avril 2011 - Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens

Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens


C'est notre Constitution qui est notre seule arme (et c'est aussi la meilleure) pour contrôler les pouvoirs. À nous d'en parler, entre simples citoyens, pour devenir des millions à l'avoir compris : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Bienvenue :o)


Étienne Chouard
Je cherche ici à mettre en débat ouvert ce dont on ne parle nulle part : les plus grands principes institutionnels dont tous les citoyens (gauche, centre, droite) ont besoin pour se protéger des abus de pouvoir.

Je vous propose d'aller voir le FORUM et de suivre le SOMMAIRE, point par point (un principe par jour pour une digestion facile ?), et de réfléchir à votre propre position : Pour ? Contre ? Partagé ?

Et si personne (ni moi, ni d'autres ici) n'a encore défendu les arguments qui vous semblent importants, formulez-les vous-même : nous progressons ensemble en combinant nos réflexions, démocratiquement et positivement :o)

Suggestion :
pour parler nombreux
sur de nombreux sujets :
. soyons brefs,
. dans le sujet,
. et patients :-)

Une fois les principes bien débattus sur le FORUM, vous pouvez, dans la partie WIKI, écrire vous-mêmes les articles qui vous semblent importants dans une Constitution, aussi bien nationale qu'européenne.

Sur cette partie BLOG, je vous propose de nous parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, histoire, philosophie, sociologie, société, actualité, technique, littérature, etc.), mais qui tournent quand même autour des sujets évoqués sur le forum : on cherche à imaginer ensemble un outil intellectuel, robuste et durable, contre les abus de pouvoir.

J'ai hâte de vous lire :o)

Étienne Chouard


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Le site d'origine s'appelle AEC : "Arc-en-Ciel" (après la pluie le beau temps) :o)


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mercredi 27 avril 2011

CENTRALITÉ DU TIRAGE AU SORT EN DÉMOCRATIE (91)


CENTRALITÉ DU TIRAGE AU SORT
EN DÉMOCRATIE

(Version PDF.)
(Vidéo d'une conférence sur ce sujet)


La catastrophe financière et monétaire actuelle PROUVE tous les jours que les pires crapules, pourvu qu'elles soient RICHES, n'ont rien à craindre des élus. Je répète : la preuve est apportée tous les jours, partout dans le monde, que les canailles RICHES n'ont RIEN à craindre des ÉLUS.

Ce sont des FAITS. Et il faut avoir beaucoup de poussière sur les lunettes pour ne pas les voir.

Je signale d'abord que les riches et autres aristocrates, eux, le savent depuis longtemps : dès le début du XIXe siècle, Alexis de Tocqueville avouait déjà : "Je ne crains pas le suffrage universel : les gens voteront comme on leur dira." Étonnant, non ? Ils le savent depuis longtemps, eux. Bien.

Pourtant, le candide que je suis, novice en politique (puisque je ne résiste aux abus de pouvoir que depuis six ans seulement) est sidéré de l'attachement viscéral des mes meilleurs amis — de gauche ; à toutes fins utiles, je précise que je ne suis pas fasciste… — attachement quasiment religieux au suffrage universel, en dépit de toutes les déceptions, en déni de toutes les trahisons.

Le suffrage universel ressemble à un MYTHE, un peu comme une vache sacrée qui serait devenue absolument intouchable, en vertu d'un dogme qui ne se discute plus, alors que, DE FAIT, elle rend possible —et même scelle durablement— l'impuissance politique du plus grand nombre, toujours et partout.

Je vous propose de donner une heure de lecture à une idée alternative méconnue, d'une puissance considérable, le tirage au sort des serviteurs politiques de la Cité. Ne lâchez pas prise avant la fin : plus on lit à ce sujet, plus on y pense librement, plus on comprend qu'on n'avait pas assez réfléchi en faisant confiance à l'élection. Nous serions tous bien mieux protégés par des institutions (démocratiques) organisées autour du tirage au sort que par des institutions (oligarchiques) fondées sur l'élection.

La principale racine de nos problèmes politiques modernes est que
nous appelons démocratie son strict contraire
:
l'élection est aristocratique, par définition : on élit le meilleur, le meilleur = aristos.

Et pourtant les fondateurs de nos régimes —dont le vrai nom est en fait « gouvernement représentatif »— n'avaient nullement l'intention d'instituer une démocratie, au contraire ! Sieyès en France et Madison aux États-Unis, pour des raisons différentes, tenaient à écarter le peuple des décisions politiques, et ne s'en cachaient nullement (il faut lire à ce propos le petit livre formidable de Bernard Manin, « Principes du gouvernement représentatif »).

C'est par un curieux retournement de vocabulaire (assez bien décrit par Pierre Rosanvallon en 1993) que le mot démocratie s’est mis, dès le début du XIXe siècle, à qualifier un régime qui la méprisait pourtant explicitement dès l'origine.

Aujourd'hui, le fait d'appeler démocratie son strict contraire nous emprisonne dans une glu intellectuelle qui nous empêche de formuler une alternative sérieuse : nous n'arrivons pas à désigner l'ennemi car l'ennemi a pris le nom de l’ami, LE NOM de ce qui le détruirait. Tenant cette place stratégique, l'ennemi nous empêche de l’occuper.


Alors, qu'est-ce qu'une véritable démocratie ?

L'exemple d'Athènes, il y a 2500 ans, est tout à fait passionnant. Pour comprendre la logique des institutions athéniennes, et pour percevoir l'essentiel de ce qui fait leur cohérence, je vous propose un schéma (cliquer pour agrandir, puis Ctrl+roulette pour ajuster) :

Garder ce schéma sous les yeux en lisant ce qui suit.

Pour comprendre ce qui fait la cohérence de la démocratie athénienne, il faut se souvenir que les Athéniens avaient comme principal objectif (au centre (A), à ne jamais oublier) de mettre un terme à plusieurs siècles de tyrannie. Ils étaient armés et ils ont décidé, pour se protéger des tyrans, d’imposer une véritable égalité politique, tout en sachant bien qu’il était impossible (et inutile) d’imposer une égalité générale (physique, économique, sociale, mentale, etc.) ; on parle bien d’égalité POLITIQUE.


Le droit de parole publique et l'initiative populaire

Un premier pilier, dans les institutions de la démocratie, était l’isègoria (B), droit de parole pour tous à tout moment et à tout propos : les Athéniens considéraient ce droit de parole comme une hygiène de base qui permettait à la démocratie de se protéger elle-même en faisant DE CHAQUE CITOYEN UNE SENTINELLE apte à dénoncer d’éventuelles dérives oligarchiques et à protéger la démocratie, un peu comme si des milliers de paires d'yeux surveillaient en permanence que tout se passe bien, un peu comme des globules blancs. Cette égalité de droit de parole est à la fois une conséquence et une condition de l'égalité politique. Cette égalité est indissociable de la démocratie ; les Athéniens y tenaient plus qu'à toute autre institution. Aujourd’hui, en pleine oligarchie, d'une certaine façon, l'Internet nous rend (un peu) l’isègoria que les élus nous ont volée depuis 200 ans.

C'est l'isègoria qui rendait possible des citoyens actifs (C) et à l'inverse ce sont les citoyens actifs qui donnaient vie à l'isègoria. Les deux se tiennent, vont ensemble.


Des citoyens armés

Je rappelle, pour mémoire, que les citoyens athéniens étaient armés (D) ; je crois que c'est tout sauf un détail : au moment d'écrire des institutions protectrices contre les abus de pouvoir, en 1791, au moment de bâtir des remparts solides contre la tyrannie, Robespierre a écrit un important Discours sur les Gardes Nationales, expliquant que c'était folie de désarmer le peuple en laissant subsister en son sein un corps armé : pour lui, c'était le chemin garanti vers la tyrannie. Apparemment, effectivement, nous y sommes. On peut noter que les Suisses sont tous armés et que leur service militaire dure toute leur vie.


Amateurisme politique et rotation des charges, DONC tirage au sort

Pour atteindre cet objectif central d’égalité politique, constatant que le pouvoir corrompt et en déduisant logiquement qu’il faut éviter de laisser au pouvoir le temps de corrompre les acteurs, les Athéniens ont établi qu’il fallait absolument garantir, DE FAÇON TOUT À FAIT PRIORITAIRE, L’AMATEURISME POLITIQUE (E), et donc LA ROTATION DES CHARGES (F), grâce aux MANDATS COURTS ET NON RENOUVELABLES (H).

