Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens

Blog du plan C, pour une Constitution Citoyenne, écrite par et pour les citoyens


C'est notre Constitution qui est notre seule arme (et c'est aussi la meilleure) pour contrôler les pouvoirs. À nous d'en parler, entre simples citoyens, pour devenir des millions à l'avoir compris : ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir.

Bienvenue :o)


Étienne Chouard
Je cherche ici à mettre en débat ouvert ce dont on ne parle nulle part : les plus grands principes institutionnels dont tous les citoyens (gauche, centre, droite) ont besoin pour se protéger des abus de pouvoir.

Je vous propose d'aller voir le FORUM et de suivre le SOMMAIRE, point par point (un principe par jour pour une digestion facile ?), et de réfléchir à votre propre position : Pour ? Contre ? Partagé ?

Et si personne (ni moi, ni d'autres ici) n'a encore défendu les arguments qui vous semblent importants, formulez-les vous-même : nous progressons ensemble en combinant nos réflexions, démocratiquement et positivement :o)

Suggestion :
pour parler nombreux
sur de nombreux sujets :
. soyons brefs,
. dans le sujet,
. et patients :-)

Une fois les principes bien débattus sur le FORUM, vous pouvez, dans la partie WIKI, écrire vous-mêmes les articles qui vous semblent importants dans une Constitution, aussi bien nationale qu'européenne.

Sur cette partie BLOG, je vous propose de nous parler plutôt des problèmes qui ne sont pas spécifiquement institutionnels (économie, histoire, philosophie, sociologie, société, actualité, technique, littérature, etc.), mais qui tournent quand même autour des sujets évoqués sur le forum : on cherche à imaginer ensemble un outil intellectuel, robuste et durable, contre les abus de pouvoir.

J'ai hâte de vous lire :o)

Étienne Chouard


Retour à la page centrale :
Le site d'origine s'appelle AEC : "Arc-en-Ciel" (après la pluie le beau temps) :o)


Présentation du PLAN C :


Rouages fondateurs d'une vraie démocratie :


Citoyens Européens Contre le Régime Illégitime :


Malformation congénitale de l'Union européenne :


Liberté d'expression :


Vote blanc = protestation légitime:


Henri Guillemin


Jean-Jacques ROUSSEAU


Cornélius Castoriadis


Gentils virus






Commentaires récents (de la partie blog ; voir aussi le forum et le wiki) :

Articles récents :




mardi 27 mai 2014

Migration vers un NOUVEAU BLOG (6)

Chers amis,

Depuis quelques semaines (à l'occasion d'une panne de ce blog), j'ai mis en place un NOUVEAU BLOG, dont je me sers depuis et que je vous propose d'utiliser — ça me simplifierait la vie que vous acceptiez tous ;) et qu'on se retrouve tous là-bas, ensemble.

Voici l'adresse (qui apparaît dans les liens en haut à droite de cet écran, ainsi que dans tous les menus du site : accueil, forum, facebook...) :

http://chouard.org/blog/

La technologie de l'ancien blog (celui-ci, qui a presque 10 ans) ne me permet pas de vous offrir les possibilités des outils modernes. Le nouveau blog tourne sous WordPress et cela devrait nous donner accès à toutes sortes de fonctionnalités bien commodes, je crois (même si je ne pourrai sans doute les implémenter que très progressivement, faute de temps disponible).

Exemple de fonctionnalité nouvelle : quand vous voulez, sur le nouveau blog, publier une vidéo Youtube incrustée (qu'on peut lire sur place), il suffit de copier coller le lien (celui de la barre d'adresse) et d'ajouter la lettre v au début de l'adresse, pour ainsi remplacer http:// ou https:// par httpv://. C'est très simple, pour vous, vous verrez. Et pour moi, ça va me simplifier la vie de ne plus avoir à passer derrière vous pour vous aider à signaler vos vidéos en clair.

Voilà, je laisse ce blog d'origine ouvert, bien sûr, d'une part pour les habitués, un peu casaniers et je les comprends, et d'autre part pour l'accès à la base de données immense qu'il offre, mais je ne m'en sers presque plus pour les nouveaux papiers (c'est trop de boulot de gérer tout seul tous ces différents moteurs de site : blog, forum, facebook, wiki, twitter...).

Idéalement, il faudrait importer toutes les données (billets et commentaires) de ce blog dans le nouveau blog, mais ça merdouille : c'est un trop gros travail pour le plugin Wordpress, apparemment. On verra ça plus tard.

Merci pour tout ce que vous faites.

Étienne.

mercredi 19 mars 2014

Rosa Luxembourg : guerre à la guerre ! (28)

La grande et belle Rosa Luxemburg
n’avait pas la pensée boiteuse !
GUERRE À LA GUERRE !
(vidéo 45’45)

J'ai trouvé ce bout de film très émouvant, et très actuel :

Source : http://mai68.org/spip/spip.php?article6947

Je ne sais pas si quelqu'un peut nous donner un lien vers le film entier.
Et aussi d'autres sources sur Rosa Luxembourg, formidable sentinelle du peuple.

Étienne.

Le vote blanc reconnu à partir du 1er avril : avancée démocratique ou poisson d'avril ? (7)

Le vote blanc reconnu à partir du 1er avril :
avancée démocratique ou poisson d'avril ?

mardi 18 mars 2014

Hors-Série : un site d'entretiens filmés avec de la vraie critique dedans... (5)

HORS-SÉRIE :
un site d'entretiens filmés
avec de la vraie critique dedans...


Hé ! C'est une bonne nouvelle pour l'éducation populaire, ça !
Là, il faut y aller et les aider, les filles : elles donnent l'exemple et elles ont besoin de nous !

L'abonnement n'est pas cher ; c'est là : http://fr.ulule.com/hors-serie/

J'ai hâte de voir ça :)

Étienne.


Quelles institutions pour la liberté ? Débat au café "Le coup d'État" (Paris) le 28 mars 2014 (25)

Quelles institutions pour la liberté ?
Débat avec des 'Autrichiens' au café "Le coup d'État" (Paris)
le 28 mars 2014 à 20 h

Des économistes "libéraux", des vrais de vrai, de l'école "autrichienne",
m'ont invité à réfléchir ensemble à ce qui serait de bonnes institutions pour garantir la liberté.

C'est étonnant, le nombre de points (importants) qui nous séparent, le nombre de choix publics où nous semblons en désaccord sur tout, profondément.
Pourtant, je trouve cette controverse attirante, stimulante, vraiment intéressante, car je sais que je ne progresse vraiment que dans la contradiction.
J'espère qu'on va arriver à ne pas s'empailler :)
Peut-être même arriverons-nous à rapprocher certains points de vue, qui sait ?

Je les ai prévenus que j'allais évoquer (et leur demander leur avis sur) le formidable bouquin de Domenico Losurdo que je suis en train de dévorer (et de gribouiller) : "Contre-histoire du libéralisme" :


Voici une page qui annonce le rendez-vous et permet de vous inscrire :
http://affinitiz.net/space/cafeliberte/content/cl-28-mars-2014---etienne-chouard---quelles-institutions-pour-la-liberte--_0C0E62AB-0E68-42F4-A129-5A976CFA68BA

• Rendez-vous :
vendredi 28 mars 2014, à 20h00
au café Le Coup d’État,
164 rue Saint Honoré,
75001 Paris (M° Halles ou Louvre Rivoli)

Le nombre de places sera limité, il faut s'inscrire, ne trainez pas :)

Hâte de vous y retrouver.

Étienne.

Auto-institution de la société (© Castoriadis) : prochains ateliers constituants à Paris, 27 et 29 mars 2014 (9)

Auto-institution de la société
(© Castoriadis) :
Deux ateliers constituants, prochainement à Paris,
jeudi 27 et samedi 29 mars 2014 :


Après les deux journées épatantes de vendredi et samedi dernier, on remet ça dès la semaine prochaine ; on y prend goût :)


Comme je l'ai fait la semaine dernière, je vous demande chaleureusement de revenir plusieurs fois,
de façon à créer un début d'automatisme, déjà une habitude..., pour vous aider — c'est si important ! — à continuer VRAIMENT sans moi après :)



• Jeudi 27 mars 2014, à 19 h :
atelier constituant à Fontenay sous Bois,
avec l'association "Boucles de la Marne" :





•La page des inscriptions :
http://www.weezevent.com/reinventons-la-democratie-on-le-fait

• Le lieu de rendez-vous :
Janvicland
52, rue Pasteur
94120 Fontenay sous Bois

• L'événement facebook :
https://www.facebook.com/events/269165473250683/?ref=22



• Samedi 29 mars 2014, à 14 h :
atelier constituant à Nanterre,
avec l'association "Article 3" :


• L'annonce : "S'emparer des questions constitutionnelles" :
http://www.nanterre.fr/evenement/1135/69-agenda.htm

• Le point de rendez-vous :
L'Agora - Maison des initiatives citoyennes
20 r de Stalingrad
92000 NANTERRE

• L'événement facebook :
https://www.facebook.com/events/432434213556211/

• Le site de l'asso 'Article 3' :
www.article3.fr.

dimanche 16 mars 2014

LE PUBLIC AUX MAINS DES INTÉRÊTS PRIVÉS ? (11)

LE PUBLIC AUX MAINS DES INTÉRÊTS PRIVÉS ?

dimanche 9 mars 2014

Prochain atelier constituant à Paris, vendredi 14 mars 2014 (10)

Prochain atelier constituant à Paris,
vendredi 14 mars 2014, 16 h

Je vous rejoins vendredi prochain à Paris pour réfléchir ensemble et nous entraîner à écrire nous-mêmes des articles de constitution.

L'association des Citoyens Constituants, qui s'est chargée de réserver la salle, a créé un événement facebook :
https://www.facebook.com/events/626870534028104


Citoyens islandais tirés au sort, en train de travailler sur leur Constitution (2010).


Voici leur annonce :

Présentation du concept et de la nécessité des Ateliers Constituants (conférence), puis, à vous de participer, en petits groupes !

Les Citoyens Constituants vous invitent à une nouvelle session d'éducation populaire ce vendredi 14 mars à 15h30 pour participer à des ateliers constituants.

Qu'est-ce qu'un atelier constituant ? Un groupe de citoyens qui délibèrent afin d'écrire eux-même la meilleure Constitution possible. En une journée, il est bien sûr impossible de rédiger l'intégralité de la Constitution ; donc, nous travaillerons sur des points et articles précis.

Au programme nous proposons la question du référendum, de la délibération et celle des mandats. Mais libre à vous de proposer d'autres thèmes : rôle des médias, systèmes de vote, dispositifs de participation...

Nous communiquerons l'adresse de la salle par mail à ceux qui se sont inscrits.
Pour vous inscrire : http://www.wikicratie.fr/inscription/14mars2014/



Quelques informations sur les ateliers constituants :

http://lescitoyensconstituants.com/2014/01/preparation-dun-atelier-constituant/

http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/atelier-constituant-147669


Je serai sur place dès 13 h 30, pour parler de choses et d'autres avec ceux qui seront là, avant la séquence constituante qui commence à 16 h.

--------


Le lendemain après-midi, samedi 15, on se retrouvera avec les adhérents de l'asso et ceux qui sont venus vendredi qui veulent continuer (la salle est plus petite), et on essaiera de rester cette fois dans un seul grand atelier (et pas en petits groupes), pour voir si on arrive à travailler comme ça : Dimitri nous briefera sur la sociocratie qui permet de progresser collectivement, sereinement et efficacement.

Au plaisir de vous retrouver bientôt :)

Étienne.

samedi 8 mars 2014

LA RÉPUBLIQUE FAVORISE-T-ELLE LA DÉMOCRATIE ? (12)

LA RÉPUBLIQUE FAVORISE-T-ELLE LA DÉMOCRATIE ?

Encore un petit essai (5 min.) de concoction de substance contagieuse :)

À Nancy avec Utopia, 25 janvier 2014, conférence et débats (vidéos) : Sommes-nous en démocratie ? (20)

À Nancy avec Utopia, 25 janvier 2014,
conférence et débats (vidéos) :
"Sommes-nous en démocratie ?"

Le 25 janvier 2014, à l'invitation d'Utopia Lorraine, nous avons passé une belle journée/soirée autour de la démocratie et du processus constituant populaire qui vient ; je vous en parlais dans ce billet, où quelques vidéos des ateliers de l'après-midi ont déjà été publiées.

Voici aujourd'hui les vidéos de la conférence du soir et des débats (bien intéressants, je trouve) qui ont suivi :

1. Conférence :

Cette fois, pour être sûr d'avoir le temps d'en parler un peu comme il faut :) ,
j'ai commencé par quelques CONSEILS DE LECTURE importants :

1 - "Economix", de Michael Goodwin (auteur) et Dan E. Burr (dessins),

2 - "Dette : 5000 ans d'histoire", de David Graeber,

3 - "Contre histoire du libéralisme"de Domenico Losurdo,

4 - "Rousseau, citoyen du futur" [poche], de Jean-Paul Jouary,
disponible (et c'est épatant) en double CD : "Rousseau, citoyen du futur: livre audio 2 h",

5 - "1789-1792 / 1792-1794 les deux Révolutions françaises", d'Henri Guillemin,

6 - "Manifeste de l'anarchie" d'Anselme Bellegarrigue.

