février 2011 - Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens

Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens


C'est notre Constitution qui est notre seule arme (et c'est aussi la meilleure) pour contrôler les pouvoirs. À nous d'en parler, entre simples citoyens, pour devenir des millions à l'avoir compris : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Bienvenue :o)


Étienne Chouard
Je cherche ici à mettre en débat ouvert ce dont on ne parle nulle part : les plus grands principes institutionnels dont tous les citoyens (gauche, centre, droite) ont besoin pour se protéger des abus de pouvoir.

Je vous propose d'aller voir le FORUM et de suivre le SOMMAIRE, point par point (un principe par jour pour une digestion facile ?), et de réfléchir à votre propre position : Pour ? Contre ? Partagé ?

Et si personne (ni moi, ni d'autres ici) n'a encore défendu les arguments qui vous semblent importants, formulez-les vous-même : nous progressons ensemble en combinant nos réflexions, démocratiquement et positivement :o)

Suggestion :
pour parler nombreux
sur de nombreux sujets :
. soyons brefs,
. dans le sujet,
. et patients :-)

Une fois les principes bien débattus sur le FORUM, vous pouvez, dans la partie WIKI, écrire vous-mêmes les articles qui vous semblent importants dans une Constitution, aussi bien nationale qu'européenne.

Sur cette partie BLOG, je vous propose de nous parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, histoire, philosophie, sociologie, société, actualité, technique, littérature, etc.), mais qui tournent quand même autour des sujets évoqués sur le forum : on cherche à imaginer ensemble un outil intellectuel, robuste et durable, contre les abus de pouvoir.

J'ai hâte de vous lire :o)

Étienne Chouard


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Le site d'origine s'appelle AEC : "Arc-en-Ciel" (après la pluie le beau temps) :o)


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vendredi 18 février 2011

Honneur à Denis Robert, authentique journaliste, véritable "sentinelle du peuple" (4)

Le citoyen donneur d'alerte Denis Robert a enfin gagné contre le monstre Clearstream !

Les juges français lui ont enfin apporté le soutien qu'il méritait tant, au plus haut niveau du droit.

Désormais, ses livres peuvent être à nouveau publiés, ses lecteurs peuvent le citer et relayer ses informations, c'est une vraie libération.


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Rue89, qui soutient Denis depuis longtemps, publie un bon article sur ce citoyen héroïque (apparemment épuisé), en rappelant au passage quelques honteuses dégueulasseries des chiens de garde du système, bassesses qu'il est bon de ne pas oublier :

Denis Robert bat Clearstream : la fin d'une « vraie censure »
http://www.rue89.com/2011/02/08/denis-robert-bat-clearstream-la-fin-dune-vraie-censure-189458



Voir aussi : "La domination du monde", le blog de Denis Robert


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L'analyse de Denis ROBERT lui-même, à la suite de ce jugement :

Dix ans et toutes mes dents.

Note pour mes amis et les amis de mes amis qui ont la mémoire embrouillée et me demandent des détails sur les jugements de la cour de cassation qui viennent de tomber. D’abord vous dire qu’ils mettent un terme une longue bataille judiciaire et qu’ils m’enchantent.

Depuis dix années que Révélation$ est sorti (28 février 2001), de nombreuses plaintes ont été déposées contre mon éditeur, les chaînes qui ont diffusé mes films, de nombreux journaux et contre moi. Une soixantaine en tout, dans plusieurs pays, en comptant les procédures pénales et les constitutions de partie civile.

Parmi ces plaintes, une dizaine émanait de la Banque Générale de Luxembourg et une vingtaine a été lancée par la Menatep une banque russe liée à la mafia. Je peux dire que globalement j’ai gagné tous ces procès.

La Chambre de Compensation luxembourgeoise Clearstream a diligenté une grande partie des autres procédures. Leur stratégie a été essentiellement basée sur la calomnie, une extrême mauvaise foi, le harcèlement, l’acharnement et l’intimidation.

Cette stratégie, loin du droit, échoue lamentablement aujourd’hui, pour laisser place à la justice et au journalisme. Une victoire sans tambour, ni trompette. Une victoire gravée dans le marbre. Un souvenir de victoire bientôt. Peu importe. Cette décision ouvre d’intéressantes perspectives. Clearstream ne pourra plus faire comme avant…

Une vingtaine de plaintes ont été déposées par la multinationale en France, en Belgique, au Luxembourg, occasionnant des centaines de visites d’huissiers à mes domiciles. Passé les limites, je ne compte plus.

J’ai perdu quelques procès (en particulier pour des interviews à des journaux, je pense à Sud Ouest ou VSD). J’en ai gagné (Nouvel Obs, le Point, « Tout le monde en parle » sur France 2). J’aurais pu et j’aurais dû, si j’avais eu les moyens financiers, aller systématiquement pour toutes ces procédures jusqu’à la Cour de Cassation. Je ne l’ai fait que pour trois d’entre elles. Les plus importantes à mes yeux, puisque ces procédures concernaient les deux livres originelles « Révélation$ », la « Boîte Noire » et « Les dissimulateurs », mon premier documentaire sur l’affaire.

Passons sur « Clearstream l’enquête » qui a occasionné une condamnation symbolique (mais onéreuse en frais de procédure) à Luxembourg, pour nous intéresser au reste…

Pour « Révélation$ » et « Les dissimulateurs » (mon premier documentaire diffusé en février 2001), j’ai été condamné en diffamation à hauteur d’un euro symbolique de dommages et intérêts en mars 2004, puis (en appel) à 1500 euros en octobre 2008, sans compter les frais de procédure.

Pour « La Boîte Noire » (sorti en octobre 2002), Clearstream a été déboutée et condamnée à me verser 3 500 euros de dommages et intérêts en première instance. Devant la Cour d’Appel (Paris, octobre 2008), j’ai été condamné à 1500 euros, sans compter les frais de procédures et de publication des décisions.

Je me suis pourvu en cassation. J’ai pris cette décision contre l’avis de nombreuses personnes, dont mon éditeur, Les Arènes et la chaîne Canal + qui ont refusé de poursuivre les procédures. Je ne les accable pas. De leur place, il leur était sans doute difficile d’aller au bout de la bataille à mes côtés. Certains auraient lâché avant.

Dans les jours qui ont suivi les décisions de la Cour d’appel, Clearstream a acheté une page dans le Monde pour proposer une transaction qui consistait à accepter ces condamnations contre la non-exécution des arrêts. En gros, le non paiement des sommes auxquelles j’étais condamné.

Il était impensable d’accepter un tel compromis, de renier mon travail, mon enquête. Il était indispensable sur les principes qui fondent ce que doit être le journalisme, de me battre jusqu’au bout pour obtenir une décision reconnaissant le droit. J’étais prêt à aller jusqu’à la Cour Européenne des Droits de L’homme s’il le fallait.

Je savais ce que j’avais vu et fait. J’avais intégré les enjeux de cette bataille. Un système financier sain au départ a été dévoyé, ouvrant d’incroyables possibilités de dissimulation. Mon enquête était, est, restera fondée. Mes écrits reposent sur des documents, des courriers, des listings, des microfiches, des témoignages filmés. Des éléments suffisamment probants qui ont permis de mettre à jour des comptes non publiés produisant de l’opacité, un système d’effacement de traces de transactions, la probabilité très forte d’une double comptabilité, des liens présumés entre Clearstream et l’Église de scientologie, l’hébergement de banques mafieuses, l’utilisation de Clearstream pour la mise en œuvre d’opérations occultes, l’absence totale de transparence et de contrôle, la complicité des auditeurs, le licenciement du personnel qui refusait de procéder à des manipulations comptables et de publier des bilans de fait maquillés… Mon enquête et la simple lecture de mes documents montraient, montrent que cette firme abritait plus de 6000 comptes ouverts dans des paradis fiscaux. Parmi ces comptes, des sociétés off shore, mais aussi des filiales de banques respectables. J’ai révélé que des multinationales pétrolières, agroalimentaires ou industrielles avaient également ouvert des comptes discrets à Clearstream. J’en passe et des dizaines.

Au delà du coup de projecteur sur cette firme, l’ensemble de ce travail explicitait les dérives inquiétantes du système financier international et révélait les contours d’une finance véritablement parallèle.

J’en savais beaucoup et je ne voulais pas me taire. Je restais persuadé que les juges de la Cour d’Appel ne m’avaient pas jugé comme il le fallait au vu des éléments du dossier.

L’appui de mes amis du comité et des mille huit cent quatre vingt six personnes ayant soutenu ce qui devenait un combat de longue haleine ont été déterminants.

Canal plus et mon éditeur ont été condamnés à mes côtés, mais Clearstream s’est retournée systématiquement vers moi. Le but n’était pas tant l’argent que la volonté de m’étouffer financièrement, de m’empêcher de poursuivre mes recherches et de me défendre.

Le moment de bascule a été l’affaire pénale dite « Clearstream 2 ». Celle mettant en cause Dominique de Villepin.

Clearstream s’est constituée partie civile dans cette procédure concernant les listings truqués. J’ai été mis en examen pour vol et recel en fin d’année 2006. Dès lors sans que je m’en rende compte, la suspicion a changé de camp. Les communicants de la firme et leurs avocats ont habilement utilisé cette seconde procédure pour influencer les juridictions dans les procès qui m’étaient faits.

Clearstream me présentait comme le pivot de cette nouvelle affaire qui n’avait aucun lien avec les litiges nous concernant. Tenter de ridiculiser mon travail ne suffisait plus, il fallait pratiquer l’amalgame et la confusion.