NOTA : tout ça est très logique, on ne peut pas retirer une institution sans courir le risque de créer une incohérence. LE SEUL MOYEN pour désigner les représentants en faisant tourner rapidement les charges (mandats courts et non renouvelables) ÉTAIT LE TIRAGE AU SORT (G), égalitaire et incorruptible : en effet, ce qui conduit à une élection conduit mécaniquement, tôt ou tard, à une réélection (et donc une stabilisation du personnel politique) ; l’élection conduit donc progressivement et immanquablement à la formation d'une corporation de politiciens professionnels radicalement contradictoire avec l'objectif central de l'égalité politique réelle.

DONC, si on remplace le tirage au sort par l'élection dans ce schéma, on met tout par terre, on perd la démocratie. Il faut comprendre la cohérence de l'ensemble et l'aspect décisif de la procédure du tirage au sort par rapport aux objectifs fondamentaux de la Cité et par rapport aux autres institutions (qui visent toutes les mêmes objectifs).

On n'a pas le choix : PAS DE DÉMOCRATIE SANS TIRAGE AU SORT.


DÉSYNCHRONISATION de la puissance politique de la puissance économique

Ce qu'il est très important d'observer, vraiment très important, c'est un effet fondamental du tirage au sort qui est la DÉSYNCHRONISATION ENTRE LE POUVOIR ÉCONOMIQUE ET LE POUVOIR POLITIQUE (i).

Ceux qui étaient riches étaient parfois privés de tout pouvoir politique puisqu'ils n'étaient même pas citoyens (on appelait « métèques » les étrangers, souvent riches et accueillis pour leurs richesses, pratiquant leurs affaires et vivant confortablement sans être trop gênés, apparemment, par leur impuissance politique), alors que LA PLUPART DES CITOYENS (DONC RICHES POLITIQUEMENT) ÉTAIENT PAUVRES (ÉCONOMIQUEMENT).

Autrement dit, et je trouve ça fondamental, PENDANT 200 ANS D'EXPÉRIENCE DE TIRAGE AU SORT, LES RICHES N'ONT JAMAIS GOUVERNÉ ET LES PAUVRES TOUJOURS.

Il ne devrait pas être indifférent à des militants de gauche, aujourd’hui, de constater que, AU CONTRAIRE, 200 ANS D'EXPÉRIENCE DE L’ÉLECTION ONT PERMIS AUX RICHES DE TOUJOURS GOUVERNER, ET AUX PAUVRES JAMAIS. (J)

Il est intéressant de chercher à comprendre la cause des causes de ces faits :

La différence fondamentale, c'est que l'élection repose sur la CONFIANCE en notre VOLONTÉ individuelle (comme notre volonté ne pouvait pas être trompée), alors que le tirage au sort cultive la DÉFIANCE pour, en quelque sorte, nous protéger contre notre VOLONTÉ collective (toujours menacée de TROMPERIE).


UN MOBILE DU CRIME (de tromperie), absent à l'échelle individuelle mais qui apparaît toujours à l'échelle collective

Pourquoi croyons-nous tous que "ce qu'on désire donnera toujours de meilleurs résultats que le hasard" ? Parce que nous généralisons au niveau collectif ce que nous observons au niveau individuel : quand je suis seul à vouloir, je constate tous les jours que j'améliore mon sort par ma volonté ; j'en déduis logiquement que collectivement ça va être la même chose. MAIS, ce que je ne vois pas, dans cette inférence fautive, c'est que, au niveau individuel, faute de mobile, personne ne vient tromper ma volonté (personne n'y a intérêt), alors que, au niveau collectif, apparaissent de puissants mobiles, d'irrésistibles motivations particulières, contraires à l'intérêt général, qui poussent certains acteurs à fausser la volonté générale, à tromper les électeurs.

Ce qui fait que l'impression forte que nous avons tous de "supériorité du choix sur le hasard" est TROMPEUSE : cette supériorité effective au niveau individuel ne se vérifie PAS au niveau collectif : des trompeurs d'opinion apparaissent au niveau collectif parce qu'il y a alors UN MOBILE, une motivation pour tromper l'opinion (qui n'existe pas au niveau individuel).

On pourrait dire que, par la préférence pour l'élection, les humains font preuve de prétention ("si c'est moi qui choisis, c'est mieux") alors que l'élection détruit l'équilibre qui découle naturellement du hasard : partout dans la nature, le hasard joue un grand rôle à la fois dans la survie d'une espèce et dans sa non-prolifération toxique.

Revenons à nos 400 ans d'expérience politique des deux procédures, et tâchons de chercher la cause des causes : PAR DÉFINITION (et c'est pour ça que ça se passe comme ça, toujours et partout, de la même façon), LE RICHE A LES MOYENS D'AIDER un candidat à être élu (inutile de développer ça, c'est évident), même si ce candidat est peu vertueux par rapport à l'intérêt général.

Donc, par définition, l'économiquement riche peut se rendre indispensable pour qu'un autre devienne politiquement riche (élu) et donc pour exiger ensuite une politique publique conforme à ses intérêts privés. Et il le fait parce qu'il y a intérêt.


L'élection est LA CAUSE qui permet aux marchands de coloniser la Cité

Nous sommes nombreux à nous plaindre de la colonisation de notre imaginaire par les marchands (c'est-à-dire, in fine, par les banquiers, que deviennent toujours les plus riches marchands) : progressivement, les marchands arrivent à nous faire croire ce bobard que "tout ce qui a un prix a de la valeur et que tout ce qui n'a pas de prix n'a pas de valeur" alors que, au contraire, tout ce qui compte vraiment (l'amour, la quiétude, le bonheur, la paix, l'ardeur, la plénitude, la joie, l'honneur…) n'a pas de prix et que ce qui a un prix, souvent, a peu ou pas de valeur véritable.

Mais le cœur nucléaire de cette colonisation de notre imaginaire et de nos institutions par les marchands, c'est l'élection, car c'est l'élection qui permet aux riches d'aider l'élu à être élu et de rendre ainsi l'élu DÉPENDANT du riche, ENDETTÉ en quelque sorte.

D'une certaine façon, L'ÉLECTION permet de généraliser au monde politique les modes opératoires de la SERVITUDE PAR LA DETTE, mis au point par les marchands d'argent pour faire travailler les autres à leur place.

Par le mécanisme de l'élection, les marchands mettent leurs prêtres marchands un peu partout dans le corps social en position d'influer les choix publics à leur avantage.

Mais LE MAILLON FAIBLE de cette colonisation du politique par l'économique, C'EST L'ÉLECTION !

Et ce Talon d'Achille des riches est à la portée des pauvres, mais à condition que les pauvres cessent d'être aussi orgueilleux en croyant stupidement (et en déni de tous les faits contraires qui leur donnent tort) que leur volonté collective (pourtant facile à tromper) est meilleure que le hasard (pourtant incorruptible) dans la désignation des serviteurs politiques de la Cité.

Il serait facile et judicieux de remplacer l'élection par le hasard, maître du jeu habituel dans la nature, et —à l'expérience— respectueux des équilibres et de la survie de tous.

LE HASARD FAIT BIEN LES CHOSES, on l'oublie par prétention : le hasard est une probabilité qui n'est pas sujette à notre volonté (elle-même fragile aux bobards, facile à tromper) ; LE HASARD EST INCORRUPTIBLE.


L'élection, idéalisme supposant la confiance (avant d'abandonner l'idée de gouverner) —vs— le tirage au sort, réalisme supposant la défiance (avant de s'organiser pour gouverner)

Il faut comprendre un paradoxe (ou un contresens) : contrairement aux apparences, l'élection repose sur la confiance, alors que le tirage au sort repose sur la défiance. L’élection se fonde sur un idéal (à mon avis parfaitement inaccessible et relevant de l’escroquerie) selon lequel un élu serait vertueux par le seul fait d'être élu et le resterait durablement grâce à la même élection (censée permettre aussi une sanction par non réélection), le peuple étant supposé apte à bien choisir ses maîtres... ce qui est extravagant, un vrai mythe, parfaitement irréaliste.