Des livres bouleversants et importants, vraiment.


Sommes-nous en démocratie ? par ConfUtopia


2. Échanges :

Un long moment riche et tonique jusqu'au bout. Un bon souvenir et, j'espère, un outil pour "contagier" :)


Débat avec Etienne Chouard - Sommes-nous en... par ConfUtopia

Merci à tous, pour cette chouette journée/soirée,
et un merci tout particulier pour les gentils virus qui, après avoir tout organisé et tout filmé comme il faut, ont tant travaillé depuis deux mois pour le repérage et le montage de ces deux longues vidéos. On n'est forts qu'ensemble :)

Étienne.

vendredi 7 mars 2014

Entretien avec Kaizen magazine (Colibris), suggestions démocratiques pour les municipales : l'auto-institution de notre société (8)

Entretien avec Kaizen magazine (Colibris),
suggestions démocratiques pour les municipales :
l'auto-institution de notre société

Source : http://www.kaizen-magazine.com/etienne-chouard-les-municipales/


Les élections municipales concernent des petits territoires : est-ce une bonne échelle pour agir, pour que les citoyens prennent en main la politique, au sens de la gestion de la cité ?

Oui, c’est la bonne échelle… Enfin, ce serait la bonne échelle si l’on avait de bonnes institutions. À ce jour, l’expression de la volonté générale est faussée, dévoyée, trompée par des institutions qui rendent impossible l’expression d’un vrai choix. Ce n’est plus une question d’échelle, c’est autre chose. Le « choix » entre deux crapules — non, ne soyons pas « populiste », disons : le choix entre deux traîtres vendus aux plus riches — est une escroquerie aussi bien au niveau local qu’au niveau national.


Mais l’échelle de la commune ne permet-elle pas de choisir des personnes qui ont la confiance des citoyens, qui sont plus accessibles ?

Certes, c’est au niveau local qu’on rencontre encore quelques spécimens de vrai dévouement, mais je pense qu’on peut aller plus loin que l’élection de maîtres que les « élus » nous imposent depuis deux cents ans : on peut s’organiser pour voter plutôt nos lois. Comment ? De simples citoyens pourraient composer des listes qui ne soient pas constituées de professionnels de la politique, et qui s’engageraient tous à ne jamais décider à la place des autres. La partie la plus délicate sera sans doute de trouver dans un quartier une trentaine de personnes fiables.

Ces simples citoyens démocrates, donc, s’engageraient formellement et explicitement (dans leur programme officiel) à toujours réunir l’Assemblée villageoise ou de quartier sur les choix importants que doit faire la ville, pour que le peuple (y compris ceux qui n’ont pas voté démocrate, bien sûr) puisse voter lui-même ses lois. L’exemple des cantons suisses qui fonctionnent sans conseil municipal montre que c’est tout à fait possible : le seul obstacle à la démocratie, c’est que les « élus » la refusent et que nous laissons les « élus » écrire la constitution.

Nous ne sommes pas en démocratie : aujourd’hui, un électeur peut assister aux conseils municipaux mais il ne peut même pas y parler ! Ce qui est littéralement antidémocratique. Les élus 2.0 dont je parlais plus haut, élus explicitement pour ça (et donc soutenus par une majorité d’électeurs), pourraient fabriquer de toute pièce la démocratie qui nous manque : ils fixeraient (publiquement) un quorum, seuil de participation minimum à l’Assemblée citoyenne, au-dessous duquel les « élus démocrates » devraient alors, compte tenu du désintérêt affiché par la population pour le sujet en question, prendre les décisions à la place du peuple (comme tous les élus le font aujourd’hui, mais exceptionnellement).

On peut y réfléchir tout de suite pour les prochaines élections. On voit déjà apparaître des expériences de ce type, à Chambéry ou à Grenoble par exemple. Il est possible d’agir, c’est à nous de le faire, la démocratie ne sera jamais instituée par des « élus ».

Le plus difficile dans ce projet, sera de trouver des humains dévoués et fiables : il faudra en effet beaucoup de courage et de dévouement, d’abord pour être présents à toutes les assemblées citoyennes en consignant les volontés populaires majoritaires, puis pour être présents aussi aux conseils municipaux de façon à retranscrire alors les volontés populaires dans les arrêtés municipaux en respectant les formes de la « République », et tout ça sans presque jamais exercer le pouvoir soi-même… Il faudra que les autres regardent avec bienveillance et reconnaissance ces élus-qui-ne-décident-rien-sans-nous et qu’ils les remercient comme des héros. Aujourd’hui, plus de 80 % de la population se méfie foncièrement de « la politique » professionnalisée. Si nous trouvions (parmi nous) ces citoyens-colibris, amateurs et dévoués à l’auto-institution de la société, dans chaque ville, les Français rependraient sûrement goût à la gestion de la Cité !


Justement, pour la première fois les sondeurs affichent un aveu d’impuissance à donner des chiffres fiables. Est-ce un signe de ce rejet par les Français ?

Je n’ai aucune confiance envers les sondeurs, qui, comme tous les rouages de « la fabrique du consentement », sont (directement ou indirectement) contrôlés par les usuriers et utilisés contre l’intérêt général. Je ressens autour de moi un ressentiment universel contre les partis politiques, plus traîtres les uns que les autres : si ces sondeurs font correctement leur travail, ils doivent le percevoir comme moi. Cependant, ce rejet n’est pas du tout pris en compte concrètement par les institutions, car il n’existe aucun quorum, dans aucune des procédures électorales, aucun seuil minimal permettant de valider (ou d’invalider) les élections : si un candidat recueille une seule voix, avec 99,99% d’abstention donc, il sera quand même « élu ». Les sondeurs feignent d’être inquiets au sujet de la désaffection du public, mais je suis certain qu’ils s’en moquent totalement, car ils savent très bien que les institutions ne prévoient aucun quorum. On nous prend pour des imbéciles (et on n’a peut-être pas tout à fait tort).

Pour avoir des institutions comportant un quorum, donc — (ainsi que les quelques règles essentielles qui protégeraient efficacement le peuple contre ses représentants : élection sans candidats et/ou scrutins à points, respect du vote blanc, révocabilité des acteurs, obligation de rendre des comptes, chambres de contrôles tirées au sort, information et monnaie sous contrôle citoyen, référendums d’initiative populaire) —, il faudra écrire ces institutions nous-mêmes. Le jour où les hommes éteindront leur télé et s’entraineront enfin à rédiger et protéger eux-mêmes leur Constitution, l’histoire humaine prendra un nouveau chemin, moins favorable aux affreux. Ce n’est pas une utopie puisque ça ne dépend que de nous.

Venez nous aider à réfléchir à tout ça sur le net : http://etienne.chouard.free.fr/Europe

Étienne Chouard.

samedi 1 mars 2014

Quels sont les grands principes de la démocratie ? (32)

Quels sont les grands principes de la démocratie

(Paris, 20 février 2014)


Après les défauts du gouvernement représentatif, voici,
en deux mots, les principales qualités d'une démocratie digne de ce nom :

On continue à chercher, entre nous, à la base, la forme du message qui s'avèrera finalement la plus contagieuse, pour réveiller rapidement le dortoir :)

Merci à vous de faire circuler, si cet essai-là vous semble utile.

Étienne.

mercredi 26 février 2014

Scandaleuse politique >de l'offre< ! Frédéric Lordon : "Les entreprises ne créent pas l’emploi" (21)

Scandaleuse politique >"DE L'OFFRE"< !

Pourquoi les travailleurs ne clament-ils pas tous les jours dans les rues leur conscience et leur détestation de l'escroquerie monumentale qu'est la prétendue "POLITIQUE DE L'OFFRE" (qui a TOUJOURS ruiné à la fois l'État et 99% de la population, en empiffrant les 1% restant) ?

Il faudra bien un jour pendre les gros actionnaires et les banquiers avec les tripes des parlementaires et des ministres, qui ont trahi leur peuple et leur patrie pour quelques billets...

... ou bien (plus raisonnable) écrire nous-mêmes la Constitution qui nous manque.

De votre côté, personnellement, avez-vous commencé à écrire quelques articles ? :) Allez, au boulot, ça urge !



La livraison du jour, d'un Frédéric bien en forme, pour contredire les économistes prostitués (ceux qui prônent tous les jours "la politique de l'offre") :

Frédéric Lordon :
"Les entreprises ne créent pas l’emploi"


http://blog.mondediplo.net/2014-02-26-Les-entreprises-ne-creent-pas-l-emploi

Il faut avoir sérieusement forcé sur les boissons fermentées, et se trouver victime de leur propension à faire paraître toutes les routes sinueuses, pour voir, comme s’y emploie le commentariat quasi-unanime, un tournant néolibéral dans les annonces récentes de François Hollande [1]. Sans porter trop hauts les standards de la sobriété, la vérité appelle plutôt une de ces formulations dont Jean-Pierre Raffarin nous avait enchantés en son temps : la route est droite et la pente est forte — mais très descendante (et les freins viennent de lâcher).


Entreprise, mon amour ?

En effet, droit, c’est droit ! Et depuis l’origine. Evidemment, pour s’en apercevoir, il aurait fallu prêter un peu plus attention aux six premiers mois de la présidence Hollande, où tout a été posé pour cinq ans, et les actes et la logique des actes.

Les actes d’abord, en une séquence impressionnante de cohérence : ambassade du premier ministre à l’université du MEDEF, reculade devant les « pigeons », rapport Gallois, consécration législative de l’ANI (Accord National Interprofessionnel) — et tout le reste à l’avenant : Jérôme Cahuzac qui n’a « jamais cru à la lutte des classes » [2], heureusement remplacé par Bernard Cazeneuve qui voit, lui, distinctement que « les entreprises ne sont pas des lieux d’exploitation ou d’accumulation de profit » [3], l’un puis l’autre sous la tutelle éclairée de Pierre Moscovici qui pense que « pour lutter contre l’exil fiscal, il faut avant tout valoriser le site France qui doit être accueillant pour les entreprises, les talents » [4], qu’il ne doit pas y avoir de loi sur les rémunérations patronales, matière en laquelle il faut préférer « agir dans le dialogue (...) et miser sur une autorégulation exigeante » [5], qui pense tellement de choses d’ailleurs... Essentiellement résumable à une : « les entreprises sont au cœur de notre politique économique » [6].

Et voilà énoncée la logique des actes. Pauvre logique qui transpire les stratégies du désespoir et de la renonciation. Car les tendances longues de la trahison idéologique se mêlent ici aux calculs égarés de la panique quand, ayant abandonné toute idée de réorienter les désastreuses politiques européennes, ayant même fait le choix de les durcir un peu plus avec le TSCG, et par conséquent privé de toute possibilité de relance, il ne reste plus pour se sauver du naufrage complet que le radeau de la Méduse : « l’entreprise » comme ultime providence, c’est-à-dire... le MEDEF comme planche de salut. Formidable effort de la vie sauve et géniale trouvaille au bord de l’engloutissement : « La seule chose qu’on n’a pas essayé, c’est de faire confiance aux entreprises » [7]. Ah ! la riche idée : faire confiance aux entreprises... Faire confiance au preneur d’otages en se jetant dans ses bras, persuadé sans doute que l’amour appelle invinciblement l’amour — et désarme les demandes de rançon.


La prise d’otages du capital

Contrairement à ce qu’exclamerait dans un unisson d’horloges synchronisées la cohorte éditorialiste, scandalisée qu’on puisse parler de « prise d’otages », il n’y a pas une once d’outrance dans le mot, dont il faut même soutenir qu’il est analytiquement dosé au plus juste. Il est vrai que l’altération perceptive qui fait voir les droites sous l’espèce de la courbure est en accord avec cette autre distorsion qui conduit à voir des « prises d’otages » partout — chez les cheminots, les postiers, les éboueurs, et plus généralement tous ceux qui se défendent comme ils peuvent des agressions répétées dont ils sont l’objet —, sauf où il y en a vraiment. Il est vrai également que le capital a pour lui tous les privilèges de la lettre volée d’Edgar Poe [8], et que sa prise d’otages, évidente, énorme, est devenue invisible à force d’évidence et d’énormité. Mais par un effet de cécité qui en dit long sur le pouvoir des idées dominantes, pouvoir de faire voir le monde à leur manière, en imposant leur forme au réel, et en rendant invisible tout ce qui pourrait les contredire, par cet effet de cécité, donc, la plus massive des prises d’otages est devenue la moins remarquée, la plus entrée dans les mœurs.

Or, comme Marx l’avait remarqué, le capitalisme, c’est-à-dire le salariat, est une prise d’otage de la vie même ! Dans une économie monétaire à travail divisé, nulle autre possibilité de reproduire la vie matérielle que d’en passer par l’argent du salaire... c’est-à-dire l’obéissance à l’employeur. Et s’il n’y avait eu la conquête de haute lutte des institutions de la protection sociale, on ne voit pas bien ce qui séparerait la logique profonde de la mise au travail capitaliste d’un pur et simple « marche ou crève ».