Combien de fois ai-je entendu les avocats de la firme ou des journalistes malveillants se moquer de « mes erreurs », m’appeler le « falsificateur » ou le « conspirationniste ». Tout cela a joué. Comme ont dû jouer les articles fielleux écrits par des procureurs à moustaches, des éditorialistes à deux balles, des concierges du net. Je sais, je ne devrais pas. Mais bon. Je pense aussi à certains politiques qui m’avaient épaulé et qui soudainement ont baissé les yeux.

J’ai arrêté mon blog. J’ai arrêté le contact frontal. Je suis resté zen. J’ai attendu que ça passe. J’ai été relaxé en janvier 2010. Cette décision pénale est définitive.

Pour le reste, j’ai attendu que des magistrats jugent, tranquillement. Loin du tumulte. C’est ce qui vient de se passer.

La Cour de cassation est la plus haute instance judiciaire française. Le dernier recours avant la Cour européenne des droits de l’homme. Je l’avais envisagé.

Chacun des trois arrêts qui me libère aujourd’hui et accable Clearstream est rédigé dans des termes clairs, précis et sans ambiguïté. La Cour de Cassation « autorise » les propos et les imputations contenues dans mes deux livres et mon documentaire.

La Première Chambre Civile de la Cour de Cassation, se fondant sur l’article 10 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, a rendu trois arrêts qui sonnent le glas à mes ennuis et ouvrent des brèches importantes chez ceux qui m’attaquaient.

C’est fondamental. Ça fera jurisprudence.

Les arguments retenus par la Cour de Cassation sont intégralement ceux développés par mes défenseurs Michel Zaoui et Bénédicte Litzler au cours de ces dix années. Pour des raisons de procédure, nous nous sommes adjoint un avocat à la Cour de Cassation, Denis Carbonnier. Il s’est aussi battu à nos côtés. Il s’agit d’une reconnaissance de la qualité de leur travail et du mien.

La Cour de Cassation a annulé mes trois condamnations du 16 octobre 2008 pour diffamation. Elle a explicitement reconnu « l’intérêt général du sujet» et le « sérieux de mon enquête ».

Tout le monde peut maintenant citer partout ce que j’avais écrit.

Dix ans pour mesurer l’aveuglement du dirigeant de Clearstream qui a porté plainte à l’origine contre moi. Ses successeurs n’ont pas démontré plus de clairvoyance puisqu’ils ont régulièrement relayé et encouragé ces plaintes.

Je ne sais pas ce que deviendront les informations contenus dans mes livres et mes films. Je ne sais pas ce que les Allemands qui ont racheté Clearstream en 2002 (suite à mon enquête) et qui ont forcément constaté ces dérives ont fait. La justice luxembourgeoise étant peu équipée pour traiter ces sujets et la justice européenne encore défaillante, je crains que le combat pour mettre un peu de rationalité et de contrôle dans cette banque des banques soit encore long. Pourtant ici plus qu’ailleurs, la question de la régulation du capitalisme se pose. Je rappellerai ce chiffre : Clearstream a annoncé en 2010 plus de dix trillions d’euros de valeurs enregistrées dans ses comptes. Dix mille milliards d’euros.

Pour revenir aux arrêts de la Cour de Cassation, toutes les demandes de Clearstream à mon encontre sont définitivement rejetées. Ils sont condamnés à me verser la somme de 9 000 euros au titre des frais de procédure et à me rembourser le montant de mes précédentes condamnations aujourd’hui annulées.

En ce qui concerne le préjudice financier et moral subi par moi pendant ces années, les trois affaires sont renvoyées devant la Cour d'Appel de Lyon. Je vais demander réparation aux dirigeants de la firme.

Par leur harcèlement, leur entêtement, leurs mensonges, leur acharnement judiciaire, Clearstream et ses communicants sont responsables de dix années à bien des égards perdues.

La crise financière étant passée par là, on voit bien les raisons politiques et financières qui les ont amenés —par tous les moyens— à me faire taire. Ils n’y sont pas parvenus.

Au final, toute mon enquête est entièrement validée. Les arrêts sont définitifs et sans recours pour Clearstream.

Merci du fond du cœur à tous ceux qui m’ont soutenu. Et vous êtes nombreux. Je ne me suis jamais senti seul ou angoissé pendant ces années. Et ça je vous le dois.

Denis Robert. Chatel, le 7 février 2011.

(Source : Comité de soutien à Denis Robert)


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Autre reportage : Denis Robert vient d'être interviewé par Daniel Mermet, dans le dernier repaire du service-public-d'information-sociale-non-polluée-par-les-marchands qu'est l'émission "Là-bas si j'y suis" :


• hier, LBSJS a rediffusé une ancienne émission (passionnante) avec Denis Robert :
Voleurs de poule, voleurs de foule,


• et aujourd'hui Denis était là pour l'actualité ; très émouvant :
À la fin, c’est nous qu’on va gagner !


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Le communiqué du Syndicat national des journalistes

Les journalistes doivent remercier Denis Robert.

Après avoir mené pendant dix ans un combat juridique aussi âpre que financièrement ruineux et psychologiquement éprouvant contre la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream, notre confrère vient de remporter une victoire éclatante. Les magistrats de la Cour de cassation, dans trois arrêts, ont consacré la liberté d’expression et d’enquête de tout journaliste sérieux. Le Syndicat National des Journaliste (SNJ), première organisation de la profession, a plaisir à rendre grâce également à ces magistrats qui viennent de confirmer, dans le droit fil de l’article 10 de la Convention européenne des Droits de l’homme et des décisions de la Cour européennes des Droits de l’homme, le principe de tout citoyen à être complètement informé par des journalistes qui travaillent sérieusement.

Ces décisions revêtent une signification hautement symbolique puisqu’elles permettent à Denis Robert de s’inscrire dans la tradition des Albert Londres qui entendent "porter le fer dans la plaie" quoi qu’il puisse leur en coûter.

Quelle claque à celles et ceux qui se sont permis d’ironiser sans savoir et de condamner son travail sans le moindre début de preuve fondant leurs motifs ! Quel bel exemple pour les jeunes journalistes qui n’ont pas toujours la chance de croiser la route de "journalistes dignes de ce nom".

Le SNJ, aux côtés de Denis Robert depuis le début, se réjouit donc avec lui et se permet de dire à la profession : remerciez-le !

Le 10 février 2011.


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Encore aujourd'hui, on peut aider financièrement Denis Robert, car il est fauché :

http://lesoutien.blogspot.com/


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Toute société doit protéger ses Donneurs d'alerte, ses Whistleblowers, citoyens courageux qui osent dénoncer publiquement les intrigues des puissants du moment.

C'était à Athènes, et c'est toujours ici même, l'enjeu majeur de l'iségoria — droit de parole pour tous, à tout propos et à tout moment — pilier fondamental, avec le tirage au sort des représentants, de toute démocratie digne de ce nom.

Une bonne Constitution devrait protéger structurellement les journalistes indépendants (pléonasme) — et pas les journalistes subordonnés (oxymore).


Étienne.

mardi 8 février 2011

L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie ! Oui, mais pas de démocratie sans tirage au sort ! (28)

Journaliste au Monde, spécialiste de l'écologie et animateur du site Reporterre.net, Hervé Kempf vient d'écrire à nouveau un bon livre : "L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie !".

C'est un bon récapitulatif des turpitudes, des malhonnêtetés, de la corruption généralisée de nos prétendues élites, sous couverture (prétendument) démocratique.

Tous les faits sont bien sourcés (c'est l'exigence d'un bon journaliste du Monde — il y en a encore quelques uns — qui veut ça) : on pourra donc puiser là de bonnes raisons de s'indigner, preuves à l'appui.

Mais si ce n'était que ça, il ne serait pas le premier et ce ne serait pas très original. J'ai à la maison quelques autres ouvrages qui décrivent en détail (depuis des siècles) les intrigues et les outils des riches d'une l'époque pour conserver et accroître leurs privilèges : tyrannie, empire, colonisation, terreur, propagande, mensonges, traîtrises, idéologie de la propriété et du travail forcé, institutionnalisation du chômage qui rend tout le monde docile, prise de contrôle de la création monétaire, puis des partis, donc des élus, financement des fascismes et des totalitarismes (de gauche comme de droite), novlangue, storytelling, fabrique du consentement, diabolisation des opposants anti-oligarchiques significatifs, focalisation de l'opinion sur de faux ennemis (appelés "barbares" puis "terroristes", ou "extrémistes" ou "antirépublicains"), attentats sous faux drapeau, lobbying, pantouflage, corruption, guerre 1) brutale quand la révolution menace trop les riches et 2) permanente pour faire tourner les usines et pour entretenir un besoin de sécurité (techniques classiques de la maffia historique : terroriser, puis se présenter en protecteur, en échange de la docilité et du travail forcé)...

Voyez cet aperçu, la meilleure moitié de ce que j'ai sur la question (cliquer pour agrandir, puis Ctrl+roulette pour agrandir encore) :


Bibliographie personnelle sur LES MÉFAITS ET MÉTHODES DES RICHES, partout sur terre.

Pour une biblio complémentaire et spécifique sur le hold-up des riches sur la création monétaire, voyez ici.

En plus de proposer un florilège personnel — dense, court et fiable, donc utile à tous — des pires corruptions et trahisons du moment, l'originalité du livre d'Hervé Kempf est surtout de mettre UN NOM — OLIGARCHIE — sur cette corruption des pouvoirs politiques publics par des puissances économiques privées, et au passage, de nettoyer, de décaper un peu — mais pas assez à mon avis, pas jusqu'au bout, j'y reviendrai — un autre nom galvaudé, déformé, inverti — DÉMOCRATIE.

