assurer son pouvoir et l'ordre social. Au contraire, il est d'autant plus efficace qu'il est savant, éclairé et de bonne foi. Plus il est savant, plus évidente lui apparaît la distance de son savoir à l'ignorance des ignorants. Plus il est éclairé, plus lui semble évidente la différence qu'il y a entre tâtonner à l'aveuglette et chercher avec méthode, plus il s'attachera à substituer l'esprit à la lettre, la clarté des explications à l'autorité du livre. Avant tout, dira-t-il, il faut que l'élève comprenne, et pour cela qu'on lui explique toujours mieux. Tel est le souci du pédagogue éclairé : le petit comprend-il ? il ne comprend pas. Je trouverai des manières nouvelles de lui expliquer, plus rigoureuses dans leur principe, plus attrayantes dans leur forme; et je vérifierai qu'il a compris.

Noble souci. Malheureusement, c'est justement ce petit mot, ce mot d'ordre des éclairés - comprendre - qui fait tout le mal. C'est lui qui arrête le mouvement de la raison, détruit sa confiance en elle-même, la met hors de sa voie propre en brisant en deux le monde de l'intelligence, en instaurant la coupure de l'animal tâtonnant au petit monsieur instruit, du sens commun à la science. Dès lors qu'est prononcé ce mot d'ordre de la dualité, tout perfectionnement dans la manière de faire comprendre, cette grande préoccupation des méthodistes et des progressistes, est un progrès dans l'abrutissement. L'enfant qui ânonne sous la menace des coups obéit à la férule, et voilà tout : il appliquera son intelligence à autre chose. Mais le petit expliqué, lui, investira son intelligence dans ce travail du deuil : comprendre, c'est-à-dire comprendre qu'il ne comprend pas si on ne lui explique pas. Ce n'est plus à la férule qu'il se soumet, c'est à la hiérarchie du monde des intelligences. Pour le reste, il est tranquille comme l'autre : si la solution du problème est trop difficile à chercher, il aura bien l'intelligence d'écarquiller les yeux. Le maître est vigilant et patient. Il verra que le petit ne suit plus, il le remettra dans le chemin en lui réexpliquant. Ainsi le petit acquiert-il une intelligence nouvelle, celle des explications du maître. Plus tard il pourra être explicateur à son tour. Il possède l'équipement. Mais il le perfectionnera : il sera homme de progrès.


Le hasard et la volonté

Ainsi va le monde des explicateurs expliqués. Ainsi aurait-il dû aller encore pour le professeur Jacotot si le hasard ne l'avait mis en présence d'un fait. Et Joseph Jacotot pensait que tout raisonnement doit partir des faits et céder devant eux. N'entendons pas par là qu'il fût matérialiste. Au contraire : comme Descartes qui prouvait le mouvement en marchant, mais aussi comme son contemporain, le très royaliste et très religieux Maine de Biran, il tenait les faits de l'esprit agissant et prenant conscience de son activité pour plus certains que toute chose matérielle. Et c'était bien de cela qu'il s'agissait : le fait était que ces étudiants s'étaient appris à parler et à écrire en français sans le secours de ses explications. Il ne leur avait rien transmis de sa science, rien expliqué des radicaux et des flexions de la langue française. Il n'avait pas même procédé à la façon de ces pédagogues réformateurs qui, comme le précepteur d'Emile, égarent leurs élèves pour mieux les guider et balisent astucieusement un parcours d'obstacles qu'il faut apprendre à franchir par soi-même. Il les avait laissés seuls avec le texte de Fénelon, une traduction - pas même interlinéaire à la manière des écoles -et leur volonté d'apprendre le français. Il leur avait seulement donné l'ordre de traverser une forêt dont il ignorait les issues. La nécessité l'avait contraint à laisser entièrement hors jeu son intelligence, cette intelligence médiatrice du maître qui relie l'intelligence imprimée dans les mots écrits à celle de l'apprenti. Et, du même coup, il avait supprimé cette distance imaginaire qui est le principe de l'abrutissement pédagogique. Tout s'était joué par force entre l'intelligence de Fénelon qui avait voulu faire un certain usage de la langue française, celle du traducteur qui avait voulu en donner un équivalent hollandais et leur intelligence d'apprentis qui voulaient apprendre la langue française. Et il était apparu qu'aucune autre intelligence n'était nécessaire. Sans y penser, il leur avait fait découvrir ceci qu'il découvrait avec eux : toutes les phrases, et par conséquent toutes les intelligences qui les produisent, sont de même nature. Comprendre n'est jamais que traduire, c'est-à-dire donner l'équivalent d'un texte mais non point sa raison. Il n'y a rien derrière la page écrite, pas de double fond qui nécessite le travail d'une intelligence autre, celle de l'explicateur; pas de langue du maître, de langue de la langue dont les mots et les phrases aient pouvoir de dire la raison des mots et des phrases d'un texte. Les étudiants flamands en avaient administré la preuve : ils n'avaient à leur disposition pour parler de Télémaque que les mots de Télémaque. Il suffit donc des phrases de Fénelon pour comprendre les phrases de Fénelon et pour dire ce qu'on en a compris. Apprendre et comprendre sont deux manières d'exprimer le même acte de traduction. Il n'y a rien en deçà des textes sinon la volonté de s'exprimer, c'est-à-dire de traduire. S'ils avaient compris la langue en apprenant Fénelon, ce n'était pas simplement par la gymnastique qui compare une page de gauche à une page de droite. Ce n'est pas l'aptitude à changer de colonne qui compte, mais la capacité de dire ce qu'on pense dans les mots des autres. S'ils avaient appris cela de Fénelon, c'était parce que l'acte de Fénelon écrivain était lui-même un acte de traducteur : pour traduire une leçon de politique en récit légendaire, Fénelon avait mis en français de son siècle le grec d'Homère, le latin de Virgile et la langue, savante ou naïve, de cent autres textes, du conte d'enfants à l'histoire érudite. Il avait appliqué à cette double traduction la même intelligence qu'ils employaient à leur tour pour raconter avec les phrases de son livre ce qu'ils pensaient de son livre.