Alors que, au contraire, les Athéniens, très pragmatiques, se connaissaient bien eux-mêmes, se méfiaient les uns des autres et ont bâti des institutions prenant acte de la réalité de leurs imperfections et fondées sur la défiance, sur des contrôles permanents des magistrats qui n’étaient les maîtres de personne ; des institutions comptant sur la mise en scène des conflits, sur l'argumentation contradictoire, à l'occasion de débats publics, dans lesquels aucune décision ne pouvait être prise sans que tous n’aient été obligés d'écouter et réfuter publiquement les arguments des pires adversaires.

L’élection est un abandon politique, un renoncement, un geste de confiance avant de consentir à obéir pendant plusieurs années ; c'est une organisation politique qui ne laisse aux hommes que le droit de choisir des maîtres.

Alors que le tirage au sort est au cœur d’une organisation politique qui matérialise une volonté de tous les hommes de conserver le pouvoir politique et de ne nommer que des exécutants serviles pour leur représentation.

Il ne faut pas oublier qu'en démocratie, ce ne sont pas les tirés au sort qui ont le pouvoir (on les appelait des « magistrats »), c'est l'Assemblée du peuple en corps qui exerce la plénitude du pouvoir politique. Les tirés au sort ne servent qu'à exécuter les tâches que l'Assemblée ne peut pas assumer elle-même : par exemple, la préparation et la publication de l'ordre du jour, l'exécution des décisions de l’Assemblée, l’organisation matérielle du tirage au sort, de la reddition des comptes, etc.


OBJECTIONS et RÉFUTATION DES OBJECTIONS :

Je propose dans cette deuxième partie de récapituler les objections souvent formulées à l’encontre de la procédure du tirage au sort en politique, ainsi que les réfutations possibles de ces objections. À ce jour, je ne connais pas d’objection rédhibitoire.


1. AVEC LE TIRAGE AU SORT, ON METTRAIT DES AFFREUX AUX MANETTES…

Alors, bien sûr, la première objection au tirage au sort tient souvent à la crainte de tirer au sort des personnages indésirables ou même dangereux.

D'abord, il ne s'agit pas de mettre quelqu'un "aux manettes" : en démocratie, ce ne sont pas les représentants qui décident, c'est le peuple lui-même réuni en assemblée.

Mais aussi et surtout, les Athéniens, exactement comme nous, avaient très peur de tirer au sort des incapables, des malhonnêtes, des abrutis, des salauds... Et pourtant, j’attire votre attention sur le fait que, malgré cette peur, ils ont pratiqué le tirage au sort pendant 200 ans avec succès... On peut donc penser qu'ils avaient trouvé des institutions complémentaires capables d'apaiser ces craintes.

Effectivement, on trouve dans les institutions athéniennes toute une série d'institutions protectrices qui servaient à « border le système » et empêcher les abus de pouvoir (voir en bas à droite du schéma (K)) :


Les 6 institutions complémentaires qui protègent des faiblesses du hasard

• Avant le mandat, le volontariat (L), d'abord, permettait une forme d'autocensure puisque ceux qui ne se considéraient pas eux-mêmes comme capables s'excluaient d'eux-mêmes. Ce point est aujourd'hui discutable, à mon avis : il serait bon d'inciter tout le monde à participer (y compris et surtout les personnes justes qui ne se soucient pas de gouverner, dixit Alain) ; avec possibilité de refuser, bien sûr.

Par ailleurs, la docimasie (M), sorte d'examen d'aptitude (mais pas de compétence puisque l'égalité politique était de principe), examen qui permettait d'éliminer les bandits et les fous, était un autre barrage contre les indésirables avant tout mandat.

Enfin, l'ostracisme (N) (importante institution qui n'avait pas, à l'époque, de connotation péjorative, au contraire) permettait de mettre au ban (temporairement) un citoyen considéré comme effrayant (sans le tuer, sans le ruiner, et sans même le déshonorer) : chaque citoyen pouvait graver le nom d’un personnage jugé dangereux sur un ostracon, fragment de poterie, et celui qui était le plus souvent cité était éloigné de la vie politique pour dix ans.

• Pendant le mandat, les tirés au sort étaient révocables (O) à tout moment, par un vote de l'assemblée.

• En fin de mandat, les tirés au sort devaient rendre des comptes (P) et cette reddition des comptes était suivie de récompenses (honorifiques) ou de punitions éventuellement sévères. Montesquieu soulignait à ce propos que la combinaison entre le risque de punitions et le volontariat permettait de filtrer efficacement les citoyens désignés et rendait le tirage au sort intéressant pour le bien commun : grâce au risque de punitions, il y avait moins de volontaires fantaisistes ou dangereux.

• Après le mandat, même, deux procédures d'accusation publique ex post (Q) permettaient de mettre en cause après-coup des acteurs éventuellement fautifs : le Graphe para nomon et l’Eisangelia : l’une pour réexaminer une décision de l'Assemblée (et éventuellement punir un citoyen qui aurait induit l'assemblée en erreur en défendant un projet finalement nuisible), l'autre pour mettre en accusation un magistrat.


Tout cela est infiniment plus protecteur qu'un système d'institutions reposant sur l'élection qui, elle, fait comme si on pouvait compter sur la vertu de certains acteurs, meilleurs que les autres.

Le tirage au sort, lui, est au centre d'institutions qui assument les conflits et les imperfections individuelles en se fondant sur la défiance et en prévoyant des contrôles à tous les étages.

Ne pas oublier que
le tirage au sort ne désigne pas des chefs, mais des serviteurs.


2. LE TIRAGE AU SORT ÉTAIT ADAPTÉ AUX PETITES CITÉS,
MAIS NE SERAIT PAS ADAPTÉ À NOS GRANDES SOCIÉTÉS MODERNES…

Vous entendrez souvent dénoncer la sottise qui consisterait à projeter les règles d'une petite Cité de 30 000 citoyens sur un État de 40 millions d'électeurs.

De ce point de vue, contrairement aux idées reçues, un système basé sur l'élection ne peut fonctionner qu'à petite échelle puisqu'il suppose que les gouvernés CONNAISSENT à la fois les gouvernements et leurs actions (ce qui est littéralement impossible à grande échelle : qui donc peut savoir ce que font tous les jours nos élus au niveau européen ?) ; alors qu'au contraire, un système basé sur le tirage au sort est beaucoup mieux adapté à des États de grande échelle puisqu'il emporte avec lui DES CONTRÔLES PERMANENTS À TOUS LES ÉTAGES POLITIQUES.

Ce qui est essentiel en démocratie, c'est que chaque citoyen garde l'initiative. Le mot initiative est fondamental et corrélé à l'isègoria. C’est un outil puissant contre toute dérive oligarchique.

Ainsi, sur le modèle de la fédération — magnifiquement défendu par Proudhon, que nous devrions tous relire et actualiser —, la démocratie locale pourrait se coordonner avec les autres en désignant des représentants à des Assemblées régionales qui elles-mêmes délègueraient des mandataires à l'Assemblée nationale, tous ces mandataires rendant des comptes et restant sous le contrôle permanent des assemblées locales, puisque l'idée maîtresse des institutions fondées sur le tirage au sort, réaliste plutôt qu'idéaliste, c'est que la vertu n'est pas naturelle et que seuls des contrôles permanents —par de bonnes institutions— poussent les acteurs à la vertu et garantissent ainsi tous les citoyens contre les abus de pouvoir.


3. AVEC LE TIRAGE AU SORT, ON DÉSIGNERAIT DES INCOMPÉTENTS…

Autre objection courante : le monde devient complexe et les tirés au sort ne seraient pas aussi COMPÉTENTS que les élus...

Parce que vous trouvez que, de par le monde et à travers l'histoire des faits, les élus sont « compétents » ?!

C'est une blague ?

Savez-vous combien de bombes atomiques les élus soi-disant compétents ont fait exploser dans l'atmosphère, en plein air ou sous l’eau !, depuis 1945 ? Plus de 2 000 ! En fait de compétence, c’est de la folie furieuse, oui. Et combien de guerres ?! Et combien de millions de milliards de dollars gaspillés avec des armées suréquipées —qui se neutralisent mutuellement !!!—pendant que des milliards d'hommes crèvent de faim ? Et combien de scandales de corruption avérée ? Et combien de cas de collusion abjecte avec les riches qui ont permis d’élire les élus ? Et combien de trahisons du bien commun ?

