Journaliste au Monde, spécialiste de l'écologie et animateur du site Reporterre.net, Hervé Kempf vient d'écrire à nouveau un bon livre : "L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie !".

C'est un bon récapitulatif des turpitudes, des malhonnêtetés, de la corruption généralisée de nos prétendues élites, sous couverture (prétendument) démocratique.

Tous les faits sont bien sourcés (c'est l'exigence d'un bon journaliste du Monde — il y en a encore quelques uns — qui veut ça) : on pourra donc puiser là de bonnes raisons de s'indigner, preuves à l'appui.

Mais si ce n'était que ça, il ne serait pas le premier et ce ne serait pas très original. J'ai à la maison quelques autres ouvrages qui décrivent en détail (depuis des siècles) les intrigues et les outils des riches d'une l'époque pour conserver et accroître leurs privilèges : tyrannie, empire, colonisation, terreur, propagande, mensonges, traîtrises, idéologie de la propriété et du travail forcé, institutionnalisation du chômage qui rend tout le monde docile, prise de contrôle de la création monétaire, puis des partis, donc des élus, financement des fascismes et des totalitarismes (de gauche comme de droite), novlangue, storytelling, fabrique du consentement, diabolisation des opposants anti-oligarchiques significatifs, focalisation de l'opinion sur de faux ennemis (appelés "barbares" puis "terroristes", ou "extrémistes" ou "antirépublicains"), attentats sous faux drapeau, lobbying, pantouflage, corruption, guerre 1) brutale quand la révolution menace trop les riches et 2) permanente pour faire tourner les usines et pour entretenir un besoin de sécurité (techniques classiques de la maffia historique : terroriser, puis se présenter en protecteur, en échange de la docilité et du travail forcé)...

Voyez cet aperçu, la meilleure moitié de ce que j'ai sur la question (cliquer pour agrandir, puis Ctrl+roulette pour agrandir encore) :


Bibliographie personnelle sur LES MÉFAITS ET MÉTHODES DES RICHES, partout sur terre.

Pour une biblio complémentaire et spécifique sur le hold-up des riches sur la création monétaire, voyez ici.

En plus de proposer un florilège personnel — dense, court et fiable, donc utile à tous — des pires corruptions et trahisons du moment, l'originalité du livre d'Hervé Kempf est surtout de mettre UN NOM — OLIGARCHIE — sur cette corruption des pouvoirs politiques publics par des puissances économiques privées, et au passage, de nettoyer, de décaper un peu — mais pas assez à mon avis, pas jusqu'au bout, j'y reviendrai — un autre nom galvaudé, déformé, inverti — DÉMOCRATIE.

Extraits :

Certains écologistes doutent de la sagesse du peuple et, plutôt que la démocratie, recommandent un pouvoir autoritaire. Mais ils commettent une erreur fondamentale : ils croient que nous sommes en démocratie. En réalité, le capitalisme finissant glisse vers une forme oubliée de système politique. Ce n'est pas la démocratie — pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple —, ce n'est pas la dictature — pouvoir d'un seul aux fins qui lui sont propres —, c'est l'oligarchie : le pouvoir de quelques-uns, qui délibèrent entre eux des solutions qu'ils vont imposer à tous.

Il est de l'intérêt des puissants de faire croire au peuple qu'il est en démocratie. Mais on ne peut pas comprendre le moment présent si l'on n'explore pas la réalité soigneusement occultée : nous sommes en oligarchie, ou sur la voie de l'oligarchie. Ce livre mène cette exploration.

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Le sociologue anglais Colin Crouch, dans un essai remarquable, a décrit la situation politique sous le terme de « postdémocratie », qui correspond assez bien à la forme actuelle du régime oligarchique : « Même si les élections existent et peuvent changer les gouvernements, le débat électoral est un spectacle soigneusement contrôlé et géré par des équipes rivales de professionnels experts dans les techniques de persuasion. Le débat porte sur le petit nombre de dossiers sélectionnés par ces équipes. La masse des citoyens joue un rôle passif, voire apathique, en ne réagissant qu'aux signaux qui lui sont envoyés. Derrière le spectacle du jeu électoral, la politique réelle est définie en privé dans la négociation entre les gouvernements élus et les élites qui représentent de manière écrasante les intérêts des milieux d'affaires. »

Répétons-le : l'oligarchie, ce n'est pas la dictature, c'est le gouvernement par le petit nombre des puissants. Entre eux, ils discutent, réfléchissent, s'opposent, rivalisent. Ils font « démocratie », mais entre eux, sans le peuple. Et quand la décision est prise, elle s'impose, même si l'on y mettra les formes en habillant avec un art consommé la procédure électorale et la discussion publique.