Extraits :

Certains écologistes doutent de la sagesse du peuple et, plutôt que la démocratie, recommandent un pouvoir autoritaire. Mais ils commettent une erreur fondamentale : ils croient que nous sommes en démocratie. En réalité, le capitalisme finissant glisse vers une forme oubliée de système politique. Ce n'est pas la démocratie — pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple —, ce n'est pas la dictature — pouvoir d'un seul aux fins qui lui sont propres —, c'est l'oligarchie : le pouvoir de quelques-uns, qui délibèrent entre eux des solutions qu'ils vont imposer à tous.

Il est de l'intérêt des puissants de faire croire au peuple qu'il est en démocratie. Mais on ne peut pas comprendre le moment présent si l'on n'explore pas la réalité soigneusement occultée : nous sommes en oligarchie, ou sur la voie de l'oligarchie. Ce livre mène cette exploration.

(...)

Le sociologue anglais Colin Crouch, dans un essai remarquable, a décrit la situation politique sous le terme de « postdémocratie », qui correspond assez bien à la forme actuelle du régime oligarchique : « Même si les élections existent et peuvent changer les gouvernements, le débat électoral est un spectacle soigneusement contrôlé et géré par des équipes rivales de professionnels experts dans les techniques de persuasion. Le débat porte sur le petit nombre de dossiers sélectionnés par ces équipes. La masse des citoyens joue un rôle passif, voire apathique, en ne réagissant qu'aux signaux qui lui sont envoyés. Derrière le spectacle du jeu électoral, la politique réelle est définie en privé dans la négociation entre les gouvernements élus et les élites qui représentent de manière écrasante les intérêts des milieux d'affaires. »

Répétons-le : l'oligarchie, ce n'est pas la dictature, c'est le gouvernement par le petit nombre des puissants. Entre eux, ils discutent, réfléchissent, s'opposent, rivalisent. Ils font « démocratie », mais entre eux, sans le peuple. Et quand la décision est prise, elle s'impose, même si l'on y mettra les formes en habillant avec un art consommé la procédure électorale et la discussion publique.

La classe ouvrière a perdu sa conscience unitaire, le peuple ne se voit plus comme tel, la société se croit une collection indistincte d'individus segmentée en communautés ethniques, religieuses, régionales ou sexuelles. L'oligarchie, elle, a une conscience de classe aiguisée, une cohérence idéologique sans faille, un comportement sociologique parfaitement solidaire.

Elle a gagné, et il faut vraiment faire profession de politologue pour affecter de ne pas le savoir. L'un des trois hommes les plus riches du monde, Warren Buffet, le dit sans ambages. Il reçoit en 2006 un journaliste, qui raconte la scène : « Il s'avéra que M. Buffet, avec un revenu immense, payait une fraction beaucoup plus petite, mais vraiment beaucoup plus petite de son revenu en impôt que les secrétaires ou employés travaillant dans ses bureaux. Durant la discussion, il apparut que M. Buffet n'utilisait aucune ruse fiscale. Il payait juste ce que les services des impôts demandaient. "Comment est-ce possible, comment cela peut-il être juste ?", demanda-t-il. J'étais d'accord avec lui, mais je lui dis que quiconque essaierait de poser ce problème serait accusé de fomenter la lutte des classes. "Il y a une lutte des classes, tout à fait", répliqua M. Buffet, "Mais c'est ma classe, la classe des riches, qui mène la guerre, et nous la gagnons". »

(...)

Vingt ans plus tard, le fait que des chefs d'État à la retraite fassent commerce de leur célébrité et de leur influence ne choque plus personne. Tony Blair, ex-Premier ministre britannique, peut atteindre un cachet de 616000 dollars pour deux conférences de trente minutes, Bill Clinton, ex-Président des États-Unis, est coté jusqu'à 450000 dollars la conférence - entre 2001 et 2007, il a ainsi accumulé 40 millions de dollars -, Al Gore, ex-vice président, prend la parole pour 100000 dollars. Pour José Maria Aznar, Premier ministre d'Espagne retraité, comptez 40000 euros, pour John Major, ex-Premier ministre britannique, 60000 dollars, pour Helmut Kohi, chancelier d'Allemagne... ah, le tarif n'est pas public, mais Gerhard Schrôder, autre chancelier, animera votre soirée pour 75 000 dollars.

Beaucoup de ces hommes politiques complètent leurs honoraires de conférences par des conseils rémunérés aux entreprises, banques, fonds d'investissement et par la participation à des conseils d'administration. Notez que les figures cataloguées comme « de gauche », Tony Blair et Gerhard Schröder, comptent parmi les plus brillants affairistes du lot, sans trop s'embarrasser d'éventuels conflits d'intérêt : Schröder a ainsi été embauché comme conseiller, à 250 000 euros par an, par la firme russe Gazprom, alors que, en tant que chancelier, il avait signé deux mois auparavant, en septembre 2005, un accord gazier avec la Russie, Quant à Tony Blair, il a accumulé 17 millions d'euros en moins de trois ans, après son départ de Downing Street, en 2007 - et opérait un astucieux montage fiscal pour échapper au percepteur ». Il suivait l'exemple de l'ancien Premier ministre du Canada, Jean Chrétien, devenu homme d'affaires après qu'il eut quitté le pouvoir en 2003, scellant de nombreux contrats aux quatre coins de la planète - dernier en date : un casino de plusieurs milliards de dollars à Hô Chi Minh-Ville, au Vietnam.

(...)

En oligarchie, la réussite signifie notamment la mise en coupe réglée de l'État Le mot «réglé» est ici important: il ne s'agit pas de le ruiner, comme dans une dictature africaine où une extraction trop violente des richesses maintient le peuple dans la misère, mais de « régler » le prélèvement sans tuer la bête. Tout l'art consiste à ne pas déclencher au sein de populations chez qui subsistent des réflexes démocratiques une rébellion qui menacerait la pérennité de l'exploitation. L'adéquat niveau de prélèvement et les formes selon lesquelles il s'exerce attestent du savoir-faire de l'oligarchie. Ils varient selon les pays, les cultures nationales, les histoires. Partout, cependant, un mouvement général de privatisation du bien commun a été entrepris avec le rebond du capitalisme dans les années 1980. La hausse stupéfiante des inégalités manifeste le succès de cette entreprise.

(...)

Et comme dans la Russie post-soviétique, ce sont des hauts fonctionnaires, formés à l'Ecole nationale d'administration (ENA) qui se sont trouvés les mieux placés pour profiter des privatisations qu'ils pilotaient depuis les cabinets ministériels.

Une nouvelle carrière des honneurs s'est ainsi mise en place, que résume à merveille ce dialogue entre deux notabilités « socialistes » : « En juin 1984, Pierre Moscovici, sorti sixième de l'ENA, téléphone à celui qui fut son professeur [Dominique Strauss Kahn] pour lui demander ce qu'il pense de l'Inspection des finances [un corps d'État prestigieux qui accueille les meilleurs élèves de l'ENA] : "C'est la meilleure business-school française. Vous y restez quatre ans et vous gagnez plein de fric." Et le Trésor ? "C'est un peu moins bien, mais, là aussi, vous faites quatre ans et vous gagnez du fric." »

(...)

Les allers-retours entre postes de la haute administration et conseils d'administration des grandes entreprises se sont aussi multipliés. La présidence de George W. Bush (de 2001 à fin 2008) allait pousser cette osmose à un degré sans doute jamais atteint. Une enquête du Denver Post montrait par exemple en 2004 que plus de cent lobbyistes avaient été embauchés dans les services d'État chargés de contrôler les industries qui les employaient juste auparavant !

Le président Obama a desserré la longe avec les milieux d'affaires, mais pas au point de creuser un fossé infranchissable. M. Obama, qui avait collecté deux fois plus de fonds pour financer sa campagne présidentielle en 2008 que son rival McCain (745 millions de dollars contre 368), a intégré dans son équipe gouvernementale des personnalités venues du monde financier, comme Lawrence Summers, Timothy Geithner et Peter Orszag, tous trois très liés avec Robert Rubin, ex-président de Goldman Sachs et artisan, sous Bill Clinton dont il était le secrétaire au Trésor, d'une accélération de la dérégulation financière. Le ministre de la Justice, Eric Holden, a quant à lui travaillé chez Covington & Burting, un cabinet juridique défendant les intérêts des grandes entreprises, tandis que Dennis Blair, directeur jusqu'en mai 2010 des services d'espionnage, le National Intelligence, était auparavant membre du conseil d'administration d'une compagnie de matériel militaire, EDO Corp. James Jones, conseiller pour la Sécurité nationale, était pour sa part l'un des directeurs de Boeing et de Chevron. D'autres représentants des corporations ont été nommés par la nouvelle administration à des postes moins visibles, tels Isi Siddiqui, ancien vice-président de Croplife, association des entreprises de pesticides et de biotechnologies végétales, comme négociateur pour les questions agricoles, Michael Taylor, ancien vice-président de Monsanto, comme commissaire adjoint à l'Agence de l'alimentation et des médicaments (FDA), ou William Lynn, ancien lobbyiste pour la firme d'électronique militaire Raytheon, au poste de ministre adjoint à la Défense. Au total, le journaliste Timothy Carney a recensé 45 ex-lobbyistes à des positions importantes de l'administration Obama. Et moins de deux ans après l'entrée en fonction du Président, certains commençaient à quitter le gouvernement, pour rejoindre... des cabinets de lobbying. C'est le cas de Darnon Munchus, un adjoint de Timothy Geithner, reparti au printemps 2010 vers Cypress Group, qui défend les intérêts des hedge funds et autres gérants de produits dérivés.

(...)