Un avocat, un homme d'affaires ou un professeur qui vient d'être élu est tout à fait incompétent dans le domaine nucléaire ou climatique ou médical ou autre, et c'est son travail sur les dossiers qui va le rendre compétent. On peut en dire tout autant de n'importe quel tiré au sort volontaire qui va devenir compétent en travaillant sur ses dossiers. Les très nombreuses expériences d'assemblées tirées au sort sur des sujets techniques complexes montrent une extraordinaire compétence collective et un formidable désintéressement par rapport aux lobbys. L'honnêteté et l'absence de conflit d'intérêts sont des caractéristiques bien plus importantes pour le bien commun que la (prétendue) compétence, puisqu'un réalisme élémentaire conduit à constater qu'aucun être humain ne peut prétendre maîtriser un savoir encyclopédique a priori.


4. AVEC LE TIRAGE AU SORT, ON CHANGERAIT D'AVIS TOUT LE TEMPS…

Autre objection courante contre le tirage au sort, la rotation des charges empêcherait de maintenir une ligne politique cohérente sur la durée ; des magistrats aux mandats courts et non renouvelables seraient incapables de poursuivre des stratégies cohérentes à long terme… Mais là encore, c'est faire comme si les tirés au sort avaient le même pouvoir que les élus modernes, ce qui n'est pas du tout le cas : dans un système organisé autour du tirage au sort, c'est l'assemblée qui a le pouvoir, et cette assemblée, elle, est tout à fait stable. Les Athéniens n'avaient aucun problème de ce point de vue, au moins rien de plus grave que les incohérences liées aux élections contradictoires, évidemment elles aussi possibles.


5. LE RÉGIME ATHÉNIEN SERAIT ESCLAVAGISTE, PHALLOCRATE ET XÉNOPHOBE…

Autre objection fréquente : on nous rappelle aimablement, comme si nous l'ignorions, que les Athéniens étaient esclavagistes, phallocrates, et xénophobes.

Effectivement, à l'époque, les femmes ne faisaient pas partie du peuple, les esclaves non plus, et les étrangers non plus. Mais juger ces faits antiques avec les valeurs d'aujourd'hui est un anachronisme, une injustice, une absurdité ; c'est aussi idiot que de reprocher aux Athéniens de ne pas voler en avion… (L'image est de Jacqueline de Romilly).

Quand on s'intéresse aux institutions athéniennes, on ne défend pas l'esclavagisme, ni la misogynie, ni la xénophobie, évidemment… Simplement, on a le sens du discernement, on sépare le bon grain de l'ivraie, on n'est pas bêtement manichéen : la démocratie ne fonctionnait PAS grâce à l'esclavagisme, NI grâce à la phallocratie, NI grâce à la xénophobie.

Autrement dit, débarrassées de ces caractères infamants, les institutions athéniennes auraient produit les mêmes résultats bénéfiques en termes d’égalité politique et de protection contre les oligarques.

Autrement dit, cette objection malhonnête consiste à monter en épingle (exagérer l’importance) de caractères sans aucun rapport avec le sujet central de la démocratie : comment organiser la Cité pour qu’aucun corps n’opprime les autres ? Il ne faut pas se laisser distraire et détourner de l’essentiel, et voir comment le peuple de l’époque, défini comme il pouvait l’être à l’époque, AVEC SES RICHES ET SES PAUVRES (CECI EST ESSENTIEL), voir comment ce peuple s’est protégé contre les oligarques, contre la tendance des riches à tout prendre pour eux, toujours plus. Comme dit Castoriadis, Athènes n'est pas un modèle mais un germe.

Certes, on pourrait dire, d'une certaine façon, que l'esclavagisme et le travail des femmes à la maison libéraient du temps pour les hommes, et leur permettaient de la sorte d'aller à l'Assemblée, ce qui est vrai ; mais la situation actuelle du monde moderne, avec des machines mues par le pétrole qui font à notre place beaucoup plus de travail que les esclaves antiques, cette présence d’esclaves de fer à la place d'esclaves de chair permet d'imaginer que nous pourrions très bien, aujourd’hui, libérer du temps pour que tous les humains puissent exercer une activité politique.

C'est donc un mauvais procès, le plus souvent mené par des gens (élus et/ou riches) qui ont un intérêt personnel à discréditer la démocratie (puisque le tirage au sort mettrait au chômage les élus et ôterait aux riches leurs précieuses courroies de transmission politiques).

Par un amalgame calomnieux, les élus (et leurs parrains) essayent de nous conduire à jeter un beau bébé démocratique avec l'eau sale de son bain esclavagiste d'une époque révolue.


6. MAIS LES ATHÉNIENS UTILISAIENT AUSSI L'ÉLECTION, NON ?

On entend parfois objecter que les Athéniens utilisaient aussi l'élection. C'est vrai, mais marginalement : l'élection était préférée seulement dans les cas où une compétence était nécessaire, c'est-à-dire essentiellement en matières militaires et financières. Ainsi, les chefs d'armée et les comptables publics étaient élus, mais c'est tout. À Athènes, le tirage au sort des représentants politiques a bel et bien été la règle générale pendant 200 ans.

Nous pourrions très bien, à notre tour, combiner les deux, en fonction de nos objectifs. Cependant, ce n'est pas aux élus de faire ces choix-là, car ils vont évidemment tricher et préférer l'élection partout, dans leur intérêt personnel, contre l'intérêt général.


7. SI LA DÉMOCRATIE A PRIS FIN UN JOUR, ET N'EST JAMAIS RÉAPPARUE, C'EST BIEN LA PREUVE QUE LE SYSTÈME ÉTAIT MAUVAIS…

Autre objection rencontrée contre le tirage au sort et la démocratie : si la démocratie a pris fin et n'est jamais réapparue, c'est bien la preuve que le système était mauvais…

Pas du tout : la démocratie a pris fin à cause d'une guerre perdue. C'est-à-dire une cause contingente, non nécessaire, accidentelle, et pas à cause de vices propres.

Et les voleurs de pouvoir qui ont suivi ont bien retenu la leçon : le tirage au sort des représentants donne mécaniquement le pouvoir au plus grand nombre, au lieu de laisser les riches gouverner. Cette procédure aléatoire —équitable et incorruptible— a donc ensuite été méthodiquement discréditée par tous les notables et privilégiés à travers les âges, mais pour des raisons qui n'ont évidemment rien à voir avec l'intérêt général, et sans aucun débat public sur le choix sociétal stratégique "élections ou tirage au sort".


8. ET SI, MOI, J'AI ENVIE DE CHOISIR MES REPRÉSENTANTS ?!!

Certains objectent avec véhémence qu'ils tiennent absolument à choisir leurs représentants, que c'est leur précieuse part de souveraineté qu'on leur dérobe avec le tirage au sort, et que personne ne leur retirera sans qu'ils se battent bec et ongles.

Ce que j'observe, c'est que ces cris viennent souvent de personnes plutôt favorisées qui n'ont rien à craindre de l'élection puisqu'ils sont précisément de ceux que les élus ne martyrisent jamais.

Je ne suis pas sûr qu'il soit utile de tenter de les convaincre car il est possible qu'un intérêt personnel contraire à l'intérêt général les anime, auquel cas la discussion est un simulacre, et sans doute une impasse.

Par contre, de la part de personnes défavorisées, cet argument est vraiment étonnant : après 200 ans de trahisons répétées, après 200 ans de promesses non tenues, continuer à s'accrocher à ce qui est — de fait — un pur mensonge, relève de la pensée magique, un peu comme certaines croyances conduisent à protéger une vache sacrée.

Peut-on argumenter contre une croyance ? Peut-être. Je pense par exemple à une voie médiane (transitoire ?) : une Assemblée qui combinerait les deux modes : une partie élue (pour ceux qui veulent choisir) et une partie tirée au sort (pour ceux qui ont compris que l'élection est une menteuse). Le résultat serait déjà bien meilleur pour l'intérêt général qu'une élection à 100%.

On peut aussi proposer de choisir la procédure par référendum. Par exemple, après un honnête débat public ouvert à toutes les opinions dissidentes, on poserait la question au peuple : souhaitez-vous que la prochaine Assemblée constituante soit 1) intégralement tirée au sort, 2) intégralement élue, 3) tirée au sort pour moitié et élue pour moitié, 4) constituée de tous les citoyens volontaires ?

Mais aujourd'hui, à l'évidence,
EN NOUS PRIVANT DE L'INITIATIVE (tantôt des candidats, tantôt des questions),
LE SUFFRAGE UNIVERSEL NE NOUS PRÉSENTE QUE DE FAUX CHOIX.