La classe ouvrière a perdu sa conscience unitaire, le peuple ne se voit plus comme tel, la société se croit une collection indistincte d'individus segmentée en communautés ethniques, religieuses, régionales ou sexuelles. L'oligarchie, elle, a une conscience de classe aiguisée, une cohérence idéologique sans faille, un comportement sociologique parfaitement solidaire.

Elle a gagné, et il faut vraiment faire profession de politologue pour affecter de ne pas le savoir. L'un des trois hommes les plus riches du monde, Warren Buffet, le dit sans ambages. Il reçoit en 2006 un journaliste, qui raconte la scène : « Il s'avéra que M. Buffet, avec un revenu immense, payait une fraction beaucoup plus petite, mais vraiment beaucoup plus petite de son revenu en impôt que les secrétaires ou employés travaillant dans ses bureaux. Durant la discussion, il apparut que M. Buffet n'utilisait aucune ruse fiscale. Il payait juste ce que les services des impôts demandaient. "Comment est-ce possible, comment cela peut-il être juste ?", demanda-t-il. J'étais d'accord avec lui, mais je lui dis que quiconque essaierait de poser ce problème serait accusé de fomenter la lutte des classes. "Il y a une lutte des classes, tout à fait", répliqua M. Buffet, "Mais c'est ma classe, la classe des riches, qui mène la guerre, et nous la gagnons". »

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Vingt ans plus tard, le fait que des chefs d'État à la retraite fassent commerce de leur célébrité et de leur influence ne choque plus personne. Tony Blair, ex-Premier ministre britannique, peut atteindre un cachet de 616000 dollars pour deux conférences de trente minutes, Bill Clinton, ex-Président des États-Unis, est coté jusqu'à 450000 dollars la conférence - entre 2001 et 2007, il a ainsi accumulé 40 millions de dollars -, Al Gore, ex-vice président, prend la parole pour 100000 dollars. Pour José Maria Aznar, Premier ministre d'Espagne retraité, comptez 40000 euros, pour John Major, ex-Premier ministre britannique, 60000 dollars, pour Helmut Kohi, chancelier d'Allemagne... ah, le tarif n'est pas public, mais Gerhard Schrôder, autre chancelier, animera votre soirée pour 75 000 dollars.

Beaucoup de ces hommes politiques complètent leurs honoraires de conférences par des conseils rémunérés aux entreprises, banques, fonds d'investissement et par la participation à des conseils d'administration. Notez que les figures cataloguées comme « de gauche », Tony Blair et Gerhard Schröder, comptent parmi les plus brillants affairistes du lot, sans trop s'embarrasser d'éventuels conflits d'intérêt : Schröder a ainsi été embauché comme conseiller, à 250 000 euros par an, par la firme russe Gazprom, alors que, en tant que chancelier, il avait signé deux mois auparavant, en septembre 2005, un accord gazier avec la Russie, Quant à Tony Blair, il a accumulé 17 millions d'euros en moins de trois ans, après son départ de Downing Street, en 2007 - et opérait un astucieux montage fiscal pour échapper au percepteur ». Il suivait l'exemple de l'ancien Premier ministre du Canada, Jean Chrétien, devenu homme d'affaires après qu'il eut quitté le pouvoir en 2003, scellant de nombreux contrats aux quatre coins de la planète - dernier en date : un casino de plusieurs milliards de dollars à Hô Chi Minh-Ville, au Vietnam.

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En oligarchie, la réussite signifie notamment la mise en coupe réglée de l'État Le mot «réglé» est ici important: il ne s'agit pas de le ruiner, comme dans une dictature africaine où une extraction trop violente des richesses maintient le peuple dans la misère, mais de « régler » le prélèvement sans tuer la bête. Tout l'art consiste à ne pas déclencher au sein de populations chez qui subsistent des réflexes démocratiques une rébellion qui menacerait la pérennité de l'exploitation. L'adéquat niveau de prélèvement et les formes selon lesquelles il s'exerce attestent du savoir-faire de l'oligarchie. Ils varient selon les pays, les cultures nationales, les histoires. Partout, cependant, un mouvement général de privatisation du bien commun a été entrepris avec le rebond du capitalisme dans les années 1980. La hausse stupéfiante des inégalités manifeste le succès de cette entreprise.

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Et comme dans la Russie post-soviétique, ce sont des hauts fonctionnaires, formés à l'Ecole nationale d'administration (ENA) qui se sont trouvés les mieux placés pour profiter des privatisations qu'ils pilotaient depuis les cabinets ministériels.

