L'enjeu des retraites, brillamment expliqué par Bernard Friot


Chers amis,

Je voudrais proposer ici une réflexion sur la "réforme" le sabotage des retraites imposée aux Français par leurs prétendus "représentants".

Nos grands-parents ont mis au point et institué en 1945, juste après la deuxième guerre mondiale, dans un pays dévasté et ruiné, un système de retraites génial, insubmersible, toujours en équilibre, par construction :

Pour financer les retraites par répartition, on ne tire pas de plans sur la comète à dix ou vingt ans : on sait chaque année très exactement combien on aura de retraités l'an prochain et combien il faudra leur verser en pensions ; on en déduit donc aisément — chaque année — le taux de cotisation nécessaire pour financer le système.

Évidemment, en période de vieillissement démographique, les taux de cotisation montent progressivement, mais moins vite que la croissance du pouvoir d'achat, ce qui rend le processus parfaitement indolore. C'est comme ça que tout s'est passé pendant « les trente glorieuses » (1945-1975) : les taux de cotisations "salariales" et "patronales" n'ont pas cessé de croître, doucement, et le système est donc resté équilibré. Insubmersible, je vous dis. Sauf si un traître troue la coque volontairement, bien sûr !

Il est essentiel de comprendre trois choses fondamentales :

1) Notre système de retraite par répartition finance les dépenses présentes avec la richesse créée aujourd'hui => ce système n'a donc PAS BESOIN D'ÉPARGNE PRÉALABLE pour se financer, pas besoin d'accumulation du capital, ce système fonctionne donc SANS L'ARGENT DES RICHES, SANS AVOIR BESOIN DES MARCHÉS FINANCIERS, et donc SANS INTÉRÊTS À VERSER à qui que ce soit.

Relisez bien ceci, c'est absolument fondamental.

Pour Friot, le succès avéré de la retraite par répartition, le succès du salaire à vie, inconditionnel et autofinancé par cotisations, cette réussite incontestable est la preuve formelle que ce n'est pas une utopie : nous sommes capables, d’ores et déjà et sans attendre, de financer nous-mêmes un service public immense (des centaines de milliards par an, avec des engagements de long terme, sur des dizaines d’années) sans avoir besoin de l'épargne, sans avoir besoin des excédents des riches (au prix ruineux de l’intérêt), sans avoir à nous sacrifier aux dieux modernes, capricieux et cruels, nommés « marché financiers » et qu’il faudrait sans cesse « rassurer » et « apaiser ».

Et logiquement, Bernard Friot nous invite à imaginer d'ÉTENDRE CETTE MÉTHODE QUI MARCHE à d'autres secteurs importants pour nous tous : LES SALAIRES, ET MÊME L'INVESTISSEMENT, qui pourraient être, eux aussi, financés par des cotisations et des caisses non étatiques ; étendre la méthode plutôt que de la laisser asphyxier.

C'est donc pour reprendre le contrôle d'un système qui leur échappait complètement jusqu'ici que les riches le sabotent.


2) Ce système a été organisé pour que les acteurs sociaux gèrent eux-mêmes leurs affaires, sans avoir recours à l'État : ce sont les "partenaires sociaux" qui gèrent eux-mêmes la Retraite et la Sécurité sociale, en principe loin des contraintes étatiques.

Or, précisément, et malheureusement, l'État s'est mêlé de cette gestion paritaire pour imposer aux Français, depuis 1979, le gel des cotisations patronales (sur injonction des patrons, devenus les maîtres des politiciens), ce qui a mis en route la ruine progressive du système (l’objectif réel des riches). Mais cette ruine n'a donc rien d'une fatalité : c'est le résultat d'une politique. Il suffirait d'en changer pour que tout rentre dans l'ordre.


3) Si nos parents ont pu instituer un tel système socialisé, —conforme à l'intérêt général et indépendant des riches du moment—, c'est qu'ils n'avaient pas les riches de l'époque pour se mettre en travers de leur politique : en effet, les riches de l'époque avaient montré au grand jour, pendant la guerre, leur nuisance profonde et leur malhonnêteté crasse, en collaborant au dernier degré avec les nazis (nazis que les industriels, les banquiers et leurs journaux avaient voulus, créés et financés, avant de collaborer avec eux dans l'horreur fasciste).

À la fin de la guerre, il était donc évidemment question de fusiller les collabos, d'exterminer ces canailles anti-républicaines. Autant dire que les riches n'en menaient pas large. Ils ont donc laissé faire le Conseil National de la Résistance, le CNR, bien contents de ne pas être exécutés pour leurs félonies. C'est pour cette raison, CETTE RAISON QUI N'EXISTE PLUS AUJOURD'HUI, que les pauvres de l'époque ont pu instituer une forme de socialisme vrai, dont nous profitons tous aujourd'hui, tout naturellement.