9. LES TIRÉS AU SORT SONT ÉGALEMENT MANIPULABLES ET CORRUPTIBLES, PLUS FACILEMENT MÊME, PUISQU'ILS SONT DÉBUTANTS POLITIQUES ET DONC PLUTÔT NAÏFS

On objecte aussi parfois que rien ne protège les tirés au sort contre les manipulations ni contre la corruption ; on souligne même que des éternels débutants seront particulièrement exposés aux influences des fonctionnaires, eux inamovibles.

D'abord, encore une fois, c'est faire comme si les tirés au sort avaient le pouvoir alors que ce n'est pas le cas. Pour corrompre ou manipuler la volonté commune, c'est toute l'Assemblée populaire qu'il faut corrompre et manipuler puisque c'est elle qui conserve le pouvoir en démocratie. Et les procédures de mise en cause après-coup comme le Graphe para nomon permettent précisément de punir un orateur adroit qui aurait réussi à circonvenir l'Assemblée et la conduire à voter de mauvaise décisions.

Par ailleurs, pour ce qui concerne les tirés au sort, il n'est pas vrai qu'il est aussi simple de corrompre un amateur qu'un professionnel : la corruption et la manipulation prennent du temps. Et en attendant, il suffit d'un incorruptible dans une assemblée pour sonner le tocsin et alerter tous les citoyens des intrigues éventuelles.

Enfin, même imparfait, le tirage au sort reste meilleur pour l'intérêt général que l'élection sur bien des aspects. Le fait que le tirage au sort soit (évidemment) imparfait n'est pas suffisant pour y renoncer.


10. LA DÉMOCRATIE ATHÉNIENNE NE RESPECTAIT PAS LES DROITS FONDAMENTAUX ET PRATIQUAIT, PAR EXEMPLE, LA PEINE DE MORT

On entend dire parfois qu'un régime capable de condamner Socrate à mourir ne peut pas être un bon régime…

On a du mal à croire à la bonne foi de cet argument : la mort de Socrate fut une erreur, sans doute un drame, mais c'est un microscopique détail pour juger un régime sur des siècles ; un simple fait divers, à l'évidence malhonnêtement monté en épingle.

Si ceux qui mettent en avant la mort de Socrate sont de bonne foi, vont-ils penser à disposer aussi dans la balance les centaines de millions de morts et de torturés par la faute d'élus depuis 200 ans ?

Plus sérieusement, on entend dire la démocratie ne respectait pas les droits de l'Homme.

C'est tout à fait exact, mais le leur reprocher est d'abord un véritable anachronisme : il est profondément injuste de reprocher à un peuple d'il y a 2 500 ans de ne pas avoir respecté nos valeurs actuelles.

Ensuite, en faire une pierre d'achoppement non négociable est très exagéré car rien ne nous empêcherait, aujourd'hui, d'améliorer le système dans le sens de ce respect des droits fondamentaux, et puis c'est tout.

Pas du tout de quoi jeter le projet tout entier aux orties, évidemment.


11. DÉMOCRATIE, DÉMOCRATIE… ARRÊTEZ DE NOUS CASSER LES PIEDS AVEC LES RÉFÉRENCES GRECQUES : IL N'Y A PAS QUE L'OCCIDENT SUR TERRE…

Certains interlocuteurs objectent que la référence lancinante à la démocratie dans les pays développés relève de l'obsession religieuse et néglige de nombreuses autres expériences politiques riches et anciennes, en Égypte et en Chine, notamment.

C'est vrai que, pour ceux qui se contentent des apparences et acceptent d'appeler démocratie son strict contraire, la comparaison avec la religion est intéressante.

Mais au contraire, parler de religion ne convient pas pour ceux qui cherchent à comprendre — et n'ont pas peur d'améliorer — une vraie démocratie. Ceux-là mènent une enquête pour protéger tout le monde efficacement contre les abus de pouvoir, au-delà des mythes, précisément. Cette enquête reste ouverte sur toutes les suggestions utiles, naturellement.

Quant aux autres histoires mobilisables pour penser la Cité aujourd'hui, je retiens de l'expérience chinoise, pour le moment, l'intérêt porté aux CONCOURS pour l'accès aux charges publiques : cette procédure permet (théoriquement) d'accéder à une méritocratie authentique (où les aristocrates font constamment la preuve qu'ils sont bien les meilleurs, sans aucun privilège, de naissance ou autre). Il y a sans doute d'autres idées utiles dans l'histoire chinoise : eh bien parlons-en, si vous voulez.

D'autre part, on évoque parfois les attraits de l'expérience égyptienne, bien plus ancienne que l'expérience grecque. Mais pour l'instant, je dois dire que les apports égyptiens à la science politique qui permettraient de résister aujourd'hui aux abus de pouvoir me sont inconnus. Je suis évidemment ouvert à toute suggestion crédible.

Pour l'instant, j'observe (et je signale) le germe politique testé (et approuvé) à Athènes parce qu'il me paraît logique, robuste, et parfaitement adapté pour sortir enfin de la plupart de nos impasses sociales, À CONDITION DE CESSER DE CONFIER AUX PARTIS L'ÉCRITURE DE NOS CONSTITUTIONS (puisqu'ils choisiront toujours l'élection, naturellement, conduits par leur intérêt personnel).




12. AURIEZ-VOUS, VOUS AUSSI, DES OBJECTIONS, DES CRAINTES À FORMULER ?

Faites-le ici et parlons-en, à l'occasion.


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Finalement, pour évaluer et COMPARER élection et tirage au sort, QUE DISENT
LES FAITS ?

Rappel important : c'est surtout l'étude des FAITS, au moment de conclure, qui permet de douter de la pertinence des mythes aujourd'hui rabâchés : à l'évidence, la vache sacrée du suffrage universel ne tient pas ses promesses. JAMAIS.

D'ailleurs, le fait que le suffrage universel ait été institué par Napoléon III et Bismarck, et soit aujourd’hui ardemment défendu par les multinationales et les banques, par exemple, devrait nous inciter à la plus grande méfiance.


L'élection donne le pouvoir aux riches,
le tirage au sort donne le pouvoir aux pauvres…
Combien de temps encore les pauvres vont-ils défendre l'élection ?

Nous disposons de 200 ans d'expérience et de résultats FACTUELS pour chacune des deux procédures : le tirage au sort a été testé pendant 200 ans, au Ve et au IVe siècle avant Jésus-Christ, et l'élection a été testée pendant également 200 ans environ, depuis la fin du XVIIIe siècle.

Quels sont les faits intéressants qui ressortent de ces deux expériences de longue durée ? Eh bien, pendant 200 ans de tirage au sort quotidien, les riches n'ont jamais gouverné, trop peu nombreux pour être majoritaires, et LES PAUVRES TOUJOURS.

Au contraire, pendant 200 ans d'élection, les riches ont toujours gouverné, malgré leur petit nombre, et LES PAUVRES JAMAIS.

Il n'est donc pas étonnant que le suffrage universel soit défendu mordicus par tous les MEDEF, GOLDMAN SACHS, UMP, PS et autres MONSANTO du monde.

Il est, par contre, très étonnant, je trouve, que TOUS les militants de gauche, humanistes, socialistes, communistes, anarchistes, écologistes, tous soucieux de progrès social réel, soutiennent eux aussi le suffrage universel comme on défend une vache sacrée, alors que tout indique que ce mythe est mensonger, une véritable escroquerie politique !

Pour moi, c’est incompréhensible. De la part des élus (et de leurs riches maîtres), je comprends : ces gens-là haïssent naturellement une idée qui reprendrait leur pouvoir, OK. Mais de la part des non élus, l’attachement à l’élection et le refus du tirage au sort, en déni total de faits criants sur 400 ans, est proprement incompréhensible.

Par définition, l'élection est aristocratique et conduit mécaniquement à l'oligarchie, et les faits confirment l'analyse théorique : toujours et partout, L'ÉLECTION PERMET AUX RICHES D'ACHETER LE POUVOIR POLITIQUE comme on achète une voiture, et L'ISSUE LOGIQUE, MÉCANIQUE, DE L'ÉLECTION, C'EST LE GOUVERNEMENT DES PLUS RICHES, C'EST-À-DIRE DES BANQUES. Voir l'influence de Goldman Sachs, Morgan, Rockefeller, Rothschild et autres cartels sur tous les gouvernements du monde.