Mais aussi l'intelligence qui leur avait fait apprendre le français dans Télémaque était la même par laquelle ils avaient appris la langue maternelle : en observant et en retenant, en répétant et en vérifiant, en rapportant ce qu'ils cherchaient à connaître à ce qu'ils connaissaient déjà, en faisant et en réfléchissant à ce qu'ils avaient fait. Ils étaient allés comme on ne doit pas aller, comme vont les enfants, à l'aveuglette, à la devinette. Et la question se posait alors : est-ce qu'il ne fallait pas renverser l'ordre admis des valeurs intellectuelles ? Est-ce que cette méthode honnie de la devinette n'était pas le vrai mouvement de l'intelligence humaine qui prend possession de son propre pouvoir ? Est-ce que sa proscription ne signait pas d'abord la volonté de couper en deux le monde de l'intelligence? Les méthodistes opposent la mauvaise méthode de hasard à la démarche par raison. Mais ils se donnent par avance ce qu'ils veulent prouver. Ils supposent un petit animal qui explore en se cognant aux choses un monde qu'il n'est pas encore capable de voir et qu'ils lui apprendront justement à discerner. Mais le petit d'homme est d'abord un être de parole. L'enfant qui répète les mots entendus et l'étudiant flamand « perdu » dans son Télémaque ne vont pas au hasard. Tout leur effort, toute leur exploration est tendue vers ceci : une parole d'homme leur a été adressée qu'ils veulent reconnaître et à laquelle ils veulent répondre, non en élèves ou en savants, mais en hommes ; comme on répond à quelqu'un qui vous parle et non à quelqu'un qui vous examine : sous le signe de l'égalité.

Le fait était là : ils avaient appris seuls et sans maître explicateur. Or ce qui a eu lieu une fois est toujours possible. Cette découverte, au demeurant, pouvait renverser les principes du professeur Jacotot. Mais l'homme Jacotot était plus à même de reconnaître la variété de ce qu'on peut attendre d'un homme. Son père avait été boucher, avant de tenir les comptes de son grand-père, le charpentier qui avait envoyé son petit-fils au collège. Lui-même était professeur de rhétorique quand avait retenti l'appel aux armes de 1792. Le vote de ses compagnons l'avait fait capitaine d'artillerie et il s'était montré un remarquable artilleur. En 1793, au Bureau des poudres, ce latiniste s'était fait instructeur de chimie pour la formation accélérée de ces ouvriers qu'on envoyait appliquer sur tous les points du territoire les découvertes de Fourcroy. Chez le même Fourcroy il avait connu Vauquelin, ce fils de paysan qui s'était fait une formation de chimiste en cachette de son patron. A l'École polytechnique, il avait vu arriver ces jeunes gens que des commissions improvisées avaient sélectionnés sur le double critère de leur vivacité d'esprit et de leur patriotisme. Et il les avait vus devenir de fort bons mathématiciens, moins par les mathématiques que Monge ou Lagrange leur expliquaient que par celles qu'ils faisaient devant eux. Lui-même avait apparemment profité de ses fonctions administratives pour se donner une compétence de mathématicien qu'il avait plus tard exercée à l'université de Dijon. Tout comme il avait adjoint l'hébreu aux langues anciennes qu'il enseignait et composé un Essai sur la grammaire hébraïque. Il pensait, Dieu sait pourquoi, que cette langue avait de l'avenir. Enfin il s'était fait, à son corps défendant mais avec la plus grande fermeté, une compétence de représentant du peuple. Bref, il savait ce que la volonté des individus et le péril de la patrie pouvaient faire naître de capacités inédites en des circonstances où l'urgence contraignait à brûler les étapes de la progression explicatrice. Il pensa que cet état d'exception, commandé par le besoin de la nation, ne différait pas en son principe de cette urgence qui commande l'exploration du monde par l'enfant ou de cette autre qui contraint la voie singulière des savants et des inventeurs. À travers l'expérience de l'enfant, du savant et du révolutionnaire, la méthode de hasard pratiquée avec succès par les étudiants flamands révélait son second secret. Cette méthode de l'égalité était d'abord une méthode de la volonté. On pouvait apprendre seul et sans maître explicateur quand on le voulait, par la tension de son propre désir ou la contrainte de la situation.


Le Maître émancipateur

Cette contrainte avait pris en la circonstance la forme de la consigne donnée par Jacotot. Et il en résultait une conséquence capitale, non plus pour les élèves mais pour le maître. Les élèves avaient appris sans maître explicateur, mais non pas pour autant sans maître. Ils ne savaient pas auparavant, et maintenant ils savaient. Donc Jacotot leur avait enseigné quelque chose. Pourtant il ne leur avait rien communiqué de sa science. Donc ce n'était pas la science du maître que l'élève apprenait. Il avait été maître par le commandement qui avait enfermé ses élèves dans le cercle d'où ils pouvaient seuls sortir, en retirant son intelligence du jeu pour laisser leur intelligence aux prises avec celle du livre. Ainsi s'étaient dissociées les deux fonctions que relie la pratique du maître explicateur, celle du savant et celle du maître. Ainsi s'étaient également séparées, libérées l'une par rapport à l'autre, les deux facultés en jeu dans l'acte d'apprendre : l'intelligence et la volonté. Entre le maître et l'élève s'était établi un pur rapport de volonté à volonté : rapport de domination du maître qui avait eu pour conséquence un rapport entièrement libre de l'intelligence de l'élève à celle du livre — cette intelligence du livre qui était aussi la chose commune, le lien intellectuel égalitaire entre le maître et l'élève. Ce dispositif permettait de désintriquer les catégories mêlées de l'acte pédagogique et de définir exactement l'abrutissement explicateur. Il y a abrutissement là où une intelligence est subordonnée à une autre intelligence. L'homme — et l'enfant en particulier — peut avoir besoin d'un maître quand sa volonté n'est pas assez forte pour le mettre et le tenir sur sa voie. Mais cette sujétion est purement de volonté à volonté.

Elle devient abrutissante quand elle lie une intelligence à une autre intelligence. Dans l'acte d'enseigner et d'apprendre il y a deux volontés et deux intelligences. On appellera abrutissement leur coïncidence. Dans la situation expérimentale créée par Jacotot, l'élève était lié à une volonté, celle de Jacotot, et à une intelligence, celle du livre, entièrement distinctes. On appellera émancipation la différence connue et maintenue des deux rapports, l'acte d'une intelligence qui n'obéit qu'à elle-même, lors même que la volonté obéit à une autre volonté.

Cette expérience pédagogique ouvrait ainsi sur une rupture avec la logique de toutes les pédagogies. La pratique des pédagogues s'appuie sur l'opposition de la science et de l'ignorance. Ils se distinguent par les moyens choisis pour rendre savant l'ignorant : méthodes dures ou douces, traditionnelles ou modernes, passives ou actives, dont on peut comparer le rendement. De ce point de vue, on pourrait, en première approche, comparer la rapidité des élèves de Jacotot avec la lenteur des méthodes traditionnelles. Mais, en réalité, il n'y avait rien à comparer. La confrontation des méthodes suppose l'accord minimal sur les fins de l'acte pédagogique : transmettre les connaissances du maître à l'élève. Or Jacotot n'avait rien transmis. Il n'avait fait usage d'aucune méthode. La méthode était purement celle de l'élève.