Un ami qui veut votre bien public

Le deuxième volet de la marchandisation de la sphère publique a consisté à engager un mouvement général de privatisation des entreprises détenues par l'État. Lancé dans les années 1980, il avait un but autant pratique qu'idéologique: fournir des recettes aux États tout en faisant reculer la possibilité d'intervention de ceux-ci dans la vie économique. Mais la chrysalide idéologique s'est vite transformée en papillon cupide : comme on l'a vu à travers quelques exemples précis, la privatisation a enrichi ceux qui la mettaient en œuvre comme ceux qui s'appropriaient les biens publics, dans la mesure où les entreprises cédées l'ont souvent été à des prix amicaux. Un exemple intéressant est celui des sociétés d'auto-routes françaises privatisées en 2005 pour 11 milliards d'euros, alors que, largement amorties, elles dégageaient plus d'un milliard d'euros de bénéfices par an. Le vol du bien public était si flagrant que le gouvernement dut l'imposer à l'Assemblée nationale par un débat sans vote.

Un si délicieux exemple - lui-même inspiré des privatisations espagnoles - ne pouvait manquer de susciter la même idée au Royaume-Uni où Margaret Thatcher et Tony Blair n'ont pas réussi à tout dénationaliser : la banque Rothschild a donc proposé en 2010 un plan massif de privatisation des autoroutes britanniques.

La France de M. Sarkozy, qui concourt pour la médaille d'or - très disputée - du régime oligarchique le plus cynique d'Occident, a renchéri en privatisant l'activité des jeux de hasard et des paris sur Internet par une loi d'urgence, votée toutes affaires cessantes en mai 2010, cassant le vieux monopole d'État sur les loteries et autres paris hippiques. C'est qu'il s'agissait d'assurer aux amis du président de la République, patrons de sites de jeux comme Stéphane Courbit et Dominique Desseigne, ou directeurs de chaînes de télévision comme Martin Bouygues et Vincent Bolloré, la part du gâteau en pleine expansion des paris sportifs sur Internet Que la loi dépouille l'État de ses recettes, affaiblisse sa capacité de régulation, et développe les comportements addictifs des joueurs - autant de gens qui ne penseront pas à être citoyens - n'est pas seulement une négligence : c'est bel et bien le but recherché. La discussion parlementaire avait donné lieu à un échange intéressant entre le député socialiste Gaétan Gorce et le ministre du Budget, Éric Woerth. « Certaines sociétés de télévision, expliquait M. Gorce, pourront faire des résultats à la fois sur leur activité de radiodiffusion, sur les paris qu'elles organisent, sur les retransmissions qu'elles présentent et sur la publicité qu'elles touchent. Telle est la conception que vous avez de la concurrence. Nous avions un monopole public, nous allons vers un oligopole privé. » Réponse d'Éric Woerth : « Nous faisons très attention aux conflits d'intérêts. Peut-être n'en avons-nous pas tout à fait la même notion. » M. Woerth parle d'or : les oligarques n'ont pas la même notion des conflits d'intérêts - le mélange entre une position publique et des intérêts privés - que les démocrates.

Après avoir d'abord rendu aux intérêts privés les entreprises industrielles, les gouvernements oligarchiques se sont attaqués aux activités de services (transports, électricité, télécommunications, jeux), encouragés par une Commission de Bruxelles poussant le principe de la concurrence jusqu'à l'absurde.

Enfin, absurde du point de vue de l'intérêt général, mais pas de celui des bénéfices privés. Comme l'écrit James Galbraith, « les membres de cette nouvelle classe ont décidé de s'emparer de l'État et de le gérer, non pour mettre en œuvre un projet idéologique, mais de la façon qui leur rapporte le plus d'argent, qui perturbe le moins leur pouvoir et qui leur offre le plus de chances d'être renfloués au cas où quelque chose tournerait mal. Bref, ils ont décidé d'agir en prédateurs vis-à-vis des institutions existantes ».

Quand, faute de gibier, le plaisir de la privatisation des entreprises publiques tend à s'éteindre, on procède par d'autres voies au démantèlement de l'État : par exemple en stimulant la concurrence privée sur de grands services publics comme la santé ou l'éducation. La méthode est simple : d'une part assèchement en douceur mais régulier des budgets publics et d'autre part encouragement par diverses mesures discrètes du secteur privé. Ainsi, le secteur public se dégrade peu à peu, et ceux qui peuvent payer placent leurs enfants ou se font soigner dans le privé, ce qui justifie de nouveaux encouragements étatiques au secteur privé, en arguant de l'« inefficacité du public ».

Une autre méthode de prédation des biens publics se présente sous l'appellation de « partenariat public-privé ». L'ami qui vous serre la main droite en plongeant sa main gauche dans votre poche pour prendre votre portefeuille est un partenaire. Initiée en Grande-Bretagne, sous le nom de «private finance initiative », la démarche consiste à faire financer par le secteur privé un investissement d'intérêt public, tel que faculté, prison, palais de justice, gendarmerie, hôpital. Construction, entretien et fonctionnement du projet sont assurés par le « partenaire », dont la rémunération est assurée par un loyer que lui verse l'État pendant plusieurs dizaines d'années. L'État continue ainsi à lancer des projets jugés utiles, sans recourir directement à l'endettement. Discutable sur le fond - c'est une façon de creuser la dette publique sans que cela apparaisse dans les comptes comme tel -, le procédé assure un bénéfice appréciable à l'entrepreneur privé, sans garantie de meilleure efficacité (...)

Le partenariat public-privé présente deux autres intérêts pour les prédateurs : d'une part, le procédé accroît le pouvoir des grandes entreprises, les seules à mêmes d'emporter le marché global - alors que quand le projet est mené par une collectivité publique, ses divers lots sont accessibles à des PME (petites et moyennes entreprises). Et d'autre part, ils légitime insidieusement le fait que le secteur privé assume, au moins partiellement, des charges relevant des fonctions dites régaliennes de l'État, comme la justice.

(...)

C'est au cœur même des institutions politiques que la dégénérescence de la démocratie serait engagée, selon Arundhati Roy: « La majorité des députés sont millionnaires. Vous ne pouvez gagner que si vous êtes appuyé par les grandes compagnies. Savez-vous que la campagne électorale en Inde a coûté plus cher que la présidentielle aux États-Unis ? » Quant aux contre-pouvoirs, tels que la Cour suprême ou les médias, ils seraient pour l'essentiel passés aux mains des élites américanisées. « Toutes les institutions de la démocratie ont été vidées de leur sens et travaillent ensemble au bénéfice des élites », affirme-t-elle. « Il y a une infiltration de tous les instruments de l'État, une érosion des libertés publiques, des injustices quotidiennes mais peu spectaculaires. » Quand on lui fait valoir qu'elle est libre de s'exprimer, d'écrire et de parler, elle répond : « Ce n'est pas ça, la démocratie. La démocratie, c'est le gouvernement du peuple et pour le peuple. »

Dans ces conditions, y a-t-il un espoir ? « Il y a une chose très positive en Inde: les gens sont exceptionnellement conscients de ce qui se passe. Les élites et les médias, non. Mais, sur le terrain, les gens savent. » (...)


La liste des dégueulasseries ploutocratiques (que je n'ai pas la place ni le temps de détailler toutes) est édifiante, révoltante : les agences de notation (totalement corrompues mais jamais inquiétées), les lobbyings très lucratifs et la pourriture profonde des élus achetés comme des truands, la propagande médiatique devenues une science exacte du mensonge et de la manipulation grâce à l'emprise inédite (et l'appropriation par les riches) de la télévision, la disparition des ouvriers des écrans prostitués, les journalistes décorés eux aussi prostitués et collabos du régime, les faux débats et la dépolitisation, la terreur infligée aux vrais journalistes (Denis Robert, par exemple) pour dissuader les autres, la passivité du corps social face aux agressions infinies des riches de plus en plus décomplexés, l'hypnose par la réclame et par les éditoriaux des éditocrates, le prêt à penser des partis politiques homogénéisés en bipartisme de façade, la relégation des rebelles à leur solitude, la lutte égoïste pour le confort matériel et la rivalité ostentatoire du haut en bas de la pyramide sociale, l'entretien et la mise en scène de l'extrême pauvreté pour inquiéter de proche en proche tous les travailleurs par la peur de régresser, les truanderies électorales et autres coup d'État comme le traité de Lisbonne et sa ratification parlementaire, l'aveuglement des politiciens face à l'urgence écologique, la nécessaire reconquête de la démocratie, la solution du vote écologiste (bof), le regain du débat sous la pression citoyenne (hum), la nécessaire vertu qui doit animer la Cité démocratique (erreur fondamentale, je pense : si on compte sur la vertu de qui que ce soit, on rêve, on va attendre longtemps... La vertu, ça s'incite et surtout, ça se contrôle)......

Un livre très riche, donc, très intéressant.

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MAIS,
• nulle part, Hervé ne fait le lien entre ces abus de pouvoirs des riches et LE DROIT qui permet aux riches de perdurer ;
nulle part Hervé ne considère L'ÉLECTION comme LA procédure mensongère et corruptrice,
• nulle part, malgré nos conversations passées, Hervé n'analyse encore l'élection comme LA modalité incompatible avec la démocratie, la cause des causes, celle qui introduit durablement dans la Cité le ver de l'aristocratie et de la corruption,
• NULLE PART HERVÉ N'IDENTIFIE LE TIRAGE AU SORT COMME L'ÉLÉMENT FONDATEUR ET PROTECTEUR DE TOUTE DÉMOCRATIE DIGNE DE CE NOM.

Il manque donc un chapitre —et un sous-titre— au livre d'Hervé, qui seraient :
L'ÉLECTION ÇA SUFFIT, PAS DE DÉMOCRATIE SANS TIRAGE AU SORT !

