Je considère Jacques Généreux comme un grand homme. Ce qu’il écrit m’aide à comprendre le monde de façon modérée, calme, humaniste, intelligente, à la recherche de la concorde.

Son dernier livre, « Pourquoi la droite est dangereuse » (Seuil, février 2007), est un petit bijou, un phare qui éclaire l’essentiel dans la confusion ambiante et les mensonges politiciens les plus éhontés. Jacques Généreux m’aide à comprendre les différences acceptables entre la gauche et la droite, il m’aide à percevoir les frontières d’une droite inacceptable.

Jacques Généreux met en lumière les vrais ressorts du recul de la démocratie que je dénonce depuis trois ans.

Je retranscris ici pour vous à la main les premières pages de ce livre que je vous invite à lire entièrement de toute urgence, avant qu’il ne soit trop tard.

Étienne.

« 1 Prologue

J’ai grandi dans une famille « de droite », à une époque où la droite était gaulliste. Pourtant, j’ai toujours voté à gauche et j’ai adhéré au Parti socialiste à 24 ans. Mais ne voyez pas là un effet de réaction contre ma famille. Mon engagement à gauche est, au contraire, la conséquence naturelle des valeurs qui ont nourri mon enfance : le sens du service, l’amour et le respect d’autrui, le primat de l’intérêt général sur l’intérêt personnel. Et, longtemps encore, j’ai pu croire que ce fonds de valeurs communes pouvait bien se traduire par des choix politiques opposés.

Je n’ai en effet pas connu le climat de guerre civile qui a caractérisé le conflit gauche droite avant guerre. J’ai côtoyé la culture d’une droite qui ne méprisait ni l’État, ni les biens publics, ni la protection sociale, ni même les aspirations de ses adversaires de gauche à plus d’égalité et de justice, aspirations qu’elle jugeait seulement irréalistes ou dévoyées par l’emploi de moyens inadaptés ou dangereux pour les libertés.

La droite se méfiait des utopies socialistes quand la gauche croyait transformer la société par l’action politique ; la droite se fiait d’avantage au génie d’individus méritants qu’à celui des délibérations et des actions collectives ; la gauche préférait la loi au contrat libre qui laisse les faibles à la merci des forts ; l’éthique sociale de la droite privilégiait le sens de la responsabilité et des devoirs individuels, celle de la gauche mettait l’accent sur les droits sociaux des individus et sur la responsabilité de la société ; la droite croyait (modérément) aux vertus de la concurrence, quand la gauche comptait davantage sur la planification et les entreprises publiques ; etc.

Si j’en parle au passé, ce n’est pas parce que j’estime ces diverses alternatives désormais obsolètes ; c’est qu’alors, dans son immense majorité, la classe politique était en quête d’un équilibre entre les principes opposés constituant ces alternatives. Il ne s’agissait pas de choisir entre le principe du marché et le principe de la planification, entre la responsabilité individuelle et les droits sociaux, entre la loi et le contrat, entre initiative privée et biens publics ; il s’agissait de concilier ces principes. Les divergences quant à leur combinaison idéale étaient certes profondes, mais, dès lors que personne ou presque n’entendait imposer le primat absolu d’un principe sur un autre, la recherche pacifique d’un compromis politique était possible.

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