Une nouvelle carrière des honneurs s'est ainsi mise en place, que résume à merveille ce dialogue entre deux notabilités « socialistes » : « En juin 1984, Pierre Moscovici, sorti sixième de l'ENA, téléphone à celui qui fut son professeur [Dominique Strauss Kahn] pour lui demander ce qu'il pense de l'Inspection des finances [un corps d'État prestigieux qui accueille les meilleurs élèves de l'ENA] : "C'est la meilleure business-school française. Vous y restez quatre ans et vous gagnez plein de fric." Et le Trésor ? "C'est un peu moins bien, mais, là aussi, vous faites quatre ans et vous gagnez du fric." »

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Les allers-retours entre postes de la haute administration et conseils d'administration des grandes entreprises se sont aussi multipliés. La présidence de George W. Bush (de 2001 à fin 2008) allait pousser cette osmose à un degré sans doute jamais atteint. Une enquête du Denver Post montrait par exemple en 2004 que plus de cent lobbyistes avaient été embauchés dans les services d'État chargés de contrôler les industries qui les employaient juste auparavant !

Le président Obama a desserré la longe avec les milieux d'affaires, mais pas au point de creuser un fossé infranchissable. M. Obama, qui avait collecté deux fois plus de fonds pour financer sa campagne présidentielle en 2008 que son rival McCain (745 millions de dollars contre 368), a intégré dans son équipe gouvernementale des personnalités venues du monde financier, comme Lawrence Summers, Timothy Geithner et Peter Orszag, tous trois très liés avec Robert Rubin, ex-président de Goldman Sachs et artisan, sous Bill Clinton dont il était le secrétaire au Trésor, d'une accélération de la dérégulation financière. Le ministre de la Justice, Eric Holden, a quant à lui travaillé chez Covington & Burting, un cabinet juridique défendant les intérêts des grandes entreprises, tandis que Dennis Blair, directeur jusqu'en mai 2010 des services d'espionnage, le National Intelligence, était auparavant membre du conseil d'administration d'une compagnie de matériel militaire, EDO Corp. James Jones, conseiller pour la Sécurité nationale, était pour sa part l'un des directeurs de Boeing et de Chevron. D'autres représentants des corporations ont été nommés par la nouvelle administration à des postes moins visibles, tels Isi Siddiqui, ancien vice-président de Croplife, association des entreprises de pesticides et de biotechnologies végétales, comme négociateur pour les questions agricoles, Michael Taylor, ancien vice-président de Monsanto, comme commissaire adjoint à l'Agence de l'alimentation et des médicaments (FDA), ou William Lynn, ancien lobbyiste pour la firme d'électronique militaire Raytheon, au poste de ministre adjoint à la Défense. Au total, le journaliste Timothy Carney a recensé 45 ex-lobbyistes à des positions importantes de l'administration Obama. Et moins de deux ans après l'entrée en fonction du Président, certains commençaient à quitter le gouvernement, pour rejoindre... des cabinets de lobbying. C'est le cas de Darnon Munchus, un adjoint de Timothy Geithner, reparti au printemps 2010 vers Cypress Group, qui défend les intérêts des hedge funds et autres gérants de produits dérivés.

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Un ami qui veut votre bien public

Le deuxième volet de la marchandisation de la sphère publique a consisté à engager un mouvement général de privatisation des entreprises détenues par l'État. Lancé dans les années 1980, il avait un but autant pratique qu'idéologique: fournir des recettes aux États tout en faisant reculer la possibilité d'intervention de ceux-ci dans la vie économique. Mais la chrysalide idéologique s'est vite transformée en papillon cupide : comme on l'a vu à travers quelques exemples précis, la privatisation a enrichi ceux qui la mettaient en œuvre comme ceux qui s'appropriaient les biens publics, dans la mesure où les entreprises cédées l'ont souvent été à des prix amicaux. Un exemple intéressant est celui des sociétés d'auto-routes françaises privatisées en 2005 pour 11 milliards d'euros, alors que, largement amorties, elles dégageaient plus d'un milliard d'euros de bénéfices par an. Le vol du bien public était si flagrant que le gouvernement dut l'imposer à l'Assemblée nationale par un débat sans vote.

Un si délicieux exemple - lui-même inspiré des privatisations espagnoles - ne pouvait manquer de susciter la même idée au Royaume-Uni où Margaret Thatcher et Tony Blair n'ont pas réussi à tout dénationaliser : la banque Rothschild a donc proposé en 2010 un plan massif de privatisation des autoroutes britanniques.