Mais petit à petit, nos grands-parents sont morts et malheureusement, leurs enfants sont profondément incultes, ils ne lisent rien et ils ont tout oublié, ils ne savent même pas que le CNR a existé, ils ne se méfient plus des riches, ils marchent tranquillement vers l'abattoir…

Alors que les riches, eux, ont la rancune tenace et la culture solide : il y a longtemps qu'ils attendent et préparent leur revanche.

Nous y sommes.

La période actuelle, depuis les années 80, c'est ce que Fakir appelle très justement "LA REVANCHE DES COLLABOS".

C'est d'ailleurs aussi, apparemment, la revanche des nobles, des prêtres et des privilégiés de l'Ancien régime qui en veulent toujours à mort aux révolutionnaires de 1789 qui les ont ruinés : regardez tous ces "historiens" modernes qui noircissent la Révolution française en montant en épingle ce qu'ils appellent "la Grande Terreur" (et en oubliant fort à propos l'autre terreur, terreur initiale et cause véritable de tous les maux dans toutes les révolutions, terreur engendrée par les anciens privilégiés, contre-révolutionnaires prêts à massacrer pour conserver leurs privilèges), tous ces "historiens" qui voudraient bien que le peuple ait honte aujourd'hui de toute pulsion révolutionnaire, honte de toute pulsion violente, fut-ce pour se défendre contre la violence inouïe des riches d'aujourd'hui ; tous ces "historiens", vous le remarquerez, sont payés de près ou de loin par les patrons et les privilégiés du moment, payés pour réécrire l'histoire en oubliant ou en minimisant les forfaits des riches.

Sur la corruption de l'histoire par les patrons soudoyant les historiens, voir le travail important d'Annie Lacroix-Riz : L'histoire contemporaine sous influence".


Il faudra bien sûr définir le sens qu’une société digne de ce nom donne au mot RICHE… Qui est riche ? Car d’une certaine façon, on est tous le riche de quelqu’un, bien sûr. Mais quand on constate tous les jours que les riches sont objectivement les ennemis du peuple et qu’ils corrompent la vie politique et empêchent le progrès social, on ne parle pas des classes moyennes, évidemment, mais de ceux qui sont assez riches pour corrompre.

Alors, à partir de quel revenu est-on assez riche pour corrompre ?

Et faut-il s’en tenir aux seuls revenus, ou intégrer aussi les patrimoines dans les limites imposées par la société pour se protéger elle-même des malades mentaux que deviennent mécaniquement les très riches ? Le revenu maximum et l’héritage limité à une seule génération sont des réflexions importantes, connexes à celles sur les retraites : on en reparlera.


 


Il est donc essentiel de garder à l'esprit ces faits majeurs quand on nous parle des retraites : 1) la retraite par répartition est insubmersible, elle ne peut pas faire faillite, tant que des saboteurs ne trouent pas la coque en gelant les taux de cotisation ; 2) L'État n'est pas légitime pour imposer aux salariés le système de retraite qui convient à ses électeurs. 3) CE SONT LES RICHES QUI SONT LES ENNEMIS DU PEUPLE, COMME TOUJOURS DEPUIS LA NUIT DES TEMPS, ET IL EST ESSENTIEL DE NE PAS LAISSER LES RICHES PRENDRE LE CONTRÔLE DES REPRÉSENTANTS POLITIQUES (via l'appropriation des médias et le financement des campagnes électorales), D'OÙ L'IMPORTANCE ABSOLUMENT STRATÉGIQUE DU TIRAGE AU SORT DANS NOS PROJETS D'ÉMANCIPATION PAR RAPPORT AUX RICHES DU MOMENT, tant il est vrai que 200 ans d'expérience politique montrent que, sans exception, L'ÉLECTION PERMET AUX RICHES DU MOMENT D'ACHETER LE POUVOIR.


Voici pourquoi la bagarre de Friot sur les retraites rejoint la mienne sur le processus constituant et le tirage au sort. L’honnêteté quotidienne de nos représentants politiques dépend directement du DÉSINTÉRESSEMENT de l’Assemblée constituante (celle qui écrit d’abord, et qui révise ensuite, la Constitution) et du Conseil constitutionnel (celui qui contrôle tous les jours le respect de la Constitution) : ce désintéressement au plus haut niveau du droit ne peut être garanti que par le TIRAGE AU SORT DES CONSTITUANTS (« en amont »), et par LEUR INÉLIGIBILITÉ aux fonctions qu’ils instituent eux-mêmes (« en aval »).
 

 

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Pour découvrir les propositions de Bernard Friot, propositions stimulantes, excitantes, enthousiasmantes, je vous recommande d'abord, en hors-d'œuvre, le résumé en 6 minutes, essentiel et drôle, de Franck Lepage :

Daniel Mermet (Là-bas si j'y suis en juin et en septembre 2010) avait lui aussi relayé le travail profondément révolutionnaire de Bernard Friot : une heure de radio passionnante.