D'où le lien indissociable entre le tirage au sort et la création monétaire, qui est le moyen suprême pour les riches de devenir infiniment riches et de le rester, en asservissant tous les autres acteurs économiques, y compris les États, par leur dépendance à l'argent rare, l’argent-dette.

C’est un autre front de la résistance à mener en priorité.

Étienne Chouard 22 avril 2011. (MAJ 9 mai 2011.)

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BIBLIOGRAPHIE autour du tirage au sort :

LIVRES :

Bernard Manin, « Principes du gouvernement représentatif » (Champs Flammarion, 1995).

M. H. Hansen, « La démocratie athénienne à l’époque de Démosthène » (Les Belles Lettres, 2003).

Moses I. Finley, « Démocratie antique et démocratie moderne » (Petite bibliothèque Payot, 2003).

Yves Sintomer, « Le pouvoir au peuple. Jurys citoyens, tirage au sort et démocratie participative » (La Découverte, 2007).

Jacques Rancière, « La haine de la démocratie » (La Fabrique, 2005).

Cornelius Castoriadis, « Post-scriptum sur l'insignifiance. Entretiens avec Daniel Mermet » (Poche Essai, 1998).

Simone Weil, « Note sur la suppression générale des partis politiques » (Écrits de Londres, Gallimard 1957).

Robert Michels, Les partis politiques (1911).

Octave Mirbeau, La grève des électeurs (1888), avec un florilège incivique, (Éditions L'insomniaque 2007).

Fabrice Wolff, Qu'est-ce que la démocratie directe ? Manifeste pour une comédie historique (Éditions antisociales, 2010).

Alexis de Tocqueville, « De la démocratie en Amérique » (1835-1840).

SITES :

http://www.ric-france.fr/

http://stochocratie.free.fr

http://www.clerocratie.com

http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php

DIVERS :

André Tolmère, « Manifeste pour la vraie démocratie ».

Hervé Chaygneaud-Dupuy, Les députés tirés au sort : proposition iconoclaste pour des citoyens législateurs (2003).

Étienne Chouard, « Tirage au sort ou élection ? Démocratie ou aristocratie ?
Qui est légitime pour faire ce choix de société ? Le peuple lui-même ou ses élus ? »



* * * * *


Nota : bien sûr, je vous invite à commenter cette analyse et formuler vos propres objections ou propositions ci-dessous, en commentaires.

dimanche 24 avril 2011

La limpide synthèse d'un Lordon atterré : IL FAUT ARRAISONNER LA FINANCE PRIVÉE (25)


D'abord une vidéo, savoureuse et incisive comme d'habitude avec le professeur Lordon :)

Il faudrait retranscrire le texte de cette intervention.


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Ensuite, il faut lire l'article de Frédéric dans le Diplo de ce mois-ci :
« Pacte pour l’euro, impact sur les salaires : Extension du domaine de la régression » :
il y parle d'une idée très importante (extrait déjà signalé par Gilles et AJH dans le forum, et ) :

La médecine du bon docteur Keynes

Quant à la compétitivité, il faut vraiment une logique à oeillères pour ne l'envisager que du côté du coût salarial et jamais de celui du taux de change. Les Allemands doivent pourtant en avoir une vague idée, sachant bien qu'une éventuelle sortie de l'euro verrait leur nouveau mark sensiblement réévalué... et l'avantage compétitif de leur belle décennie de déflation salariale aussitôt partir en fumée. Or un schéma raisonné de gestion des soldes commerciaux et des taux de change a été donné de longue date par John Maynard Keynes avec son projet de " chambre de compensation internationale " (International Clearing Union, ICU). La prémisse fondamentale en est que les marchés financiers sont constitutivement incapables de procéder à des ajustements ordonnés - pas de chance évidemment pour une époque qui a choisi de tout leur confier. C'est pourquoi, aux emballements systématiquement déstabilisateurs des marchés, il faut préférer des procédures institutionnelles et politiques de correction des déséquilibres.

L'ICU keynésienne proposait un volet de financement des soldes déficitaires des balances des paiements. Mais elle offrait également des mécanismes institutionnels d'ajustement des taux de change. Chaque pays s'y voyait allouer un quota de déficit ou de surplus commercial. Passé le quart de ce quota, un pays déficitaire était autorisé à dévaluer de 5 %, davantage encore au-delà. Mais la grande innovation de l'ICU consistait à mettre à contribution directement les pays excédentaires. Seul le matraquage à la compétitivité, mêlé de reliquats mercantilistes, a pu faire passer l'excédent commercial pour une incontestable vertu. Or l'excédent est le plus souvent le fruit d'une stratégie non coopérative d'avantage compétitif unilatéral exercée sur le dos des autres - à l'image de l'Allemagne qui fait payer sa déflation salariale à ses partenaires européens en manque à croître.L'ICU applique aux pays excédentaires un système de taxation progressive, en fonction de seuils d'excédents prédéfinis, afin de décourager leur stratégie unilatérale et de les inciter à une relance qui rééquilibre leur solde et améliore par là même les déficits (et la croissance) de leurs partenaires.


Monnaie commune à deux niveaux

On objectera que ce sont désormais les marchés qui déterminent les taux de change et non les ajustements ciblés décidés dans des bureaux gouvernementaux, et que tout projet de dévaluation finit régulièrement en tempête monétaire. C'est la raison même pour laquelle il faut soustraire ces ajustements aux marchés ! Si une ICU n'a aucune chance de se substituer au marché mondial des changes, elle peut en revanche offrir son modèle à une eurozone qui fonctionnerait sur le schéma d'une monnaie commune à deux niveaux (12) : monnaie unique pour les relations monétaires extérieures, mais admettant à l'intérieur des dénominations nationales à des parités non plus irrévocablement fixes, mais ajustables selon des mécanismes entièrement politiques et institutionnels du type ICU.

Disons clairement qu'une telle monnaie commune ne pourrait engendrer à elle seule des miracles de croissance par les exportations : il n'y a jamais que 120 milliards de dollars d'excédent allemand (13) à redistribuer pour toute l'eurozone... Mais elle aurait au moins offert quelques appréciables degrés de liberté dans la période présente, notamment en donnant la possibilité aux pays d'où la crise européenne est partie - Grèce, Portugal et Irlande, tous trois déficitaires commercialement (14) - de dévaluer et de trouver des relais de croissance capables de rendre plus soutenables leurs ratios de dette publique (15). Enfin, par-dessus tout, en changeant profondément la façon de penser et de régler les compétitivités relatives à l'intérieur de l'Union, elle nous libérerait de facto du fléau régressif des " pactes pour l'euro ".

On dira que toutes ces pistes tiennent du rêve éveillé et n'ont pas la moindre chance de voir le jour dans les conditions présentes. Et c'est vrai ! Mais il se pourrait précisément que les conditions changent. Il faudra douze ou dix-huit mois pour que l'absurdité de la rigueur générale soit avérée et que, les ratios dette/PIB continuant leur irrésistible ascension, les marchés en prennent une conscience claire. Ce jour-là, ce n'est pas la pauvre EFSF, même aux moyens gonflés, qui pourra rattraper les défauts simultanés auxquels mèneront tous les taux d'intérêt emballés. Un scénario de fracture de la zone euro n'est pas moins probable qu'en décembre dernier. Pour le bloc qui se sera débarrassé des obsessions allemandes, la page sera à nouveau blanche, et l'occasion donnée de reconstruire autrement.


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(12) Selon une proposition qui a aussi été émise par Aurélien Bernier, Désobéissons à l'Union européenne !, Mille et une nuits, Paris, 2011, et Jacques Sapir, La Démondialisation, Seuil, Paris, 2011.


Source : Le texte est , et sera bientôt , mais il faudrait acheter le Monde diplomatique —ou mieux : s'y abonner — pour les aider à continuer à publier des articles de cette trempe.

mercredi 20 avril 2011

Prochaines conférences : financement de l'économie sans avoir besoin d'épargne préalable et radicalité du tirage au sort en politique (5)

Bonjour à tous.

Je vous signale, dans l'ordre chronologique, trois prochaines conférences-débats (où j'aimerais vous rencontrer, si cela est possible) :

• Samedi prochain, 23 avril 2011, 15 h, à MARSEILLE :


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• Vendredi 29 avril 2011, 19 h, à NICE :

Je reproduis ici le communiqué de l'association CNR : http://www.cnr-resistance.fr/

Conférence d'Etienne Chouard à Nice le 29 avril 2011.