Le capital ne prend pas en otage que la vie des individus séparément, mais également — en fait d’un seul et même tenant — leur vie collective, celle-là même dont la politique est l’expression, et qui donne normalement à la politique son objet. Mais voilà, l’objet de la politique est dans les pattes d’un autre : le capital. Cette captation a pour principe majeur que toute la reproduction matérielle, individuelle et collective, est désormais entrée sous la logique de l’accumulation du capital : la production des biens et des services qui reproduisent la vie matérielle n’est plus effectuée que par des entités économiques déclarées capitalistes et bien décidées à n’opérer que sous la logique de la marchandisation profitable. Et pour principe mineur la capacité d’initiative dont jouit le capital : le capital financier a l’initiative des avances monétaires qui financent les initiatives de dépenses du capital industriel — dépenses d’investissement ou dépenses de recrutement. Aussi les décisions globales du capital déterminent-elles le niveau général de la conjoncture, c’est-à-dire les conditions dans lesquelles les individus trouvent les moyens — salariaux — de leur reproduction. C’est ce pouvoir de l’initiative, pouvoir d’impulsion du cycle de la production, qui confère au capital une place stratégique dans la structure sociale d’ensemble — la place du preneur d’otages, puisque tout le reste de la société n’en finit pas d’être suspendu aux décrets du capital et à son bon vouloir.


Sous la menace de la grève de l’investissement

Sans doute l’intensité de la prise d’otages se trouve-t-elle modulée par la configuration historique concrète du capitalisme au moment considéré. Le rapport de force entre le capital et le travail, on pourrait même dire entre le capital et tout le reste de la société, n’est pas le même lorsque le commerce international, les investissements directs et les mouvements de capitaux sont très régulés, et lorsqu’ils ne le sont pas. C’est d’ailleurs le propre du néolibéralisme que d’avoir accru quasiment sans limite les possibilités stratégiques du capital, en abattant systématiquement les barrières qui jusqu’ici retenaient ses calculs.

Il fallait donc avoir l’humanisme chrétien, ou la bêtise crasse, chevillée au corps pour s’imaginer que le capital pourrait, comme toute puissance en marche, ne pas pousser son avantage jusqu’à sa dernière extrémité, et pour croire qu’il trouverait de lui-même les voies de la décence ou de l’autorégulation. Or cette « dernière extrémité », très exactement appuyée à la capacité d’initiative qu’on vient de décrire, consiste en ce que le capital est en mesure d’exiger de la société qu’il soit fait droit à toutes ses demandes pour que l’initiative soit effectivement lancée. Faute de quoi il pratiquera la grève de l’investissement — « grève », n’est-ce pas là le mot qui, dans la boîte à deux neurones de l’éditorialiste quelconque, déclenche habituellement l’association avec « prise d’otages » ?

Bien sûr pour qu’il y ait arc électrique dans cette boîte-là, il faudrait que cette grève, d’un genre spécial, se donne à voir sous des formes plus standard. Or ni piquet, ni banderole, ni brasero dans les grèves du capital, mais plutôt une retenue silencieuse — de l’investissement —, accompagnée d’un lamento bruyant, lamento de la création empêchée, à base d’énergies qui voudraient tant être libérées (et qui sont tant bridées), d’étouffement règlementaire et de strangulations fiscales, ou plus subtilement d’attractivité du territoire (médiocre) et par conséquent de fuite des talents, bref le discours du positif contrarié — pour ainsi dire le discours des forces de la vie, que seule une perversité mortifère peut avoir l’idée de retenir.

Évidemment le discours du positif a le gros bâton du négatif sous la main. Car si la société n’exécute pas les quatre volontés du capital, le capital a les moyens de le faire sentir à la société — et ceci du fait même qu’il a capté la maîtrise entière de sa reproduction matérielle. Il faut alors prendre un peu de recul pour mieux mesurer l’ampleur de la prise d’otages, et l’efficacité du rançonnement, depuis la suppression de l’autorisation administrative de licenciement au milieu des années 80 jusqu’aux dispositions scélérates de l’ANI, en passant par la baisse de l’impôt sur les sociétés, la défiscalisation des stock-options, les atteintes multiples au CDI, le travail du dimanche, etc., liste interminable de butins de guerre, dont il faut comprendre qu’elle est vouée à s’allonger indéfiniment tant qu’il ne se trouvera pas en face de la puissance du capital une puissance de même échelle mais de sens opposé pour le ramener autoritairement à la modération, car, la liste précédente l’atteste suffisamment, le capital n’a aucun sens de l’abus.


Le capital-enfant

Intensifiée comme jamais par la configuration institutionnelle du néolibéralisme, la capture — la prise d’otages — constitutionnelle au capitalisme a porté le rançonnement de la société entière à des degrés inouïs, mesurables par l’impudence déboutonnée de ses ultimatums. Le capital ne négocie plus avec la société : il extorque. Pourquoi se gênerait-il ? Sous le nom de « mondialisation », la situation structurelle a été aménagée pour maximiser son pouvoir matériel et symbolique, et il est dans la (tauto)logique des choses qu’une puissance à laquelle a été ôtée toute limite ne connaisse plus de limite. C’est pourquoi le capital désormais dicte ses demandes — on prétend que le pacte de responsabilité a été livré à Hollande clé en mains par Gattaz qui s’en défend à peine —, à défaut de quoi, il bloquera tout.

La compréhension de ce blocage demande alors de sortir de l’abstraction macroscopique du « capital » pour se transporter dans les psychés patronales ordinaires, et y observer in situ moins le cynisme ouvert de l’institution MEDEF que le sentiment du « bon droit » des patrons individuels, sentiment d’une évidente légitimité, ou bien celui d’une véritable offense au moindre refus, et la réaction totalement infantile du « si c’est comme ça... » qui s’en suit invariablement — « si c’est comme ça, je m’en vais », « si c’est comme ça la France n’aura plus mon talent », « si c’est comme ça, je paye mes impôts ailleurs », « si c’est comme ça, mon énergie n’est plus du tout libérée », « si c’est comme ça, je ne peux pas innover », « si c’est comme ça, je n’embaucherai pas ».

L’hypothèse infantile est décidément la bonne puisque la perte des limites fait invariablement remonter la part de l’enfant-tyran. À l’image de la psychologisation générale de la société, une des tendances les plus profondes du néolibéralisme, le débat politique se trouve donc entraîné dans une effarante régression où ne comptent plus que les conditions du confort psychique de l’enfant-patron. Pierre Gattaz réclame qu’on lui évite toute disposition « stressante ». Mais c’est sans doute Fleur Pellerin qui va le plus loin dans la grammaire du dorlotement en reconnaissant bien volontiers que « le milieu entrepreneurial a encore besoin de preuves d’amour » [9]. Voilà donc où nous en sommes : pour obtenir des patrons qu’ils daignent faire leur travail, la société doit leur témoigner de « l’amour », et surtout veiller à leur éviter toute contrariété. Stade ultime de la prise d’otages, où le preneur d’otages, en plus de la rançon, réclame d’être aimé, l’extorsion matérielle cherchant à se prolonger sous une forme délirante en extorsion affective.

Et c’est avec ce genre de complexion que la Droite Complexée du président Hollande imagine passer un pacte de responsabilité ! idée folle conduisant inévitablement à se demander lequel des deux « contractants » est le plus irresponsable, le capital-enfant qui ne connaît plus aucun frein et violentera jusqu’au bout la société otage, ou le gouvernement qui persiste, contre toute évidence, à en faire un partenaire « responsable ». Il faut en tout cas avoir au choix la franche bêtise ou, plus probablement, le cynisme retourneur de veste de M. Montebourg pour oser dire que le pacte consiste en « une réconciliation de la nation autour de l’entreprise », en contrepartie de laquelle il est attendu que « l’entreprise secoure la nation » [10].


La curieuse science expérimentale des baisses de cotisations

Supposé qu’il passe parfois dans quelque esprit gouvernemental l’ombre d’un doute, le capital, lui, ne se pose pas ce genre de question. Tout à sa poursuite des coudées larges et de la suppression fiscale, il demande, menace... et obtient. Bref il commande. De toutes ses revendications, la plus constamment réaffirmée a pour objet les cotisations sociales — les « charges » — et le voilà de nouveau satisfait. Mais d’une satisfaction qui va s’usant — avec la force de l’habitude — et réclame sans cesse des montants plus importants pour se soutenir. C’est pourquoi — assez d’être timoré ! — Pierre Gattaz se propose toutes les audaces de l’arrondi supérieur : 100 milliards de réduc’, c’est beau, c’est net, pas compliqué à retenir, maintenant, donc, il nous faut 100 milliards. Double effet caractéristique de l’addiction et de l’accoutumance, le capital déclare qu’il ne peut plus vivre, et donc qu’on ne pourra pas compter sur lui, s’il n’a pas sa dose. Le fait est que depuis presque trois décennies de pratique intensive des baisses de cotisations sociales, sans compter les aides variées à l’emploi et les allègements de toutes sortes — Gérard Filoche en estime le total à 65 milliards d’euros [11], soit 3 bons points de PIB tout de même —, le capital n’a même plus à chercher la seringue : il a le cathéter branché à demeure.

Mais le vrai mystère dans toute cette affaire réside bien dans le fait même de politiques entretenues depuis si longtemps alors que leur inefficacité est si continûment avérée — elle, pour des raisons qui n’ont rien de mystérieux : parce que le coût salarial complet n’est qu’une fraction relativement modeste du coût total (25 %) [12] et que même les 100 milliards de Gattaz n’aboutiraient qu’à une baisse du coût de production de 3,5 % [13], une misère à la merci du moindre renchérissement de matière première, pour ne rien dire d’un mouvement de change d’un compétiteur extra-européen. À ce propos, et dans le registre du passeur de plats, signalons le commentaire tout de bienveillance de Daniel Cohen pour qui il ne faut voir dans le pacte de responsabilité « aucune conversion idéologique » [14] mais une simple « option pratique », le pacte consistant, « privé de l’arme monétaire, (...) à gagner en compétitivité (...) par une dévaluation fiscale ». Ceci, d’ailleurs, avant de suggérer « d’indexer [les prestations] des systèmes sociaux sur la croissance », soit la proposition même du MEDEF, et cette remarquable convergence du patronat, de la Droite Complexée et de ses économistes de service ne peut en effet être mise au compte d’aucune « conversion idéologique » — à l’évidence, l’unanimité spontanée des raisonnables.

Mais que dire également de l’imitation de tous les pays européens dans la course à la baisse du coût du travail, sinon qu’elle n’a pas d’autre effet que l’attrition générale des standards sociaux sans le moindre gain de compétitivité puisque celle-ci n’est jamais qu’un avantage différentiel, comme tel annulé par son adoption généralisée. Ou encore de la théorie dite du wage-gap, soutenant que le chômage est un effet de déséquilibre de l’offre et de la demande sur le marché du travail dû à un excès du prix du travail, sinon qu’elle est fausse et archi-fausse [15].

Mais aucune de ces évidences n’a la moindre prise, ni sur le patronat évidemment — il ne faut pas trop demander —, ni sur le commentariat qui jacasse la baisse des charges à l’unisson du MEDEF, ni surtout sur le gouvernement socialiste à qui pourtant ces conneries coûtent les yeux de la tête ! Le voilà alors le vrai pouvoir des idées dominantes : le pouvoir de se maintenir envers et contre tout, contre toutes les objections de l’analyse et contre toutes les infirmations du réel — et il n’en a pas manqué depuis plus de vingt ans de baisses continues de tout et de stagnation prolongée dans le chômage de masse. Le pouvoir des idées dominantes, c’est ce privilège des épistémologies asymétriques, c’est-à-dire d’un rapport totalement distordu à l’expérience : on poursuivra pendant des décennies, et jusqu’au bout, la mise en œuvre du faux que l’on continuera, contre toute évidence, de déclarer le vrai, là où on ne laisserait pas six mois à une tentative authentiquement alternative.

Car il faut s’efforcer d’imaginer un programme de rupture avec le néolibéralisme et surtout se figurer ce que serait la réaction du commentariat aux turbulences qui suivraient nécessairement d’une refonte de l’ordre institutionnel du capitalisme (encore ne parle-t-on même pas ici de sortie du capitalisme...) : glapissements et hauts cris, rappels à l’ordre de la « raison économique », avertissements que ça ne marche pas et que ça ne marchera jamais, injonction à faire une démonstration immédiate d’efficacité, quand le néolibéralisme ne cesse, lui, de nous appeler à la sagesse du long terme (où « s’obtiennent vraiment ses effets »), et de nous renvoyer à la patience, patience des efforts de compétitivité qui « finiront par payer », patience de l’Europe qui sera bientôt sociale, enfin plus tard... — il faudra, donc, se souvenir de cette asymétrie des exigences temporelles, qui somme les uns au court terme et accorde aux autres le long, le très long terme, pour ne pas oublier, si jamais vient un jour le moment de la transformation sociale, de préciser que nous demanderons nous aussi vingt ans et pas une journée de moins.


Les entreprises ne créent pas l’emploi

Mais le pire dans toute cette affaire c’est peut-être l’irrémédiable inanité de la stratégie Hollande et de ses conseillers, esprits entièrement colonisés par la vue MEDEF du monde et qui n’ont d’autre point de départ de toutes leurs réflexions que la prémisse, l’énoncé princeps du néolibéralisme, il est vrai répété partout, entré dans toutes les têtes sur le mode de l’évidence au-delà de toute question : « ce sont les entreprises qui créent l’emploi ». Cet énoncé, le point névralgique du néolibéralisme, c’est la chose dont la destruction nous fait faire un premier pas vers la sortie de la prise d’otages du capital.