Je le lui dirai bientôt (affectueusement), puisqu'il nous rend visite en Provence les jours prochains :

• mercredi 9 février 2011, à Aix en Provence, à Sciences Po (25 rue Gaston de Saporta), à 18h15,
• jeudi 10 février 2011, à Marseille, à l’Equitable Café (54 Cours julien), à 19 h 30,
• et vendredi 11 février, à Draguignan, à l'IUFM, à 18 h 30.

Merci Hervé, pour ce nouveau livre. C'est de plus en plus clair.

Étienne.

lundi 7 février 2011

Chavez défend son peuple contre les banques ! ce qui me fait penser au populisme défendu par Christopher LASCH. (13)

Alors là, ça paie...


Chavez défend son peuple contre les banques !
envoyé par librepenseur007.

Savoureux populisme pur jus. Les notables corrompus se sentent moites.

C’est mieux qu'au cinéma puisque c’est vrai ; chacun imagine (mieux encore qu'en la voyant) la tête consternée du vieil usurier en train de s’étrangler… et de transpirer… C'est drôle. Merci Hugo.

Nota : ne nous laissons pas voler le mot "populisme", qui n'est pas du tout péjoratif, pas une injure (comme voudraient bien le faire croire les affreux chiens de garde de Big Brother), mais populisme est un mot important pour décrire une doctrine importante, qui s'occupe prioritairement du peuple, du plus grand nombre, oui oui c'est ça :
voir Christopher Lasch, par exemple, dans son dernier livre, monument d'intelligence : "La révolte des élites et la trahison de la démocratie"

Préface de Jean-Claude Michéa (extrait) : Lasch mode d'emploi

« IL FUT un temps où ce qui était supposé menacer l'ordre social et les traditions civilisatrices de la culture occidentale, c'était la "révolte des masses". De nos jours, cependant, il semble bien que la principale menace provienne non des masses, mais de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie. » [Cf. chap. 2].

Profondément enracinées dans l'économie planétaire et ses technologies sophistiquées, culturellement libérales, c'est-à-dire "modernes", "ouvertes", voire "de gauche", les nouvelles élites du capitalisme avancé — « celles qui contrôlent le flux international de l'argent et de l'information » [Cf. chap. 2] — manifestent en effet, à mesure que leur pouvoir s'accroît et se mondialise, un mépris grandissant pour les valeurs et les vertus qui fondaient autrefois l'idéal démocratique. Enclavées dans leurs multiples "réseaux" au sein desquels elles "nomadisent" perpétuellement, elles vivent leur enfermement dans le monde humainement rétréci de l'Économie comme une noble aventure "cosmopolite", alors que chaque jour devient plus manifeste leur incapacité dramatique à comprendre ceux qui ne leur ressemblent pas : en premier lieu, les gens ordinaires de leur propre pays.

Dans ce livre-testament, Christopher Lasch a tenu à placer sa critique des nouvelles élites du capitalisme avancé sous le signe du "populisme", c'est-à-dire conformément au sens historique du mot, d'un combat radical pour la liberté et l'égalité mené au nom des vertus populaires. On sait à quel point, depuis quelques années, les médias officiels travaillent méthodiquement à effacer le sens originel du mot, à seule fin de pouvoir dénoncer comme "fascistes" ou "moralisateurs" (à notre époque, le crime de pensée suprême) tous les efforts des simples gens pour maintenir une civilité démocratique minimale et s'opposer à l'emprise croissante des "experts" sur l'organisation de leur vie. Autant dire que beaucoup, parmi ceux que le système a préposés à la défense médiatique de ses nuisances, s'empresseront de faire courir le bruit — pour affecter de s'en réjouir ou pour s'en lamenter — que ce livre est "réactionnaire".

Il n'est cependant pas interdit d'espérer que le lecteur intelligent puisse encore se faire une opinion par lui-même.

Encore un penseur passionnant, ce Jean-Claude Michéa, phrase après phrase ; à découvrir absolument, tout ce qu'il écrit est puissant, éclairant, utile : il vous conduira à Christopher Lasch, donc, mais aussi au formidable et méconnu George Orwell.

Chers amis, je vous recommande chaleureusement ce livre de Christopher Lasch, c'est un de mes meilleurs livres.

Étienne.

vendredi 4 février 2011

La révoltante histoire de la "Réserve fédérale" américaine, hold-up planétaire sur la création monétaire (39)

Chers amis,

Je suis en train de dévorer deux livres importants — enfin traduits en français — que je vous conseille de découvrir urgemment.

Il s'agit de l'histoire étonnante —et éclairante— de la prétendue "Réserve fédérale américaine" (qui n'est ni réserve, ni fédérale, ni même américaine peut-être...), histoire minutieusement et patiemment reconstituée par deux chercheurs Américains, qui ont consacré toute leur vie à reconstituer ce puzzle compliqué.

Histoire éclairante parce que, manifestement, toutes les banques centrales du monde —y compris la BCE— se sont inspirées de ce modèle maffieux qui vole la création monétaire aux puissances publiques, finance toutes les guerres et les arsenaux, et assujettit les peuples par la dette.

Je ne sais pas s'il est encore possible de venir à bout de ce monstre, mais si tout cela est vrai, il est urgent de lui résister. Il importe surtout d'entretenir LA MÉMOIRE DES LUTTES.


• "Le complot de la Réserve Fédérale", d'Antony Sutton (traduit en 2009), est un petit livre qui se lit en une journée parce qu'il s'en tient au complot des banquiers contre le peuple américain, entre 1907 et 1913 : c'est court, c'est dense, c'est clair, c'est révoltant.


• "Les secrets de la Réserve Fédérale. La London connection", d'Eustace Mullins (traduit en sept. 2010), est un plus gros livre, très bien écrit, très documenté, retraçant une période plus longue : après avoir, lui aussi, décrit minutieusement le complot scandaleux de l'île Jekyll (1910) et des trois années suivantes de lobbying crapuleux, il montre surtout le rôle décisif de cette maffia bancaire dans toutes les grandes guerres du XXe siècle : c'est terrible, on dirait qu'ils financent (et corrompent) tous les camps !

Le travail de Mullins recoupe en de nombreux points celui d'Annie Lacroix-Riz, elle aussi calomniée par les chiens de garde, bien entendu.

Avant-propos du traducteur (du livre de Mullins) :

Alors que j'effectuais des recherches pour la rédaction d'un article sur le Groupe de Bilderberg, je me suis rappelé que dans les oubliettes de mon capharnaüm informatisé, traînait quelque part une copie de "The Secrets of the Federal Reserve". Je l'avais déjà parcourue en diagonale et je savais que j'y trouverai des informations sur les deux personnages américains qui avaient créé en 1952 la branche américaine du Bilderberg, David Rockefeller Jr. et Averell Harriman.

Rockefeller apparaissait au centre de toutes les entreprises de contrôle planétaire, Council on Foreign Relations (le CFR), Commission Trilatérale (qu'il créa en 1973), Université de Chicago (créée par son grand-père)... et, à présent, le Bilderberg. Averell Harriman, de la banque Brown Brothers, Harriman, avait quant à lui financé une partie de la machine de guerre nazie et échappé en 1942 à des poursuites pour intelligence avec l'ennemi, pour devenir dès 1945, à la mort de Franklin Roosevelt, l'ambassadeur des États-Unis auprès de la Grande-Bretagne.*

Je repris donc la lecture des « Secrets de la Réserve Fédérale » et la nature des choses m'a commandé d'en faire la traduction. Au fur et à mesure que je progressais dans mon ouvrage, je découvrais des secrets plus explosifs les uns que les autres et, tel un cyberinsecte internetivore, je vérifiais les sources d'Eustace Mullins en dévorant la toile, tout en étoffant son étude pour mes besoins personnels.

Depuis que j'avais lancé mon modeste site de géopolitique, « Questions Critiques », j'étais toujours à la recherche dans la presse et la littérature anglophones de clés de compréhension que je pouvais mettre en ligne en français sur mon blog. Là, j'étais servi ! Les pièces de ce gigantesque puzzle commençaient à s'ajuster et je pouvais enfin établir le lien entre certains aspects obscurs de l'Histoire et la manière dont fonctionne le monde aujourd'hui. J'avais sous les yeux la preuve que le sort des peuples se décide en coulisses.

Dans les Secrets de la Réserve Fédérale, Eustace Mullins nous offre une lecture passionnante de cette page d'Histoire qui s'est écrite entre le crépuscule du 19ème siècle et la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Il nous apporte un éclairage saisissant sur les puissants qui se cachent derrière le « Novus Ordo Saeculorum », le nouvel ordre du monde, et comment ils ont construit la Mondialisation, telle que nous la connaissons aujourd'hui.

Bousculant les thèses propagandistes du « politiquement correct », l'auteur plonge au cœur de cette vaste entreprise politico-économico-médiatique et nous livre les secrets qu'il a découverts au cours de plus de trente années de recherches. D'abord, l'expédition secrète de Jekyll Island où a été forgé le projet d'une banque centrale américaine, qui deviendra ce qu'on appelle aujourd'hui familièrement « la Fed ». Ensuite, une étude minutieuse des personnages centraux de la conspiration de la réserve fédérale, avec son lot de trahisons, de complots, d'alliances, de mariages et de fortunes colossales accumulées. Enfin, les liens secrets qui unissaient entre eux les grands banquiers de l'époque, qui contrôlaient non seulement les richesses de la planète mais aussi la décision politique. On apprend comment s'élisent les présidents des États-Unis et comment la stratégie financière de haute-voltige permet de manipuler les peuples. Il est impossible de sortir intact d'une telle œuvre majeure, tant ce que nous croyions savoir de l'histoire contemporaine y est magistralement remis en cause. Ce livre offre une telle révision de l'histoire contemporaine, que celui qui cherche à appréhender le monde avec discernement y trouvera non seulement de quoi nourrir sa curiosité et combler un grand nombre de lacunes, mais il en sortira bouleversé.