Le Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR organise une conférence sur le thème de la création monétaire et de la dette publique le vendredi 29 avril 2011 à 19 h, maison des associations, place Garibaldi à Nice. Le conférencier est Etienne Chouard, professeur à Marseille.

Etienne Chouard est connu depuis 2005 pour avoir contribué à rendre accessible au plus grand nombre les informations contenues dans le Traité Constitutionnel Européen que le peuple français a rejeté massivement. Citoyen sans parti et sans ambitions politiques personnelles, son analyse critique du TCE remporte un vif succès. Depuis, il approfondit l’idée d’une Assemblée constituante tirée au sort et d’une création monétaire rendue à la puissance publique pour protéger durablement toute la société contre les abus du pouvoir.

Devant les atteintes à notre vivre ensemble, devant l'appropriation sans vergogne de tous les biens publics par une caste d'hyper riches, il est nécessaire et je dirais même plus, il est de notre devoir d'agir. Il faut s'informer sur les questions économiques. Le mécanisme de la dette est une arme de destruction massive de nos services publics. L'état doit retrouver le pouvoir de créer de la monnaie. Il doit arracher aux banques privées la création monétaire comme c'était le cas avant 1973. La séparation entre les banques de dépôts et les banques d'investissement doit être une revendication politique de premier plan. Le Conseil National de la Résistance avait imposé cela à la Libération. Cette loi a permis à l'État d'être le garant de l'intérêt général. Les trente glorieuses ont permis à notre pays ruiné et pillé de relever la tête et de redevenir une puissance industrielle de premier plan, pour le plus grand bonheur de la population. Comme par hasard les trente piteuses qui ont suivi l'interdiction faite à l'état de créer de la monnaie, ont installé la précarité. La désindustrialisation, le chômage de masse, les délocalisations, les privatisations, la finance en lieu et place de l'économie réelle, le pillage des biens publics par les puissants, ne sont que les conséquences de ce choix politique majeur et désastreux. Il faut donc ouvrir les yeux et retrouver le courage de dire non à cette entreprise de démolition programmée.

Cette conférence permet de mieux cerner les enjeux actuels.


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• Samedi 28 mai 2011, 19 h, à FRÉJUS :

Ce sera à 19 h, après le Congrès d'Europe-Écologie, au Palais des Congrès. Je vous en dirai un peu plus bientôt.


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Je viens de passer quelques jours avec Franck Lepage, à la maison pour rapprocher nos pièces du puzzle résistant, et dans les Alpes pour voler ensemble. Formidable bonhomme, vraiment.

Amicalement.

Étienne.

jeudi 7 avril 2011

Les enjeux de la création monétaire : chômage et aliénation, ou prospérité et démocratie (44)

Prochaine conférence-débat sur les enjeux de la création monétaire,
à Paris, samedi 9 avril, 16 h

Salut à tous.

Juste un mot pour vous signaler, après la conférence-débat sur le tirage au sort de 2010, un nouveau rendez-vous, cette fois sur… les enjeux de la création monétaire :-)

Ce sera à Paris, ce prochain samedi, 9 avril, à 16 h, au café Le Lieu-dit, 6 rue Sorbier, à l’initiative du Repaire de La-bas si j’y suis du 20ème arrondissement.
Voici l’affiche et le programme :

Dans le fil de pensée ci-dessous proposé, je ne suis pas très content de mon plan, dont certaines parties (celle sur le mécanisme de base, par exemple) sont encore assez mal articulées/structurées, je trouve ; mais le sujet est si vaste que j’ai du mal à trouver une progression naturelle, évidente, pédagogique et… complète.
Mais bon, on cherche, on progresse, ensemble.

Au plaisir d’y retrouver, peut-être, certains d’entre vous.


LES ENJEUX DE LA CRÉATION MONÉTAIRE POUR UNE SOCIÉTÉ :
CHÔMAGE ET MONNAIE ;
MONNAIE, DÉMOCRATIE ET PROSPÉRITÉ.


CHÔMAGE ? Bas salaires ? Misère ?

- Pourtant, 1) il y a beaucoup de travail à faire, de nombreux grands chantiers urgents.

- 2) On a aussi des hommes, nombreux, prêts à travailler.

Alors ?

- Alors, 3) tout ce qui manque pour venir à bout du chômage, c'est DE L'ARGENT.

Ah bon ?

Et c'est compliqué de créer de l'argent ?

Au fait, qui crée l'argent ? Comment ? Et pour qui ?

Pour une société, l'argent est un peu ce que serait le sang pour un corps vivant : il en faut LA BONNE QUANTITÉ DISPONIBLE, ni trop ni trop peu, pour permettre à l'organisme d'effectuer tous les échanges qui lui sont nécessaires.

Eh bien, le croirez-vous, notre système actuel régule cette quantité en fonction de NOTRE HUMEUR ! Si nous sommes optimistes, confiants dans l'avenir, nous en créons beaucoup (trop, on va voir comment), et si nous sommes pessimistes, nous en détruisons (alors que nous en avons besoin plus que jamais) et nous nous anémions complètement (on va voir comment).

Ce système est idiot.
(Pas pour tout le monde.)

L'idée de cet échange public est de parler entre nous, simples citoyens, des mécanismes — actuels vs souhaitables — de la création monétaire, pour cesser de nous faire promener par de prétendus "experts" dont la pensée est manifestement prostituée.

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Plan :

Introduction

La monnaie est le sang de notre société active ; sa quantité disponible conditionne la prospérité ou la misère, et aujourd'hui, elle dépend (stupidement) de l'humeur du moment ; étudions les mécanismes, leurs nuisances et quelques alternatives :


I - LA PRISON DE L'ARGENT-DETTE
(le coup d'État permanent de LA MONNAIE PRIVATISÉE)

A – Le mécanisme de base :

- Nos deux monnaies : la monnaie centrale et la monnaie des banques privées.
- Le crédit avec réserves fractionnaires,
- le seigneuriage (revenu de la création monétaire), d'abord partagé puis abandonné, la loi de 1973, l'art. 104 TM et 128 TL.
- L'exemple de la Fed.
- Rappel de ce qui relie la quantité de monnaie au niveau des prix : pas la quantité de monnaie, mais la rareté des biens et services. Donc on peut créer beaucoup de monnaie sans inflation, si on le fait progressivement et si on la met dans les bonne poches (Jean-Marcel Jeanneney) et en suivant l'intérêt général plutôt que l'intérêt des privilégiés.
- La thèse libérale, dite "standard" : la monnaie neutre, simple "voile" sans conséquence sur les échanges…
- L'humeur du temps comme stimulus (ultra critiquable) de la quantité de monnaie en circulation (Juglar et Allais)…

B – La soi-disant nécessité (à cause de la prétendue incurie de l'État) :

- La "planche à billets" (au sens large puisque les banques commerciales ne créent pas du tout les billets de banque, bien sûr) privatisée est-elle plus en sécurité qu'aux mains de l'État ?
- Le honteux mensonge de la soi-disant très prioritaire lutte contre l'inflation, qui cache la priorité inavouable donnée au… chômage de masse ! (Fitoussi)

C – Les prétendus garde-fous :

- La prétendue obligation de refinancement (alors que nous sommes "hors banque" depuis longtemps et que les BC refinancent les bc sans rien refuser),
- le soi-disant besoin d'emprunteurs (alors que l'on prête bientôt aux clochards (cf. subprimes) et que, par ailleurs, le prêt aux États et aux collectivités publiques est devenu, de ce point de vue méconnu, une vraie corne d'abondance),
- la théorique concurrence entre banques (privée effet si les banques s'entendent entre elles, pour avancer de plus en plus vite mais au même pas),
- les prétendus "professionnels du risque" que seraient les banquiers privés (qui ne prennent EN FAIT AUCUN RISQUE et qui s'ingénient avec succès à sortir tous les risques de leurs bilans),
- l'inacceptable autorégulation (qui est évidemment un foutage de gueule révoltant),
- le fantomatique respect des lois (alors que les élus des banques leur écrivent des lois sur mesure en retour d'ascenseur du financement des campagnes électorales)…

- Il reste les fuites (besoin de monnaie fiduciaire et besoin de devises pour financer le déficit des transactions courantes) qui, c'est vrai, limitent encore (un peu) la création monétaire par les banques privées, mais pas assez, et ces fuites ne règlent nullement le coup d'État des ultrariches sur le financement de l'économie.

