Histoire et logique implacable des mutations antisociales de "la gauche"
au feu de la critique pénétrante de JEAN-CLAUDE MICHÉA :


les matins - Jean-Claude Michéa par franceculture

Il parle là de son dernier livre,

"Le complexe d'Orphée :
La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès"
.

Michéa pointe le moment décisif de l'affaire Dreyfus, comme celui d'un COMPROMIS HISTORIQUE (finalement catastrophique pour les pauvres) entre "les rouges" et "les bleus" qui ont alors fait alliance (face à une psychose du risque de coup d'État des "blancs") et où le rouge du drapeau tricolore a commencé une longue agonie pour n'être aujourd'hui même plus rose du tout.

Michéa prend comme exemple et démonstration de cette dérive sinistrogire (tendant toujours à s'afficher à gauche) le livre de Laurence Parisot (sorti il y a quelques jours) et qui pourrait littéralement avoir été écrit par nos prétendus "socialistes" (à part Arnaud Montebourg, qui reste seul au poste à protéger un rouge digne de ce nom au PS). Michéa voit dans ce livre de L. Parisot la matérialisation incontestable d'une convergence objective entre la (prétendue) gauche et la droite la plus dure.

Comme on sait, Michéa défend la common decency d'Orwell, la décence des gens ordinaires, et il soutient (avec ses mots à lui) que le seul clivage gauche droite qui vaille, c'est bien le clivage "populiste" (comme celui de Christopher Lasch) entre la multitude populaire et les prétendues "élites", en fait scandaleusement privilégiées.

Au passage, Michéa fait l'éloge de Christophe Guilluy, et de son livre passionnant, "Fractures françaises". (Il faudra que je revienne sur ce livre très intéressant.)

Michéa souligne combien ce qu'il appelle "la doxa BHL" —"toute contestation du capitalisme mène inéluctablement au goulag => TINA, there is no alterrnative..." — est une catastrophe antisociale.

Michéa souligne la contradiction interne de l'idéologie des "élites" "de gauche" qui imposent : "faites ce que je dis" ("Acceptez de vous faire DÉRACINER") "et pas ce que je fais" ("par moi qui m'enracine").

Michéa appelle le système "d'alternance unique", une sorte de PRISON politique, le clivage gauche droite qui prévaut depuis Mitterrand.

Certes, le libéral Benjamin Constant (peu enthousiaste pour le commerce et plutôt utilitariste) est le plus intelligent, le plus intéressant, concède Michéa à Jacques Julliard, mais ce que Michéa essaie d'identifier, c'est LA LOGIQUE INTERNE DU LIBÉRALISME telle qu'elle se met en place AU 17e SIÈCLE POUR SORTIR DES GUERRES DE RELIGIONS EN NEUTRALISANT ET PRIVATISANT LES VALEURS QUI NOUS DIVISENT, ET EN RÉGULANT LA SOCIÉTÉ PAR LE DROIT ET PAR LE MARCHÉ : ET LA LOGIQUE INTERNE DU SYSTÈME, L'ABSENCE DE LIMITES FONDÉES SUR DES VALEURS PARTAGÉES, ABOUTIT AU MONDE TEL QUE NOUS LE VIVONS : UNE SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE.

Le renoncement à un système de valeurs communes organisé par le libéralisme (son refus de tout "montage normatif commun") conduisant naturellement à l'atomisation des individus et à l'affaiblissement du lien social, on voit apparaître, pour essayer de sauver les meubles, des "techniciens du lien social" qui servent de béquilles aux humains mutilés : des "coachs" et autres figures du libéralisme, qui font que les régulations qui se faisaient autrefois de façon autonome se font aujourd'hui sous LE CONTRÔLE D'EXPERTS (ce que Lasch appelait "l'État Thérapeutique") ; encore un indice qu'une société dite "libérale" est condamnée à devenir une société de contrôle !

Brice Couturier, qui a proposé en début d'émission un résumé bien intéressant des thèses de Michéa, lui fait reproche d'un certain ANGÉLISME qu'il y a peut-être à défendre la common decency, et suggère que rien ne prouve que les couches populaires soient plus "decent" que les "élites". Ce à quoi Michéa répond fort bien que si, parfaitement, de nombreux travaux d'anthropologie et de sociologie (MAUSS, Godbout, Beygout...) et observations laissent à penser que, globalement, on retrouve plus souvent l'ENTRAIDE et des comportements "décents" au sein du peuple qu'au sein des élites. Certes, il y a là un "acte de foi orwellien", mais assumé. Brice souligne que "la gauche" actuelle a tendance à favoriser le lupen que les classes populaires. Michéa confirme et ça ne l'étonne pas.

Michéa souligne que le credo d'Orwell est assez simple et pas si consternant que ça : il s'inspire de la parabole biblique : "Il est plus aisé pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille que pour un riche d'entrer dans le royaume de Dieu" et Orwell soutient tout simplement qu"il est plus difficile d'être décent à un homme riche et puissant qu'à un homme ordinaire".


J'aime ce penseur. Je me nourris du travail et des réflexions de Jean-Claude Michéa (et de Lasch et Orwell avec, bien sûr). Je vous recommande chaleureusement sa lecture. Ne ratez pas, surtout, "L'empire du moindre mal" et "La double pensée". Mais en fait, TOUS ses livres sont passionnants.

Étienne.