Chers amis,

Enfin, le film de Naomi Klein est disponible en streaming (vision libre sur le net) :

LA STRATÉGIE DU CHOC, FILM TIRÉ DU LIVRE DE NAOMI KLEIN :


http://www.megavideo.com/?v=DH5XQ8U4

Vous y retrouverez, à travers des exemples remarquables, le cynisme terrifiant des riches sur terre quand il est question de préserver leurs privilèges :

Après l'élection régulière, en 1970 au Chili, d'un progressiste (Allende), Nixon et Kissinger, furieux, ont décidé, organisé et appuyé le coup d'État militaire de Pinochet, en 1973 : enlèvements politiques, torture et assassinat des opposants et syndicalistes, tout ça pour protéger les riches Américains et les riches Chiliens... "L'expérience" ultralibérale du Chili, laboratoire économique et politique, conduite par l'effrayant gourou Milton Friedman et ses fidèles fondamentalistes de "l'école de Chicago", nous concerne tous directement, ici et maintenant : nous sommes aujourd'hui les victimes des mêmes monstres, avec toujours la même source fondamentale : la cupidité des malades mentaux que deviennent invariablement les gens trop riches.

Les autres exemples que souligne Naomi Klein pour démontrer que les riches utilisent bel et bien consciemment la stratégie du choc contre nous, ces autres exemples sont terribles, comme le dictateur Videla en Argentine, avec les mêmes recettes de Chicago accompagnées de l'enseignement de la torture et l'utilisation systématique de cette torture contre les opposants civils.

L'application de ces théories ultralibérales est nettement plus difficile en milieu démocratique, comme aux USA ou en GB : on voit apparaître Donald Rumsfeld (un Chicago Boy), Thatcher, Reagan. On utilise alors la guerre comme moyen de faire plier les populations : guerre des Malouines, par exemple, utilisée par Thatcher pour imposer sa politique économique de choc : laminage des syndicats, privatisations à tout va, dérégulation financière, flambée des inégalités, suppression des protections sociales...

Autre exemple : le chaos de l'économie de marché déferlant en Russie avec Eltsine et là encore, ses Chicago Boys : catastrophe absolue pour les Russes : pauvreté, corruption, maffias, violences épouvantables ; le coup d'État d'Eltsine (bombardement du Parlement russe) soutenu par les USA. Régime des copains d'Eltsine, les richissimes "oligarques" se goinfrent pendant que les Russes sombrent dans une misère noire.

La nomination par Bush fils de Donald Rumsfeld à la défense ; Rumsfeld qui change d'"ennemi" : à la place de l'URSS, il cible désormais (le 10 septembre 2001, veille de la mort de près de 180 personnes dans le Pentagone en feu), il cible "la bureaucratie du Pentagone"… Le choc du 11 septembre rend possible "la guerre contre le terrorisme", guerre abstraite et ingagnable, mais source d'enrichissements personnels gigantesques (industrie de la sécurité intérieure, capitalisme du désastre, nouvelle économie basée sur la peur), le bombardement de l'Afghanistan, la torture décomplexée, généralisée, systématisée, théorisée, légitimée... l'horreur absolue si vous comprenez que ce n'est pas un film mais la réalité (et pour nous, un avenir proche).

Le choc du 11 septembre a aussi servi de justification lointaine pour envahir, piller et détruire les populations civiles d'Irak, mais sans omettre trois nouveaux chocs : l'opération militaire "choc et effroi", d'abord : bombardement effroyable en très peu de temps, déluge de feu théorisé froidement par des "stratèges" cyniques à souhait. Ce choc des bombes est rapidement suivi d'un choc économique : Paul Bremer "ouvre l'Irak aux affaires" 2 semaines après son arrivée... Application intégrale du programme de l'école de Chicago : démantèlement de l'État, privatisation de tous les services publics, siphonage des fonds publics par les multinationales US, comme Haliburton, misère épouvantable, révoltes et violence endémique, un million de morts aujourd'hui... Ce n’est pas fini, il y a un troisième choc, la peur quotidienne de l’enfermement : arrestations arbitraires, emprisonnements, torture systématique, encore et toujours.

Géniales, les analyses libérales de Friedman, non ?

"La fin de l'État et la dérégulation conduisent toujours à la liberté et à la paix", qu'il disait, ce fou furieux. Il n'y a qu'à voir le Chili, l'Argentine, la Russie, l'Irak (des "laboratoires" où il a eu vraiment les mains libres), pour savoir quoi penser de ce triste sire. Alors, clairement, les théories de l'école de Chicago et le capitalisme du désastre sont un échec cuisant. Donc, on arrête là ? Pas du tout. Il y a tant d'argent à gagner avec la guerre généralisée… : les dépenses US d'armement ont doublé depuis 2001 : presque 700 milliards de dollars par an ces temps-ci.

