juin 2007 - Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens

Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens


C'est notre Constitution qui est notre seule arme (et c'est aussi la meilleure) pour contrôler les pouvoirs. À nous d'en parler, entre simples citoyens, pour devenir des millions à l'avoir compris : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Bienvenue :o)


Étienne Chouard
Je cherche ici à mettre en débat ouvert ce dont on ne parle nulle part : les plus grands principes institutionnels dont tous les citoyens (gauche, centre, droite) ont besoin pour se protéger des abus de pouvoir.

Je vous propose d'aller voir le FORUM et de suivre le SOMMAIRE, point par point (un principe par jour pour une digestion facile ?), et de réfléchir à votre propre position : Pour ? Contre ? Partagé ?

Et si personne (ni moi, ni d'autres ici) n'a encore défendu les arguments qui vous semblent importants, formulez-les vous-même : nous progressons ensemble en combinant nos réflexions, démocratiquement et positivement :o)

Suggestion :
pour parler nombreux
sur de nombreux sujets :
. soyons brefs,
. dans le sujet,
. et patients :-)

Une fois les principes bien débattus sur le FORUM, vous pouvez, dans la partie WIKI, écrire vous-mêmes les articles qui vous semblent importants dans une Constitution, aussi bien nationale qu'européenne.

Sur cette partie BLOG, je vous propose de nous parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, histoire, philosophie, sociologie, société, actualité, technique, littérature, etc.), mais qui tournent quand même autour des sujets évoqués sur le forum : on cherche à imaginer ensemble un outil intellectuel, robuste et durable, contre les abus de pouvoir.

J'ai hâte de vous lire :o)

Étienne Chouard


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Le site d'origine s'appelle AEC : "Arc-en-Ciel" (après la pluie le beau temps) :o)


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jeudi 14 juin 2007

Le coup de poing dans la figure du film Earthlings (Terriens). Le sort que les animaux "hommes" réservent aux autres terriens — l'abus de pouvoir généralisé, cruel et industriellement quotidien — est un traitement digne des nazis. (111)

Je suis secoué.

Je viens de prendre dans la figure



Un film bouleversant.
J’ai honte d’être un homme.
Je ne veux plus manger de viande.

La façon dont nous traitons les animaux — exactement comme des nazis —donne une clef pour comprendre le malheur des hommes :

ce que nous sommes capable de faire sans remord aux animaux, nous le ferons bientôt à des hommes, ravalés au rang d’animal.

Le lien est intime entre le malheur et l'abus de pouvoir, tendance profonde mais pas irrésistible, je l'espère.

La solution institutionnelle me semble évidente, malgré qu'elle soit encore balbutiante (largement détournée par les voleurs de pouvoir), faute d’une vigilance suffisante des futures victimes : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Une bonne Constitution, en plus de protéger les animaux humains contre les abus de pouvoir, protègerait peut-être aussi les autres animaux, plus faibles mais pas moins dignes de respect.

Léonard de Vinci, je crois, prédisait déjà qu'un jour, on considèrerait comme une barbarie inacceptable le fait de manger les animaux.

Tant qu'il y aura des abattoirs, il y aura des champs de bataille. Léon Tolstoï.

Merci à Bellaciao de m'avoir donné ce coup sur la tête.

J'ai hâte de connaître votre avis.

samedi 2 juin 2007

Tout chef sera un détestable tyran si on le laisse faire (71)

Alain, le philosophe, est un des penseurs préférés de Pierre Rosanvallon et je comprends cette faveur.

Le Propos que je voudrais partager avec vous ce soir est un petit bijou :

« "Pourquoi n'adhérez-vous pas à un parti révolutionnaire ?" On m'a posé cette question plus d'une fois. Et je répondrai toujours la même chose : c'est parce que je suis plus révolutionnaire que vous tous. Je ne dis pas seulement que je n'ai aucune confiance dans aucun genre de chef ; ce serait trop peu dire. Au fond, je suis assuré que tout chef sera un détestable tyran si on le laisse faire. Pourquoi j'en suis assuré ? Parce que je sais très bien ce que je ferais si j'étais général ou dictateur. Les passions qui se rapportent à ce genre de métier ne sont jamais qu'endormies. Quel bonheur d'avoir une garde de fidèles ! Qu’il est agréable de ne jamais revenir sur un ordre ; de n'y plus penser ; d'écraser tout ce qui résiste, comme une grande machine qui passe. Quel bonheur aussi de jouer le grand jeu, de défier, de risquer, de braver !

