Pierre Rosanvallon a sans doute raison de solliciter notre vigilance par rapport à une tendance paranoïaque qui pourrait effectivement parfois tourner à la maladie. Je trouve pourtant qu’on en est très loin aujourd’hui et il me semble que les mécontentements actuels (comme les manifestations contre le CPE) s’alimentent plutôt, à juste raison, de l’absence de contre-pouvoirs institutionnels honnêtes (c'est-à-dire permettant une sanction réelle et rapide des élus fautifs et favorisant la participation des citoyens aux décisions les plus importantes) que par une tendance maladive et aveugle, méfiance de principe et sans discernement, à l’encontre de tous les pouvoirs.

Pierre Rosanvallon ne dit malheureusement pas un mot des auteurs des constitutions et de la malhonnêteté congénitale qu’on peut prévoir et qu’on doit dénoncer chez ceux qui ont un intérêt personnel à instituer l’impuissance des électeurs (les parlementaires, les ministres, les juges et autres proches du pouvoir). Rien n’est dit, notamment, sur la très nécessaire inéligibilité des constituants aux fonctions qu’ils instituent eux-mêmes.

Cette partie de l’analyse des faiblesses de notre démocratie préhistorique est donc (pour l’instant) absente de ses réflexions. Cette thèse que je défends pour expliquer l’incapacité des hommes à instituer durablement d’efficaces contre-pouvoirs pourrait pourtant servir de clef de voûte à son travail.

Si tout se passe comme prévu, je vais avoir la chance d’en parler un peu avec lui à l’occasion d’un débat à Paris organisé par Le Monde, le 9 octobre au soir. J’espère que nous aurons le temps de développer un peu des arguments sur ce point que je trouve décisif.

Il faudrait retranscrire tout cet entretien de ce matin : synthétique et vivant, stimulant... utile.