En tout cas, derrière « les entreprises ne créent pas d’emploi » il ne faut certainement pas voir un énoncé à caractère empirique — que les vingt dernières années confirmeraient pourtant haut la main en tant que tel... Il s’agit d’un énoncé conceptuel dont la lecture correcte n’est d’ailleurs pas « les entreprises ne créent pas d’emploi » mais « les entreprises ne créent pas l’emploi ». Les entreprises n’ont aucun moyen de créer par elles-mêmes les emplois qu’elles offrent : ces emplois ne résultent que de l’observation du mouvement de leurs commandes dont, évidemment, elles ne sauraient décider elles-mêmes, puisqu’elles leur viennent du dehors — du dehors, c’est-à-dire du bon-vouloir dépensier de leurs clients, ménages ou autres entreprises.

Dans un éclair de vérité fulgurant autant qu’inintentionnel, c’est Jean-François Roubaud, président de la CGPME et Saint Jean Bouche d’or, qui a vendu la mèche, à un moment, il est vrai, voué à être puissamment révélateur : le moment de la discussion des « contreparties ». Comme on sait à l’instant T moins epsilon qui précède la conclusion du « pacte », le patronat jure sur la tête du marché qu’il s’en suivra des créations d’emplois par centaines de mille et, comme de juste, à l’instant T plus epsilon on n’est tout d’un coup plus sûr de rien, il faudra voir de près, ne nous emballons pas, en tout cas il faut nous faire confiance.

Et voilà ce gros nigaud de Roubaud qui déballe tout sans malice ni crier gare : « encore faut-il que les carnets de commandes se remplissent... » [16] répond-il en toute candeur à la question de savoir si « les entreprises sont prêtes à embaucher en échange » [17]. C’est pas faux Roubaud ! Or si les entreprises « produisaient » elles-mêmes leurs propres carnets de commandes, la chose se saurait depuis un moment et le jeu du capitalisme serait d’une déconcertante simplicité. Mais non : les entreprises enregistrent des flux de commandes sur lesquels elles n’ont que des possibilités d’induction marginale (et à l’échelle agrégée de la macroéconomie aucune possibilité du tout [18]) puisque ces commandes ne dépendent que de la capacité de dépense de leurs clients, laquelle capacité ne dépend elle-même que de leurs carnets de commande à eux [19], et ainsi de suite jusqu’à se perdre dans la grande interdépendance qui fait le charme du circuit économique.

À quelques variations près, réglées par la concurrence inter-firmes, la formation des carnets de commandes, dont Roubaud nous rappelle — pertinemment — qu’elle décide de tout, ne dépend donc pas des entreprises individuellement, mais du processus macroéconomique général. En situation de passivité face à cette formation de commandes, qu’elles ne font qu’enregistrer, les entreprises ne créent donc aucun emploi, mais ne font que convertir en emplois les demandes de biens et services qui leurs sont adressées. Là où l’idéologie patronale nous invite à voir un acte démiurgique devant tout à la puissance souveraine (et bénéfique) de l’entrepreneur, il y a donc lieu de voir, à moins grand spectacle, la mécanique totalement hétéronome de l’offre répondant simplement à la demande externe.

On dira cependant que les entreprises se différencient, que certaines réduisent mieux leurs prix que d’autres, innovent plus que d’autres, etc. Ce qui est vrai. Mais n’a in fine d’effet que sur la répartition entre elles toutes de la demande globale... laquelle demeure irrémédiablement bornée par le revenu disponible macroéconomique. Ne peut-on pas aller chercher au dehors un surplus de demande au-delà de la limite du revenu interne ? Oui, on le peut. Mais le cœur de l’argument n’en est pas altéré pour autant : les entreprises enregistrent, à l’export comme à domicile, des demandes que, par construction, elles ne peuvent pas, individuellement, contribuer à former, et elles se borneront (éventuellement) à convertir ces commandes en emplois. En d’autres termes, les emplois ne sont que le reflet de demandes passivement perçues. Aucun geste « créateur » du type de celui que revendique l’idéologie patronale là-dedans. Les entrepreneurs et les entreprises ne créent rien (en tout cas en matière d’emploi) — ce qui ne veut pas dire qu’elles ne font rien : elles se font concurrence pour capter comme elles peuvent des flux de revenu-demande, et font leur boulot avec ça.


Non pas les entreprises : la conjoncture

Tout ceci signifie alors que nous n’avons pas à déférer à toutes leurs extravagantes demandes au motif qu’elles détiendraient le secret de la « création des emplois ». Elles ne détiennent rien du tout. Mais si l’emploi n’est pas créé par les entreprises, par qui l’est-il donc, et à qui devraient aller nos soins ? La réponse est que le « sujet » de la création des emplois n’est pas à chercher parmi les hommes, en vérité le « sujet » est un non-sujet, ou pour mieux dire la création des emplois est l’effet d’un processus sans sujet, un processus dont le nom le mieux connu est la conjoncture économique — terrible déception de ceux qui attendaient l’entrée en scène d’un héros... La conjoncture économique est en effet ce mécanisme social d’ensemble par quoi se forment simultanément revenus, dépenses globales et production. Elle est un effet de composition, la synthèse inintentionnelle et inassignable des myriades de décisions individuelles, celles des ménages qui vont consommer plutôt qu’épargner, celles des entreprises qui lanceront ou non des investissements — et, drame pour la pensée libérale-héroïsante, il faut avoir la sagesse intellectuelle de s’intéresser à un processus impersonnel.

Mais s’y intéresser, on le peut, et très concrètement même ! Car la conjoncture est un processus qui, dans une certaine mesure se laisse piloter. C’est précisément l’objet de cette action qu’on appelle la politique macroéconomique. Mais, de cela, le gouvernement « socialiste » a manifestement abdiqué toute velléité : ligoté par les contraintes européennes qui ont si bien neutralisé toute possibilité de politique économique active, et ayant renoncé par avance à tout effort de retrouver quelque marge de manœuvre en cette matière, il ne lui est plus resté qu’à dévaler avec tout le monde la pente de l’idéologie libérale-entrepreneuriale pour former le puissant raisonnement que « si ce sont les entreprises qui créent les emplois, alors il faut être très gentil avec les entreprises ».

Cependant, n’y a-t-il pas une contradiction à dire que le capital a toute initiative et qu’il prend — activement — la société en otage, quand, par ailleurs, on soutient que les entreprises sont réduites à enregistrer — passivement — des demandes qu’elles n’ont aucun pouvoir de former, et qu’elles n’ont dès lors nulle capacité de « créer l’emploi ». Il n’y a là en fait rien de contradictoire mais l’effet d’une asymétrie d’échelle, et une discontinuité classique quand on passe du microéconomique au macroéconomique. Les entreprises séparément n’ont aucune prise sur rien. C’est la composition de toutes leurs décisions qui fait tout. Mais cette composition est la plupart du temps inintentionnelle et sans cohérence spéciale — on en constate juste le résultat —, puisque c’est précisément le propre d’une économie de marché, c’est-à-dire d’une économie décentralisée que les agents y prennent leurs décisions par devers eux et sans coordination avec les autres. Aussi chacun d’eux est-il renvoyé à son isolement et à sa condition passive.

La situation change lorsque se présente un coordinateur. Le « capital » prend peut-être son sens le plus haut lorsqu’il apparaît ainsi sous l’espèce de la collectivité coordonnée des détenteurs de moyens de production. Certes le capital existe hors de cet état coordonné, et l’on peut bien maintenir qu’il est souverain — et preneur d’otages. Mais c’est un souverain désarticulé — un pur effet de composition acéphale. Et il n’est qu’un preneur d’otages de fait. Disons plus précisément : la société se retrouve otage du processus impersonnel en quoi consiste la synthèse des décisions des propriétaires individuels. Le souverain preneur d’otages ne prend alors vraiment sa forme consistante qu’au moment où le capital accède au stade du pour-soi en se posant, sous l’égide d’un coordinateur explicite (typiquement le MEDEF), comme une unité d’action consciente. C’est par passage du microéconomique au macroéconomique, c’est-à-dire de l’entreprise au capital, qu’apparaît véritablement la lutte de classes à l’échelle de la société entière, soit : un groupe constitué et unifié contre le reste.

On dira que ce capital coordonné se tire une balle dans le pied lorsqu’il s’engage dans son chantage caractéristique de la grève de l’investissement puisque, à gémir que rien n’est possible, il conduit en effet tous ses membres à gémir de concert, et de concert aussi à retenir leurs avances (leurs projets)... c’est-à-dire in fine à torpiller pour de bon la conjoncture dont pourtant ils vivent tous. Se seraient-ils coordonnés sur la position inverse qu’ils ne se seraient pas moins donné raison, mais cette fois en soutenant une conjoncture brillante... telle qu’ils auraient tous contribué à la former. Mais d’une part, le capital, dont Marx rappelait qu’il est incapable de dépasser « ses intérêts grossiers et malpropres », est le plus souvent hors d’état d’accéder à ce degré de rationalité. Et d’autre part, c’est l’horizon même de ces intérêts grossiers et malpropres qui lui désigne les bénéfices immédiats du chantage à l’investissement, contre lequel il espère bien ramasser autant d’avantages en nature (exonérations de toutes sortes, réglementaires et fiscales) que possible — et c’est une rationalité qui en vaut une autre : non pas la rationalité de l’entrepreneur mais celle de l’extorsion. Et si, par une asymétrie caractéristique, le capital refuse, au nom d’un argument idéologique, la coordination positive de l’investissement (« que le libre marché fasse son œuvre ! »), il est en revanche très capable de la coordination négative du chantage et de l’ultimatum.

On peut donc soutenir sans la moindre contradiction et la thèse de la prise d’otages (globale, celle du capital) et celle de la vaine prétention des entreprises à « créer l’emploi ». Les entreprises, séparément, ne créent rien. Mais il est vrai que, liguées en capital coordonné, elles décident de tout. Reconnaissons qu’à la profondeur où l’ânerie des « entrepreneurs qui créent l’emploi » est désormais enkystée, mesurable à la vitesse-éclair à laquelle elle vient à la bouche de l’éditorialiste quelconque, le travail d’éradication va demander du temps. Raison de plus pour l’entamer tout de suite. La politique se portera mieux, c’est-à-dire un peu plus rationnellement, quand ses discours commenceront d’être à peu près purgés de toutes les contrevérités manifestes, et manifestement attachées à un point de vue très particulier sur l’économie, et quand les schèmes de pensée automatique que ces contrevérités commandent auront été désactivés. Les entreprises ne créent pas l’emploi : elles « opèrent » l’emploi déterminé par la conjoncture. Si l’on veut de l’emploi, c’est à la conjoncture qu’il faut s’intéresser, pas aux entreprises.

Mais faire entrer ça dans une tête « socialiste »... Il est vrai que parmi le programme chargé des conversions symboliques à opérer, il y a à défaire l’habitude irréfléchie qui consiste à donner le parti socialiste pour la gauche, et à donner (très inconsidérément) de la gauche au parti socialiste. Alors que, rappelons-le, et il met d’ailleurs assez d’effort comme ça pour qu’on n’en doute plus et qu’on puisse l’en « créditer », le parti socialiste : c’est la droite ! La Droite Complexée. À propos de laquelle, du train où vont les choses, il va bientôt falloir se demander ce qu’il lui reste exactement de complexes.

Frédéric Lordon.


Notes

[1] Proposé en janvier par M. Hollande, le « pacte de responsabilité » offre aux entreprises un allégement de cotisations sociales de 30 milliards d’euros... dans l’espoir que celles-ci voudront bien, en contrepartie, créer des emplois...

[2] France 2, 7 janvier 2013.

[3] BFM-RMC, 6 janvier 2014.

[4] Les Echos, 4-5 mai 2013.

[5] Les Echos, 23 mai 2013.

[6] Les Echos, 23 mai 2013.

[7] Matthias Fekl, député proche de Pierre Moscovici, cité in Lénaïg Bredoux et Stéphane Alliès, « L’accord sur l’emploi fracture la gauche », Mediapart, 28 avril 2013.

[8] Dans la nouvelle d’Edgar Allan Poe La Lettre volée (1844), tous les protagonistes recherchent fébrilement un billet d’une importance décisive qu’ils supposent caché, mais qui est en fait posé en évidence sur un bureau.

[9] Cité in Julien Ponthus, « Hollande, VRP de la “start-up République” à San Francisco », Reuters, 12 février 2014.

[10] Arnaud Montebourg, « La Matinale », France Inter, 18 février 2014.

[11] « Le président de la CNAF dément la Présidence de la République », blog de Gérard Filoche, 27 janvier 2014.

[12] Christian Chavagneux, « Pourquoi le pacte de responsabilité n’améliorera pas les marges des entreprises et ne créera pas d’emplois », blog Alternatives Economiques, 6 janvier 2014.

[13] Id.

[14] Daniel Cohen, « La baisse des charges est davantage une option pratique qu’une conversion idéologique », entretien avec Franck Dedieu, L’Expansion, 18 février 2014.

[15] Pour un démontage en règle de cette thèse, voir le petit livre de Laurent Cordonnier, Pas de pitié pour les gueux, éditions Raisons d’agir, 2000.

[16] Les Echos, 3 janvier 2014.

[17] Id., la question lui est posée par Derek Perrotte.