Quelle éloquence que celle de Napoléon ! Et, parbleu, c'est la même que celle d'un chef de pirates : « Ce que je déciderai, vous le ferez ; et vous pouvez en être sûr. » Cette certitude de soi, on y arrive bien vite. Dans le grand sillage les hommes sont entraînés. Et heureux. De cela aussi je sais quelque chose ; car je suis capable de marcher sur les pas d'un homme brave et résolu. La fidélité est par elle-même délicieuse.

Et quant aux idées, demanderez-vous, qu'est-ce qu'elles deviennent ? Qu'est-ce qu'on en fait ? C'est très simple ; on n'y pense plus jamais. Il n'y a rien de plus facile que de ne pas penser. Il suffit d'être très occupé aux actions. Il suffit d'avoir des intrigues à démêler, un pouvoir à conserver, un ordre à exécuter. Si vous voulez être tyran, ne laissez aucun repos ni aux autres ni à vous-même. Ils seront heureux. Vous serez heureux. La puissance est comme un alcool. Le bonheur d'estimer donne la force de mépriser. On donnerait sa vie pour ses amis. À ce point de résolution, la vie d'un ennemi ne compte guère.

Quel est donc l'orateur qui parle en égal à des égaux ? Il commence bien ainsi mais la fureur d'admirer, qui est enivrante, a vite fait de le déloger de sa modestie ; car le fracas des bravos est de force ; l'oreille ne s'y trompe pas. On se sent maître et Jupiter d'un orage humain, d'un heureux orage qui jure de déraisonner. On se dit : « Marchons toujours, puisque moi du moins je sais où je vais. » Mais ce n'est plus vrai. La première faute du chef, la plus aisée, la plus agréable, la plus ignorée de lui-même, c'est de se croire. Là-dessus je n'irai pas ramasser des exemples ; on ne voit que cela. Alexandre, Napoléon, Lénine, Trotsky, ce sont des hommes divins ; ce furent des hommes divins au commencement.

Disons en peu de mots que le suffrage périt par l'acclamation. Stendhal, qui a éprouvé tous ces mouvements, a percé d'un coup la cuirasse, comme il fait toujours : « La nation s'enivre de gloire ; adieu la liberté ! »

Pourquoi c'est ainsi ? Il suffit de voir l'homme debout et marchant pour comprendre comment il se fait que c'est ainsi. La tête est petite et froide. Le dos est large et généreux. La pensée est une grande et petite chose qui jusqu'à présent n'a jamais réussi. C'est toujours le thorax, lieu du courage et de la colère, qui prend le commandement. La justice s'irrite à seulement parler fort ; elle n'est plus justice ; et la fraternité enivrée n'est plus fraternité du tout.

Voyez les syndicats divisés contre eux-mêmes, et gouvernés par des empereurs, des ministres, des adjudants. Et pourtant s'il y a au monde quelque organisation démocratique, c'est bien celle-là. Tout y devrait marcher par des réunions d'égaux, où le chef n'est que secrétaire. En fait tout va par décrets, mouvements d'éloquence, et union sacrée. Si cet ordre nouveau s'affirme, ce sera par un Alexandre, par un César, par un Napoléon, qui refuseront gloire et puissance, qui seront et resteront peuple en toutes leurs fibres ; qui sauveront dans ce grand corps les pensées diverses, égales, opposées, amies ; qui aimeront la justice, et refuseront ce mouvement de mordre, si terriblement joint à toutes nos amours. Et Descartes le solitaire a bien dit que notre plus ancien amour est de bien manger ; d'où vient que tout amour dévore ce qu'il aime.

Là-dessus vous dites que la froide sagesse vous ennuie. Très bien. Jouez donc éternellement le même jeu. Vous changerez seulement de maître. L'Armée Nouvelle attend des volontaires. Courez-y. Une fois de plus vendez la liberté. Librement vendez-la. »

Alain, février 1932.

C'est étonnant comme on peut relire dix fois les textes d'Alain sans s'en lasser une seconde.

Est-ce que nous trouverons un jour ces hommes providentiels (dont il faudra penser à se méfier pourtant, par principe), capables de refuser gloire et puissance, refusant de mordre ?


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