S'agit-il, au contraire, d'acheter un plaisir ? Ils sont prodigues jusqu'à la folie et la mendicité. » (p. 13)

Les nobles d’hier ont-ils vraiment disparu ou bien ont-ils seulement troqué leur particule pour quelques titres ?

Cette courte évocation vous ferait-elle penser à quelques modernes parasites ??

Vous êtes bien négatifs, je trouve.

Vous aimerez lire ce que dit François de Closets de nos "frelons oisifs" à nous, qui savent manifestement toujours très bien "raser leurs fermiers jusqu’au vif" (ils doivent se transmettre la technique de père en fils) :

(Extrait publié dans Marianne n°475, signalé sur ma page 'Liens' et repris ici pour nous permettre d'en causer :o)

« C'est ça, le nouveau capitalisme »
"Exit" l'entreprise à "visage humain".
Place aux fonds d'investissement et cap sur la financiarisation à outrance et le profit à courte vue.
Tant pis pour les travailleurs !

« À la fin des années 60, l'économiste John Kenneth Galbraith avait créé un véritable choc en démontrant que les actionnaires des entreprises avaient été dépouillés de leur pouvoir. Les propriétaires étaient traités comme des créanciers et les gestionnaires se prenaient pour les patrons!

Dans la pyramide du pouvoir capitaliste, les managers salariés occupaient le sommet, le personnel le milieu et les actionnaires la base, sans entretenir de liens directs avec l'entreprise.

Michel Albert a baptisé «capitalisme rhénan» ce type d'économie, qui prospérait en Allemagne et dans d'autres pays européens. Mais il faut désormais en parler au passé. C'est désormais le modèle néoaméricain qui s'est partout imposé.

Le capital atomisé se regroupe en effet tout au long des années 70-80. Il constitue d'énormes fonds d'investissement, fonds de pension, fonds spéculatifs, qui rassemblent une puissance financière colossale. Un seul d'entre eux, le fonds Calpers, qui gère les retraites de fonctionnaires californiens, pèse 150 milliards de dollars. Aujourd'hui, ces fonds d'investissement disposent de 10 000 milliards de dollars. Une puissance financière qui dépasse celle des Etats, d'autant qu'elle jouit d'une totale liberté de manoeuvre.

Les gestionnaires de ces fonds s'invitent au capital des grandes entreprises et les managers découvrent des actionnaires bien différents de ces petits porteurs si discrets, de ces compagnies d'assurances si fidèles, des «zinzins» si accommodants. Les nouveaux venus sont des financiers pugnaces à la recherche d'un profit maximal, qui arrivent en position de force et qui entendent peser sur la gestion. Ils imposent progressivement une gouvernance fondée sur une nouvelle hiérarchie du pouvoir. Au sommet, les actionnaires propriétaires, en second rang, le management à sa botte et, relégué à la base, le personnel. La bonne gouvernance consiste à faire passer le profit avant toute autre considération.

À ce capital restructuré, le néolibéralisme donne une impulsion irrésistible. Dérégulation, désintermédiatisation, déréglementation, libre-échange, le reaganisme et le thatchérisme abattent toutes les règles, toutes les frontières, toutes les limites et donnent naissance au grand marché planétaire.

Les milliards franchissent les océans à la vitesse de la lumière. Les différences de coûts salariaux ou de charges fiscales créent une véritable météorologie mondiale, avec des courants irrésistibles qui emportent les richesses des zones de haute pression vers les zones de basse pression. Rien ni personne ne peut les retenir, le chantage à la délocalisation est permanent. La concurrence, généralisée.

Dans la gestion financière, la spéculation prend le pas sur l'investissement. Les fonds spéculatifs doivent assurer la plus forte rentabilité, tout comme les grandes surfaces doivent vendre le moins cher possible. Car les possédants, grands ou petits, font jouer la concurrence en vrais consommateurs. Ici on joue les prix bas et là les profits élevés. Seuls quelques investisseurs au long cours assurent encore la stabilité aux entreprises, mais les plus dynamiques, les plus incisifs imposent une insécurité totale, une infidélité de principe.

Aussi universelle que le foot, la nouvelle religion impose partout le culte du profit et la domination de la finance. L'ordre nouveau dispose de sa plus fidèle alliée, l'insécurité. Du patron qui craint pour son entreprise au salarié qui risque de perdre son job, chacun en ressent la morsure.


Le financier n'a pas supplanté le salarié en raison d'une utilité supérieure: voilà bien le paradoxe. Les nouveaux maîtres n'apportent ni conseils ni fidélité ni sécurité, rien que des contraintes supplémentaires qui rendent la vie des entreprises plus difficile et leur avenir moins assuré. Le principe est toujours le même, mieux vaut se faire craindre que se faire aimer. La plus grande menace impose sa loi, qu'il s'agisse de celle que font valoir les corporations face à la collectivité ou de celle que fait peser la finance face à l'entreprise.
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La force de ce capital errant, c'est de n'être pas lié à la société dans laquelle il s'investit. Contrairement au personnel et au management, il peut à tout moment reprendre ses plaques et aller jouer sur d'autres tables. Les managers n'ont guère le choix: si le cours de Bourse baisse, ils se font virer et, s'il monte, leurs stock-options se transforment en tickets gagnants. Ils se mettent donc aux ordres des grands actionnaires internationaux, anticipent leurs jugements, tremblent devant leurs menaces et vont les courtiser plusieurs fois par an.


Les salariés, au contraire, dépendent entièrement de leur entreprise. La grève ne pèse pas lourd face aux sanctions du marché, et le chantage à la démission n'est d'aucun poids face au chantage à la délocalisation.
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Le capital financier a pris le pouvoir afin d'imposer les lois du profit. Premièrement: l'entreprise a pour seule vocation d'enrichir ses propriétaires, ce qu'on appelle pudiquement «créer de la valeur pour l'actionnaire». Elle n'a pas à se soucier de considérations locales, écologiques ou sociales, elle doit privilégier la rémunération du capital et non pas celle du travail. Deuxièmement: l'objectif n'est pas de faire des bénéfices mais de les augmenter, pas de maintenir le cours de Bourse mais de le faire grimper. Dans les plus belles années de la bulle Internet, les financiers donnaient de la cravache sur les directions pour obtenir un retour sur investissement de 15%. Jamais moins, pourquoi pas plus?

Troisième point: cette rentabilité s'apprécie aujourd'hui et maintenant, pas dans le futur. La finance ne veut prendre aucun risque, elle évalue sur six mois, pas davantage. La gestion doit se penser dans cet horizon extraordinairement limité, un horizon qui finit par l'asphyxier. Pour le financier, seul compte le rendement à court terme. Peu importe que cette cupidité se révèle destructrice par la suite. L'actionnaire ne sera plus là lorsque le surpâturage aura stérilisé la prairie. (…) »

Lire la suite de cet extrait du livre de François de Closets, « Plus encore ! » dans l’excellent Marianne n°475.

Je vous invite à compléter ce billet avec d'autres textes que vous connaîtriez sur l'utilité ou l'inutilité des actionnaires dans nos sociétés.

Le fait de rendre progressivement les salariés eux-mêmes (très marginalement) actionnaires de leur entreprise est particulièrement habile, n'est-ce pas ? Combien de lutteurs ainsi démobilisés à bon compte ?