Et apprendre plus ou moins vite le français est en soi-même une chose de peu de conséquence. La comparaison ne s'établissait plus entre des méthodes mais entre deux usages de l'intelligence et deux conceptions de l'ordre intellectuel. La voie rapide n'était pas celle d'une meilleure pédagogie. Elle était une autre voie, celle de la liberté, cette voie que Jacotot avait expérimentée dans les armées de l'an II, la fabrication des poudres ou l'installation de l'École polytechnique : la voie de la liberté répondant à l'urgence de son péril, mais aussi bien celle de la confiance en la capacité intellectuelle de tout être humain. Sous le rapport pédagogique de l'ignorance à la science, il fallait reconnaître le rapport philosophique plus fondamental de l'abrutissement à l'émancipation. Il y avait ainsi non pas deux mais quatre termes en jeu. L'acte d'apprendre pouvait être produit selon quatre déterminations diversement combinées : par un maître émancipateur ou par un maître abrutissant ; par un maître savant ou par un maître ignorant.

La dernière proposition était la plus rude à supporter. Passe encore d'entendre qu'un savant doive se dispenser d'expliquer sa science. Mais comment admettre qu'un ignorant puisse être pour un autre ignorant cause de science ? L'expérience même de Jacotot était ambiguë de par sa qualité de professeur de français. Mais puisqu'elle avait au moins montré que ce n'était pas le savoir du maître qui instruisait l'élève, rien n'empêchait le maître d'enseigner autre chose que son savoir, d'enseigner ce qu'il ignorait. Joseph Jacotot s'appliqua donc à varier les expériences, à répéter à dessein ce que le hasard avait une fois produit. Il se mit ainsi à enseigner deux matières où son incompétence était avérée, la peinture et le piano. Les étudiants en droit auraient voulu qu'on lui donnât une chaire vacante dans leur faculté. Mais l'université de Louvain déjà s'inquiétait de ce lecteur extravagant pour qui l'on désertait les cours magistraux, en venant s'entasser le soir dans une salle trop petite à la seule lueur de deux bougies, pour s'entendre dire : « Il faut que je vous apprenne que je n'ai rien à vous apprendre. » L'autorité consultée répondit donc qu'elle ne lui voyait point de titre à cet enseignement. Précisément il s'occupait alors d'expérimenter l'écart entre le titre et l'acte. Plutôt donc que de faire en français un cours de droit, il apprit à des étudiants à plaider en hollandais. Ils plaidèrent fort bien, mais lui ignorait toujours le hollandais.


Le cercle de la puissance

L'expérience lui sembla suffisante pour l'éclairer: on peut enseigner ce qu'on ignore si l'on émancipe l'élève, c'est-à-dire si on le contraint à user de sa propre intelligence. Maître est celui qui enferme une intelligence dans le cercle arbitraire d'où elle ne sortira qu'à se rendre à elle-même nécessaire. Pour émanciper un ignorant, il faut et il suffit d'être soi-même émancipé, c'est-à-dire conscient du véritable pouvoir de l'esprit humain. L'ignorant apprendra seul ce que le maître ignore si le maître croit qu'il le peut et l'oblige à actualiser sa capacité : cercle de la puissance homologue à ce cercle de l'impuissance qui lie l'élève à l'explicateur de la vieille méthode (nous l'appellerons désormais simplement la Vieille).

Mais le rapport des forces est bien particulier. Le cercle de l'impuissance est toujours déjà là, il est la marche même du monde social qui se dissimule dans l'évidente différence de l'ignorance et de la science. Le cercle de la puissance, lui, ne peut prendre effet que de sa publicité. Mais il ne peut apparaître que comme une tautologie ou une absurdité. Comment le maître savant entendra-t-il jamais qu'il peut enseigner ce qu'il ignore aussi bien que ce qu'il sait? Il ne recevra cette augmentation de puissance intellectuelle que comme une dévaluation de sa science. Et l'ignorant, de son côté, ne se croit pas capable d'apprendre par lui-même, encore moins d'instruire un autre ignorant. Les exclus du monde de l'intelligence souscrivent eux-mêmes au verdict de leur exclusion. Bref, le cercle de l'émancipation doit être commencé.

Là est le paradoxe. Car, à y réfléchir un peu, la « méthode » qu'il propose est la plus vieille de toutes et elle ne cesse d'être vérifiée tous les jours, dans toutes les circonstances où un individu a besoin de s'approprier une connaissance qu'il n'a pas le moyen de se faire expliquer. Il n'y a pas d'homme sur la terre qui n'ait appris quelque chose par lui-même et sans maître explicateur. Appelons cette manière d'apprendre « enseignement universel » et nous pourrons l'affirmer : « L'Enseignement universel existe réellement depuis le commencement du monde à côté de toutes les méthodes explicatrices. Cet enseignement, par soi-même, a réellement formé tous les grands hommes. » Mais voilà l'étrange : « Tout homme a fait cette expérience mille fois dans sa vie, et cependant jamais il n'était venu dans l'idée de personne de dire à un autre : J'ai appris beaucoup de choses sans explications, je crois que vous le pouvez comme moi (...) ni moi ni qui que ce soit au monde ne s'était avisé de l'employer pour instruire les autres. » À l'intelligence qui somnole en chacun, il suffirait de dire : Age quod agis, continue à faire ce que tu fais, « apprends le fait, imite-le, connais-toi toi-même, c'est la marche de la nature ». Répète méthodiquement la méthode de hasard qui t'a donné la mesure de ton pouvoir. La même intelligence est à l'œuvre dans tous les actes de l'esprit humain.

Mais c'est là le saut le plus difficile. Tout le monde pratique cette méthode au besoin mais nul ne veut la reconnaître, nul ne veut se mesurer à la révolution intellectuelle qu'elle signifie. Le cercle social, l'ordre des choses, lui interdit d'être reconnue pour ce qu'elle est : la vraie méthode par laquelle chacun apprend et par laquelle chacun peut prendre la mesure de sa capacité. Il faut oser la reconnaître et poursuivre la vérification ouverte de son pouvoir. Sans quoi la méthode de l'impuissance, la Vieille, durera autant que l'ordre des choses.

Qui voudrait commencer ? Il y avait bien en ce temps-là toutes sortes d'hommes de bonne volonté qui se préoccupaient de l'instruction du peuple : des hommes d'ordre voulaient élever le peuple au-dessus de ses appétits brutaux, des hommes de révolution voulaient l'amener à la conscience de ses droits; des hommes de progrès souhaitaient, par l'instruction, atténuer le fossé entre les classes; des hommes d'industrie rêvaient de donner par elle aux meilleures intelligences populaires les moyens d'une promotion sociale. Toutes ces bonnes intentions rencontraient un obstacle : les hommes du peuple ont peu de temps et encore moins d'argent à consacrer à cette acquisition. Aussi cherchait-on le moyen économique de diffuser le minimum d'instruction jugé, selon les cas, nécessaire et suffisant pour l'amélioration des populations laborieuses. Parmi les progressifs et les industriels une méthode était alors en honneur, l'enseignement mutuel. Il permettait de réunir dans un vaste local un grand nombre d'élèves divisés en escouades, dirigées par les plus avancés d'entre eux, promus au rang de moniteurs. Ainsi le commandement et la leçon du maître rayonnaient-ils, par le relais de ces moniteurs, sur toute la population à instruire. Le coup d'œil plaisait aux amis du progrès : c'est ainsi que la science se répand des sommets jusqu'aux plus modestes intelligences. Le bonheur et la liberté descendent à sa suite.