Les quatre premiers chapitres exposent avec minutie la façon dont les banquiers et leurs complices au Congrès des États-Unis mirent en œuvre la conspiration qui conduisit à la création de la Réserve Fédérale des États-Unis. Cette partie de l'ouvrage pourra sembler aride à beaucoup de lecteur, mais elle est essentielle pour comprendre l'état d'esprit qui animait ces personnages, parfois hauts en couleur, qui ont cherché à capter toutes les richesses du monde. Mais cette conspiration n'aurait jamais pu voir le jour si une autre conspiration plus vaste, à l'origine de la finance moderne qui plonge aujourd'hui le monde dans un marasme économique et financier comparable en dimension à la crise des années trente, n'avait existé.

Les chapitres cinq, six et sept démêlent l'écheveau de cette gigantesque cabale et nous conduisent dans les grandes capitales européennes de la finance, d'abord à Londres et à Paris, puis à Berlin, depuis les guerres napoléoniennes jusqu'à l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler en Allemagne.

Le reste de l'ouvrage est consacré au décryptage des événements qui ont marqué la première moitié du 20ème siècle, jusqu'à la Deuxième Guerre Mondiale, et le rôle qu'y ont joué les grands financiers internationaux : la Première Guerre Mondiale, la grande crise agricole de 1920 aux États-Unis et la Grande Dépression de 1929.

Eustace Mullins, décédé à l'âge de 87 ans le 2 février 2010, tenait à ce que la version française de « The Secrets of the Federal Reserve », reprenne dans l'intégralité la dernière version de son ouvrage qu'il a terminée en 1991.

Jean-François Goulon
Août 2010

* Comment le grand-père de Bush a aidé Hitler à accéder au pouvoir, par Ben Aris et Duncan Campbel, The Guardian (25 sept. 2004) : http://questionscritiques.free.fr/Bush/Prescott_Bush_Hitler.htm

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Préface de Michel Drac :

L'ouvrage d'Eustace Mullins raconte une étape-clef de l'Histoire économique récente - une étape qui détermine, encore aujourd'hui, le mode de fonctionnement de notre économie.

1907 : la panique monétaire fragilise le capitalisme américain.

1913 : la Federal Reserve est constituée.

Entre ces deux dates : six ans d'intrigues, de serments trahis, de mensonges éhontés et de demi-vérités soigneusement travesties. Six ans, au cours desquels les grands banquiers d'affaires prirent appui sur la faillite programmée de leur système, pour refonder leur pouvoir.

C'est cette victoire des banquiers que raconte Mullins - une heure sombre dans la lutte toujours recommencée entre le Capital et les peuples.

Toute la dynamique de notre économie contemporaine résulte de cet instant décisif, où le marchand d'argent s'arrogea le droit de fabriquer le signe monétaire. Et cela, pour la première fois, en pratique, à l'échelle du monde.

Eustace Mullins a rédigé la chronique du plus grand hold-up de l'Histoire.

*****

Cependant, si les événements de 1913 furent sans précédent par leur échelle, leur dynamique, quant à elle, ne présentait aucun caractère de nouveauté.

Le capitalisme est un champ de bataille, et cela ne date pas d'hier.

On en trouvera la preuve dans un texte presque aussi vieux que la civilisation : le Pentateuque.

Voici l'histoire de Joseph en Égypte (Genèse, chapitres 34 à 50).

Joseph, fils de Jacob, est trahi par ses frères, jaloux de ce cadet trop brillant. Il est vendu comme esclave en Égypte. Un malheur pour un bonheur : au pays de Pharaon, ses qualités intellectuelles supérieures lui assurent une fulgurante ascension sociale.

Nomade, Joseph est naturellement étranger aux populations sédentaires de l'Égypte. Mais justement : cela fait sa valeur aux yeux du Prince. Parce que Joseph lui devra tout, parce qu'il est un excellent gestionnaire, parce qu'il est loin des intrigues de la cour, Pharaon fait de lui son intendant.

Joseph suggère une méthode pour éliminer les famines qui ravagent l'empire. Que partout à travers l'Égypte, on érige des greniers, et que dans ces greniers, on dépose le cinquième des récoltes. Lorsque les récoltes seront bonnes, les réserves s'accumuleront. Mais en période de vache maigre, Pharaon revendra le contenu de ses greniers, et la disette sera évitée.

L'Égypte prospère. Mais très vite, le système entre en crise. Confiants dans les greniers d'État, privés d'un cinquième de leur récolte, les Égyptiens cessent d'épargner. Et lorsque plusieurs mauvaises années se suivent, le peuple, ruiné, ne peut racheter son blé.

Aux affamés, Joseph propose alors un accord : il leur donnera du grain, en échange de quoi, ils céderont leurs terres. Les Égyptiens acceptent. Et ainsi, en réservant l'épargne à Pharaon, Joseph est parvenu à confisquer le capital productif.

Escroquerie ? Certainement. Monstruosité ? Rien n'est moins sûr.

Le patriarche Joseph est un personnage complexe. Au vu du texte, il est impossible de dire s'il prend la décision de se faire spoliateur. Au départ, son rôle de conseiller économique auprès de Pharaon n'a rien de déshonorant : c'est semble-t-il pour le bien du peuple qu'il ordonne la construction des greniers. C'est encore pour éviter que les Égyptiens ne meurent qu'il leur revend blé contre terres. Joseph n'est pas l'âme damnée de Pharaon; il s'attache tout simplement à rationaliser le processus de la domination politique, sous l'angle économique. C'est un cadet dépossédé, qui s'élève dans la hiérarchie sociale en utilisant ses capacités intellectuelles supérieures, au sein d'un monde régi par la force. C'est un nomade rusé, doublé d'un dominateur par l'esprit - mais ce n'est pas un monstre.

Son caractère profondément humain transparaît bien dans les chapitres finaux de la Genèse, chapitres au cours desquels va se nouer le drame d'Israël.

Joseph pardonne à ses frères de l'avoir jadis vendu comme esclave, et installe sa nombreuse famille sur la terre d'Égypte, où elle prospère.

Elle prospère tellement, d'ailleurs, et se multiplie si bien, que Pharaon prend peur. Et si ces parvenus, ces nomades rusés, finissaient par sortir de l'ombre où ils se tiennent ? Après tout, rien ne les sépare du prince, hormis le trône. Dès lors, le but obligé de Joseph n'est-il pas de devenir le maître de Pharaon ?

Ici commence le livre de l'Exode.

Violent, cruel, le système induit par les choix de Joseph opprime tous les Égyptiens. La froide rationalité du patriarche a généralisé un esclavage implacable : sa descendance en paiera le prix. Pharaon, pour mater les Hébreux, les jette à leur tour dans les chaînes que leur père a consolidées.

La Bible énonce le caractère dialectique des relations - en quoi même un athée devra reconnaître qu'elle est une révélation sur la nature du monde. Le Livre dit : la lutte entre nomades prédateurs et sédentaires productifs, entre oppresseurs et opprimés, n'oppose pas des camps essentialisés. Un nomade peut se sédentariser, un oppresseur peut rejoindre le camp des opprimés. La victoire prépare la défaite, la prospérité engendre la misère, la libération porte en germe l'esclavage - et réciproquement.

Réciproquement, car de l'esclavage, les descendants de Joseph vont s'élever vers un nouveau projet, plus ambitieux, plus libérateur que celui de leur ancêtre. Il ne s'agit plus de se tenir dans l'ombre de Pharaon, de participer à son oppression pour ne pas être opprimé : il s'agit d'abolir l'oppression elle-même, en libérant tout un peuple.

Apparaît Moïse. Son projet : conquérir la terre promise. Il existe bien sûr d'innombrables interprétations du terme. Mais sous l'angle économique, la terre promise, c'est celle où, comme il est écrit : « Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère » (Deutéronome, chapitre 23).

Le projet de Joseph, le capitalisme, a engendré celui de Moïse, la révolution.

Sous l'angle économique, le reste, c'est-à-dire le christianisme, ne sera jamais que l'instant où Moïse et Joseph seront, enfin, séparés l'un de l'autre.

*****

Nous vivons aujourd'hui, à une échelle infiniment plus grande, la réédition des mécanismes décrits par la Bible. Ce que raconte Mullins, c'est l'accord passé, au début du XX° siècle, entre le nouveau Pharaon, l'État américain, et le nouveau « Joseph », en l'occurrence un « Joseph » collectif : les grandes banques anglo-saxonnes, basées principalement dans la City de Londres.

Comment en était-on arrivé là ?

Pour le comprendre, il faut s'intéresser à l'esprit américain.

La révolution américaine ne fut pas une révolte contre l'Empire britannique en tant que tel : c'était, avant tout, un refus de souscrire au modèle économique de cet empire.

Certes, à aucun moment, les Américains n'envisagèrent de rompre avec le capitalisme. La libre entreprise était pour eux un idéal. Oui, mais voilà, il existe deux capitalismes : celui des gestionnaires de la production d'une part, et celui des marchands, donc des banquiers, d'autre part.