La France de M. Sarkozy, qui concourt pour la médaille d'or - très disputée - du régime oligarchique le plus cynique d'Occident, a renchéri en privatisant l'activité des jeux de hasard et des paris sur Internet par une loi d'urgence, votée toutes affaires cessantes en mai 2010, cassant le vieux monopole d'État sur les loteries et autres paris hippiques. C'est qu'il s'agissait d'assurer aux amis du président de la République, patrons de sites de jeux comme Stéphane Courbit et Dominique Desseigne, ou directeurs de chaînes de télévision comme Martin Bouygues et Vincent Bolloré, la part du gâteau en pleine expansion des paris sportifs sur Internet Que la loi dépouille l'État de ses recettes, affaiblisse sa capacité de régulation, et développe les comportements addictifs des joueurs - autant de gens qui ne penseront pas à être citoyens - n'est pas seulement une négligence : c'est bel et bien le but recherché. La discussion parlementaire avait donné lieu à un échange intéressant entre le député socialiste Gaétan Gorce et le ministre du Budget, Éric Woerth. « Certaines sociétés de télévision, expliquait M. Gorce, pourront faire des résultats à la fois sur leur activité de radiodiffusion, sur les paris qu'elles organisent, sur les retransmissions qu'elles présentent et sur la publicité qu'elles touchent. Telle est la conception que vous avez de la concurrence. Nous avions un monopole public, nous allons vers un oligopole privé. » Réponse d'Éric Woerth : « Nous faisons très attention aux conflits d'intérêts. Peut-être n'en avons-nous pas tout à fait la même notion. » M. Woerth parle d'or : les oligarques n'ont pas la même notion des conflits d'intérêts - le mélange entre une position publique et des intérêts privés - que les démocrates.

Après avoir d'abord rendu aux intérêts privés les entreprises industrielles, les gouvernements oligarchiques se sont attaqués aux activités de services (transports, électricité, télécommunications, jeux), encouragés par une Commission de Bruxelles poussant le principe de la concurrence jusqu'à l'absurde.

Enfin, absurde du point de vue de l'intérêt général, mais pas de celui des bénéfices privés. Comme l'écrit James Galbraith, « les membres de cette nouvelle classe ont décidé de s'emparer de l'État et de le gérer, non pour mettre en œuvre un projet idéologique, mais de la façon qui leur rapporte le plus d'argent, qui perturbe le moins leur pouvoir et qui leur offre le plus de chances d'être renfloués au cas où quelque chose tournerait mal. Bref, ils ont décidé d'agir en prédateurs vis-à-vis des institutions existantes ».

Quand, faute de gibier, le plaisir de la privatisation des entreprises publiques tend à s'éteindre, on procède par d'autres voies au démantèlement de l'État : par exemple en stimulant la concurrence privée sur de grands services publics comme la santé ou l'éducation. La méthode est simple : d'une part assèchement en douceur mais régulier des budgets publics et d'autre part encouragement par diverses mesures discrètes du secteur privé. Ainsi, le secteur public se dégrade peu à peu, et ceux qui peuvent payer placent leurs enfants ou se font soigner dans le privé, ce qui justifie de nouveaux encouragements étatiques au secteur privé, en arguant de l'« inefficacité du public ».

Une autre méthode de prédation des biens publics se présente sous l'appellation de « partenariat public-privé ». L'ami qui vous serre la main droite en plongeant sa main gauche dans votre poche pour prendre votre portefeuille est un partenaire. Initiée en Grande-Bretagne, sous le nom de «private finance initiative », la démarche consiste à faire financer par le secteur privé un investissement d'intérêt public, tel que faculté, prison, palais de justice, gendarmerie, hôpital. Construction, entretien et fonctionnement du projet sont assurés par le « partenaire », dont la rémunération est assurée par un loyer que lui verse l'État pendant plusieurs dizaines d'années. L'État continue ainsi à lancer des projets jugés utiles, sans recourir directement à l'endettement. Discutable sur le fond - c'est une façon de creuser la dette publique sans que cela apparaisse dans les comptes comme tel -, le procédé assure un bénéfice appréciable à l'entrepreneur privé, sans garantie de meilleure efficacité (...)

Le partenariat public-privé présente deux autres intérêts pour les prédateurs : d'une part, le procédé accroît le pouvoir des grandes entreprises, les seules à mêmes d'emporter le marché global - alors que quand le projet est mené par une collectivité publique, ses divers lots sont accessibles à des PME (petites et moyennes entreprises). Et d'autre part, ils légitime insidieusement le fait que le secteur privé assume, au moins partiellement, des charges relevant des fonctions dites régaliennes de l'État, comme la justice.