Cette sorte de progrès, pour Jacotot, sentait la bride. Manège perfectionné, disait-il. Il rêvait autre chose à l'enseigne de l'instruction mutuelle : que chaque ignorant pût se faire pour un autre ignorant le maître qui lui révélerait son pouvoir intellectuel. Plus exactement, son problème n'était pas l'instruction du peuple : on instruit les recrues que l'on enrôle sous sa bannière, les subalternes qui doivent pouvoir comprendre les ordres, le peuple que l'on veut gouverner — à la manière progressive, s'entend, sans droit divin et selon la seule hiérarchie des capacités. Son problème à lui était l'émancipation : que tout homme du peuple puisse concevoir sa dignité d'homme, prendre la mesure de sa capacité intellectuelle et décider de son usage.

Les amis de l'Instruction assuraient que celle-ci était la condition d'une vraie liberté. Après quoi ils reconnaissaient qu'ils devaient l'instruction au peuple, quitte à se disputer sur celle qu'ils lui donneraient. Jacotot ne voyait pas quelle liberté pouvait résulter pour le peuple des devoirs de ses instructeurs. Il sentait au contraire dans l'affaire une nouvelle forme d'abrutissement. Qui enseigne sans émanciper abrutit. Et qui émancipe n'a pas à se préoccuper de ce que l'émancipé doit apprendre. Il apprendra ce qu'il voudra, rien peut-être. Il saura qu'il peut apprendre parce que la même intelligence est à l'œuvre dans toutes les productions de l'art humain, qu'un homme peut toujours comprendre la parole d'un autre homme. L'imprimeur de Jacotot avait un fils débile. On désespérait d'en rien faire. Jacotot lui enseigna l'hébreu. Après quoi l'enfant devint un excellent lithographe. L'hébreu, cela va de soi, ne lui servit jamais à rien — sinon à savoir ce qu'ignoreraient toujours les intelligences mieux douées et plus instruites : ce n'était pas de l'hébreu.

Les choses étaient donc claires : ce n'était pas une méthode pour instruire le peuple, c'était un bienfait à annoncer aux pauvres : ils pouvaient tout ce que peut un homme. Il suffisait de l'annoncer. Jacotot décida de s'y dévouer. Il proclama que l'on peut enseigner ce qu'on ignore et qu'un père de famille, pauvre et ignorant, peut, s'il est émancipé, faire l'éducation de ses enfants, sans le secours d'aucun maître explicateur. Et il indiqua le moyen de cet enseignement universel : apprendre quelque chose et y rapporter tout le reste d'après ce principe : tous les hommes ont une égale intelligence.

On s'émut à Louvain, à Bruxelles et à La Haye; on prit la chaise de poste de Paris et de Lyon ; on vint d'Angleterre et de Prusse entendre la nouvelle; on alla la porter à Saint-Pétersbourg et à la Nouvelle-Orléans. Le bruit en courut jusqu'à Rio de Janeiro. Pendant quelques années la polémique se déchaîna et la République du savoir trembla sur ses bases.

Tout cela parce qu'un homme d'esprit, un savant renommé et un père de famille vertueux était devenu fou, faute d'avoir su le hollandais.

(Source : premier chapitre du livre de Jacques Rancière, "Le maître ignorant")

La suite est du même tonneau : un livre à ne pas rater, à déguster, à travailler, à infuser…
Monsieur Rancière : merci.

Chacun aura vu le lien (puissant) avec notre réflexion sur les conditions de possibilité d'une vraie démocratie.

J'ai hâte de lire les autres extraits qui vous auront stimulés, ainsi que les réflexions complémentaires qu'ils vous auront inspirés, sans oublier les trouvailles connexes que vous aurez débusquées. :-)

Étienne.

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"Ce qui abrutit le peuple, ce n’est pas le défaut d’instruction, mais la croyance en l’infériorité de son intelligence.
L’âme humaine est capable de s’instruire seule et sans maître."
Joseph Jacotot, militant pour l’émancipation intellectuelle, 1818

samedi 17 décembre 2011

La trahison est naturelle dans un député, à quelque parti qu'il appartienne. (Alain) (5)

La trahison est naturelle dans un député, à quelque parti qu'il appartienne. Et la trahison, comme on l'a cent fois remarqué, consiste à tirer vers la droite après avoir juré de rester plus ou moins à gauche ; chacun sait qu'il y a une droite et une gauche en tous les points de l'hémicycle ; et vous n'entendrez jamais dire qu'un député ait glissé à gauche malgré les promesses faites aux électeurs. Ce phénomène d'attraction, ou de répulsion, ou d'ionisation, comme on voudra dire, mérite d'être considéré avec attention ; le jeu politique revient tout à ces mouvements insensibles qui déplacent lentement et sûrement les représentants du peuple vers les ennemis du peuple.

Ennemis du peuple ? J'appelle ainsi ceux qui pensent que la Révolution fut une folie, que le peuple ne connaît nullement son propre bien, qu'il faut le ramener à l'obéissance, et le conduire à ses destinées d'après les lumières supérieures, qui brillent pour Coty, Kérillis, Bourget et autres génies nationaux, qui éclairent encore un petit peu le boursier Herriot, mais qui sont invisibles à vous et à moi, au commerçant, au paysan, à l'ouvrier, à tous les petits. Là-dessus on peut rire, car le peuple est à ses prétendus chefs comme un terrassier à un enfant ; il est très sain de rire ; mais enfin les récents événements ont prouvé que les esprits enfants, ceux qui se trompent à tout coup et sur tout, ont plus d'un moyen de nous passer la bride. Et tant que nous n'aurons pas compris le jeu, nous perdrons. Je reviens donc à mon député.

Premièrement, il croit savoir, ce qui est la pire ignorance. Il ressemble à ces gens qui reviennent d'Allemagne, et qui disent : « Vous ne connaissez pas l'Allemagne. » L'Allemagne est à peu près aussi facile à connaître que l'Amérique, ou la Chine, ou le problème des changes, ou celui des douanes. Dans ces immenses objets on trouve de quoi prouver n'importe quelle thèse. Ce qu'on en dit n'est jamais vrai ; sans compter que tout change d'un jour à l'autre. Or, le député fait sonner cette fausse monnaie des pédants de politique ; il incline à penser que le peuple est là-dessus tout à fait aveugle, qu'il est difficile de l'éclairer, qu'il demande des choses impossibles, comme la paix, la justice dans l'impôt, une police égale pour tous, et qu'enfin l'art du politique est de refuser en détail ce qu'on a promis en gros. Ce métier, quand on le voit sous cette lumière, donne de l'amertume, de l'impatience, un peu de mépris.