Naomi rappelle l'avertissement, en 1961, du Président Eisenhower contre le lobby militaro-industriel. Peine perdue : nous sommes en enfer, comme prévu : les marchands d'armes ont gagné ; la guerre d'Irak est presque totalement privatisée. La société US BlackWater fournit les mercenaires en masse (il en a davantage que de Marines en Irak), à qui les USA garantissent l'impunité juridique pour tous leurs agissements (!!!)

Autre exemple : après que l'ouragan Katrina ait ravagé la Nouvelle Orléans, on a pu constater l'abandon total des pauvres par l'État, pendant que les riches fuyaient la zone. Juste avant de mourir, le philanthrope Friedman, toujours lui, délivrait ses merveilleux conseils dans une tribune d'un grand journal : " Les écoles de la Nouvelles Orléans sont en ruine, comme les maisons de leurs élèves. Ils sont maintenant dans tout le pays. C'est une tragédie, mais aussi l'occasion de réformer le système d'éducation." Et les écoles furent effectivement presque toutes privatisées dans cette région : il n'y reste presque plus d'écoles publiques.

Même chose au Sri Lanka : après le tsunami de 2004, on a interdit aux pêcheurs de revenir sur leurs plages pour y construire des hôtels de luxe...

C'est ça, la stratégie du choc : des raids systématiques contre la sphère publique au lendemain de cataclysmes, quand les gens sont trop focalisés sur l'urgence, sur leur survie, sur la protection de leurs intérêts immédiats.

Le premier acte de résistance serait peut-être de refuser qu'on efface ces événements de notre mémoire collective. Par exemple, visiter et faire connaître la villa Grimaldi, principal centre de torture de Pinochet pendant la période des politiques de choc économique.

Le résultat mondial de toute cette horreur, c'est un gigantesque transfert de richesses publiques vers des acteurs privés, de plus en plus riches et de plus en plus capables de corrompre et de tuer pour devenir toujours plus riches. L'argent produit des fous dangereux. Pour toute société, les riches sont comme un cancer.

La stratégie du choc repose sur notre ignorance de son fonctionnement. Mais à force, Naomi (optimiste) a l'impression que nous devenons résistants aux chocs.

Noami nous rappelle que, aux syndicalistes qui venaient lui réclamer des progrès sociaux, Roosevelt les écoutait longuement puis à la fin leur disait : "descendez dans la rue et obligez-moi à le faire", ce qu'ils firent : en 1937, année charnière pour le New Deal, il y eut 4 740 grèves aux USA, de 20 jours en moyenne ! (applaudissements)

Mais aujourd'hui, combien de grèves en 2007 aux USA ?

21.

Donc, il faut garder en mémoire l'histoire des luttes pour bien comprendre que, si nous voulons un monde plus juste, plus sain, plus pacifique, IL VA FALLOIR DESCENDRE DANS LA RUE et les obliger à le faire. (applaudissements)

Naomi a raison, je pense. Son analyse nous est utile pour résister.

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Mais bien sûr —vous me voyez venir—, j'ai envie de souligner qu'il manque finalement à son analyse LA VRAIE CAUSE QUI PERMET AUX RICHES DU MONDE ENTIER DE CONTINUER À VOLER ET À TUER EN TOUTE IMPUNITÉ, ET MALGRÉ TOUTES LES BRILLANTES ANALYSES QUI PROUVENT LEUR CULPABILITÉ : cette cause centrale que tout le monde néglige, c'est L'ÉLECTION, qui permet aux riches d'acheter le pouvoir politique, assortie de NOTRE PROPRE NÉGLIGENCE à nous, nous qui laissons les élus (des riches) écrire et modifier eux-mêmes LA CONSTITUTION !

Alors que la constitution est précisément le seul texte qui pourrait nous protéger en pareil cas
(à condition, évidemment, qu'il ne soit pas écrit par nos bourreaux eux-mêmes).

Donc, comme je le remarque toujours à la fin d'un exposé d'un militant passionnant, il lui manque sa pierre de touche, il lui manque cette institution fondamentale qui permettrait de concrétiser enfin le changement, il lui manque l'idée que je trouve, moi, décisive : « mais qu'est-ce qui permet donc aux riches de prendre partout le contrôle du pouvoir politique ? Et bien c’est toujours, à la fois, l'élection et notre incroyable indifférence au sujet de la qualité du processus constituant ».

Nous ne nous libèrerons jamais de l'influence mortifère des riches sans imposer (au moins en partie) LE TIRAGE AU SORT dans le processus constituant.

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Au sujet du Chili, Daniel Mermet a diffusé hier une émission poignante de Là-bas si j'y suis, à l'occasion de la toute récente condamnation, en France et par contumace, de bourreaux chiliens de l'époque de Pinochet : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2065.

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Comme le suggère fortement Naomi Klein, la meilleure façon de résister, pour les victimes de chocs, c'est L'HISTOIRE : NE JAMAIS LAISSER PERDRE LE FIL DE L'HISTOIRE ; COMPRENDRE ET TRANSMETTRE.

Alors, faites passer l'information.

Étienne.