Tout ceci m'a conduit à lire l'excellent bouquin :



Friot a donné d'innombrables conférences à travers la France et on en trouve de nombreuses sur le net. Je vous recommande les deux conférences suivantes, la première en huit petits segments de 10-20 minutes, c'est une merveille, et la seconde en une traite de deux heures absolument captivantes :

Conférence du 12 juin 2010 à Séné (56) : "À question salariale, réponse salariale" :


Retraites, Bernard Friot 1ère partie
l'argument démographique des "réformateurs", soi-disant pour "sauver les retraites".
Nous connaissons les résultats de la "solution démographique" après 17 ans d'expérience (les gouvernements augmentent la durée de cotisation depuis 1993) : résultat = aucune hausse de la durée du travail, mais BAISSE DES PENSIONS (objectif inavoué mais évident des prétendus « réformateurs »).

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Retraites, Bernard Friot 2ème partie :
création d'une population fragilisée : après la création des jeunes, la création des vieux !

"Nous avons une classe dirigeante qui ne peut promettre que du sang et des larmes ; elle est absolument incapable de nous promettre un avenir meilleur... D'ailleurs, elle gouverne sur la peur, son argument essentiel est "demain sera pire qu'aujourd'hui"... ce que, malheureusement, nous avons largement intégré, et c'est ce qui fait la grande difficulté que nous avons à mobiliser. Cette classe dirigeante a une obsession, c'est réduire les coûts salariaux..."

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Retraites : Bernard Friot, 3ème partie
création d'une population fragilisée : après la création des jeunes, la création des vieux ! (suite)

"... et la création de toute pièce d'une nouvelle "catégorie" démographique : "les jeunes". En 1975, à 25 ans, on n'est pas "jeune", on est salarié. (...) Tous ceux à qui on accorde la "solidarité nationale" sont ceux à qui on dénie le statut commun..."

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Retraites : Bernard Friot 4ème partie
Richesse, activité, travail et PIB

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intervention Bernard Friot. 5ème partie
Assumons ce qui est révolutionnaire dans notre travail

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intervention Bernard Friot. 6 ème partie
La retraite : une expérience subversive du bonheur au travail

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Retraites : Bernard Friot 7ème partie
La qualification, le salaire. Qu'est-ce que la valeur travail ?

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Retraites, Bernard Friot 8ème partie
Pour une lecture dialectique du capitalisme

La valeur travail c'est le coeur du capitalisme, et elle ne peut exister que s'il y a emploi, avec des individus sans appartenance, dénués de liens sociaux, définis comme seule force de travail, qui est un gagne pain qu'ils mettent en valeur sur un marché. Ce n'est pas une fatalité ; il y a même des sociétés qui n'ont pas le mot travail dans leur vocabulaire (elles ne parlent que d'activités). Nous sommes niés comme producteurs, mineurs sociaux face au seul acteur économique qui est l'employeur qui décide tout à notre place en matière de production. Et les produits sont dénaturés en marchandises. L'emploi, c'est ce qui nous empêche de travailler ; c'est ce qui génère des chômeurs, qui sont interdits de travail (ils ne sont pas interdits d'activités : ils peuvent faire du bénévolat tant qu'ils veulent).

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Remarque : si l'un d'entre vous tapait ses notes au clavier en regardant les 8 petites vidéo ci-dessus, et s'il me les envoyait, je les publierais volontiers comme résumé sous chacune d'entre elle.

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La conférence que Thomy nous signale, à Nancy le 14 octobre 2010, est différente, complémentaire et très convaincante. La séance des questions, en deuxième partie, est particulièrement captivante. En plus de l'investissement, des marchés financiers, des employeurs, Bernard Friot aborde ici la monnaie et la création monétaire, mais sous un angle inhabituel pour nous, qui ne manquera pas de vous stimuler.

Bernard Friot à Nancy, 24 octobre 2010
(Nota : Bernard Friot commence à parler à la minute 9 seulement)

 

Lisez aussi l'article de Bernard Friot dans le Monde diplomatique.

 

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Après avoir travaillé sur plusieurs conférences de deux heures données par ce personnage formidable sur ce sujet central, je suis toujours enthousiasmé par sa liberté de penser, son originalité, sa force et son optimisme.

Pour ma part, j'ai pris des dizaines de pages de notes denses et originales en écoutant toutes ces longues vidéos.

Ça vaut le coup de réécouter tout ça, encore et encore, en écrivant l'essentiel sur papier, car l’argumentation est pertinente mais très nouvelle dans le débat public et assez exigeante sur la précision du vocabulaire, donc un peu longue à assimiler comme il faut.

Chers amis, ne ratez pas ces conférences, ne ratez pas les analyses de Bernard Friot : elles sont un puissant projecteur optimiste sur la pénombre défaitiste. Ne ratez pas cela.

Amicalement.

Étienne.