« Dette publique, rente privée »
Par Étienne, dimanche 30 avril 2006 à 11:12 - Approche économique de la souveraineté - #35 - rss
Une excellente démonstration de Michel
Husson
http://hussonet.free.fr/detpub7.pdf
Extraits :
« Depuis
plusieurs années, les libéraux tirent la sonnette
d’alarme à propos du montant de la dette publique
(…) cette dramatisation repose sur un diagnostic
erroné qui a pour fonction de légitimer la
réduction des dépenses de l’État
et les effectifs de fonctionnaires.
(…) [On nous
répète tous les
jours] un discours
simpliste qui s’appuie sur
le sens commun : on ne peut durablement
dépenser plus qu’on ne gagne, et par
conséquent il faut dépenser moins et
ajuster les dépenses aux recettes. Sinon, on accumule une
dette qui viendra
peser sur les générations futures. Cet
argumentaire semble si bien ficelé qu’il ne reste
plus au fond qu’à décider
dans quel budget il faut couper !
Pourtant, ce raisonnement apparemment irréfutable
est un tissu d’absurdités
et de contresens. Pour commencer, l’État
dispose de la possibilité - à vrai
dire assez peu répandue chez les particuliers - de fixer
lui-même ses recettes ;
et ses dépenses peuvent elles mêmes engendrer des
recettes. La dette de l’État
n’est en aucun cas assimilable à celle
d’un ménage : l’horizon de
l’État
est bien plus long, et on peut dans l’abstrait
définir les conditions d’un
recours stable à l’emprunt, comme alternative
à l’impôt.
Quant aux intérêts de la dette, ils ne seront pas
payés demain par nos enfants,
mais le sont par les contribuables contemporains. Enfin, la
montée de la dette
de l’État est principalement
liée à une baisse de ses recettes, et cette
configuration permet de comprendre pourquoi un tel déficit
public n’a pas les
vertus keynésiennes attendues. (…)
[Les ménages] sont inégalement
concernés par les
arbitrages publics entre impôts et endettement public.
Les
baisses d’impôts ont en effet favorisé
systématiquement les détenteurs de
revenus du capital et les plus hauts revenus. De ce point de
vue, les
contre-réformes fiscales successives ont
représenté un transfert de revenu vers
ces catégories sociales. Mais ce sont elles aussi qui
disposent des capacités
d’épargne nécessaires pour souscrire
aux emprunts d’État. Ils
gagnent donc sur les deux tableaux : moins
d’impôt et accès à un
placement rentable et sûr.
(…)
Voilà
pourquoi les baisses d’impôt ne relancent pas la
consommation. Le supplément de
revenu disponible que ces baisses procurent aux plus hauts revenus est
pour
l’essentiel épargné. La croissance de la
dette publique tend donc à
auto-entretenir un cercle vicieux de faible
activité qui contribue à son
tour au creusement des déficits. (…)
Une baisse d’impôts accordée aux
"rentiers" sera en grande partie épargnée sous
forme d’obligations du
Trésor, de telle sorte que la consommation n’en
sera pas augmentée. (…)
Le
déficit et la rente
Pour résumer : la montée de la
dette de l’État n'est pas le résultat
d'une croissance immodérée des dépenses
(à l'exception des intérêts sur
cette dette). Elle découle du choix consistant
à faire payer de moins en
moins d’impôts à une couche sociale
auprès de laquelle il faut ensuite
s’endetter à des taux
d’intérêt prohibitifs (et non
révisables).
Si cette analyse est correcte, elle permet d'abord de mieux comprendre la
nature sociale du déficit, qui est l’instrument
d’un transfert de ressources
de la masse des contribuables vers ceux qui
bénéficient le plus de baisses
d’impôts trop rapides. Cette
présentation permet de mieux décrypter
les
discours alarmants dénonçant le report
de la charge de la dette sur les
générations futures, afin de justifier la
discipline budgétaire.
En
réalité, le transfert ne se fait pas entre
générations, mais entre couches
sociales : ce sont les
contribuables d’aujourd’hui (et pas les
générations
futures) qui paient les rentes d’Etat versées
aujourd’hui à ceux qui en
bénéficient. Comme on l’a
montré, ce mécanisme fait rapidement boule
de
neige : les charges d’intérêt
de la dette publique exercent une pression
constante sur le déficit : il faut emprunter à
nouveau pour payer les intérêts
de la dette publique, de telle sorte que celle-ci ne cesse
d’augmenter.
(…) »
Courte
et forte démonstration du mensonge
d’État à
propos de la dette publique :
le
choix public d’endetter l’État
auprès des rentiers au lieu d’augmenter
l’impôt ces rentiers
explique largement l’augmentation de la dette publique.
C’est un choix inique, un choix de classe, très
éloigné de
l’intérêt général,
mais concrètement très proche de quelques
intérêts particuliers, un vrai sabordage de l’État par des
"représentants" hors contrôle qui ne représentent plus qu’eux-mêmes et
leurs amis.
Tout ça est parfaitement cohérent
avec les projets de l’OMC, de
l’AGCS, du FMI, de l’UE…
Il est
temps que les citoyens reprennent à la fois
l’initiative de leurs
institutions
et le contrôle de leurs représentants politiques.


Commentaires
1. Le dimanche 30 avril 2006 à 17:17, par Julia
2. Le lundi 1 mai 2006 à 12:39, par André
3. Le mercredi 3 mai 2006 à 19:58, par Olga
4. Le jeudi 1 juin 2006 à 12:03, par Clément
5. Le samedi 12 août 2006 à 10:51, par AJ Holbecq
6. Le dimanche 27 août 2006 à 18:49, par Jacques Heurtault
7. Le lundi 28 août 2006 à 12:08, par justine
8. Le lundi 13 novembre 2006 à 12:14, par Jacques Heurtault
9. Le mardi 22 mai 2007 à 12:57, par Marie
10. Le mardi 22 mai 2007 à 13:35, par AJH
11. Le jeudi 24 mai 2007 à 13:45, par Marie
12. Le jeudi 5 juillet 2007 à 21:00, par TaxiJo
13. Le vendredi 6 juillet 2007 à 09:24, par AJH
14. Le mardi 15 avril 2008 à 15:43, par CommeDesTaupes
15. Le mardi 15 avril 2008 à 15:56, par AJH
16. Le vendredi 9 mai 2008 à 15:55, par rachatducredit.com
17. Le dimanche 1 juin 2008 à 08:20, par Badaboom
18. Le dimanche 1 juin 2008 à 09:30, par Étienne
19. Le lundi 23 juin 2008 à 15:20, par Estec
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