Les résistances aux pouvoirs abusifs sont-elles une "contre-démocratie" ?
Par Étienne, lundi 25 septembre 2006 à 11:29 - Sentinelles du peuple - #46 - rss
Pierre Rosanvallon est l’invité de France Culture
ce lundi 25 sept. pour son dernier livre :
« La contre-démocratie – La politique à l’âge de la défiance »
(Seuil, sept. 2006).
Cet homme est passionnant et le débat avec les journalistes de France Culture l’est aussi.
Je suis d’accord avec Olivier Duhamel : le mot « contre-démocratie » est fort mal choisi car il prête à tous les malentendus.
Mais les analyses de Rosanvallon constituent une formidable armurerie intellectuelle contre les abus de pouvoir et tout le monde devrait l’avoir lu pour alimenter sa réflexion citoyenne.
On retrouve dans ce livre les cours qui m’avaient tellement enthousiasmé au printemps (voir mon Journal et mes Liens, chercher Rosanvallon).
Rosanvallon défend magnifiquement la défiance comme le complément indispensable de la confiance : les contre-pouvoirs de surveillance, d’alerte, de jugement et de sanction des élus, contre-pouvoirs actifs à tout moment, en complément indispensable des pouvoirs promus par l’élection, épisodiquement.
Il distingue la « bonne défiance », constructive, visible chez Desmoulins, Condorcet, Alain, de la « mauvaise défiance », destructive, qu’il dénonce chez Marat, exemple académique de populisme d’après lui. Je recommande pourtant, pour ma part, la lecture directe de Marat, plutôt que la seule lecture des caricatures qu’on en dresse d’habitude : même si l'on voit bien certains de ses excès, Marat est loin d’être un sot, il écrit fort bien et nombre de ses pensées restent bien d’actualité deux cents ans plus tard : il ne faut pas le discréditer en bloc.
Pierre Rosanvallon a sans doute raison de solliciter notre vigilance par rapport à une tendance paranoïaque qui pourrait effectivement parfois tourner à la maladie. Je trouve pourtant qu’on en est très loin aujourd’hui et il me semble que les mécontentements actuels (comme les manifestations contre le CPE) s’alimentent plutôt, à juste raison, de l’absence de contre-pouvoirs institutionnels honnêtes (c'est-à-dire permettant une sanction réelle et rapide des élus fautifs et favorisant la participation des citoyens aux décisions les plus importantes) que par une tendance maladive et aveugle, méfiance de principe et sans discernement, à l’encontre de tous les pouvoirs.
Pierre Rosanvallon ne dit malheureusement pas un mot des auteurs des constitutions et de la malhonnêteté congénitale qu’on peut prévoir et qu’on doit dénoncer chez ceux qui ont un intérêt personnel à instituer l’impuissance des électeurs (les parlementaires, les ministres, les juges et autres proches du pouvoir). Rien n’est dit, notamment, sur la très nécessaire inéligibilité des constituants aux fonctions qu’ils instituent eux-mêmes.
Cette partie de l’analyse des faiblesses de notre démocratie préhistorique est donc (pour l’instant) absente de ses réflexions. Cette thèse que je défends pour expliquer l’incapacité des hommes à instituer durablement d’efficaces contre-pouvoirs pourrait pourtant servir de clef de voûte à son travail.
Si tout se passe comme prévu, je vais avoir la chance d’en parler un peu avec lui à l’occasion d’un débat à Paris organisé par Le Monde, le 9 octobre au soir. J’espère que nous aurons le temps de développer un peu des arguments sur ce point que je trouve décisif.
Il faudrait retranscrire tout cet entretien de ce matin : synthétique et vivant, stimulant... utile.












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2. Le dimanche 1 octobre 2006 à 16:01, par Le Monolecte
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