D – les vraies nuisances, la soumission de tous (même l'État) aux porteurs d'argent (et a fortiori aux créateurs) :

L'exemple des pays sous-développés, jetés dans le piège de la dette odieuse. (Éric Toussaint, CADTM, aveux de Perkins assassin financier)

L'État ruiné :
1. les ressources confisquées,
2. les dépenses inutiles imposées,
3.les budgets (volontairement) déséquilibrés, l'État soumis aux cruels dieux marchés financiers,

L'État corrompu : la classe politique aux ordres de ceux qui financent son élection, politiciens menant des politiques antisociales et antirépublicaines (guerres, destruction des services publics, libre échange, liberté des capitaux, politique monétaire chômagène, immigration massive pour dumping social, injustice fiscale favorable aux oisifs…), pour toujours plus de soumission des individus atomisés,

Et la Société affaiblie : les crises provoquées (par les banques), les entreprises alors achetées pour une bouchée de pain, et le chômage généralisé (par manque de monnaie) pour une docilité maximum (au lieu d'une inflation modérée qui aurait rendu la monnaie fondante).


Le conflit fondamental oppose les travailleurs aux rentiers oisifs.


II – Quelques SOLUTIONS POUR FINANCER L'ÉCONOMIE : prendre le mal à la racine

A – Les solutions économiques :

- Monnaie fondante (Gesell) (ou inflation (Keynes), avec indexation générale (Allais) des salaires, des loyers et des emprunts) ;
- nationalisation des banques et Glass-Steagall Act (Keynes, Allais) ;
- "100 % money" (Fisher) ;
- la "reflation" (Jean-Marcel Jeanneney) par injection directe de monnaie permanente et gratuite (publique et indépendante de tout crédit)(Granjean, Galand) ;
- fermer la bourse (Lordon, Généreux) ;
- et généraliser la technique révolutionnaire et non étatiste des cotisations sociales (Bernard Friot).
- Expériences monétaires passionnantes (Holbecq, Derudder, Cornu)(presque toujours sabotées par les banquiers) : le principal effet de la création monétaire reprise en main par les citoyens est, toujours et partout, la disparition (en quelques SEMAINES !) du chômage.


B – Les solutions politiques :

- Sortir de l'élection (Chouard) (qui permet aux riches d'acheter le pouvoir politique et de bloquer le progrès social)
- et imposer le tirage au sort (Chouard) (qui a bien fonctionné pendant 200 ans, soit autant que l'élection qui, elle, trahit ses promesses depuis 1789).



Conclusion

Finalement, 1) les citoyens ne font pas le lien entre le chômage (leurs difficultés personnelles) et la façon de créer la monnaie, donc ils n'en font pas un sujet politique majeur ; 2) le tirage au sort des représentants (et de leurs contrôleurs) serait la seule procédure incorruptible capable de rendre au peuple le contrôle public de la création monétaire, et là encore, personne ne fait le lien entre ses difficultés quotidiennes et son impuissance politique entretenue par l'élection des constituants :

1) Pas de prospérité avec une monnaie privée.
2) Pas de monnaie publique sans démocratie.
3) Pas de démocratie sans tirage au sort (de l'Assemblée constituante, d'abord).

En matière d'abus de pouvoir, si on veut être "à l'os", à la vraie cause des causes, comme le résumait bien Montesquieu : tout pouvoir est porté à en abuser, tout pouvoir va jusqu'à ce qu'il rencontre UNE LIMITE. Il est donc inutile de s'en prendre aux pouvoirs qui abusent (ils sont programmés comme ça, on pourrait presque dire que ce n'est pas de leur faute), il faut plutôt s'en prendre à l'indifférence de tous ceux qui devraient rester VIGILANTS ET IMPOSER DES LIMITES. Quelle limite imposez-vous, vous-même ?

Ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir, ce n'est pas aux ministres, ni aux parlementaires, ni aux juges, ni aux hommes de partis, d'écrire ou modifier la Constitution : l'Assemblée constituante doit être tirée au sort.

Mais il est inutile d'attendre que les élus décident ÇA : ils ne le feront JAMAIS.

C'est aux citoyens eux-mêmes d'imposer que l'Assemblée constituante soit tirée au sort.

Tout le reste suivra, naturellement : démocratie et prospérité.
Sans cela, les pires continueront à gouverner.

*****

Bibliographie : je vous parlerai des réflexions de :

• Clément Juglar, "Des crises commerciales et de leur retour périodique" (1862).
• Silvio Gesell, "L'ordre économique naturel : monnaie franche et sol franc" (1911).
• Major Douglas (1879-1952) et Louis Even (1885-1974), "Le crédit social. Sous le signe de l'abondance".
• John Maynard Keynes, "Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie" (1935).
• Irving Fisher, "100% Money. La couverture intégrale." (1935).
• Eustace Mullins, "Les secrets de la réserve fédérale (1952).
• John Kenneth Galbraith, "La crise économique de 1929" (1954), "L'argent" (1975).
• Jean-Marcel Jeanneney, "Écoute la France qui gronde" (1996).
• Maurice Allais, "Pour l'indexation" (1990), "La crise mondiale aujourd'hui" (1999).
• Pierre-Noël Giraud, "Le commerce des promesses" (2001).
• John Perkins, "Les confessions d'un assassin financier" (2004).
• Jean-Paul Fitoussi, "La politique de l'impuissance" (2005).
• Éric Toussaint, "Banque mondiale, le coup d'État permanent" (2006) et "50 questions, 50 réponses sur la dette, le FMI et la Banque Mondiale" (2002).
• Marie-Louise Duboin, "Mais où va l'argent ?" (2007).
• Frédéric Lordon, "Jusqu'à quand ?" (2008), "La crise de trop" (2009), "Et si on fermait la bourse ?" (2010).
• Matt Taibbi, "Goldman-Sachs, la grande machine à bulles" (2010).
• André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder, "La dette publique, une affaire rentable" (2008), "Argent, dettes et banques" (2010).
• Christian Tutin, "La pensée monétaire de l'âge classique à nos jours" (2010).
• Jean-Michel Cornu, "De l'innovation monétaire aux monnaies de l'innovation" (2010).
• Bernard Friot, "L'enjeu des retraites" (2010).
• Christian Gomez, "Une vieille idée peut-elle sauver l'économie mondiale ?" (2010).
• Alain Soral, "Comprendre l'empire" (2011).

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Je profite de ce message pour vous signaler une très intéressante citation de John Law (injustement calomnié pour des excès que le roi lui-même —et pas Law du tout— a commises, en contradiction expresse avec tous ses conseils explicites de prudence : John Law savait très bien qu’il ne fallait surtout pas créer trop de monnaie-papier au risque de tuer la poule aux œufs d’or) :

Chômage et monnaie

« Le commerce est intérieur ou étranger. [...]

Le commerce intérieur dépend de la monnaie ; une plus grande quantité emploie plus d'individus qu'une moindre quantité. Une somme bornée ne peut faire travailler qu'un nombre d'individus proportionné ; et c'est avec peu de succès qu'on fait des lois pour employer l'oisif et le pauvre dans les pays où le numéraire est rare.

De bonnes lois peuvent porter le numéraire au plus haut degré de circulation dont il est susceptible, et le contraindre aux emplois qui sont les plus profitables au pays ; mais aucunes lois ne sauraient aller plus loin, et l'on ne peut pas faire travailler un plus grand nombre d'individus sans une plus grande quantité de numéraire mis en circulation pour payer les salaires de ce plus grand nombre. On peut les amener à travailler à crédit ; mais cela n'est point praticable, à moins que le crédit n'ait assez de circulation pour fournir aux besoins des ouvriers ; dans cette hypothèse, le crédit est une monnaie, et produira les mêmes effets que la monnaie sur le commerce intérieur et étranger. »

John Law, Considérations sur le numéraire et le commerce (1705), in E. Daire, Économistes financiers du XVIIIe siècle, Paris, Guillaumin, 1843.

Bien sûr, j’ai mis ça en bonne place dans ma (précieuse) page ‘En vrac’.

Tout un chapitre (qui, je crois, est inédit) est consacré à John Law dans le précieux livre de Christian Tutin, "La pensée monétaire de l'âge classique à nos jours" (2010) (signalé en biblio).

Amicalement.

Étienne.