[18] En tout cas hors de toute coordination.

[19] Commande de travail pour les ménages-salariés, commande de biens et services pour les entreprises-clientes.

Source : http://blog.mondediplo.net/2014-02-26-Les-entreprises-ne-creent-pas-l-emploi


Pour relancer l'activité économique,
• il faudrait SURTOUT augmenter les SALAIRES,
• en accompagnant ceci de PROTECTIONS aux frontières astucieuses
• et, bien sûr, de la remise en place de L'INDEXATION des salaires et des contrats sur les prix.

samedi 22 février 2014

Contre la dictature de la finance : la bombe atomique suisse ! (38)

Contre la dictature de la finance :
la bombe atomique suisse !


par Camille DESMOULINS
sur Agoravox

Avant-hier, en parcourant ce « cerveau collectif » qu’est Facebook, je suis tombé sur la publication d’un de mes amis et par la même occasion, je suis tombé des nues. Les médias « main stream », si prompts à sortir l’artillerie lourde contre les votations des Suisses sur les minarets ou l’immigration massive, se sont bien gardés de nous informer de cette initiative [bientôt] en cours, qui a recueilli à ce jour près de 50 000 signatures mais il lui en faudra le double pour déboucher sur un référendum. C’est de la bombe. J’en ai rêvé, et les Suisses vont peut-être le faire. Il faut absolument qu’ils aboutissent. Non seulement pour eux mais pour nous tous. C’est pourquoi nous devons les soutenir. J’invite tous ceux d’entre nous qui ont des amis et connaissances au pays des Helvètes de les contacter et de faire la promotion de cette initiative citoyenne. Si l’insurrection des fils (et des filles) de Guillaume Tell contre les Banksters (et les banques suisses sont puissantes !) est couronnée de succès, alors tout espoir sera permis pour nous-mêmes et les générations futures.



Voici donc de quoi il s’agit :

http://www.zeitpunkt.ch/news/artikel-einzelansicht/artikel/die-geldwende-in-der-schweiz-steht-am-start.html

J’ai traduit l’essentiel de l’article ci-après :

« L’initiative citoyenne la plus importante des 20 dernières années devrait être lancée le 1er mai : la transformation du franc suisse d’argent-dette en « plein argent » [100 % money comme disent les économistes anglo-saxons]. C’est ce qu’ont décidé hier [le 8 janvier 2014 puisque l’article est daté du 9] à Zurich les responsables de l’association pour la modernisation de la monnaie. L’initiative « Plein argent – pour un argent à l’abri de la crise dans l’intérêt de tous : la création monétaire à la seule banque centrale » veut mettre fin à la création de la monnaie par les banques privées.

90 % de l’argent – la plupart des gens n’ont pas conscience de cette monstruosité – est créé littéralement à partir de rien par les banques. Le monopole de la banque centrale ne s’étend qu’à la monnaie fiduciaire [pièces et billets]. L’argent scripturaire, utilisé pour la plupart des paiements, est créé par les banques elles-mêmes chaque fois qu’elles octroient un crédit. Elles ne prêtent pas l’argent des épargnants – ceux-ci le conservent et peuvent s’en servir pour leurs paiements – , mais créent de l’argent qui n’existait pas par un simple jeu d’écritures. (…) La loi ne les oblige qu’à avoir 2,5 % du montant des prêts en dépôt. [c’est ce qu’on appelle le système des « réserves fractionnaires »]

Le revers de la médaille n’est pas seulement l’insécurité de nos dépôts bancaires, mais une montagne de dettes qui grossit sans cesse, qui est de plus en plus difficile à rembourser et dont souffrent principalement les salariés. Car la plus grande partie de la richesse nouvellement créée n’irrigue pas l’économie réelle, où la majorité gagne son pain quotidien, mais la finance qui permet de réaliser des gains rapides. (…)

Le privilège de la création monétaire draine des sommes considérables dans des poches privées alors qu’elles devraient revenir à la collectivité. L’article 99 de la Constitution (…) n’inclut pas la monnaie scripturaire (…). C’est cette lacune que les initiateurs veulent corriger. Le 100 % monnaie est ainsi appelé car toute la monnaie, même la monnaie scripturaire, est garantie par la banque centrale, et pas seulement 2.5 %. C’est pourquoi cet argent est à l’abri des faillites bancaires. L’idée selon laquelle un tel scénario ne pourrait se produire que dans les pays du Sud de l’Europe, fortement endettés, mais pas dans l’opulente Suisse est malheureusement une illusion. (…)

Bien qu’il paraisse révolutionnaire, ce concept n’est pas nouveau. Dans les années 1930, une large majorité de professeur d’économie américains se sont prononcés pour le « 100 % money » pour sortir de la crise. Dans une étude du FMI de 2012, le contrôle étatique de la création monétaire a été préconisé. (…)

Pourtant, les obstacles à cette initiative sont considérables : la compréhension générale de la vraie nature de l’argent bancaire est faible, même parmi les banquiers et politiciens qui devraient bien connaître le sujet. Les médias y portent peu d’intérêt, en particulier ceux qui vivent de la publicité pour les banques. Et les banquiers n’ont absolument pas intérêt à se soumettre à un débat public sur leurs privilèges insoupçonnés (…). Les initiateurs et leurs conseillers économiques (dont quelques professeurs émérites) sont ainsi dépendants du soutien des rares personnes qui sont conscientes des énormes enjeux de la création monétaire. Jusque là, 40 000 signatures [47 500 à ce jour] et 30 000 francs de dons ont été recueillis, ce qui est encore insuffisant. (…) »


Pour plus de renseignements et un suivi de cette initiative : http://www.vollgeld-initiative.ch/?&L=1


En quoi est-ce révolutionnaire ? Comme l’expliquent André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder dans La dette publique, une affaire rentable, (1) le système bancaire vampirise littéralement l’économie réelle en ponctionnant des sommes considérables et parfaitement indues, par l’entremise de la dette publique. Un État n’a pas besoin d’emprunter aux banques privées, il peut se prêter à lui-même, sa banque centrale peut créer la monnaie dont il a besoin pour financer les services publics, puis la détruire en se remboursant (l’opération n’est donc pas inflationniste). Le tout sans intérêts.

Or, voici que notre souveraineté monétaire a été transférée à l’Europe donc la banque centrale s’interdit de financer directement les États (art. 104 du traité de Maastricht, confirmé par l’art. 123 du traité de Lisbonne), les obligeant à emprunter à des banques privées moyennant des intérêts dont le taux varie en fonction de la confiance des investisseurs dans la capacité de remboursement du pays : la crise grecque n’a pas d’autre origine. Quant à nous, qui bénéficions d’un taux faible, notre stock de dette avoisinant les 2000 milliards d’euros nous coûte quand-même près de 50 milliards d’intérêts par an ! Oui, vous avez bien lu : cela fait une saignée de 130 millions PAR JOUR, et sans que le premier centime du principal ne soit remboursé ! La dette publique n’est d’ailleurs pas faite pour être remboursée, mais pour assurer une rente ad vitam aeternam aux titulaires des emprunts d’États, qui ne peut être extorquée qu’en sacrifiant les besoins légitimes de la population en matière de santé, d’éducation, d’infrastructures, etc. En ce sens, il est (à moitié) faux d’affirmer que la dette pèsera sur les générations futures : elle pèsera sur les enfants des pauvres (ceux dont les services publics sont le seul patrimoine) mais profitera aux enfants des riches qui pourront continuer à ponctionner une part considérable de la richesse nationale. C’est pourquoi les milieux populaires et les classes moyennes ont un INTÉRÊT VITAL à ce que la monnaie soit déprivatisée !

Si cette initiative suisse réussit, elle ne manquera pas de donner des idées à toute l’Europe, et l’outil qui aura permis d’arracher la création monétaire aux banques, le référendum d’initiative citoyenne, deviendra une revendication incontournable (2). Autrement dit : c’est l’avenir de la démocratie sur tout le continent qui est en jeu !

Camille Desmoulins


(1) Voir ce blog : http://postjorion.wordpress.com/2013/03/03/270-holbecq-que-serait-la-dette-publique-devenue/

(2) Pour rappel, l'association Article 3 (http://www.article3.fr) a le référendum d'initiative citoyenne pour seule revendication.


Source : http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/contre-la-dictature-de-la-finance-148262


Vu de notre pauvre pays sans constitution, pays où les humains sont littéralement dominés par leurs "élus" et privés de toute initiative décisionnelle, on ne pourra que croiser les doigts pour que nos frères suisses arrivent à se mobiliser.

Mais rien n'interdit d'en parler entre nous, quand même, pour que continue à monter la conscience populaire que rien ne changera tant que nous n'aurons pas muté en citoyens constituants.

Profitez-en pour rejoindre (ou créer) près de chez vous une antenne de l'association si bien nommée : http://lescitoyensconstituants.com :)

Viralement vôtre :)

Étienne.

Quels sont les défauts du "gouvernement représentatif" ? (Paris, 20 février 2014) (13)

Quels sont les défauts du "gouvernement représentatif" ?

Lors de mon bref passage à Paris pour voir le nouveau spectacle de Judith et ses amis - enthousiasmant spectacle, vous devriez aller voir ça si vous habitez Paris ; j'ai bien fait de me bouger ! -, à cette occasion donc, j'ai rencontré quelques gentils virus qui m'ont tendu leur micro.
Voici une première trace de cette rencontre, précédée d'un commentaire de nos reporters hyper contagieux :

"une vidéo à partager !

QUELS SONT LES DÉFAUTS DU GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF ?

Voici le premier épisode d'une série de courts reportages didactiques consacrés aux déviances du système démocratique et sur l'impact qu'elles ont sur chacun(e) d'entre nous.

Réalisée par le collectif Devenons Citoyens, cette vidéo apporte des éléments de réponses à toutes celles et ceux, inquiets pour leur avenir et celui de leurs enfants, qui cherchent à comprendre simplement les mécanismes iniques de la politique occidentale actuelle.

Chacune de ces vidéos aborde un aspect particulier de la démocratie et de ses dérives actuelles. Dans cet épisode, le thème de la représentativité est abordé : « Quels sont les défauts du gouvernement représentatif ? »

Pour répondre à cette intéressante question, Devenons Citoyens a rencontré Étienne Chouard, enseignant en économie-gestion, en droit fiscal et en informatique. Ce blogueur et conférencier est devenu célèbre en 2005 à l'occasion de la campagne du référendum français sur le traité établissant une constitution pour l'Europe en argumentant pour le « non ».

Depuis, il s'attèle à la difficile tâche de nous rappeler ce que nous avons tous oublié : l'origine, le vrai sens initial et politique du mot « Démocratie ». Son leitmotiv : « Cherchez la cause principale des injustices sociales : une assemblée constituante doit être basée sur le tirage au sort de citoyens comme les jurés d'assises ! »

Au-delà des désaccords et des polémiques qui agitent les milieux partisans, il expose simplement les faits institutionnels sur un ton pragmatique non sans humour... Et leurs conséquences sur le quotidien de chacun d'entre nous. Accrochez-vous car l'homme n'a pas sa langue dans sa poche !"


Collectif Devenons citoyens


Merci, pour le micro et pour les relais, vous êtes gentils, bande de virus

Étienne.

dimanche 16 février 2014

Allan Savory : Comment transformer nos déserts en prairies et inverser le changement climatique (67)

Allan Savory :
Comment transformer nos déserts en prairies
et inverser le changement climatique


Ne ratez pas cette passionnante explication sur un sujet central pour le bien commun, étonnamment méconnu :


C'est en marge de mon travail, certes,
mais c'est quand même un aspect connexe sacrément important,
pour tous ceux qui s'occupent de l'intérêt général et de la justice sociale.
C'est pourquoi je vous en parle ici :)

lundi 10 février 2014

Libre Belgique, David Van Reybrouck : "Il est devenu irresponsable de limiter la démocratie aux élections" (72)

Libre Belgique, David Van Reybrouck :
"Il est devenu irresponsable de limiter la démocratie aux élections"

Ça y est ! J'ai reçu (en deux exemplaires, finalement :) )
le dernier livre de David Van Reybrouck : "Contre les élections"

Voici un article paru dans la presse belge (plus libre et plus tonique que la presse française, presse corrompue —partout— par les marchands, qui ont pu carrément l'acheter, aussi simplement qu'on achète une auto, faute de Constitution) :

Libre Belgique, David Van Reybrouck :
"Il est devenu irresponsable de limiter la démocratie aux élections"


Entretien avec Pierre-François Lovens,
pour La Libre Belgique, 7 février 2014.



http://www.lalibre.be/debats/opinions/il-est-devenu-irresponsable-de-limiter-la-democratie-aux-elections-52f50b093570c16bb1c7041e

David Van Reybrouck, auteur à succès de "Congo", est de retour avec un livre polémique sur la démocratie. Dans "Contre les élections", il évoque la crise de confiance de la population à l’égard de la démocratie représentative et plaide en faveur du tirage au sort et d’un système bi-représentatif.


Alors que les Belges voteront en mai prochain pour des élections qu’on annonce déterminantes pour l’avenir du pays, vous dites être "Contre les élections"… Cela frôle l’incivisme, non ?

On avait une cinquantaine de titres pour le livre. Mon éditeur a estimé que tout mon livre visait à dire qu’il fallait être contre les élections si la démocratie se limitait aux seules élections. Mais je conviens qu’il y a une différence entre le titre, provocateur, et le contenu du livre, argumenté et serein.