(...)

C'est au cœur même des institutions politiques que la dégénérescence de la démocratie serait engagée, selon Arundhati Roy: « La majorité des députés sont millionnaires. Vous ne pouvez gagner que si vous êtes appuyé par les grandes compagnies. Savez-vous que la campagne électorale en Inde a coûté plus cher que la présidentielle aux États-Unis ? » Quant aux contre-pouvoirs, tels que la Cour suprême ou les médias, ils seraient pour l'essentiel passés aux mains des élites américanisées. « Toutes les institutions de la démocratie ont été vidées de leur sens et travaillent ensemble au bénéfice des élites », affirme-t-elle. « Il y a une infiltration de tous les instruments de l'État, une érosion des libertés publiques, des injustices quotidiennes mais peu spectaculaires. » Quand on lui fait valoir qu'elle est libre de s'exprimer, d'écrire et de parler, elle répond : « Ce n'est pas ça, la démocratie. La démocratie, c'est le gouvernement du peuple et pour le peuple. »

Dans ces conditions, y a-t-il un espoir ? « Il y a une chose très positive en Inde: les gens sont exceptionnellement conscients de ce qui se passe. Les élites et les médias, non. Mais, sur le terrain, les gens savent. » (...)


La liste des dégueulasseries ploutocratiques (que je n'ai pas la place ni le temps de détailler toutes) est édifiante, révoltante : les agences de notation (totalement corrompues mais jamais inquiétées), les lobbyings très lucratifs et la pourriture profonde des élus achetés comme des truands, la propagande médiatique devenues une science exacte du mensonge et de la manipulation grâce à l'emprise inédite (et l'appropriation par les riches) de la télévision, la disparition des ouvriers des écrans prostitués, les journalistes décorés eux aussi prostitués et collabos du régime, les faux débats et la dépolitisation, la terreur infligée aux vrais journalistes (Denis Robert, par exemple) pour dissuader les autres, la passivité du corps social face aux agressions infinies des riches de plus en plus décomplexés, l'hypnose par la réclame et par les éditoriaux des éditocrates, le prêt à penser des partis politiques homogénéisés en bipartisme de façade, la relégation des rebelles à leur solitude, la lutte égoïste pour le confort matériel et la rivalité ostentatoire du haut en bas de la pyramide sociale, l'entretien et la mise en scène de l'extrême pauvreté pour inquiéter de proche en proche tous les travailleurs par la peur de régresser, les truanderies électorales et autres coup d'État comme le traité de Lisbonne et sa ratification parlementaire, l'aveuglement des politiciens face à l'urgence écologique, la nécessaire reconquête de la démocratie, la solution du vote écologiste (bof), le regain du débat sous la pression citoyenne (hum), la nécessaire vertu qui doit animer la Cité démocratique (erreur fondamentale, je pense : si on compte sur la vertu de qui que ce soit, on rêve, on va attendre longtemps... La vertu, ça s'incite et surtout, ça se contrôle)......

Un livre très riche, donc, très intéressant.

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MAIS,
• nulle part, Hervé ne fait le lien entre ces abus de pouvoirs des riches et LE DROIT qui permet aux riches de perdurer ;
nulle part Hervé ne considère L'ÉLECTION comme LA procédure mensongère et corruptrice,
• nulle part, malgré nos conversations passées, Hervé n'analyse encore l'élection comme LA modalité incompatible avec la démocratie, la cause des causes, celle qui introduit durablement dans la Cité le ver de l'aristocratie et de la corruption,
• NULLE PART HERVÉ N'IDENTIFIE LE TIRAGE AU SORT COMME L'ÉLÉMENT FONDATEUR ET PROTECTEUR DE TOUTE DÉMOCRATIE DIGNE DE CE NOM.

Il manque donc un chapitre —et un sous-titre— au livre d'Hervé, qui seraient :
L'ÉLECTION ÇA SUFFIT, PAS DE DÉMOCRATIE SANS TIRAGE AU SORT !

Je le lui dirai bientôt (affectueusement), puisqu'il nous rend visite en Provence les jours prochains :

• mercredi 9 février 2011, à Aix en Provence, à Sciences Po (25 rue Gaston de Saporta), à 18h15,
• jeudi 10 février 2011, à Marseille, à l’Equitable Café (54 Cours julien), à 19 h 30,
• et vendredi 11 février, à Draguignan, à l'IUFM, à 18 h 30.

Merci Hervé, pour ce nouveau livre. C'est de plus en plus clair.

Étienne.