Ces sentiments sont chauffés à blanc dans la cornue, parisienne, qui est méphitique.

Il faudrait plus d'espace et de solitude aux amis du peuple. Il faudrait que la populace des parasites, intermédiaires, intrigants, joueurs, marchands de plaisirs, journalistes, vaudevillistes, leur laissât un peu plus d'air. Il faudrait aussi qu'ils ne soient pas tant serrés les uns contre les autres, échangeant leurs idées, qui n'ont pas une journée d'âge, et qui périssent le soir même. Tour à tour flattés et injuriés selon qu'ils risquent un pas à droite ou qu'ils reviennent sur leurs positions. J'y joins les ambitions, qu'on ne peut blâmer, car, sans ce piquant, la vie du politique serait mortellement ennuyeuse. Et voilà pourquoi le député mûrit mal ; voilà pourquoi vous le retrouvez misanthrope et pessimiste par cette opinion trouble qu'il a de lui-même. Là-dessus on me dit souvent que les partis, s'ils étaient forts, vaudraient mieux que les hommes ; mais je n'en crois rien. Les partis ont leurs gouvernants, qui suivent le destin de tous les gouvernants, j'entends qu'ils sont hommes d'État, mais prématurément. Homme d'État, on l'est toujours trop. Dix minutes par jour c'est assez et trop ; le reste du temps qu'il soit homme ; mais c'est beaucoup demander.

Alain, Propos de politique, 1934.

vendredi 16 décembre 2011

SORTEZ L'ARGENT DE LA POLITIQUE ! Dylan Ratigan (6)

Intéressante colère de Dylan Ratigan :

Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Dylan_Ratigan

Il a aussi une page FB : https://www.facebook.com/DylanRatigan?sk=wall

Et il semble qu'il défende les idées de ce parti : http://unitedrepublic.org/about-us/

qui fait circuler cette pétition aux USA : http://www.getmoneyout.com/ :
GET MONEY OUT ! => SORTEZ L'ARGENT DE LA POLITIQUE !

Cet homme-là prend le problème par une RACINE : effectivement, LA POLITIQUE NE DEVRAIT PAS AVOIR BESOIN DE L'ARGENT DES RICHES.

Et c'est bien par là que je vois, moi aussi, le mécanisme corrupteur — par construction — de l'élection, du faux "suffrage universel" : c'est cette procédure-là qui rend nécessaire le financement d'une campagne électorale et qui fait PRESQUE TOUJOURS des élus des débiteurs des riches et donc des ennemis du peuple, pour la plupart.

Donc, même si ce Dylan Ratigan ne va pas aussi loin que moi (en contestant l'aristocratique élection et en défendant le démocratique tirage au sort), il suit pourtant la même piste, me semble-t-il. Il n'est donc pas exclu que nous nous retrouvions un jour au même point : l'exigence stricte d'une démocratie digne de ce nom (avec un peuple qui vote lui-même ses lois, sans dieu ni maître), sans s'en laisser accroire par les escrocs que sont forcément les professionnels de la politique : pour se fonder, la démocratie requiert l'amateurisme politique.

Je ne la trouve pas banale, cette diatribe contre la corruption générale du Congrès US.

Étienne.

jeudi 15 décembre 2011

USA, GÉNÉRALISATION DE LA TORTURE (PAR LES ÉLUS !), SANS PROCÈS NI DÉFENSE NI RECOURS (5)

USA, GÉNÉRALISATION DE LA TORTURE (PAR LES ÉLUS !),
SANS PROCÈS NI DÉFENSE NI RECOURS :

Je vous signale ici deux documents révoltants, puis je vous propose un court commentaire :

http://groupe.proudhon-fa.over-blog.com/article-l-oublie-de-l-affaire-wikileaks-bradley-manning-90997867.html

L’oublié de l’affaire WikiLeaks : Bradley Manning

Dans l’affaire de WikiLeaks, il y a une personne dont on ne parle pas beaucoup : Bradley Manning, ce jeune soldat de 23 ans qui a été arrêté et accusé d’avoir donné à WikiLeaks des documents classifiés. Il est détenu dans la prison de la base des Marines de Quantico, en Virginie, depuis cinq mois, après avoir été détenu pendant deux mois au Koweït. Pourtant, aucune accusation ne pèse pourtant sur lui. Il est virtuellement tenu au secret.

Glenn Greenwald [1] a décrit de manière extrêmement critique les conditions dans lesquelles le jeune soldat est détenu, qui constituent « un traitement cruel et inhumain et qui, selon les normes de beaucoup de nations, sont assimilables à de la torture ».

Le Rapporteur Spécial de l’ONU sur la torture a commencé à enquêter pour déterminer si le régime d’isolement carcéral de Manning pourrait être qualifié de torture aux termes du droit international. Bien qu’il n’ait fait preuve d’aucun acte de rébellion depuis son arrestation en mai dernier, Manning est placé sous le régime de haute sécurité. Il est isolé dans sa cellule 23 heures sur 24, coupé de tout contact humain, même indirect, sans lecture ni aucune affaire personnelle. « Même à l’intérieur de sa cellule, ses activités sont soumises à de sévèrement restrictions ; on l’empêche même de prendre de l’exercice et il se trouve sous une surveillance constante pour renforcer ces restrictions », dit Glenn Greenwald. Par brimade, on lui dénie même le droit d’avoir un oreiller et des draps. Ses gardiens lui empêchent tout exercice et son sommeil est systématiquement interrompu.

Le Pentagone affirme cependant que les conditions de détention de Manning sont les mêmes que celles que peut connaître n’importe quel détenu, ce qui inclut la télévision, la lecture et l’activité physique sans contrainte. Mais selon un chercheur du MIT, David House, l’une des rares personnes à avoir pu rencontrer Manning à Quantico, ce dernier lui aurait déclaré qu’il n’avait qu’épisodiquement le droit de sortir et qu’en matière d’exercice sa seule possibilité se limite à être placé dans une pièce où il peut tourner en rond.

Manning se voit imposer les mesures qu’on destine aux détenus susceptibles de se suicider alors qu’un examen psychologique a clairement établi qu’il n’était pas suicidaire : il est constamment surveillé par des gardes ; avant de se coucher il doit se déshabiller et ses vêtements sont donnés aux gardes chaque soir ; il dort dans une « couverture de suicide » qui est, déclara-t-il à House, « identique en poids et en consistance aux vêtements de protection utilisés dans les laboratoires de radiologie, et en substance identique à un tapis rugueux et raide ». Selon Greenwald, les médecins de la prison lui administrent des antidépresseurs.

Un psychiatre, Jeff Kaye, déclara à David House après avoir rendu visite à Manning, qu’il est impossible de faire une évaluation complète de son état sans contact personnel, mais il ajouté que « l’isolement carcéral va lentement réduire l’état mental et physique de Bradley Manning ».