Vous irez voter le 25 mai prochain ?

Oui ! Je ne méprise pas le droit de vote, mais je refuse de le sacraliser.


Un homme, une voix, c’est tout de même un acquis fondamental ?

C’est le grand acquis de la première moitié du XXe siècle. Mais, pour moi, ce n’est que l’expression d’un idéal politique plus large qui est l’égalité des chances. Pourquoi ne pas défendre "un homme, une chance d’être tiré au sort" ? [*]


"Il se passe une chose bizarre avec la démocratie : tout le monde semble y aspirer, mais personne n’y croit plus" : c’est la première phrase de votre livre. N’êtes-vous pas dans l’excès ?

Il suffit de consulter les chiffres de l’Eurobaromètre ou de Transparency International. Ils révèlent, depuis une dizaine d’années, un déclin graduel et constant de la confiance des Européens dans leurs institutions démocratiques. Les populations se sentent de moins en moins représentées. D’après Transparency International, 67 % des Belges interrogés considèrent les partis politiques comme les instances les plus corrompues du pays, alors qu’ils constituent les acteurs principaux de notre système démocratique. Les partis, à de rares exceptions, ne se mettent pas à l’écoute des citoyens. Dans le même temps, avec Facebook et Twitter, il y a un mouvement d’émancipation des citoyens à travers des prises de parole. Au plan politique, pourtant, ces citoyens ne prennent la parole qu’une fois tous les quatre ou cinq ans, lors des élections.


Pour contrer cette "fatigue démocratique", vous plaidez en faveur d’un système bi-représentatif, avec des élus et des citoyens tirés au sort. Des exemples existent déjà ?

Oui. Ce qui se passe actuellement en Irlande est très intéressant. Pour la première fois, un pays expérimente un système de double représentation. Trente-trois élus se sont mis ensemble avec soixante-six personnes tirées au sort pour discuter de huit articles de la Constitution irlandaise, dont un article relatif au mariage homosexuel. Dans un pays pourtant assez traditionnel sur le plan des valeurs, on assiste à un débat serein parce que les citoyens se sentent impliqués. C’est le meilleur exemple, à ce jour, d’un pays qui innove sur le plan démocratique en alliant le tirage au sort aux élections.


Vous dites que la Belgique devrait montrer l’exemple en matière de double représentation. Pourquoi ?

Les deux pays les plus avancés en Europe en matière d’innovation démocratique, ce sont l’Irlande et l’Islande. Il se fait que ce sont deux pays ayant traversé des crises profondes en 2007-2008. La Belgique a également connu une grave crise politique, avec le fameux épisode des 541 jours sans majorité fédérale. Cette crise a montré que notre problème n’était pas la Belgique en tant que telle, mais bien son fonctionnement démocratique et, plus particulièrement, son système électoral. On a pu constater les limites du système électoral. D’autre part, on a chez nous un grand savoir-faire en matière de procédures de participation citoyenne (beaucoup de communes y ont déjà recours, notamment à Anvers). Mon message est en fait de dire : allons plus loin que le niveau local et agissons au plan national. On doit en quelque sorte passer du droit de vote au droit de parole. Le Français Bernard Manin l’explique très bien : on a eu une extension quantitative de la démocratie (avec l’élargissement du droit de vote depuis le XIXe siècle), mais pas d’extension qualitative (on reste en présence d’une élite).


En quoi le tirage au sort peut-il contribuer à cette extension qualitative ?

L’histoire nous apprend qu’il n’y a pas de meilleur système pour atteindre une distribution égalitaire du droit de parole. Aristote, Montesquieu, Rousseau l’ont dit bien avant moi ! C’est le principe le plus démocratique, même s’il ne comporte pas que des avantages.


Dont celui d’aboutir à des assemblées de citoyens incompétents…

C’est un risque. Mais le gros avantage est de garantir l’impartialité, comme c’est le cas pour les jurys d’assises. Ce qui frappe dans les jurys populaires, c’est le sérieux et la détermination avec lesquels des gens ordinaires se vouent à leur tâche.


Le tirage au sort, n’est-ce pas une "démocratie de tombola" ?

C’est une expression que j’utilise dans le livre parce qu’au début, lorsqu’on m’a parlé du tirage au sort, ma réaction était de dire que c’était un système bidon. Mais, suite à mes recherches, je suis aujourd’hui convaincu que c’est une procédure très riche sur le plan démocratique. Ma découverte la plus choquante est d’avoir compris que, lorsque la démocratie élective a fait son apparition à la fin du XVIIIe siècle, ce n’était nullement pour développer la démocratie mais bien pour freiner son extension ! On a voulu remplacer l’aristocratie héréditaire par une nouvelle aristocratie élective. En utilisant l’outil des élections, la démocratie a été purement et simplement confisquée par la bourgeoisie.


Que craignez-vous si on persiste dans notre système de démocratie élective ?

Qu’on aille vers une instabilité croissante et vers une menace pour la paix et la sérénité de notre vivre ensemble. Ce qu’on voit en Grèce montre que la démocratie n’est plus une évidence en Europe. On ne veut pas voir la fragilité de la démocratie.


On vous a reproché de ne vous intéresser qu’au pouvoir législatif et non au pouvoir exécutif.

C’est délibéré. Ce serait une horreur de tirer au sort le ministre des Finances ! Pour l’exécutif, il faut continuer à travailler avec les personnes les plus compétentes.


Le tirage au sort a donc des limites ?

Heureusement ! Mais la démocratie parlementaire élective — basée sur des partis politiques de moins en moins représentatifs — n’a malheureusement plus rien de représentative. Pourquoi n’a-t-on pas le courage de consulter la population en dehors d’une élection qui est devenue un outil primitif. Il est devenu complètement irresponsable de limiter la démocratie aux élections.


La consultation populaire, le référendum… peuvent aider au réveil de la démocratie ?

Oui, mais le problème est qu’on demande alors l’avis de tout le monde sur des thèmes qu’ils ne connaissent pas ou très peu. Dans la démocratie délibérative, on constitue un échantillon représentatif de la population par tirage au sort. Ce groupe de citoyens, après examen et consultation d’experts, est amené à se prononcer en connaissance de cause. Dans ce système de démocratie participative — où les échantillons subissent une rotation —, l’enjeu d’être réélu disparaît et l’intérêt général peut être au cœur des délibérations.


Vous faites une proposition très concrète dans votre livre : transformer le Sénat en assemblée de citoyens tirés au sort.

Je rêve d’un système bicaméral avec une chambre de citoyens élus (le Parlement) et une chambre de citoyens tirés au sort (le Sénat). Ce serait une extraordinaire opportunité d’organiser un dialogue entre élus et citoyens. Au lieu d’avoir de la violence verbale sur Facebook ou Twitter entre citoyens et élus, on aurait un Parlement où chacun prendrait le temps de réfléchir, de se documenter et de dialoguer, avec des citoyens qui seraient libérés de toute pression électorale et particratique.


Source : http://www.lalibre.be/debats/opinions/il-est-devenu-irresponsable-de-limiter-la-democratie-aux-elections-52f50b093570c16bb1c7041e


Il faut que je rencontre ce gars-là :)

[*] Mon commentaire :

À propos de la question sur la règle sacrée, "un homme une voix", David Van Reybrouck aurait dû répondre (à mon avis) en dénonçant surtout l'arnaque du siècle, le foutage de gueule chimiquement pur qui consiste à réduire le principe "un homme une voix pour VOTER LES LOIS" à l'humiliant, aliénant et infantilisant principe "un homme une voix pour ÉLIRE UN MAÎTRE".

Le tirage au sort ne remplace PAS le vote (des lois), il remplace l'élection (de maîtres).

Merci à tous pour tout ce que vous faites pour que cette graine d'idée se reproduise et germe un peu partout dans le monde : si les simples citoyens (comme nous) ne le font pas, si on attend que les élus défendent eux-mêmes la démocratie à notre place, la démocratie n'adviendra jamais.

JAMAIS.

Tout repose sur notre engagement personnel, quotidien, nouveau... opiniâtre, obstiné...

Bien amicalement.

Étienne.

dimanche 9 février 2014

Entretien important d'Edward Snowden, à propos de BIG BROTHER, relayé et traduit par de simples citoyens, mais qui, curieusement, intéresse très peu nos "journalistes professionnels" (27)

Entretien important d'Edward Snowden,
à propos de BIG BROTHER,
relayé et traduit par de simples citoyens,
mais qui, curieusement, intéresse très peu nos "journalistes professionnels"

Le site de Korben nous informe :
« Dimanche dernier, Edward Snowden qu'on ne présente plus a été interviewé par la télévision allemande.
Cette vidéo ayant été très peu relayée par les médias, je vous mets une version sous-titrée pour que vous puissiez tous en profiter. »

http://korben.info/interview-snowden.html


J'ai d'abord partagé cette info avec notre "cerveau collectif".
Et puis, quand j'ai cherché une transcription,
un gentil virus s'est aussitôt collé au boulot
et il nous a retranscrit carrément tout le texte...
Formidable entraide ! Merci Fred :)

Interview d'Edward Snowden sur la télé allemande NDR

Interview menée le 26/01/2014 par le journaliste Hubert Seipel à Moscou.

Question : Monsieur Snowden avez-vous bien dormi les deux dernières nuits parce que j'ai lu que vous avez demandé une protection policière. Y a-t-il eu des menaces?

Réponse : Il y a des menaces importantes, mais je dors bien. Il y avait un article qui est sorti sur un site appelé BuzzFeed où des espions du pentagone faisant partie de la NSA ont été interrogés, et on leur a donné l'anonymat pour être en mesure de dire ce qu'ils voulaient. Et ce qu'ils ont dit au journaliste était qu'ils voulaient m'assassiner. Ces espions — et ce sont les agissements officiels du gouvernement — ont dit qu'ils apprécieraient volontiers de me mettre une balle dans la tête, de m'empoisonner lorsque je reviendrai de l'épicerie et que je meure sous la douche.

Q : Mais malheureusement, vous êtes encore en vie avec nous.

R : C'est vrai, je suis encore en vie et je ne perds pas le sommeil parce que j'ai fait ce qu'il fallait, je le devais. C'était la bonne chose à faire et je n'ai pas peur.

Q : "Ma plus grande peur...", et je vous cite : "...concernant les informations à fournir, rien ne changera", c'était l'une de vos plus grande préoccupations à cette époque à propos de la situation de la NSA; pas seulement en Amérique, mais aussi en Allemagne et au Brésil et le président Obama a été forcé de rendre public et de justifier que la NSA avait agi sur des bases légales.

R : Ce que nous avions vu comme une réponse à propos des révélations était une sorte de déraillement gouvernemental à propos de la NSA. Au lieu de s'occuper de la population et de la protection de leurs droits, la classe politique s'inquiétait de la sécurité de l'état et de la protection de leurs propres droits. Ce qui était intéressant c'était la réponse initiale. Par la suite, nous avons constaté un ramollissement. Nous avons vu le président le reconnaitre lorsqu'il a déclaré en premier lieu : "nous avons trouvé le bon équilibre, il n'y a pas d'abus", puis nous l'avons vu lui, et ses fonctionnaires admettre qu'il y a eu des abus. il y a eu des milliers de violations par la NSA et d'autres agences et instances au pouvoir chaque année.

Q : Ce discours d'Obama serait-il le commencement d'une véritable réglementation?

R : il est clair qu'avec ce discours, le Président voulait apporter des changements mineurs pour préserver les instances au pouvoir dont nous n'avons pas besoin. Le président a créé une commission d'examen composée de fonctionnaires qui étaient tous des amis personnels, des habitués de la sécurité nationale, d'anciens adjoints de la CIA, des gens qui avaient tout intérêt à être compatissants envers ces programmes et à les voir sous leur meilleur jour. Mais ce qu'ils ont trouvé était que ces programmes n'avaient pas de valeur. Ils n'ont jamais stoppé les attaques terroristes aux États-Unis et ils les ont utilisés en marge pour d'autres choses. La seule chose pour laquelle le programme de surveillance des métadonnées téléphoniques, Section 215 — au passage c'est un programme de collecte plus étendu que le programme de surveillance massive — a servi, c'était pour stopper ou détecter un télépaiement de 8500$ d'un chauffeur de taxi en Californie. C'est ce genre de chose dont nous n'avons absolument pas besoin. Ces programmes ne nous rassurent pas. Ils accaparent une somme importante de ressources alors qu'ils ne nous sont d'aucune valeur. Ils disent "nous pouvons modifier cela". La NSA opère sous l'unique autorité du président. Il peut y mettre fin, modifier ou demander une modification de leurs politiques à tout moment.

Q : Pour la première fois, le président Obama a admis que la NSA collecte et stocke des milliards de données.

R : Chaque fois que vous êtes en train de décrocher le téléphone, de composer un numéro, d'écrire un email, de voyager en bus avec un téléphone portable, d'insérer une carte quelque part, vous laissez une trace. Le gouvernement a donc décidé que c'était une bonne idée de collecter. Tout, même si vous n'avez jamais été suspecté d'un crime. Traditionnellement, lorsque le gouvernement identifiait un suspect, il se rendait devant un juge, et il disait : "ce suspect a commis une infraction". Il obtenait ensuite un mandat afin d'user de son plein pouvoir pour poursuivre l'enquête. De nos jours, ce que nous voyons c'est qu'ils veulent appliquer leur plein pouvoir avant même l'ouverture d'une enquête.

