« Quel sera le devenir de ces débats ? Quelle ambition avons-nous (avez-vous Étienne) pour les résultats du travail d'Étienne et de nos débats ? » demande Nanouche sur le forum (premiers posts du blog : commentaire n° 11). Je lui réponds ici, dans mon journal, parce que ça devrait intéresser aussi ceux qui n’ont pas le temps de suivre toutes les conversations du blog.

Chère Nanouche :o)

La question de la mise en pratique de nos idées est effectivement essentielle et difficile, mais elle n’est pas insoluble.

La difficulté vient évidemment de ce que toutes les commandes sont aux mains des professionnels de la politique et qu’ils ne vont pas se laisser faire : c’est précisément à la fois le problème et l’obstacle à la solution du problème.

Heureusement, nos parents ont déjà franchi deux premières "marches" vers la démocratie : la liberté d’expression et le suffrage universel. Ces premières étapes permettent d’avancer ensuite vers une meilleure démocratie, mais seulement si les citoyens se servent de leurs outils.

On peut noter que ces "premières marches" sont toutes les deux mises à mal en ce moment par ceux qu’elles gênent (aidés en cela par notre propre négligence) :

La liberté d’expression est très limitée sur les thèmes dont je parle : combien de débats contradictoires à la télévision sur le contrôle des pouvoirs et sur la responsabilité des élus, aux heures de grande écoute, depuis 20 ans ?

Est-ce qu’on nous présente souvent les enjeux du vote blanc, du mandat impératif et du référendum d’initiative citoyenne ?

Et surtout à qui donne-t-on la parole si on évoque ces questions ? Aux hommes politiques de métier, ou à leurs amis proches des médias, qui évitent, bien entendu, d’évoquer honnêtement, face à de solides contradicteurs et avec le temps nécessaire, les principes que je défends ici.

Le suffrage universel, de son côté, est lui aussi truqué, de façon à ce que nous ne puissions élire que des "notables" sélectionnés par les appareils partisans, sans aucun moyen de s’en débarrasser : si on les désavoue en élisant leurs adversaires, on les voit réapparaître dès le scrutin suivant.

C’est un peu comme si la pire sanction qu’on puisse leur infliger était le mi-temps : une législature pour ceux de "la droite", puis une législature pour ceux de "la gauche" (avec des guillemets), etc. Nous n’avons aucun moyen de dire "ça suffit, partez tous, et renouvelons la classe politique" (vote blanc), ni aucun moyen de chasser un éventuel affreux (RIC révocatoire).

Mais nous avons quand même l’Internet et les "petits" candidats à la présidentielle. C’est une fragile opportunité. Si on devient nombreux, on peut transformer cette fragile opportunité en mutation démocratique, en progrès.

Si nous sommes mille aujourd’hui et que chacun d’entre nous arrive à convaincre cinq personnes, d’abord du rôle central de la Constitution dans notre vie quotidienne, du lien direct entre les politiques réprouvées, la précarité qui se généralise, et l’interdiction de résister directement écrite dans nos propres institutions, si nous sommes capables aussi d’expliquer à ces 5 personnes l’importance d’expliquer à leur tour les principes protecteurs cachés et refusés, on sera vite cinq mille. Et si on continue tous, sans se décourager, on peut devenir assez forts.

Concrètement, donc : pour que ce plan ait une chance de fonctionner, il faut que nos idées soient simples et puissantes.

Il s’agit prioritairement de dépasser le factice clivage "droite"-"gauche" et de montrer que l’enjeu est de protéger les citoyens, les vrais humains plutôt que les personnes morales, concrètement et honnêtement.

Or, quand on se penche sur la situation institutionnelle française et européenne pour comprendre et montrer où se perd le pouvoir, ce n’est pas simple d’emblée :o)

D’où l’importance de notre débat actuel pour affûter nos arguments et nous frotter à une vraie contradiction, de façon à progresser et rendre nos idées, si possible, claires et irréfutables.

Sur les 50 principes que j’ai décrits dans "Les grands principes" et que j’ai résumés dans la feuille Evaluation_projet_constitution.xls, il faudrait que nous en choisissions 10 ou 15 seulement, universellement acceptables et convaincants.

C’est dans cet esprit que nous devrions débattre :

1-Quels principes garde-t-on et quels principes laisse-t-on à l’écart des discussions à venir, pour être consensuels et décisifs auprès du plus grand nombre ?

2-Et d’autre part, sur ces principes auxquels tout le monde devrait tenir comme à la prunelle de ses yeux, quelles sont les attaques qui seront probablement formulées et comment peut-on répliquer aux objections, simplement mais fortement ?

Si tout se passe bien, dans quelques mois, on aura défini une dizaine de principes incontestables constituant une exigence citoyenne solennelle, un groupe de revendications fondamentales.

Et si on s’est bien réveillés entre nous, si on réussit à en réveiller beaucoup d’autres, et mieux : à faire de ces réveillés des réveilleurs… mieux encore : des réveilleurs de réveilleurs… on peut devenir très nombreux (il faudrait que nous soyons des millions :o)

Tous ces citoyens enfin debout finiraient par signer une pétition constituante géante qui pourrait former un cadre de travail pour une Assemblée Constituante élue (par exemple).

Je suis sûr que nous avons des hommes politiques honnêtes et dévoués au service public, capables d’accepter ces exigences citoyennes de contrôle permanent des pouvoirs (même si c’est trop difficile pour eux d’imaginer ces contrôles et de les proposer eux-mêmes), et de relayer ces exigences en déclenchant eux-mêmes ce programme constituant qui devrait se dérouler ensuite sans eux.

On a besoin d’eux, mais pas au moment de fixer les limites de leur pouvoir.

Bien sûr, je connais la fable de « Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait… » et je sais bien qu’il est facile de bâtir des "châteaux en Espagne", mais bon, je décris ici une issue que je crois possible, tout en sachant bien que, pour l’instant, tout le monde dort et que les berceuse télévisuelles, sportives et publicitaires tournent à fond.

Ce qui est sûr, c’est que la résignation ne change jamais rien : c’est notre volonté qui est capable de changer la vie, rien d’autre.

Donc, on peut essayer, chacun à sa mesure et avec ses forces à lui, de pousser tous dans cette direction-là , et on verra bien si on est assez forts pour éloigner les voleurs de pouvoir :o)


Je vais tâcher, désormais, de "faire comme tout le monde" et de découper les articles de mon journal en "billets" comme celui-ci. Ce sera plus rapide à ouvrir ;o) Vous me direz si c'est mieux :o)

Cet article est reproduit dans le journal complet, toujours disponible pour une impression aisée : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Journal.php.