L’isolement est une agression contre le corps et l’esprit d’un individu. Il le prive de toute sorte d’interaction physique, sensorielle et sociale avec son environnement et avec d’autres êtres humains. Manning déclara qu’il n’avait pas vu le soleil et quatre semaines. Il ne voit d’autres personnes que quelques heures le weekend. Le système nerveux humain a besoin d’une certaine quantité de stimulations sensorielles et sociales pour conserver un cerveau en état de fonctionnement. Les effets de la privation varient selon les individus et certaines personnes sont affectées plus durement et rapidement, tandis que d’autres supportent plus longtemps l’ennui et le flux quotidien de morosité qui semble ne jamais.

« Avec le temps, l’isolement produit un syndrome bien connu qui est apparenté à celui d’un trouble cérébral biologique – le délire. La liste des conséquences possibles sur une personne est longue et peut inclure une incapacité à tolérer des stimulus ordinaires, des troubles du sommeil et de l’appétit, des formes primitives de pensée et des ruminations agressives, des altérations de la perception et des hallucinations, l’agitation, des crises de panique, la claustrophobie, le sentiment de perte de contrôle, la colère, la paranoïa, la perte de mémoire, le manque de concentration, des douleurs généralisées dans tout le corps, des anomalies d’EEG, la dépression, des idées suicidaires et des comportements aléatoires et autodestructeurs. » (Joshua Holland, Bradley Manning Suffering Extreme Isolation, December 24, 2010, http://www.alternet.org/story/149317/)

Selon Kaye, les effets de la détention a déjà ont déjà commencé à apparaître sur Manning – il semble avoir des difficultés de concentration et sa condition physique se détériore. Comme le note Glenn Greenwald, le régime d’isolement prolongé est « largement considéré dans le monde entier comme fortement néfaste, inhumain, et probablement même comme une forme de torture."

Dans un article du New Yorker paru en mars 2009 intitulé « L’isolement permanent est-il de la torture ? » – le chirurgien et journaliste Atul Gawande rassemblait des avis experts et des anecdotes personnelles pour démontrer que, « tous les êtres humains ressentent l’isolement comme de la torture ». En soi, le régime l’isolement prolongé détruit progressivement l’esprit d’une personne et la conduit à la folie. Un article de mars 2010 dans le Journal de l’Académie américaine de Psychiatrie et de Loi explique que « le régime d’isolement est reconnu comme difficile à supporter ; en effet, les causes de stress psychologique tels que l’isolement peuvent être aussi cliniquement destructeurs que la torture physique ».

Il faut reconnaître que Manning est un « whistleblower », un lanceur d’alerte [2]. Pour certains États-uniens, Manning dénonce des crimes commis par les forces US en Irak et se sent obligé de diffuser l’information dans l’espoir qu’elle suscitera « à l’échelle du monde, des discussions, des débats et des réformes ». « Je veux que les gens voient la vérité », écrivit-il, « indépendamment de qui ils sont, car sans information, vous ne pouvez pas en tant que public, prendre des décisions en connaissance de cause. » (Cité par Greenwald.) Il y réussit : la diffusion d’une vidéo montrant l’attaque d’un hélicoptère US contre un groupe de civils désarmés et l’attaque qui s’ensuivit contre les sauveteurs qui se précipitaient pour évacuer les survivants furent des révélateurs des horreurs de la guerre qu’on ne voit jamais dans les images sélectionnées montrées par les militaires.

« Sachant que les États-Unis peuvent faire disparaître, et fait disparaître des gens à volonté dans des “sites noirs”, qu’ils les assassinent avec des drones invisibles, les emprisonnent pour des années sans le moindre procès même en sachant qu’ils sont innocents, les torturent sans pitié, et qu’ils agissent d’une façon générale comme un pouvoir impérial voyou au-dessus des lois, tout cela crée un important climat d’intimidation et de peur. Qui osera défier le gouvernement des États-Unis – même de manière légale – sachant qu’il pourrait agir au mépris des lois, avec violence, sans frein et sans crainte des répercussions ? » (Greenwald.)

Parlant des modalités habituelles d’incarcération définies par le droit international, Greenwald commente : « C’est le côté sombre du régime d’exception américain. Notre volonté de ne pas appliquer ces critères aux prisonniers américains rendit facile le refus d’appliquer la convention de Genève qui interdit de tels traitements aux prisonniers de guerre étrangers, au détriment de la position morale de l’Amérique dans le monde. De la même manière que la génération précédente d’Américains avait accepté la ségrégation légale, notre génération a accepté la torture légale. Et il n’y a pas de plus claire manifestation de cela que notre usage routinier de l’isolement carcéral. »

R. B.

Sources : Bradley Manning Suffering Extreme Isolation Courageous Whistleblower ’Physically Deteriorating’ By Joshua Holland, AlterNet Posted on December 23, 2010, Printed on December 24, 2010 http://www.alternet.org/story/149317/

The Inhumane Conditions of Bradley Manning’s Detention By Glenn Greenwald Salon December 15, 2010 http://www.salon.com/news/opinion/glenn_greenwald/index.html

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[1] Glenn Greenwald est un avocat, auteur et blogger états-unien. Il intervient sur le blog Salon.com où il traite de questions politiques et juridiques. Il est fait référence ici à un article publié le 15 décembre 2010 intitulé « The inhumane conditions of Bradley Manning’s detention ».

[2] Whistleblower signifie littéralement « celui qui siffle ». C’est quelqu’un qui avertit les autres sur une situation qu’il estime anormale, injuste, éventuellement contre l’avis de sa hiérarchie. Contrairement au délateur, le « lanceur d’alerte » avertit contre une menace mettant en danger la communauté.

Source : http://monde-nouveau.net/spip.php?article299

Dernières nouvelles :

Selon le Monde.fr, la première audience pour Bradley Manning est fixée au 16 décembre
Il comparaîtra devant la justice militaire le 16 décembre à Fort Meade dans le Maryland .

Première étape avant la cour martiale, cette audience, qui intervient dix-huit mois après son arrestation, est "similaire à un grand jury civil, avec des droits supplémentaires pour l'accusé", selon un communiqué de l'armée de terre à Washington.

Il est accusé en particulier de "collusion avec l'ennemi", "diffusion de renseignements militaires", "publication sur Internet de renseignements en sachant qu'ils seront accessibles à l'ennemi" ainsi que "fraude et violation du règlement militaire", détaille l'armée dans ce communiqué et risque la prison à vie.