Q : Vous avez initié ce débat. Edward Snowden est devenu entre-temps le nom commun désignant le dénonciateur à l'ère de l'internet. Vous travailliez jusqu'à l'été dernier pour la NSA et pendant ce temps vous avez secrètement rassemblé des milliers de documents confidentiels. Quel a été le moment décisif? Quand était-ce assez? Ou encore qu'est-ce qui s'est passé pour que vous agissiez de la sorte?

R : Je dirai en quelque sorte que le point de rupture est de voir le directeur du renseignement national, James Clapper, mentir sous serment devant le congrès. Il n'y a aucune raison de croire qu'un service de renseignements qui croit qu'il peut mentir au public et aux législateurs, puisse être en mesure d'avoir notre confiance et soit capable de modérer ses actions. En voyant ce que ça signifiait vraiment pour moi, je pense qu'il n'y avait aucun retour en arrière possible. Au-delà de ça, j'ai réalisé avec effroi que personne d'autre ne pouvait le faire. Le public a le droit de connaitre le contenu de ces programmes. Le public a le droit de savoir ce que le gouvernement fait en son nom, et ce qu'il fait contre le public. Mais nous n'avons pu discuter d'aucunes de ces choses, nous n'y avons pas été autorisés, même nos représentants élus ne peuvent pas avoir connaissance ni discuter de ces programmes. C'était dangereux de le faire. La seule critique que nous avons eue fut celle du tribunal secret, la Cour FISA. C'est une autorité soi-disant judiciaire. Lorsque vous vous rendez au travail tous les jours et que vous vous asseyez à votre bureau, vous vous rendez compte du pouvoir que vous possédez. Vous pouvez espionner le président des États-Unis, vous pouvez cibler un juge fédéral et si vous le faites intelligemment personne ne le saura. La seule façon de découvrir les abus de la NSA, c'est l'auto-dénonciation.

Q : Et nous ne parlons pas seulement de la NSA. Il y a un accord multilatéral de coopération entre les services et cette alliance d'opérations de renseignement est connue comme étant les "Five Eyes". Quels sont les agences et les pays concernés dans cette alliance et quel est son but?

R : L'alliance des "Five Eyes" est une sorte d'artefact datant d'avant la Seconde Guerre Mondiale où les pays anglophones qui détenaient les pouvoirs se sont regroupés pour coopérer et partager les coûts d'infrastructures utilisées pour la collecte des renseignements. Ainsi nous avons le GCHQ au Royaume-Uni, nous avons la NSA aux États-Unis, nous avons le C-Sec au Canada, l'ASD en Australie et le DSD en Nouvelle-Zélande. Pendant des décennies ces soi-disant organisations de renseignement supranational ne se plièrent pas aux lois et aux règlements de leur propres pays.

Q : Dans de nombreux pays, comme aux États-Unis, les agences comme la NSA ne sont pas autorisées à espionner à l'intérieur de leurs frontières et encore moins leurs propres citoyens. Ainsi les Britanniques peuvent, par exemple, espionner tout le monde. Ils ne peuvent, contrairement à la NSA, mener une surveillance en Angleterre, ce qui signifie que tous deux peuvent s'échanger des données en respectant les lois.

R : Si vous demandez cela aux gouvernements, c'est sûr qu'ils nieront directement le sujet en argumentant que les accords politiques passés entre les membres du "Five Eyes" ne permettent pas d'espionner les citoyens de chaque pays concerné, mais il y a deux points clés à savoir sur ce sujet. D'abord, leur façon de concevoir l'espionnage n'a à voir avec la collecte massive de données. Le GCHQ recueille une quantité incroyable de données sur les citoyens britanniques. La NSA recueille également des données sur les citoyens américains. Ils expliquent qu'ils ne ciblent personne en faisant cela. Qu'ils n'appréhenderont pas un citoyen britannique. De plus, les accords politiques entre eux mentionnent que les Anglais ne cibleront pas les citoyens américains, et vice-versa, les USA ne cibleront pas les citoyens britanniques. Les protocoles réels d'intention mentionnent spécifiquement qu'ils ne sont pas destinés à imposer une restriction légale à un gouvernement. Ce sont des accords politiques qui peuvent être écartés ou brisés à tout moment. Donc s'ils veulent espionner un citoyen britannique, ils peuvent espionner ce citoyen et même partager les données avec le gouvernement britannique qui lui ne peut pas espionner ses propres citoyens. On peut dire qu'il s'agit d'une sorte de commerce dynamique. Mais, ça ne l'est pas vraiment puisque ce n'est pas officiel. Il s'agit plus d'un coup de coude et d'un clin d'oeil et la clé c'est de se rappeler qu'il n'y a aucun abus lorsqu'on regarde les données. Il y a abus quand on les rassemble en premier.

Q : Comment se présente le rapport entre la coopération allemande des Services secrets du BND et la NSA ainsi que le Five Eyes?

R : Je dirai qu'il est intime. En fait, la première façon dont je l'ai décrit dans l'interview écrite était que les services allemands et les services américains sont dans un même "lit". Ils se partagent non seulement des informations, mais aussi les outils et les infrastructures dont ils ont besoin pour travailler afin d'atteindre un objectif commun et c'est très dangereux dans ce cas-là. L'un des principaux programmes de la NSA qui subit des abus est celui qu'on appelle "XKeyScore". C'est un moteur de recherche leur permettant de visionner tous les enregistrements qu'ils ont collectés chaque jour à travers le monde.

Q : Qu'est-ce que vous feriez si vous étiez à leur place avec ce genre d'outils?

R : Vous pouvez lire les emails de n'importe qui dans le monde. Quelqu'un dont vous avez l'email et qui l'utilise sur un site peut voir ses messages envoyés et reçus être surveillés. Lorsqu'une personne regarde son ordinateur, vous pouvez voir le contenu en même temps, vous pouvez suivre le déplacement d'un ordinateur portable. Bref, c'est le guichet unique pour accéder aux informations de la NSA. Et "XKeyScore". Par exemple, je vous ai rencontré une fois et ce que vous faites est intéressant, il me suffit juste d'accéder aux informations vous concernant et qui me semblent intéressantes. Un autre exemple, disons que vous travaillez pour une société allemand et que je souhaite avoir accès à son réseau, je peux traquer votre nom d'utilisateur stocké quelque part sur un site web. Je peux connaitre votre vraie identité. Je peux trouver toutes les associations desquelles vous êtes membre et je peux même créer ce qu'on appelle une empreinte unique quels que soient votre activité, le lieu où vous vous trouvez n'importe où dans le monde et même si vous essayez de cacher votre présence en ligne, la NSA, et toute personne ou entité autorisée à utiliser ce logiciel, peuvent vous retrouver. L’Allemagne est un des pays qui a accès à "XKeyScore".

Q : Cela semble effrayant. La question suivante est : le BND peut-il fournir des données de source allemande à la NSA? Le BND le fait-il directement ou sait-il que la NSA obtient ces données allemandes.

R : Si elles sont communiquées, je ne peux pas le dire, jusqu'à ce que ce soit publié. C'est confidentiel et je préfère laisser aux journalistes la sagesse de distinguer ce qui est d'intérêt public et ce qui doit être publié. Cependant, ce n'est plus un secret que tous les pays du monde fournissent les données de leurs citoyens à la NSA. Des millions de données venant de l'Allemagne concernant la vie quotidienne, les conversations téléphoniques, les envois de SMS, les visites de site web, les achats en ligne, atterrissent à la NSA et il est raisonnable de penser que le BND est conscient de cela dans une certaine mesure. Maintenant, je ne peux pas dire si oui ou non, ils fournissent encore des informations.

Q : le BND soutient absolument que tout ceci était accidentel et que son filtre de données n'a pas fonctionné.

R : Certes, mais ce dont ils discutent est double. Ils parlent aussi d'infiltration, ce qui signifie que lorsque la NSA installe un serveur secret au sein d'un fournisseur allemand de télécommunications ou pirate un routeur allemand, elle détourne le trafic de façon à orienter les recherches vers autre chose. Ce qu'ils se disent c'est "si je vois un allemand parler avec un autre allemand, je laisse tomber". Mais comment faites-vous pour le savoir? Vous pourriez dire "bien, ces gens parlent la langue allemande, "cette adresse IP semble être celle d'une société allemande comme une autre". Mais ce n'est pas précis et ils n'abandonneront pas tout ce trafic collecté, puisqu'ils peuvent obtenir les données des personnes cibles qui vivent en Allemagne, utilisant la langue allemande. En réalité, lorsqu'ils disent qu'il n'y a aucun espionnage des allemands, cela ne veut pas dire que les données allemandes ne sont pas collectées. Ça ne veut pas dire que les données n'ont pas été volées ou enregistrées. Leurs recherches sur les citoyens allemands ne sont donc pas intentionnelles. Mais on dirait une promesse avec les doigts croisés dans le dos. Ce n'est pas fiable.

Q : Qu'en est-il des autres pays européens comme la Norvège et la Suède par exemple, parce que nous avons, je pense, plusieurs câbles sous-marins qui passent à travers la mer Baltique.

R : C'est l'extension de l'idée précédente. Si la NSA ne recueille pas les informations sur les citoyens allemands en Allemagne, peuvent-ils le faire dès qu'ils quittent les frontières allemandes? la réponse est "oui". La NSA peut intercepter toute communication qui transite sur internet depuis plusieurs points, ils peuvent la voir en Allemagne ou en Suède, ils peuvent la voir en Norvège ou Finlande, en Grande-Bretagne ou encore aux États-Unis. Il suffit que la communication allemande passe par l'un de ces pays pour que les informations soient intégrées et ajoutées à la base de données.

Q : Abordons maintenant le sujet de nos voisins de l'Europe du sud. Qu'en est-il de l'Italie? De la France? Ou encore de l'Espagne? C'est toujours la même histoire. Les espions de la NSA peuvent-ils découvrir le secret du succès de Siemens, de Mercedes, ou des autres compagnies allemandes et avoir l'avantage de savoir ce qui se passe dans le monde scientifique et économique?

R : Je ne veux pas anticiper ce que vont écrire les journalistes, mais je dirais qu'il n'y a aucun doute que les USA se sont engagés dans l'espionnage économique. S'il y a des informations intéressantes chez Siemens, et que celles-ci seront bénéfiques non pas pour la sécurité nationale des USA, mais pour leur intérêt économique, ils seront prêts à se les approprier.

Q : Il y a ce vieux dicton qui dit "Fais ce que tu dois, advienne que pourra" donc, la NSA fait ce qui est techniquement possible.

R : C'est ce que le président a expliqué l'an dernier dans un discours, il a dit que ce n'est pas parce que nous pouvons faire quelque chose, comme mettre sur écoute le téléphone d'Angela Merkel, que nous devions le faire. Et c'est même ce qui s'est passé. Les moyens technologiques qui ont été déployés en raison des niveaux de sécurité faibles dans les protocoles internet et dans les réseaux de communications mobiles ont fait que les services de renseignement sont capables de créer des systèmes qui voient tout.

Q : rien n'a ennuyé plus le gouvernement allemand que de savoir que la NSA a infiltré le téléphone privé de la chancelière allemande Angela Merkel au cours de 10 longues années. Soudainement, cette surveillance secrète a été liée avec un visage connu et non pas avec une personne ayant un passif terroriste connu : Obama a maintenant promis de cesser d'espionner Merkel. Ce qui me fait me poser la question : Est-ce la même bande à la NSA, qui espionnait déjà les précédents chanceliers allemands, qui a fait ça, et pendant combien de temps ont-ils fait cela?

R : Il est pour moi difficile de répondre à cette question délicate, mais c'est une information que je crois fortement être d'intérêt. Cependant, comme je l'ai dit, je préfère que les journalistes prennent ces décisions en premier, qu'ils examinent le matériel par eux-mêmes et qu'ils décident si oui ou non la valeur publique de cette information l'emporte sur le niveau de réputation des fonctionnaires qui ont ordonné la surveillance. Ce que je peux dire c'est que nous savons qu'Angela Merkel a été espionnée par la NSA. La question est de savoir comment est-il raisonnable de supposer qu'elle était la seule fonctionnaire allemande qui a été surveillée? Est-il raisonnable de croire qu'elle était la seule personnalité de premier plan que la NSA observait? Je pense qu'il est déraisonnable de croire que quelqu'un qui se préoccupait des intentions de la direction allemande surveillait uniquement Merkel et ses assistants, sans se soucier des autres responsables étatiques, ni des responsables ministériels, ni même des fonctionnaires locaux du gouvernement.

Q : Comment un jeune homme d'Elizabeth City en Caroline du Nord, de 30 ans fait pour se retrouver dans une telle situation et dans un domaine aussi délicat?

R : C'est une question très difficile à répondre. Globalement, je dirais que c'est le danger de la privatisation des fonctions gouvernementales. Auparavant, j'ai travaillé pour la CIA comme agent du personnel. Mais, j'ai aussi travaillé comme entrepreneur à titre privé. Cela signifie que le gouvernement embauche du personnel habitué à travailler dans des entreprises à but lucratif et dont le rôle est d'espionner, de surveiller, de compromettre les systèmes étrangers. Et ceux qui ont les capacités, qui peuvent convaincre une société privée, qu'ils ont les compétences requises, sauront se faire embaucher par le gouvernement, parfois même sans que ce dernier ne les supervise. Donc, très peu de critique.