Une grande partie de la Réforme protestante, sur le plan pratique, consista précisément à structurer la lutte entre ces deux capitalismes. Suivant Max Weber sur ce point précis, nous admettrons que le protestantisme, à l'origine religion de la petite bourgeoisie productive, constituait aussi une idéologie de combat, au service du capitalisme des producteurs, contre le capitalisme des banquiers. Il s'agissait, par la rapidité de l'accumulation du capital, de produire à une telle cadence que la ponction opérée par Pharaon ne suffirait plus à confisquer les biens de production. La libre entreprise, dans l'esprit des populations protestantes de la Nouvelle Angleterre, c'était en somme le droit d'aller plus vite que le banquier, pour rester libre de toute hypothèque. Il s'agissait de prendre « Joseph » de vitesse.

Évidemment, pour que ce projet eût un sens, il fallait que le niveau de la ponction n'augmentât pas indéfiniment. Il convenait donc qu'il fût négocié. C'est pourquoi la revendication première des colons américains, de la Boston Tea Party à la déclaration d'indépendance, ne fut nullement l'affirmation d'une identité distincte. La revendication première fut : « Pas de taxation sans représentation ». Ce n'était pas à l'Empire britannique de fixer le niveau des taxes, il devait être approuvé par les assemblées des colonies : voilà de quoi il s'agissait.

Ainsi, lorsque les Américains se décrivent eux-mêmes comme le nouvel Israël, ils n'ont pas tout à fait tort sous l'angle économique. Ils ont bel et bien voulu conquérir une terre promise, une terre où l'on ne prêterait pas à taux usuraires - une terre où « Joseph » ne pourrait pas indéfiniment spolier et taxer.

Le malheur a voulu que ce projet initial dérivât progressivement, jusqu'à se retourner contre lui-même.

Comme dit précédemment, la frontière entre oppresseurs et opprimés, spoliateurs et spoliés, n'est jamais stable. Le même homme, le même groupe, peuvent être oppresseurs dans un contexte donné, mais opprimés dans un autre environnement. Et la barrière peut être franchie dans un sens, mais aussi dans l'autre. Comme expliqué ci-dessus, « Joseph » est inhumain non par essence, mais parce que ses intérêts divergent de ceux de la grande masse des hommes. Il devient leur adversaire obligé sans l'avoir voulu. Il n'est pas nécessaire d'être monstrueux pour devenir inhumain : il suffit d'être très, très riche.

La haute bourgeoisie nord-américaine prospéra si bien qu'elle se trouva à son tour détentrice d'un capital en excès, qu'elle ne pouvait rémunérer qu'en augmentant le prélèvement sur la plus-value. Vint le moment où, de par ses intérêts mêmes, cette haute bourgeoisie se trouva naturellement plus proche de ses anciens adversaires britanniques que du reste du peuple américain. Dès lors, la ligne de partage entre gestionnaires de la production et gestionnaires du capital se déplaça subrepticement. Elle ne séparait plus une Amérique homogène d'un Empire britannique prédateur : elle traduisait désormais l'opposition entre un peuple américain productif et l'Amérique oligarchique naissante, spontanément solidaire de l'Empire britannique.

C'est avec la constitution de la FED que le délit fut consommé. Désormais, les centres de décision du capitalisme américain seraient, de par leurs intérêts, liés à ceux du capitalisme britannique. L'État américain n'était plus celui de Moïse : c'était celui de Pharaon, donc de « Joseph ». Les descendants spirituels de Moïse dans le Nouveau Monde avaient, pour certains d'entre eux, rallié le camp de l'ennemi.

C'est au récit de cette trahison qu'Eustace Mullins décida de consacrer sa vie.

*****

Honneur à lui. Nous faisons tous partie d'un livre écrit par Dieu. La plupart d'entre nous ne sont que l'encre. Quelques-uns, cependant, reçoivent la Grâce d'être la plume.

La situation contemporaine n'est que la continuation de 1913. Et donc, lire Mullins, c'est comprendre la généalogie de notre désastre.

Dans le système capitaliste du XIX° siècle, on opposait encore la Haute Banque, qui jouait avec son argent, et la banque de dépôt, qui faisait travailler l'argent de ses clients. Mais cette distinction n'a plus aujourd'hui la moindre signification. Depuis 1913 et la création de la FED, les banques d'affaires ont de fait placé les banques de dépôt sous leur coupe. Non contentes de pouvoir spéculer avec l'argent du public, elles se sont octroyé un privilège extraordinaire, qui a profondément modifié le système capitaliste : elles peuvent fabriquer l'argent ex nihilo - ceci implique que, même du Glass-Steagall Act à son abolition, soit de 1933 à 1999, la haute finance eut constamment, en pratique, la haute main sur l'ensemble du capital. Pouvoir créer de l'argent ex nihilo, c'est s'approprier une fraction indéfinie de la masse monétaire globale, donc réduire indirectement les dépôts du public.

L'endettement formidable sous lequel croule désormais l'Occident résulte, en grande partie, du coup d'État bancaire de 1913. Certes, depuis, bien des facteurs aggravants se sont ajoutés au désastre initial. Mais il n'empêche : avant la création de la FED, la dette publique américaine était presque inexistante. Même les énormes coûts de la guerre de sécession furent absorbés par la formidable capacité de développement productif de l'Amérique. Inversement, depuis la création de la FED, la dette, tant publique que privée, n'a cessé d'enfler. Le « Joseph » américain s'est comporté exactement comme son devancier trimillénaire. Pour confisquer le capital productif avec l'appui du pouvoir, il s'est réservé la fonction d'épargne. Voici la cause profonde de la crise, peut-être décisive, dont nous observons les soubresauts inquiétants depuis 2007.

Le lecteur décèlera sans peine, dans le récit de Mullins, tout ce qu'il a de profondément actuel. Il repérera aisément les ressemblances nombreuses qui rapprochent nos années 2010 de celles qui précédèrent la constitution de la FED. Il constatera comment, hier comme aujourd'hui, les oligarques, si partisans du libéralisme pour les autres, se montrent en revanche très soucieux de régulation, s'agissant de leurs relations réciproques. Il tirera de grands enseignements en étudiant les précautions extraordinaires prises par ces personnages pour rester invisibles aux yeux du grand public. Et derrière le trône de notre Pharaon états-unien, il scrutera l'ombre où se tiennent nos modernes « Joseph ». Derrière les discours de propagande des économistes conformistes, il décèlera une pensée prostituée.

Le lecteur trouvera aussi, dans le récit d'Eustace Mullins, un exemple instructif de crise provoquée. En étudiant les mécanismes de la crise agricole de 1920, le lecteur se souviendra des politiques de crédit abondant suivies, sous l'administration Bush, par Alan Greenspan. Le lecteur comprendra comment, via la politique monétaire, les intérêts privés perfectionnèrent le système antique du patriarche Joseph : désormais, il ne s'agit plus de prévoir les années de vache maigre, il s'agit de les faire advenir.

Le lecteur, enfin, sourira sans doute en prenant connaissance des circonstances dans lesquelles le Président et le Congrès des États-Unis furent amenés à créer la FED. Il se souviendra avec intérêt de la confrontation Obama - McCain, en suivant les péripéties qui amenèrent à l'élection de Wilson. Il trouvera sans mal, dans les votes précipités du début du XX° siècle, nombre de points communs avec les modalités d'adoption des plans d'aide au secteur bancaire, en 2008 et 2009.

Mais assez prodigué de conseils ! Le lecteur n'en aura nul besoin, car tout est clair.

« Voici les simples faits de la grande traîtrise... »

Table des matières

Préface de Michel Drac

Avant-propos de l'auteur

Introduction

Chapitre I - Jekyll Island

Chapitre II - Le Plan Aldrich

Chapitre III - The Federal Reserve Act

Chapitre IV - Le Comité Consultatif Fédéral

Chapitre V - La Maison de Rothschild

Chapitre VI - La Connexion Londonienne

Chapitre VII - La Connexion Hitlérienne

Chapitre VIII - La Première Guerre Mondiale

Chapitre IX - La Crise Agricole

Chapitre X - Les Créateurs de Monnaie

Chapitre XI - Lord Montagu Norman

Chapitre XII - La Grande Dépression

Chapitre XIII - Les Années 30

Chapitre XIV - Exposé Parlementaire

Addenda

Appendice 1

Biographies

Bibliographie

J'ai fini le livre de Sutton et j'avance dans celui de Mullins, c'est littéralement passionnant.

Nota : le livre de Mullins doit être complété par des TABLEAUX importants, qui ne pouvaient pas être intégrés au format du livre sans devenir illisibles (les caractères auraient été trop petits), et que vous devrez donc télécharger et imprimer vous-mêmes, en A4 ou en A3 : http://www.scriptoblog.com/index.php?option=com_content&view=article&id=558:elements-en-ligne-pour-qles-secrets-de-la-reserve-federaleq&catid=35:actualite-des-editions-le-retour-aux-sources&Itemid=53

Bien sûr, il doit être possible de formuler objections et critiques contre ces analyses, ou contre ces auteurs (la calomie ad hominem et l'amalgame salissant étant les techniques habituelles des privilégiés et de leurs chiens de garde pour discréditer ceux qui les dénoncent), et je vous invite à faire connaître ces critiques pour en examiner ensemble la pertinence et l'importance.

Quoi qu'il en soit, un travail de recherche aussi explosif, sur un sujet aussi central, devrait au moins faire l'objet d'un débat, plutôt que d'être carrément ignoré par les professionnels de l'information.

Pour ma part, et pour l'instant, en découvrant ces faits (dont on ne parle jamais à l'école), j'ai l'impression qu'en les ignorant on ne comprend pas grand chose à l'histoire et à l'économie ; autrement dit, j'ai l'impression de découvrir quelque chose d'important, du côté de la cause des causes.

Je vous souhaite donc bonne lecture et j'attends vos commentaires.

Étienne.