États-Unis : Le Sénat autorise
la détention militaire indéfinie et sans procès pour tous.

http://www.legrandsoir.info/etats-unis-le-senat-autorise-la-detention-militaire-indefinie-et-sans-proces-pour-tous-oped-news.html

États-Unis : Le Sénat autorise
la détention militaire indéfinie et sans procès pour tous.

par Ralph LOPEZ

Lors d’une détention militaire, vous êtes soumis au bon vouloir d’un commandant, comme Bradley Manning l’a été pendant un an à Quantico, ou José Padilla au cours de ses 3 années et demi passées au trou à Goose Creek en Caroline du Sud. Même avec toutes les garanties constitutionnelles offertes à Troy Davis, et malgré les rétractions de sept des neuf témoins oculaires, la justice n’a pas prévalu, ce qui prouve que la qualité d’un système dépend des qualités de ceux qui le font fonctionner.

La nouvelle loi qui autorise la détention militaire de citoyens états-uniens soupçonnés de terrorisme a été adoptée par le Sénat US la nuit dernière par 93 voix contre 7. Les termes employés sont tellement vagues qu’elle peut viser des gens embarqués sur des navires pour livrer une aide humanitaire à Gaza, un manifestant qui bloque la circulation ou toute personne accusée de tenir un discours qui apporterait un « soutien matériel » au terrorisme, comme pour Anwar Al-Awlaki. Tous les sénateurs Démocrates ont voté pour, à l’exception de Jeff Merkley, Tom Harkin, et Ron Wyden. Les autres qui ont voté contre sont les Républicains Thomas Coburn, Mike Lee, Rand Paul et l’Indépendant Bernie Sanders.

Selon le magazine USA Today : « la législation nierait à toute personne accusée de terrorisme - y compris aux citoyens états-uniens arrêtés à l’intérieur des frontières - le droit à un procès et autoriserait sa détention pour une durée indéterminée. La présidente de la Commission du Renseignement du Sénat, Dianne Feinstein, a proposé un amendement pour épargner les citoyens US mais celui-ci fut rejeté par 55 voix contre 45 ». Voir le détail du vote http://www.govtrack.us/congress/vote.xpd?vote=s2011-218&sort=vote.

Chris Anders, avocat auprès de l’ACLU, a déclaré que « Cette loi constitue une menace sans précédent pour les citoyens états-uniens et autres parce qu’elle étend et pérennise l’autorité du président à ordonner la détention militaire, sans accusations et sans procès, de tout citoyen états-unien. »

Dans une tentative pour apparemment faire mieux passer la pilule, de nombreux amendements avaient été proposés pour supprimer les clauses sur la détention militaire, mais ils ont tous été rejetés et tous ceux qui avaient proposé ces amendements se sont finalement ralliés et ont voté en faveur de la loi. La loi doit maintenant être soumise à une commission mixte Sénat-Chambre des Représentants mais Anders souligne que « étant donné que la version de la Chambre des Représentants est déjà très préoccupante, la version mixte qui sera négociée entre les deux chambres sera probablement encore pire. »

Lors d’une détention militaire, ce n’est pas un juge, même conservateur, qui décide qui doit être détenu ou pas, ni même ce qui constitue un acte de soutien au terrorisme. C’est un commandant militaire qui décide et qui peut même passer outre les conclusions de ses propres experts, juridiques ou autres. Dans le cas d’un détenu militaire, Bradley Manning, ce dernier fut soumis à un isolement pendant plus d’un an, dans une cellule de 2 mètres sur 3, sans ouverture sauf une petite sur la porte qui donnait sur le couloir et une lumière artificielle.

Sous prétexte de « préserver son intégrité physique » une mesure punitive de surveillance fut instaurée par le commandant de la base et il fut interdit à Bradley Manning de faire des exercices physiques dans sa cellule, il n’avait droit qu’à une heure de promenade par jour et uniquement dans une autre cellule, avec des fers aux pieds et enchaîné, et avec obligation de marcher en formant des « 8 ». Un ami de Manning, David House, a déclaré à la chaîne MSNBC qu’après 8 mois d’isolement son ami semblait « catatonique » et qu’il avait du mal à « engager une conversation ». Par ailleurs, les militaires lui administraient des « antidépresseurs » pour, aussi incroyable que cela puisse paraître, contrer les effets de son isolement. L’avocat de Manning, David Coombs, écrivait au mois de mars de cette année que « les psychiatres de la prison ont constamment affirmé qu’il n’y avait aucune justification médicale pour le traitement imposé au soldat Manning... La mise en place d’un tel traitement nécessite l’avis de psychiatres, mais la décision finale est prise par le Commandant. »

En plus des mises en gardes formulées par l’ACLU, la volonté d’inclure les citoyens états-uniens et d’autoriser leur détention militaire pendant une durée indéfinie a été clairement affirmée : aucun Sénateur ne peut donc prétendre avoir mal compris le texte. Le Sénateur Lindsey Graham, un des promoteurs de cette mesure, a déclaré devant le Sénat : « (...) s’applique aux citoyens états-uniens et son champ d’action est le monde entier, y compris les États-Unis. »

Cette loi signifie que les États-uniens pourront désormais être traités comme les détenus Irakiens ou Afghans et disparaître derrière le mur de la chaine de commandement. Peu importe de quoi vous seriez coupables ou pas. Et même si la plupart des soldats engagés dans des unités combattantes sont des gens respectables et des patriotes, ce n’est pas toujours le cas. Les États-uniens qui seront soudainement désignés comme « terroristes » seront à la merci de tous les Charles Graners et Lyndie Englands de la terre, sans pouvoir faire appel à un avocat, à la famille, aux amis, ou à 230 ans de jurisprudence bâtie avec soin. Et le tout sera sans limitation de durée, c’est-à-dire éventuellement à perpétuité, et encore une fois selon le bon vouloir des militaires et de la branche exécutive du pouvoir, et de celui ou celle qui succédera à Obama.

Tout est prêt pour qu’un président, quel qu’il soit, puisse annoncer que la « guerre contre le terrorisme » passe à la vitesse supérieure. Jane Mayer dans le New Yorker, écrit sur le traitement des prisonniers accusés de terrorisme sous l’administration Bush : « Selon un rapport adopté au mois de Juin par l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, intitulé « Détentions secrètes et transferts illégaux de détenus », les prisonniers étaient « amenés dans leur cellules par des hommes forts qui portaient des tenues noires, des masques qui leur couvraient entièrement le visage, et des lunettes sombres sur les yeux, » (certains portaient des vêtements noirs fabriqués dans un matériau synthétique indéchirable.) Un ancien membre d’une équipe de transport de la CIA a décrit « l’enlèvement » de prisonniers comme une routine soigneusement chorégraphiée de 20 minutes ou cours de laquelle le suspect était pieds et poings lié, déshabillé, photographié, encagoulé, placé sous sédatifs par suppositoires, vêtu d’une couche-culotte, puis transporté par avion vers un lieu secret. Une personne impliquée dans l’enquête du Conseil de l’Europe, en référence aux fouilles des cavités corporelles et à l’usage fréquent de suppositoires, a comparé la traitement à « de la sodomie ». Il a dit que « l’objectif est d’ôter toute dignité au détenu. Ca détruit le sentiment d’inviolabilité de quelqu’un ».