Q : Avez-vous été l'un de ces enfants de 12 à 15 ans accros à l'informatique toujours les yeux, rouges, fixés à l'écran de votre ordinateur et dont votre père frappait à votre porte en disant : "Eteins la lumière, il est tard"? Avez-vous acquis vos compétences en informatique de cette façon et quand avez-vous eu votre premier ordinateur?

R : En effet, j'ai eu sans aucun doute, dirons-nous, une éducation accrue et non officielle en informatique et nouvelles technologies. Ca a toujours été fascinant et intéressant pour moi. Pour ce qui est de mes parents qui me disaient d'aller au lit, c'est juste.

Q : Si l'on jette un œil sur les infos vous concernant, rendues publiques, on s'aperçoit que vous avez voulu joindre en mai 2004 les Forces Spéciales pour combattre en Irak, qu'est-ce qui vous a motivé à l'époque? Vous savez que les Forces Spéciales signifie combat agressif et probablement "tuer", ça vous est arrivé en Irak?

R : Non, ça ne m'est pas arrivé. Une des choses intéressantes à propos des Forces Spéciales c'est qu'elles ne sont pas réellement affectées à un combat direct Elles sont ce qu'on appelle des renforts. Elles sont infiltrées derrières les lignes ennemies. C'est une équipe composée de différents spécialistes qui apprennent et qui permettent à la population locale de résister à l'ennemi ou de soutenir les forces américaines. De cette façon, la population locale détermine son propre destin. J'ai senti que c'était la chose à faire la plus noble qu'il soit. Au fil du temps, certaines justifications de nos missions en Irak n'étaient pas tellement fondées et je pense qu'on n'a pas rendu vraiment service à tout le monde.

Q : Qu'est-il arrivé à la suite de votre aventure?

R : Je me suis cassé les jambes quand j'étais en formation alors je me suis retiré.

Q : Donc en d'autres termes, c'était un brève aventure?

R : C'était un brève aventure.

Q : En 2007 la CIA vous a affecté sous couverture diplomatique à Genève en Suisse? Pourquoi avez-vous rejoint la CIA de cette façon?

R : Pour l'instant je ne suis pas en mesure de vous répondre

Q : Oubliez, mais pourquoi avez-vous rejoint la CIA?

R : À bien des égards, je continue à faire tout mon possible pour poursuivre l'intérêt public de la manière la plus efficace et c'est en parallèle avec mon service au sein du gouvernement que j'ai essayé d'utiliser mes compétences techniques dans les conditions les plus difficiles? Et c'est au sein de la CIA que j'ai pu les trouver.

Q : Si nous résumons : Forces Spéciales, CIA, NSA, ce n'est pas vraiment la description d'un homme qui milite pour les droits de l'homme et encore moins celui qui devient lanceur d'alerte. Que vous est-il arrivé?

R : Je pense que ça raconte une histoire, mais la question n'est pas à quel point un individu est impliqué dans le gouvernement. Peu importe sa fidélité envers le gouvernement, peu importe ses convictions à propos des causes gouvernementales comme ce qui m'est arrivé pendant la guerre d'Irak, les gens peuvent apprendre. Ils peuvent découvrir par eux-mêmes la ligne de démarcation entre le comportement du gouvernement approprié et celui inapproprié. Pour moi, c'est clair que la ligne a été franchie.

Q : Vous avez travaillé pour la NSA à travers un entrepreneur privé du nom de Booz Allen Hamilton, l'un des grands dans le domaine de l'industrie. Quel est l'avantage pour le gouvernement ampéricain ou la CIA de travailler avec un entrepreneur privé et de sous-traiter la fonction centrale du gouvernement?

R : La culture de la sous-traitance de la sécurité nationale aux États-Unis est un sujet complexe. Il s'ensuit plusieurs intérêts, d'un côté il faut limiter le nombre d'employés directs du gouvernement et d'un autre il faut assurer le maintien des groupes de lobbying au conseil général des entreprises telles que Booz Allen Hamilton. Le problème c'est que vous vous trouvez dans une situation où les politiques du gouvernement sont influencées par les entreprises privées dont les intérêts n'ont absolument rien à voir avec l'intérêt général. Ce qui en résulte, chez Booz Allen Hamilton par exemple que ce sont de simples particuliers qui ont accès aux données du gouvernement et qui sont capables de faire sortir des millions de documents à n'importe quel moment. Il n'y a aucune responsabilité, aucune surveillance, aucune vérification. Le gouvernement ne sait même pas qui ils sont.

Q : Finalement, vous vous retrouvez en Russie. Beaucoup de services de renseignement vous suspectent d'avoir négocié des ententes louches, ici en Russie.

R : Le chef de l'équipe spéciale chargée de mon dossier a récemment dit en décembre que dans leur enquête, il n'avait découvert aucune preuve, aucune indication démontrant que je recevais des aides extérieures ou que j'ai conclu un marché pour accomplir ma mission. J'ai travaillé seul. Je n'ai pas eu besoin d'aide. Je n'ai aucun lien avec les gouvernements étrangers et je suis encore moins un espion pour a Russie ou la Chine ou tout autre pays. Si je suis un traître qui est-ce que j'ai trahi? J'ai donné toutes les informations au peuple américain, aux journalistes américains qui enquêtent sur ces ces questions. S'ils voient cela comme une trahison, je pense vraiment que les gens ont besoin de se demander qui est-ce qui travaille réellement pour eux. Le public est supposé être leur patron et non leur ennemi. Au-delà de ça, tant que je m'inquiète pour ma sécurité personnelle, je ne serai jamais totalement sûr du système jusqu'à ce qu'il ne change.

Q : Après vos révélations aucun des pays européens ne vous a accordé l'asile. Où avez-vous sollicité l'asile en Europe?

R : Je ne me souviens pas de la liste des pays parce qu'ils étaient nombreux, mais la France, l'Allemagne étaient certainement là. Tout comme le Royaume-Uni. Malheureusement, tous ont pensé que faire une bonne action était moins important que de soutenir les préoccupations politiques des États-Unis.

Q : la NSA est aux aguets en ce moment, en raison des pays comme l'Allemagne qui comptent créer des internet nationaux pour tenter de forcer les sociétés Internet de conserver leurs données dans leur propre pays. Est-ce possible?

R : Ça ne va pas arrêter la NSA. Je vais le dire de cette façon : La NSA va là où les données sont. Si la NSA peut pirater des messages textuels sur les réseaux de télécommunications chinois, ils peuvent probablement réussir à récupérer des messages d'un Facebook localisé en Allemagne. Finalement, la solution à cela n'est pas de confiner le tout dans un espace clos, malgré la complexité et le niveau de sophistication dont relève la collecte d'information. Il est plus simple de sécuriser les informations internationalement contre tout le monde plutôt que de s'amuser à "allons déplacer les données". Le déplacement des données n'est pas une solution au problème. c'est le fait de les sécuriser qui en est un.

Q : En ce moment même, le président Obama ne se soucie pas trop du message de ces fuites. Et avec la NSA, ils se préoccupent surtout du responsable de ces fuites. Obama a demandé au président russe à plusieurs reprises de vous extrader. Mais Poutine ne l'a pas fait. Il semble que vous allez probablement passer le reste de votre vie en Russie. Quelle est votre position vis-à-vis de la Russie à ce sujet? Est-ce une solution au problème?

R : Je pense qu'il devient de plus en plus clair que ces fuites n'ont pas causé de préjudice. En fait, elles ont été utiles. À cause de cela, je pense qu'il sera difficile de maintenir une sorte de campagne de persécution contre quelqu'un qui a servi le public au nom de l'intérêt général.

Q : Le New York Times a écrit un très long article et a demandé une clémence pour vous. Le titre est "La Révélation d'Edward Snowden" et je cite : "Le public a appris en détail comment l'agence a élargi son mandat et a abusé de son pouvoir". Et le New York Times termine par "Le Président Obama devrait dire à ses attachés de trouver une manière de mettre fin à la diffamation que subit M. Snowden et l'inviter à retourner au pays". Avez-vous reçu un appel de la maison blanche?

R : Je n'ai jamais reçu un appel de la maison blanche et je n'attends pas de coup de téléphone. Mais j'apprécierai le moment où l'on pourra parler de ce sujet et que chacun peut s'entendre sur un compromis. Je pense qu'il y a des moments où l'on distingue ce qui est licite de ce qui est légitime. Il y a un instant dans tout ça où un Américain ou un Allemand peut penser que pour la première fois dans l'histoire de son pays, la loi permet au gouvernement de faire des choses injustes.

Q : Le président Obama semble actuellement ne pas être convaincu de cela, en raison des trois charges qui pèsent sur vous et je cite : "Si vous, Edward Snowden, croyez que vous avez fait ce qui est juste, vous devriez revenir en Amérique et comparaître devant un tribunal avec un avocat pour plaider votre cas". Est-ce une solution?

R : c'est intéressant parce qu'il en mentionne trois, mais ce qu'il oublie de dire c'est que les crimes dont on m'accuse ne constituent pas un dossier. Ils ne me permettent pas de me défendre devant un tribunal ouvert au public et de convaincre le jury que ce que j'ai fait était à leur avantage. La loi sur l'espionnage n'a été votée qu'en 1918. Elle n'est cependant pas destinée à poursuivre les sources journalistiques, les gens qui apportent des informations pour défendre l'intérêt public. Elle a été conçue pour les individus qui vendent des documents secrets à des gouvernements étrangers, qui bombardent des ponts, qui sabotent les communications. Mais pas à des individus qui se mettent au service du public. Donc pour ma part, je dirai que le propos du président n'est qu'une image : il insiste sur le fait que l'individu doit suivre la musique alors qu'il sait que la musique n'est qu'un simulacre de procès.


Source : http://korben.info/interview-snowden.html

samedi 8 février 2014

Philippe Violon : J'ai fait un rêve : Démocratie (3)

Philippe Violon : J'ai fait un rêve : Démocratie

Les gentils virus cherchent tous azimuts des outils de contagion (pour coller la crève au monstre oligarchique)...



J'aime notre cerveau collectif, c'est vraiment un mouvement épatant

Il faudrait ajouter un lien, à la fin, vers les GV ou vers le-message.org, non ?

Merci Philippe !

Étienne.

mercredi 5 février 2014

VOTER C'EST ABDIQUER. Élisée Reclus (1885). (112)

VOTER, C'EST ABDIQUER

On devrait relire souvent cette lettre d'Élisée Reclus (on pourrait l'afficher au salon),
et en discuter sérieusement les termes entre nous
(au lieu de parler de couillonnades, de jeux ou de la prétendue "actualité" imposée par nos maîtres).

Élisée a oublié de nous dire COMMENT FAIRE AUTREMENT.
Je suggère que, rapidement, par contagion populaire incontrôlable, nous DEVENIONS TOUS DES CITOYENS CONSTITUANTS :)

Étienne.

Clarens, Vaud, 26 septembre 1885.

Compagnons,

Vous demandez à un homme de bonne volonté, qui n'est ni votant ni candidat, de vous exposer quelles sont ses idées sur l'exercice du droit de suffrage.

Le délai que vous m'accordez est bien court, mais ayant, au sujet du vote électoral, des convictions bien nettes, ce que j'ai à vous dire peut se formuler en quelques mots.

Voter, c'est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c'est renoncer à sa propre souveraineté. Qu'il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d'une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu'ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir.

Voter, c'est être dupe ; c'est croire que des hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d'une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, de l'échenillage des arbres à l'extermination des peuplades rouges ou noires, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l'immensité de la tâche. L'histoire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Dans les assemblées souveraines, la médiocrité prévaut fatalement.

Voter c'est évoquer la trahison. Sans doute, les votants croient à l'honnêteté de ceux auxquels ils accordent leurs suffrages — et peut-être ont-il raison le premier jour, quand les candidats sont encore dans la ferveur du premier amour. Mais chaque jour a son lendemain. Dès que le milieu change, l'homme change avec lui. Aujourd'hui, le candidat s'incline devant vous, et peut-être trop bas ; demain, il se redressera et peut-être trop haut. Il mendiait les votes, il vous donnera des ordres. L'ouvrier, devenu contre-maître, peut-il rester ce qu'il était avant d'avoir obtenu la faveur du patron ? Le fougueux démocrate n'apprend-il pas à courber l'échine quand le banquier daigne l'inviter à son bureau, quand les valets des rois lui font l'honneur de l'entretenir dans les antichambres ? L'atmosphère de ces corps législatifs est malsain à respirer, vous envoyez vos mandataires dans un milieu de corruption ; ne vous étonnez pas s'ils en sortent corrompus.

N'abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! Au lieu de confier vos intérêts à d'autres, défendez-les vous-mêmes ; au lieu de prendre des avocats pour proposer un mode d'action futur, agissez ! Les occasions ne manquent pas aux hommes de bon vouloir. Rejeter sur les autres la responsabilité de sa conduite, c'est manquer de vaillance.

Je vous salue de tout cœur, compagnons .

Élisée Reclus.

Les Citoyens Constituants :

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