_________________________

PS : pour ceux qui se contentent de (sembler) refuser toute allusion à quelque complot que ce soit, comme s'il n'existait plus aucun complot sur terre (il faut vraiment prendre les gens pour des imbéciles — ou être soi-même bien malhonnête — pour soutenir une telle ânerie, d'abord, et pour s'en contenter comme contre-"argument", ensuite), pour ces lumières de sagacité, donc, qui dénoncent courageusement, avec un air entendu, les paranoïaques "théoriciens du complot", je signale un bon dessin de Jean-Pierre Petit, que je trouve, lui, pertinent :

jeudi 3 février 2011

Conférence 20 février à Six-Fours : le tirage au sort comme bombe politiquement durable contre l'oligarchie (15)

http://assoculturelibre.wordpress.com/2011/01/16/conference-avec-etienne-chouard-le-20-fevrier/

Six-Fours est un village près de Toulon, en direction d'Aubagne et de Marseille.

Je serai heureux de rencontrer enfin certains d'entre vous qui suivez ici mon travail depuis longtemps, ainsi que d'autres qui auront été simplement attirés par les thèmes de réflexion annoncés.

J'ai demandé aux militants qui m'invitent si gentiment d'avoir du temps et de la liberté pour échanger avec les auditeurs et pour étudier soigneusement les objections qui ne manqueront pas de surgir, notamment à propos du tirage au sort. Nous aurons donc l'après-midi. Je tâcherai de décomposer mon propos en quelques courts exposés, pour permettre aux réactions de s'exprimer au plus près des idées.

Pour l'instant, je prévois d'aborder les thèmes suivants (l'ordre de cette première mouture est à revoir, il faut que je trouve un bon plan), avec libre possibilité d'ouvrir les parenthèses que l'on voudra, au fur et à mesure des échanges :

Conférence-débat sur quelques sujets fondateurs
dont les élus ne peuvent pas parler
.

Introduction : les élus ne peuvent pas débattre — et surtout pas décider — sur ces sujets-là car ils ont, en l'occurrence, par définition, un intérêt personnel contraire à l'intérêt général : ce n'est pas aux élus et aux hommes de partis de régler les questions institutionnelles car ils y sont mécaniquement en situation de conflit d'intérêt, instituant alors des règles pour eux-mêmes, cause ensuite de tous les abus de pouvoir.


À quoi sert une Constitution ?

Sommes-nous personnellement concernés, dans notre vie quotidienne, par la Constitution ? Que pourrions-nous gagner à une meilleure Constitution ?

Quelles sont les institutions clefs d'une démocratie ?

L'exemple passionnant de la démocratie athénienne.

Dans quel régime vivons-nous ? Ni démocratie, ni dictature : nous sommes depuis longtemps dans une redoutable oligarchie (dans une variante ploutocratique). Redoutable parce que ce genre de régime déclenche sans arrêt des guerres un peu partout pour survivre aux résistances.

L'importance des mots pour désigner (ou pas) l'ennemi : stratégie de la novlangue où les mots des résistants sont ridiculisés, salis, et finalement criminalisés et interdits. Par exemple, le concept même de complot : si le mot est discrédité en l'associant systématiquement à la maladie mentale de la paranoïa, tous les dénonciateurs d'éventuels complots bien réels sont facilement discrédités, et donc désarmés. C'est très malin. Autre exemple : ne nous laisser que les mots démocratie et dictature pour caractériser un régime, sans jamais parler d'oligarchie, ni de cleptocratie, ni de ploutocratie, c'est nous conduire à croire que nous vivons en démocratie à partir du constat de l'évidence que nous ne sommes pas en dictature. C'est très malin. Il y a d'autres exemples, comme réduire la gauche à l'antiracisme en négligeant la justice économique et sociale... Nous en parlerons ensemble, je suis sûr que vous avez des idées là-dessus.

Les auteurs du gouvernement représentatif (c'est le nom de nos régimes actuels, partout dans le monde) voulaient-ils, en 1789, instituer une démocratie, ou voulaient-ils au contraire, explicitement, l'éviter à tout prix ? Pourquoi avons-nous oublié cela ?

Comment le Peuple peut-il, concrètement, reprendre (et garder) le contrôle de ses représentants ?


Élection ou tirage au sort ?

Alors que, toujours et partout, l'élection permet aux riches d'acheter le pouvoir politique, le tirage au sort a permis (pendant 200 ans à Athènes, il y a 2 500 ans) — et permettrait encore — de désynchroniser le pouvoir économique du pouvoir politique. Relisez bien, ceci est absolument essentiel.

Vices de l'élection, essentiellement aristocratique : corruptible et corruptrice, elle pousse au mensonge ;
et vertus du tirage au sort, essentiellement démocratique : incorruptible et impartial, il ne déshonore pas les perdants.


Besoin sociétal vital d'un processus constituant désintéressé.

Qu'est-ce qu'un conflit d'intérêt ? Préférez-vous un représentant compétent ou honnête ?

Qui est compétent pour écrire une Constitution ? Qui est légitime ?

Et si le sort vous désignait vous, pour participer à une Assemblée constituante ? Impossible ? Souhaitable ?

Ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir : ce n'est pas aux Présidents, aux Ministres, aux Parlementaires, aux Juges ni même aux hommes de Partis (autant d'hommes se destinant au pouvoir), d'écrire, de modifier ou de protéger la Constitution.


L'exemple accablant des institutions européennes, point méconnu par point méconnu.


Le point particulier de la création monétaire.

Comment fonctionne la monnaie-dette ?

L’exemple révoltant de la prétendue "Réserve fédérale" américaine.

Les alternatives monétaires. Monnaie permanente, monnaie fondante (pour dissuader de l'accumuler parce que ça en prive les autres).
La guerre permanente, centrale, entre travailleurs et rentiers. Et le choix politique qui en découle DIRECTEMENT, entre chômage et inflation.

Le lien entre souveraineté monétaire et souveraineté politique.


Le rôle de la Constitution dans l'exercice réel de la souveraineté. À qui obéissent les forces armées ?

Faut-il vraiment, comme l'analysait Marx, changer le rapport de force avant de changer le droit,
ou bien un changement initial de procédure d'élaboration du droit changera-t-il mécaniquement le rapport de force (en empêchant les riches de tricher avec l'intérêt général en achetant le pouvoir politique) ?


Que peut-on redouter du tirage au sort des constituants ? Quelles sont les institutions correctrices connues ou imaginables pour améliorer encore la fiabilité du tirage au sort ? Que peut-on espérer du tirage au sort des constituants ? Y a-t-il déjà eu des expérience réelles ? Comment cela s'est-il passé ?

Tirage au sort partiel ?

Une assemblée élue (la Chambre des Partis, élite professionnelle de la politique, choisie pour ses vertus) ET une assemblée tirée au sort (la Chambre des Citoyens, représentative de la diversité réelle du pays) ?

Et le meilleur pour la fin... :o)


L'institution centrale du référendum d'initiative citoyenne (RIC).

Le RIC était ardemment défendu par Condorcet et fut curieusement oublié par tous ses successeurs (élus).

Modalités et expériences de RIC à connaître. L’exemple encourageant du peuple suisse (populiste =démocratique ?)

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Conclusion, synthèse :

Donc, pour moi, ce qui est central, ce qui est décisif, ce qui est méconnu, c’est que le peuple lui-même, à la base, sans compter sur les politiciens de métier (qui ne soutiendront jamais une idée qui va les mettre à leur tour au chômage), comprenne la priorité absolue du TIRAGE AU SORT pour s’affranchir durablement de la corruption des RICHES : j’observe en effet que, toujours et partout, l’élection permet aux riches d’acheter le pouvoir politique et nous conduit donc fatalement (il n’y a pas d’exception, nulle part) à l’oligarchie, à la rareté voulue et entretenue (et d'ailleurs aux racismes et aux haines, toujours exacerbés en période de pénurie) et à la guerre, en synchronisant le pouvoir économique et le pouvoir politique.

Et le fait, pour les plus riches, d’avoir, en plus de leur immense richesse préalable, pris le contrôle de la création monétaire elle-même, les rend encore plus effroyablement riches et encore plus capables de corrompre facilement n’importe qui, à commencer par les élus, et presque tous les candidats à l’élection. Tout se tient, pour l’instant, dans un cercle vicieux où l’élection permet à la boucle de se boucler en prêtant le flanc (et même en incitant) à la corruption.

À Athènes, il y a 2500 ans, pendant 200 ans (c’est très long), le tirage au sort a permis — mécaniquement, automatiquement — de désynchroniser durablement le pouvoir économique et le pouvoir politique : les pauvres, nombreux, avaient forcément le pouvoir et les riches, peu nombreux, ne pouvaient jamais l’avoir (ce qui mettait les riches philosophes en colère, d’ailleurs). C'est alors un cercle vertueux qui pousse à la vertu (par des contrôles et des sanctions) et gêne la corruption au lieu de la favoriser.

Ma spécificité, c’est d’envisager les alternatives monétaires par la voie des institutions, et plus précisément par la voir d’un processus constituant enfin désintéressé : la première démocratie au monde sera instituée par une Assemblée constituante tirée au sort, qui prévoira à coup sûr la garantie que la monnaie ne peut être créée que par la puissance publique et sous contrôle citoyen.

Si j'ai bien compris, les échanges seront filmés et publiés sur le net.

Et il me semble qu'il faut s'inscrire (pour aider les organisateurs à nous accueillir).

Au plaisir de vous rencontrer.

Étienne.


PS (mise à jour) : voici les vidéos tirées de cette conférence :


Étienne Chouard - conférence de Six-Fours -... par culture-libre


Étienne Chouard - Conférence de Six-Fours -... par culture-libre


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