Le plus incroyable, ce que tout ceci a été accueilli dans les grands médias par un silence assourdissant. Aujourd’hui, NPR (Radio Publique – NdT) a parlé simplement d’une loi sur l’emploi et a consacré du temps à la Grèce. Le silence de PBS (chaîne publique – NdT), NPR et des médias commerciaux est tout aussi remarquable alors que la loi est sur le point d’être définitivement adoptée. (…)

Les Pères Fondateurs (des États-Unis) avaient précisé que certains droits étaient « inaliénables ». Un d’entre eux était celui d’un procès devant jury.

« Nous tenons ces vérités comme allant d’elles-mêmes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement » Déclaration d’Indépendance des États-Unis, rédigée par Thomas Jefferson, 1776 (version Wikipedia – NdT)

« Je considère que le procès devant jury est le seul moyen imaginé jusqu’à présent par l’homme pour contraindre un gouvernement à respecter les principes de sa Constitution. » - Thomas Jefferson

Si ce projet aboutit, et si tout le monde continue de faire comme si de rien n’était, soyons au moins bien conscients de ce que tout cela signifie. Sans que nous en ayons eu conscience, de façon permanente et pour toujours, le Sénat des États-Unis vient de nous transformer tous en Bradley Manning.

« Je n’ai pas la moindre idée de comment ces gens ont pu entrer dans notre armée » - Ben Nighthorse Campbell, sénateur du Colorado, en parlant des gardiens de la prison d’Abou Ghraib

« Ce sont des assassins, ce sont des terroristes, ce sont des insurgés » - James Inhofe, sénateur républicain, en parlant des prisonniers capturés au hasard et jamais jugés.

Ralph Lopez

http://www.opednews.com/articles/1/We-Are-All-Really-Bradley-by-Ralph-Lopez-111203-835.html

Traduction « c’est bien précisé "pour tous", c’est donc démocratique... » par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles (et une légère appréhension) URL de cet article 15402

Source : http://www.legrandsoir.info/etats-unis-le-senat-autorise-la-detention-militaire-indefinie-et-sans-proces-pour-tous-oped-news.html


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MAIS QUAND LES ÉLECTEURS-ENFANTS QUE NOUS SOMMES
VONT-ILS SE RÉVEILLER ET RÉAGIR VRAIMENT, EN CITOYENS-ADULTES ?


Tout pouvoir va jusqu'à ce qu'il rencontre une limite (Montesquieu).

Quelles sont les limites que nous imposons, PERSONNELLEMENT, aux professionnels de la politique ?

Les abus de pouvoir épouvantables constatés aujourd'hui aux USA et en Grèce donnent une idée précise de notre avenir proche.

Il serait temps de cesser de s'occuper de foot et de jeux, et de réfléchir à
L'ÉTAT DE DROIT :

Qu'est-ce que c'est que l'état de droit ?
Pourquoi l'état de droit est-il essentiel pour moi et mes proches ?
Quel rôle j'ai, personnellement et quotidiennement, dans la survie de l'état de droit ?

Mais tout le monde se fout de la Constitution... Au mieux, les pros de la politique réclament (évidemment) une Assemblée constituante ÉLUE (parmi les pros de la politique, bien sûr), meilleur moyen pour que rien ne change, je dis bien : strictement rien.

Et parfois même, quand on cherche ainsi les causes profondes, les vraies racines d'une sorte de "fascisme" éternel (c'est-à-dire règne brutal des privilégiés, la domination de 1% sur les autres 99% par la prise de contrôle de la puissance publique), on se fait traiter... de "fasciste"... (si si, je vous jure que c'est vrai).

Le monde à l'envers, en plein.

Étienne.

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Voir aussi : Recul de nos libertés sous prétexte de "sécurité" : NOUS N'AVONS PAS DE CONSTITUTION.

LA DETTE OU LA VIE, sur Là-bas si j'y suis (5)

LA DETTE OU LA VIE, une bonne livraison de "Là-bas si j'y suis" (15 et 16 décembre 2011),
(la meilleure émission de radio du pays, sur France Inter, tous les jours à 15 h)
avec Éric Toussaint, véritable héros de la lutte contre la dette odieuse des pays du Tiers-Monde, depuis plus de vingt ans :

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2326

Éric Toussaint est passionnant.

Un bémol (une pensée triste), cependant : Daniel (Mermet) y parle du très récent livre de François Chesnay, "Les dettes illégitimes" (un bon petit livre, effectivement), mais il ne dit encore pas un mot du travail — à mon avis ESSENTIEL — de Philippe Derudder et André-Jacques Holbecq : depuis plus de dix ans, ces deux humains se bagarrent bec et ongles pour faire connaître à tous le piège de la dette publique, affaire rentable pour les crapules, et Là-bas ne les a pas invités une seule fois pendant toutes ces années... Et maintenant que tout le monde en parle et que le piège est devenu évident à tous, Là-bas ne dit même pas un mot du travail de ces précieux lanceurs d'alerte.

Je trouve ça triste et incompréhensible.

Incompréhensible, c'est le mot.

L'émission LBSJS a un répondeur, au 01 56 40 37 37, où l'on peut laisser des messages à l'équipe et, éventuellement (s'ils diffusent le message), aux auditeurs.

C'est vraiment une émission géniale. Je la recommande chaleureusement (on peut la podcaster) : c'est une des toutes meilleures sources d'information sociale en France.

Étienne.

jeudi 8 décembre 2011

JACQUES CHEMINADE CONTRE LE FASCISME FINANCIER DEPUIS 1995 (55)

JACQUES CHEMINADE
CONTRE LE FASCISME FINANCIER
DEPUIS 1995 !!!


et, pour cela, traité lui-même de "leader d'extrême droite" et de "gourou de secte" par la PQM (la Presse Qui Ment).

Très intéressant rappel historique, à faire connaître.

Où l'on constate que l'équivalent de nos actuels prétendus "antifas" servaient déjà en 1995 à défendre bec et ongles les frelons oisifs des marchés financiers, en calomniant effrontément les vrais résistants luttant frontalement contre le fascisme financier.

Le monde à l'envers, quoi, dans des médias aux ordres des plus riches.

Courte synthèse vraiment intéressante.


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Rappel : Cheminade est un courageux "lanceur d'alerte" (whistleblower) martyrisé par un État injuste contrôlé par les plus riches à leur seul profit (ce qui pourrait être une définition opérationnelle moderne du mot "fascisme").

J'ai signalé son travail à plusieurs reprises, par exemple . Ce qui m'a valu, évidemment, l'honneur d'être à mon tour calomnié par mes "antifas" à moi. Les prétendus "antifas" sont apparemment les meilleurs chiens de garde du système d'oppression "capitaliste" (je trouve d'ailleurs que le mot "capitalisme" est trop gentil pour qualifier le système actuel : il n'évoque pas assez la cruauté quotidienne et systémique de 1% contre de 99%).